VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

VIDEOS. Quand Jean Rochefort résumait avec humour des œuvres littéraires dans « Les Boloss des belles lettres »

Le comédien, mort à l’âge de 87 ans, résumait pour France 5 des classiques de la littérature dans un langage utilisé actuellement par les jeunes. Voici notre sélection.

Capture d\'écran du premier épisode des \"Boloss des belles lettres\" avec Jean Rochefort, \"Madame Bovary\", diffusé sur YouTube le 20 mars 2015. 
Capture d’écran du premier épisode des « Boloss des belles lettres » avec Jean Rochefort, « Madame Bovary », diffusé sur YouTube le 20 mars 2015.  (CAPTURE D’ECRAN / BDBL / YOUTUBE)

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franceinfoFrance Télévisions

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« C’est l’histoire d’un petit puceau tout mou comme les Chocapics au fond de leur bol. Il plane à 10 000 et tu sens le malaise en lui. Son blase, c’est Charles Bovary. » Jean Rochefort avait sa façon bien à lui de résumer les classiques de la littérature. Et pour cause, le comédien, mort à l’âge de 87 ans dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 octobre, avait pour mission de parler des chefs d’œuvres littéraires dans le langage des jeunes, pour l’émission de France 5, « Les Boloss des belles lettres ». Franceinfo vous a sélectionné cinq épisodes marquants.

Le tout premier épisode : « Madame Bovary »

Comme le rappele L’Obs, ce sont « Les boloss des belles lettres » Quentin Leclerc et Michel Pimpant, actifs sur le web depuis 2012, qui ont demandé à Jean Rochefort de raconter Madame Bovary, de Gustave Flaubert, à base de « swag » et de « seum ». La vidéo, postée sur YouTube en mars 2015, a été vue plus de deux millions de fois.

« Le Petit prince », de Saint-Exupéry

Forts de ce succès, les « BDBL » s’exportent à la télévision et le format est diffusé chaque semaine, à partir de janvier 2016, sur France 5, avant « La Grande librairie ». L’acteur, alors âgé de 85 ans, commence avec Le Petit prince, d’Antoine Saint-Exupéry.

« Roméo et Juliette », de Shakespeare

C’est la parodie la plus regardée de la série sur YouTube : Roméo et Juliette, le chef d’œuvre de William Shakespeare. Jean Rochefort commence ainsi : « Il y a les Montaigu et les Capulet, les deux mille-fa de Vérone. »

« Les Fables » de La Fontaine

Jean Rochefort ne pouvait pas faire l’impasse les Fables de Jean de La Fontaine. « Comme y’en a 500 000, j’en ai choisi trois. C’est une cigale jet-setteuse qui se radine chez une foumi trimeuse… », commence-t-il. Regardez la suite :

Le dernier épisode : « Dracula », de Bram Stoker

« Enfin un petit bouquin, bien dark, avec des chauves-souris » et « un avocat qui part faire du biz en Transylvanie ». C’est avec l’œuvre de Bram Stoker, Dracula, que s’achève la série. Vous pouvez retrouver l’intégralité des épisodes ici.

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Vidéo. B. Giblin. Géopolitique des paradoxes français

Vidéo. B. Giblin. Géopolitique des paradoxes français

Par Béatrice GIBLIN, Fabien HERBERT, Pierre VERLUISE, Selma MIHOUBI, le 8 octobre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Béatrice Giblin, géographe spécialiste de géopolitique Professeure émérite des Universités a fondé l’Institut français de Géopolitique (IFG) en 2002 à l’Université Paris 8 et l’a dirigé jusqu’en 2012. Elle dirige depuis 2006 la revue de géographie et de géopolitique Hérodote (Elsevier Masson), succédant à Yves Lacoste qui l’a fondée en 1976. Elle a publié de nombreux ouvrages dont « Le paradoxe français. Entre fierté nationale et hantise du déclin » Paris, Armand Colin, 2017. Images : Selma Mihoubi et Fabien Herbert. Montage : Selma Mihoubi. Pierre Verluise, docteur en géopolitique, est fondateur du Diploweb, co-organisateur de l’évènement.

Une conférence exceptionnelle du Professeur émérite Béatrice Giblin, géographe et directrice de la revue Hérodote, organisée par Diploweb et GEM sur son campus parisien. (1 heure)

VOICI quelques avis des personnes présentes à la conférence :
Sylvie De S. : « Un rappel condensé, bien mené et clairement illustré des principaux facteurs historiques qui ont contribué à façonner l’identité française. Un grand merci à Mme Giblin. »

M. Boudchiche : « La prestation de Mme Giblin était excellente Une belle démonstration de ce qui peut résulter de travaux de recherches interdisciplinaires sérieux (Histoire, Géographie, Sociologie, Géopolitique..). Loin des clichés et de la pensée « prête à porter ». Merci à Mme Giblin. »

Deniz E. « Grand merci à Mme Giblin et aux organisateurs pour cette conférence fascinante. » [1]

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Bibliographie récente de Béatrice Giblin :

. « Le paradoxe français, » Paris, Armand Colin, 2017.
. « Les conflits dans le monde : analyse géopolitique » (direction), Paris, Armand Colin, deuxième édition 2015.
. « L’extrême droite en Europe » (direction), Paris, La Découverte, 2014.
. « Des frontières indépassables » (direction avec Frédérick Douzet), Paris, Armand Colin, 2013.
. « Le Dictionnaire des banlieues » (direction), Paris, Larousse 2009.

Vidéo. B. Giblin. Géopolitique des paradoxes français

Voir des photos de la conférence


https://www.diploweb.com/Video-B-Giblin-Geopolitique-des-paradoxes-francais.html

Une situation incontrôlable au cas où la Turquie envahit le Kurdistan irakien

Une situation incontrôlable au cas où la Turquie envahit le Kurdistan irakien

Un accord secret est intervenu entre Ankara et Bagdad afin de créer une nouvelle voie de communication entre eux et de couper les revenus douaniers d’Erbil. L’Irak déploiera 13 000 hommes dès le 12 octobre pour sécuriser cette route dont l’armée turque garantira la sécurité dès novembre. Il sera alors possible pour la Turquie d’envahir le Kurdistan irakien.

| Athènes (Grèce)

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Le référendum des Kurdes du Kurdistan irakien, qui posait la question de l’indépendance, crée de nouvelles situations et, apparemment de nouveaux objectifs, accélère l’évolution du problème kurde et la refonte des frontières dans la région. En fonction de ce qui précède et de la dynamique des choses, les frontières seront d’abord changées en Irak, ensuite des développements similaires seront entrepris en Syrie, et par la suite suivront la Turquie et l’Iran. Telle est la dynamique des choses, qui découle du passé historique des Kurdes, et de la volonté des États-Unis et de la Russie d’être présents dans le partage du gâteau énergétique — et pas seulement — dans la région.

Dans cette région, depuis 27 ans, depuis le jour où Saddam envahît le Koweït, une guerre s’est développée qui peut encore durer aussi longtemps. Cette guerre se déroule sur trois niveaux.

- Au sommet, Washington se heurte fondamentalement à Moscou, mais cette guerre n’est pas directe — en fait, elle se fait par concessionnaires interposés. L’objectif est de partager le gâteau géo-énergétique et géopolitique.

- Au second niveau, Téhéran se heurte à Tel-Aviv, Iran contre Israël. L’Iran cherche à créer un couloir sur la ligne Téhéran – Bagdad – Damas, qui lui donnera l’occasion de soutenir le Hezbollah du Liban avec des armes —et toutes autres choses par ailleurs— et bien sûr lui permettra d’avoir une présence géopolitique en Méditerranée, grâce à ses solides liens avec le gouvernement d’Assad. Israël, à son tour, cherche à créer une zone intermédiaire pour empêcher la création de ce couloir. L’Iran lutte aux côtés d’Assad, avec le Hezbollah et la Russie, pour réaliser l’objectif stratégique susmentionné.

- Israël, pour sa part, mène des attaques aériennes contre des cibles du Hezbollah sur le territoire syrien, tandis qu’il utilise ses alliances avec les États-Unis, les Kurdes et des Arabes sunnites pour empêcher la création du « couloir chiite ». Au niveau inférieur, la guerre se fait sur deux champs de bataille. L’un est l’Irak, où les États-Unis, les Kurdes et l’armée irakienne (soutenue par les Iraniens) se battent contre le soi-disant État islamique (ÉI).

L’autre champ de bataille est le territoire de la Syrie, où les choses sont compliquées. La Russie, la Syrie et l’Iran se battent sur trois fronts : l’un contre l’ÉI, un autre contre l’opposition syrienne et le troisième contre le Front al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda).

En même temps, les États-Unis soutiennent les Kurdes et les forces démocratiques syriennes (FDS) dans la lutte contre l’ÉI, ce qui est devenu une course pour qui —des États-Unis ou de la Russie— contrôlera le plus les territoires des gisements d’hydrocarbures en Syrie orientale. En même temps, les États-Unis continuent de soutenir une partie de l’opposition syrienne au sud et au sud-est du pays contre le gouvernement Assad, le Hezbollah et les Iraniens, tout en préparant des opérations contre le Front al-Nosra à Idlib.

Dans ce tableau manque la Turquie, dont la politique s’est effondrée comme un château de cartes, quand, de supportrice de l’opposition syrienne, avec les États-Unis et Israël, elle deviendra alliée de l’ÉI, qu’elle retournera contre les Kurdes. Et lorsque les Kurdes écrasèrent l’ÉI, Erdogan s’est tourné vers quiconque était contre les Kurdes.

Nous l’avons dit : la situation est si compliquée, qu’il faudrait organiser un séminaire complet avec des cartes pour comprendre ce qui se passe exactement. Cependant, vous devrez noter les éléments suivants : la Turquie est en détresse, en essayant de trouver des alliés par-ci par-là, afin de détourner le cours de l’évolution de la question kurde que nous annoncions au début de cet article.

La logique, mais aussi les Kurdes de Turquie, des millions de membres et électeurs d’Erdogan et de l’AKP lui disent de ne pas opter pour une opération militaire contre les Kurdes au Kurdistan en voie d’indépendance.

Washington le lui dit aussi.

Mais parce que la colère et le désespoir sont de mauvais conseilleurs, tenons-nous prêts, car si, malgré ces avertissements la Turquie envahit le Kurdistan irakien et le canton d’Afrin, alors il y aura la guerre, et nul ne sait comment elle se terminera.

Traduction
Christian

Source
Info gnomon politics (Grèce)

Savvas Kalèndéridès

Savvas Kalèndéridès Brigadier de l’Armée de terre grecque. Il démissionna en 2000 après la capture du leader kurde Abdullah Öcalan par la CIA, le Mossad et le MIT turc. Il était alors en mission d’accompagnement à Nairobi (Kenya), pour le compte du Renseignement grec. Très populaire en Grèce et à Chypre, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’analyse géopolitique et dirige la maison d’édition Infognomon et le site internet InfognomonPolitics.

Les choses se compliquent au Kurdistan irakien

La Turquie revendique le bain de sang de Bruxelles

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

 http://www.voltairenet.org/article198287.html

La Pravda étasunienne. Comment la CIA a créé le concept de théorie du complot

La Pravda étasunienne. Comment la CIA a créé le concept de théorie du complot


Par Ron Unz – Le 5 septembre 2017 – Source Unz Review

Rien d’autre qu’une étiquette diffamatoire utilisée pour repousser un esprit critique

Il y a un ou deux ans, j’ai vu le film de science-fiction Interstellar et, bien que l’intrigue ne fût pas terrible, une première scène s’avérait quand même amusante. Pour diverses raisons, un gouvernement américain du futur a prétendu que nos alunissages de la fin des années 1960 avaient en fait été montés de toute pièce, une manipulation visant à gagner la guerre froide. Cette inversion de la réalité historique a été acceptée comme une vérité par presque tout le monde, et les quelques personnes affirmant que Neil Armstrong avait vraiment mis les pieds sur la Lune étaient universellement ridiculisées comme des « théoriciens du complot un peu dingues ». Cela me paraît une représentation réaliste de la nature humaine.

De toute évidence, une grande partie de tout ce qui a été décrit par nos dirigeants gouvernementaux ou présentés dans les pages de nos journaux les plus respectables – des attentats du 11 septembre au cas local le plus insignifiant de petite corruption urbaine – pourrait être objectivement classée dans la catégorie « théorie du complot », mais ces mots ne seront jamais utilisés pour ce cas-là. L’utilisation de cette expression fortement chargée est plutôt réservée à ces théories, qu’elles soient plausibles ou fantaisistes, qui ne possèdent pas le cachet d’approbation de l’establishment.

Autrement dit, il existe de bonnes « théories du complot » et de mauvaises « théories du complot », les premières étant celles promues par les experts des émissions de télévision traditionnelles et n’étant donc jamais définies comme telles. Je plaisante parfois sur l’hypothèse que si la propriété et le contrôle de nos stations de télévision et d’autres grands médias changeaient soudainement, le nouveau régime d’information ne nécessiterait que quelques semaines d’efforts concertés pour que le crédule public américain change complètement d’avis sur toutes nos « théories du complot » les plus célèbres. La notion selon laquelle dix-neuf Arabes armés de cutters auraient détourné plusieurs avions de ligne, évité facilement les défenses aériennes du NORAD et réduit plusieurs bâtiments célèbres en poussière serait vite ridiculisée universellement comme une « théorie du complot » des plus absurdes, sortant directement d’une bande dessinée et ayant contaminé des esprits malades, surpassant aisément l’absurde théorie du « loup solitaire » dans l’assassinat de JFK.

Même sans de tels changements dans le contrôle des médias, on a déjà assisté à des changements radicaux dans les croyances publiques américaines, simplement sur la base d’une association implicite. Dans les premières semaines et mois suivant les attentats de 2001, tous les organes médiatiques américains ont été enrôlés pour dénoncer et vilipender Oussama Ben Laden, le prétendu cerveau de l’islamisme, comme étant notre plus grand ennemi national, avec son visage barbu apparaissant sans fin à la télévision et dans les journaux, devenant bientôt l’un des visages les plus reconnaissables au monde. Mais alors que l’administration Bush et ses principaux alliés médiatiques préparaient une guerre contre l’Irak, les images des tours brûlantes ont alors été plutôt juxtaposées avec des photos du dictateur moustachu, Saddam Hussein, pourtant un ennemi de Ben Laden. En conséquence, au moment où nous attaquions l’Irak en 2003, les sondages  révélaient que 70% des citoyens américains croyaient que Saddam était personnellement impliqué dans la destruction de notre World Trade Center. À cette date, je ne doute pas que de nombreux millions d’Américains, patriotes mais faiblement informés, auraient dénoncé et vilipendé avec colère comme un « théoricien du complot un peu dingue », quiconque aurait la témérité de suggérer que Saddam n’était pas impliqué dans le 11 septembre, alors même qu’aucun dirigeant n’a jamais osé explicitement proférer une affirmation aussi fausse.

Ces manipulations médiatiques occupaient beaucoup mon esprit, il y a quelques années de cela, lorsque je suis tombé sur un livre, court mais fascinant, publié par la presse académique de l’Université du Texas, « Conspiracy Theory in America » dont l’auteur est le Prof. Lance deHaven-Smith, ancien président de la Florida Political Science Association.

Basé sur une importante révélation dévoilée grâce la FOIA [Freedom of Information Act, Loi pour la liberté d’information. NdT], le livre expliquait que la CIA était très probablement responsable de l’introduction généralisée du concept de « théorie du complot », utilisé comme moyen de manipulation politique, après avoir orchestré le développement de son utilisation comme moyen délibéré d’influencer l’opinion publique.

Dans les années 1960, on assista au scepticisme croissant du public étasunien face aux résultats de la Commission Warren prétendant qu’un homme armé solitaire, Lee Harvey Oswald, était le seul responsable de l’assassinat du président Kennedy alors que de nombreuses personnes soupçonnaient une implication de dirigeants étasuniens de haut niveau. Pour tenter de contrôler les dégâts, la CIA a distribué un mémo secret à tous ses bureaux extérieurs, leur demandant d’envoyer des messages aux médias pour ridiculiser et attaquer ces critiques et les faire passer pour des partisans irrationnels de la « théorie du complot ». Peu de temps après, des messages de même type apparaissaient dans les médias, avec un certain nombre de mots, d’arguments et de modèles d’utilisation correspondant étroitement aux lignes directrices de la CIA. Le résultat en a été un énorme pic dans l’utilisation péjorative de la phrase, qui s’est répandue dans tous les médias américains, dont l’impact résiduel s’étend jusqu’à nos jours. Ainsi, il existe des preuves considérables à l’appui de cette « théorie du complot » particulière qui explique les nombreuses attaques contre les « théories du complot » dans les médias publics.

Mais bien que la CIA semble avoir effectivement manipulé l’opinion publique afin de transformer l’expression « théorie du complot » en une puissante arme de combat idéologique, l’auteur décrit également comment le terrain philosophique nécessaire avait effectivement été préparé quelques décennies plus tôt. À l’époque de la Seconde Guerre mondiale, un changement important dans la théorie politique a entraîné une énorme baisse de respectabilité de toute explication « complotiste » des événements historiques.

Pendant les décennies précédant ce conflit, l’un de nos savants et intellectuels publics les plus importants fut l’historien Charles Beard, dont les écrits influents mettaient fortement l’accent sur le rôle néfaste de diverses conspirations menées par l’élite dans l’élaboration de la politique américaine, au profit de quelques-uns et aux dépens du plus grand nombre, avec des exemples allant de l’histoire des États-Unis la plus ancienne jusqu’à l’entrée de la nation dans la Première Guerre mondiale. De toute évidence, les chercheurs n’ont jamais prétendu que tous les événements historiques majeurs avaient des causes cachées, mais il était largement admis que c’était le cas pour certains d’entre eux et tenter d’enquêter sur ces possibilités était considéré comme une entreprise académique parfaitement honorable.

Mais Beard était un adversaire important de l’entrée américaine dans la Seconde Guerre mondiale et a donc été marginalisé dans les années qui ont suivi, jusqu’à sa mort en 1948. De nombreux jeunes intellectuels publics d’une tendance similaire ont également subi le même sort, ont été discriminés et se sont vus refuser tout accès aux médias traditionnels. Parallèlement, les perspectives totalement opposées de deux philosophes politiques européens, Karl Popper et Leo Strauss, progressaient dans les milieux intellectuels américains et leurs idées sont devenues dominantes dans la vie publique.

Popper, le plus influent, a présenté des objections vastes et très théoriques à la possibilité même que des conspirations de haut niveau puissent exister, affirmant qu’elles seraient difficiles à mettre en œuvre compte tenu de la faillibilité des agents humains ; ce qui pourrait apparaître comme un complot serait en réalité dû à des acteurs individuels poursuivant leurs objectifs personnels. Plus important encore, il considérait les « croyances complotistes » comme une maladie sociale extrêmement dangereuse, facteur majeur de la montée du nazisme et d’autres idéologies totalitaires mortelles. Sa propre histoire, d’origine juive et ayant fui l’Autriche en 1937, a sûrement contribué à la force de ses sentiments sur ces questions philosophiques.

Strauss, une figure fondatrice de la pensée néo-conservatrice moderne, était tout aussi sévère dans ses attaques contre l’analyse complotiste, mais pour des raisons opposées. Dans son esprit, les conspirations menées par l’élite étaient absolument nécessaires et bénéfiques, une défense sociale cruciale contre l’anarchie ou le totalitarisme, mais leur efficacité dépendait évidemment du fait que les regards indiscrets des masses ignorantes ne s’y fixent pas. Son principal problème avec les « théories du complot » n’était pas qu’elles étaient toujours fausses mais qu’elles pouvaient souvent être vraies et, par conséquent, leur propagation était potentiellement perturbatrice pour le bon fonctionnement de la société. Donc, par légitime défense, les élites ont besoin de supprimer activement ou, au moins, de gêner les recherches non autorisées sur les conspirations présumées.

Pour la plupart des Américains, même éduqués, des théoriciens comme Beard, Popper et Strauss ne sont probablement que de vagues noms mentionnés dans les manuels, et c’était certainement vrai dans mon cas. Popper est probablement l’un des fondateurs de la pensée libérale moderne, avec un individu aussi influent politiquement que le financier libéral de gauche George Soros qui prétend être son disciple intellectuel. Les penseurs néo-conservateurs qui ont dominé totalement le Parti républicain et le mouvement conservateur au cours des dernières décennies empruntent aussi souvent leurs idées à Strauss.

Ainsi, grâce à un mélange de pensée poppérienne et straussienne, la tendance américaine traditionnelle à considérer les conspirations menées par l’élite comme un aspect réel mais néfaste de notre société a été progressivement stigmatisée comme étant paranoïaque ou politiquement dangereuse, posant les conditions de son exclusion du discours respectable.

En 1964, cette révolution intellectuelle était en grande partie achevée, comme en témoigne la réaction extrêmement positive à l’article célèbre du politologue Richard Hofstadter qui critiquait le soi-disant « style paranoïaque » dans la politique américaine, qu’il dénonçait comme la cause sous-jacente de cette grande croyance populaire en des théories du complot peu plausibles. Dans une large mesure, il s’attaquait à des hommes de paille, racontait et ridiculisait les croyances en des complots les plus extrêmes, tout en ignorant ceux qui avaient été prouvés comme réels. Par exemple, il a décrit comment certains des anti-communistes les plus hystériques affirmait que des dizaines de milliers de troupes communistes chinoises étaient cachées au Mexique, préparant une attaque contre San Diego, alors même qu’il n’admettait pas que, pendant des années, des espions communistes avaient effectivement servi à proximité du plus haut niveau gouvernemental étasunien. Même les individus les plus portés sur la théorie du complot ne prétendent pas que tous les présumés complots soient vrais, simplement que certains d’entre eux peuvent l’être.

La plupart de ces changements dans le sentiment public se sont produit avant ma naissance ou lorsque j’étais un très jeune enfant, et mes propres idées ont été façonnées par les récits médiatiques plutôt conventionnels que j’ai absorbés. Par conséquent, pour presque toute ma vie, j’ai automatiquement rejeté toutes les « théories du complot » comme étant ridicules, et je n’envisageais même pas que certaines puissent être vraies.

Les quelques fois où je pensais à ce sujet, mon raisonnement était simple et fondé sur ce qui semblait être un solide bon sens. Tout complot à la base d’un événement public important doit certainement avoir de nombreux « agents » différents y participant, qu’il s’agisse de personnes impliquées ou de décisions prises, pouvant aller jusqu’à 100 ou plus. Maintenant, compte tenu de la nature imparfaite de toute tentative de dissimulation, il serait certainement impossible que tout cela puisse rester caché. Donc, même si un complot a initialement une chance de 95% de ne pas être détecté, cinq indices majeurs resteraient à la vue des enquêteurs. Et une fois que le nuage bourdonnant des journalistes les aurait remarqués, des preuves si flagrantes de complot attireraient certainement un essaim supplémentaire d’enquêteurs motivés, remontant la piste jusqu’à son origine, avec de plus en plus d’éléments progressivement découverts jusqu’à ce que le montage tout entier s’effondre. Et même si tous les faits cruciaux ne sont pas mis à jour, la simple conclusion selon laquelle il y a effectivement eu complot serait au moins rapidement établie.

Cependant, il y avait une hypothèse tacite dans mon raisonnement que j’ai réalisé depuis lors comme étant tout à fait fausse. De toute évidence, de nombreuses conspirations potentielles impliquent des fonctionnaires gouvernementaux puissants ou des situations dans lesquelles leur divulgation représenterait une source d’embarras considérable pour ces personnes. Mais j’avais toujours supposé que même si le gouvernement échouait dans son rôle d’enquêteur, les chiens de guerre dévoués du Quatrième pouvoir allaient toujours et sans relâche chercher la vérité, la gloire et les prix Pulitzer. Cependant, une fois que j’ai progressivement commencé à me rendre compte que les médias n’étaient en réalité que « notre Pravda américaine » et cela peut-être depuis des décennies, j’ai soudain réalisé le défaut dans ma logique. Si ces cinq ou dix ou vingt ou cinquante indices initiaux étaient simplement ignorés par les médias, que ce soit par paresse, incompétence ou quelles qu’en soient les raisons, absolument plus rien ne pouvait empêcher que des complots réussis ne se produisent et restent insoupçonnés, même les plus mal conçus et évidents.

Je vais faire de ce constat un principe général. Un contrôle substantiel des médias est presque toujours une condition préalable absolue à toute conspiration réussie. Plus le degré de contrôle des médias est fort plus les complots peuvent être visibles. Donc pour évaluer la plausibilité d’une conspiration, la première question à examiner est : qui contrôle les médias locaux et jusqu’à quel point.

Considérons une simple expérience par la pensée. Pour diverses raisons, ces jours-ci, l’ensemble des médias américains est extraordinairement hostile à la Russie, certainement beaucoup plus qu’ils ne l’étaient vis-à-vis de l’Union soviétique communiste pendant les années 1970 et 1980. Par conséquent, je dirais que la probabilité d’une conspiration russe à grande échelle se déroulant dans la zone opérationnelle de ces organes médiatiques est pratiquement nulle. En effet, nous sommes constamment bombardés d’histoires de présumées conspirations russes qui semblent être des « faux positifs », des accusations fortes reposant pourtant apparemment sur une faible base factuelle ou étant même totalement ridicules. Alors même que le pire genre de complot antirusse se déroule ouvertement sans déclencher le moindre commentaire ou enquête médiatique importante.

Cet argument est plus que purement hypothétique. Un tournant crucial dans la nouvelle guerre froide étasunienne contre la Russie a été le vote de la loi Magnitsky, en 2012, par le Congrès, visant spécifiquement divers fonctionnaires russes, supposés corrompus, pour leur prétendue implication dans la persécution illégale et le décès d’un employé de Bill Browder, gestionnaire de fonds ayant de gros investissements en Russie. Cependant, il y a de nombreuses preuves montrant que c’était Browder lui-même qui était le vrai cerveau et le bénéficiaire de ce gigantesque plan de corruption, alors que son employé prévoyait de témoigner contre lui et, du coup, craignait pour sa vie. Naturellement, les médias étasuniens n’ont guère mentionné ces révélations remarquables concernant ce qui pourrait constituer une gigantesque arnaque Magnitsky, de portée géopolitique.

Dans une certaine mesure, la création d’Internet et la vaste prolifération de médias alternatifs, y compris mon propre petit site, ont quelque peu modifié cette image déprimante. Il n’est donc pas surprenant qu’une fraction très importante de la discussion qui domine ces sites concerne exactement ces sujets régulièrement condamnés comme des « théories du complot un peu dingues » par nos principaux organes médiatiques. De telles analyses non censurées doivent sûrement être une source d’irritation et d’inquiétude considérables pour les fonctionnaires du gouvernement qui ont longtemps compté sur la complicité des médias pour permettre à leurs graves méfaits de passer inaperçus et rester impunis. En effet, il y a plusieurs années, un haut responsable de l’administration Obama a soutenu que la libre discussion que l’on peut avoir sur Internet au sujet des diverses « théories du complot » était tellement dangereuse que des agents du gouvernement devraient être recrutés pour « s’infiltrer cognitivement » et les perturber, une version high-tech des opérations hautement controversées de contre renseignement entreprises par le FBI de J. Edgar Hoover.

Il y a encore quelques années de cela, je n’avais jamais entendu parler de Charles Beard, pourtant autrefois classé parmi les figures imposantes de la vie intellectuelle américaine du XXe siècle. Mais plus je découvre le nombre de crimes graves et de catastrophes ayant complètement échappés à un examen substantiel des médias, plus je me demande quelles autres histoires restent encore cachées. Donc, peut-être Beard avait-il raison de respecter les «  théories du complot », et nous devrions revenir à sa manière traditionnelle de pensée, si américaine, malgré les campagnes complotistes de propagande sans fin menées par la CIA et d’autres personnes pour nous persuader qu’il faut rejeter ces notions et ne pas les considérer sérieusement.

Ron Unz

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-pravda-etasunienne-comment-la-cia-a-cree-le-concept-de-theorie-du-complot

 

 

Les réponses du Pouvoir au terrorisme islamiste : spectacle, commémoration et déni !

Felicitations De Collomb A Marseille

Les réponses du Pouvoir au terrorisme islamiste : spectacle, commémoration et déni !

Michel Geoffroy, essayiste, contributeur régulier de Polemia.com

♦ En France « on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». Voyez l’exemple du terrorisme islamiste.

Car en France on a réussi à faire disparaître les terroristes : on a seulement affaire à des « attaquants », des « hommes menaçants » (1) et surtout à des « déséquilibrés » ayant tous des « antécédents psychiatriques ». Ce qui permet, les pauvres, de les hospitaliser d’office sans enquête policière. Et hop, plus de terroristes !

De même on n’a pas de terroristes qui écrasent les gens avec leurs véhicules comme l’a recommandé Daesh : on a seulement des « camions-fous » ou des « véhicules » qui percutent des abribus ou foncent sur des policiers et des militaires. Des sortes d’accidents de la route, en quelque sorte.
On est vraiment très forts en France !


En France il n’y a pas de djihadistes

On n’a pas de djihadistes non plus en France, même quand les terroristes crient Allah est grand en arabe, conchient les « mécréants » ou se promènent avec « un ouvrage de vulgarisation religieuse » (2). Ni même lorsque Daesh revendique l’attentat, comme à Marseille la semaine dernière.

Car on ne nous la fait pas, à nous autres Français : on ne se laisse pas prendre au piège des apparences ni à la propagande de Daesh !

Ainsi que le déclare si bien le président (3) du Conseil français du culte musulman, ces individus « n’ont aucune once de proximité avec les valeurs que prône l’islam, religion de paix universelle ».

D’ailleurs tous les médias et les ministres sont unanimes : il ne faut pas faire d’amalgame entre islam, islamisme, islamisme radical et terrorisme. Ni tomber bien sûr dans « l’islamophobie » maladive. Car les « attaquants » se sont radicalisés tout seuls, en allant sur Internet.

Internet : voilà la source du terrorisme !

L’islam salafiste et l’environnement familial n’ont aucune responsabilité dans leur passage à l’acte violent. Ce sont des loups solitaires, même lorsqu’ils ont des complices. Et puisque l’islam n’a aucun rapport avec ces « attaques », la police et les juges s’interrogent gravement sur les « motivations » forcément « floues » de ces individus : elles ne peuvent être que psychiatriques, finalement. CQFD !

En France on a une excellente police

Il faut dire que la France a une excellente police. La preuve : après chaque attentat le gouvernement tient toujours à féliciter les forces de l’ordre ! (*)

Ainsi on ne dit pas que la police et les services de renseignement n’arrivent pas à identifier les terroristes pour les empêcher de passer à l’acte. Non : cela ne serait pas du tout correct.

On nous explique au contraire que les auteurs d’attentat étaient « inconnus des services de renseignement » (4) ou « non fichés S », ce qui est nettement plus valorisant, n’est-ce pas ?

La faute aux médias

Les médias sont aussi la cause de ces attaques : les pauvres « attaquants », sans doute frustrés, veulent certainement que l’on parle d’eux au Journal de 20 heures.

C’est d’ailleurs pourquoi la députée (5) Brigitte Kuster a déposé une proposition de loi visant à interdire de « diffuser, de quelque manière que ce soit, le nom de famille et l’image des personnes physiques poursuivies pour un acte de terrorisme ou ayant été jugées coupables d’un acte de terrorisme ».

Encore une preuve du génie français : il suffit de censurer l’information pour faire disparaître les terroristes !

Redevenons sérieux, hélas

Face au terrorisme islamiste, le Pouvoir se réfugie dans le spectacle, la commémoration et le déni, pour tenter de masquer son impuissance.

Car, en Europe de l’Ouest, il est désormais impuissant à surveiller les frontières, à empêcher l’immigration clandestine, à censurer la propagande islamiste, à lutter contre la délinquance comme de mettre hors d’état de nuire préventivement les terroristes potentiels, même lorsqu’ils sont « connus des services de police »… puisque la plupart d’entre eux ont commencé dans le grand banditisme et la délinquance.

D’abord le spectacle rituel

Après chaque « attaque meurtrière » (6), voilà donc que défilent sur place ministres et élus, flanqués d’un essaim de conseillers, sous l’œil des caméras. Sans parler des cohortes de policiers, préfets et militaires. C’est devenu un rituel : après chaque attentat, la débauche d’officiels et de moyens policiers.

On serait aux Etats-Unis, on aurait en plus le carrousel des hélicoptères, sur fond de sirènes hurlantes, comme dans les séries télévisées. En France on a les girophares et les policiers en cagoule et gilet pare-balles : du plus bel effet devant les caméras, surtout la nuit !

Mais quel dommage que toutes ces belles forces n’apparaissent qu’après

Ce spectacle du pouvoir et de la sécurité ne trompe que les gogos et certainement pas les islamistes ni leurs complices. Car ce spectacle remplit la même fonction que le traditionnel défilé militaire du 14 juillet : persuader le bon peuple qu’il est bien défendu et le rassurer sur la « détermination » du gouvernement à éviter le renouvellement de ces « drames ».

Le 14 juillet 1939 fut ainsi un très beau défilé militaire…

Ensuite la commémoration

La commémoration des victimes des attentats a beaucoup été utilisée en 2015 : pleurons tous ensemble les morts que nous n’avons pas su empêcher ! Badges « Je suis quelque chose », minutes de silence, drapeaux en berne et bougies de rigueur.

Mais la manipulation a fait long feu depuis qu’à Nice la foule s’est mise à siffler les officiels.

Aujourd’hui les commémorations se font donc plus discrètes et si possible hors de la portée des Français.

Et surtout le déni

Reste le déni. Il fonctionne à plein, en particulier en France.

On tronçonne la réalité comme on coupe des comprimés pour les avaler plus facilement.

On nous explique même désormais qu’on pourrait être un islamiste radical sans être forcément un terroriste en puissance et, par conséquent, qu’un islamiste serait quelqu’un de tout à fait fréquentable finalement. La sodomisation des coléoptères va donc bon train, à grands renforts d’experts médiatiques et autres chercheurs au CNRS. Les prédicateurs salafistes et leurs adeptes peuvent donc dormir tranquilles.

Le Pouvoir, à défaut de mettre hors d’état de nuire les terroristes, déploie ainsi des trésors d’inventivité pour essayer de cacher la dure réalité de la guerre de civilisation qui frappe l’Europe.

Un attentat dans le métro de Londres devient ainsi un « incident terroriste » (7) pour le journal Libération et la tentative de tuer à coups de couteau un agriculteur de Lot-et-Garonne au cri de « Allah est grand » devient un simple « fait divers ». Et malheur à celui qui montrerait des photos des crimes des terroristes de l’Etat Islamique : il se rendrait coupable de « diffusion d’images violentes » ! On ne sait pas censurer les prêches haineux des islamistes mais au moins on sait censurer la représentation de la vérité.

« Cachez ce djihad que je ne saurais voir » nous disent les Tartuffe du Pouvoir, relayés aimablement par tous les médias de propagande et les officines immigrationnistes.

Empêcher de poser les questions qui fâchent

Le déni n’empêche évidemment pas les terroristes de terroriser.

Mais il permet d’éviter les questions qui fâchent. Et au premier chef celle de la responsabilité des politiciens qui ont semé le chaos en Libye ou en Syrie, qui ont ouvert toutes grandes les portes de l’Europe aux djihadistes mélangés aux immigrants clandestins, qui ont encouragé le communautarisme et qui font en permanence des risettes électoralistes à l’islamisme.

Le déni cache non pas tant le terrorisme islamiste que la complicité des oligarchies occidentales dans la catastrophe qui s’abat sur l’Europe.

Mais le déni, comme la novlangue, trompe de moins en moins les victimes : les Européens.

Michel Geoffroy
6/10/2017

Notes :

  1. Le Parisien du 17 septembre 2017.
  2. Le Télégramme de Brest du 24 août 2017.
  3. Ahmet Ogras est un… Turc.
  4. FR3 après l’attaque contre des piétons à Marseille.
  5. Les Républicains.
  6. Comme l’écrit en novlangue le journal Le Monde pour évoquer l’attentat de Marseille.
  7. Le 15 septembre 2017.

(*) Voir image : la compassion et les félicitations du ministre !!!! (ndlr)

Correspondance Polémia – 7/10/2017

Image : Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb saluant les pompiers après l’attentat à la gare Saint-Charles de Marseille, le 1er octobre 2017.

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

Jean-Michel Quatrepoint : « La vente d’Alstom était un scandale écrit d’avance

Source : Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint, 29/09/2017

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Jean-Michel Quatrepoint, la vente d’une partie d’Alstom à Siemens était écrite. Un empire industriel a été détruit en quelques années, faute de volontarisme politique. Selon lui, les promesse d’ «alliance entre égaux» ne seront pas tenues.

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économiste. il a travaillé entre autres au Monde, à La Tribune et au Nouvel Economiste. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont La Crise globale en 2008 qui annonçait la crise financière à venir. Son dernier livre, Alstom, scandale d’Etat a été publié en septembre 2015.

FIGAROVOX.- Après la vente des activités énergie d’Alstom à General Electric, vous aviez dénoncé cette opération, en 2015, dans nos colonnes, puis à travers un livre, Alstom, un scandale d’Etat. La fusion d’aujourd’hui entre les activités ferroviaires d’Alstom et celle de Siemens était-elle écrite?

Jean-Michel QUATREPOINT.- Elle l’était. Dès le mois de mars 2015, le patron de Siemens déclarait que «dans le domaine du transport, une consolidation entre entreprises européennes reste encore possible».

À partir de ces propos, j’écrivais dans «Alstom, scandale d’État»: «dans un an, dans cinq ans, c’est inéluctable, Alstom Transport devra acheter ou se faire racheter. Siemens sera peut-être de la partie. Alstom n’ayant pas les moyens financiers, même avec le cash reçu de GE, de procéder à une grande acquisition, il lui en faudra passer par une alliance qui ressemblera fort à une vente. La boucle sera bouclée.»

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que sur ces marchés mondiaux, seuls les conglomérats ont pu, et peuvent s’en sortir. Il faut avoir plusieurs activités, afin d’optimiser les réseaux commerciaux, la gestion financière, les relations avec les donneurs d’ordre. En se démantelant peu à peu, Alcatel Alstom était condamnée, un jour ou l’autre, à disparaître.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial, un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial dans les Télécoms, les câbles, l’ingénierie (Cegelec), l’énergie, le ferroviaire et les chantiers navals avec les Chantiers de l’Atlantique. Un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Mais on nous annonce un mariage entre égaux dans le ferroviaire, et aussi entre STX et Fincantieri, et l’État se félicite de ces opérations…

C’est à chaque fois, la même comédie de communication. Alliance entre égaux, maintien de l’emploi et des centres de décision, création d’un champion européen, d’un Airbus du ferroviaire, du naval, etc.

Si ce discours stéréotypé, ces éléments de langage ont pu convaincre hier, aujourd’hui cela devient plus difficile. Chat échaudé craint l’eau froide! Car les promesses – je pense à celles autour d’Alcatel faites par Lucent, puis par Nokia ; à celles de General Electric ; à celles, dans un autre domaine, de Holcim dans la fusion avec Lafarge – ne sont généralement jamais tenues.

Là aussi, c’est de la communication pour faire passer la pilule et pour permettre à celui qui se vend, et au gouvernement français, de ne pas perdre la face.

Cependant l’État avait pris 20 % dans Alstom Transport, pour veiller justement à ce que cet accord avec GE dans les co-entreprises soit équilibré?

Encore une fois, ce n’était qu’un habillage médiatique. Pour éviter de faire perdre la face à Arnaud Montebourg. Bercy était contre. L’État n’a d’ailleurs pas acheté les 20 % dans Alstom, mais loué les titres à Bouygues qui détient 30 %, avec une option d’achat qui expire le 17 octobre 2017, au prix de 35 euros l’action. Mais l’État n’a plus d’argent, ou plutôt le gouvernement et surtout Bercy ne veulent en aucun cas débourser 3 milliards d’euros pour être minoritaire.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier.

Bref, l’option ne sera pas levée, Bouygues va garder ses 30 %, le temps d’encaisser le produit de la vente des participations d’Alstom dans les co-entreprises avec GE. Cette opération va se faire d’ici à octobre 2018 et les actionnaires toucheront 8 euros par action.

Ensuite, selon toute vraisemblance, la fusion avec Siemens sera l’occasion pour Bouygues de sortir définitivement d’Alstom, avec même une plus-value et de tirer un trait sur une aventure d’une douzaine d’années.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier. On a essayé de nous faire croire, pendant quelques mois que les co-entreprises créées entre GE et Alstom étaient à 50/50, c’était un mensonge. En réalité, General Electric a tous les pouvoirs et les exerce.

Ainsi, le groupe américain […]

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