Le “flop” des experts chantres de la débâcle économique Russe ! L’ONU passe à l’explication de texte … Par Hélène Clément-Pitiot

Source : Viableco, Hélène Clément-Pitiot, 03-10-2017

Nous nous chargeons ici de commenter les éléments-clefs d’un rapport officiel (ici le pdf), qui traite de l’effet des sanctions contre la Russie qui vient d’être rendu public en septembre 2017 dans une publication des Nations Unis. Notre analyse fait aussi référence à des travaux menés depuis plusieurs années en coopération avec les collègues de l’IPEN RAN1 de Moscou et qui ont donné lieu à différentes présentations académiques durant nos séminaires communs2.

Idriss Jazairy est un expert indépendant, il a été mandaté par le conseil des droits de l’homme de l’ONU. Suite à une visite faite en Russie en avril 2017, il a publié un rapport pour les Nations Unies. Il y évalue les aspects négatifs des mesures de coercition unilatérales imposées par les pays occidentaux à la Fédération de Russie (FR)…les fameuses « sanctions » destinées à amener ce pays souverain à se soumettre aux pressions occidentales.

Environ 36 pays3 ont décidé d’un commun accord d’imposer ces sanctions à la FR au regard de la situation dans le sud-est de l’Ukraine.
Il s’agit par ces mesures de faire pression sur la RF pour faire arrêter les hostilités dans l’Est de l’Ukraine, assurer une paix en maintenant l’intégrité du territoire de l’Ukraine. Ce dernier point revient à ignorer le referendum d’autodétermination des populations de la Crimée pour placer la région à nouveau sous injonctions et sous contrôle ukrainiens4.

Une série de sanctions a été promulguée à partir de mars 2014 en plusieurs étapes à laquelle se sont rajoutées en décembre 2016 des sanctions sensées punir l’ingérence russe, supposée, dans l’élection présidentielle américaine.

Ces mesures de coercitions revêtent plusieurs aspects :
-restrictions de déplacement et gel des avoirs et des ressources pour des individus
-sanctions sectorielles (finance, défense, énergie) contre des entités actives dans l’économie de la FR dont l’interdiction des investissements et la prohibition des transactions commerciales (import. et export.) portant sur certains biens et technologies.
-limitation des transactions financières.

A ces mesures, la FR a répondu par des contre-sanctions, des refus d’octroyer des visas à l’entrée du territoire à discrétion et un embargo ciblé interdisant l’importation en FR de certains produits alimentaires en provenance d’Australie, du Canada, de Norvège, des USA et de l’UE5

I Commentaire des éléments de premier plan :
Dans le paragraphe du rapport ONU centré sur l’évaluation des impacts des sanctions, soulignons d’abord les points placés en exergue et en finale par le rapporteur:

  • L’expert prend soin de souligner que les mesures coercitives sélectionnées par les pays occidentaux sont des mesures très classiques, appliquées habituellement en coercition contre les économies de pays en voie de développement ; elles sont, dans le cas qui nous occupe, appliquées à la FR, acteur de poids et d’importance stratégique dans la communauté internationale. L’auteur insiste sur le niveau élevé d’intégration de la FR dans l’économie globale – quid de l’isolement de la Russie tant affiché dans les média?- , ainsi que sur la capacité de l’économie de la FR pour réagir immédiatement à un changement de réalité. Résilience et capacité de réaction sont présentées par l’observateur, comme les éléments qui ont fait de cette expérience un «cas unique».6. Ces commentaires tranchent avec les propos qui circulent communément sur le sujet et qui brouillent la lecture du réel. Des experts avaient bien vite pris le parti de clamer la « débâcle » de l’économie russe sur les ondes ont trop rapidement laissé de côté l’essentiel par manque de prudence.7. L’emprise des conventions avec ses partitions obligées pour être entendu et célébré dans les media et sur le podium académique français a semble t-elle, une nouvelle fois, eu raison de la rigueur intellectuelle de beaucoup de collègues experts ex-Russie. Un triste constat.

Dans un contexte ainsi déterminé par l’aveuglement conventionnel professionnalisé, impossible de réaliser qu’il puisse y avoir un biais pervers d’appliquer des sanctions destinées à des pays en voix de développement à un pays de la nature de la Russie… Les experts comme les journalistes se sont trouvés être prisonniers de leur propre rhétorique. Les plus assurés et loquaces, allant même jusqu’à afficher leur scepticisme quant au positionnement de la Russie dans les BRICS, faute de succès économiques… Une façon de faire plaisir à l’arène politique en dénigrant toujours plus pour s’économiser de regarder le réel. Isolée et décadente tels devaient être les mots de conclusion du constat. Des mots/maux sans appel, promesses de tant de soubresauts printaniers, annoncés en cadence répétée dans des pages qui se seraient voulues bien plus prophétiques8. La légèreté et les erreurs d’analyse que le rapport de L’ONU met en lumière chez ces experts académiques « standards » ont pollué la réflexion jusqu’aux instance d’analyse et de conseil au service des professionnels français du business en Russie.9.

  • Le rapporteur pour l’ONU souligne aussi un point clef dans sa conclusion du paragraphe consacré à la liste des effets des sanctions : une réalité, observable aussi dans tous les pays qui ont subi des sanctions unilatérales, il s’agit de la réaction de “rally around the flag” (rassemblement sous le drapeau) qui permet à la population d’accepter les inconvénients causés par les sanctions. Dans la situation présente et compte tenu de l’histoire longue du peuple russe, cet effet s’est manifesté avec d’autant plus de force. Ensuite à mesure que la substitution aux importations fonctionnait et les produits russes envahissant les rayons alimentaires, c’est bien au contraire l’effet cumulatif qui a joué comme une affirmation de la capacité de réaction vitale du pays, source de fierté retrouvée.

Sur ce point encore comment pardonner les erreurs d’anticipation de nos experts proclamés? Sont-elles simplement de l’ignorance du contexte, de l’histoire et des mentalités du pays? L’économie est insérée dans une espace géopolitique de long terme, ceux qui se targuent d’ouverture institutionnaliste auraient du y être plus vigilants encore. Impossible scientifiquement de se contenter d’effet de com. et de conventions médiatisées lorsque l’on sait qu’en économie les mécanismes dynamiques comptent.10. Ils vont chercher leurs origines dans l’histoire, la géographie, en somme l’identité collective des peuples. Le courage n’est pas une donnée économique, il ne se modélise pas ; n’en déplaise à nos experts spécialistes ex-russophobie qui croyaient pouvoir ainsi s’en passer doublement.

II Evaluation des sanctions et de leurs dérapages

  • Sanctions unilatérales vs biais concurrentiels chez les partenaires
    En matière d’application des sanctions et du contrôle, il a été noté que d’un pays à l’autre, la rigueur pouvait varier… La concurrence vive entre les USA et l’UE et celle pas moins acerbe au sein de l’UE ont renforcé les aléas. La Russie est devenue de plus en plus le champ de bataille de partenaires occidentaux surtout enclins à dérober des parts de marché aux plus intimidables. En ce qui concerne les acteurs français, le moment lourd de symboles et de conséquences fut celui de l’amende de 9 milliards qu’a due payer la BNP à la juridiction des USA11. Il a eu un effet dévastateur sur le moral des entreprises et des banques françaises. Cette situation d’incertitude a été aggravée pour nos entreprises quand L’Etat français a refusé de délivrer à la FR les navires de classe Mistral, annulant de ce fait une transaction qui était pourtant exclue du champs des sanctions. Le jeu d’intimidation entre concurrents des affaires avait ainsi trouvé un levier interne au pays pour se manifester avec plus de dureté. Les instances du business français en Russie subissaient de plein fouet l’intimidation politique et ne comprenant pas combien symbolique était ce sujet, elle furent plus que frileuses pour soutenir les pétitions en faveur de la livraison des navires . Le paradoxe est qu’ainsi, au lieu de soutenir la confiance des entreprises, elles ont alimenté la confusion, en créant un environnement « anti-business », qui a laissé la place libre aux concurrents de la France. Les firmes allemandes et italiennes ont pu profiter de cette concurrence faussée. Au grand jour, ces réalités relationnelles au sein de l’UE mais aussi au sein du business française se sont données à voir. Combien d’années seront nécessaires pour redresser réputation et confiance et engranger de nouveaux partenariats efficaces en Russie?12.

 

  • Des contre sanctions nettes, précis, efficaces et plus équitablesLe rapporteur ONU précise qu’à cette asymétrie des sanctions occidentales a correspondu une application des contre-sanctions alimentaires, plus faciles à cerner- et qui ont touché de façon plus équitable les pays ciblés.
  • Un ajustement réussi sur le plan macroéconomique : «This is evidence of a successful adjustment». Ce n’est pas une surprise pour des économistes qui ont travaillé sur le terrain et à l’écoute des gens, des chiffres en laissant à leur place les humeurs politiques. Cette dynamique très intéressante à comprendre car elle montre une nouvelle fois qu’une économie est toujours capable de rebond13. Il s’agit en effet d’un ajustement complexe et réussi entre les sanctions et contre sanctions doublé de l’impact de la baisse des prix énergétiques. Les sanctions ont commencé a être appliquées à un moment où les prix énergétiques chutaient significativement, il est difficile d’isoler l’effet choc des sanctions de l’effet choc des prix. Il en va de même pour l’évaluation de l’évolution du niveau de vie de la population. Le rapport mentionne que la croissance annuelle qui dépassait 4% sur les années 2012 et 2013 s’est inversée significativement jusqu’au premier trimestre 2016. Le pourcentage des personnes vivants sous le seuil de pauvreté est remonté à 13,5% de la population.14. L’étude nous dit que les personnes les plus touchées furent assurément les plus vulnérables : l’expert cite les 7-16 ans15, les femmes actives et les retraités. Ces 2 chocs combinés ont causé une réduction de croissance : -1,3 % en 2013 (déjà avant les sanctions) puis de -0,7% en 2014 et -2,8% en 2015. L’ adaptation de l’économie significative que les rencontres régulières entre les équipes du CEMI-EHESS et l’IPEN RAN nous ont permis de suivre dans le détail a été effective en 2016 (-0,02%) alors que les prix énergétiques étaient encore bien bas. La croissance est redevenue positive par la suite sans que les mesures de coercitions via les sanctions n’aient été levées.
    Le rapport prend aussi soin de souligner que sur les 12 derniers mois avant sa publication, le rouble s’est apprécié de 15% par rapport au dollar.
  • Intéressante prise en compte des effets sur la marché du travail. L’expert mandaté par l’ONU souligne le dynamisme du marché du travail russe: Alors que les PME auraient perdu près de 15% de leur main-d’oeuvre sur la période, étant incitées à réduire leur investissement du fait du climat des sanctions, le chômage demeurait autour de 5,5-5,6 % sur l’ensemble du territoire. La compensation par la dynamique d’accélération via la substitution aux importations et la relocalisation d’activités a joué pleinement.
  • Déterminants du rétablissement : les hypothèses misent en avant par l’étude :

– Politique anticyclique de flottaison du rouble16.
– Accroissement des interventions du secteur public pour pallier les contraintes de financement (sanctions) portant sur les firmes. Soutien au développement rapide des secteurs agricoles et industriels de substitution mais aussi des filières d’innovations. Les financements externes ont été remplacés par des financements domestiques en roubles à des taux bonnifiés17
Maîtrise de l’inflation, qui en Russie -nous ne le répèterons jamais assez-, est un élément structurel du paysage économique. Elle dépend largement des réseaux de distribution sur ce territoire très vaste. Une supervision des conditions de concurrence a notablement corrigé assez rapidement les dérapages inflationnistes causés par la fermeture des marchés occidentaux, une fois que les nouveaux canaux d’approvisionnement de substitution ont été mis en place. Il y a eu ainsi un certain délai pour que soit effective la maîtrise délicate de l’inflation dans ce contexte. Ce délai a entretenu les déclarations de nos « experts ex-flop » qui n’ont pas hésité à ressortir le concept de la « stagflation » en Russie!18. L’observateur de l’ONU lui souligne que gouvernement de RF a pris soin de limiter l’impact de cette inflation conjoncturelle de réaffectations des approvisionnements en accroissant les allocations de retraite au moment crucial. Ces remarques qui ponctuent le rapport amènent à réaffirmer le bien-fondé et l’efficacité des actions du gouvernement russe pour corriger l’effet négatif des sanctions : «The economy demonstrated great resilience and a capacity to adapt to new circumstances through Government-assisted restructuring to promote local funding of projects formerly funded by external sources»19.

  • Cette diversification que les « experts » ne sauraient voir... Quelle surprise […]

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Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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