La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ? (Chine.in)

par Chine.in 22 Juillet 2017, 09:51 Chine Egypte Civilisation Pharaons Culture Histoire

La civilisation chinoise, née de l’ancienne Égypte ?

Selon le géochimiste chinois Sun Weidong, la civilisation chinoise pourrait être née en Égypte. Pour alimenter sa théorie, le professeur a examiné en outre de nombreux textes classiques chinois datant de la supposée première dynastie chinoise connue sous le nom de dynastie Xia. Ses recherches sont compilées dans un essai de 93 000 caractères, publié en ligne en septembre 2015.

 

Selon Sun Weidong, l’une des preuves confirmant sa thèse provient d’un texte de l’historien Sima Qian (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) décrivant la topographie de l’empire Xia, traditionnellement reconnu comme étant la dynastie fondatrice de la Chine (2070 av. J.-C. à 1600 av. J.-C.). Dans celui-ci, on peut lire en substance qu’un grand fleuve coule du sud vers le nord, se divisant en neuf bras, avant de se jeter dans la mer. Selon la croyance populaire, la dysnastie Xia est née de l’Empereur Jaune et a vécu essentiellement autour du Fleuve Jaune, cependant le fleuve en question dans le texte n’est pas celui cité puisqu’il coule d’ouest en est ; en réalité il n’y a qu’un fleuve majeur au monde qui coule vers le nord et il s’agit du Nil, en Égypte.

 

Le Nil et son delta.

Sun Weidong, scientifique émérite et plusieurs fois décoré, assure depuis des années que les fondateurs de la civilisation chinoise n’étaient dans aucun sens du terme Chinois mais des migrants venus d’Égypte. Sa certitude remonte aux années 90 alors qu’il effectuait la datation radiométrique de bronzes chinois anciens. À sa grande surprise, leur composition chimique ressemblait d’avantage à des bronzes égyptiens que ceux issus de minerais chinois indigènes.

Il affirme que, contrairement aux idées largement répandues, la technologie de l’âge de bronze en Chine ne viendrait pas du nord-ouest du pays par la Route de la soie préhistorique, mais de la mer. Elle aurait été apportée par les Hyksos, des Asiatiques occidentaux qui ont régné dans une partie du nord de l’Égypte en tant qu’étrangers, entre les 17e et 16siècles av.- J.-C., jusqu’à leur supposée expulsion du pays. Le chercheur note également que les Hyksos possédaient à une date antérieure presque les mêmes technologies et façon de vivre (métallurgie du bronze, chars, alphabétisation, plantes, animaux domestiques) que la dynastie Shang, deuxième dynastie chinoise ayant régné entre 1300 et 1046 av. J.-C. C’est en tout cas ce que révèlent des fouilles archéologiques effectuées dans l’ancienne ville de Yin, capitale de cette dernière dynastie.

« Cela peut paraitre ridicule aux yeux de certains parce que les historiens ont longtemps déclaré : ‘Nous sommes les enfants du Yan et de l’Empereur Jaune’. L’historien Sima Qian a pris ces figures légendaires comme les ancêtres des chinois Han et l’arrière-petit-fils de l’Empereur Jaune, Yu le Grand, comme le fondateur de la dynastie Xia […] Ainsi, même les figures les plus iconoclastes de la nation comme Sun Yat-Sen, Chiang Kai-Shek et Mao Zedong ont à un moment ou un autre ressenti le besoin de rendre hommage à la tombe de l’empereur Jaune. La revendication même qui prône que la civilisation chinoise serait âgée d’environ 5 000 ans, prend comme point de départ le règne supposé de cet empereur légendaire », écrit-il.

Ce n’est pas la première théorie à placer l’origine de la civilisation chinoise sur le continent africain.

Le philologue français Albert Étienne Jean Baptiste Terrien de Lacouperie qui a publié en 1892 « Western Origin of the Early Chinese Civilization from 2300 B.C. to 200 A.D. » (soit « L’origine occidentale des débuts la civilisation chinoise de 2300 av. J.-C. à 200 apr. J.-C. » en français), a déduit que la civilisation chinoise serait née à Babylone, d’après sa comparaison des hexagrammes du « Livre des Mutations » et de l’écriture cunéiforme de Mésopotamie. Il ira même plus loin en associant L’Empereur Jaune à un roi Nakhunte.

Écriture cunéiforme de Mésopotamie.

Liu Shipei, le professeur d’histoire de l’Université de Pékin, qui est le véritable auteur derrière la pseudo-chronologie de l’Empereur Jaune, a été parmi les premiers à promouvoir l’origine babylonienne des Chinois, dans des livres tels que « Histoire de la nation chinoise », publié en 1903.

Sun Yat-Sen, fondateur de la République de Chine, a quant à lui déclaré dans ses « Trois Principes du Peuple » publié en 1924 : « la croissance de la civilisation chinoise peut […] être expliquée par le fait que les colons qui ont migré d’un autre endroit dans cette vallée, possédaient déjà une civilisation très élevée. »

Cependant, entre les années 1920 et 1930, la théorie a été abandonnée après les agressions japonaises. La Chine a alors commencé à se fermer et à rejeter toute influence occidentale et a adopté sa théorie semi-mythologique sur l’origine de sa civilisation. Après 1949, Mao Zedong met en place un anti-impérialisme qui se transformera en anti-occidentalisme et affectera inévitablement l’archéologie et les recherches historiques.

 

http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2017/07/la-civilisation-chinoise-nee-de-l-ancienne-egypte-chine.in.html

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La CIA, 70 ans de crime organisé

La CIA, 70 ans de crime organisé


Une interview de Douglas Valentine par Lars Schall – Le 22 septembre 2017 – Source Counterpunch

Un avion de la CIA s’écrase au Yucatan avec 3,7 tonnes de cocaïne à bord

Lars Schall : – Il y a 70 ans, le 18 septembre 1947, la Loi sur la sécurité nationale a créé la CIA. Douglas, vous dites que la CIA est « la branche du crime organisé du gouvernement étasunien ». Pourquoi donc ?

Douglas Valentine : – Tout ce que fait la CIA est illégal, c’est pourquoi le gouvernement lui fournit la protection du secret total. Alors que les gardiens du mythe que sont les médias présentent les États-Unis comme un bastion de paix et de démocratie, les agents de la CIA gèrent des organisations criminelles dans le monde entier. Par exemple, la CIA a engagé l’un des principaux trafiquants étasuniens, dans les années 1950 et 1960, dont le nom est Santo Trafficante, pour assassiner Fidel Castro. En échange, la CIA a permis à Trafficante d’importer des tonnes de stupéfiants aux États-Unis. La CIA créé des entreprises d’armement, de fret et de financement pour aider les organisations criminelles qui trafiquent la drogue à faire le sale boulot. L’argent de la mafia se mélange à l’argent de la CIA dans des banques offshore, au point que les deux deviennent indiscernables.

Mais le trafic de drogue n’est qu’un exemple.

– Qu’est-ce qui est le plus important à comprendre au sujet de la CIA ?

– L’histoire de cette organisation qui, si elle est suffisamment étudiée, révèle comment la CIA réussit à garder le secret. C’est la contradiction essentielle, au cœur des problèmes des États-Unis : si nous étions une démocratie et si nous jouissions vraiment de la liberté d’expression, nous pourrions étudier et parler ouvertement de la CIA. Nous serions alors mis face au racisme et au sadisme institutionnalisé de cette institution. Mais nous ne le pouvons pas, et donc notre histoire reste inconnue, ce qui signifie que nous ne savons pas qui nous sommes, en tant qu’individus ou en tant que nation. Nous nous imaginons être des choses que nous ne sommes pas. Nos dirigeants connaissent des morceaux de la vérité, mais ils cessent d’être des dirigeants une fois qu’ils commencent à parler des choses vraiment diaboliques que fait la CIA.

– Un terme intéressant lié à la CIA est le « déni plausible ». Pourriez-vous nous l’expliquer ?

– La CIA n’entreprend  rien qu’elle ne puisse dénier. C’est Tom Donohue, un officier supérieur retraité de la CIA qui m’en a parlé la première fois.

Permettez-moi d’abord de vous présenter un peu ma source. En 1984, l’ancien directeur de la CIA, William Colby, a accepté de m’aider à écrire mon livre, « The Phoenix Program ». Colby m’a présenté à Donohue en 1985. Donohue avait géré la branche « action secrète » de la CIA au Vietnam, de 1964 à 1966. De nombreux programmes qu’il a développé ont été incorporés à Phoenix. Parce que Colby m’avait présenté, Donohue fut très accueillant et m’a beaucoup expliqué la façon dont fonctionne la CIA.

Donohue était un officier typique de la CIA de première génération. Il avait étudié la religion comparée à Columbia et comprenait la transformation symbolique. Il était un produit et un praticien de la politique du comté de Cook, qui avait rejoint la CIA après la Deuxième Guerre mondiale lorsqu’il a compris que la Guerre froide était « une industrie en pleine croissance ». En fin de carrière, il était chef de station de la CIA aux Philippines et, au moment où je lui ai parlé, il était en affaire avec un ancien ministre philippin de la Défense. Il mettait ses contacts à profit, ce qui était normal à l’époque. C’est ainsi que la corruption fonctionne pour les anciens hauts fonctionnaires.

Donohue m’a donc expliqué que la CIA n’entreprend aucune action à moins qu’elle ne satisfasse à deux critères. Le premier critère est le « bénéfice potentiel pour le renseignement ». Le programme doit bénéficier à la CIA ; avant d’expliquer comment renverser un gouvernement, comment faire chanter un fonctionnaire, où un rapport est caché ou comment exfiltrer un agent à travers une frontière, l’action doit avoir un « bénéfice potentiel pour le renseignement » c’est à dire une certaine utilité pour la CIA. Le deuxième critère est que cette action puisse être niée. S’ils ne peuvent trouver un moyen de structurer le programme de l’opération sans déni possible, ils ne l’entreprendront pas. Le déni plausible peut être aussi simple que de fournir à un agent une couverture militaire. La CIA peut alors dire : « C’est l’armée qui l’a fait ».

Le déni plausible est surtout une question de langage. Au cours des audiences du Sénat sur les complots d’assassinat de la CIA contre Fidel Castro et d’autres dirigeants étrangers, l’ancien directeur adjoint des opérations de la CIA, Richard Bissell, a défini le « déni plausible » comme « l’utilisation de la circonlocution et de l’euphémisme dans des discussions où, si l’on utilisait des définitions précises, cela dévoilerait les actions secrètes et provoquerait leur arrêt ».

Tout ce que la CIA fait est niable. Cela fait partie de son mandat auprès du Congrès. Le Congrès ne veut pas être tenu responsable des choses criminelles que fait la CIA. Le seul moment où ce que fait la CIA devient de notoriété publique – autrement que par de rares accidents ou par un lanceur d’alerte – est lorsque le Congrès ou le Président pense qu’il est utile, pour des raisons de guerre psychologique, de laisser les Étasuniens savoir que la CIA le fait. La torture est un bon exemple. Après le 11 septembre, et jusqu’à l’invasion de l’Irak, le peuple américain a voulu se venger. Il voulait que le sang musulman coule, alors l’administration Bush a laissé fuiter qu’elle torturait les méchants. Elle l’a joué en douceur et a appelé cela un « interrogatoire amélioré », mais tout le monde a compris le symbole. Circonvolution et euphémisme. Déni plausible.

– Les employés de la CIA savent-ils qu’ils font partie de « la branche du crime organisé du gouvernement étasunien » ? Dans le passé, vous avez suggéré, en liaison avec le programme Phoenix par exemple : « Parce que la CIA est compartimentée, j’ai fini par en savoir plus sur le programme que n’importe quel employé de la CIA. »

– Oui, ils le savent. Je parle longuement de cela dans mon livre. La plupart des gens n’ont aucune idée de ce que font vraiment les policiers. Ils pensent que les policiers ne sont là que pour vous donner une amende pour excès de vitesse. Ils ne voient pas que les flics sont aussi associés aux criminels professionnels et gagnent de l’argent dans le processus. Ils croient que lorsqu’un homme met un uniforme, il devient vertueux. Mais les gens qui entrent dans les forces de l’ordre le font pour le pouvoir qu’ils peuvent exercer sur d’autres personnes et, dans ce sens, ils sont plus proches des escrocs avec lesquels ils s’associent que de ceux qu’ils sont censés protéger et servir. Ils cherchent à intimider et sont corrompus. C’est cela les forces de l’ordre.

La CIA est peuplée du même genre de personnes, mais sans aucune contrainte. L’officier de la CIA qui a créé le programme Phoenix, Nelson Brickham, m’a dit ceci à propos de ses collègues : « je décris le renseignement comme une manière socialement acceptable d’exprimer des tendances criminelles. Un homme qui a de fortes tendances criminelles, mais qui est trop lâche pour en être un, pourrait se retrouver dans un endroit comme la CIA s’il a un niveau suffisant de formation. » Brickham a décrit les officiers de la CIA comme des aspirants mercenaires « qui ont trouvé une façon socialement acceptable de faire ces choses et, je pourrais ajouter, d’être très bien payés pour cela ».

Il est bien connu que lorsque la CIA choisit des agents ou des personnes pour mener des milices ou des unités de police secrètes dans des pays étrangers, elle soumet ces candidats à un dépistage psychologique rigoureux. John Marks dans « The Search for the Manchurian Candidate » a raconté comment la CIA a envoyé son meilleur psychologue, John Winne, à Séoul pour « sélectionner le cadre initial » de la CIA coréenne : « J’ai mis en place un bureau avec deux traducteurs, a déclaré Winne à Marks, et j’ai utilisé une version coréenne du Wechsler. » Les psys de la CIA ont soumis à un test d’évaluation de la personnalité deux douzaines d’officiers militaires et de la police, « puis ont écrit un rapport d’une demi-page sur chacun d’eux, énumérant leurs forces et leurs faiblesses. Winne voulait connaître la capacité de chaque candidat à suivre les ordres, sa créativité, ses troubles de la personnalité, sa motivation, pourquoi il voulait quitter son travail actuel. C’était principalement pour l’argent, surtout avec les civils ».

C’est de cette façon que la CIA recrute des forces pour une police secrète dans tous les pays où elle opère, y compris en Irak et en Afghanistan. Pour l’Amérique latine, Marks a écrit : « La CIA (…) a trouvé que le processus d’évaluation était très utile pour montrer comment former la section antiterroriste. Selon les résultats, les hommes ont fait preuve d’un esprit très dépendant ayant besoin d’une direction autoritaire. »

Cette « direction » provient de la CIA. Marks a cité un évaluateur qui disait : « Chaque fois que la Compagnie a dépensé de l’argent pour former un étranger, l’objet était qu’il fonctionnerait finalement pour nous. » Les agents de la CIA « ne se contentaient pas de travailler en étroite collaboration avec ces organismes de renseignement étrangers ; ils ont insisté pour y être incorporés, et le Système d’évaluation de la personnalité a fourni une aide utile ».

Ce qui est moins connu, c’est que le personnel de direction de la CIA est beaucoup plus préoccupé de choisir les bons candidats pour servir de fonctionnaires de la CIA que de sélectionner des agents pour l’étranger. La CIA consacre une grande partie de son budget à la façon de sélectionner, de contrôler et de gérer sa propre force de travail. Elle commence par instiller l’obéissance aveugle. La plupart des agents de la CIA se considèrent comme des soldats. La CIA ressemble à l’organisation militaire avec une chaîne de commandement sacrée qui ne peut être violée. Un supérieur vous dit quoi faire, vous le saluez et vous exécutez. Sinon vous êtes viré.

D’autres systèmes de contrôle, tels que les « programmes d’endoctrinement et de motivation », font que les agents de la CIA se considèrent comme spéciaux. De tels systèmes ont été perfectionnés et mis en place au cours des sept dernières décennies pour façonner les croyances et les réponses des agents de la CIA. En échange de la suppression de leurs droits légaux, ils bénéficient de systèmes de récompense ; en particulier, les agents de la CIA sont à l’abri de toutes poursuites pour leurs crimes. Ils se considèrent eux-mêmes comme des Rares Protégés et, s’ils embrassent de toute évidence une culture de domination et d’exploitation, ils peuvent chercher à occuper des emplois bien rémunérés dans le secteur privé lorsqu’ils prennent leur retraite.

Le personnel de direction de la CIA compartimente les différentes divisions et succursales afin que les agents individuels de la CIA puissent rester ignorants. Très endoctrinés, ils obéissent aveuglément au principe du « pas besoin de savoir ». Ce système institutionnalisé d’ignorance auto-imposée soutient, dans leurs esprits déformés, l’illusion de la droiture américaine, dont dépend leur motivation pour commettre toutes sortes de crime au nom de la sécurité nationale. Cela et le fait que la plupart sont des sociopathes.

C’est aussi un système autorégulateur. Comme l’a expliqué l’agent du FBN, Martin Pera, « Si vos atouts sont que vous pouvez mentir, tricher et voler, ces caractéristiques deviennent des outils que vous utiliserez dans la bureaucratie ».

– Pouvez-vous nous dire ce que signifie le terme que vous utilisez souvent de « fraternité universelle des officiers » ?

– La classe dirigeante, dans n’importe quel État, considère les gens qu’elle régente comme des êtres inférieurs juste bons à manipuler, à forcer et à exploiter. Les dirigeants instituent toutes sortes de systèmes – qui fonctionnent comme des rackets de protection – pour assurer leurs prérogatives de classe. L’armée est le pouvoir réel dans n’importe quel État, et l’armée, dans chaque État, a une chaîne de commandement dans laquelle l’obéissance aveugle aux supérieurs est sacrée et inviolable. Les officiers ne fraternisent pas avec les hommes embauchés parce qu’ils vont, à un moment donné, les envoyer à la mort. Il y a un corps d’officiers dans toutes les forces militaires, ainsi que dans toutes les bureaucraties et toutes les classes dirigeantes de chaque État, qui a plus en commun avec les officiers militaires, les bureaucrates supérieurs et les dirigeants d’autres États qu’avec la populace exploitable et corvéable de son propre État.

Les policiers sont des membres de la fraternité universelle des officiers. Ils existent au-dessus de la loi. Les agents de la CIA se situent près du pinacle de la Fraternité. Comblés de fausses identités et de gardes du corps, ils volent dans des avions privés, vivent dans des villas et tuent avec des armes à la fine pointe de la technologie. Ils disent aux généraux de l’armée ce qu’il faut faire. Ils dirigent les comités du Congrès. Ils assassinent des chefs d’État et assassinent des enfants innocents en toute impunité et avec indifférence. Tout le monde, sauf leurs chefs, est à leur merci.

– Selon vous, le fait que la CIA soit impliquée dans le trafic de drogues mondial est son « secret le plus caché et le plus sombre ». Comment cette implication s’est elle déroulée ?

– Il existe deux facettes pour la gestion et le contrôle du trafic international de drogue par la CIA, au nom des intérêts privés qui régissent l’Amérique. Il est important de noter que la participation du gouvernement américain au trafic de drogue a commencé avant que la CIA n’existe, comme un moyen de contrôler les États, ainsi que les mouvements politiques et sociaux en leur sein, y compris aux États-Unis. Cette implication directe a débuté dans les années 1920 lorsque les États-Unis ont aidé le régime nationaliste de Chiang Kaï-shek, en Chine, à s’autofinancer par le commerce des stupéfiants.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le prédécesseur de la CIA, l’OSS, a fourni de l’opium aux guérilleros du Kachin qui se battaient contre les Japonais. L’OSS et l’armée américaine ont également tissé des liens avec le monde criminel souterrain étasunien, pendant la Seconde Guerre mondiale, et, par la suite, protégeaient secrètement les trafiquants américains qu’ils embauchaient pour faire leur sale travail dans le pays et à l’étranger.

Après que les nationalistes ont été chassés de Chine, la CIA a installé des trafiquants de drogue à Taiwan et en Birmanie. Dans les années 1960, la CIA gérait le trafic de drogue dans tout le Sud-Est asiatique puis a élargi son contrôle sur le monde entier, en particulier en Amérique du Sud, mais aussi dans toute l’Europe. La CIA a soutenu ses alliés trafiquant de drogue au Laos et au Vietnam. Le général de la Force aérienne Nguyen Cao Ky pendant qu’il était, en 1965, chef de la direction de la sécurité nationale du Vietnam du Sud, a vendu à la CIA le droit d’organiser des milices privées et de construire des centres d’interrogatoires secrets dans chaque province, en échange du contrôle sur une lucrative contrebande de stupéfiants. Grâce à son homme fort, le général Loan, Ky et sa clique ont financé à la fois leur appareil politique et leurs forces de sécurité grâce aux bénéfices de la vente d’opium. Tout cela avec l’assistance de la CIA.

Le risque d’avoir ses liens avec les trafiquants de drogue en Asie du Sud-Est exposés est ce qui marque le début de la deuxième facette de l’histoire : l’infiltration et la direction par la CIA des différents organismes gouvernementaux impliqués dans l’application des lois sur les stupéfiants. Les hauts fonctionnaires américains ont décidé que l’ancien Bureau des Stupéfiants serait dissous et recréé en 1968, au sein du département de la Justice, en tant que Bureau des Stupéfiants et des Drogues dangereuses (BSDD). La CIA a immédiatement commencé à infiltrer les plus hauts niveaux de la BSDD dans le but de protéger ses alliés trafiquants de drogue dans le monde entier, en particulier en Asie du Sud-Est. Le département du contre-renseignement de la CIA, sous James Angleton, était en liaison avec ces organismes de lutte contre la drogue depuis 1962, mais en 1971, la fonction a été transmise à la division des opérations de la CIA. En 1972, l’agent de la CIA, Seymour Bolten, a été nommé assistant spécial de la CIA pour la Coordination sur les stupéfiants. Bolten est devenu conseiller de William Colby et plus tard de George H.W. Bush. En 1973, avec la création de la DEA, la CIA contrôlait totalement toutes les opérations étrangères d’application de la loi sur les stupéfiants et pouvait également protéger les trafiquants aux États-Unis. En 1990, la CIA a créé son propre centre de lutte contre les stupéfiants, alors même qu’elle n’a pas le droit d’exercer ses prérogatives sur le sol national.

– La guerre contre les drogues est-elle aussi une guerre contre les Noirs ? Permettez-moi de vous donner un cadre pour cette question, car John Ehrlichman, un ancien haut fonctionnaire de Richard Nixon, aurait admis ceci : « La campagne de Nixon en 1968 et la Maison Blanche de Nixon avaient deux ennemis : la gauche anti-guerre et les Noirs. Vous voyez ce que je veux dire ? Nous savions que nous ne pouvions pas rendre illégal d’être contre la guerre ou d’être noir, mais en amenant le public à associer les hippies à la marijuana et les Noirs à l’héroïne, puis à criminaliser les deux, nous pouvions perturber ces communautés. Nous pouvions arrêter leurs dirigeants, confisquer leurs maisons, interrompre leurs réunions et les diaboliser jour après jour aux informations du soir. Savions-nous que nous mentions au sujet des drogues ? Bien sûr que nous le savions. » 1 Et je peux bien sûr citer les mémoires de H. R. Haldeman à cet égard. Au début de sa présidence, plus précisément le 28 avril 1969, Nixon a décrit sa stratégie de base à son chef d’état-major : « [Le président Nixon] a souligné que vous devez faire face au fait que tout le problème sont les Noirs. La clé est de concevoir un système qui reconnaisse cela tout en ne le montrant pas. » 2 Alors, la guerre contre les drogues qui a débuté sous Nixon était-elle également une guerre contre les Noirs ? Et si oui, qu’est-ce que cela nous dit des États-Unis ?

– Les États-Unis sont un ancien État esclavagiste et une société manifestement raciste, alors oui, la guerre contre les drogues, qui est gérée par les suprématistes blancs, était dirigée contre les Noirs et d’autres minorités méprisées comme moyen pour les garder à l’écart. L’ancien Bureau des Stupéfiants était manifestement raciste : avant 1968, les agents des stups noirs n’étaient pas autorisés à devenir des superviseurs de groupe (13e année) et à gérer des agents blancs.

J’ai interviewé l’ancien agent des stups, William Davis, pour mon livre sur le Bureau des Narcotiques, « The Strength of the Wolf ». Davis y explique la situation des agents noirs. Après avoir obtenu son diplôme de l’Université Rutgers en 1950, Davis, en visitant la ville de New York, a entendu la chanteuse Kate Smith rendant hommage à l’agent Bill Jackson du Bureau des Narcotiques, dans une émission de radio. « Elle l’a décrit comme un avocat noir qui faisait du bon travail en tant qu’agent narcotique fédéral, se rappelle Davis, et cela fut mon inspiration. J’ai postulé au Bureau des stupéfiants et j’ai été embauché tout de suite, mais j’ai vite constaté qu’il y avait une règle non écrite selon laquelle les agents noirs ne pouvaient pas occuper des positions de respect : ils ne pouvaient pas devenir des chefs de groupe ou gérer ou donner des directives aux Blancs. Les quelques agents noirs que nous avions à cette époque, déclare-t-il avec amertume, peut-être au nombre de huit dans tout le pays pays, n’étaient pas respectés. »

Davis raconte comment Wade McCree, quand il travaillait comme agent des stups dans les années 1930, a créé un brevet médical. Mais McCree a commis l’erreur d’écrire à Eleanor Roosevelt pour se plaindre que les procureurs du Sud appelaient les agents noirs « les nègres ». En conséquence, le département juridique du Bureau des stups a accusé McCree d’avoir utilisé les installations du Bureau pour créer son brevet. McCree a été renvoyé, ce qui a provoqué l’effet prévu : son licenciement a envoyé un message clair que les plaintes provenant d’agents noirs ne seraient pas tolérées.

Dans une interview pour « The Strength of the Wolf », Clarence Giarusso, un ancien agent des stups de la Nouvelle-Orléans et son chef de police dans les années 1970, m’ont expliqué la situation raciale du point de vue des forces de l’ordre locales. « Nous dégotions des cas dans les quartiers noirs parce que c’était facile, m’ont-t-ils déclaré. Nous n’avions pas besoin de mandat de perquisition, cela nous permettait de respecter nos quotas, et cela marchait bien. Si nous trouvions de la drogue sur un homme noir, nous pouvions le mettre en prison pendant quelques jours et personne ne s’en souciait. Il n’a pas d’argent pour un avocat, et les tribunaux sont prêts à le condamner ; il y a tellement peu à craindre du jury que nous n’avions pas à ficeler le dossier. Alors, plutôt que de d’aller en prison, il préfère devenir un informateur, ce qui signifie que nous pouvons dégoter plus de cas dans son quartier, et c’est tout ce qui nous intéressait. Nous ne nous souciions pas de Carlos Marcello ou de la Mafia. Les policiers de la ville ne s’intéressaient pas à ceux qui introduisent la drogue. C’était le travail des agents fédéraux. »

Quiconque pense que c’est différent aujourd’hui vit dans un monde imaginaire. Où je vis, à Longmeadow. MA, les flics sont en première ligne de défense, contre les Noirs et les Portoricains qui vivent dans la ville voisine de Springfield. Il y a environ 15 ans, il y a eu un meurtre mafieux dans le quartier de Little Italy, à Springfield. À l’époque, les Noirs et les Portoricains pénétraient dans ce quartier, déclenchant beaucoup de tension raciale. La station de télévision locale m’a interviewé à ce sujet, et j’ai dit qu’Al Bruno, le chef de la mafia assassiné, était probablement un informateur du FBI. Le lendemain, les gens que je connaissais ne voulaient plus me parler. Les commentaires fusaient. Quelqu’un m’a dit que le fils de Bruno faisait parti du même club de sport que moi. Dans une ville comme Springfield et ses quartiers de banlieue, tout le monde a des relations ou est ami avec quelqu’un de la Mafia.

Quelques années avant le meurtre de Bruno, j’avais lié amitié avec le gardien du club de sport que je fréquentais. Par hasard, le gardien était le fils d’un détective des stups de Springfield. Le gardien et moi jouions au billard et buvions des bières dans les bars locaux. Un jour, il m’a raconté un secret que son père lui avait dit. Son père lui a dit que les flics de Springfield laissaient les chefs de la Mafia revendre des drogues à Springfield et, en échange, leurs revendeurs leur donnaient les noms de leurs clients noirs et porto-ricains. De cette façon, comme Giarusso l’a dit plus haut, les flics continuaient à accumuler les cas et ainsi il était plus difficile pour les communautés minoritaires d’acheter des maisons et d’empiéter sur les quartiers blancs. Cela se produit encore partout aux États-Unis.

– N’est-ce pas paradoxal, selon vous, que tout ce trafic de drogue n’existerait pas aujourd’hui si les drogues n’étaient pas considérées illégales ?

– L’interdiction des stupéfiants a fait passer le problème de l’addiction d’une question de « santé publique » à une question d’application de la loi et est donc devenue un prétexte pour l’expansion des forces de police et la réorganisation des systèmes de justice pénale et de protection sociale pour empêcher les minorités méprisées d’avancer au niveau politique et social. L’industrie des soins de santé a été placée entre les mains d’hommes d’affaires cherchant des profits au détriment des minorités méprisées, des classes pauvres et ouvrières. Les entreprises privées ont créé des institutions civiques pour sanctifier cette politique répressive. Les éducateurs publics ont développé des programmes d’études qui ont favorisé l’endoctrinement politique en favorisant la ligne raciste du Business Party. Des bureaucraties ont été créées pour favoriser l’expansion des intérêts commerciaux à l’étranger, tout en supprimant la résistance politique et sociale aux industries médicales, pharmaceutiques, et d’application de la loi qui en bénéficiaient.

Il faudrait une bibliothèque pleine de livres pour expliquer les fondements économiques de la guerre contre la drogue et les raisons du laissez-faire étasunien en faveur des industries qui en profitent. En bref, ils en profitent, tout comme les Mafias en profitent. Il suffit de dire que les investisseurs de Wall Street dans les industries du médicament ont utilisé le gouvernement pour libérer et transformer leur puissance économique en une force militaire et politique mondiale. N’oubliez jamais cela, Les États-Unis ne sont pas une nation productrice d’opium ou de cocaïne, et ces stupéfiants sont une ressource stratégique, dont dépendent toutes les industries ci-dessus, y compris les militaires. Le contrôle de l’approvisionnement mondial en médicaments, légaux et illégaux, est une question de sécurité nationale. Lisez mes livres pour avoir des exemples de la façon dont cela s’est déroulé au cours des 70 dernières années.

– La CIA fait-elle partie du problème actuel de l’opium en Afghanistan ?

– En Afghanistan, les agents de la CIA gèrent le trafic de drogue à partir de leurs hamacs suspendus à l’ombre. La production d’opium a grimpé depuis qu’ils ont créé le gouvernement Karzai en 2001-2002, établi des réseaux de renseignement dans la résistance afghane grâce à des « civils coopératifs » employés par le seigneur de guerre et trafiquant d’opium, Gul Agha Sherzai. Le public américain ignore largement que les talibans ont déposé les armes après l’invasion américaine et que les Afghans n’ont repris les armes qu’après que la CIA a installé Sherzai à Kaboul. En connivence avec les frères Karzai, Sherzai a fourni à la CIA un réseau d’informateurs qui ciblaient ses rivaux commerciaux, et non les talibans. Comme Anand Gopal l’a révélé dans son « No Good Men Among the Living », à la suite des conseils amicaux de Sherzai, la CIA a méthodiquement torturé et tué les leaders les plus vénérés de l’Afghanistan dans une série de raids de style Phoenix qui ont radicalisé le peuple afghan. La CIA a commencé la guerre comme un prétexte pour une occupation prolongée et la colonisation de l’Afghanistan.

En retour de ses services, Sherzai a obtenu le contrat pour construire la première base militaire américaine en Afghanistan, ainsi qu’une autorisation a gérer le trafic de drogue. La CIA s’est arrangée pour que ses barons afghans de la drogue n’apparaissent pas sur les listes de la Drug Enforcement Agency. Tout cela est documenté dans le livre de Gopal. Les officiers chargés de la CIA surveillent avec plaisir les taux de dépendance élevés chez les jeunes afghans dont les parents ont été tués et dont les esprits ont été perturbés par 15 ans d’agression américaine. De plus, ils ne se soucient pas que les drogues atteignent les villes étasuniennes, pour toutes les raisons économiques, sociales et politiques citées ci-dessus.

Le commerce de la drogue a également un « potentiel pour le renseignement ». Les officiers de la CIA ont passé un accord avec les seigneurs de guerre afghans qu’elle protège et qui convertissent l’opium en héroïne et la vendent au peuple russe. Ce n’est pas différent des flics travaillant avec des marchands de drogue mafieux aux États-Unis. C’est un accord passé avec un ennemi qui assure la sécurité politique de la classe dirigeante. L’accord est basé sur le principe que la criminalité ne peut pas être éradiquée, elle ne peut donc être que gérée.

La CIA est autorisée à négocier avec l’ennemi, mais seulement si les chaînes sont sécurisées et niables. Cela s’est produit lors du scandale Iran Contra, lorsque le président Reagan se mettait le peuple étasunien dans la poche en lui promettant de ne jamais négocier avec des terroristes, alors que son hypocrite administration envoyait secrètement des officiers de la CIA à Téhéran pour vendre des missiles aux Iraniens et utiliser l’argent empoché pour acheter des armes pour les Contras trafiquant de drogue. En Afghanistan, l’accord avec le monde souterrain des trafiquants de drogue fournit à la CIA une chaîne sécurisée d’accès aux dirigeants talibans, avec lesquels ils négocient sur des questions simples comme les échanges de prisonniers. Le monde de l’espionnage criminel en Afghanistan fournit l’espace de dialogue pour toute éventuelle réconciliation. Il y a toujours des négociations préliminaires pour un cessez-le-feu et dans tous les conflits américains modernes, c’est le métier de la CIA. Trump, cependant, va prolonger l’occupation indéfiniment.

Le fait que 600 agents subalternes de la DEA se trouvent en Afghanistan rend tout cela plausiblement niable.

– Est-ce que les États-Unis utilisent les tactiques du programme Phoenix pour les réutiliser en Afghanistan ? Je pense en particulier au début de l’opération « Enduring Freedom » lorsque les dirigeants talibans ont déposé leurs armes.

– L’Afghanistan est un cas d’école à deux niveaux du programme Phoenix, développé au Vietnam du Sud. C’est une guérilla qui cible des cadres de « valeur élevée », tant pour le recrutement que pour l’assassinat. C’est le tiers supérieur. C’est aussi une guerre psychologique contre la population civile, ce qui permet à tout le monde de savoir qu’ils risquent d’être enlevés, emprisonnés, torturés, extorqués ou tués si l’on prétend qu’ils soutiennent la résistance. C’est le deuxième niveau – terroriser les civils pour qu’ils soutiennent le gouvernement de marionnettes installé par les États-Unis.

L’armée américaine a cherché à éviter d’être impliquée dans cette forme de guerre répugnante (dont le modèle sont les forces spéciales de style SS Einsatzgruppen et la police secrète de type Gestapo) au début de la guerre du Vietnam, puis a fini par fournir des soldats pour renforcer Phoenix. C’est alors que la CIA a commencé à s’infiltrer dans le corps d’officiers subalterne de l’armée. Les officiers de la CIA, Donald Gregg (présenté par le révisionniste Ken Burns dans sa série sur la guerre du Vietnam) et Rudy Enders (je les ai interviewé tous les deux pour mon livre « The Phoenix Program »), ont exporté Phoenix vers le Salvador et en Amérique centrale en 1980, au moment même où la CIA et l’armée se sont joints pour créer Delta Force et le Commandement conjoint des opérations spéciales pour lutter contre le « terrorisme » à l’échelle mondiale en utilisant le modèle Phoenix. Il n’y a plus de guerre conventionnelle, de sorte que l’armée, pour des raisons économiques et politiques, est devenue, sous la direction du corps d’officiers recrutés par la CIA il y a des années, la force de police de facto pour l’Empire américain, opérant à partir de ses 700 bases dans le monde.

– Sous quelle forme et de quelle manière le programme Phoenix opère-t-il aujourd’hui sur le sol étasunien ?

– Karl Marx a expliqué, il y a plus de 150 ans, comment et pourquoi les capitalistes traitent les travailleurs de la même manière, que ce soit dans le pays ou à l’étranger. Au fur et à mesure que le capitalisme évolue et centralise son pouvoir, au fur et à mesure que le climat dégénère, au fur et à mesure que l’écart entre les riches et les pauvres s’élargit et que les ressources deviennent plus rares, les forces de police américaines adoptent des stratégies et des tactiques anti-terroristes de type Phoenix pour les utiliser contre la population civile. Le gouvernement a promulgué des lois sur la « détention administrative », qui constituent la base juridique des opérations de style Phoenix, de sorte que les civils peuvent être arrêtés sous prétexte d’être une menace pour la sécurité nationale. Phoenix était une méthode bureaucratique de coordination des organismes impliqués dans la collecte de renseignements auprès de ceux qui mènent des opérations anti-terroristes et le Department of Homeland Security a mis en place des « centres de fusion » basés sur ce modèle dans tout le pays. Les réseaux d’informateurs et les opérations psychologiques contre le peuple américain prolifèrent depuis le 11 septembre. Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre « The CIA as Organized Crime ».

– Quelle est l’importance des médias traditionnels dans la perception publique de la CIA ?

– C’est l’aspect le plus critique. Guy Debord a déclaré que le secret domine le monde, avant tout le secret de la domination. Les médias vous empêchent de savoir comment vous êtes dominé, en gardant bien les secrets de la CIA. Les médias et la CIA sont du même bord.

Ce que FOX et MSNBC ont en commun, c’est que, dans une société capitaliste en roue libre, les nouvelles sont une marchandise. Les médias ciblent une large audience pour lui vendre un produit. Mais ce ne sont que des infos bidons, dans la mesure où chaque média présente sa version des informations pour satisfaire ses clients. Mais quand il s’agit de la CIA, ce n’est pas seulement faux, c’est un poison. Cela subvertit les institutions démocratiques.

Toute organisation ou opération intérieure de type Phoenix doit dépendre d’un double langage et d’un déni plausible, ainsi que du secret officiel et de l’autocensure des médias. Le besoin capital qu’a la CIA de contrôler totalement l’information nécessite une complicité médiatique. Ce fut l’une des grandes leçons de l’échec du Vietnam tirées par nos dirigeants. Les gestionnaires totalement endoctrinés et bien récompensés qui s’occupent du gouvernement et des médias ne permettront plus jamais au public de voir le carnage infligé à des civils étrangers. Les Américains ne verront plus jamais les enfants mutilés irakiens, afghans, libyens et syriens tués par des forces mercenaires américaines et les bombes à sous-munitions.

Par contre, des représentations falsifiées d’enlèvements, de tortures et d’assassinats par la CIA sont glorifiées à la télévision et au cinéma. Raconter l’histoire appropriée est la clé. Grâce à la complicité médiatique, Phoenix est déjà devenu le modèle pour fournir une sécurité politique interne aux dirigeants américains.

– La CIA est-elle un ennemi du peuple américain ?

– Oui. C’est un des instruments de la riche élite politique, elle fait le sale boulot.

Lars Schall

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Notes

  1. Dan Baum, “Legalize It All – How to win the war on drugs”, Harper’s Magazine, avril 2016.
  2. “Haldeman Diary Shows Nixon Was Wary of Blacks and Jews”, The New York Times, 18 mai 1994.

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-cia-70-ans-de-crime-organise

 

La stratégie militaire de la nouvelle Turquie

Irrédentisme

La stratégie militaire de la nouvelle Turquie

L’armée turque a imaginé une stratégie militaire en forme de poupée russe. Les opérations qui viennent de débuter ont officiellement pour fonction de lutter contre les jihadistes. En réalité, elles sont dirigées contre la création de nouveaux États, le Rojava et le Kurdistan. Elles masquent la possible réalisation du serment national de 1920 avec la conquête du Nord-Est de la Grèce, de toute l’île de Chypre, du Nord de la Syrie et du Nord de l’Iraq ; l’irrédentisme publiquement revendiqué du président Recep Tayyip Erdoğan.

| Damas (Syrie)

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Rompant avec la doctrine Davutoğlu (« zéro problème avec ses voisins »), qu’il avait déjà abandonné dans les faits le conduisant à révoquer son Premier ministre, le président Recep Tayyip Erdoğan a défini les nouveaux objectifs de son pays lors d’un discours à l’université qui porte son nom, le 15 octobre 2016.

L’opération du 8 octobre 2017

Suite à un accord conclu entre la Russie et la Turquie lors des dernières négociations d’Astana, l’armée turque est entrée dans le gouvernorat d’Idleb, en violation de la souveraineté syrienne, afin d’y combattre les jihadistes.

L’armée turque établit une distinction entre :
- les Syriens turkmènes, qu’elle a regroupés sous le drapeau de l’ancienne Armée syrienne libre (ASL) et qu’elle entend utiliser comme appui dans la région.
- les jihadistes qui acceptent de poursuivre leur combat en Asie du Sud-Est et qui devraient y être transférés par les services secrets turcs (MIT).
- tous les autres, qui devraient être éliminés.

L’armée turque occupe déjà par ailleurs Al-Bab, également en violation de la souveraineté syrienne.

La présence turque à Idleb coupe l’accès du Rojava à la mer Méditerranée. Sa présence à Al-Bab lui offre la possibilité de couper rapidement le Rojava en deux et d’écraser ce pseudo-État.

L’opération conjointe du 12 octobre 2017

La Turquie, l’Iran et l’Iraq sont convenus d’étouffer les velléités d’indépendance du pseudo-Kurdistan. La famille Barzani et Israël ont progressivement grignoté des territoires à la faveur des conflits locaux et de la guerre. En quinze ans, le territoire administré par les Barzani et Israël sous le nom de « Kurdistan iraquien » a multiplié sa superficie par cinq au détriment des populations autochtones, arabes et chrétiennes. Le 25 septembre 2017, la famille Barzani et Israël ont organisé un référendum d’indépendance. À la suite d’un scrutin largement truqué, notamment dans les zones chrétiennes, le oui l’a emporté à 92 %. Lors d’une fête populaire, la famille Barzani, brandissant des drapeaux kurdes et israéliens, a annoncé que le processus d’indépendance était irréversible. La revue Kurds-Israel a révélé qu’un accord avait été conclu entre Tel-Aviv et Erbil prévoyant le transfert de 200 000 citoyens israéliens au « Kurdistan », dès l’indépendance proclamée. L’armée israélienne entend y installer rapidement des missiles pour menacer à la fois la Syrie et l’Iran.

Le pipe-line reliant le pseudo-Kurdistan au port de Ceyhan (Turquie) sera fermé par l’opérateur public turc qui en est propriétaire, BOTAŞ , coupant ainsi les revenus pétroliers des Barzani. Actuellement le pétrole kurde est principalement exploité par le Français Total. Il est vendu dans l’Union européenne, en Ukraine et en Israël dont il représente la quasi-totalité de la consommation intérieure.

L’espace aérien turc et iranien sera fermé avec le pseudo-Kurdistan. Compte tenu de la guerre, l’espace aérien syrien n’est pas praticable pour des vols civils. Les vols depuis et vers Erbil devront obligatoirement passer par Bagdad.

Les postes-frontières entre la Turquie et l’Iran d’un côté, le pseudo-Kurdistan de l’autre seront tous fermés, coupant ainsi les revenus douaniers du possible nouvel-État. De manière à maintenir les échanges commerciaux turco-iraquiens, une nouvelle route sera ouverte le long de la frontière syro-iraquienne permettant de relier Ankara à Bagdad. L’armée iraquienne déploiera 13 000 hommes pour en garantir la sécurité, tandis que les travaux de construction d’un nouveau pipe-line sur cette route débuteront immédiatement.

Cette route coupera les communications entre le pseudo-Kurdistan et le Rojava.

L’armée turque occupe déjà Bachiqa (psudo-Kurdistan) depuis 2015, en violation de la souveraineté iraquienne.

Un ultimatum sera adressé à la famille Barzani lui enjoignant de renoncer à l’indépendance, le 1er novembre au plus tard. En cas de refus, l’armée turque se prépare à entrer en guerre contre le pseudo-Kurdistan. Elle prendrait Erbil en tenaille, d’une part depuis la frontière turque, d’autre part depuis la nouvelle route sécurisée par l’armée iraquienne.

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En 1920, le fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk, rédige le serment national par lequel il s’oppose aux vainqueurs de la Première Guerre mondiale et revendique l’annexion de nouveaux territoires à population majoritairement ou minoritairement musulmane.

Les objectifs de la Nouvelle Turquie

Trois mois après la tentative d’assassinat et le coup d’État avorté de juillet 2016, le président Recep Tayyip Erdoğan prononçait le discours inaugural de l’université qui porte son nom (RTEÜ). Il dressait alors un aperçu des ambitions de la République turque depuis sa création et de celles de son nouveau régime. Faisant explicitement référence au « Serment national » (Misak-ı Millî), adopté par le Parlement ottoman le 12 février 1920, il justifiait son irrédentisme. Ce serment, qui fonde le passage de l’Empire ottoman à la République turque, revendique les territoire du Nord-Est de la Grèce (la Thrace Occidentale et le Dodécanèse), de tout Chypre, du Nord de la Syrie (y compris Idleb, Alep et Hassakeh), et du Nord de l’Iraq (y compris Mossoul).

Seul le Hatay (Syrie) fut accordé par la France à la Turquie, en 1939. Paris souhaitait ainsi qu’Ankara le débarrasse des chrétiens orthodoxes dont le patriarcat siège à Antioche.

Après avoir énuméré un à un tous ces territoires, le président Recep Tayyip Erdoğan les revendiqua à son tour [1].

Le président Recep Tayyip Erdoğan est le seul chef d’État d’un pays développé a remettre en cause l’ordre international et revendiquer publiquement, au besoin par la force, de nouveaux territoires.

[1] “’We Are Present in the History of Mosul”, Presidency of the Republic of Turkey, October 15, 2016.

 

 

http://www.voltairenet.org/article198310.html

Vers un scénario d’alliance entre Riyad-Moscou au Moyen-Orient ?

Essai de prospective stratégique

Vers un scénario d’alliance entre Riyad-Moscou au Moyen-Orient ?

Par Cyrille BRET, Florent PARMENTIER, le 11 octobre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Cyrille Bret est ancien élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’administration. Il a travaillé à l’Université de Moscou et enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris. Florent Parmentier, docteur en Science politique, est enseignant et responsable de programmes au Master Affaires Publiques à l’Institut d’études politiques de Paris. Ils co-dirigent le site de géopolitique EurAsia Prospective https://eurasiaprospective.wordpress.com/

Au Moyen-Orient, la recomposition des équilibres de puissances et la réinterprétation des alliances est en cours. La région est remodelée par la résurgence de l’influence iranienne, par le retour de la puissance russe et par le repli des Etats-Unis. L’Arabie saoudite prend aujourd’hui acte de ces rééquilibrages pour tracer une nouvelle route.

LA PROSPECTIVE stratégique est une « indiscipline intellectuelle » selon les termes de Gaston Berger repris par Bertrand de Jouvenel. Ni prédiction basée sur la connaissance de lois de la nature ni prévision irrationnelle due au flair, elle essaie de trouver des pistes d’évolution plausibles à partir de la connaissance du présent et du passé. Elle est particulièrement difficile à mener au Moyen-Orient où l’instabilité politique, économique et militaire est manifeste. Toutefois, plusieurs éléments laissent entrevoir une recomposition des équilibres géopolitiques dans la région.

En effet, 4 au 6 octobre 2017, le roi d’Arabie Saoudite, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud vient de bousculer les équilibres fragiles du Moyen-Orient en réalisant la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Pourtant, la Fédération et le Royaume sont opposés en Syrie depuis plusieurs années, en outre, l’Arabie Saoudite est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Par-delà les symboles et les annonces, quelles sont les perspectives prévisibles de ce rapprochement ? La donne au Moyen-Orient peut-elle être radicalement changée par un retournement d’alliance ?

Pour se livrer à un exercice rigoureux de prospective, il convient d’identifier des pistes d’évolutions. A court terme, un nouveau dégel se profile (I). A moyen terme, concernant la Syrie, une ébauche de résolution des tensions est en formation (II) et l’alliance objective sur les hydrocarbures semble se renforcer (III). Sur le long terme, autrement dit pour l’avènement d’un nouveau roi Mohamed ben Salmane Al Saoud (surnommé « MBS ») et le prochain mandat du président Vladimir Poutine, un renforcement sectoriel des coopérations se prépare.

I. Court terme : des relations historiquement chaotiques

La visite royale à Moscou les 4, 5 et 6 octobre 2017 est annonciatrice d’une nouvelle période de « dégel ». C’est une tendance amorcée depuis quelques mois, en rupture avec les tensions des dernières années. Ce n’est pas la première fois que ces relations changent de pied. Tout au long du XXème siècle, le Royaume saoudien et l’Etat russe ont des relations en dent de scie [1] reflétant souvent les hauts et les bas de leurs relations respectives avec les Etats-Unis, par un principe de vases communicants.

Comme rappelé par le président russe, en 1926, l’URSS est le premier Etat à reconnaître le Royaume saoudien au moment de sa proclamation d’indépendance. Il s’agit alors du soutien d’un régime soviétique récent et isolé à un Royaume nouveau venu sur la scène internationale. Toutefois, cette entente est de courte durée : les relations se distendent dans l’entre-deux guerres et la représentation diplomatique soviétique en Arabie est fermée en 1938.

Avec la conclusion du « Pacte du Quincy » entre le souverain saoudien et les Etats-Unis, l’Arabie se range dans le camp opposé à celui de l’URSS. Conclu le 14 février 1945 à bord du croiseur américain USS Quincy par le fondateur de la dynastie et du royaume saoudien, père du monarque actuel, Abdelaziz ben Saoud, et par le président Franklin D. Roosevelt, cet accord scelle une alliance de 60 ans entre les deux Etats : d’un côté, l’Arabie Saoudite réserve aux Etats-Unis le statut de partenaire préférentiel pour l’exploitation et l’exportation des ressources pétrolières du royaume ; de l’autre côté, les Etats-Unis incluent dans leurs intérêts vitaux la stabilité politique du Royaume, de la dynastie et de toute la Péninsule arabique. De fait, avant même le déclenchement de la Guerre froide (1947), l’Arabie Saoudite est devenue un des piliers de la politique moyen-orientale des Etats-Unis. La confrontation est alors assez dure : à partir de 1969, l’Arabie lutte, à ses portes dans la Péninsule arabique, contre le régime marxiste de la République démocratique populaire du Yémen, soutenu par des fonds, des armes et des experts venus d’URSS. En réponse, elle finance largement les djihadistes en lutte contre l’URSS en Afghanistan de 1979 à 1989.

Après la réunification des deux Yémen, en 1990, et la fin de l’URSS, en 1991, la nouvelle Fédération de Russie ouvre une ambassade à Riyad. Mais, dès 1994, avec le déclenchement de la première Guerre de Tchétchénie, les tensions reprennent : la Russie soupçonne le royaume saoudien de soutenir les mouvements séparatistes tchétchènes sur son propre sol. De plus, elle considère l’Arabie comme une des sources de la radicalisation de l’islam sunnite dans le Caucase et en Asie centrale. C’est une question d’intérêt vital pour le Kremlin car, dans ses nouvelles frontières, la Fédération compte entre 10% et 15% de citoyens de confession sunnite [2].

Après la fin de la deuxième Guerre de Tchétchénie, en 2000, les deux Etats s’engagent de nouveau dans une politique de détente : ils se rapprochent sur les questions énergétiques, développent leurs liens économiques. Cette nouvelle embellie culmine avec la visite du président Poutine en Arabie saoudite, en février 2007. Le dégel coïncide avec le relâchement des relations saoudiennes avec les Etats-Unis qui s’accentuent durant les mandats du président Barak Obama.

Néanmoins, une nouvelle fois, le rapprochement russo-saoudien s’interrompt au début de la décennie 2010 par un mouvement géopolitique d’ensemble : les printemps arabes. Alors que Moscou considère ces derniers comme des facteurs de déstabilisation de ses alliés traditionnels en Syrie et en Libye, l’Arabie saoudite finance certains mouvements d’opposition aux régimes Al Assad (Syrie) et Kadhafi (Lybie). La crise syrienne puis la guerre au Yemen achèvent d’éloigner les deux Etats.

A court terme, un scénario de rapprochement régional est plausible : les deux Etats vont tenter de normaliser leurs relations pour éviter d’affronter chacun une puissance supplémentaire au Moyen-Orient où les factures sont suffisamment nombreuses entre Iran et Arabie, Russie et Occidentaux, sunnites et chiites, etc.

II. Moyen terme : encadrer l’expansion iranienne en Syrie

Sur le plan diplomatique et militaire, la visite en octobre 2017 du roi Salmane à Moscou laisser présager une recomposition des équilibres et des réseaux d’alliance au Moyen-Orient.

Rien ne peut séparer davantage les positions russes et saoudiennes sur les deux crises. Vladimir Poutine a tâché de faire oublier le conflit ukrainien où il était mis en difficulté en amenant ses forces lutter en Syrie. Au terme d’une opération rapide, commencée par un discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre 2015, il est parvenu à s’imposer comme l’homme fort de la situation.

Cette intervention comportait autant un volet interne, lié par exemple à la lutte contre le djihadisme importé en Russie, qu’un volet externe, de soutien à un Etat (plus qu’à un souverain) considéré comme un allié. En face, l’Arabie saoudite a souhaité prendre le contre-pied de cette position russe et iranienne en soutenant les groupes insurgés, considérés comme des terroristes sunnites. Il s’agissait de faire pièce au traditionnel rival perse engagé dans une expansion en Syrie, en Irak et au Yémen par le biais de ses troupes, du Hezbollah, de ses livraisons d’armes, etc.

Parallèlement, l’Arabie saoudite est intervenue dans la guerre civile au Yémen qui sévit dans le pays depuis 2014, afin que les Houtis (soutenus par les Iraniens) quittent le pouvoir ; ses frappes aériennes ont commencé dès mars 2015. La Russie s’est abstenue de ce point de vue de prendre des positions trop tranchées, même si elle a refusé d’accréditer d’ambassadeur yéménite pour soutenir la rébellion houtiste, ce qui peut la placer en position d’arbitre dans ce conflit.

En accueillant le roi Salmane, Vladimir Poutine montre que la Russie peut travailler avec tout le monde au Moyen-Orient, tandis que l’Arabie saoudite semble entériner le fait que l’alliance américaine n’est plus une garantie ultime de ses intérêts.

Dès lors, partant de ces positions pour le moins contrastées, comment interpréter la visite du roi Salmane à l’aune des rapports de force internationaux ? Il ne s’agit évidemment pas d’un ralliement saoudien aux positions russes, ni même d’un retournement d’alliance. Ce à quoi nous assistons est de nature plus modeste, mais néanmoins significatif sur le plan international. En accueillant le roi Salmane, Vladimir Poutine montre que la Russie peut travailler avec tout le monde au Moyen-Orient, tandis que l’Arabie saoudite semble entériner le fait que l’alliance américaine n’est plus une garantie ultime de ses intérêts. Cette alliance commence même à être perçue comme étouffante pour l’Arabie. Le pouvoir saoudien a été déçu du manque de soutien américain lors de la dispute avec le Qatar.

Dans ces conditions, il convient donc d’en tirer les conséquences et de multiplier des signes d’ouverture avec de nouveaux acteurs. Elle témoigne également d’une volonté saoudienne de limiter la percée régionale de l’Iran : dans ce cadre, quoi de mieux que d’aller convaincre l’un de ses principaux alliés de ne pas pousser son avantage trop loin ? Prise pour cible par Donald Trump, toujours sous l’effet d’une rupture des relations diplomatiques avec plusieurs pays sunnites depuis janvier 2016 (dont l’Arabie saoudite), l’Iran se trouve malgré un dénouement en sa faveur en Syrie dans une situation relativement inconfortable, dépendant de fait beaucoup de la Russie. Dans ce cadre, l’Arabie saoudite souhaite s’assurer que l’Iran ne sera pas la seule gagnante régionale de l’évolution du conflit syrien, et garder la face par la même occasion – après avoir fait pendant plusieurs années du départ de Bachar el-Assad la clé de toute solution politique. Faire évacuer les milices iraniennes de Syrie et l’arrêt du soutien iranien à l’opposition des Houthis sont donc les priorités saoudiennes.

A moyen terme, un scénario d’apaisement diplomatique et militaire est crédible même s’il reste à confirmer. La Russie a intérêt à contrebalancer l’expansion de son allié iranien grâce à l’Arabie ; et l’Arabie a intérêt à sauver la face dans la victoire du régime Al Assad. La portée de ce scénario est considérable : elle souligne à quel point les deux puissances, russes et saoudiennes, cherchent à diversifier leurs réseaux d’alliance, au point d’aller chercher des partenariats sectoriels dans le camp adverse.

III. Moyen terme : sceller l’alliance objective sur les hydrocarbures

La rencontre des 4-6 octobre 2017 annonce également la coopération – encore limitée et sectorielle- des deux Etats sur la scène économique internationale.

Dans le domaine des hydrocarbures, Russie et Arabie sont en passe aujourd’hui de redevenir des « alliés objectifs ». A la fin de la décennie 2000, les deux pays ont des politiques rivales. D’un côté, la Russie, hors du cadre de l’OPEP dont elle n’est pas membre, développe les volumes d’exportation de pétrole, gagne des parts de marchés pour reconstituer ses réserves financières après la crise de 2008, quitte à contribuer à la baisse des cours mondiaux. De son côté, l’Arabie saoudite, au sein de l’OPEP, essaie de remédier à cette baisse des cours en plaidant d’abord vainement pour une réduction des volumes. Captation de parts de marché contre maintien des cours, les deux plus grands producteurs (25% de la production mondiale à deux) et exportateurs de pétrole du monde développent des stratégies inverses.

Tout change en 2014 avecl’annexion de la Crimée, la guerre dans le Donbass, la baisse des cours mondiaux des hydrocarbures et les sanctions économiques occidentales contre la Russie. Entrée en récession, l’économie russe a besoin de devises et de capitaux pour combler ses lacunes en investissements. En conséquence, dans le format OPEP+ (autrement dit en accord avec la Russie sans adhésion à l’OPEP), les deux pays s’accordent sur une réduction des volumes de production mondiale à 1,8 million de barils par jour à partir du 1er janvier 2017. Ils soutiennent ainsi les cours du pétrole qui remontent à 55 dollars le baril en moyenne en 2017. En outre, l’héritier du royaume saoudien vient lui-même annoncer à Moscou des investissements arabes en Russie en juin 2015 [3]. Sur le plan énergétique, l’objectif de la visite royale à Moscou est de préparer la prochaine réunion du format OPEP+ pour reconduire la réduction de la production de pétrole au-delà de l’échéance prévue en mars 2018.

Les autres résultats économiques du déplacement du monarque ont été mis en évidence mais sont moins prometteurs pour l’amélioration durable des relations bilatérales. Ainsi, les hommes d’affaire participant à la délégation saoudienne de pas moins de 1 000 personnes ont jeté les fondations pour plusieurs contrats : installation d’une usine chimique russe en Arabie saoudite, développement du fonds d’investissement saoudien en Russie, etc. Mais les relations économiques russo-saoudiennes sont coutumières de ces annonces qui peinent à être suivies d’effets [4]. En effet, à l’heure actuelle, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est de seulement 1 milliard de dollars par an.

L’annonce de l’exportation de batteries de missiles anti-missile S-400 est particulièrement relevée. Ce serait la première vente de matériel de défense de la Russie au Royaume saoudien dont la tradition est de s’approvisionner principalement en équipements régis par les normes de l’OTAN. La portée économique de cette vente ne doit toutefois pas être surestimée. D’une part, la livraison effective reste à confirmer, d’autre part, les sommes en jeu sont sans commune mesure avec l’annonce par le président Trump de contrat d’armement avec les Etats-Unis pour 110 milliards de dollars [5], il y a quelques mois.

En somme, sur le plan économique aussi, le dégel russo-saoudien est encore très sectoriel et reste à confirmer. Mais le scénario d’un rapprochement russo-saoudien mérite d’être étudié.

IV. Long terme : MBS + Poutine 4 = Nouveau Moyen-Orient ?

Pour la décennie qui s’ouvre, la visite du monarque saoudien à Moscou ouvre des pistes inédites. En effet, Russie et Arabie sont toutes deux à la veille de changements structurels à leur tête : du côté du Royaume saoudien, le successeur du roi actuel, Mohamed Ben Salmane (MBS) prépare son avènement notamment en ayant écarté son rival, Mohamed Ben Nayef, ancien ministre de l’intérieur récemment démis, de l’ordre de succession. Du côté russe, le président Poutine sera vraisemblablement réélu en 2018 pour un quatrième mandat présidentiel, mais il cherche une nouvelle équation pour la vie économique et la vie politique intérieures russes après avoir changé le logiciel de sa politique étrangère en Ukraine, en Arctique, en Syrie et en Asie.

Sur le plan économique, la question est de savoir si les investissements de 10 milliards de dollars en Russie annoncés par l’Arabie saoudite en 2015 et confirmés début octobre 2017 à Moscou se concrétiseront. Pour le moment seulement 1 milliard a été acté. De tels investissements seraient un avertissement aux Etats-Unis et à l’Iran. Au premier, l’Arabie Saoudite indiquerait que le partenariat exclusif est arrivé à terme et au second, la Russie indiquerait qu’elle est soucieuse d’équilibrer l’axe Moscou-Téhéran par une coopération économique avec l’Arabie. A plus long terme, les deux Etats ont en commun des défis économiques similaires : tous deux sont engagés dans des stratégies de diversification économique. Sous l’impulsion de MBS, désormais premier dans l’ordre de succession, le Royaume saoudien est déjà engagé dans la préparation à l’après-pétrole grâce à l’ambitieux programme de réformes nommé « Vision 2030 » [6]. Et, en Russie, les cercles dirigeants sont actuellement en débat pour définir un nouveau paradigme économique dans la perspective du quatrième mandat du président Poutine.

Le rapprochement opéré suffit-il dès lors pour envisager une alliance russo-saoudienne ?

Dans cette perspective, sur le plan diplomatique, le prince héritier, Mohammad ben Salmane, a déjà servi d’intermédiaire entre les deux pays. Pour autant, il convient de rappeler que parler de retournement d’alliance est très exagéré, surtout si l’on se souvient des contrats juteux signés par Donald Trump en mai 2017 (de l’ordre de 380 milliards de dollars). L’Arabie saoudite prend seulement acte du fait qu’il faut compter avec la Russie au Moyen-Orient. Chaque côté a ses propres motivations secondaires pour cette visite spectaculaire. Moscou se positionne de plus en plus souvent comme une « Eurasie du Nord » plutôt que comme l’Est de l’Europe. La venue du roi Salmane s’inscrit incontestablement dans cette perspective ; et côté saoudien, le message est également à destination des Etats-Unis, qui l’ont considéré depuis les années 1930 comme une chasse gardée américaine.

Le rapprochement opéré suffit-il dès lors pour envisager une alliance russo-saoudienne ? On peut estimer qu’une position commune entre grands acteurs pétroliers et quelques contrats (y compris d’armement) ne suffisent pas à fonder une alliance géopolitique. Les alliances peuvent être de plus en plus fluides à l’avenir mais quand elles ne partent pas des mêmes présupposés, elles ne peuvent aboutir à des résultats tangibles. Des convergences peuvent apparaître, permettant notamment à la Russie de gérer une importante population musulmane (environ 15% de sa population) : dans le Caucase, l’Ingouchie, la Tchétchénie ou le Daguestan comptent plus de 90% de musulmans de confessions sunnites, et ils sont également majoritaires en Kabardino-Balkarie, en Karatchaïévo-Tcherkessie, au Bachkortostan et au Tatarstan. Mais une alliance prioritaire entre ces deux pays supposerait un rapprochement militaire étroit, qui n’est pas à l’ordre du jour aujourd’hui. En outre, l’attention de la Russie se tourne davantage vers les BRICS – en premier lieu la Chine, mais également l’Inde, son premier client militaire – que vers un Etat de 31 millions d’habitants comme l’Arabie saoudite [7]. Quant à une alliance de second plan, elle entre nécessairement en concurrence avec l’Iran, pays certes moins riche mais doté de 82 millions d’habitants et d’une armée plus solide [8].

De fait, passer d’un rapprochement russo-saoudien à un partenariat, puis à une alliance, nécessite de nombreuses conditions favorables, qui ne semblent pas réunies pour le moment. Le moyen le plus sûr d’y arriver serait un rapprochement irano-américain, qui n’est pas à l’ordre du jour aujourd’hui.

Mais la recomposition des équilibres de puissances et la réinterprétation des alliances au Moyen Orient est en cours : la région est modelée par la résurgence de l’influence iranienne, par le retour de la puissance russe et par le repli des Etats-Unis. L’Arabie saoudite prend aujourd’hui acte de ces rééquilibrages pour tracer une nouvelle route.

Copyright 11 octobre 2017-Bret-Parmentier/Diploweb.com

Hollywood-Babylon postmoderne

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Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Hollywood-Babylon postmoderne

12 octobre 2017 – Je me rappelle, à la fin des années 1950, le bruit sulfureux que produisit l’édition en France de Hollywood-Babylone, le livre-scandale de Kenneth Anger avec nombreuses photos à l’appui sur le Hollywood dépravé, décadent, parcouru de scandales plus ou moins étouffés, crimes, dépravation sexuelle, drogue, etc. Publié par Pauvert à Paris, le livre de Anger fut interdit aux USA et une version mise à jour ne fut autorisée qu’en 1975. USA, Land of the Free

A l’époque (1958), l’on parlait du scandale de la mort de l’amant de la star Lana Turner, le gangster de Cosa NostraJohnny Stompanato, abattu par la fille de l’actrice, Cheryl Crane, âgée de 14 ans. Stompanato battait sa mère et le tribunal reconnut que Cheryl avait agi en état de légitime défense, “par procuration” si l’on veut, ce qui était après tout une courageuse interprétation de la loi. C’était dans la rubrique “faits-divers”, rien d’autre sinon le sel qui accompagne les comportements scandaleux des célébrités, et éventuellement une occasion de réflexion sociologique et culturelle sur la culture américaniste, sur la licence ou la décadence des mœurs, etc. ; dans tous les cas, bien sûr, rien à voir avec la politique active, en cours, en aucune façon. Aujourd’hui, le scandale Harvey Weinstein n’est pas dans la rubrique faits-divers, et Hollywood-Babylone devenu Hollywood-Babylon postmoderne est aussitôt un événement très largement politique, de la plus active des politiques, et qu’il importe de reconnaître comme tel.

On ne peut dire que l’affaire Weinstein a été “révélée” par les articles du New York Times et du New Yorker, puisque, comme l’on dit, “tout le monde était au courant” dans le milieu (hollywoodien, je précise) et que tout le monde “a étouffé l’affaire” pendant, disons, deux décennies. (Au reste, les éléments de l’article du New-Yorker, écrit par le fils de l’acrice Mia Farrow, avaient d’abord été proposés à NBC [avec MSNBC, le réseau le plus progressiste-sociétal aux USA], qui le refusa sur l’intervention directe de son directeur, grand ami de Weinstein.) Mais l’affaire est devenue “scandale”, et aussitôt bien plus que cela, quasi-instantanément. Comme je la ressens et l’évalue, la rapidité du processus est, sinon une surprise, sans aucun doute un événement qui mesure le changement des temps et l’affirmation des facteurs différents qui importent.

Ainsi donc, dès que fut prise la mesure de son ampleur, l’affaire quitta aussitôt le rubrique des faits-divers et devint scndale nationale pour entrer dans le champ de la politique active, c’est-à-dire de la crise de l’américanisme parvenue à son paroxysme depuis la campagne présidentielle. Nul ne peut oublier que cette campagne USA-2016 fut marquée notamment par des attaques d’une puissance considérable contre Trump à cause d’une phrase de type sexiste, singulièrement vulgaire sans nul doute, et sans surprise lorsqu’on considère le personnage ; mais cette phrase, qui n’attentait pas en quelque façon que ce soit à l’intégrité morale et physique d’un certain nombre de personnes, nombre assez élevé sans nul doute lorsqu’on se réfère à ce qui nous occupe aujourd’hui.

Or le cas de Weinstein, qui est de cette sorte dans une mesure rarement vue, est celui d’un homme qui est l’un des principaux soutiens et organisateur de donation du parti démocrate, ami et donateur successivement d’Obama et d’Hillary Clinton. Ces deux-là, Obama et Clinton qui n’ignoraient rien du comportement de leur ami Weinstein, sont plutôt mal pris et ils ont bien du mal à le cacher ; ce dernier point, qui n’est pas vraiment pour me déplaire je l’avoue à cause de l’ironie des situations, moi-même faisant partie du vulgum pecus saoulé ces dernières années par les leçons de morale et de vertu des personnages en question. Tout cela se passe à Hollywood, principal centre libéral, progressiste-sociétal, qui mena constamment la charge contre Trump notamment à cause de ses gaudrioles à deux balles où il apparaît désormais comme un amateur, avec Weinstein comme organisateur quasi-divin de cette charge. (Meryl Streep, qui rêve d’avoir le scalp de Trump, avait affublé Weinstein, ironiquement je l’espère, du surnom de “God” à peu près comme l’on dit sardoniquement “devil. Ainsi se retrouve-t-on dans le domaine de l’inversion, avec la vertu, le sexe et le diabolisme, qui semble particulièrement marquer les élites progressistes-sociétales.)

L’une des réactions les plus puissantes et les plus symboliques caractérisant ce passage du fait-divers sulfureux à la politique est par exemple l’émission CrossTalk de Peter Lavelle, le 10 octobre sur RT, avec pour thème : « Hollywood hypocrisy ». Cette hypocrisie-là, telle qu’on en discute avec véhémence dans l’émission n’est pas tant celle de Hollywood, ou pas seulement, que celle des démocrates comme ils se sont découverts lors de USA-2016 ; c’est donc l’hypocrisie de la vertu progressiste-sociétale, du pouvoir de l’argent et de la corruption du pouvoir surtout lorsque ces choses trônent sur la vertu postmoderne qu’affectionnent jusqu’au délire orgasmique si l’on peut dire, nos fameux 1%-0,1%, nos “Masters of Universe”, hyper-riches, dispensateurs de tant de leçons de morale et d’éthique au nom du globalisme et par conséquent du Système. On en revient toujours là car le Système est partout présent

Surprise encore et toujours, je l’avoue bien que la chose aille dans le sens qu’on observe constamment et qui m’est si familière (celui de la puissance omniprésente de la communication et des thèmes sociétaux), avec les prolongements politiques qui apparaissent tout aussi rapidement comme pouvant prendre une voie institutionnelle et judiciaire à grande signification politique. Des suites judiciaires sont d’ores et déjà en route, qui pourraient aussi bien toucher les compagnies où l’on était au courant du comportement de “Dieu” (Miramax et Disney notamment). On signale que le FBI ouvrirait une enquête et The DailyCallerlance un appel au président Trump pour qu’il ordonne l’ouverture d’une enquête officielle spéciale embrassant quasiment les agissements et les mœurs de ce centre de pouvoir et d’influence qu’est Hollywood. On chuchote également que des têtes pourraient tomber du côté des acteurs (genre masculin, style Matt Damon, Russell Crowe, Ben Affleck), qui savaient et n’auraient rien dit ou bien qui auraient défendu Weinstein ; et c’est TheDuran.com, site éminemment politique comme l’on sait, qui nous annonce la chose.

Une réaction dite de “damage control” (tenter d’éviter des dégâts trop importants) a été d’orienter aussitôt le débat dans le seul sens sociétal du féminisme, du sort fait aux femmes en général, sans trop s’attarder à ce point fondamental que tout cela se passe dans la citadelle incontestée du féminisme et de toutes les valeurs sociétales, dans le chef d’un homme qu’on ne cessa jamais d’encenser puisqu’il en était “le Dieu”. La terreur régnait à Hollywood sous la loi de “Dieu”, dans ce lieu étrange où l’on tourne Dieu en dérision et où les femmes forcées et violées, c’est-à-dire les actrices de Meryl Streep à Madonna, savent où est le Bien (à Hollywood-sous-Weinstein) et où l’on trouve le Mal (Trump & Cie).

Mais ce simulacre-là de faire passer le débat du côté du féminisme, surtout développé en France, pèse à mon avis de peu de poids à côté du poids des faits, lorsqu’on entend un Antoine de Caunes traiter Weinstein de « gros porc puant » à cause de ce qu’il a fait à sa fille… Ou mieux encore, c’est-à-dire pire et plus profondément, lorsqu’on entend quelques mots de Pierre Lescure (ex-Canal +, comme de Caunes) parler, hier soir sur C Dans l’Air, de ses contacts avec Weinstein, lorsqu’il négociait les films de Miramax… Weinstein, “dégageait une impression de puissance physique et psychologique incroyablement agressive” dit Lescure sur un tel ton, comme s’il s’excusait de parler ainsi à propos de Hollywood et de sa vertu sociétale ; comme si, aussi, il se rappelait une sorte de peur physique qu’il éprouvait à “négocier” avec cet homme. (Les photos désormais nombreuses de Harvey Weinstein, en portrait ou en posture complète, font l’affaire pour comprendre ce dont Lescure veut parler.) Vous comprenez alors que vous avez affaire, dans le chef de Weinstein, au prédateur-Système caractérisé par la force brute (façon “idéal de puissance”), installé avec arrogance sur le pouvoir de l’argent et sur l’arrogance du pouvoir, mais plus encore dans notre situation, sur la terrorisation de la vertu sociétale que représente Hollywood.

Ainsi passe-t-on finalement, venu du fait-divers sulfureux, à des considérations fondamentales sur le phénomène de la puissance et du pouvoir, qui a certes toujours existé mais que le Système a institué en facteur fondamental de la situation du monde en l’habillant de la cuirasse de la vertu, en une structure quasi-unique du simulacre qui doit mener à la destruction du monde. Le cas Weinstein conduit John Whitehead du Rutherford Institute, à nous parler du pouvoir qui corrompt, et évidemment du pouvoir absolu qui corrompt absolument. Mais la formule, dont je me suis toujours défié, reste à mon avis bien trop vague, trop générale, et elle reste une formule que chacun peut s’approprier pour s’en laver les mains bien plus que la clef d’une analyse.

Il est essentiel d’ajouter que ce pouvoir absolu émane aujourd’hui du Système. S’il est installé sur l’argent bien entendu, il est fondamentalement manipulé par la communication et le discours de terrorisation des “valeurs sociétales” qui entretiennent ce que Whitehead désigne comme « une culture de complaisance où personne n’ose parler parce que personne ne veut perdre son emploi, ni perdre son argent, ni perdre sa place parmi les élites ». C’est à cause de cette installation dans sa cuirasse de vertu, ou plus justement de simulacre de vertu, que le pouvoir est devenu absolu tel qu’on le constate aujourd’hui.

C’est pour cette raison que je ne considère pas, à la différence de Whitehead, que le “scandale Weinstein” soit un scandale “de plus”, où jouent les habituelles mécaniques du pouvoir et de l’argent. C’est un scandale d’un symbolisme fondamental, dans la mesure où Weinstein, un des fondateurs de Miramax si admiré pour avoir permis l’émergence d’un “nouvel Hollywood“ et favorisé tant de cinéastes indépendants à côté des blockbusters faiseurs de fric, se révèle également comme un archétype du prédateur-Système, un « gros porc puant » comme dit l’autre, alors qu’il régnait comme Dieu lui-même, comme dit l’autre (suite), au sommet du royaume de la vertu progressiste-sociétale.

C’est une formidable description du Simulacre du Système qui est mise à nu. A cette lumière et au-delà de la contre-analogie avec le Trump de USA-2016, je crois qu’on ne doit plus s’étonner, si on le constate dans ce sens, que le fait-divers ait pris aussi vite une ampleur nationale sinon globale, et à très forte substance politique.

 

http://www.dedefensa.org/article/hollywood-babylon-postmoderne

Les Américains soutiennent les terroristes islamiques en Syrie. Analyse

En Syrie se confrontent le camp ouvertement anti-terroriste: les Russes et leurs alliés, et le camp des terroristes masqués: les Américains et leurs alliés.  Ceux-ci utilisent sur le terrain les djihadistes qui passent volontiers d’une organisation islamiste à l’autre. Une nouvelle fois, alors que la Syrie est quasiment libérée des terroristes sous l’action conjointe de l’Armée syrienne régulière et de l’Aviation russe, les USA, pour de sordides desseins de domination énergétique et stratégique qu’ils disputent à la Russie, sabotent la paix et relancent le terrorisme islamique qui étend ses ravages jusque sur le sol américain.

En effet, une nouvelle fois le ministère russe de la Défense a mis en garde contre une nouvelle tentative de torpiller le processus de cessez-le-feu, cette fois-ci dans le sud de la Syrie, à Deraa, à la frontière israélo-jordanienne, non loin de Damas. (Voir carte: Deraa est indiquée par une épingle rouge). Il est clair que les Américains, après avoir chassé les Soviétiques d’Afghanistan grâce aux talibans et à leur créature Al-Qaïda, tentent de reproduire le même scénario en Syrie, alors même que l’accusation de communisme ne peut plus être opposée aux autorités russes, accusation qui leur avait servi de prétexte dans cette guerre. Mais plus la Russie étend son influence au Proche-Orient et plus la domination US sur le continent européen risque de décroitre, raison supplémentaire pour ceux qui se veulent les maîtres du monde de tenter de relancer les hostilités en Syrie.

Le général Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, précise que des combattants provenant des zones syriennes sous contrôle de la base américaine d’Al-Tanf, et plus précisément du camp de réfugiés de Rubkan, ont saisi deux colonnes de véhicules transportant des médicaments et des denrées alimentaires vers les localités de Khadjimi et de Khel. Les islamistes au nombre de 600 sont entrés en véhicules tout-terrain, dans la nuit du 2 au 3 octobre, via l’ancien point douanier de Tafas, à la frontière jordanienne, dans la zone de désescalade de Deraa:

«Par un énième étrange concours de circonstances, deux colonnes transportant des médicaments ainsi que des denrées alimentaires pour les habitants de la région sont entrées presque en même temps que [ces 600 djihadistes] dans la zone de désescalade» de Deraa, a poursuivi M. Konachenkov.

«L’ensemble de l’aide humanitaire, et avant tout les médicaments, a été débarqué et se trouve entre les mains des combattants venus d’Al-Tanf», a-t-il encore indiqué.

L’activité déstabilisatrice de la coalition américaine sous autorité supérieure américaine, déjà dénoncée le long de l’Euphrate, se poursuit donc en son Sud névralgique, où les terroristes soutenus par les Américains peuvent facilement se réfugier derrière les frontières jordanienne et israélienne (deux pays alliés) qui se rejoignent au Sud de la Syrie, ou bien en surgir. Des opérations rendues plus délicates au Nord , en raison de la mauvaise volonté des autorités turques très agacées par le référendum d’indépendance kurde, les kurdes étant les alliés traditionnels des Américains.

Le général Igor Konachenkov avait en effet déjà dénoncé cette relance du plan déstabilisateur américain depuis le mois de septembre. Les militaires de la base américaine d’Al-Tanf (toute proche de Deraa et du camp de Rubkan) étaient dénoncés pour ne pas laisser passer les convois humanitaires sur le territoire de l’un des plus importants camps de réfugiés de Rubkan dans le sud de la Syrie.

Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, les réfugiés de Rubkan étaient pris en otages et servaient de «boucliers humains» au profit des manigances américaines de la base d’Al-Tanf. L’un des plus importants camps en Syrie, le camp de Rukban, est situé dans la zone de sécurité de Deraa, à proximité de la base américaine d’Al-Tanf, et abrite actuellement plus de 60.000 femmes et enfants provenant de Racca et de Deir ez-Zor.

Cependant,  «les Américains ne laissent approcher ni les convois des autorités syriennes, ni ceux provenant de la Jordanie, ni de l’Onu ni d’aucune autre organisation étrangère».

«Les réfugiés de Rubkan sont actuellement des otages, et plus précisément des « boucliers humains » poure la base américaine. Je rappelle qu’outre les Américains, seuls ceux que ces derniers sont venus combattre utilisent des barrières de « protection » de ce type en Syrie, et il s’agit de terroristes», a indiqué le porte-parole.

C’est sur la base US d’Al-Tanf que sont formés et équipés les combattants de la prétendue opposition syrienne armée pour la soi-disant lutte contre l’État islamique. En mai et en juin 2017, déjà, la coalition avait opéré des frappes meurtrières sur les troupes gouvernementales syriennes qui s’étaient rapprochées des détachements des djihadistes couvés par les troupes US d’Al-Tanf. Ces agressions avait repris dés le 28 septembre par une série d’attaques lancée par l’EI sur des troupes gouvernementales syriennes, toujours depuis la zone sous contrôle de «la mission militaire américaine». Notamment, dans la nuit du 27 au 28 septembre environ 300 djihadistes étaient partis de la localité de Rukban pour rejoindre, à bord de 4×4, la ville d’Al-Qaryatayn dans la province de Homs:

«Ces attaques terroristes présentent un seul point commun: elles ont toutes été lancées depuis la zone située dans un rayon de 50 kilomètres autour de la localité d’Al-Tanf, à la frontière jordano-syrienne. C’est-à-dire de la région où se trouve «la mission militaire des États-Unis». Les Américains n’ont pas laissé, même à une portée de canon, les troupes syriennes approcher de cette zone vers laquelle se dirigeaient des terroristes, avait déclaré le porte-parole du ministère de la Défense.

Alors que 304 terroristes de l’État islamique ont été éliminés en 24 heures ces derniers jours, par l’aviation russe dans la vallée de l’Euphrate [où se situent Racca et Deir Ez-Zor], la libération de la Syrie par l’alliance russe incite le Pentagone à redoubler d’efforts pour tenter de reprendre place en Syrie où d’importants gisements de pétrole ont été découverts dans ses eaux méditerranéennes, fût-ce en favorisant les ravages meurtriers de la guerre internationale et en maintenant sous respiration artificielle le terrorisme islamique.

Le général Igor Konachenkov a précisé que l’armée syrienne avait du déployer des efforts considérables pour neutraliser les troupes mobiles de l’État islamique sur la route qui relie Palmyre et Deir ez-Zor et pour libérer des terroristes de nombreuses localités:

«Si la partie américaine considère de telles opérations comme des « accidents » imprévus, les Forces aérospatiales russes en Syrie  sont prêtes à procéder à l’élimination totale de tous les « accidents » de ce type qui surviennent dans la zone se trouvant sous leur contrôle», a conclu le porte-parole du ministère russe de la Défense.

Et surtout il a de nouveau souligné que le soutien de la coalition américaine était le plus gros obstacle à l’élimination des terroristes, qui sans se soutien ne tiendraient pas. En effet, les troupes de l’EI disposaient, pour les attaques sur l’Euphrate, des coordonnées précises des troupes anti-terroristes de l’Armée syrienne que seul l’État-major US pouvait leur fournir.

Des renseignements «qu’on ne pouvait obtenir que grâce au renseignement aérien après traitement par des spécialistes. Elles avaient ensuite été soigneusement transmises pour la réalisation de sabotages et d’actes terroristes».

Des zones désormais revenues sous le contrôle de Damas, comme la quasi totalité de la Syrie. Ce qui explique que les attaques US sous faux-drapeau aient repris d’intensité au Sud du pays.

Le complexe militaro-industriel américain (qui a lui seul fabrique plus d’armes que l’ensemble des autres pays du monde) a su faire taire toutes velléités de paix en Syrie de la part du président Trump dont les pouvoirs semblent très minces face aux mastodontes que représentent  l’industrie de l’armement et les consortiums pétroliers. L’armement et le pétrole, tout comme les banques se trouvent dans des mains privées, dont les sièges sont établis aux USA, et tiennent ensemble le véritable gouvernement du monde actuellement, ou tout-au-moins le gouvernement de l’Occident. Ces entreprises privées dépassent de très loin le pouvoir politique US et celui de l’UE et le masque démocratique dont ils s’entourent. Emmanuel Macron, qui est un pur produit de la banque Rothschild, qui doit son élection au soutien des milliardaires, en est le parfait stéréotype.

 

http://www.medias-presse.info/les-americains-soutiennent-les-terroristes-islamiques-en-syrie-analyse/81354/