Hillary et le FBI: les révoltes « Deep State »

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Trump et le sécessionnisme

Trump et le sécessionnisme

Alors que les néo-conservateurs entendaient réaliser une « révolution mondiale » en exportant leur « démocratie » par la guerre, le président Trump fonde sa politique étrangère sur le respect de la souveraineté des États. Par conséquent, il a interrompu tout soutien US aux séparatismes. Thierry Meyssan rappelle ici les ambiguïtés de la position états-unienne sur les sécessions, puis dégage les points communs des événements au Kenya, en Iraq et en Espagne.

| Damas (Syrie)

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Au cours des dernières années, la CIA a soutenu des mouvements sécessionnistes en faveur des Luos au Kenya, des Kurdes en Iraq et des Catalans en Espagne. Ces groupes, qui pensaient il y a peu parvenir à créer artificiellement de nouveaux États indépendants, ont été abandonnés par les États-Unis depuis l’accession de Donald Trump à la Maison-Blanche et sont au bord de l’effondrement.

États-Unis : la sécession, uniquement au service du pillage organisé

Les États-Unis ont toujours eu une vision variable du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En 1861, Washington ne supporta pas que les États du Sud du pays prétendent continuer à vivre en Confédération, alors que ceux du Nord entendaient imposer une Fédération avec des droits de douane et une banque centrale unique. Dès son arrivée à la Maison-Blanche le président Abraham Lincoln réprima la sécession. Ce n’est qu’au cours de la guerre civile qui suivit que la question morale de l’esclavage identifia progressivement les deux camps. Il est aujourd’hui facile d’oublier le million de morts de cette guerre et de condamner les Confédérés comme racistes alors qu’au début du conflit la question de l’esclavage n’entrait pas en ligne de compte et que les Fédérés comprenaient aussi des États esclavagistes.

Durant la construction du canal de Panama, juste avant la Première Guerre mondiale, Washington inventa un peuple panaméen, soutint ce mouvement séparatiste contre la Colombie, et fut le premier pays à en reconnaître l’indépendance. Washington installa alors une importante base militaire et s’appropria de facto le chantier du canal au nez et à la barbe des investisseurs français. Quant à la pseudo indépendance, le président Omar Torrijos qui renégocia la souveraineté du canal en 1977, ne la vit jamais et fut assassiné dans un accident d’avion. Le chef d’état major, le général Manuel Noriega, ne la vit pas non plus lorsque Washington décida de se débarrasser de lui à la fin de la guerre contre les sandinistes (Iran-Contras). Accusé d’être responsable de la mort d’un soldat US, en 1989, il fut fait prisonnier par l’armée états-unienne et son pays dévasté lors de l’opération « Juste Cause » (sic).

Washington n’a donc pas d’autorité morale en matière de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

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Le sénateur Obama et son cousin Raila Odinga

Kenya : le « bon usage » du racisme

Le Kenya n’est indépendant que depuis 53 ans. Malgré l’influence du parti communiste durant la lutte d’indépendance, la population reste organisée de manière tribale. Dès lors, le conflit opposant le président sortant Uhuru Kenyatta à son éternel challenger Raila Odinga est d’abord une rivalité entre les Kikuyus qui représentent 22 % de la population et les Luos qui n’en représentent que 13 %, mais qui alliés aux Kalenjins peuvent coaliser 24 % de l’électorat. Au cours des dernières années, la majorité n’a cessée de basculer à chaque revirement de l’alliance éphémère Luos-Kalenjins. Historiquement, ce sont surtout les Kikuyus qui ont obtenu l’indépendance du pays et affronté, dans les années 1950, la barbarie inouïe de la répression britannique [1]. Ce sont donc eux qui ont gagné la présidence en 1964, avec Jomo Kenyatta. Celui-ci choisit comme Premier ministre un leader luo qui s’était engagé à ses côtés contre l’apartheid et la monopolisation des terres agricoles par les colons, Oginga Odinga. Cependant ce tandem ne fonctionna pas et l’on se retrouve un demi-siècle plus tard avec un conflit qui perdure et oppose désormais leurs enfants.

Toute lecture politique de cette rivalité atteint rapidement ses limites, car les leaders des deux camps ont plusieurs fois changé d’avis et d’alliance, la seule donne permanente étant leur différence ethnique. Aucune démocratie ne peut fonctionner dans une société tribale ou ethnique, et il faut au minimum un siècle pour passer d’une allégeance clanique à une responsabilité personnelle. Chacun doit donc prendre le Kenya pour ce qu’il est : une société en transition dans laquelle ni les règles ethniques, ni celles de la démocratie, ne peuvent pleinement fonctionner.

En 2005, le président kikuyu fait alliance avec la Chine. En réaction, la CIA soutient son opposant luo. Découvrant qu’un parlementaire US est un Luo et que son père avait été le conseiller d’Oginga Odinga, la CIA lui organise un voyage au Kenya pour soutenir Raila Odinga. S’ingérant dans la vie politique locale, le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, tiendra des meetings électoraux avec Raila, en 2006, affirmant même être son cousin [2].

Comme les États-Unis organisèrent une vaste provocation en envoyant des SMS racistes aux Luos lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle et que les événements dégénérèrent faisant plus d’un millier de morts et 300 000 déplacés, cette opération a été effacée des mémoires.

Proche du Pentagone, Cambridge Analytica (CA) qui participa aux États-Unis à la campagne de Ted Cruz puis à celle de Donald Trump, a conseillé Uhuru Kenyatta lors de ses campagnes présidentielles de 2013 et de 2017 (c’est-à-dire pendant que Steve Bannon était brièvement actionnaire de la firme) [3]. Odinga, quant à lui, fit appel à Aristotle Inc., une compagnie qui pourrait être liée à l’assassinat de Chris Msando, le numéro 2 du service informatique de la commission électorale, tué par des inconnus le 29 juillet [4].

Toujours est-il que, dans le contexte du désordre du service informatique de la Commission électorale, Raila Odinga parvint à faire annuler l’élection présidentielle de 2017 et refusa de se présenter lorsque le scrutin fut à nouveau convoqué. L’idée était de lancer une sécession du territoire luo. Odinga aurait alors revendiqué l’annexion des territoires luos d’Afrique de l’Est et centrale au nom du travail jadis réalisé par son père, le Ker (leader spirituel) des Luos, Oginga Odinga.

Cependant l’ambassade des États-Unis se tint soudain à distance de son ancien protégé. Ayant boycotté le second scrutin de l’élection présidentielle et se trouvant subitement abandonné, Raila Odinga vient de réclamer une nouvelle annulation et un troisième scrutin.

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L’armée iraquienne libère Kirkouk de l’occupation kurde

Kurdistan iraquien : comme en Israël et en Rhodésie, l’indépendance pour les colons

Dans le cadre de son plan de remodelage du Moyen-Orient élargi, le Pentagone avait envisagé dès le 11 septembre 2001 de démembrer l’Iraq en trois États distincts, dont un pour sa population kurde. Une variante de cette idée s’est imposée après la proposition du Council on Foreign Relations, en 2006, de fédéraliser le pays en trois régions autonomes [5] ; projet qui fut porté au Sénat US de manière bipartisane par Joe Biden (D.) et Sam Brownback (Rep.). Toutefois, l’état-major israélien poussa pour que ces trois entités soient effectivement indépendantes de manière à pouvoir y installer des missiles aux frontières nord de la Syrie et ouest de l’Iran.

Le mot « kurde » désigne des nomades qui vécurent en se déplaçant dans l’ensemble du Proche-Orient. Au XIXème siècle, certains d’entre eux se stabilisèrent dans l’actuelle Turquie, dans une zone où ils devinrent majoritaires. Lors de l’opération Tempête du désert, en 1991, les États-Unis et le Royaume-Uni créèrent deux zones de non-survol, dont une devint le refuge de Kurdes opposés au président Saddam Hussein. La société irakienne étant organisée de manière tribale, les Kurdes sunnites suivaient la famille Barzani, tandis que les Kurdes chiites suivaient la famille Talabani, et les Kurdes yézidis le Baba Cheikh (leader spirituel). Avec le regroupement de population dans la zone de non-survol, une rivalité surgit entre les Barzani et les Talabani. Les premiers firent appel au président Saddam Hussein pour qu’il les débarrasse des seconds, mais celui-ci poursuivait un autre agenda. Quoi qu’il en soit, lors de la chute de « Saddam », en 2003, les États-Unis placèrent les Barzani à la tête de la région désormais dite du « Kurdistan irakien ». Durant la guerre contre la Syrie, la CIA instrumenta notamment le Kurdistan iraquien pour approvisionner les jihadistes en armes. En 2014, lorsqu’elle organisa le Califat, elle autorisa les Barzani à profiter de la confusion pour conquérir de nouveaux territoires. Leur fief s’élargit progressivement de 80 %, annexant des populations arabes musulmanes et chrétiennes. Au passage, les Barzani laissèrent les jihadistes massacrer ou asservir les Kurdes yézidis.

Lorsque, renversant la politique impérialiste de son pays, le président Trump décida de détruire Daesh et que son armée se mit effectivement au travail, les populations non-Kurdes vivant sous le joug des Barzani réclamèrent d’être à nouveau rattachées à Bagdad. Le président Massoud Barzani, qui prétextait de l’impossibilité de tenir des élections durant la guerre pour se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son mandat, organisa un référendum d’indépendance. Il s’agissait pour lui à la fois de régulariser son pouvoir et de faire reconnaître ses conquêtes territoriales.

Durant la campagne référendaire, les Barzani assurèrent disposer du soutien de 80 États, dont les États-Unis et la France, qui viendraient à leur secours si l’Iraq et leurs voisins refusaient l’indépendance. Les alliés des Barzani, tout en assurant que ce n’était pas le bon moment pour l’indépendance, s’abstinrent de démentir la position que les Barzani leur attribuaient, à l’exception d’Israël qui soutint publiquement l’indépendance. Plus subtils, de nombreux États envoyèrent de hauts représentants sur place, montrant ainsi par le geste plus que par la parole qu’ils soutenaient bien les Barzani.

Cependant lorsque, à l’issue d’un scrutin truqué, les Barzani annoncèrent que le peuple soutenait à 92 % l’indépendance et donc de facto leur dictature, l’Iraq, la Turquie et l’Iran menacèrent d’intervenir militairement. Mais aucun des 80 États cités par les Barzani ne réagit. C’est qu’entre temps, le président Trump s’était opposé à la fois au projet de partition de l’Iraq et à la reconnaissance des conquêtes des Kurdes iraquiens.

Soudain, la baudruche s’est dégonflée. La Turquie et l’Iran se préparaient à envahir conjointement le nouvel État, mais ont été pris de court par l’intervention iraquienne. En 48 heures, les troupes de Bagdad ont libéré les territoires annexés par Erbil, tandis que plus de 100 000 colons kurdes prenaient la fuite. Elles s’abstinrent toutefois de continuer leur progression sur Erbil, admettant ainsi la légitimité des revendications historiques du peuple kurde, mais rejetant les prétentions des Barzani sur un prétendu Kurdistan en territoire arabe.

De très nombreux Kurdes iraquiens ont refusé de soutenir l’indépendance du pseudo Kurdistan. Ce fut d’abord le cas des yézidis qui créèrent le 25 juillet leur propre province autonome, l’Ezidikhan [6], puis ce fut le cas des cantons de Germian et de Souleimaniyé, jadis les plus durement réprimés par Saddam Hussein, qui boycottèrent le scrutin [7], et encore des chiites et de la famille Talabani qui ont accueilli le général Qasem Soleimani des gardiens de la Révolution venu préparer la libération des territoires arabes annexés, enfin des colons partis s’installer à Kirkuk et qui sont aujourd’hui dans la situation des pieds-noirs français lors de l’indépendance de l’Algérie.

Isolé, Massoud Barzani vient de démissionner, probablement au profit de son neveu, Nechirvan Barzani.

Catalogne : faux sécessionnistes et vrais comploteurs

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Catalonia Today, la revue en anglais de Carles Puigdemont, à l’attention de ses soutiens anglo-saxons.

On imagine que l’indépendantisme catalan s’est forgé dans la résistance au fascisme. C’est faux. Le premier parti indépendantiste catalan, Estat Català, a été fondé en 1922, c’est-à-dire juste avant les dictatures de Miguel Primo de Rivera et de Francisco Franco en Espagne.

On imagine que son fondateur, Francesc Macià (le « grand-père »), entendait créer un État indépendant qui n’avait jamais existé, afin de sauver la région de Barcelone du fascisme. C’est faux. Il souhaitait annexer Andorre, le Sud-Est de la France et une partie de la Sardaigne car, selon lui, la « Catalogne » est opprimée par Andorre, l’Espagne, la France et l’Italie.

On imagine que les indépendantistes catalans sont pacifistes. C’est faux. En 1926, Francesc Macià tenta un coup d’État après avoir enrôlé une centaine de mercenaires italiens et réuni une armée.

On imagine que les indépendantistes catalans sont historiquement de gauche. C’est faux. En 1928, Francesc Macià fonda à La Havane, avec l’aide du dictateur cubain pro-US Gerardo Machado, le Parti séparatiste révolutionnaire de Catalogne.

Les indépendantistes catalans n’ont jamais été soutenus par les États anti-impérialistes, et surtout pas par l’URSS durant la guerre d’Espagne (bien que Francesc Macià soit allé solliciter l’aide de Moscou dès 1924 et ait alors obtenu le soutien de Boukharine et de Zinoviev). Tout au plus Macià a-t-il noué des alliances avec des membres de la Seconde internationale.

Se revendiquant directement de Macià (et non pas de son ancien patron, Jordi Pujol) et donc soutenant implicitement le projet d’annexion d’Andorre, et d’une partie de la France et de l’Italie, Carles Puigdemont n’a jamais cherché à cacher ses soutiens anglo-saxons. Journaliste, il crée un mensuel pour tenir au courant ses sponsors de l’évolution de son combat. Il n’est évidemment pas en catalan, ni en espagnol, mais en anglais : Catalonia Today, dont sa femme la Roumaine Marcela Topor est devenue la rédactrice en chef. Identiquement il anime des associations promouvant l’indépendantisme catalan non pas en Espagne, mais à l’étranger, qu’il fait financer par George Soros [8].

Les indépendantistes catalans, comme leurs homologues luos et kurdes iraquiens, n’ont pas intégré le changement survenu à la Maison-Blanche. S’appuyant sur le Parlement où ils sont majoritaires en sièges, bien qu’ayant obtenu une minorité de voix lors de leur élection, ils ont proclamé l’indépendance à la suite du référendum du 1er octobre 2017. Ils croyaient pouvoir disposer du soutien des États-Unis et par voie de conséquence de celui de l’Union européenne. Mais, le président Trump ne les a pas plus soutenus qu’il ne l’a fait avec les Luos et les Kurdes iraquiens. Et par voie de conséquence, l’Union européenne est restée opposée au nouvel État.

Conclusion

Les exemples ci-dessus de sécessionnisme n’ont aucun rapport avec la décolonisation qui a donné naissance au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, dans ces trois cas, ces États ne sont pas viables sauf à annexer d’autres territoires qui n’ont rien demandé, comme l’ambitionnent Raila Odinga et Carles Puidgdemont et comme l’avait anticipé Massoud Barzani.

Il est d’usage de dire que le président Trump est un malade mental, qu’il soutient les nostalgiques des Confédérés racistes et n’a pas de politique étrangère. Cependant nous constatons qu’il est parvenu pour le moment à stopper les opérations de ses prédécesseurs et à maintenir une relative stabilité au Kenya, en Iraq et en Espagne. Cela mérite d’être souligné.

[1] Web of Deceit : Britain’s Real Foreign Policy, Mark Curtis, Random House, 2008.

[2] « L’expérience politique africaine de Barack Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 mars 2013.

[3] “Uhuru hires data firm behind Trump, Brexit victories”, Gideon Keter, The Star (Nairobi), May 10, 2017.

[4] “Canadian working with Kenya opposition party detained, to be deported”, The Globe and Mail, August 5, 2017. “An American working for the Kenyan opposition describes his harrowing abduction and deportation”, Robyn Dixon, Los Angeles Times, August 10, 2017.

[5] “Unity Through Autonomy in Iraq”, Joe Biden & Leslie H. Gelb, The New York Times, May 1, 2006.

[6] “Establishment of the Provisional Government of Ezidikhan”, Voltaire Network, 25 July 2017.

[7] « Le Kurdistan n’a pas besoin de grands propagandistes », Aras Fahta & Marwan Kanie, Le Monde, 18 mai 2017.

[8] “George Soros financió a la agencia de la paradiplomacia catalana”, Quico Sallés, La Vanguardia, 16 de agosto de 2016.

http://www.voltairenet.org/article 198546.

Écriture inclusive : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

Écriture inclusive : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…

Pencil Love by Petur(CC BY-NC-ND 2.0)

L’écriture inclusive et la féminisation des mots violentent la langue et témoignent surtout d’un manque de clarté de la pensée.

Par Francis Richard.

Modestement, comme je ne prétends être ni écrivain, ni journaliste, j’essaie d’écrire en langue française, sans autre ambition que de respecter le précepte de Nicolas Boileau :

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Je ne suis pas tout à fait Français, si je suis de toute façon francophone. D’aucuns me le reprochent… Il est vrai que je suis né en Flandre, que, sorte de monsieur Jourdain de l’identité, j’ai longtemps été apatride sans le savoir, que j’ai obtenu tardivement la nationalité française, encore plus tardivement la nationalité suisse…

Je serais donc mal placé pour défendre la langue française… violentée naguère par la féminisation politique des noms et aujourd’hui par l’écriture inclusive. Alors, ne me sentant pas à l’aise pour le faire, je fais appel à d’autres, et non des moindres, pour plaider en faveur de la langue que j’aime : Jean-François Revel et l’Académie française.

Jean-François Revel et la féminisation des mots

Dans un article, paru il y a quelque vingt ans, le 11 juillet 1998, dans Le Point, intitulé « Le sexe des mots », Jean-François Revel dit tout haut ce que je pense forcément tout bas. Dans cet article lumineux, il remarque que la querelle de la féminisation des mots découle du simple fait qu’en français le genre neutre n’existe pas.

Il en résulte qu’en français des féminins et des masculins sont « purement grammaticaux, nullement sexuels ». Jean-François Revel donne les exemples suivants :

Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille. De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie.

Il ajoute, ce qui est le bon sens même, que certains substantifs se féminisent naturellement et d’autres pas, et donne des exemples que le lecteur intéressé peut découvrir en lisant son article. Avec toute sa sagesse d’académicien, il dit surtout :

L’usage est le maître suprême. Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques.

Il conclut que les politiques, chez lesquels l’égalité des sexes ne progresse pas comme dans les autres métiers, ont choisi, en torturant la grammaire, de « faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes »

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Et que dit l’Académie française à propos de l’écriture inclusive ?

Pour ce qui concerne l’écriture inclusive, que l’on voudrait imposer comme norme, j’attendais l’Académie française, avec plus d’espoir que les personnages de Samuel Beckett attendant Godot…

L’honorable Compagnie vient de se fendre à ce sujet (lors de sa séance du 26 octobre 2017), d’une déclaration de laquelle j’extrais ce passage :

La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Dans son « Discours sur l’universalité de la langue française », Antoine de Rivarol écrivait que ce qui faisait l’universalité de la langue française à son époque, c’était « l’ordre et la construction de la phrase », qui lui donnaient sa « clarté par excellence »

Les sectateurs de l’aberration inclusive devraient se souvenir, avec Rivarol, que « ce qui n’est pas clair n’est pas français ». Mais, peut-être le sont-ils moins, après tout, que je ne suis…

https://www.contrepoints.org/2017/10/31/302054-ecriture-inclusive-se-concoit-bien-senonce-claireme

DIRECT. Catalogne : « Je ne suis pas ici pour demander l’asile politique », annonce Carles Puigdemont, depuis Bruxelles

DIRECT. Catalogne : « Je ne suis pas ici pour demander l’asile politique », annonce Carles Puigdemont, depuis Bruxelles

Le président séparatiste catalan destitué s’est exprimé mardi. Il promet d’accepter les élections du 21 décembre qui doivent renouveler le Parlement de l’autonomie.

Carles Puigdemont, au palais de la Généralité catalane, à Barcelone (Catalogne, Espagne), le 26 octobre 2017. 
Carles Puigdemont, au palais de la Généralité catalane, à Barcelone (Catalogne, Espagne), le 26 octobre 2017.  (JORDY BOIXAREU / SPUTNIK / AFP)

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Ce qu’il faut savoirVisé par une procédure judiciaire en Espagne, le président destitué de la Catalogne, Carles Puigdemont, s’est exprimé, mardi 31 octobre, lors d’une conférence de presse organisée à Bruxelles. Elle se tenait au « Press Club » de la capitale belge. Suivez notre direct.

Il reste en Belgique « par sécurité ». Carles Puigdemont est dans la capitale belge depuis lundi 30 octobre. Il a précisé ne pas être « ici pour demander un asile politique« . D’ailleurs, « on ne veut pas échapper à la justice », explique-t-il. « Si on était resté là-bas avec une attitude de résistance, il y aurait eu beaucoup de violences. »

Il respectera les élections du 21 décembre. Le dirigeant catalan dit vouloir poursuivre le combat sur le plan politique. Affirmant qu’il se pliera le résultat des élections de décembre, il interpelle le gouvernement : « Respectera-t-il le résultat des urnes ? »

La justice espagnole annule la déclaration d’indépendance. La Cour constitutionnelle d’Espagne a suspendu mardi la déclaration unilatérale d’indépendance votée par le Parlement de Catalogne vendredi dernier.

Puigdemont visé par une enquête. Carles Puigdemont est en Belgique depuis lundi, selon Me Paul Bekaert, l’avocat belge qu’il a sollicité pour des conseils juridiques. Le président catalan destitué est visé depuis lundi par une procédure judiciaire (pour rébellion, sédition et malversation) à la suite de la déclaration d’indépendance de la région, désormais sous tutelle de Madrid.

La garde civile perquisitionne le siège de la police catalane. La garde civile espagnole a perquisitionné mardi le siège de la police catalane dans le cadre d’une enquête sur le référendum d’autodétermination du 1er octobre interdit par Madrid et émaillé de violences policières. Le porte-parole de la garde civile précise que plusieurs perquisitions ont été simultanément menées au siège de la police catalane à Sabadell, en Catalogne, et ailleurs.

Le live

Suivez le live et réagissez en direct
#CATALOGNE

Retrouvez ici l’intégralité de notre live #CATALOGNE

14h40 : A la mi-journée, Carles Puigdemont a assuré que les indépendantistes allaient « respecter les résultats des élections de décembre » voulues par Madrid.

(FRANCE INFO)

14h36 : Que retenir de la conférence de presse de Carles Puigdemont, le président catalan destitué ? Selon l’historien Benoît Pellistrandi, interrogé sur franceinfo, « il y a une information très importante : les élections du 21 décembre auront lieu et ne vont pas être boycottées par les indépendantistes ».

13h27 : Carles Puigdemont a nié toute intention de « demander un asile politique » à la Belgique. Il dit être venu à Bruxelles « pour agir librement et en sécurité » au cœur de l’Europe.

(FRANCE INFO)

13h26 : Le président destitué de Catalogne, Carles Puigdemont, réclame « le droit à l’autodétermination » pour la Catalogne, qui reste sa première priorité. Voici le début de son discours.

(FRANCE INFO)

13h18 : « Si on était resté là-bas avec une attitude de résistance, il y aurait eu beaucoup de violences. »

Carles Puigdemont affirme que son départ pour la Belgique témoigne d’une volonté de « détente » de sa part.

13h16 : « On est ici à la recherche de garanties que nous n’avons pas en Catalogne et en Espagne. »

Carles Puigdemont se montre flou sur la date de son retour en Catalogne (« On va voir »). Il fait état de « menaces » et dénonce « un désir non pas de justice mais de vengeance » de la part de l’Espagne.

13h18 : « Je ne suis pas ici pour demander un asile politique », annonce Carles Puigdemont.

13h12 : « On ne veut pas échapper à la justice. »

Le dirigeant catalan dit vouloir poursuivre le combat sur le plan politique. Affirmant qu’il respectera le résultat des élections de décembre, il interpelle le gouvernement : « Est-ce qu’il va respecter le résultat des urnes ? »

13h10 : Carles Puigdemont annonce qu’il n’entend pas se soustraire à la justice espagnole.

13h19 : « Nous sommes venus en Belgique pour mettre en évidence le problème catalan dans le cœur institutionnel de l’Europe. »

Carles Puigdemont condamne l’« absence d’indépendance de la justice espagnole » et le « grave déficit démocratique au sein de l’Etat espagnol« .

13h07 : Une porte-parole de la Cour constitutionnelle espagnole annonce que la déclaration d’indépendance votée vendredi par le parlement régional vient d’être annulée.

13h01 : La Cour constitutionnelle espagnole suspend la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

12h59 : « Notre principale priorité est d’éviter la violence. »

Carles Puigdemont précise qu’il va s’exprimer en catalan, en espagnol et en français pendant la conférence de presse, pour éviter les « confusions » de traduction.

12h54 : Silencieux depuis dimanche, Carles Puigdemont est arrivé au « Press Club » de Bruxelles. Sa prise de parole est imminente.

12h49 : « C’est très exceptionnel d’obtenir l’asile pour un ressortissant d’un pays de l’Union européenne. »

Selon Dirk Van Den Bulck, Carles Puigdemont aurait peu de chances d’obtenir un statut de réfugié politique en Belgique. Il lui faudrait démontrer « un risque de persécution » en Espagne et l’impossibilité d’y être protégé.

12h43 : La principale question qui se pose avant l’intervention de Carles Puigdemont concerne son avenir personnel. Envisage-t-il de demander l’asile en Belgique ? Hier, le Catalan a sollicité le conseil d’un avocat expert des questions d’asile, qui affirme avoir « demandé quatre fois l’asile pour des Espagnols », avec succès.

12h35 : Au lendemain de son arrivée en Belgique et de l’ouverture en Espagne d’une procédure judiciaire pour rébellion, le président destitué de la Catalogne, Carles Puigdemont, doit s’exprimer d’un instant à l’autre. Vous pourrez regarder son intervention ici.

12h10 : « M. Puigdemont peut demander l’asile comme je peux demander le prix Goncourt. » Au micro de franceinfo, l’ambassadeur d’Espagne en France a ironisé sur une éventuelle demande d’asile du président destitué de la Catalogne, qui se trouve à Bruxelles. A écouter ci-dessous :

12h15 : La garde civile espagnole perquisitionne le siège de la police catalane dans le cadre d’une enquête sur le référendum d’autodétermination du 1er octobre interdit par Madrid et émaillé de violences policières, a indiqué un porte-parole.

11h12 : La garde civile (la police espagnole) perquisitionne le siège de la police catalane.

11h03 : La conférence de presse est prévue au « Press Club » de la capitale européenne, non loin des institutions de l’UE. Carles Puigdemont est en Belgique depuis hier, selon l’avocat belge qu’il a sollicité pour des conseils juridiques.

11h02 : Le leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont, destitué par Madrid, donnera une conférence de presse à 12h30 à Bruxelles.

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/direct-suivez-la-conference-de-carles-puigdemont-president-destitue-de-la-catalogne-depuis-bruxelles_2445604.html#xtor=EPR-51-%5Bje-ne-suis-pas-ici-pour-demander-l-asile-politique-annonce-carles-puigdemont-qui-accepte-les-elections-du-21-decembre-suivez-notre-direct_2445604%5D-20171031-%5Bbouton%5D

Poutine s’adresse aux élites occidentales : vous avez échoué !

Poutine s’adresse aux élites occidentales : vous avez échoué !


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 19 octobre 2017 – Source Club Orlov

L’article le plus populaire que j’ai jamais publié sur ce blog, et de loin, était intitulé Poutine s’adresse aux élites occidentales : le temps du jeu est écoulé. Il est sorti il y a presque exactement trois ans, après la conférence du Club Valdaï de cette année-là, et il était basé sur le discours que Poutine a donné à cette conférence. Il a recueilli près de 200 000 vues – plus de deux fois plus que le second article le plus consulté – parce qu’il soulignait quelque chose de très significatif : un changement radical dans les relations internationales avait eu lieu, annonçant la fin du moment unipolaire américain où les USA pouvaient dicter leurs termes au monde entier.

Dans ce discours, Poutine signalait principalement aux élites occidentales qu’elles n’étaient plus qualifiées pour jouer le jeu des relations internationales d’aujourd’hui et qu’elles devaient retourner à l’école pour se recycler. Et maintenant, trois ans plus tard, Poutine leur a remis un bulletin final, leur donnant un 0 pointé dans chaque catégorie : ils n’ont rien appris.

L’extrait suivant de mon article d’il y a trois ans détaille comment les règles ont changé:

« Auparavant, le jeu de la politique internationale se pratiquait comme suit : les politiciens faisaient des déclarations publiques dans l’optique de préserver la fiction agréable de la souveraineté nationale, mais ce n’était que de l’esbroufe et n’avait rien à voir avec la vraie nature de la politique internationale ; en sous-main, ils étaient engagés dans des négociations secrètes dans les antichambres, et c’est là que les vrais accords étaient forgés. Auparavant, Poutine a tenté de jouer ce jeu, pensant seulement que la Russie serait traitée comme une égale. Ces espoirs ont toutefois été anéantis et, à cette conférence, il a déclaré que la partie était finie, violant explicitement le tabou occidental en s’adressant directement au peuple, par-dessus la tête des clans élitistes et des leaders politiques.

Il reste une chance de bâtir un nouvel ordre mondial sans déclencher un conflit planétaire. Ce nouvel ordre mondial doit nécessairement inclure les États-Unis, mais uniquement aux mêmes conditions que les autres : dans le respect du droit et des accords internationaux ; en s’interdisant toute action unilatérale ; dans le respect complet de la souveraineté des autres nations. »

Bien que l’évaluation défavorable de Poutine se soit appliquée à l’Occident dans son ensemble, une grande partie de ses critiques étaient directement dirigées contre Washington, dont les « vassaux » européens (son propre terme, prononcé à une autre occasion) n’étaient « motivés que par des considérations politiques éphémères et leur désir de plaire, et je vais le dire franchement, à leur grand frère à Washington ».

Assis entre Hamid Karzai, l’ancien président de l’Afghanistan, et Jack Ma, le milliardaire à la tête du géant chinois Alibaba, Poutine a souligné que le monde moderne est un endroit intrigant et complexe, plein de problèmes et de contradictions non résolus. D’une part, il existe des sociétés tribales pratiquement médiévales telles qu’en Afghanistan, avec leurs propres traditions de démocratie tribale et ne pouvant pas faire l’objet de changements positifs depuis l’extérieur (par ce que Karzai appelait « la démocratie de John Kerry ») ; de l’autre, l’omniprésence d’Internet, des communications mondiales instantanées et des progrès rapides dans des domaines tels que la robotique et l’apprentissage automatique, incarnés par Jack Ma, offraient à la fois des dangers et des opportunités. Mais Vladimir Poutine a souligné que « tous les conflits doivent être résolus de manière civilisée (…) Nous sommes fermement convaincus que même les nœuds les plus complexes (…) doivent être démêlés plutôt que coupés ». Cela nécessite des connaissances locales complexes, la capacité d’une diplomatie patiente et une réputation d’équité – tout ce que Washington a sacrifié sur le feu de joie de sa propre vanité ou n’a jamais commencé à apprendre.

C’est la raison pour laquelle les résultats de l’Occident ont été si pauvres : « Dans le monde moderne, il est impossible d’obtenir un gain stratégique au détriment des autres. Une telle politique fondée sur l’auto-suffisance, l’égoïsme et les prétentions à l’exceptionnalisme n’apportera aucun respect ou véritable grandeur. Cela suscitera un rejet et une résistance naturels et justifiés. En conséquence, nous verrons la croissance continue des tensions et de la discorde au lieu d’essayer d’établir ensemble un ordre international sérieux et stable et de relever les défis technologiques, environnementaux, climatiques et humanitaires auxquels est confrontée toute la race humaine aujourd’hui. » Le besoin de résoudre les problèmes est urgent, mais la capacité de l’Occident à le faire est absente. En conséquence, « deux décennies et demi ont été perdues, beaucoup d’occasions manquées et un lourd fardeau de méfiance mutuelle s’est installé ».

Contrôle des armes : échec.

Passant aux détails, Poutine a noté que « la Russie et les États-Unis ont une responsabilité spéciale envers le monde en étant les deux plus grandes puissances nucléaires ». La Russie et les États-Unis ont signé un certain nombre de traités de limitation et de réduction des armements. mais alors que la Russie a scrupuleusement rempli ses obligations, les États-Unis ont été négligents. Par exemple, sur l’élimination des surplus de plutonium de qualité militaire,

« [Les Américains] ont commencé à construire une usine sur le site de Savannah River. Son coût initial était de 4,86 milliards de dollars, mais ils ont dépensé près de 8 milliards de dollars, ont avancé la construction à 70% et ont ensuite gelé le projet. Mais, à notre connaissance, la budget alloué pour 2018 comprend 270 millions de dollars pour la fermeture et la mise sous cocon de cette installation. Comme d’habitude, une question se pose: où est l’argent ? Probablement volé. Ou ils ont mal calculé quelque chose lors de la planification de sa construction. De telles choses arrivent. Elles arrivent ici trop souvent. Mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire. Nous sommes intéressés par ce qui se passe avec l’uranium et le plutonium. Qu’en est-il de l’élimination du plutonium ? La dilution et le stockage géologique du plutonium sont suggérés. Mais cela contredit totalement l’esprit et la lettre de l’accord et, surtout, ne garantit pas que la dilution ne soit pas reconvertie en plutonium de qualité militaire. Tout cela est très regrettable et déroutant. »

Pour être juste, concevoir et construire un tel réacteur est une tâche difficile ; beaucoup ont essayé, mais seule la Russie l’a réussi. Les Américains manquent de savoir-faire, mais ils sont trop fiers et embarrassés pour demander de l’aide.

Assurer la stabilité politique : Échec.

Sur le thème du séparatisme ethnique, qui sévit actuellement dans de nombreuses régions du monde, la réprimande de Poutine a été directe : « Vous auriez dû y réfléchir avant », lorsque vous avez organisé la confiscation du Kosovo à la Serbie pour en faire une base militaire de l’OTAN [Camp Bondsteel, NdT]. Il ne sert à rien de feindre de prendre ombrage maintenant que la Crimée a quitté l’Ukraine et rejoint la Russie, ou que l’Ukraine orientale refuse de se prosterner devant le régime de Kiev, ou que le Kurdistan irakien a voté pour l’indépendance (mais a échoué par manque de soutien de quiconque sauf d’Israël).

Et maintenant, il y a la Catalogne, avec une longue liste d’espoirs et de griefs semblables qui mijotent ailleurs. « Je ne peux pas m’empêcher de noter que plus de réflexion aurait dû être faite plus tôt. Quoi, personne n’était au courant de ces désaccords séculaires en Europe ? Ils sont là depuis longtemps, n’est-ce pas ? Bien sûr que oui. Cependant, à un moment donné, ils se sont félicités de la désintégration d’un certain nombre d’États d’Europe sans cacher leur joie. »

Bref, il a été possible de créer un mauvais précédent, comme ce fut le cas pour le Kosovo, mais il n’est pas possible d’imposer un double standard : « Il s’avère que certains de nos collègues pensent qu’il existe de ‘bons’ combattants pour l’indépendance et la liberté et il y a des ‘séparatistes’ qui n’ont pas le droit de défendre leurs droits, même avec l’utilisation de mécanismes démocratiques (…) Les doubles standards – et c’est un exemple frappant de deux poids deux mesures – constituent un grave danger pour le développement stable de l’Europe et d’autres continents, et pour l’avancement des processus d’intégration à travers le monde. »

Développement économique : échec

Il semblerait que les États-Unis aient cessé d’aider les pays en développement à se développer pour s’en prendre aux pays développés. Récemment, même l’Allemagne et l’Autriche se sont opposés bruyamment lorsque les États-Unis ont décidé d’enrichir leurs entreprises dans le domaine de l’énergie au détriment de leurs alliés européens :

« À un moment donné, les défenseurs de la mondialisation essayaient de nous convaincre que l’interdépendance économique universelle était une garantie contre les conflits et la rivalité géopolitique. Hélas, cela ne s’est pas produit (…) Certains ne cachent même pas qu’ils utilisent des prétextes politiques pour promouvoir leurs intérêts strictement commerciaux. Par exemple, le récent paquet de sanctions adopté par le Congrès américain vise ouvertement à évincer la Russie des marchés européens de l’énergie et à obliger l’Europe à acheter du GNL américain plus coûteux, bien que l’ampleur de sa production soit encore trop faible. »

Lutte contre le terrorisme : échec

Poutine a salué les efforts de la Russie en Syrie et a prédit que la lutte contre ISIS serait bientôt terminée. Cependant, gagner une seule bataille, ce n’est pas la même chose que gagner la guerre. De plus, le rôle de l’Occident dans cette lutte a été tout sauf positif :

« Au lieu de travailler ensemble pour redresser la situation et porter un véritable coup au terrorisme plutôt que de simuler une lutte contre celui-ci, certains de nos collègues font tout ce qu’ils peuvent pour que le chaos dans cette région soit permanent. Certains pensent encore qu’il est possible de gérer ce chaos. »

Au cours des questions et réponses qui ont suivi son discours, Poutine a expliqué que « le terrorisme plonge des racines profondes dans l’injustice du monde, parmi les populations et groupes religieux et ethniques défavorisés, et se développe sur l’absence de systèmes éducatifs de base dans de nombreux pays. L’absence d’une bonne éducation de base est l’une des choses qui nourrit le terrorisme ». Les tactiques brutales de l’Occident, qui ont récemment fait ressembler la ville syrienne de Raqqa à Dresde à la fin de la Seconde Guerre mondiale et causé des milliers de victimes civiles à Mossoul, créant le terrorisme alors même qu’ils prétendent le détruire.

Beaucoup d’autres choses ont été dites – sur la situation en Ukraine, sur la Corée du Nord, sur la rapidité avec laquelle la situation dans le monde évolue et se développe et sur le grave danger que cette instabilité fait peser sur le monde. Pour cela, je vous encourage à lire tout le discours. Mais ce qui est essentiel à comprendre, c’est que l’ère de la tolérance russe face aux affronts occidentaux – de « tendre l’autre joue » – est définitivement révolue. Lorsqu’on lui demande si le manque de capacité des Américains à poursuivre le contrôle sur les armements renvoie le monde aux années 1950, Poutine rétorque : « Nous ne revenons pas aux années 1950, nous sommes renvoyés dans les années 1950 », mais cela si les Américains veulent annuler tous les accords de contrôle d’armement. J’espère que certains d’entre vous se souviendront de la situation qui s’est développée dans les années 1950 : la crise des missiles cubains, alors que le monde était si proche de l’anéantissement nucléaire, que seul un heureux accident a empêché.

Nous ne pouvons qu’espérer que la junte des généraux en fauteuil roulant dont Trump s’est entouré s’en souvient aussi, et qu’ils ne vont pas nous suicider. Il y a certainement peu d’espoir que l’establishment de Washington comprenne la gravité de la situation, fasciné par la question de savoir s’il faut accuser Trump d’être un misogyne et un raciste, ou enfermer Hillary Clinton pour escroquerie. Il n’y a pas non plus beaucoup d’espoir pour la population américaine dans son ensemble, alors que la plus grande partie d’entre elle est ravie par de nouvelles révélations sur toutes les jolies filles que Harvey Weinstein pourrait avoir molestées.

Prié de dire si Trump est imprévisible, Poutine a répondu que « les Américains sont imprévisibles ». Tout ce que nous pouvons espérer est que les Russes, ainsi que leurs nombreux amis et alliés, continuent d’être professionnels, calmes, prudents et mesurés dans leurs réponses aux mouvements hiératiques des américains, et que les Américains parviennent à maintenir assez de présence d’esprit pour empêcher leur stupide reality-show, avec leur président en paillettes, de se transformer en un film d’horreur.

Je passe maintenant la parole à Vladimir Poutine.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

 

 

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-sadresse-aux-elites-occidentales-vous-avez-echoue

 

Réunion du Club de discussion international de Valdaï

Réunion du Club de discussion international de Valdaï


Par Vladimir Poutine – Le 24 octobre 2017 – Source Kremlin.ru via Club Orlov

Meeting of the Valdai International Discussion Club.
Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste, mais je sais que vous avez eu des discussions très animées au cours de ces trois derniers jours. Je vais essayer, comme c’est maintenant devenu habituel, de partager avec vous ce que je pense de certaines questions. S’il vous plaît, ne le prenez pas mal si je dis quelque chose qui a déjà été dit car je n’ai pas suivi toutes les discussions.

Pour commencer, je voudrais souhaiter la bienvenue à M. Karzaï, M. Ma, M. Toje, à nos collègues et à tous nos amis. Je peux voir beaucoup de visages familiers dans le public. Bienvenue à tous à la réunion du Club Valdaï.

Par tradition, ce forum se concentre sur les questions politiques et économiques mondiales les plus urgentes. Cette fois-ci, les organisateurs, comme on vient de le mentionner, ont relevé un défi assez difficile en demandant aux participants d’essayer de regarder au-delà de l’horizon, de réfléchir aux prochaines décennies pour la Russie et la communauté internationale.

Bien sûr, il est impossible de tout prévoir et de prendre en compte toutes les chances et tous les risques auxquels nous serons confrontés. Cependant, nous devons comprendre et ressentir les principales tendances, chercher des réponses en dehors du cadre aux questions que le futur nous pose pour le moment et il en posera sûrement d’autres plus tard. Le rythme des développements est tel que nous devons y réagir constamment et rapidement.

Le monde est entré dans une ère de changement rapide. Des choses que l’on a qualifiées de fantastiques ou qui étaient inaccessibles sont devenues une réalité et une partie de notre vie quotidienne.

Des processus qualitativement nouveaux se déroulent simultanément dans toutes les sphères. La vie publique trépidante dans divers pays et la révolution technologique sont étroitement liées aux changements sur la scène internationale. La concurrence pour une place dans la hiérarchie mondiale est exacerbée. Cependant, de nombreuses recettes du passé pour la gouvernance mondiale, pour le dépassement des conflits ainsi que pour résoudre les contradictions naturelles ne sont plus applicables. Elles échouent trop souvent, et de nouvelles n’ont pas encore été élaborées.

Naturellement, les intérêts des États ne coïncident pas toujours, loin de là. C’est normal et naturel. Cela a toujours été le cas. Les puissances dirigeantes ont différentes stratégies géopolitiques et perceptions du monde. C’est l’essence immuable des relations internationales, qui reposent sur l’équilibre entre la coopération et la compétition.

Certes, lorsque cet équilibre est rompu, lorsque l’observance et même l’existence de règles de conduite universelles sont mises en question, lorsque les intérêts sont bousculés à n’importe quel prix, les disputes deviennent imprévisibles et dangereuses et conduisent à des conflits violents.

Pas un seul problème international réel ne peut être résolu dans de telles circonstances et dans un tel cadre, et donc les relations entre les pays se dégradent, simplement. Le monde devient moins sûr. Au lieu du progrès et de la démocratie, carte blanche est donnée aux éléments radicaux et aux groupes extrémistes qui rejettent la civilisation elle-même et cherchent à la plonger dans un passé ancien, dans le chaos et la barbarie.

L’histoire de ces dernières années illustre graphiquement tout cela. Il suffit de voir ce qui s’est passé au Moyen-Orient, que certains acteurs ont tenté de remodeler et de reformater à leur goût et de lui imposer un modèle de développement étranger par des coups d’État orchestrés extérieurement ou simplement par la force des armes.

Au lieu de travailler ensemble pour redresser la situation et porter un véritable coup au terrorisme plutôt que de simuler une lutte contre celui-ci, certains de nos collègues font tout leur possible pour que le chaos dans cette région soit permanent. Certains pensent encore qu’il est possible de gérer ce chaos.

En attendant, il y a quelques exemples positifs dans l’expérience récente. Comme vous l’avez probablement deviné, je fais référence à l’expérience de la Syrie. Cela montre qu’il existe une alternative à ce genre de politique arrogante et destructrice. La Russie s’oppose aux terroristes avec le gouvernement syrien légitime et les autres États de la région et agit sur la base du droit international. Je dois dire que ces actions et ce progrès n’ont pas été faciles. Il y a beaucoup de dissensions dans la région. Mais nous nous sommes fortifiés avec patience et, pesant nos moindres gestes et paroles, nous travaillons avec tous les participants à ce processus avec le respect dû à leurs intérêts.

Nos efforts, dont les résultats n’ont pas été remis en question jusqu’à récemment par nos collègues, nous laissent maintenant – laissez-moi le dire avec prudence – entrevoir un peu d’espoir. Ils se sont révélés très importants, corrects, professionnels et opportuns.

Ou, prenez un autre exemple : le bras de fer autour de la péninsule coréenne. Je suis sûr que vous avez également traité de cette question de façon approfondie aujourd’hui. Oui, nous condamnons sans équivoque les essais nucléaires menés par la RPDC et nous nous conformons pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la Corée du Nord. Chers collègues, je tiens à le souligner pour qu’il n’y ait pas d’interprétation discrétionnaire. Nous respectons toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ce problème ne peut, bien sûr, être résolu que par le dialogue. Nous ne devrions pas bloquer la Corée du Nord dans un coin, la menacer de représailles musclées, nous abaisser à la grossièreté ou à l’invective. Que quelqu’un aime ou n’aime pas le régime nord-coréen, nous ne devons pas oublier que la République populaire démocratique de Corée est un État souverain.

Tous les différends doivent être résolus de manière civilisée. La Russie a toujours favorisé une telle approche. Nous sommes fermement convaincus que même les nœuds les plus complexes – que ce soit la crise en Syrie ou en Libye, dans la péninsule coréenne ou, disons, en Ukraine – doivent être démêlés plutôt que coupés.

La situation en Espagne montre clairement à quel point la stabilité peut être fragile même dans un État prospère et établi. Qui aurait pu s’attendre, même tout récemment, à ce que la discussion sur le statut de la Catalogne, qui a une longue histoire, aboutisse à une crise politique aiguë ?

La position de la Russie est connue ici. Tout ce qui se passe est une affaire interne à l’Espagne et doit être réglé sur la base de la loi espagnole conformément aux traditions démocratiques. Nous sommes conscients que le leadership du pays prend des mesures à cette fin.

Dans le cas de la Catalogne, nous avons vu l’Union européenne et un certain nombre d’autres États condamner à l’unanimité les partisans de l’indépendance.

Vous savez, à cet égard, je ne peux pas m’empêcher de noter que plus de réflexion aurait dû avoir lieu plus tôt. Quoi, personne n’était au courant de ces désaccords séculaires en Europe ? Ils l’étaient, n’est-ce pas ? Bien sûr, qu’ils l’étaient. Cependant, à un moment donné, ils se sont félicités de la désintégration d’un certain nombre d’États en Europe sans cacher leur joie.

Pourquoi étaient-ils si irréfléchis, motivés par des considérations politiques éphémères et leur désir de plaire – je le dis sans détour – à leur grand frère à Washington, en apportant leur soutien inconditionnel à la sécession du Kosovo, provoquant ainsi des processus similaires dans d’autres régions d’Europe et dans le monde ?

Vous vous souvenez peut-être que lorsque la Crimée a également déclaré son indépendance, puis – suite au référendum – sa décision de faire partie de la Russie, cela n’a pas été bien accueilli pour différentes raisons. Nous avons maintenant la Catalogne. Il y a un problème similaire dans une autre région, le Kurdistan. Peut-être que cette liste est loin d’être exhaustive. Mais nous devons nous demander : qu’allons-nous faire ? Que devrions-nous penser à ce sujet ?

Il se trouve que certains de nos collègues pensent qu’il y a de « bons » combattants pour l’indépendance et la liberté et qu’il y a des « séparatistes » qui n’ont pas le droit de défendre leurs droits, même avec l’utilisation de mécanismes démocratiques.

Comme nous le disons toujours dans des cas similaires, de tels doubles standards – et c’est un exemple flagrant de double standard – constituent un grave danger pour le développement stable de l’Europe et des autres continents et pour l’avancement des processus d’intégration à travers le monde.

À un moment donné, les défenseurs de la mondialisation essayaient de nous convaincre que l’interdépendance économique universelle était une garantie contre les conflits et la rivalité géopolitique. Hélas, cela ne s’est pas produit. De plus, la nature des contradictions s’est complexifiée, devenant multicouche et non linéaire.

En effet, alors que l’interdépendance est un facteur restrictif et stabilisateur, nous assistons également à un nombre croissant d’exemples de politiques qui interfèrent grossièrement avec les relations économiques et le marché. Tout récemment, il y a eu des avertissements que c’était inacceptable, contre-productif et qu’il fallait l’éviter. Maintenant, ceux qui ont fait de telles déclarations font aussi cela eux-mêmes. Certains ne cachent même pas qu’ils utilisent des prétextes politiques pour promouvoir leurs intérêts strictement commerciaux. Par exemple, le récent paquet de sanctions adopté par le Congrès américain vise ouvertement à évincer la Russie des marchés européens de l’énergie et à obliger l’Europe à acheter du GNL américain plus coûteux, bien que l’ampleur de sa production soit encore trop faible.

Des tentatives sont faites pour créer des obstacles à nos efforts pour forger de nouvelles voies énergétiques – South Stream et Nord Stream – même si la diversification de la logistique est économiquement efficace, bénéfique pour l’Europe et favorise sa sécurité.

Je le répète : il est naturel que chaque État ait ses propres intérêts politiques, économiques et autres. La question est le moyen par lequel ils sont protégés et promus.

Dans le monde moderne, il est impossible d’obtenir un gain stratégique au détriment des autres. Une telle politique fondée sur l’auto-suffisance, l’égoïsme et les prétentions à l’exceptionnalisme n’apportera aucun respect ou véritable grandeur. Cela suscitera un rejet et des résistances naturelles et justifiées. En conséquence, nous verrons la croissance continue des tensions et de la discorde au lieu d’essayer d’établir ensemble un ordre international sérieux et stable, et de relever les défis technologiques, environnementaux, climatiques et humanitaires auxquels est confrontée toute l’espèce humaine aujourd’hui.

Collègues, le progrès scientifique et technologique, l’automatisation robotisée et la numérisation entraînent déjà de profonds changements économiques, sociaux et culturels ainsi que des changements de valeurs. Nous sommes maintenant devant des perspectives et des chances jusqu’alors inconcevables. Mais en même temps, nous devrons trouver des réponses à beaucoup de questions. Quelle place occuperont les gens dans le triangle « humains-machines-nature » ? Quelles mesures seront prises par les États qui ne parviennent pas à offrir des conditions de vie normales en raison des changements climatiques et environnementaux ? Comment l’emploi sera-t-il maintenu à l’ère de l’automatisation ? Comment le serment d’Hippocrate sera-t-il interprété une fois que les médecins auront des capacités semblables à celles de sorciers tout-puissants ? Et l’intelligence humaine va-t-elle finalement perdre la capacité de contrôler l’intelligence artificielle ? L’intelligence artificielle deviendra-t-elle une entité séparée, indépendante de nous ?

Auparavant, en évaluant le rôle et l’influence des pays, nous parlions de l’importance du facteur géopolitique, de la taille du territoire d’un pays, de sa puissance militaire et de ses ressources naturelles. Bien sûr, ces facteurs sont toujours d’une importance majeure aujourd’hui. Mais il y a maintenant un autre facteur : le facteur scientifique et technologique qui, sans aucun doute, a aussi une grande importance, et celle-ci ne fera qu’augmenter avec le temps.

En fait, ce facteur a toujours été important, mais maintenant il aura le potentiel de transformer le jeu, et très bientôt, il aura un impact majeur dans les domaines de la politique et de la sécurité. Ainsi, le facteur scientifique et technologique deviendra un facteur d’importance universelle et politique.

Il est également évident que même les toutes dernières technologies ne seront pas en mesure d’assurer un développement durable par elles-mêmes. Un avenir harmonieux est impossible sans responsabilité sociale, sans liberté et sans justice, sans respect des valeurs éthiques traditionnelles et de la dignité humaine. Autrement, au lieu de devenir un monde de prospérité et de nouvelles opportunités, ce « meilleur des mondes » se transformera en un monde de totalitarisme, de castes, de conflits et de plus grandes divisions.

Aujourd’hui, les inégalités croissantes se traduisent déjà par des sentiments d’injustice et de privation chez des millions de personnes et des nations entières avec pour résultat la radicalisation, le désir de changer les choses de toutes les façons possibles, jusqu’à inclure la violence.

En passant, cela s’est déjà produit dans de nombreux pays, et également en Russie, notre pays. Les percées technologiques et industrielles réussies ont été suivies de bouleversements dramatiques et de perturbations révolutionnaires. Tout cela est arrivé parce que le pays n’a pas réussi à résoudre les discordes sociales et à surmonter à temps les anachronismes clairs dans la société.

La révolution est toujours le résultat d’un déficit de responsabilité à la fois pour ceux qui souhaitent conserver, geler sur place un ordre des choses désuet, et ceux qui aspirent à accélérer les changements, en recourant à des conflits civils et à une résistance destructive.

Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers les leçons du siècle dernier, à savoir la Révolution russe de 1917, nous voyons combien ses résultats ont été ambigus, à quel point les conséquences négatives et, nous devons aussi le reconnaître, positives de ces événements sont entrelacées. Demandons-nous : n’était-il pas possible de suivre un chemin évolutif plutôt que de passer par une révolution ? Ne pourrions-nous pas avoir évolué par un mouvement progressif et cohérent plutôt que de détruire notre État et de briser impitoyablement des millions de vies humaines ?

Cependant, le modèle social et l’idéologie, en grande partie utopique, que l’État nouvellement formé a essayé de mettre en œuvre à la suite de la révolution de 1917, a été un puissant moteur de transformations à travers le monde (ceci est clair et doit être reconnu), provoquant une réévaluation majeure des modèles de développement. Mais cela a donné lieu à la rivalité et la concurrence, dont les avantages, je dirais, ont été engrangés la plupart du temps par l’Occident.

Je ne parle pas seulement des victoires géopolitiques qui ont suivi la guerre froide. Beaucoup de réalisations occidentales du XXe siècle l’ont été en réponse au défi posé par l’Union Soviétique. Je parle d’élever le niveau de vie, de former une classe moyenne forte, de réformer le marché du travail et la sphère sociale, de promouvoir l’enseignement, de garantir les droits des femmes et des minorités, de surmonter la ségrégation raciale qui, vous vous en souvenez sûrement, était une pratique honteuse dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, il y a encore quelques décennies.

À la suite des changements radicaux qui ont eu lieu dans notre pays et dans le monde au tournant des années 1990, une occasion vraiment unique s’est présentée d’ouvrir un chapitre vraiment nouveau dans l’histoire. Je veux dire la période après que l’Union Soviétique a cessé d’exister.

Malheureusement, après s’être partagé l’héritage géopolitique de l’Union soviétique, nos partenaires occidentaux se sont convaincus de la justesse de leur cause et se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide, comme je viens de le dire, ont ouvertement interféré dans les affaires des États souverains et ont exporté la démocratie tout comme les dirigeants soviétiques avaient essayé d’exporter la révolution socialiste vers le reste du monde à leur époque.

Nous avons été confrontés à la redistribution des sphères d’influence et à l’expansion de l’OTAN. L’excès de confiance conduit invariablement à des erreurs. Le résultat est malheureux. Deux décennies et demi ont été perdues, beaucoup d’occasions manquées et un lourd fardeau de méfiance réciproque. Le déséquilibre mondial n’a fait que s’intensifier.

Nous entendons des déclarations sur l’engagement à résoudre des problèmes mondiaux, mais en fait, ce que nous voyons, c’est de plus en plus d’exemples d’égoïsme. Toutes les institutions internationales destinées à harmoniser les intérêts et à formuler un programme commun s’érodent. Les traités de base internationaux multilatéraux et les accords bilatéraux d’une importance cruciale sont dévalués.

On m’a répété, il y a quelques heures à peine, que le président américain avait dit quelque chose sur les médias sociaux au sujet de la coopération russo-américaine dans le domaine important de la coopération nucléaire. Il est vrai que c’est la sphère d’interaction la plus importante entre la Russie et les États-Unis, sachant que la Russie et les États-Unis ont une responsabilité particulière envers le monde en tant que les deux plus grandes puissances nucléaires.

Cependant, j’aimerais profiter de cette occasion pour parler plus en détail de ce qui s’est passé au cours des dernières décennies dans ce domaine crucial, pour donner une image plus complète. Cela prendra au maximum deux minutes.

Plusieurs accords bilatéraux historiques ont été signés dans les années 1990. Le premier, le programme Nunn-Lugar, a été signé le 17 juin 1992. Le second, le programme HEU-LEU, a été signé le 18 février 1993. L’uranium hautement enrichi a été transformé en uranium faiblement enrichi, d’où HEU-LEU.

Les projets relevant du premier accord ont porté sur l’amélioration des systèmes de contrôle, la comptabilité et la protection physique des matières nucléaires, le démantèlement et la mise au rebut des sous-marins et des générateurs thermoélectriques de radio-isotopes. Les Américains ont procédé – et s’il vous plaît prêtez bien attention ici, ce n’est pas une information secrète, simplement peu de gens sont au courant – à 620 visites de contrôle en Russie pour vérifier notre conformité avec les accords. Ils ont visité les lieux saints les plus saints du complexe nucléaire russe, à savoir les entreprises engagées dans le développement d’ogives nucléaires et de munitions, ainsi que du plutonium et de l’uranium de qualité militaire. Les États-Unis ont eu accès à toutes les installations top-secrètes en Russie. En outre, l’accord était de nature presque unilatérale.

Dans le cadre du deuxième accord, les Américains ont effectué 170 visites supplémentaires dans nos usines d’enrichissement, entrant dans leurs zones les plus restreintes, telles que les unités de mélange et les installations de stockage. L’usine d’enrichissement nucléaire la plus puissante du monde – le Complexe électrochimique de l’Oural – disposait même d’un poste d’observation américain permanent. Des emplois permanents ont été créés directement dans les ateliers de ce complexe où les spécialistes américains allaient travailler tous les jours. Les pièces où ils étaient assis dans ces installations russes top-secrètes avaient des drapeaux américains, comme c’est toujours le cas.

En outre, une liste de 100 spécialistes américains provenant de 10 organisations américaines différentes a été dressée et autorisée à effectuer des inspections supplémentaires à tout moment et sans avertissement. Tout cela a duré 10 ans. En vertu de cet accord, 500 tonnes d’uranium de qualité militaire ont été retirées de la circulation militaire en Russie, ce qui équivaut à environ 20 000 têtes nucléaires.

Le programme HEU-LEU est devenu l’une des mesures les plus efficaces de véritable désarmement dans l’histoire de l’humanité – je le dis en toute confiance. Chaque étape du côté russe a été suivie de près par des spécialistes américains, à une époque où les États-Unis se limitaient à des réductions beaucoup plus modestes de leur arsenal nucléaire, et ce, sur une base purement commerciale.

Nos spécialistes ont également visité des entreprises du complexe nucléaire américain, mais seulement à leur invitation et dans des conditions définies par la partie américaine.

Comme vous le voyez, la partie russe a fait preuve d’une ouverture et d’une confiance absolument sans précédent. Incidemment – et nous en reparlerons probablement plus tard – nous savons aussi ce que nous en avons reçu en retour : négligence totale de nos intérêts nationaux, soutien au séparatisme dans le Caucase, opérations militaires qui ont contourné le Conseil de sécurité de l’ONU, comme le bombardement de la Yougoslavie et de Belgrade, introduction de troupes en Irak et ainsi de suite. Eh bien, c’est facile à comprendre : une fois que l’état du complexe nucléaire, des forces armées et de l’économie a été inspecté, le droit international ne semblait plus nécessaire.

Dans les années 2000, notre coopération avec les États-Unis est entrée dans une nouvelle phase de partenariat véritablement équitable. Elle a été marquée par la signature d’un certain nombre de traités et d’accords stratégiques sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire, connu aux États-Unis sous le nom d’Accord 123. Mais à toutes fins utiles, la partie américaine a unilatéralement interrompu le travail dans ce cadre en 2014.

La situation entourant l’Accord sur la gestion et l’élimination du plutonium (PMDA) du 20 août 2000 (signé à Moscou) et du 1er septembre suivant (à Washington) nous laisse perplexes et alarmés. Conformément au protocole de cet accord, les parties devaient prendre des mesures réciproques pour convertir irréversiblement le plutonium de qualité militaire en combustible à oxyde mixte (MOX) et le brûler dans des centrales nucléaires, afin qu’il ne puisse plus être utilisé à des fins militaires. Tout changement dans cette méthode n’était autorisé qu’avec le consentement des deux parties. Ceci est écrit dans l’accord et les protocoles.

Qu’a fait la Russie ? Nous avons développé ce combustible, construit une usine pour la production de masse et, comme nous l’avions promis dans l’accord, construit une usine BN-800 qui nous a permis de brûler ce carburant en toute sécurité. Je voudrais souligner que la Russie a rempli tous ses engagements.

Qu’ont fait nos partenaires américains ? Ils ont commencé à construire une usine sur le site de Savannah River. Son coût initial était de 4,86 milliards de dollars, mais ils ont dépensé près de 8 milliards de dollars, ont avancé la construction à 70% et ont ensuite gelé le projet. Mais, à notre connaissance, la demande de budget pour 2018 comprend 270 millions de dollars pour la fermeture et la mise sous cocon de cette installation. Comme d’habitude, une question se pose : où est l’argent ? Probablement volé. Ou ils ont mal calculé quelque chose lors de la planification de sa construction. De telles choses arrivent. Elles arrivent ici trop souvent. Mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire. Nous sommes intéressés par ce qui se passe avec l’uranium et le plutonium. Qu’en est-il de l’élimination du plutonium ? La dilution et le stockage géologique du plutonium sont suggérés. Mais cela contredit totalement l’esprit et la lettre de l’accord et, surtout, ne garantit pas que la dilution ne soit pas reconvertie plus tard en plutonium de qualité militaire. Tout cela est très regrettable et déroutant.

Ensuite, la Russie a ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires il y a plus de 17 ans. Les États-Unis ne l’ont pas encore fait.

Une masse critique de problèmes finissent pas s’accumuler et affecter la sécurité globale. Comme on le sait, en 2002, les États-Unis se sont retirés du Traité sur les missiles anti-balistiques. Et bien qu’ils aient été les initiateurs de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sur la sécurité internationale, ils ont eux-mêmes pris l’initiative de cet accord, ils ne respectent pas leurs engagements. Ils restent à ce jour le seul et le plus grand détenteur de cette forme d’arme de destruction massive. De plus, les États-Unis ont repoussé la date butoir pour l’élimination de leurs armes chimiques de 2007 à 2023. Cela ne semble pas approprié pour une nation qui prétend être une championne de la non-prolifération et du contrôle.

En Russie, au contraire, le processus s’est achevé le 27 septembre de cette année. Ce faisant, notre pays a contribué de manière significative au renforcement de la sécurité internationale. À ce propos, les médias occidentaux ont préféré garder le silence, ne pas le faire remarquer, bien qu’il y ait eu une brève mention quelque part au Canada, mais c’est tout, et depuis c’est le silence. Pendant ce temps, l’arsenal d’armes chimiques stocké par l’Union soviétique aurait suffi à détruire la vie sur la planète plusieurs fois.

Je crois qu’il est temps d’abandonner cet agenda obsolète. Je parle de ce qui a été. Sans aucun doute, nous devrions regarder vers l’avenir. Nous devons arrêter de regarder en arrière. Je parle de cela pour comprendre les origines de la situation actuelle qui se dessine.

Il est grand temps d’engager une discussion franche au sein de la communauté mondiale plutôt que de se limiter à un groupe de personnes choisies, prétendument les plus dignes et les plus avancées. Je veux parler des représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, de différents systèmes politiques et économiques. Dans un monde en évolution, nous ne pouvons pas nous permettre d’être inflexibles, fermés ou incapables de réagir clairement et rapidement. C’est notre responsabilité pour l’avenir – c’est ce qui devrait nous unir, surtout dans les moments actuels où tout change rapidement.

Jamais auparavant l’humanité n’a possédé un tel pouvoir comme elle l’a maintenant. Le pouvoir sur la nature, l’espace, les communications et sa propre existence. Cependant, ce pouvoir est diffus : ses éléments sont entre les mains d’États, d’entreprises, d’associations publiques et religieuses, et même de particuliers. Clairement, exploiter tous ces éléments dans une architecture unique, efficace et gérable n’est pas une tâche facile. Il faudra un travail dur et laborieux pour y parvenir. Et la Russie, je le ferai remarquer, est prête à y participer avec tous les partenaires intéressés.

Chers collègues, comment voyons-nous l’avenir de l’ordre international et du système de gouvernance mondiale ? Par exemple, en 2045, quand l’ONU marquera son centenaire ? Sa création est devenue un symbole du fait que l’humanité, malgré tout, est capable de développer des règles communes de conduite et de les suivre. Chaque fois que ces règles n’ont pas été respectées, cela a entraîné inévitablement des crises et d’autres conséquences négatives.

Cependant, au cours des dernières décennies, plusieurs tentatives ont été faites pour minimiser le rôle de cette organisation, la discréditer ou simplement en prendre le contrôle. Toutes ces tentatives ont échoué, ou ont atteint une impasse. À notre avis, l’ONU, avec sa légitimité universelle, doit rester le centre du système international. Notre objectif commun est d’accroître son autorité et son efficacité. Il n’y a pas d’alternative à l’ONU aujourd’hui.

En ce qui concerne le droit de veto au Conseil de sécurité, qui est parfois contesté, vous pouvez vous rappeler que ce mécanisme a été conçu et créé pour éviter la confrontation directe des États les plus puissants, en tant que garantie contre l’arbitraire et l’insouciance. Aucun pays, même le plus influent, ne pouvait plus donner une apparence de légitimité à ses actions agressives.

Des réformes sont nécessaires, le système des Nations Unies doit être amélioré, mais les réformes ne peuvent être que progressives et évolutives et, bien sûr, elles doivent être soutenues par l’écrasante majorité des participants au processus international au sein même de l’organisation, par un large consensus.

La garantie de l’efficacité de l’ONU réside dans sa nature représentative. La majorité absolue des États souverains du monde y est représentée. Les principes fondamentaux de l’ONU devraient être préservés pendant des années et même des décennies, car il n’existe aucune autre entité capable de refléter toute la palette de la politique internationale.

Aujourd’hui, de nouveaux centres d’influence et de nouveaux modèles de croissance émergent, des alliances civilisationnelles et des associations politiques et économiques prennent forme. Cette diversité ne se prête pas à l’unification. Nous devons donc nous efforcer d’harmoniser la coopération. Les organisations régionales d’Eurasie, d’Amérique, d’Afrique et de la région Asie-Pacifique devraient agir sous les auspices des Nations Unies et coordonner leurs travaux.

Cependant, chaque association a le droit de fonctionner selon ses propres idées et principes qui correspondent à ses spécificités culturelles, historiques et géographiques. Il est important de combiner l’interdépendance mondiale et l’ouverture avec la préservation de l’identité unique de chaque nation et de chaque région. Nous devons respecter la souveraineté comme base de tout le système des relations internationales.

Chers collègues, peu importe les hauteurs extraordinaires que la technologie peut atteindre, l’histoire est, bien sûr, faite par les humains. L’histoire est faite par les gens, avec toutes leurs forces et leurs faiblesses, leurs grandes réalisations et leurs erreurs. Nous ne pouvons qu’avoir un avenir partagé. Il ne peut pas y avoir d’avenir séparé pour nous, au moins, pas dans le monde moderne. Ainsi, la responsabilité de faire en sorte que ce monde soit libre de conflits et prospère incombe à l’ensemble de la communauté internationale.

Comme vous le savez peut-être, le 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a lieu à Sotchi. Des jeunes de dizaines de pays interagissent avec leurs pairs et discutent de sujets qui les concernent. Ils ne sont pas entravés par des différences culturelles, nationales ou politiques, et ils rêvent tous de l’avenir. Ils croient que leur vie, la vie des jeunes générations, sera meilleure, plus juste et plus sûre. Notre responsabilité aujourd’hui est de faire de notre mieux pour nous assurer que ces espoirs se réalisent.

Merci beaucoup pour votre attention.

Vladimir Poutine

Note du Saker Francophone

La fin du discours sur l'ONU est particulièrement intéressante. Vladimir Poutine parle explicitement des tentatives de prises de contrôle de cet organisme par les USA. Il parle aussi de refondre le nouvel ordre mondial, un ordre discuté par les « représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, systèmes politiques et économiques ». C'est l'assemblée des peuples à laquelle beaucoup aspirent et qui est tant combattue par les élites transnationales. Mais il passe aussi sous silence les tentatives de prise de contrôle plus discrètes des mondialistes comme Soros, du rôle du FMI et de ces DTS comme nouvelle monnaie de réserve mondiale.

Il ne faut pas non plus perdre de vue que la Russie a, dans une certaine mesure, réussi à reprendre le contrôle d'une bonne partie de sa souveraineté et reste un exemple pour montrer que c'est possible et qu'il n'y a jamais rien d'acquis mais que c'est en même temps un processus difficile et dangereux. Dans le cadre du recouvrement de leur souveraineté par les populations occidentales et notamment européennes, la Russie et la Chine pourraient avoir leur mot à dire en refusant de collaborer avec nos élites-traîtres, les obligeant à faire monter dans l’infrastructure de décisions des leaders issus du peuple réel.

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http://lesakerfrancophone.fr/reunion-du-club-de-discussion-international-de-valdai

L’Azerbaïdjan, la Turquie et la Géorgie inaugurent une nouvelle ligne ferroviaire qui relie l’Europe et l’Asie

L’Azerbaïdjan, la Turquie et la Géorgie inaugurent une nouvelle ligne ferroviaire qui relie l’Europe et l’Asie

© Chine Nouvelle (Xinhua)Zheng Bin, le 30/10/2017 21:39

Les dirigeants de l’Azerbaïdjan, de la Turquie et de la Géorgie ont inauguré lundi à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, une nouvelle ligne de chemin de fer reliant les trois pays.

L’inauguration de la ligne de chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars, d’une longueur de 826 km, marque la réalisation d’un projet de dix ans visant à ouvrir un couloir ferroviaire transportant des marchandises et des passagers entre l’Europe et l’Asie.

La ligne de chemin de fer, qui comprend 105 km de nouvelle voie, aura la capacité de transporter annuellement 1 million de passagers et 6,5 millions de tonnes de fret pendant la phase initiale.

Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, a qualifié l’inauguration de la ligne de chemin de fer d’un événement « historique et stratégique », estimant que le projet jouerait un rôle important pour assurer la stabilité et la sécurité dans la région.

Le projet de construction du chemin de fer a été lancé en 2007 avec un accord entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Son achèvement a été reporté plusieurs fois depuis 2011.

La ligne de chemin de fer est également conçue pour devenir un élément clé de la route méridionale du réseau émergent de la nouvelle Route de la Soie entre la Chine et l’Europe.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre géorgien Giorgi Kvirikashvili, le Premier ministre kazakh Bakytzhan Sagintayev, le Premier ministre ouzbek Abdulla Aripov étaient présents à la cérémonie d’inauguration.

 

https://chine.in/actualite/cn/azerbaidjan-turquie-georgie-inaugurent_103477.html

La bataille finale

La bataille finale

27 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Dans notre grand jeu Qui remplacera le califat pour redessiner la carte du Moyen-Orient ?, les choses s’accélèrent et nous sommes entrés dans la dernière phase, cruciale, celle qui peut faire perdre ou rapporter gros.

Nous ne nous trompions pas en évoquant le chant du cygne de Daech. Un coup d’oeil sur la carte le confirme, l’EI ne sera bientôt plus qu’un souvenir : les petits hommes en noir reculent chaque jour et leur territoire fond comme neige au soleil.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, ils ont perdu des milliers de km2 en Irak, les Unités de Mobilisation Populaire chiites et l’armée fédérale avançant à la vitesse de l’éclair le long de la frontière syrakienne (1) et arrivant en vue du noeud stratégique d’Al Qaïm/Al Bukamal sur l’Euphrate. Le fidèle lecteur est familier de la toponymie du lieu, dernier bastion de Daech et, bientôt, bataille finale du conflit.

L’opération a été directement ordonnée par le Premier ministre Abadi, qui semble plus proche de Téhéran (et d’Ankara !) depuis l’affaire du référendum kurde. Quand il y a quelques jours, Washington par la voix de Tillerson a demandé, avec une mauvaise foi invraisemblable, à ce que les milices chiites et leurs conseillers iraniens quittent l’Irak maintenant que l’EI est en passe d’être défait, la réponse cinglante de Bagdad ne s’est pas faite attendre.

De l’autre côté de la frontière, l’armée syrienne et le Hezbollah ont enfin mis la main sur le verrou du T2 à 70 kilomètres d’Al Bukamal. Désormais, la route est ouverte et il semble que des combats aient déjà lieu 30 kilomètres plus loin tandis que des renforts arrivent et que l’offensive devrait être confiée, sur conseil russe, au légendaire commandant des Tiger Forces. Quand on voit le chemin parcouru depuis le début de l’année (gains en jaune)…

La situation serait donc idéale pour le 4+1 si les mercenaires YPG de l’empire n’en remettaient une couche, brouillant quelque peu les pistes…

Pendant que les loyalistes s’échinent à nettoyer Deir ez Zoor des dernières poches daéchiques et à avancer, difficilement, le long de l’Euphrate sur la lancée de leur prise de Mayadin, les Kurdo-américanisés ont soudainement poussé très au sud (3) et raflé plusieurs champs de pétrole. En réalité, quelques tribus sunnites alliées à l’EI ont été retournées et Daech s’est tout simplement retiré sans combattre, laissant comme un air de suspicion. On ne serait pas surpris que quelques valises remplies de billets verts aient changé de main…

On le voit, la pince kurdo-américaine à l’est de l’Euphrate est désormais plus méridionale et proche d’Al Bukamal que la pince loyaliste à l’ouest du fleuve, même si la charge sera vraisemblablement menée à partir du T2.

Est-ce à dire qu’après des mois de tergiversations, le système impérial a finalement vampirisé le Donald et décidé de courir à la frontière syro-irakienne pour réduire l’arc chiite via les Kurdes, après s’être fait damer le pion en juin ? Malgré les récentes déclarations inhabituellement va-t’en-guerre de Tillerson sur la « fin de règne de la famille Assad » (mais le T-Rex n’est plus trop cohérent ces derniers temps), on peut en douter.

Il se pourrait même que tout cela soit en réalité le fruit d’un accord entre Russes et Américains, les premiers retenant les forces syriennes et le Hezbollah, récompensant ainsi avec quelques puits de pétrole les Kurdes.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/10/la-bataille-finale.html

Dissolution de l’ordre américaniste

Dissolution de l’ordre américaniste

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Dissolution de l’ordre américaniste

Ce texte est intéressant non seulement directement par son contenu certes, mais indirectement aussi à cause de la personnalité de l’auteur. Nous avons adapté en français le Weekly Comment du 27 octobre 2017, d’Alastair Crooke, directeur de Conflicts Forum. Nos lecteurs connaissent Alastair Crooke, dont les commentaires ont été reprises à différentes reprises sur ce site.

Ancien officier du MI6, Crooke est devenu conseiller du premier Haut Représentant (ministre des affaires étrangères) de l’UE, Javier Solana, avant d’entreprendre une carrière d’analyste indépendant au sein de l’organisation qu’il a créée (Conflicts Forum), successivement au Liban et en Italie. Il a pu développer, hors des narrative convenues des organisations officielles du Système, son incomparable culture de spécialiste du Moyen-Orient, et notamment des arcanes et complexités sans nombre qu’on retrouve dans l’Islam.

C’est à partir de cette base de connaissance que son analyse est intéressante, puisqu’elle embrasse la situation crisique générale avec la “dissolution de l’‘Ordre Mondial’” américaniste. L’intérêt est effectivement que ce spécialiste des questions stratégiques et théologiques du Moyen-Orient, tout en accordant une place importante à sa région de prédilection, nous conforte dans une vision de la crise mondiale où les facteurs que nous avons souvent identifiés, et particulièrement la présidence Trump avec toute ses surprises et son imprévisibilité, tiennent une place considérable.

Enfin, Crooke confirme pour notre chef l’importance fondamentale de la psychologie en en faisant finalement le deus ex machina de cette époque crisique décisive, cela en posant la question de savoir si les crises et avatars divers, quasiment impossibles à résoudre, seront “absorbées” dans les “profondeurs de la psyché” pour permettre à un ordre du monde nouveau d’émerger. Ce n’est pas pour rien qu’il se réfère à Shakespeare pour évoquer cette sorte de questions qui sont à mille lieues de la rationalité de la stratégie et du rapport des forces. Nous vivons effectivement une époque intensément psychologique, du fait de l’effilochage de l’observation rationnelle jusqu’à la désintégration de la réalité, et la psychologie est effectivement le premier domaine du comportement à intervenir dans le déroulement et le dénouement de cette époque crisique.

dde.org

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La dissolution de l’“ordre mondial” américain

L’“Ordre Mondial” est visiblement en train de se dissoudre. Beaucoup blâment le président Trump, et il ne fait aucun doute que le président américain agit délibérément comme le “grand perturbateur”. C’est exactement ce qu’il avait promis de faire : œuvrer dans le sens de la déstructuration de l’ordre mondial de façon à développer de la façon la plus spécifique possible les intérêts mercantilistes des USA. Il a développé l’idée de réduire à dessein les exigences d’un ordre globalisé selon les normes étatsuniennes, justement pour concentrer la globalisation sur les intérêts US, avec les bénéfices tangibles pour le dollar, et pour renforcer l’emploi aux USA.

Mais la responsabilité de cette “dissolution” doit-elle être entièrement portée par le président Trump ? Peut-être est-elle aussi la conséquence d’autres dynamiques dissolvantes à l’œuvre dans le monde moderne que l’accent mis sur les tweets “perturbateurs” de Trump dissimule ?

C’est en 1996 que le concept d’un monde unipolaire dominé par les USA fut énoncé, par Robert Kagan et Bill Kristol, dans l’article Towards a neo-Reaganite Foreign Policy. Ce concept était principalement conditionné par l’absence de la Russie des relations internationales, du fait de l’effondrement de l’URSS, durant un temps suffisant pour que soit structuré ce “Moment” unipolaire. David Wurmser et Paul Wolfowitz soulignèrent de leur côté que la fenêtre d’opportunité (l’absence de la Russie) devait être nécessairement temporaire, et limitée à quelques années.

Eh bien, voici que la Russie est de retour. Avec l’intervention du président Poutine en Syrie, le projet du président GW Bush concernant un Grand Nouveau Moyen-Orient a été définitivement terminé. Le “moment” unipolaire de l’Amérique est effectivement clos, même si des bases militaires US resteront en place dans le Golfe. Il n’est pas surprenant qu’il y ait, du côté des partisans de l’hégémonie US, un profond sentiment de colère contre Mr. Poutine.

En plus de délivrer le coup de grâce au projet de Grand Nouveau Moyen-Orient, l’intervention russe en Syrie a mis en place de nouvelles contiguïtés dans la région : la frontière entre l’Irak et l’Iran est ouverte ; la frontière entre la Syrie et l’Irak s’ouvre ; la route commerciale directe entre l’Irak et la Turquie s’ouvre ; et la frontière entre la Syrie et le Liban est ouverte. Une masse politique critique de configuration nouvelle apparaît. Non seulement c’est une masse importante, c’est aussi une masse dynamique et mobilisée. Au contraire, les États du Golfe ont été affaiblis et divisés – et le Wahhabisme conquérant qu’ils alimentaient discrédité.

En ce sens, la Russie a contribué à la déstructuration de l’ordre mondialisé des États-Unis, mais elle ne peut être tenue entièrement comme la cause unique de la vulnérabilité de ce système. L’extension effrénée du projet général de l’urbanisation et du cosmopolitisme selon le modèle de la globalisation a été conduite à partir d’une politique identitaire-sociétale (le choix dispose d’une vaste gamme : votre propre sexe, l’appartenance ethnique qui convient, la cause “minoritaire” que vous voulez faire progresser, votre propre “spiritualité”, ou votre “anti-spiritualité”, etc.). Mais dans tous les cas et en tous lieux, la politique d’identité-sociétale radicale a été utilisée pour fragmenter la culture nationale. En Russie, les bolcheviks et les trotskyste avaient lancé une attaque génocidaire contre tout ce qui pouvait apparaître comme “russe” ou rappeler l’identité “russe” ; l’idée de la Russie, sur le plan culturel, était intellectuellement et spirituellement un anathème valant excommunication et liquidation. Cette guerre meurtrière contre une vision nationale ne prit fin que lorsque Staline, après 1937, se décida à liquider les liquidateurs.

Partout désormais, on assiste à une réaction contre le déracinement des cultures nationales pour la raison simple que le processus du pouvoir s’est trop éloigné des simples citoyens et que les simples citoyens se sentent complètement “dé-souverainisés”. Il y a un éveil général à l’idée que la souveraineté se manifeste avec une façon souveraine de penser, une façon souveraine d’agir, et que la pensée et l’action souveraines ne peuvent trouver leur accomplissement que dans une culture nationale : ce que c’est que d’être Américain, Russe ou Catalan…

Ce que nous vivons aujourd’hui aux USA et en Europe de la part des pouvoirs en place, ce sont les efforts pour repousser vers les profondeurs ces impulsions “irritantes” pour une “re-souverainisation” culturelle. Mais les tensions psychologiques ne cessent de se renforcer même si on croit parfois les avoir contenues définitivement, et, comme il est arrivé à Shakespeare de nous en avertir, si elles ne sont pas apaisées en temps voulu elles peuvent mener à la tragédie (ou à la folie).

Dans la politique étrangère américaine également, l’objectif est moins la recherche d’un équilibre harmonieux que la volonté d’abaisser vers les profondeurs d’une situation catastrophique ceux qui sont considérés comme des producteurs d’“influence perturbatrices” (non conforme au modèle américain). Cela se fait par le recours à la menace militaire, une politique faite d’imprévisibilité, et une attitude de provocation. Inévitablement, cela ne fait que renforcer les capacités des “autres” puissances dans le jeu.

Alors, quels sont les nouveaux facteurs qui apparaissent ? Eh bien, tout d’abord comment gérer le “vide” qui s’est ouvert entre l’éloignement entre les processus du pouvoir et le sens de l’absence de toute proximité d’une souveraineté disponible dans le chef des populations. Il s’agit d’une souveraineté qui peut améliorer la vie des gens au jour le jour, – en particulier à ce moment de la disparité économique et de détresse que Ray Dalio a bien mis en évidence (voir ici et ici).

Ces tensions continueront à se manifester en termes de volatilité politique en Europe et en Amérique. Mais cette dynamique “soluble” peut difficilement être attribuée au seul Trump. Il ne l’a pas créée ; il la reflète plutôt et il l’aggrave.

Quoi qu’il en soit, le tournant politique de Trump vers un programme plus mercantiliste, vers un nationalisme économique, est bien la marque évidente de ses conceptions, et cela aussi constitue un facteur d’érosion progressive de ce que l’on pourrait appeler le Plaza Accord (l’accord implicite entre les principales banques centrales et les ministères des Finances pour poursuivre des politiques monétaires communes et consensuelles sous la direction de la Réserve fédérale et du département du Trésor US). Avec les guerres tarifaires s’ajoutant désormais aux guerres des monnaies ; avec les guerres des sanctions et les menaces d’exclusion du système financier, la volatilité du système financier est devenue un autre facteur de ce désordre alors que les États mettent de plus en plus en avant leurs “intérêts d’abord”. Ce qui frappe pourtant, c’est la dichotomie entre le calme sans précédent et une faible volatilité relative sur les marchés américains et européens, et la perception extérieure que les Etats-Unis sont polarisés dans une crise profonde ; que les politiques monétaires et les politiques tout court suivent des progressions erratiques et pleines de désordre, et cela pourrait constituer, en soi, un présage menaçant pour une crise économique ou une crise du dollar.

L’échec de la politique du “moment unipolaire” de l’Amérique au Moyen-Orient implique en plus une perspective encore plus inquiétante, qui pourrait bien être le facteur déterminant de l’ordre futur des relations internationales. Les États-Unis (et Israël) ont été incapables de mettre en œuvre ou de favoriser une zone-tampon entre Israël et l’Iran. Pour la première fois, Israël se retrouve “seul” dans la région, confronté à une contiguïté de forces dynamiques et mobilisées. Cela évoque des craintes terribles pour Israël (et certains nourrissent intentionnellement ces craintes). Les deux parties mettent en garde contre les conflits et construisent des structures de dissuasion. Les officiels de la sécurité israéliennes et les responsables du renseignement sont plus prudents, sachant que la capacité d’Israël à soutenir la guerre – tenant compte de l’absence d’un soutien totale des USA, – est limitée à quelques jours seulement ; ils sont désormais existentiellement incertains sur le fait de savoir si les dirigeants israéliens disposent ou non d’un tel soutien.

La façon dont Israël peut résoudre ce dilemme, la façon dont les USA peuvent résoudre leur propre dilemme face à la Corée du Nord feront beaucoup pour façonner le concert de la situation géopolitique qui va s’imposer. Mais peut-être la mesure dans laquelle les Etats-Unis et l’Europe peuvent réussir à réprimer l’instabilité politique et géo-financière – les enfermant et les verrouillant dans les profondeurs psychiques, là aussi, – peut s’avérer être l’élément déterminant de la puissance future des États-Unis. C’est quelque chose d’un défi similaire auquel doit faire face la Chine.

Ce défi peut-il relevé longtemps et partout, pour “le plus longtemps possible et au plus bas niveau possible” de tension ? C’est là toute la question. Cette tendance à l’instabilité peut-elle être vraiment reléguée dans les profondeurs psychiques ?

Alastair Crooke

http://www.dedefensa.org/article/dissolution-de-lordre-americaniste

En souvenir : Harvey Weinstein

En souvenir : Harvey Weinstein


Par James Howard Kunstler – Le 16 octobre 2017 – Source kunstler.com

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Les Grecs et les Romains avaient un avantage sur nous : leurs dieux et leurs déesses n’étaient pas si faciles à imiter. Leurs dieux et déesses agissaient à distance de la vie quotidienne, hors de portée, sauf dans l’imagination populaire. Deux mille ans plus tard, vint Hollywood avec une industrie conçue pour fabriquer des dieux et des déesses, et les faire sortir de ces « usines à rêve » comme autant de torchères.
Les films, avec leurs gros plans sur des écrans d’argent géant, étaient un véhicule bien meilleur pour illustrer la mythologie humaine que la vieille technique brinquebalante de l’église chrétienne, avec sa rhétorique liturgique molle et fastidieuse. L’Amérique s’est passionnée pour les films dans notre effort insatiable pour comprendre la condition humaine – ou du moins la voir artistiquement représentée.

Le stéréotype du producteur hollywoodien a été clairement établi depuis près de 100 ans : un mâle alpha vulgaire dans un costume coûteux pratiquant la promotion canapé sur le tas dans son bureau. Les studios ont fait un paquet de films au sujet de ce genre de prédateurs, même au temps où leur règne était absolu. C’était aussi connu que Porky le cochon. Harvey Weinstein était l’apothéose de ce type.

Harvey Weinstein était dans le business de la déification, comme ses ancêtres l’étaient dans l’industrie du pantalon ou dans celle du cornichon. Des femmes d’un certain type, déifiables, sont venues à lui sortant des champs de maïs, des villes, des bidonvilles, des trous d’eau de contrées lointaines et il les a transformées en déesses pour les cinéphiles. Il était bon pour ça.

Pendant des dizaines d’années, Harvey était bien connu dans le business du cinéma, aussi sûr que les nuits succèdent aux jours, pour s’être souvent très mal comporté avec les déesses qu’il créait et dont il faisait le trafic. La réputation qu’il avait parmi ces dames devait être quelque chose comme celle d’un motel miteux, Enfer-en-peignoir, avec le poison à rat par dessus le tout. S’il avait eu la belle apparence d’Errol Flynn, le décorum de James Mason et le charme mélancolique d’Humphrey Bogart, il aurait pu s’en sortir pour toujours.

Mais il avait l’air d’un porc sauvage de la forêt teutonique, un monstre de la galerie des choses sauvages de Maurice Sendak, avec sa tête surdimensionnée et cette misérable barbe de six jours hérissée sur ses bajoues flasques. Il ferait un spécimen physique de méchant que seul son directeur animalier, Quentin Tarantino, aurait pu imaginer. Physiquement, il est l’essence même d’un rustaud. Avec tout cet argent, vous penseriez qu’il aurait pu engager les services d’un entraîneur personnel, d’un cosméticien, peut-être même d’un chirurgien plasticien pour atténuer ses rugosités. Mais, peut-être, contrairement à tout le monde dans le show business, était-il à l’aise d’être lui-même.

Ses pitreries étaient légendaires bien avant la récente mise en lumière officielle de ses mauvaises actions dans le New York Times. C’est quelque chose de merveilleux et un mystère que, au fil des ans, aucune de ses déesses fabriquées n’ait couru en hurlant hors de ses griffes, ou ne soit allée se plaindre auprès des autorités compétentes – mais tels sont les revers de la célébrité, je suppose, pour qu’aucune n’ait osé. On dirait qu’un certain code avait été partagé généreusement entre ses dames autour de leur panthéon : ne restez jamais seule dans une pièce, ou même un ascenseur, avec Harvey. S’il y avait un tel message implicite, il n’a pas suffi.

Paradoxalement, ce personnage répugnant, avec son tempérament outrageusement brutal pour accompagner son approche grossière de la séduction, a produit plusieurs films vraiment excellents durant ce dernier quart de siècle : The English Patient, Shakespeare in Love, Pulp Fiction, Il Postino, Flirting With Disaster, Emma, Good Will Hunting, The Cider House Rules, Chocolat, Confessions of a Dangerous Mind, Chicago, Cold Mountain, Bad Santa, The King’s Speech, The Artist, The Human Stain, Silver Linings Playbook, Finding Neverland, Fruitvale Station, August : Osage County, The Fighter, Lion et certains autres encore à sortir. Beaucoup de ces films ont remporté des prix, y compris celui de la meilleure image, de cette même académie du film qui l’a jeté sous le bus la semaine dernière.

L’histoire de Harvey est ancienne : hubris. Il était trop enivré de son propre rôle de faiseur de déesses pour reconnaître les dangers de jouer l’andouille dans son propre atelier. Surtout en ces temps de guerres de genre. Les autres gnomes, elfes, dieux et déesses fabriqués dans l’atelier de Hollywood n’ont commencé à le mettre en pièce que quand ils ont pu penser que c’était sûr (pour leurs carrières), alors honte à eux. Ils sont aussi dégonflés que les escrocs de ce business.

Mais rappelez-vous, il n’y a rien d’autre que Hollywood, et peut-être que l’Amérique elle-même (si cette entité existe toujours comme un personnage en stock) n’aime rien de mieux qu’une histoire de rédemption et de retour. Harvey pourrait même faire un peu de prison. Quand il sortira, je ne doute pas qu’il sera comme un pasteur évangélique born again. Mais, diable, ces jours-ci, vous pouvez faire des films sur votre téléphone. Ne soyez pas surpris si le vieux réprouvé revient de nouveau dans le showbiz, comme le démoniaque Michael Myers dans ce vieux nanard de Halloween.

James Howard Kunstler

Note du Saker Francophone

Je laisse à l'auteur son analyse et j'en profite pour vous renvoyer vers ce magnifique texte trouvé sur le blog La lime : La France est la patrie des hommes qui aiment les femmes.

À toutes mes femmes, celles du passée, du présent, en devenir et à venir.

 

http://lesakerfrancophone.fr/en-souvenir-harvey-weinstein

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