Sommet de Vladimir Poutine pour la paix en Syrie : la Russie, la Turquie et l’Iran peuvent-ils désormais se passer de l’Occident ?

Sommet de Vladimir Poutine pour la paix en Syrie : la Russie, la Turquie et l’Iran peuvent-ils désormais se passer de l’Occident ?

Des représentants russes, turcs et iraniens se réuniront ces 29 et 30 janvier à Sotchi pour une nouvelle conférence de paix consacré à la question syrienne.

Rendez-vous à Sotchi

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Des représentants russes, turcs et iraniens se réuniront ces 29 et 30 janvier à Sotchi pour une nouvelle conférence de paix consacré à la question syrienne. Si Staffan de Mistura, envoyé spécial de l’ONU chargé de la recherche d’une résolution pacifique au conflit en cours en Syrie, participera à cette conférence, l’opposition syrienne en sera absente tous comme les différents représentants kurdes. Une résolution de la question syrienne sur le format présenté a-t-elle réellement des possibilités d’aboutir en l’absence des occidentaux ?

Alain Rodier : La conférence baptisée le « Congrès de dialogue national syrien » doit effectivement débuter pour deux jours le lundi 29 janvier à Sotchi.
Elle est parrainée par la Russie, l’Iran et la Turquie. 1 500 invitations ont été lancées. Mais cette réunion se présente sous de mauvais auspices.
A savoir que le « Haut Comité pour les Négociations » (HCN) qui, depuis 2016, réunit sous l’égide de l’Arabie Saoudite des mouvements d’opposition syriens représentés aux pourparlers de Genève, a décliné l’offre. Les organisateurs espèrent encore que quelques uns de ses membres accepteront de faire le déplacement – sans toutefois pouvoir représenter le HCN -.
De plus, Ankara a tiré une balle dans le pied à cette manifestation organisée depuis des semaines en déclenchant l’offensive « Rameau d’olivier » contre canton kurde syrien d’Afrin. Bien logiquement, le Parti de l’union démocratique kurde syrien (PYD) a, en conséquence, refusé de participer à cette rencontre dont les Turcs sont les co-organisateurs. De toutes façons, Ankara s’était fait tirer l’oreille par Moscou pour que des Kurdes puissent être présents à Sotchi mais refusait que ce soient des représentants du PYD considéré comme le cousin syrien du PKK (ce qui n’est pas faux).
Disons le tout net, cette conférence qui devrait examiner la possibilité d’établir une nouvelle Constitution en Syrie n’a aucune chance d’aboutir. Même Moscou ne se fait pas d’illusions en déclarant que cela participe au processus général engagé par l’ONU (d’où l’invitation de son représentant pour la Syrie, Staffan de Mistura) pour « revitaliser » les négociations de Genève.
Jusqu’à maintenant, les initiatives de Moscou qui s’étaient tenues à Astana puis à Sotchi avait connu quelques avancées comme l’établissement des « zones de désescalade » en Syrie où les combats devaient théoriquement cesser. Mais les bénéfices en avaient été surtout tirés par les forces gouvernementales syriennes qui avaient ainsi pu dégager des effectifs pour les répartir sur autres fronts.

Au delà de cette conférence de Sotchi, quelles sont les acteurs nécessaires à une résolution stable et pérenne du conflit ? La forme actuelle n’est-elle pas une garantie d’instabilité à venir ?

Il est terrible de constater que si les populations syriennes sont soumises à des souffrances intolérables depuis sept ans, aucun des intervenants extérieurs ne semble avoir vraiment intérêt à que cela s’arrête.
. Les Occidentaux veulent la chute de Bachar el-Assad même s’ils n’en font plus un préalable à toute ouverture de discussions. De toutes façons, pour eux, il devra un jour être traduit devant la justice pénale internationale. A l’évidence, cela ne pousse pas le régime syrien à faire la moindre concession surtout au moment où se sent position de force.
. Plus globalement, les Américains ne veulent pas que le régime de Damas aidé par ses alliés russe et iranien ne reprenne le contrôle de l’ensemble du territoire syrien. C’est pour cette raison que Washington se retrouve dans la situation inconfortable d’être obligé de continuer à soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS dont l’ossature reste le PYD) qui tiennent le nord de l’Euphrate jusqu’à la frontière irakienne tout en mécontentant Ankara pour cette aide apportée aux « terroristes séparatistes » kurdes. C’est ce qui explique en partie le déclenchement de l’opération « Rameau d’olivier » qui a théoriquement comme objectif militaire la prise de Manbij où se trouvent des GIs qui, pour l’instant, n’ont pas l’intention de bouger… Si les Américains quittaient les régions du Nord de l’Euphrate, ils ne craignent pas vraiment que les territoires tenus par les FDS soient repris par les forces gouvernementales syriennes, mais qu’un accord soit trouvé entre Damas et le PYD pour se partager la tache. En effet, les forces syriennes pourraient contrôler la partie arabe récupérée sur Daech (dont la ville de Raqqa) et le PYD continuer à gérer le Rojava oriental (les cantons de Kobané et de Cizire). Horreur, le régime de Damas gagnerait en crédibilité et ce serait une victoire psychologique pour Moscou !
. Les Russes, pour leur part, veulent rester en Syrie pour étendre leur influence en Méditerranée. Il n’est pas certain qu’un règlement définitif de la situation sécuritaire dans le pays le leur permettrait, le gouvernement alors mis place pouvant à terme les trouver un peu trop « encombrants ». Le fait que le régime de Damas continue à avoir besoin des militaires russes au jour le jour est la garantie de sa coopération pleine et entière.
. Les Iraniens souhaitent toujours construire leur « corridor sécurisé » d’accès à la Méditerranée via l’Irak puis la Syrie. Le parcours reste aujourd’hui incertain plusieurs options étant sur la table. Les Israéliens sont totalement hostiles à cette politique d’influence et feront tout pour s’y opposer. Netanyahu s’en est entretenu avec Poutine hier à Moscou mais rien n’a filtré pour l’instant de ces entretiens. Une seule certitude: les relations sont bonnes entre Israël et la Russie pour de multiples raisons qui seraient trop longues à évoquer ici.
. Les Saoudiens sont assez contents que l’ »abcès de fixation » syrien continue à mobiliser les moyens de leur grand adversaire iranien. Ils partagent entièrement les vues de l’Etat hébreu qui veut contenir la poussée de Téhéran en Syrie.
. Tous les groupes salafistes-djihadistes, qu’ils dépendent ou pas de Daech (qui existe encore) ou d’Al-Qaida, même s’ils savent bien qu’ils ne vaincront pas, veulent que la guerre perdure car c’est leur gagne pain quotidien.
. Enfin, les Syriens eux-mêmes qui sont les premières victimes de cette guerre, restent très divisés même s’ils sont épuisés par toutes ces épreuves dont personne ne voit la fin.
Quels sont les obstacles à lever pour en arriver à mettre l’ensemble de ces acteurs « autour de la table » ?
Il n’y a pas aucune solution miracle pour plusieurs raisons.
. D’abord, les salafistes-djihadistes sont lancés dans une guerre interne à l’Islam (contre les chiites et les sunnites qui ne partagent pas leur idéologie de retour aux écritures des origines) et n’accepteront jamais de négocier. Quoique l’on en dise, les « mécréants » que nous sommes ne constituent que des « cibles secondaires » car leur objectif est d’abord d’établir le califat sur les pays musulmans dont tous les dirigeants sont considérés comme des « traîtres » et des « vendus ». Il nous est reproché de soutenir ces mêmes dirigeants et nous devons en payer le prix. C’est uniquement lorsque les terres d’Islam seront entièrement tombées sous leur coupe que les salafistes-djihadistes entameront la conquête des terres impies.
Ce qui est effrayant, c’est que les salafistes-djihadistes sont les vrais « révolutionnaires » du XXI°siècle dont l’idéologie est en train de gagner peu à peu les « masses » musulmanes sans qu’aucun discours ne semble capable de leur barrer la route. Il faut dire que le réservoir de leurs recrues potentielles est immense. Tout « révolté » peut trouver dans le salafisme l’idéologie qui guidera ses pas – comme autrefois le marxisme-léninisme -.
. Comme nous l’avons vu plus avant, les intérêts des nations engagées dépasse largement la Syrie elle-même. Alors, toutes les négociations avec les grandes (et moyennes) puissances qui obligeraient les acteurs syriens à s’entendre sont vaines. Ensuite, plus il y a de participants qui assistent à des négociations, plus on est sûr d’aboutir à rien de concret.
Il conviendrait de replacer le problème syrien dans le cadre beaucoup plus large de la situation au Proche et Moyen-Orient. Que les grandes puissances s’entendent d’abord en bilatéral (puis en multilatéral) sur leurs véritables objectifs pour essayer de créer un nouveau « Yalta ». Une fois que cela est fait, mettre les acteurs régionaux autour de la table, en particulier l’Iran et l’Arabie Saoudite pour tenter d’apurer les contentieux. Ensuite seulement, le faire pays par pays en sachant que les salafistes-djihadistes resteront en dehors du processus (de leur propre volonté) et que la seule façon de les gérer sera de tenter de les « contenir ».
Tout cela relève bien sûr du rêve pieux mais pour résumer, si les dirigeants actuels souhaitent laisser leur trace (positive dans l’Histoire), il serait peut-être utile de commencer par un électrochoc :
. une rencontre au sommet entre Trump et Poutine dont ils ne ressortiraient (comme lors d’un conclave qui désigne un nouveau pape) que lorsque des décisions concrètes sur des « zones d’influence » auraient été signées.
. Cela devrait ensuite être élargi aux autres grandes puissances, Chine, Inde, Europe pour qu’elles mettent en phase leurs propres politiques étrangères.
. Enfin, le plus délicat, obliger les acteurs régionaux à vraiment négocier : Iran, Arabie Saoudite, Israël, Turquie, pour enfin terminer par examiner la situation pays par pays (et ce n’est pas uniquement valable pour la Syrie).
L’auteur a conscience d’être dans le « y’a qu’à, faut qu’on … » et que cela demeure du domaine de la politique fiction. Mais au point où l’on en est, on peu se permettre un grain de folie…

image: http://www.atlantico.fr/sites/atlantico.fr/files/styles/page-profil/public/fiches/2014/07/alain-rodier.jpg?itok=9qxVCK5n

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l’espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l’ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 
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Où va la Russie de Poutine ?

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23/01/2018

Xerfi Canal a reçu Thomas Gomart, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales, pour parler de la Russie de Poutine.

Une interview menée par Mathias Thépot.

En savoir plus sur l’Institut Français des Relations Internationales (Ifri)

 

Mots clés : Economie mondiale, Géopolitique / géostratégie, Russie, , Politique étrangère, Poutine, mandat, opposition

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Thomas-Gomart-Ou-va-la-Russie-de-Poutine-_3745483.html

Pourparlers entre Coréens : qui a réussi à faire le premier pas ?

Pourparlers entre Coréens : qui a réussi à faire le premier pas ?


Par Andrew Korybko – Le 15 janvier 2018 – Source Oriental Review

Intra-Korean talksLes pourparlers entre Coréens ont repris à la veille des Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, immédiatement après le tweet menaçant de Trump à propos de son gros bouton nucléaire.

Le président américain a prétendu dans un tweet plus tard que sa position ferme était la raison pour laquelle Kim Jong-Un a décidé de retourner à la table des négociations. Mais la vérité est que la Corée du Nord l’a fait immédiatement après que les États-Unis et la Corée du Sud ont décalé un exercice militaire à après les prochains Jeux Olympiques. Rétrospectivement, il est possible que la « stratégie nucléaire » de Trump sur les médias sociaux ait eu pour but de détourner l’attention des masses mondiales de ce fait « politiquement gênant » et de fournir une distraction « honorable » à un mouvement pragmatique qui aurait autrement pu être dépeint de manière trompeuse par ses adversaires comme un « recul ».

À l’heure actuelle, Trump croit que la mise en œuvre de sa « théorie des fous » est la raison pour laquelle Kim a reculé et pas lui, alors que Kim semble penser que son année de tests nucléaires et de lancements de missiles réussis a forcé les États-Unis à faire le premier pas pour désamorcer la situation en retardant leurs prochains exercices militaires avec la Corée du Sud. Les deux parties peuvent écarter toute critique sur qui a fait le premier pas en adoptant cette accusation et en la justifiant sur la base de leur « esprit olympique » transformant ainsi toute attaque potentielle en un avantage en termes de soft power si elles sont assez intelligentes.

Il est fort probable que cette « détente » naissante ne durera que jusqu’à la fin des Jeux olympiques, voire pas du tout, mais il y a aussi la possibilité qu’elle puisse offrir à la Chine une occasion en or de progresser dans la médiation de la crise péninsulaire. Pékin a déjà réclamé un soi-disant « double gel » soit la suspension simultanée des exercices militaires américano-sud-coréens et des essais nucléaires et de missiles nord-coréens, ce qui est en réalité ce qui s’est passé temporairement, même si aucune des parties ne le reconnaît ouvertement. Selon les résultats des pourparlers entre Coréens, le président sud-coréen Moon Jae-In pourrait même être encouragé à relancer l’engagement de la campagne de l’an dernier d’entamer une « nouvelle politique d’ensoleillement » envers la Corée du Nord.

L’obstacle à cette politique a toujours été les États-Unis, qui ont cherché à provoquer la Corée du Nord au cours de l’année afin de fournir à la Corée du Sud un prétexte [ou une obligation, NdT] plausible pour étouffer cette politique et accepter plus de déploiements de missiles anti-aériens THAAD sur la péninsule. Aussi il reste à voir si l’Amérique ruinera les progrès éventuellement positifs que les deux parties pourraient faire. Cependant, même si elle essaie, il serait important que la Corée du Nord ne morde pas à l’appât, car ce geste de bonne volonté pourrait créer une confiance énorme envers les Sud-Coréens et leur montrer que Pyongyang est sérieux dans son approche pour respecter le « double gel » proposé par la Chine. Celui-ci pourrait entrer en vigueur tant que Séoul est convaincu de continuer à retarder les exercices militaires avec les États-Unis ou les suspendre purement et simplement, comme le proposait Pékin.

Pour revenir sur la question initiale de l’analyse, on peut conclure que Trump et Kim n’ont pas fait marche arrière pour ouvrir la voie aux pourparlers entre Coréens, mais qu’ils ont tous deux intérêt à faire croire que leur rival est celui qui l’a fait. Le juge ultime sera de voir lequel des deux va subvertir « l’esprit olympique » soit pendant les jeux, soit après, en revenant au statu quo d’une hostilité rhétorique à grand renfort de communiqués guerriers.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourparlers-entre-coreens-qui-a-reussi-a-faire-le-premier-pas

 

Yémen : du soulèvement contre Saleh en 2011 à la prise d’Aden par les séparatistes

Moyen-Orient

Yémen : du soulèvement contre Saleh en 2011 à la prise d’Aden par les séparatistes

© AFP | Des forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi lors d’une cérémonie de fin de promotion, le 17 janvier 2018.

Texte par FRANCE 24 https://platform.twitter.com/widgets/follow_button.83d5793f6ebbe2046330abda6016ae93.fr.html#dnt=false&id=twitter-widget-0&lang=fr&screen_name=France24_fr&show_count=false&show_screen_name=false&size=m&time=1517412116304

Dernière modification : 31/01/2018

L’ONU le qualifie de « pire crise humanitaire au monde ». Débuté en 2011 par un soulèvement populaire, le conflit au Yémen n’a cessé de s’envenimer. Dernier épisode en date le 30 janvier 2018, avec la prise d’Aden par les séparatistes.

Le départ de Saleh et l’arrivée de Hadi au pouvoir

Le 27 janvier 2011 marque début d’une contestation qui va mobiliser des dizaines de milliers de manifestants pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh. D’importantes tribus se joignent au mouvement, suivies par des officiers de l’armée.

Le 23 novembre, Ali Abdallah Saleh signe à Ryad avec l’opposition parlementaire un accord de transition parrainé par les monarchies arabes du Golfe, en vertu duquel il doit remettre le pouvoir à son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, en échange de l’immunité pour lui-même et ses proches.

>> À lire aussi : Ali Abdallah Saleh, symbole d’un Yémen déchiré

L’ancien président Ali Abdallah Saleh. © Archives AFP

Le 27 février 2012, il cède officiellement le pouvoir à Abd Rabbo Mansour Hadi, après 33 ans de règne.

La chute de Sanaa

Pendant l’été 2014, les Houthis, s’estimant marginalisés après l’insurrection, lancent une offensive depuis leur fief de Saada (nord). Issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme), les Houthis contestent depuis une décennie le pouvoir central. Ils sont soutenus par l’Iran, qui dément toute implication militaire.

>> À lire aussi : Qui sont les Houthis, ces rebelles qui bouleversent la donne au Yémen ?

Le 21 septembre, les rebelles, alliés à de puissantes unités militaires restées fidèles à Ali Abdallah Saleh, entrent dans Sanaa et s’emparent du siège du gouvernement après plusieurs jours de combats. En octobre, les Houthis prennent le port de Hodeida (ouest) puis progressent vers le centre du pays.

Le 20 janvier 2015, ils s’emparent du palais présidentiel à Sanaa.

Le 21 février, le président Hadi fuit Sanaa pour Aden (sud), qu’il proclame capitale « provisoire ».

Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi. © Archives AFP

En mars, les Houthis avancent vers le sud et s’emparent d’Aden. Leur chef, Abdel Malek al-Houthi, justifie l’offensive par la lutte contre les extrémistes sunnites d’Al-Qaïda et du groupe État islamique (EI).

L’offensive saoudienne

Le 26 mars 2015, neuf pays dirigés par l’Arabie saoudite lancent l’opération aérienne « Tempête décisive » (puis « Restaurer l’espoir ») pour contrer l’avancée des Houthis vers le sud. Le président Hadi se réfugie à Riyad.

Le 17 juillet, le gouvernement annonce la « libération » de la province d’Aden, premier succès des forces loyalistes appuyées par la coalition arabe sous commandement saoudien.

Jusqu’à mi-août, les forces loyalistes parachèvent la reprise de cinq provinces du sud, mais peinent à les sécuriser face à Al-Qaïda et l’EI.

En octobre, les forces loyalistes reprennent le contrôle du détroit de Bab al-Mandeb, par où transite une bonne partie du trafic maritime mondial.

En janvier 2017, les forces gouvernementales appuyées par l’aviation et la marine de la coalition déclenchent une opération dans l’ouest. Le but est de reprendre les zones longeant la mer Rouge.

La fin de l’alliance entre les Houthis et Saleh…

Le 23 août 2017, la direction des Houthis qualifie de « traître » l’ex-président Saleh pour les avoir présentés comme des « miliciens ». Le 29 novembre, la crise entre Ali Abdallah Saleh et les Houthis dégénère à Sanaa, où de violents combats éclatent entre les deux alliés.

Le 2 décembre, Ali Abdallah Saleh propose à l’Arabie saoudite de « tourner la page », à condition qu’elle lève le blocus renforcé un mois plus tôt après un tir de missile par les Houthis au-dessus de Riyad.

Le 4 décembre, Ali Abdallah Saleh est tué par des rebelles houthis, qui renforcent leur emprise à Sanaa.

Fin avril 2017, l’ex-gouverneur d’Aden, Aidarous al-Zoubaidi, est limogé par le président Hadi. Le 11 mai, Aidarous al-Zoubaidi annonce la mise en place d’un « Conseil de transition du Sud », une autorité parallèle dominée par des séparatistes.

Aden aux mains des séparatistes

Le 28 janvier 2018, des forces séparatistes s’emparent du siège transitoire du gouvernement à Aden après des affrontements meurtriers avec l’armée loyaliste. Le Premier ministre dénonce un « coup de force » séparatiste et demande à la coalition d’intervenir.

Le 29, la ville d’Aden est de nouveau le théâtre de violents combats entre forces séparatistes et militaires gouvernementaux, qui utilisent des chars et de l’artillerie lourde. Le lendemain, la ville passe sous le contrôle des séparatistes, plongeant encore un peu plus le pays dans le chaos.

Avec AFP

Première publication : 31/01/2018

http://www.france24.com/fr/20180131-yemen-soulevement-saleh-chute-houthis-separatistes-aden-sanaa-chronologie?xtor=EPR-300-[Quotidienne]-20180131-[contenu]-1044053310412

Report de l’objectif de réduction de la part du nucléaire en 2025 : point de vue d’un juriste

23.01.2018

Report de l’objectif de réduction de la part du nucléaire en 2025 : point de vue d’un juriste

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Par Marc Léger, président de la Section technique Droit et assurance de la SFEN

S’il apparaît nécessaire, par souci de sécurité juridique, de modifier l’objectif de 2025, il est possible d’attendre fin 2018 pour procéder à cette révision. Si, politiquement, cela n’était pas jugé opportun, avancer en faisant mine de respecter l’objectif désavoué, en sachant qu’il ne sera pas tenu, constituerait une stratégie risquée, principalement pour EDF.

Le 7 novembre dernier, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé à l’issue du Conseil des ministres qu’il serait « difficile » de tenir l’objectif de réduction de 75 % à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025 fixé par la loi dite de transition énergétique et estimé qu’il serait plutôt atteignable en 2030, voire en 2035.

Comme on pouvait s’y attendre, cette annonce a été, d’un côté, saluée par les milieux pro-nucléaires qui se sont félicité que le ministre ait pris une décision « raisonnable » et « pragmatique » et, de l’autre, violemment critiquée par les opposants au nucléaire qui ont accusé le ministre de violer la loi.

Laissons de côté les réactions politiques qu’a suscitées cette annonce et intéressons-nous à la (seule) question juridique qu’elle soulève : le constat de l’impossibilité d’atteindre l’objectif de 2025 nécessite-t-il de modifier la loi ?

Que dit la loi de transition énergétique ?

L’article 1er de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte1 introduit dans le code de l’énergie plusieurs articles nouveaux relatifs à la politique énergétique, en particulier un article L. 100-4.I, lequel énonce : « La politique énergétique nationale a pour objectifs : […] 5° De réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025 ».

Quand le ministre en charge de l’énergie annonce qu’il sera(it) difficile d’atteindre cet objectif et qu’il ne pourrait être atteint que 5 ou 10 ans plus tard, il reconnaît certes, ou estime, qu’une disposition
du Code de l’énergie ne pourra pas être respectée. Mais ce faisant, il ne la viole pas stricto sensu, la non-atteinte de l’objectif ne pouvant logiquement être constatée qu’à la date indiquée ; il prépare à
sa non-application.

La question de droit qui est posée en l’occurrence est celle de la portée normative d’un objectif de politique gouvernementale. La question ne se poserait pas de la même manière si cet objectif n’avait pas été fixé par une loi (au surplus codifiée). Comme dans de nombreuses lois de programme ou de programmation analogues à la loi dite Grenelle I2, qui formalise les 268 engagements du Grenelle de l’environnement, l’énoncé d’objectifs ressort de la compétence législative, ou plutôt peut y entrer quand le législateur s’en empare. La logique voudrait qu’on modifie l’objectif, reconnu comme non atteignable, par un vecteur de la même nature que celle de l’outil d’énonciation. Mais, en droit, il en est évidemment autrement pour ce qui concerne l’énoncé d’un objectif : aucune sanction ne saurait frapper le gouvernement s’il ne respecte pas cet objectif, que ce soit silencieusement ou avec force publicité, hors évidemment l’engagement de sa responsabilité politique – que l’on peut difficilement voir se réaliser dans le contexte actuel. On peut d’ailleurs observer que nos lois sont de vrais cimetières d’objectifs déchus, sans que le législateur ait senti le besoin de remettre en chantier leur énoncé pour le corriger.

La seule différence pour ce qui concerne la loi de transition énergétique vient de ce que l’objectif de 2025 ne peut être lu séparément de son contexte, et que dans le même texte, on ne compte pas moins de sept articles pour lesquels cet objectif induit potentiellement des conséquences, si bien que le modifier conduit en réalité à changer des dispositions de fond portant application de la loi.

Le report de cet objectif induit des conséquences pour sept articles de la loi sur la transition énergétique

Dans l’ordre des articles de la loi :

  • L’article 40 prévoit une « stratégie pour le développement de la mobilité propre », qui ne sera, évidemment, pas rythmée de la même manière selon que des calendriers énergétiques pourront
    ou pas être tenus. L’impact est ici potentiel et partiel.
  • L’article 64 prévoit l’adoption d’un « plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques », qui ne sera pas élaboré de la même manière s’il doit y avoir réduction immédiate
    de la part du nucléaire ou si du temps supplémentaire est donné à la transition du charbon à d’autres sources énergétiques alternatives au nucléaire.
  • L’article 175 prévoit l’adoption d’une « stratégie nationale de mobilisation de la biomasse », qui, nécessairement, pourrait être étalée sur une plus longue durée tant que les centrales nucléaires demeurent les fournisseurs essentiels d’électricité.
  • L’article 176 prévoit l’adoption d’une « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE), fixée par décret [3], afin d’atteindre, sur deux périodes successives, les objectifs définis notamment à l’article L. 100-4 du code de l’énergie. Il est clair que cette programmation ne pourra pas être la même selon que l’objectif contesté pourra ou pas être respecté, son contenu étant logiquement impacté par une plus grande urgence s’il devait ou pouvait l’être.
  • L’article 187 prévoit l’obligation pour EDF d’établir un « plan stratégique », présentant les actions qu’il s’engage à mettre en oeuvre pour respecter les objectifs de sécurité d’approvisionnement et de diversification de la production d’électricité fixés dans la première période de la PPE. En application de cette disposition, l’article 12 du décret précité relatif à la PPE dispose que « conformément à l’article L.311-5-7 du code de l’énergie, dans un délai maximal de six mois à compter de la publication du présent décret, Électricité de France établit un plan stratégique compatible avec les orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie qui fixe l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité à l’horizon 2025. » Ce plan stratégique serait évidemment profondément différent si l’objectif de 2025 ne figurait plus dans la PPE, puisque EDF pourrait sans difficulté étaler dans le temps ses obligations comptables de provisionnement et ses prévisions d’investissement alternatif.
  • Accessoirement, seraient également concernés mais dans une moindre mesure : l’article 182 qui prévoit la mise en place d’un « plan de programmation de l’emploi et des compétences » tenant compte des orientations fixées par la PPE, et l’article 183 obligeant les ministres chargés de l’énergie et de la recherche à arrêter et rendre publique une « stratégie nationale de la recherche énergétique » fondée sur les objectifs définis par la loi.

Dès lors, faut-il modifier la loi ? Et quand ?

Compte tenu des liens existant entre l’objectif de 2025 et d’autres dispositions clairement normatives, il serait non seulement logique, mais aussi inévitable juridiquement de modifier la loi. Modifier seulement le décret de 2016 relatif à la PPE (en supprimant la fin de phrase de l’article 12, « qui fixe l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité à l’horizon 2025 ») pour permettre à EDF d’adapter son plan stratégique, alors que ce plan doit être compatible avecles orientations de la PPE, dont la version pour 2016-2018 fixe clairement l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % en 2025, risquerait d’offrir une occasion de contentieux à ceux qui ont mal reçu l’annonce ministérielle.

En fait, la loi de transition énergétique prévoit elle-même une procédure de révision. Le II de l’article L. 100-4 dispose en effet que « L’atteinte des objectifs définis au I [dont celui de la réduction de la part du nucléaire en 2025] fait l’objet d’un rapport au Parlement déposé dans les six mois précédant l’échéance d’une période de la programmation pluriannuelle de l’énergie […] ». Il ajoute que « le rapport et l’évaluation des politiques publiques engagées en application du présent titre peuvent conduire à la révision des objectifs de long terme définis au I […] ». La première période de la première PPE s’achevant en 2018, conformément à l’article L.141-3 du code de l’énergie, on peut donc envisager de ne pas modifier la loi immédiatement, mais de le faire avant la seconde période, soit avant fin 2018, ou au pire – au prix d’une réécriture rapide début 2019 de ce plan stratégique – au premier trimestre 2019.

On remarquera toutefois, sur le plan juridique, que cette modification, pour inévitable qu’elle puisse paraître, pourrait se voir reprocher de violer le principe de non-régression [4], figurant désormais parmi les principes généraux du droit de l’environnement. Il est vrai que celui-ci n’a qu’une valeur législative et que ce qu’a fait une loi peut être défait par une autre… Sauf si le Conseil constitutionnel, qui sera sans doute saisi par un biais ou un autre, qualifiait ce principe de principe ayant valeur constitutionnelle.

La modification de l’objectif de 2025 aurait-elle d’autres conséquences ?

S’il apparaît logique et nécessaire de modifier l’objectif de 2025, cette modification ne saurait toutefois entraîner la remise en cause de l’objectif de 23 % de la part des énergies renouvelables à l’horizon 2020, qui figure également à l’article L. 100-4.I du code de l’énergie, lequel prévoit, parmi les objectifs de la politique énergétique : « de porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % de cette consommation en 2030 ; à cette date, pour parvenir à cet objectif, les énergies renouvelables doivent représenter 40 % de la production d’électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 % de la consommation finale de carburant et 10 % de la consommation de gaz ».

Cet objectif est imposé à la France par la directive 2009/28 du 23 avril 2009 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (Annexe I.A) [5]. Il est clair qu’il est donc contraignant puisqu’il constitue un engagement de la France vis-à-vis des autres membres de l’Union européenne et que, malgré les difficultés de configuration qu’il présenterait, un contentieux pourrait être initié avec des chances de succès.

Crédit photo : Arnaud Boussou – TERRA

Légende : En 2015, Ségolène Royal fait voter la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, laquelle prévoit une réduction de la part du nucléaire en 2025. Deux ans après, son successeur, Nicolas Hulot, annonce que cet objectif est inatteignable et reporte l’échéance.

1.Loi n° 2015-992 du 17 août 2015.

2.Loi n° 2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement.

3.Aujourd’hui, le décret n° 2016-1442 du 27 octobre 2016 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie.

4.Principe introduit dans l’article L. 110-1 du code de l’environnement par la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, selon lequel : « la protection de l’environnement, assurée par les dispositions législatives et réglementaires relatives à l’environnement, ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment ».

5.Directive 2009/28/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables et modifiant puis abrogeant les directives 2001/77/CE et 2003/30/CE.

http://www.sfen.org/rgn/report-objectif-reduction-part-nucleaire-2025-point-vue-juriste?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo31janv2018

 

Comment les chrétiens font entendre leur voix à l’Unesco ?

Comment les chrétiens font entendre leur voix à l’Unesco ?

SERGE ATTAL I ONLY FRANCE
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Quand la pensée chrétienne éclaire l’Unesco. Créé en 1947, le Centre catholique international de coordination (CCIC) est une organisation présente à l’Unesco pour y porter la voix d’associations chrétiennes et de particuliers qui œuvrent pour bâtir un monde meilleur. Découverte.

« L’espérance, une conviction intérieure qui nous permet de tenir dans l’épreuve et d’avancer malgré les ténèbres ». Ce témoignage, celui du cardinal Philippe Barbarin, a été recueilli il y a quelques semaines à l’occasion des 70 ans du Centre catholique international de coordination (CCIC) auprès de l’Unesco, un organisme influent mais quasi-inconnu du « grand public ». « Le CCIC est une plateforme de réflexion, d’information, d’échange et de formation fondée sur les valeurs chrétiennes de solidarité et d’engagement, commence Christine Roche, sa présidente depuis 2012. Elle agit dans les domaines de compétences de l’Unesco, à savoir la culture et l’éducation, l’information et la communication, les sciences exactes et naturelles et les sciences humaines et sociales. » Ce qui lui confère un rôle bien particulier auprès de l’organisation des Nations unies.

Jugez-plutôt. Le CCIC compte une cinquantaine d’ONG chrétiennes membres dont l’Association internationale des Charités (AIC), la Confédération internationale saint Vincent de Paul (CSVP), Fondacio, l’Union internationale chrétienne des dirigeants d’entreprises (UNIAPAC), le mouvement international des intellectuels catholiques, l’Oeuvre d’Orient… « À la différence des ONG chrétiennes qui s’expriment directement à l’UNESCO au nom de leur foi et selon leur charisme, le CCIC se joint à la réflexion de toute la société civile », détaille Christine Roche.

La voix des chrétiens dans le monde

Mais alors quel(s) lien(s) entretient le CCIC avec le Saint-Siège ? « Nous entretenons de bonnes relations. Mgr Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, est au courant de tout ce que nous faisons, nous travaillons en bonne intelligence et il n’hésite pas à nous donner des conseils. Mais le CCIC n’est pas la voix du Saint-Siège, elle est celle des chrétiens dans le monde. Nous disposons d’une liberté de ton et d’action que n’a pas le Vatican. Le CCIC pourrait s’apparenter à un trait d’union entre l’Unesco et le Saint-Siège », indique la présidente. Pour mémoire, c’est en janvier 1947 que le CCIC a été créé par Mgr Rupp, assisté de Jean Larnaud et avec l’appui de Mgr Roncalli, nonce apostolique en France. En janvier 2010, soit 63 ans plus tard, le CCIC a été officiellement établi par l’Unesco comme partenaire de consultation.

Concrètement, son action se fait en deux temps : le CCIC mène d’abord une réflexion propre en s’appuyant sur le savoir-faire et l’expérience terrain de ses membres. Dans un second temps, l’organisme lance et anime des groupes d’étude prospective en lien avec les objectifs de l’Unesco, organise des colloques et des rencontres au siège de l’organisation sur des thèmes majeurs de la société et interpelle les États membres ainsi que le secrétariat général quand la situation l’exige. En 2013, le CCIC a par exemple contribué à préparer la conférence de la famille dans le cadre de l’Année internationale de la Famille. L’occasion pour l’organisme de souligner la disparition du terme “famille” dans les différentes directives de l’Unesco… et sa réapparition progressive depuis la conférence. En 2015, au regard de l’actualité, le CCIC a également réfléchi sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Plus récemment, l’organisme a constitué un groupe de travail autour de la thématique « Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain » afin d’être présent et pertinent sur ces sujets qui vont occuper le débat public dans les prochains mois.

« Pas un lobby mais une parole »

« Le CCIC à une voix d’observateur, elle est consultative mais pas délibérative », rappelle la présidente. Ancienne professeur et chef d’établissement, Christine Roche choisit ses mots avec précision. Si ses yeux témoignent d’une grande vivacité, elle n’hésite pas à prendre quelques instants de réflexion avant de répondre. « Nous ne sommes pas un lobby mais une parole et une présence à l’Unesco. Il faut que la pensée chrétienne soit présente au sein des organismes internationaux. Et elle l’est », affirme-t-elle. Le CCIC travaille par exemple actuellement sur la journée internationale de la fille qui aura lieu le 11 octobre. « Nous sommes en train de préparer un certain nombre d’événements à destination de la communauté internationale ainsi que des presses locales afin de les sensibiliser sur les mariages précoces, les mutilations génitales, l’accès à l’école… ».

Le CCIC intervient également dans la mise en œuvre des programmes de l’Unesco. « Parce que l’Unesco n’a pas assez de fonds pour appliquer ses programmes, elle fait appel aux organisations partenaires, dont nous faisons partie, pour les financer (l’Unesco en compte près de 400 au total ndlr). On a donc notre mot à dire sur la manière dont les appliquer ». Mais plus l’aspiration est belle, plus les limites peuvent être rudes. Par exemple, le CCIC ne peut agir directement – ou indirectement – sur les résolutions concernant le conflit israélo-palestinien. « Le CCIC ne porte pas de parole politique, rappelle ainsi la présidente. Concernant le statut de Jérusalem, je reprendrais simplement les mots d’Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco : “Il est toujours dangereux de remettre en cause un équilibre historique très sensible” ».

Le levain dans la pâte

« Pour résumer l’action du CCIC, j’aime évoquer l’image du levain dans la pâte ou de la goutte d’eau dans l’océan. Si elle ne se voit pas directement, elle est pourtant indispensable au débat d’idées, rappelle avec justesse Christine Roche. Car c’est dans ce débat que se perçoit la richesse – et la beauté – humaine. Et c’est aussi cela la richesse du christianisme : le Christ est donné à tous et à chacun, en conscience. Il porte une parole de paix, d’amour, que chacun reçoit et entend à sa manière. C’est le levain dans la pâte. »

https://fr.aleteia.org/2018/01/30/comment-les-chretiens-font-entendre-leur-voix-a-lunesco/?utm_campaign=NL_fr&utm_source=daily_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

Unesco/Jérusalem-Est : le Saint-Siège et le Grand rabbinat s’associent

Unesco/Jérusalem-Est : le Saint-Siège et le Grand rabbinat s’associent

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Contre la négation politique et polémique de l’histoire biblique.

Il y a un mois et demi, le conseil exécutif de l’Unesco adoptait formellement une nouvelle résolution sur les lieux saints à Jérusalem-Est, classée au patrimoine de l’humanité, provoquant un tollé en Israël où le gouvernement a aussitôt suspendu ses relations avec l’organisation. Selon cette nouvelle résolution – entérinant une précédente résolution, adoptée en avril dernier, – Jérusalem est reconnue comme une ville essentiellement arabe ou musulmane, gommant de facto aussi bien le passé et le présent juif de Jérusalem, que le passé et le présent chrétien de Jérusalem.

La résolution, censée viser entre autres à « sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est », avait suscité une vive protestation des évêques de France. Mgr Vincent Jordy, le président du Conseil pour l’Unité des Chrétiens et les Relations avec le judaïsme, avait adressé une lettre à Mme Irina Bokova, lui rappelant que « la reconnaissance explicite de chaque communauté de croyants, le respect de cette histoire, est non seulement une question de justice mais aussi une condition de paix « . Ce que ne fait pas l’organisme,  en « semblant ignorer le lien du peuple juif et, en conséquence, de la tradition chrétienne, avec Jérusalem ».

Cette résolution, sous l’intitulé général « Palestine occupée », proposée par plusieurs pays arabes, et soutenue par la France, efface purement et simplement tout « lien entre les juifs, le Mur occidental et le Mont du Temple à Jérusalem ». Le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly avait également fait part de son « étonnement », et regretté une « absence de référence qui méconnaît l’histoire et efface la mémoire de plusieurs siècles ».


Lire aussi : l’Unesco efface 3000 ans d’histoire judéo-chrétienne à Jérusalem


Respect universel des lieux saints

Jusqu’ici le Saint-Siège ne s’était pas positionné. Il a attendu de rencontrer les représentants du Grand Rabbinat d’Israël, fin novembre, à Rome, pour le faire, mais en restant sur «  le général », c’est-à-dire en évitant de citer l’Unesco, « par sobriété diplomatique » affirme-t-on dans l’entourage des discussions. À l’issue de sa 14e rencontre bilatérale, la commission a néanmoins réaffirmé « le principe du respect universel pour les lieux saints de chaque religion ». Dans un document, signé par les présidents des délégations et intitulé « La paix au nom de la religion », rapporte l’Osservatore Romano du 1 décembre, la commission a « pris position avec force contre la négation politique et polémique de l’histoire biblique, exhortant toutes les nations et les religions à respecter ce lien historique et religieux ».

Urgence éducative

Devant les défis et les tragédies humaines de notre époque, elle rappelle également le rôle « indispensable » des « guides religieux » dans l’enseignement de « la tolérance et du respect » aux jeunes générations, et pour « persuader le plus efficacement possible » les autorité de leurs nations  à agir avec plus de tolérance et humanité, envers autrui et envers les plus faibles ».

Et de réitérer alors expressément l’exhortation du pape François à l’audience interreligieuse du 3 novembre dernier au Vatican : « Que soient rejetés les chemins sans but de l’opposition et de la fermeture. Qu’il n’arrive plus que les religions, à cause du comportement de certains de leurs disciples, transmettent un message qui sonne faux, en désaccord avec celui de la miséricorde », et que face aux atrocités, justifiées au nom d’une religion ou de Dieu lui-même, « que soient condamnés de façon claire ces comportements iniques qui profanent le nom de Dieu et qui polluent la recherche religieuse de l’homme (…) », favorisant au contraire, partout, « la rencontre pacifique entre les croyants et une réelle liberté religieuse ».

Après plus d’un demi-siècle de réconciliation et de dialogue fructueux entre juifs et catholiques, conclut la commission, « juifs et chrétiens sont appelés à œuvrer ensemble pour contribuer à créer la paix dans la famille humaine tout entière », en éduquant notamment «  les nouvelles générations à promouvoir la paix et le respect réciproque « .

 La France

En mai dernier, le premier ministre français, Manuel Valls, avait regretté le vote de la France à l’Unesco, soulignant devant l’assemblée nationale : « Il y a dans cette résolution de l’Unesco des formulations malheureuses, maladroites, qui heurtent et qui auraient dû être incontestablement évitées, comme ce vote ». Il faut dire que cette question tombe à un moment où la France tente de relancer le processus de paix israélo-palestinien, toujours au point mort.

https://fr.aleteia.org/2016/12/02/unescojerusalem-est-le-saint-siege-et-le-grand-rabbinat-sassocient/

L’« Entente cordiale » franco-britannique

L’« Entente cordiale » franco-britannique

Passée inaperçue en Occident, la relance du Traité de Lancaster House par Londres et Paris instaure une super « Entente cordiale », bien plus profonde que celle de 1904. Elle participe du rétablissement d’un monde bipolaire et provoquera inévitablement la sortie de la France de l’Union européenne et le retour des tensions entre Paris et Berlin.

| Damas (Syrie)

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En 2010, David Cameron et Nicolas Sarkozy décidèrent de joindre les forces de projection du Royaume-Uni et de la France [1]. Par « force de projection », il faut comprendre les anciennes troupes coloniales. Le Traité de Lancaster House était assorti de plusieurs annexes, dont une prévoyait un gigantesque exercice joint, Southern Mistral. Il s’avéra, quelques mois plus tard, que l’exercice se transforma en une véritable mobilisation des mêmes unités et à la même date pour une vraie guerre, contre la Libye, sous le nom d’Opération Harmattan (traduction littérale de Southern Mistral) [2].

À l’époque, l’initiative britanno-française était pilotée par Washington en application de la stratégie du « leadership par l’arrière ». Les troupes des deux pays tenaient le devant de la scène, tandis qu’en coulisse Washington leur assignait des missions précises.

Le Traité de Lancaster House visait à créer un cadre juridique pour des interventions comme celle (à venir) contre la Libye, et à fusionner les forces dans un souci d’économie et d’efficacité. Ce choix suppose une véritable révolution : une politique étrangère commune.

Cependant, l’essor insufflé par le Traité et par l’expédition contre la Libye s’est progressivement dissipé avec l’inquiétude de l’opinion publique et des diplomates britanniques qui a suivi la Résistance iraqienne à l’occupation anglo-saxonne [3].

Déjà, à partir de 2004, le Royaume-Uni a commencé à préparer une nouvelle « révolte arabe » comme en 1915, sous le nom de « printemps arabe » [4], puis a refusé de bombarder Damas.

Actuellement, Londres est en train de réorganiser sa Défense suite au Brexit, au refus de Donald Trump de continuer à manipuler le terrorisme islamique, et à l’implantation russe en Syrie.

Londres a d’abord signé des accords bilatéraux avec le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et les États baltes posant le cadre d’éventuelles actions communes ultérieures. Puis, il a commencé à réorganiser les réseaux jihadistes du Moyen-Orient autour de la Turquie et du Qatar. Il a facilité le rapprochement militaire de la Turquie, de la Somalie, du Soudan et du Tchad. Enfin, s’appuyant sur le Traité de Lancaster House, il met aujourd’hui en place une super « Entente cordiale » avec la France.

Si le Traité négocié par David Cameron et Nicolas Sarkozy pouvait sembler n’être qu’une opportunité de faire la guerre à la Libye, la relance de ce Traité par Theresa May et Emmanuel Macron est le fruit d’un choix réfléchi sur le long terme [5]. Cette nouvelle étape a été négociée par le mentor du président Macron, Jean-Pierre Jouyet [6], nouvel ambassadeur de France à Londres.

Londres et Paris siègent tous deux au Conseil de sécurité de l’Onu. Ils disposent de l’arme nucléaire. Ensemble, ils ont un budget militaire 30% supérieur à celui de la Russie (mais inférieur à ceux des États-Unis et de la Chine).

En choisissant de privilégier son alliance militaire avec Londres, Paris s’éloigne de Berlin qui prépare son réarmement et souhaite prendre le leadership des autres armées européennes [7]. Si ce processus continue, Paris devra à son tour sortir de l’Union européenne dont Berlin assume déjà de fait le leadership.

Les déclarations d’Emmanuel Macron et la création par Theresa May d’une unité militaire contre les « mensonges » russes [8] annoncent le retour d’un monde bipolaire et la censure des informations provenant de Moscou. L’abandon du couple franco-allemand pour une Entente franco-britannique annonce quant à elle le retour des tensions tant redoutées entre Paris et Berlin.

Source
Al-Watan (Syrie)

http://www.voltairenet.org/article199521.html

JO d’hiver de Pyeongchang : la RPDC annule un événement culturel conjoint avec la Corée du Sud

JO d’hiver de Pyeongchang : la RPDC annule un événement culturel conjoint avec la Corée du Sud

© Chine Nouvelle (Xinhua)David Houstin, le 30/01/2018 09:51

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) a annulé un événement cultuel conjoint avec la Corée du Sud qui devait avoir lieu quelques jours avant le début des Jeux olympiques d’hiver de 2018, a annoncé mardi le ministère sud-coréen de l’Unification.

La RPDC a informé la Corée du Sud lundi à 10h10 heure locale (13h10 GMT) via la ligne téléphonique de communication directe intercoréenne que l’événement culturel conjoint intercoréen que les deux Corées avaient décidé d’organiser le 4 février au mont Kumgang serait annulé.

Les deux parties avaient pris la décision d’organiser cet événement culturel au cours des pourparlers intercoréens de haut niveau tenus le 17 janvier au poste-frontière de Panmunjeom.

Pyongyang a accepté d’envoyer des athlètes, supporters et artistes aux JO d’hiver 2018, qui auront lieu de février à mars à Pyeongchang, dans l’est de la Corée du Sud.

La RPDC a justifié l’annulation de l’événement culturel conjoint par la couverture médiatique négative que les médias sud-coréens ont réservé à la participation de la RPDC aux JO d’hiver .

Des médias conservateurs sud-coréens ont appelé les JO de Pyeongchang les « JO de Pyongyang », critiquant les efforts de paix du gouvernement du président sud-coréen Moon Jae-in.

Les deux Corées ont décidé de défiler ensemble sous un drapeau unifié à la cérémonie d’ouverture et de clôture des JO d’hiver et de former une équipe féminine conjointe de hockey sur glace, la première équipe olympique intercoréenne de l’histoire.

Certains médias conservateurs sud-coréens se sont opposés à cette équipe conjointe et au drapeau unifié au motif qu’ils ne feraient que servir la propagande de la RPDC

https://chine.in/actualite/asie/hiver-pyeongchang-rpdc-annule_18055.html.

Du Safari Club au Safari Club-II

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Du Safari Club au Safari Club-II

Le commentateur dissident Wayne Madsen a développé la description d’une initiative originale et d’une réelle importance politique ; ce faisant, il la compare à un modèle initial, également original, dont il faut développer le rappel historique d’un point de vue structurel (“structure souple”) en laissant de côté pour cet exercice la critique idéologique qui va de soi lorsqu’elle s’exerce sur le temps long et lorsqu’il s’agit du combat au profit de l’américanisme comme c’est le cas. Les deux démarches ont chacune leur intérêt et, par conséquent et simple mathématique, le texte de Wadsen est doublement intéressant. Il s’agit du “Safari Club”, ex-“Mt. Kenya Safari Club” (Safari Club du Mont Kenya), et du “Safari Club-II”.

Le Safari Club constitua, durant sa vie opérationnelle (de 1977 à quelque part entre 1983 et 1986) une de ces associations informelles et semi-clandestines, formée pour une ou des circonstances régionales par des dirigeants de services de renseignement ayant les mêmes intérêts et les mêmes buts, dans tous les cas dans les circonstances données extrêmement conditionnées par des circonstances conjoncturelles et dans un cadre régional bien défini. Par leur caractère à la fois informel, libre de toute attache contraignante voyante, de toute bureaucratie, et évoluant plutôt en apparence dans la sphère sociale de l’influence avec relais vers des capacités opérationnelles, ces “structures” sont extrêmement souples et ont une capacité d’agir très vite et très efficacement.

(Autre exemple de la Guerre Froide du même type que le Safari Club, Le Cercle, clairement d’obédience britannique et directement lié au MI6. Toutes ces “structures souples” ayant des liens également avec d’autres structures clandestines d’action directe telles les réseaux Stay Behind/Gladio, ne sont pas elles-mêmes productrices d’“actions directes”. De ce point de vue, cela contribue également à leur souplesse de fonctionnement.)

Le Safari Club initial, qui naquit du rachat d’une association de chasseurs au Kenya détenue par trois actionnaires (dont l’acteur William Holden), le “Mt. Kenya Safari Club” qui servit de couverture initiale, rassemblait plusieurs pays musulmans anticommunistes et du Moyen-Orient, et la France, bien entendu avec une connexion forte mais non contraignante avec la CIA. Dans la description qu’en fait Madsen, le Safari Club est implicitement présenté quasiment comme une création de la CIA, et l’auteur Peter Dale Scott en fait même une “CIA n°2”. Nous aurions tendance à apprécier dans ces jugements implicites et explicites un paradoxal tropisme américaniste, où même des “dissidents” du Système et adversaires les plus acharnés de la CIA voient la CIA partout en la dotant par conséquent de qualité qu’elle n’a pas toujours, exactement comme les partisans des USA voient partout des traces décisives de la présence hégémonique et “bienfaisante” des USA et de leurs divers “organes”.

Nous dirions au contraire que c’est l’absence de mainmise trop écrasante de la CIA (voir plus loin) qui a contribué au succès du Safari Club original, en empêchant la redoutable bureaucratie américaniste, digne pendant de la bureaucratie soviétique, de contrecarrer tous les avantages du projet. Pendant les années de mise en route et de fonctionnement à plein rendement du Safari Club, de 1977 à 1981, la CIA se trouvait en effet emprisonnée dans les suites paralysantes de sa crise de 1975 (enquête de la Commission Church au Congrès, nomination d’un directeur résolument réformiste, l’amiral Stansfield Turner, par le nouveau président US Carter en 1977).

Selon nous, la cheville ouvrière du Safari Club fut le directeur du SDECE français, le gigantesque et tonitruant comte Alexandre de Marenches, dit “Porthos”, homme aux multiples contacts et amoureux des manœuvres d’influence par les réseaux sociaux d’alors, essentiellement les intrigues de salon, la “Haute Société” (pas encore nommée JetSet mais sur le point de l’être), mais aussi certains réseaux bancaires, de trafiquants, etc. Marenches, proche des Anglo-Saxons avec une femme d’une vieille famille américaine d’origine française (huguenote ayant quitté la France à la révocation de l’Edit de Nantes), proaméricaniste et anticommuniste après une belle guerre (il fut un des chefs d’état-major et officier de liaison du général Juin, futur maréchal, qui commanda avec un brio exceptionnel l’armée française libre durant la campagne d’Italie) et une démission des SR français en 1962 (désaccord avec de Gaulle sur l’Algérie) avant d’être rengagé par Pompidou pour diriger le SDECE de 1969 à 1981.

On verra deux points de vue sur le Safari Club dans les Wikipédia, le français et l’anglais. Du second, nous extrayons cette appréciation de l’un des membres du Safari Club, Prince Turki, chef du SR saoudien, dans une conférence à Georgetown University en 2002, – où l’on voit qu’il n’est pas donné un grand crédit à la CIA dans l’opération et qu’il n’est pas fait mention officiellement d’Israël, – mais par contre l’opération étant placée dans le contexte qui importe, qui était l’écroulement des capacités de renseignement des USA :

« En 1976, après la crise du Watergate qui avait eu lieu ici même, à Washington, votre communauté du renseignement avait été littéralement taillée en pièces par le Congrès. Elle ne pouvait plus rien faire. Elle ne pouvait envoyer des agents en mission, elle ne pouvait écrire des rapports, elle ne pouvait utiliser de l’argent pour opérer. Pour tenter de rétablir cette situation, des pays formèrent un groupe dans l’espoir de combattre le communisme et ils établirent ce qui fut nommé le Safari Club. Il incluait la France, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc et l’Iran [jusqu’à la chute du Shah]. Le but principal de ce club était de partager entre leurs membres leurs informations et de s’aider les uns les autres à contrer l’influence mondiale de l’Union Soviétique, particulièrement en Afrique… »

Ces précisions ne sont pas sans intérêt pour introduire le deuxième point de l’analyse de Madsen, qui  développe la révélation que les Houthis qui se battent présentement au Yémen contre les Saoudiens sont au cœur d’une organisation informelle du même type que le Safari Club, que Madsen baptise aussitôt et fort logiquement Safari Club-II. Il détaille cette “structure souple” qui rassemble les services de renseignement de l’Iran, du Hezbollah, du Fatah et du Hamas.

Au-delà de cette présentation formelle, il y a la description de diverses opérations réalisées par les Houthis, où cette association Safari Club-II a joué un rôle important. Ces opérations prennent ainsi une dimension d’organisation et d’efficacité qui les font passer du seul plan tactique au plan stratégique impliquant la situation de toute la zone du Moyen-Orient, cela qui justifie le concept présenté dans le titre original de l’article : « Ce qu’est “Safari Club-II” et comment il peut changer la dynamique politique au Moyen-Orient » (“What Is ‘Safari Club II’ and How It Can Change Middle East Dynamics”).

De cette manière, le conflit yéménite perd son aspect strictement régional sinon local d’un affrontement confus provoqué par l’agression de l’Arabie contre les Houthis et le Yémen, cette agression à la fois illégale, absurde et cruelle, et paraissant pourtant d’une importance secondaire pour la situation générale. Au contraire, la composante Houthis, qui se trouve impliquée dans une telle “structure souple” qu’est le Club Safari-II, apparaît comme devant à la fois conserver ses capacités d’adaptation propres à des mouvements s’apparentant à des guérilla, capacités de souplesse justement, mais aussi acquérant une dimension politique et stratégique importante, effectivement capable de modifier des situations de grande politique et de grande stratégie. De ce point de vue, le conflit yéménite pourrait constituer non seulement une erreur absurde de l’Arabie, mais également une erreur catastrophique, pouvant se transformer en situation politico-militaire où la stabilité et la structure même du royaume seraient menacées, avec conséquences telluriques en chaîne pour toute la région.

Dans ce cas, le Safari Club originel apparaîtrait rétrospectivement comme une initiative effectivement originale, mais plus encore, une initiative prophétique pouvant servir de modèle à une organisation qui s’adapte parfaitement aux “guerres hybrides” que l’on connaît aujourd’hui, exemple d’application effectivement de ce que William S. Lind désigne comme la “Guerre de 4ème Génération” (G4G). Manifestement Wayne Madsen a été informé, “briefé” dans ce sens, par une ou des source(s) qui apprécie(nt) l’association Safari Club-II de ce point de vue.

Par conséquent, nous sommes conduits à observer le conflit yéménite d’un autre point de vue que l’habituelle vision d’une agression absurde, assorti d’un carnage effectué par des forces saoudiennes incapables de maîtriser leurs capacités de feu contre une population et une organisation qui se défendent comme ils peuvent, avec de faibles moyens. Au contraire pour ce dernier point, les combattants Houthis apparaissent disposer d’une maturité, d’une organisation et d’une efficacité beaucoup plus grandes que supposé tandis que se mettent en place des techniques de coopération et d’organisation à partir d’entités que la critique stratégique du bloc-BAO jugeait également reléguées à des formes primitives de guerre incapables de résister à l’assurance arrogante du maximalisme technologique de la postmodernité. Il est effectivement ironique mais aussi significatif et plein d’enseignement logique de constituer pour lutter contre l’agression bureaucratique et prédatrice du Système, un “modèle” de l’aventure du Safari Club qui fut une réussite du Système essentiellement parce que le poids paralysant de la bureaucratie américaniste était obligé de relâcher son étreinte.

Le texte de Wayne Madsen, dont une traduction-adaptation est présentée en ligne ci-dessous, a été mis en ligne sur Strategic-Culture.org le 26 janvier 2018.

dedefensa.org

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Comment “Safari Club-II“ peut changer le Moyen-Orient

Pendant la guerre froide, la Central Intelligence Agency avait convaincu certains alliés d’Europe et du Moyen-Orient d’établir une alliance informelle de renseignement dont les liens avec les États-Unis devraient être officiellement “contestables de manière plausible”, – selon le langage typique de la CIA. En 1976, un groupe de directeurs d’agences de renseignement pro-occidentaux s’étaient secrètement rencontrés au “Mt. Kenya Safari Club”(“Safari Club du Mont Kenya”), à Nanyuki au Kenya, pour élaborer un pacte informel visant à limiter l’influence soviétique en Afrique et au Moyen-Orient. Le groupe s’était réuni sous les auspices du marchand d’armes saoudien Adnan Khashoggi, du président kenyan Jomo Kenyatta et du secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Si Khashoggi était présent à la première réunion de ce groupe informel qui allait être connu sous le nom de “Safari Club”, Kenyatta et Kissinger étaient absents.

Les signataires de la charte originale du Safari Club au Kenya comprenaient le comte Alexandre de Marenches, directeur du Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE, prédécesseur de la DGSE) ; Kamal Adham, le chef d’Al Mukhabarat Al A’amah, le service de renseignement saoudien ; le général Kamal Hassan Aly, directeur du service de renseignement égyptien ; Ahmed Dlimi, chef du service de renseignement marocain ; enfin, le général Nematollah Nassiri, chef de l’agence de renseignement SAVAK en Iran. Il y a des indications, mais aucune preuve réelle, que le chef du Mossad d’Israël, Yitzhak Hofi, aurait informellement participé à cette première réunion du Safari Club.

Le “Mt. Kenya Safari Club”, fondé en 1959, était la copropriété du magnat du pétrole de l’Indiana, Ray Ryan, qui avait des liens avec la CIA et la Mafia ; de Carl W. Hirschmann Sr., le fondateur suisse de Jet Aviation, une société internationale d’aviation d’affaires ayant des liens étroits avec la CIA et qui a été vendue à General Dynamics en 2008 ; et de l’acteur William Holden. Le 18 octobre 1977, après que le Safari Club ait installé son quartier général opérationnel au Caire, Ryan fut tué dans une voiture piégée à Evansville, Indiana. William Holden est mort dans son appartement de Santa Monica, en Californie, le 12 novembre 1981, apparemment après avoir trébuché sur une table de chevet et s’être fait une blessure au crane qui entraîna le décès par hémorragie ; Holden était seul et il agonisa pendant plusieurs heures, son corps n’étant découvert que trois jours plus tard. Le meurtre de Ryan est une affaire classée mais non résolue tandis que des questions sans réponses caractérisent la mort solitaire de Holden.

En 1977, Khashoggi profita des problèmes fiscaux de Ryan avec le gouvernement américain et des difficultés financières de Hirschmann pour acquérir le contrôle total du “Mt. Kenya Safari Club” qui devint simplement le Safari Club, peu de temps avant le meurtre de Ryan. Avec le transfert clandestin de son siège au Caire, le Safari Club devint un élément-clef dans le recrutement de combattants irréguliers arabes pour lutter contre l’Union Soviétique en Afghanistan. Khashoggi a joué un rôle clé dans le financement de la “Légion arabe” en Afghanistan en s’appuyant sur le soutien de la famille royale saoudienne et du sultan Hassanal Bolkiah du Brunei.

La couverture du “Mt. Kenya Safari Club” continua à jouer un rôle utile dans les réunions clandestines du Safari Club, y compris celle du 13 mai 1982 entre le ministre israélien de la Défense, Ariel Sharon ; le président du Soudan, Jaafar al-Nimeiri ; Omar al-Tayeb, chef des renseignements soudanais ; le milliardaire américano-israélien Adolph “Al” Schwimmer, fondateur d’Israel Aerospace Industries ; Yaacov Nimrodi, ancien officier de liaison du Mossad à Téhéran du tempsde la SAVAK du Shah ; enfin, le directeur adjoint du Mossad, David Kimche.

Le chef du Safari Club était George “Ted” Shackley, qui, en tant que directeur adjoint de la CIA pour les opérations, était le chef des opérations clandestines de la CIA sous la direction de George W. Bush [Bush-père] en 1977-1978. Shackley, dont le surnom était “Blond Ghost”, fut mis à pied par le directeur de la CIA de Jimmy Carter, l’amiral Stansfield Turner, puis rappelé au service par le chef de la CIA de Ronald Reagan, William Casey. Agissant comme un agent de renseignement privé, Shackley a joué un rôle-clef dans la mobilisation de l’ancien réseau SAVAK du Safari Club en Europe pour contribuer à la tristement célèbre affaire Iran-contra.

Le Safari Club était responsable de la plupart des opérations clandestines de l’Occident contre l’Union soviétique dans les zones de conflit s’étendant de l’Afghanistan à la Somalie et de l’Angola au Nicaragua. Il est ironique qu’un groupe d’agences de renseignement et de groupes de guérilla soutenant les Houthis au Yémen reprenne aujourd’hui le modèle de l’ancien Safari Club pour combattre les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, Israël et leurs mandataires au Yémen, la Corne de l’Afrique, et le grand Moyen-Orient.

Le mouvement Houthi anti-Saoudien au Yémen, dont les membres adhèrent à la secte Zaidi-Shi’a de l’Islam, s’oppose aux pratiques fondamentalistes rigides du Wahhabisme saoudien. Les Houthis, qui sont alignés religieusement et politiquement avec l’Iran chiite, ont établi un service de renseignement externe sous la direction d’Abdelrab Saleh Jerfan. S’inspirant de la formule du Safari Club, les services de renseignement Houthi ont conclu des accords informels avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) ou Pasdaran ; le Service de sécurité préventive (PSS) de Palestine ; les trois branches du renseignement du Hezbollah libanais, y compris l’Unité 1800, la branche du renseignement des opérations spéciales du Hezbollah ; enfin, avec le service de renseignement du Hamas, basé à Gaza mais dont les agents sont répartis dans tout le Moyen-Orient. Maintenant que le président syrien Bashar al-Assad a mis en déroute la plupart des armées de guérilla djihadistes de son pays, notamment avec l’aide du personnel des forces expéditionnaires houthi, la Syrie est mieux placée pour fournir une assistance militaire à la coalition Houthi au Yémen. Ensemble, cette alliance de forces antisionistes et anti-wahhabites, que l’on pourrait surnommer “Safari Club-II”, peut lancer des opérations de pénétration de la frontière saoudienne du Yémen et mener des opérations militaires contre des cibles militaires et gouvernementales saoudiennes dans la province d’Asir en Arabie saoudite.

La coalition suscitée et menée par l’Arabie saoudite, qui comprend des troupes des Émirats arabes unis, du Pakistan, de l’Égypte, du Koweït, du Maroc, du Soudan, de Jordanie et de Bahreïn, est intervenue dans le guerre civile yéménite en 2015, sous l’impulsion de sa direction saoudienne. Cette intervention a conduit les Houthis à riposter et, dès 2016, ils ont étendu leur action en territoire saoudien. Les forces houthies sont entrées dans trois régions frontalières saoudiennes, notamment Asir, Jizan et Najran. Avec l’appui des services de renseignements des Pasdaran et du Hezbollah, les Houthis ont créé un groupe sécessionniste saoudien, Ahrar al-Najran, ou “les Indépendants de la région de Najran”. Najran faisait partie jusqu’en 1934 du royaume de Mutawakkilite au Yémen, gouverné par la dynastie Zaidi jusqu’en 1962, lorsque le roi a été renversé. Les irrédentistes du côté saoudien de la frontière veulent la réunification avec le Yémen. La tribu yéménite Hamdanid, qui avait été le principal soutien de la dynastie Zaidi, a prêté serment d’allégeance à la coalition menée par les Houthis au Yémen, marquant ainsi un succès considérable du Safari Club-II.

Le renseignement Houthi effectue également une surveillance et des reconnaissances des bases navales israéliennes en mer Rouge dans l’archipel des Dahlak, en Érythrée et dans le port de Massawa. Les Houthis ont également surveillé les opérations militaires saoudiennes et émiraties dans la ville portuaire d’Assab en Érythrée. En 2016, les forces houthies auraient attaqué le quartier général de la marine érythréenne à Assab après l’arrivée des forces saoudiennes dans la ville portuaire. Les Houthis ont peut-être été aidés par un autre allié du Safari Club-II, le groupe d’opposition érythréen, l’Organisation démocratique Afar de la mer Rouge (RSADO), qui reçoit également le soutien de l’Éthiopie.

En 2016, les Houthis ont mené avec succès une incursion dans Asir et capturé une base militaire saoudienne, ainsi qu’une cache d’armes américaines et canadiennes. Le parrainage par Safari Club-II d’un mouvement sécessionniste en Arabie Saoudite ressemble au soutien que le Safari Club originel avait apporté à divers groupes insurgés, dont l’UNITA en Angola, la RENAMO au Mozambique et les contras au Nicaragua.

Les bouleversements politiques au Yémen et en Arabie Saoudite ont débouché sur de nouvelles alliances entre la coalition saoudienne et les membres du Safari Club-II. Le 4 novembre 2017, le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, a entrepris de consolider son pouvoir politique en arrêtant plusieurs princes de la Maison des Saoud, ainsi que d’éminents ministres, dignitaires religieux et hommes d’affaires. Un hélicoptère transportant le prince Mansour bin Muqrin, le vice-gouverneur de la province d’Asir, et sept autres hauts responsables saoudiens, s’est écrasé près d’Abha, dans la province d’Asir, près de la frontière avec le nord du Yémen contrôlé par les Houthis. Selon plusieurs rapports, l’hélicoptère aurait été abattu par les Saoudiens après qu’ils aient eu appris qu’il volait vers le Yémen contrôlé par les Houthis où le prince et son parti avaient reçu l’assurance de l’asile politique. Un prince saoudien se joignant aux Houthis aurait constitué un coup symbolique et de communication majeur pour le Safari Club-II. Dans tous les cas, cette intervention signale que les Houthis ont pris position dans la lutte pour le pouvoir au sein de la maison des Saoud.

Dans le même temps, les services secrets Houthis, aidés par les impressionnantes capacités de renseignement de communication du Hezbollah, ont intercepté des communications téléphoniques entre le président yéménite Ali Abdullah Saleh, ancien allié des Houthis, avec les EAU et la Jordanie, alliés des Saoudiens. Ces écoutes ont permis de découvrir que Saleh négociait un accord séparé avec la coalition saoudienne-émiratie, une orientation qui a été considérée par les Houthis comme la trahison ultime. Les Houthis ont pris d’assaut la résidence de Saleh dans la capitale yéménite de Sanaa et l’ont exécuté sur place.

Il est remarquable et ironique à la fois que le Safari Club-II se bat contre de nombreux membres du Safari Club original. À l’exception de l’Iran, membre du Safari Club-II mais sous un régime complètement différent, il s’agit de l’Arabie saoudite, d’Israël, de la France, de l’Égypte, du Maroc et d’autres satellites des Etats-Unis, et du Soudan. Henry Kissinger, un des parrains du Safari Club originel, conseille maintenant le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, relais du Mossad à la Maison Blanche, sur ses contacts fréquents avec les dirigeants saoudiens et d’autres acteurs régionaux de la même clique, y compris les Israéliens.

Le Safari Clb-II dispose de ce dont manquait le Safari Club originel : un soutien populaire. La coalescence des intérêts des populations opprimées du Yémen, du Liban et de la Palestine (Cisjordanie et Gaza), ainsi que les préoccupations géopolitiques de sécurité de l’Iran, expliquent ce soutien populaire. Plus récemment l’évolution du Qatar à la suite de la querelle de cet Émirat avec l’Arabie, a fait profiter le Safari Club-II d’un nouvel avantage de communication et sans doute plus. Le Safari Club-II bénéficie désormais d’une oreille sympathique à Doha, capitale du Qatar, membre à l’origine de la coalition saoudienne au Yémen mais désormais cible du boycott économique par les Saoudiens, les Bahreïnis, les Koweïtiens et les Emiratis. La Chine, qui a coopéré avec le Safari Club d’origine en Afghanistan et en Angola, a reçu des délégations Houthi à Beijing. Cette puissance fournirait également des armes à la coalition Houthi au Yémen via l’Iran. Oman, qui est resté neutre dans la guerre civile yéménite, est devenu en 2016 un relais pour fournir des armes aux Houthis dans des camions portant des plaques d’immatriculation omanaises. Le gouvernement irakien dirigé par les chiites est également connu pour apporter son soutien aux Houthis.

La CIA et ses alliés de la guerre froide ont fourni, avec la Safari Club originel, un modèle inestimable pour les peuples assiégés et menacés du Yémen, de la Corne de l’Afrique et de l’ensemble du Moyen-Orient. Le Safari Club-II donne aux Saoudiens, aux Israéliens, aux Américains, aux Égyptiens, aux Marocains et à d’autres, y compris l’État islamique financé par l’Arabie saoudite et les guérillas d’Al-Qaïda au Yémen, un avant-goût amer de leur propre médecine.

Wayne Madsen

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