Si Washington veut le pétrole syrien, il va devoir lutter pour cela

Si Washington veut le pétrole syrien, il va devoir lutter pour cela


Le SDF [kurde] soutenu par les États-Unis essaie de saisir des ressources cruciales pour la survie de la Syrie


2016-09-24_11h42_10Par Mike Whitney – Le 28 sept. 2017 – Source Russia Insider

« Depuis plus de six ans, les Syriens font de grands sacrifices pour défendre leur pays face à une guerre terroriste d’une brutalité sans précédent … Le peuple syrien a résisté à tous les aléas, car il savait qu’il s’agissait d’une guerre qui cherchait à éliminer son pays, et avec lui, sa propre existence. Il est un exemple à suivre par toute personne qui pourrait faire face, maintenant ou à l’avenir, à des tentatives semblables de casser sa volonté et de nier sa liberté et sa souveraineté. » – Walid Al-Moualem, Vice-Premier ministre de la Syrie, Déclaration à l’Assemblée générale des Nations Unies


Washington a retardé son projet de flanquer un rideau de fer le long des rives orientales de la rivière de l’Euphrate afin de déployer ses troupes de choc kurdes dans la province de Deir Ezzor. Les Forces de défense kurdes (SDF) ont foncé vers le sud pendant près d’une semaine pour devancer la progression régulière de l’armée arabe syrienne (SAA) et de ses forces d’élite, les Tigres.

Le triomphe étonnant de la SAA à Deir Ezzor a envoyé Washington dans les cordes, déclenchant toutes sortes de comportements erratiques y compris une attaque de roquettes et de mortiers sur les positions des troupes syriennes, une attaque furtive coordonnée par les États-Unis dans la province d’Idlib et de nombreuses autres provocations visant à détourner l’attention du principal objectif stratégique, les lucratifs champs pétrolifères de la vallée de l’Euphrate.

À l’heure actuelle, le SDF est dans la meilleure position pour libérer les champs de pétrole du contrôle d’ISIS. Il faut cependant se demander : pourquoi le SDF a  soudainement détourné son attention du siège de Raqqa et envoyé rapidement ses troupes au sud dans les champs de pétrole, si son intention n’était pas de revendiquer la propriété de ces champs et d’empêcher les forces du régime de les reprendre ? En fait, c’est la seule explication logique à son comportement.

De toute évidence, le SDF n’agit pas en son propre nom, mais simplement en suivant les ordres de Washington, se mettant ainsi en grand danger de bombardement aérien direct par l’armée de l’air russe, simplement pour satisfaire l’avidité insatiable de Washington pour le pétrole.

En voici plus de South Front :

« Les tensions augmentent rapidement entre les forces démocratiques syriennes soutenues par les États-Unis (SDF) et les forces gouvernementales syriennes dans la province de Deir Ezzor, au nord de la capitale provinciale.

La semaine dernière, le SDF a profité des combats intenses entre l’armée arabe syrienne (SAA) et l’ISIS pour saisir les champs de pétrole et de gaz d’Isba et Tabiyeh situés au nord du village de Khusham, sur la rive est de l’Euphrate. »

Les actions du SDF confirment que la milice soutenue par les États-Unis ne peut plus être considérée comme un allié syrien aidant à lutter contre ISIS. Le SDF est maintenant un autre groupe hostile et insurrectionnel qui met en œuvre l’agenda impérial de Washington.

La seule question est de savoir si l’armée syrienne et ses alliés traiteront le groupe aussi sévèrement qu’ISIS. Mais, bien sûr, la SAA n’a pas le choix en la matière, puisque le SDF essaie de saisir des ressources vitales essentielles à la survie de la Syrie.

En bref, les supplétifs, soutenus par les États-Unis, et les membres de la coalition soutenus par la Russie vont s’affronter militairement parce que Washington a éliminé toute autre option.

Voici plus de South Front :

« Lundi, les médias pro-SDF (principalement kurdes) ont directement accusé les forces aérospatiales russes d’avoir bombardé leurs positions près du gisement de gaz de Conico (…) Le commandement SDF a publié une déclaration accusant la Russie de soutenir ISIS contre SDF : ‘Les forces russes, et du régime, ont lancé une attaque contre nos combattants dans Conico Factory (…) avec des canons et des avions de guerre. Les bombardements ont martyrisé et blessé un certain nombre de combattants. Il convient de noter que nous progressons en coordination avec les Forces de la coalition mondiale (…)

Nous condamnons fermement les attaques agressives des Russes et de leurs alliés qui servent le terrorisme, nous ne resterons pas inactifs et nous utiliserons notre droit à nous défendre’. »

Les forces de la coalition mondiale sont une invention de Washington qui n’a jamais été invitée à se battre en Syrie et qui viole la souveraineté de celle-ci. En outre, l’affirmation selon laquelle le SDF se « défendra légitimement » contre les forces du gouvernement souverain ne mérite aucun commentaire. Le SDF n’a pas le droit légal de mener des opérations militaires sur le territoire syrien.

De plus, de son propre aveu, le SDF tente de saisir la Conico Gas Factory. Et, lundi, il a continué sa poussée vers le sud en capturant les champs de pétrole d’Ibsah et de Taibah, en poussant plus loin vers les champs de Jafra.

Washington pense-t-il que Assad et Poutine sont trop aveugles pour voir ce qui se passe ?

Bien sûr que non. Washington est fasciné par le pétrole, et ses sbires font leur travail. C’est aussi clair que le nez au milieu du visage. Mais, il y a un problème : si Washington veut le pétrole de la Syrie, il devra se battre pour cela.

Carte de la bataille mise à jour montrant les troupes soutenues par les États-Unis face à face avec les forces de la coalition russe. Crédit : Southfront

Dimanche, le ministère russe de la Défense a publié des images aériennes montrant que les forces spéciales de l’armée américaine collaborent, ou ont obtenu un certain type d’arrangement, avec des unités ISIS dans la région de Deir Ezzor.

C’est une histoire intéressante, mais il est difficile de tirer des conclusions claires basées sur les photos. Ce qui est indéniable, cependant, c’est que les forces soutenues par les États-Unis semblent beaucoup plus axées sur le pétrole que sur ISIS. Il n’est pas surprenant qu’ISIS ait profité pleinement de la situation en lançant une attaque mortelle de décapitation sur le haut commandement russe.

Selon Moon of Alabama :

« ‘Hier soir, un général trois étoiles russe et deux colonels ont été tués dans une attaque de mortier alors qu’ils visitaient un quartier général de l’armée syrienne à Deir Ezzor : le lieutenant-général Valery Asapov, des forces armées russes, a été tué après avoir été bombardé par des militants islamiques (IS, anciennement ISIS / ISIL) près de Deir ez-Zor’, a annoncé le ministère russe de la Défense. Dans sa déclaration, le ministère a déclaré qu’Asapov était à l’avant-poste de commandement des troupes syriennes, aidant les commandants pour la libération de la ville de Deir ez-Zor. Le lieutenant-général Valéry Asapov est l’officier russe le plus élevé à être tué dans la campagne syrienne. Il était commandant de la 5e armée dans le district militaire oriental de la Russie.

Pendant trois ans, ISIS a assiégé les troupes syriennes dans la ville de Deir Ezzor et son aéroport. Il n’a jamais essayé d’attaquer le siège de l’état-major ou de tuer des officiers de haut rang. Maintenant, alors que les forces de l’armée américaine par procuration, conseillées par les forces spéciales des États-Unis, ont pris position au nord de Deir Ezzor, ISIS disposerait soudainement de capacités de renseignement et de mortiers de précision pour tuer un groupe d’officiers russes en visite ?

Cela n’est pas plausible. Personne à Damas, à Bagdad, à Téhéran ou à Moscou ne croira cela… »

Moscou a déjà tiré ses propres conclusions sur le rôle de Washington dans la mort du général. Il y aura des représailles, c’est certain. Plus important encore, le masque de l’implication des États-Unis est tombé, laissant les deux adversaires debout face à face. Les lignes de communication restent ouvertes, mais elles sont inutiles lorsque les deux parties sont déterminées à occuper le même terrain. Des conflits comme celui-ci sont généralement réglés sur le champ de bataille, et c’est ce qui se produit.

Mike Withney

 

 

http://lesakerfrancophone.fr/si-washington-veut-le-petrole-syrien-il-va-devoir-lutter-pour-cela

 

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Rapport Greenpeace : alerte ou coup de com’ ?

L’information de référence sur l’énergie nucléaire

10.10.2017

Rapport Greenpeace : alerte ou coup de com’ ?

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Dans un rapport commandé par Greenpeace, « sept experts internationaux » (sic) s’inquiètent de la vulnérabilité des centrales nucléaires face à la menace terroriste. Cependant, la qualité et la crédibilité de ces travaux sont en question : le rapport n’ayant fait l’objet d’aucune revue de pairs ni d’aucun échange avec les experts français, chercheurs, industriels ou membres de l’autorité de sûreté nucléaire. Cette méthode étonnante interroge : l’enjeu est-il vraiment de contribuer à renforcer la sûreté ou bien de faire un coup de com’ ?

Coup de com’ vs expertise

Sans préjuger de la qualité de l’expertise des auteurs du rapport commandé par Greenpeace, la méthode interpelle. Hormis les sept experts internationaux, Greenpeace n’a pas semblé opportun d’auditionner ou de faire contribuer à ses travaux les experts français du secteur : ni la société savante du nucléaire (la SFEN réunit 4 000 experts), ni les exploitants, ni même l’autorité de sûreté nucléaire.

La publication du rapport échappe donc à la revue des pairs, pratique indispensable pour valider les travaux scientifiques et techniques dans quelque domaine que ce soit. Un dialogue technique est pourtant indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Encore aujourd’hui, aucun des experts n’a accès au rapport. Greenpeace n’ayant donné que sept exemplaires pour des « raisons de sécurité ». Ce manque de transparence est à rebours des pratiques actuelles. L’ASN et l’IRSN ont ainsi instruits de nombreux sujets (sûreté du projet Cigéo, qualité du couvercle et du fond de cuve de l’EPR, etc.) et mis à disposition quantité d’informations techniques au public pour qu’il participe au débat. Ces sujets sont pourtant sensibles.

Pour se prononcer sur le fond du rapport et savoir s’il comporte des éléments sérieux, il faudrait donc qu’il puisse être partagé avec l’ensemble des acteurs concernés. En l’état, l’annonce de ce rapport s’apparente plus à un coup de com’ qu’à une volonté de renforcer la sûreté.

Un dialogue technique est indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Des dispositifs en évolution permanente pour répondre aux nouvelles menaces

La prise en compte du risque terroriste n’est pas nouvelle, et les acteurs du nucléaires, industriels et autorités compétentes, n’ont pas attendus Greenpeace pour agir… A chaque évènement majeur, les dispositifs matériels et humains ont été renforcés. Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et le crash d’avions de ligne sur les tours jumelles et le Pentagone, des mesures ont été prises pour renforcer les réacteurs. Celles-ci ont d’ailleurs été auditées, puis validées par l’IRSN et l’ASN.

Les systèmes de protection ont également été renforcés au regard de la série d’attentat et de l’état d’urgence. Les exploitants (AREVA, EDF et CEA) ont renforcé la protection de leurs sites. Des dispositions spécifiques ont été mises en place à l’entrée des installations ainsi que des efforts supplémentaires pour la protection des zones à accès contrôlé (piétons, véhicules). Le contrôle du personnel a lui aussi été accru.

Ces mesures viennent compléter un arsenal éprouvé : les industriels et le ministère de la Défense (armées de l’air et de terre notamment) travaillent ensemble depuis de nombreuses années et coordonnent leurs actions. En outre, toute personne qui entre sur une installation nucléaire, professionnels, sous-traitants, visiteurs, … fait l’objet d’une enquête par la Préfecture. 100 000 enquêtes sont ainsi réalisées chaque année pour les sites d’EDF.

Les piscines de stockage du combustible sont-elles vulnérables ?

Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d’inondation et d’actes de malveillance comme le terrorisme.

Si l’ASN avait le moindre doute concernant la robustesse des installations, elle exigerait l’arrêt immédiat des réacteurs. Les derniers évènements, notamment l’arrêt des quatre réacteurs du Tricastin, témoignent de son indépendance, de son pouvoir et surtout de sa volonté de maintenir un niveau de sûreté maximal sur l’ensemble des installations nucléaires en France…

S’il y avait le moindre risque sur les piscines des réacteurs, l’ASN demanderait des renforcements.

En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?

En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?

#GuerreSyrie

Maxime Chaix's picture
3 août 2017

Alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes au Moyen-Orient, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée

Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien de la CIA en faveur des rebelles « modérés », confirmant qu’en 2015, ceux-ci menaçaient de renverser Bachar el-Assad mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année. Chaotique, car le chroniqueur du Post, David Ignatus, vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer d’alternative politique viable, démocrate et modérée face au gouvernement syrien.

D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code « Timber Sycamore ».

Les rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’« État islamique » six mois plus tard

Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’« État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Cet argument est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a souligné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont combattu Daech qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. »

Depuis qu’ils ont rompu avec l’EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l’État islamique, a proclamé son « califat » en 2014 (AFP)

Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze parmi la vingtaine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approuvés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lister, un chercheur et spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, à Washington. […] Monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front. “La triste vérité, cependant, est que ces groupes soutenus par les États-Unis [et leurs alliés] restent d’une manière ou d’une autre dépendants des factions affiliées à al-Qaïda dans ces opérations, en termes d’organisation et de puissance de feu”, selon l’experte Genevieve Casagrande, une spécialiste de la Syrie au sein de l’Institute for the Study of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste spécialisé Gareth Porter, dans un article explicitement intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ». « Cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays – et ce principalement depuis la Turquie –, ont largement défini la nature de cette guerre », a souligné Gareth Porter en se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite. Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention militaire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article solidement documenté, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ».

Les forces de Bachar al-Assad et de ses alliés ont repris Alep des mains de l’opposition syrienne en décembre 2016 (Reuters)

Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur « État islamique » ne faisaient qu’un avant leur scission au printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions. Plus exactement, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé l’« État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur leader, Mohammed al-Joulani, un djihadiste syrien ayant affronté la coalition de George W. Bush en Irak, avait été chargé par Abou Bakr al-Baghdadi de combattre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013 entre ces deux entités terroristes, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

Le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible

Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation, qui conduisit à la création de l’« État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), rebaptisé « État islamique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech et favorisé sa montée en puissance dès janvier 2012. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même conséquence pour le versant « formation militaire » de ce programme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech – selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient directement impliquées dans cette opération.

Des combattants du Front al-Nosra traversent la ville syrienne d’Alep en mai 2015 (AFP)

En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à (ou leur attrait pour) ces groupes terroristes, le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste. Or, la simple existence de cette procédure a permis à la CIA de maintenir une façade de respectabilité en affirmant qu’elle ne formait que des « rebelles modérés ».

En réalité, pour quiconque s’affranchit de cette notion orwellienne, les dynamiques de cette opération peuvent être résumées ainsi : supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus parlants, qui sont ceux du spécialiste Sam Heller, « la majeure partie du soutien américain fut dirigée vers des factions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait servi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puissantes factions islamistes et djihadistes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris Daech et al-Nosra

Ces dérives ne furent toutefois pas systématiquement intentionnelles. L’exemple de « Cheg Cheg », devenu le plus grand trafiquant d’armes syrien durant cette guerre, pourrait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhicule en avril 2016, ce baron de la contrebande d’armements avait vendu à des intermédiaires bédouins un certain nombre d’armes issues des bases supervisées par la CIA, dont la mise en place en Turquie et en Jordanie avait dynamisé ses affaires. Or, ces intermédiaires les avaient achetées pour le compte du malnommé « État islamique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas.

À l’origine de ces révélations, le quotidien émirati TheNational.ae évoqua des transferts « involontaires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à travers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pourtant, selon différentes enquêtes approfondies, dont une récemment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les services spéciaux des pétromonarchies du Golfe – essentiellement ceux de l’Arabie saoudite – ont sciemment armé Daech en Syrie comme en Irak, en particulier via une ligne d’approvisionnement Balkans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide discrète de la CIA à partir de janvier 2012.

Ambassadeur américain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est persuadé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « strictement confinées aux réseaux des services secrets ». Étonnamment, cette enquête du JDD ne fait pas mention de ce rôle central de la CIA dans la création de ce trafic d’armes produites dans les Balkans. Toutefois, son auteur a répondu à une demande de clarification en soulignant que « les propos de Robert S. Ford, qui s’est exprimé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davantage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nosra… dont a ensuite profité Daech. »

Une telle franchise est malheureusement trop rare dans les médias occidentaux, et en particulier francophones. En réalité, alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes en Irak et au Levant, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN dans ces politiques catastrophiques ne peut et ne doit plus être éludée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dresser le bilan de cette désastreuse politique, que la majorité de la presse occidentale a dissimulée au profit d’une narration séduisante impliquant des rebelles « modérés » n’ayant qu’un poids limité sur le terrain, on peut dire que la CIA et ses partenaires ont imposé à la Syrie une guerre secrète meurtrière, et que celle-ci a eu comme conséquence des dizaines de milliers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ainsi qu’un nombre indéterminé de victimes civiles, de blessés, de réfugiés et de déplacés internes.

Un Syrien porte deux enfants blessées après une attaque aérienne à Hamouria, dans la Ghouta orientale, en avril 2017 (AFP)

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain.

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain

Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire suffisant pour tenir face à la rébellion, et il s’est maintenu au pouvoir grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama.

Censées être en guerre contre le jihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir diplomatiquement et d’aider militairement leurs alliés régionaux dans leur soutien en faveur de groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance de Daech en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur – le rôle de nos « alliés » turc et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

Après d’innombrables hésitations, ces derniers ont fini par accepter le réel. De ce fait, ils ont progressivement abandonné l’objectif de renverser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en priorité la lutte contre un monstre Frankenstein en grande partie engendré par leurs propres errements stratégiques et diplomatiques, encouragés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-ottomans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dresser de l’interventionnisme occidental au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salutaire que les journalistes, les experts et d’éventuels lanceurs d’alertes dénoncent plus explicitement le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dissimulation de ces politiques clandestines inconsidérées.

À LIRE : La politique d’Obama en Syrie et l’illusion de puissance américaine au Moyen-Orient

En attendant, espérons que le potentiel aggiornamento du président français Emmanuel Macron sur le dossier syrien, et la conclusion du programme anti-Assad de la CIA décrétée par son homologue américain, marquent la fin durable de ces stratégies aventuristes à l’origine de tant de souffrances et de destructions – officiellement imposées au nom de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » –, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence ; un désastre aux conséquences potentiellement plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la tentative de recrutement de deux futurs pirates de l’air du 11 septembre par la CIA et les services secrets saoudiens. Comme l’avait relaté un ex-agent spécial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opération illégale conduisit l’Agence à dissimuler à la police fédérale la présence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empêché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visiblement, cette tragédie était bien loin dans les mémoires des responsables du programme Timber Sycamore, qui ont massivement armé la nébuleuse terroriste contre laquelle les autorités américaines et leurs alliés se revendiquent en guerre depuis 2001.

 

Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. Il est diplômé d’un Master 2 « Histoire, théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble. En 2015, il a lancé son propre site afin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour defensa.org, Paris Match, et le Club de Mediapart.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : membres du Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, rebaptisé Front Fatah al-Cham en 2016 après avoir rompu officiellement avec le groupe créé par Oussama ben Laden (Reuters).

 

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/en-syrie-le-plus-grand-fiasco-de-la-cia-139175839

La Belgique veut rompre la convention avec l’Arabie Saoudite au sujet de la grande mosquée de Bruxelles

A Bruxelles, la grande mosquée du parc du Cinquantenaire est considérée comme un repère du salafisme et du wahhabisme. Les autorités belges envisagent de rompre la convention avec l’Arabie saoudite au sujet de cette mosquée.

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La fin de la concession de la Grande Mosquée, une décision historique

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Vers la fin du financement saoudien de la Grande mosquée de Bruxelles

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http://www.medias-presse.info/la-belgique-veut-rompre-la-convention-avec-larabie-saoudite-au-sujet-de-la-grande-mosquee-de-bruxelles/81293/

Quand la Yougoslavie éclate, les Européens défendent le droit à l’auto-détermination

Quand la Yougoslavie éclate, les Européens défendent le droit à l’auto-détermination

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(B2) En 1990-1991, la Yougoslavie explose par le nord, la Slovénie la plus riche des républiques se prononce, le 23 décembre 1990, à une large majorité (95%) pour le retrait de la fédération yougoslave (RFSY) et l’indépendance… à moins qu’un accord de restructuration de la fédération soit conclu dans les six mois. Une revendication portée depuis plusieurs mois avec la Croatie.

Toute ressemblance avec des évènements ayant existé ou pouvant exister (cf. la Catalogne aujourd’hui serait, bien entendu, purement fortuite 🙂 Si faire une comparaison n’est pas raison, examiner l’histoire n’est cependant pas inutile.

L’Europe joue les médiateurs

Le Luxembourg qui préside l’UE décide de jouer les médiateurs pour garder la Yougoslavie unie. La troïka européenne est missionnée en ce sens par les ministres des Affaires étrangères le 26 mars 1991. Composée du Luxembourgeois Jacques Poos (1), de l’Italien de Michelis, du Néerlandais Van den Broek, elle se rend plusieurs fois à Belgrade, comme à Zagreb et Ljubjlana, pour jouer les bons offices, prôner la dialogue et le non recours à la force.

Un accord de cessez-le-feu et suspension de l’indépendance à l’arraché

Mais, dans le même temps, plusieurs incidents armés opposent l’armée yougoslave et les forces de sécurité croate et slovène. Ils feront les premiers blessés, et les premiers morts. La situation devient critique. La Troïka se rend une dernière fois à Zagreb et Belgrade et arrache, dans la nuit du 28 au 29 juin, un compromis qui prévoit, d’une part, la cessation des hostilités, d’autre part, la suspension pour trois mois des déclarations d’indépendance croate et slovène. Un accord entériné à Brioni le 8 juillet suivant. Le moratoire de l’indépendance est acté, tout comme le cessez-le-feu.

Le droit à l’auto-détermination reconnu par le Parlement européen

Le Parlement européen condamne le recours à la force de l’armée du gouvernement central de Belgrade mais reconnait aussi le droit à l’autodétermination. « les Républiques constitutives et les provinces autonomes de Yougoslavie ont le droit de déterminer leur avenir (…) mais chacune a le devoir absolu de n’user que des moyens pacifiques et démocratiques pour parvenir à des changements constitutionnels » souligne-t-il dans une résolution adoptée le 10 juillet 1991.

Un corps d’observateurs européens est mis en place pour surveiller le cessez-le-feu en Slovénie d’abord, en Croatie ensuite. La troika européenne reprend son bâton de pélerin, sous la houlette de l’ambassadeur néerlandais Henri Wynaendts. Une force de maintien de la paix est à l’étude. Les incidents continuent faisant de nombreuses victimes, en Slovénie comme en Croatie, surtout où se concentre l’action de l’armée yougoslave.

Le front européen se fissure

L’Allemagne menace de reconnaître « bientôt » les républiques sécessionnistes de Slovénie et de Croatie si les affrontements ne cessent pas en Yougoslavie, déclare le ministre allemand des affaires étrangères, début septembre. L’Autriche (qui n’est pas membre de la CEE) critique vigoureusement l’attentisme européen et milite pour une reconnaissance rapide de l’indépendance. L’Italie, lors d’une rencontre à Venise, avec son homologue allemand, milite aussi pour l’indépendance. Du côté de la Commission, on n’exclut pas cette solution. Mais Jacques Delors, le président de la Commission européenne, préfère garder cette carte, comme un moyen de pression sur Belgrade. Il le dit devant le Parlement européen le 11 septembre.

Mise en garde internationale

Le Secrétaire général des Nations-Unies, Javier Perez de Cuellar, met en garde les Européens contre une reconnaissance « prématurée de certaines républiques yougoslaves ». Un tel développement « pourrait mettre le feu aux poudres, notamment en Bosnie-Herzégovine » insiste dans une lettre envoyée aux Douze début décembre le Péruvien.

La procédure de reconnaissance organisée…

Le pas définitif est franchi le 16 décembre 1991. Lors du conseil des Ministres des Affaires étrangères, une procédure de reconnaissance est mise en place en deux temps, s’étalant jusqu’au 15 janvier 1992, après examen par la commission d’arbitrage (la commission Badinter) pour vérifier que toutes les conditions sont bien remplies.

… puis non respectée

Sans attendre, l’avis de la commission d’arbitrage, l’Allemagne décide, dès le 16 décembre, de de reconnaitre, la Slovénie et la Croatie. Le 13 janvier 1992, la commission Badinter rend ses conclusions : elle recommande la reconnaissance de la Macédoine et Slovénie, et de la Croatie (sous condition de modification de certaines lois), pour la Bosnie, elle devra sans remettre au référendum. Elle rejette toute demande qui ne correspond pas aux frontières internes de la Yougoslavie (Serbes de Croatie ou Serbes de Bosnie). La CEE ne reprend que partiellement ces conclusions et reconnait derechef Slovénie et Croatie.

Fin du premier acte…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) A l’époque, celui-ci a un certain Jean-Claude Juncker comme collègue chargé des Finances et du Travail.

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 – Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d’intérêt sur l’Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer « B2 » ou « Bruxelles2 » en cas de reprise Son rédacteur en chef est Nicolas Gros-Verheyde, également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion et intervenant pour BX1 (Tv Bruxelles). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale).
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