Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

Adrien Rivierre / Spécialiste de la prise de parole en public chez Brightness
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Macron Ouagadougou : discours loupe

Macron à Ouagadougou : son discours à la loupe

LE CERCLE/POINT DE VUE – Ses provocations, son franc-parler, sa gestuelle, son intonation, sa vision du futur… Adrien Rivierre, spécialiste de la prise de parole en public, analyse le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou.

Un discours de rupture sur l’Afrique. Voilà comment il serait possible de résumer la prise de parole d’Emmanuel Macron à Ouagadougou. Pendant près de trois heures (un peu moins de deux heures de discours et une heure de questions-réponses avec des étudiants), le président français a avancé avec conviction sa volonté de renforcer les relations franco-africaines.

Peu de promesses formulées pour sa première tournée africaine, mais des initiatives comme la levée du secret défense sur l’assassinat de Thomas Sankara, la possibilité d’obtenir des visas de longue durée ou l’octroi de bourses scolaires.

Macron a voulu rompre avec ses prédécesseurs

Mais ce qui frappe de prime abord, c’est la parole de rupture dont a fait preuve Emmanuel Macron. Pour rompre avec ses prédécesseurs et avec la vision colonialiste de la France, le président de la République a affirmé : «je suis comme vous, d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé».

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Autrement dit, il s’est immédiatement positionné du côté de la jeunesse pour s’attirer leur bienveillance et montrer que ses aspirations sont similaires aux leurs. Il insiste alors à plusieurs reprises sur la différence entre lui, incarnation du présent et de l’avenir, et les présidents passés notamment avec l’utilisation de l’anaphore : «Je suis d’une génération qui…».

Un président provocateur et un brin moqueur

Sur la forme, très à son aise, il n’a pas hésité à dire les choses sans langue de bois voire avec un ton provocateur. Lors de la séance de questions-réponses, il s’est notamment exprimé avec un franc-parler inédit, voire inhabituel au cours d’une représentation officielle.

Ainsi, lorsqu’il évoque le fait que le président burkinabé doit moderniser le réseau électrique de son pays, et que celui-ci sort de la salle au même moment, Emmanuel Macron lance en rigolant : «Du coup, il s’en va. Reste là ! Du coup, il est parti réparer la climatisation». Une familiarité rarissime et surprenante qui pourrait froisser plus d’un de ses homologues internationaux.

Les étudiants n’ont pas non plus été ménagés comme quand il répond à l’un d’eux avec un ton un brin moqueur : «Je ne sais pas dans quelle filière vous êtes, mais à mon avis si vous faites histoire, géo ou science politique, il va falloir bosser dur pour la fin d’année !».

Cette parole sans détour, désormais une véritable marque de fabrique macronienne, vise à renforcer son éthos, c’est-à-dire l’image qu’il renvoie en tant qu’orateur, dont les traits principaux sont le parler-vrai (un discours de vérité), la volonté d’entreprendre qu’importe les obstacles et un engagement de tous les instants.

L’idée d’un autre avenir commun

Hier, l’engagement du président français était d’ailleurs total avec l’emploi à de très nombreuses reprises de l’expression «nous devons». Cette dernière appelle à la responsabilité de chacun, Français comme Burkinabés, et met en lumière tous les efforts qu’il reste à accomplir.

En effet, l’ensemble du discours s’articule selon un axe temporel simple. Il y a tout d’abord la volonté de rompre avec une histoire commune marquée par le colonialisme et les promesses non tenues. Or justement, ce discours incarne cette rupture et vise à se focaliser sur un avenir commun plus respectueux et prospère.

Cette vision future est particulièrement identifiable à la fin de l’intervention lorsqu’Emmanuel Macron affirme que la langue française pourrait devenir la langue la plus parlée au monde en 2050.

Mais pour ne pas que cette projection ne soit qu’une chimère, il prend soin de la relier à des actions concrètes et individuelles, à entreprendre sans plus attendre. Ainsi, chacun des membres de l’audience est invité à défendre la langue française au quotidien et à continuer à la pratiquer dans sa diversité. Emmanuel Macron a même annoncé qu’un dictionnaire de la francophonie serait rédigé par l’Académie française.

Des gestes amples

Cette parole engagée se retrouve dans le langage corporel du président avec des gestes souvent amples, le bras tendu ou les poings serrés. Lorsqu’il est convaincu, Emmanuel Macron se détache de ses notes, notamment à la fin, et transmet ses messages avec plus de force. La richesse de sa voix se fait aussi plus grande avec des modulations passant d’une voix presque chuchotée à une voix plus puissante.

Néanmoins, le coeur de l’intervention repose sur la lecture de ses notes, qui posées sur le pupitre, l’oblige à baisser le regard rompant alors le contact visuel avec l’audience.

Adrien Rivierre est spécialiste de la prise de parole en public chez Brightness

@Adrien_Riv

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