La vraie valeur du bitcoin

La vraie valeur du bitcoin

Thomas Philippon / professeur de finance à la Stern Business School
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Quelle vraie valeur bitcoin, cryptomonnaie utilisée réaliser transactions illicites. 

Quelle est la vraie valeur du bitcoin, la cryptomonnaie particulièrement utilisée pour réaliser des transactions illicites.  – Shutterstock/SIPA

LE CERCLE/POINT DE VUE – Même si un renforcement des contrôles réduisait les transactions illicites liées au bitcoin, la valeur de la cryptomonnaie ne baisserait pas pour autant.

En décembre dernier, le bitcoin a reçu ses premières lettres de noblesse : deux marchés boursiers américains – le Chicago Board Options Exchange et le Chicago Mercantile Exchange – ont lancé des contrats à terme sur la cryptomonnaie de référence. Une semaine plus tard, juste avant Noël, le bitcoin a connu  un quatrième krach depuis son lancement en 2009 : son cours s’est effondré de 18.000 dollars à 11.000 dollars.

Le cours est, depuis,  remonté vers 15.000 dollars et continue de fluctuer rapidement sans que personne ne sache pourquoi. Dans  une tribune récente pour le « New York Times », le prix Nobel d’économie Robert Shiller voit dans le bitcoin un actif sans valeur fondamentale, fluctuant au gré des croyances et des humeurs.

Doit-on renoncer à analyser le bitcoin ? Ne peut-on rien dire sur sa valeur « fondamentale » ? Je ne le pense pas et je propose une manière d’appréhender le problème et d’obtenir quelques ordres de grandeur.

Richesse obscure

Prenons comme point de départ qu’à long terme, les cryptomonnaies serviront à effectuer des transactions. Aujourd’hui, la plupart des transactions sur le bitcoin concernent des activités illicites : évasion fiscale, blanchiment d’argent sale, achat d’armes, de drogue, etc.

Quelle est la demande pour de telles transactions ? La valeur des actifs financiers mondiaux est de l’ordre de 280 trillions de dollars. On peut supposer que la richesse « obscure » est de l’ordre d’un dixième de la richesse légale, soit 28 trillions. La valeur totale des cryptomonnaies (bitcoin, litecoin, ripple, ethereum…) est d’environ 0,5 trillion. Pour mettre en relation ces deux chiffres, faisons un détour par la théorie économique.

L’économie monétaire analyse le concept de « vélocité », c’est-à-dire la vitesse de circulation de la monnaie. Une monnaie véloce permet de réaliser plus de transactions par unité de temps. Par exemple, dans nos pays, le stock de monnaie représente environ la moitié du PIB annuel, et environ un dixième du stock de richesse (valeur des actifs mobiliers et immobiliers). Ce stock de monnaie est suffisant pour effectuer nos transactions (achat de logement, paiement des salaires, etc.).

Si l’on applique le même ratio de 1 à 10, on peut imaginer que la richesse obscure demande 2,8 trillions de monnaie virtuelle et anonyme pour effectuer ses transactions illicites. A ce titre, la valeur totale des cryptomonnaies pourrait donc encore être multipliée par 5 ou 6. Anticipant ce phénomène, les investisseurs achètent massivement des bitcoins. C’est ce qui explique, selon moi, une part importante de la flambée récente des cours.

Renforcement des contrôles

On peut heureusement espérer que ce calcul n’aboutisse pas. Les régulateurs et banquiers centraux s’inquiètent à juste titre de l’usage du bitcoin pour des opérations de blanchiment, et les gouvernements ne peuvent pas tolérer une augmentation exponentielle de l’évasion fiscale.

Un renforcement des contrôles ne sonnerait pourtant pas nécessairement le glas des cryptomonnaies. Au contraire, des contrôles plus sévères permettraient de mieux séparer le bon grain de l’ivraie.

Aussi, toutes les crytomonnaies ne servent pas aux transactions illicites. Ethereum, par exemple, sert à exécuter rapidement et intelligemment des contrats entre entreprises.  Ripple utilise également la technologie blockchain et permet l’exécution immédiate des paiements entre institutions financières et particuliers.

Quant au bitcoin, il pourrait conserver sa valeur même dans l’hypothèse d’une baisse des transactions illicites car il représente le support de référence pour les transactions entre différentes cryptomonnaies, un peu comme le dollar sert de monnaie de référence pour les échanges internationaux.

Thomas Philippon est professeur de finance à la Stern School of Business de New York.

Thomas Philippon

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0301121797996-la-vraie-valeur-du-bitcoin-2143724.php#vsVcoPClsUc5o7WG.99

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