« Fake news » : un alibi pour une censure étatique mondiale ?

« Fake news » : un alibi pour une censure étatique mondiale ?

censor by openDemocracy(CC BY-SA 2.0)

Se pourrait-il que la notion de « Fake news » soit demain appliquée à tout support ou information « contrariante » ?

Par Yannick Chatelain.

Ces dernières années les « Fakes news » se sont quantitativement amplifiées. Cela s’explique d’une part par la puissance et la vitesse d’essaimage qu’offrent les réseaux sociaux. Une fois une « information » diffusée, elle ne passe plus par le tamis d’une validation journalistique. N’importe quel utilisateur, vous, moi pouvons la retweeter, la partager, sans recourir à la moindre double vérification .

« Fake news » : un mot inexorablement dévoyé

Depuis sa popularisation et son intégration dans le langage courant, le recours au terme de « Fake news » est de plus en plus dévoyé. Il est usité à l’envi par la classe politique occidentale. Jusqu’à devenir une sorte de réflexe pavlovien.

D’aucuns ont rapidement intégré qu’à la vitesse du réseau, il était plus rapide et moins coûteux de qualifier une information compromettante de « Fake » (fut-elle vraie), plutôt que d’engager une procédure juridique qui rétablirait la vérité. Taxer une information de « Fake » offre ainsi aux États et à leurs représentants deux usages qui sont pour le moins peu glorieux   :

  • Disqualifier une information et son émetteur.
  • Ne pas passer dans un premier temps par la case juridique. Comme si l’utilisation du mot magique « Fake news » était nécessaire et suffisante pour jeter l’opprobre et le doute sur une information, en attendant que l’information se noie dans le flux d’une époque à informations continue.

« Fake news » : un alibi pour une censure d’État augmentée ?

Naturellement les véritables « Fake news » existent. Elles ne sont qu’une simple évolution des Hoax (facilement vérifiables sur hoaxbuster), à la différence près qu’elles ne servent pas une escroquerie, ni la bonne blague, mais la manipulation d’opinion.

Les États, bien qu’ils s’en défaussent ne manquent pas, tous autant qu’ils sont, d’en produire, d’en dénoncer, à l’instar des pays autoritaires coutumiers du fait, contribuant à mettre en péril ce qui structure nos démocraties.

Pour exemple, et sans pour autant accabler la Russie sous la gouvernance de Vladimir Putin (qui est pour l’Occident, en matière de « Fake news », le bouc émissaire idéal) la fabrique de « Fake news » la plus largement popularisée par les médias occidentaux, qui est une véritable « usine à troll », se situerait dans la banlieue de Saint-Pétersbourg et serait proche du Kremlin (ce qui pour le Kremlin est naturellement une « Fake news »).

« Fake news », un alibi potentiel pour une censure d’État débridée ?

Il est à noter que les pays qui sonnent l’hallali des fausses informations mélangent bien étrangement les genres : n’est-il pas une différence notable entre l’« usine à troll » évoquée qui fabrique à la chaîne des reportages totalement fantaisistes, et des sites « propagandistes » comme Sputnik (agence de presse russe) ou RT ?

N’est-il pas « inquiétant » que les gouvernances occidentales ne se soient guère montrées émues, lorsque ces supports se sont vu interdire en octobre 2017 la possibilité de toute publicité sur Twitter. Cette censure de la presse étrangère par une Entreprise-État (qu’elle soit télécommandée ou non) ne pose-t-elle pas questionnement ? N’est-elle porteuse d’aucune inquiétude légitime pour toute personne de bon sens ?

Nul ne me contestera qu’il est aisé, quel que soit son pays d’appartenance, en occident comme ailleurs, de positionner les médias par rapport au pouvoir en place. Ce n’est faire offense à quiconque que d’énoncer des faits. Quel que soit le média, celui-ci est plus ou moins proche ou éloigné des idées du pouvoir en place. Certains sont de fait plus prompts que d’autres à vanter ses mérites qu’à s’épancher sur ses travers et vice-versa.

N’apparaît-il pas dès lors tout à fait envisageable pour des États historiquement non autoritaires de masquer aux yeux de la population ce qui correspondrait, in fine, à de la censure pure et simple ? Serait-il inimaginable que sous couvert de faire la chasse aux fausses informations, soit qualifiée de « Fake news » toute information dérangeante ?

Pour être encore plus clair, la chasse menée aux « Fake news » par les Occidentaux, cette soudaine prise de conscience, cette urgence décrétée contre ce qui serait préjudiciable à nos démocraties, ne serait-elle pas un leurre qui cacherait une forêt qui pourrait paradoxalement devenir bien sombre ?

Le vice-président de l’UE, Frans Timmermans fait un juste constat lorsqu’il déclare :

À notre époque, la circulation de l’information et la désinformation sont devenues presque écrasantes.

Mais il ajoute que l’UE a la tâche de protéger ses citoyens des « Fake news » et de « gérer les informations qu’ils reçoivent » ! Outre le fait d’infantiliser les populations et de s’ériger en parangon de vertu, faire une telle assertion n’a-t-il pas de quoi inquiéter ?

Dans cette aspiration au grand tri informationnel, se pourrait-il que la notion de « Fake news » soit demain appliquée à tout support ou information « contrariante » ? Tout contenu mettant en défaut les États-Unis, ses pays alliés, pourrait demain être « bloqué », « éradiqué » sans autre forme de procès. Quels autres supports presse que ceux que j’ai pu évoquer seront demain qualifiés par nos démocraties occidentales de « propagandistes », de « diffuseur de « Fake News » » et feront l’objet de sanctions, de restrictions ? De simples supports d’opposition ?

Pour conclure

Au pays de #JeSuisCharlie, lorsque j’entends le président de la France Emmanuel Macron évoquer la notion de propagande positive (comme si le terme propagande pouvait tolérer un adjectif ), fût-ce pour lutter contre le fléau du terrorisme, permettez-moi d’exprimer quelques inquiétudes quant au devenir de la liberté d’expression. Pire encore dans la configuration actuelle hystérisée, de mettre en garde vis-à-vis d’une ombre encore plus redoutable qui se met à planer sur Internet et sur l’information : le délit d’opinion.

Mais après tout, cet article ne serait-il pas lui-même une ignominieuse «  Fake news » ?

https://www.contrepoints.org/2018/01/08/306663-fake-news-alibi-censure-etatique?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=d5373b3657-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-d5373b3657-114031913&mc_cid=d5373b3657&mc_eid=acae01963f

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