Trump-Jérusalem et la comète-Haley

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Trump-Jérusalem et la comète-Haley

Nous avons attendu quelques jours pour prendre la mesure de la décision du président Trump à propos de Jerusalem. Nous mettons de côté d’une part les interprétations légalistes tendant à mettre en évidence que la décision n’a pas de portée pratique, qui nous paraissent infondées et trop sophistiquée pour la personnalité de Trump. Par exemple, Justin Raimondo écrivant le 7 décembre 2017 que ceux qui voient cette décision comme très grave et comme un acte d’une politique pro-israélienne la plus dure, type-neocon, se trompent, – et lui-même montrant l’absence de substance de la décision avant d’en donner l’explication réelle selon lui :

« Donc les experts avaient tort – mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a dans Trump qui les a conduits à mal calculer et à se tromper à chaque tournant crucial où un vrai jugement s’imposait ? L’ironie est que c’est un élément de la propre critique des Trump-haters sur le caractère du Président, auquel ils ne parviennent pas à donner l’importance qu’il mérite : il est plein de vent. C’est un narcissique qui aime s’écouter et entendre le son de sa propre voix. En fait, c’est un acteur, et du coup ses critiques autant que ses fans prennent ses performances théâtrales pour des déclarations politiques. Ses partisans et ses ennemis prennent littéralement au mot ses déclarations les plus spontanées et les plus irresponsables, – et ils en tiennent compte d’une façon sélective, – et pour ses amis comme pour ses ennemis, il s’agit d’une erreur majeure. »

Le problème est que cet argument de l’impulsion théâtrale et narcissique de Trump, s’il veut atténuer l’intention politique de Trump avec cette décision, atténue également jusqu’à la contredire la version selon laquelle c’est une déclaration calculée, habile, manœuvrière, selon laquelle Trump donne peu à Israël et gagnant un répit complet de ce côté (pour poursuivre ce que Raimondo croit être sa politique de désengagement type American-Firster), – tout en installant une dramatisation qui va forcer à un accord… Tout cela paraît bien sophistiquée pour la spontanéité théâtralo-narcissique du président. Reste la décision elle-même, hors du théâtre de Trump, dont on a pu mesurer ces derniers jours qu’elle a une grande force symbolique et qui a été perçue, quoi qu’il en soit de sa substance juridique, comme un acte symbolique très puissant de soutien à Israël. De fait, les réactions ne vont pas et n’iront pas, dans cette époque de tension crisique maximale qui est réglée par une continuelle “montée aux extrêmes”, vers une dynamique de la nécessité d’un arrangement, mais absolument et complètement le contraire.

De ce fait, nous partageons plutôt l’analyse du colonel Pat Lang, sur son site STT (Sic Semper Tyrannis), qui a également attendu plusieurs jours pour pouvoir se faire une opinion. Lang exprime son attitude dans un court texte de commentaire le 10 décembre 2017, notamment en faisant intervenir un élément important (l’ambassadrice US à l’ONU Nikki Haley) : « La décision des États-Unis de donner à Israël le titre de propriété de TOUTES les parties de Jérusalem sans compensation diplomatique apparaîtra de de plus en plus déplorable au fil du temps. Les manifestations de rue qui éclatent dans des villes comme Beyrouth et Amman ne sont que le début du processus de condamnation. Presque tous les pays d’Europe ont condamné la décision. La Ligue arabe a condamné la décision. Cela mettra les États arabes (Égypte et Jordanie surtout) dans la position de devoir prendre des décisions fondamentales concernant leurs relations avec Israël et les Etats-Unis. Dans ces deux cas de la Jordanie et de l’Égypte, de grandes quantités d’aide financière en provenance des États-Unis et de l’Arabie saoudite seront en jeu mais … La Russie, la Chine et de nombreuses entreprises européennes attendent ce moment de la quasi-rupture pour développer leur influence et leur activité. Dans le même temps, le sultan Tayyip Erdogan a invité l’OCI à se réunir en Turquie pour examiner la réaction du monde islamique au cadeau que Trump fait à Israël. Trump a apparemment décidé d’agir sur la base du conseil de son beau-fils sioniste agissant au nom des Likudniks qui ne veulent rien de moins qu’un Israël de la mer au Jourdain qui soit débarrassé des Arabes, sauf pour une population convenable d’hilotes.

» Il a été intéressant ce dimanche matin de voir Jake Tapper demander à Nikki Haley comment cette décision portant sur un territoire va promouvoir un règlement. Elle a fait un sourire entendu évoquant des réunions et des connaissances privées. Nous avons parlé aux deux parties, a-t-elle dit, et vous verrez que nous avons rétabli le processus. Tapper l’a pressée sur cela et elle s’est bornée à dire, toujours avec cet air entendu, qu’elle pouvait seulement dire que Tapper comprendrait bientôt quel grand changement de politique est impliquée par l’intervention de Trump. Tapper n’était pas convaincu. IMO Trump, poussé par Kushner, croit que les Palestiniens n’ont aucun recours et qu’ils accepteront d’être traités comme des chiens… »

C’est le passage sur Haley qui est important. Cette personne, ambassadrice des USA à l’ONU, d’une inculture complètement stupéfiante et d’une compétence à mesure, ne reculant devant aucun mensonge imposé par sa narrative, totalement guidée d’une part par son ambition politique sommaire et brutale, d’autre part par son engagement neocon selon les tendances évangélistes chrétiennes, pèse d’un poids extrêmement important dans l’administration et exerce une influence primaire mais dévastatrice en son sein, hors de toutes les normes hiérarchiques dont elle se fiche sans hésiter. Dans un tel désordre qu’est le pouvoir américaniste à “D.C.-la-folle“, les plus stupides qui suivent une idée simple et fixe sont les plus efficaces parce qu’ils ne sont retenus par aucune nuance ni considération de finesse, ni considération morale bien entendu, considérant le mensonge qui satisfait leur but comme un outil utile, enfin sans le moindre sens de la responsabilité et de la solidarité (“Les con ça ose tout, c’est même à ça…”, etc.). Les autres, les sophistiqués, sont plus intelligents et pèsent les choses dans leur nuance, mais le désordre leur interdit d’agir et ils sont impuissants et sans influence.

Ce n’est pas un hasard, – IOO (In Our Opinion), comme dirait Lang, – si, en même temps deux faits viennent renforcer ce que nous pensons de Haley, et par conséquent l’interprétation de ses interventions avec Tapper, avec les sous-entendus signalés.

• Son ambition se lit dans son absence totale de loyauté pour Trump, qu’elle ignore autant qu’elle ignore Tillerson. Ainsi l’a-t-on entendu sur CBS Face The Nation exalter “la cause des femmes” (contre le harcèlement sexuel), et applaudir le fait qu’elles parlent contre les prédateurs sexuels. Interrogée alors sur le fait de savoir si cet engagement, – qui et un bon investissement électoral pour ses ambitions présidentielles à venir très vite et qu’elles ne dissimule pas, – concernait les accusations portées contre Trump, elle a répondu sans barguigner ni hésiter qu’elle comprenait les femmes qui s’étaient plaintes de conduites déplacées du président, sans soulever le moindre doute à l’encontre de leurs plaintes alors que la plupart d’entre elles ont été téléguidées par les démocrates lors de la campagne présidentielle : « Eh bien, je dirais la même chose, vous savez, les femmes qui accusent quelqu’un devraient être entendues. Elles devraient être entendus et elles devraient recevoir l’attention et le soutien qu’elles méritent. Et je pense que nous en avons entendu parler avant les élections [notamment, justement à propos de Trump]. Et je pense que toute femme qui s’est sentie violée ou s’est sentie maltraitée, humiliée de quelque façon que ce soit, a le droit de s’exprimer. »

• Comme l’écrit BretbartNews, qui est dans ce cas pro-Système parce que pro-israélien tendance dure à 100% comme toute cette frange de l’électorat populiste de Trump, les chrétiens évangélistes se trouvent relancés dans leur alliance objective avec Israël (fondée sur une approche religieuse fondamentaliste extrêmement passionnée, qui est expliquée dans le texte). Le site de Steve Bannon écrit : « Contrairement à ce que disent les élites de la côte Est, la décision audacieuse du président Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et de déplacer l’ambassade des États-Unis montre l’incroyable pouvoir des chrétiens évangéliques américains et leur allié naturel en Israël et dans la communauté juive américaine. » Les évangélistes forment un électorat considérable (entre 45 et 70 millions de votants). Si cette force électorale est mise dans ce texte à l’avantage de Trump, elle l’est encore plus à celui de Haley, qui est complètement dans ce courant évangéliste et qui peut se targuer d’une action encore plus résolue en faveur du maximalisme religieux israélo-sioniste, qu’elle peut présenter à la différence de Trump comme fondamentale plutôt que tactique et électoraliste, – quoi qu’il en soit de la vérité à cet égard.

Il faut tenir, – IOO, à nouveau, – Haley comme la meilleure informatrice indirecte dans ce cas, de la véritable signification de la décision de Trump : un soutien direct à la politique religieuse maximaliste d’Israël. On peut ici opposer à l’analyse de Raimondo un autre aspect du caractère de Trump : la brutalité de sa communication qui vient de sa culture de businessman et de faiseur de deal où l’on croit qu’affirmer brutalement une position permet de forcer à des négociations où l’on sera en position de force ; mais nous sommes dans une époque où la communication domine tout, influence tout, fait office de remplaçant des événements réels qui en général n’ont pas lieu (réalité pulvérisée par les narrative et le déterminisme-narrativiste), donc dans une époque où la brutalité dans la communication ne prépare rien (surtout pas la négociation) mais s’impose justement comme brutalité pure et pousse à la montée aux extrêmes. Comme toujours, l’important est dans l’effet sur la psychologie, bien entendu… Dans tous les cas, et toujours en nous tenant à son caractère qui ne tient compte d’aucun facteur stratégique sur le long terme, ni idéologique, ni philosophique si c’est concevable dans son cas, il nous semble que Trump doit certainement cultiver fort peu de sympathie pour les Palestiniens, qu’il devrait tenir pour des losers, incapables de se sortir de leur situation par l’habileté capitalistique, — sans compter leur condition de musulmans, – tout cela au contraire des Israéliens.

La conclusion à laquellon on est conduit est que, quoi qu’il en soit de l’événement lui-même et des interprétations et arrière-pensées des uns et des autres, la psychologie impose la perception d’une radicalisation de l’événement donc elle crée la radicalisation de l’événement quoi qu’il en soit. Si les neocons, qui sont des publicitaires et des “communicants” et nullement des stratèges ni des penseurs politiques, savent une seule chose c’est bien la puissance dominatrice de la communication. Haley est parfaitement une neocon de ce point de vue, et l’on peut tenir son comportement et ses déclarations bien tempérées par l’interprétation comme une des indications les plus justes possibles de l’état de la situation et de la signification qui sera donnée, qui est déjà donnée à la déclaration de Trump.

Bien entendu, une réserve ultime se niche également dans le cœur de l’étrange caractère de Trump. Demain, dans trois semaines ou dans deux mois, il peut aussi bien prendre une décision brutale qui irait exactement dans le sens contraire de celui qu’indique la question de Jerusalem : la seconde décision n’annulerait pas la première, elle la contrarierait radicalement et aggraverait la confusion confrontationnelle ; elle participerait donc de la seule chose que Trump sait produire avec un art exceptionnel et un rythme admirable – le désordre, encore le désordre, toujours le désordre, en politique notamment et surtout en politique extérieure.

 

Mis en ligne le 11 décembre 2017 à

http://www.dedefensa.org/article/trump-jerusalem-et-la-comete-haley

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