Les eurodéputés s’écharpent sur la propagande russe

Les eurodéputés s’écharpent sur la propagande russe

L’influence de Moscou au sein des États membres préoccupe les eurodéputés. Si les principaux groupes politiques dénoncent l’ingérence du Kremlin, les eurosceptiques défendent Poutine sans états d’âme.

Le ton du débat sur la propagande russe en session plénière a vite été donné : « en défendant la Russie, certains ici défendent leur idéologie, qui n’est pas celle d’une démocratie libérale », a déclaré Elmar Brok, eurodéputé allemand, en référence aux propos des partis eurosceptiques.

Les eurodéputés de tout le spectre politique se sont livrés pendant deux heures une véritable joute verbale autour de l’influence de la désinformation russe.

Les partis pro-européens ont dit souhaiter faire triompher la vérité et mieux faire rayonner la communication stratégique de l’UE, ce à quoi les eurodéputés eurosceptiques ont répondu qu’il n’y avait pas de preuves concrètes de cette désinformation.

Les partis populistes comme l’extrême droite n’ont de fait aucun intérêt à critiquer le régime de Vladimir Poutine puisqu’ils reçoivent son soutien politique, et parfois même financier. Ils partagent en outre avec Moscou des idéologies communes, et surtout un objectif commun : fragmenter l’Europe. Et la guerre hybride de la désinformation est un instrument pour y parvenir.

Quand l’extrême droite européenne copine avec le Kremlin

Front national en France, Ligue du Nord en Italie, ou FPÖ en Autriche, les partis d’extrême droite en Europe bénéficient largement du soutien de Vladimir Poutine. Et vice et versa.

Le débat a notamment été alimenté par les accusations d’ingérence d’agents russes dans les votes sur le Brexit et sur l’indépendance de la Catalogne. Pour les eurodéputés de la gauche radicale et du parti d’extrême droite, Europe des nations et des libertés (ENL), cet argument n’est cependant qu’un moyen de détourner l’attention.

« Êtes-vous si loin du ressenti du peuple pour penser que lorsque les citoyens votent, ils sont influencés par Moscou ? », a interrogé Mario Borghezio, membre italien du groupe ENL.

Et Gerard Batten, eurodéputé britannique membre du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) de poursuivre : « Monsieur Poutine est un gangster qui dirige un État gangster : il dépense des millions à saper les démocraties occidentales ; mais vous, vous cherchez un bouc émissaire à l’impopularité de l’UE. Vous détournez l’attention. Poutine n’est pas l’auteur de votre impopularité. »

Crédibilité de l’UE

Les eurodéputés se sont accordés sur une chose : avant de dénoncer la Russie, l’Union européenne doit faire preuve de prudence et déjà balayer devant sa porte.

Pour Tanja Fajon, social-démocrate slovène, si on critique la propagande russe, il est injuste de ne pas s’en prendre à Fox News par exemple ou aux médias nationaux liés aux hommes politiques. « En tant que Parlement, nous devons continuer à être crédibles. »

Le Parlement européen s’inquiète de l’indépendance des médias en France

France, Hongrie, Bulgarie, Grèce, dans plusieurs États membres, l’indépendance et le pluralisme des médias se dégradent, selon un rapport du Parlement européen.

David Mc Allister, du PPE, soutient que cette lutte contre la désinformation doit déjà commencer au sein même du Parlement. « Des eurodéputés ont utilisé des infrastructures techniques ici pour diffuser des informations sur Russia Today. Pouvons-nous critiquer les campagnes de désinformation, mais appuyer les médias qui facilitent la propagande ? »

La chaîne Russia Today, déjà présente en allemand, en anglais et en espagnol, a commencé à émettre en français en décembre et continue de recruter des journalistes . Quant à Sputnik, l’autre média russe critiqué par Emmanuel Macron l’année dernière, le journal en ligne se fait le porte-parole des eurodéputés qui hier, ont crié à la « paranoïa prétentieuse » contre « la soi-disant ingérence russe ».

La propagande russe aura sa chaîne en français d’ici 2018

RT devrait lancer une chaîne francophone, installée à Paris, en décembre prochain.

David Coburn (UKIP) a pour sa part souligné que l’UE se livrait également à une guerre de propagande. « Quid des millions dépensé pour la promotion du traité de Lisbonne ? Quid de la campagne de lutte contre le Brexit ? Je suis effaré par cette désinformation européenne, plus que par la version russe. »

Multiplier les ressources

La Commission a mis en place un groupe d’experts sur les fausses informations, qui s’est réuni pour la première fois le 15 janvier. Composé de 39 membres, ces experts sont chargés de trouver une définition du phénomène et de fournir à la Commission les moyens d’y faire face.

Pour l’instant, les instruments proposés par la Commission pour faire face à la guerre de la désinformation russe sont toutefois bien faibles par rapport aux moyens mis en place par le Kremlin.

En 2015, l’exécutif européen a aussi mis sur pied le groupe de travail East Stratcom, composé de seulement 17 personnes, des ressources limitées face aux millions d’euros investis par Vladimir Poutine dans cette désinformation.

« Il faut réagir plus sérieusement face au réseau de soldats fantômes russes prêts à diffuser la désinformation. Avec la Task force East Stratcom nous sommes sans défense », estime l’eurodéputé espagnol Esteban Gonzalez Pons.

Il faut dire que la désinformation russe s’élève au rang de politique d’État. Vladimir Poutine n’hésite pas à y dédier 300 millions d’euros par an et, dans les cercles militaires russes, cette désinformation est une arme légitime.

Moscou se mobilise pour intensifier la guerre de l’information 

Le ministère de la défense russe a créé une division spécialisée dans la propagande et la guerre électronique.  Un combat doté de 300 millions d’euros et de 1000 personnes. Un effort tout particulier est fait sur la présidentielle française.

« La Russie s’implique avec beaucoup de succès dans cette guerre médiatique. Nous ne sommes pas toujours conscients de l’ampleur de ces mensonges », assure l’eurodéputé letton Roberts Zile, des conservateurs et réformistes européens (CRE).

La désinformation russe s’emballe suite à la crise catalane

Le groupe d’experts créé par l’Union européenne pour combattre la propagande russe a constaté une augmentation de l’interférence russe par rapport à la crise catalane. Un article d’Euroefe.

« Nous devons financer correctement l’agence de cybersécurité européenne, améliorer la situation budgétaire, c’est-à-dire multiplier le budget par dix. Je félicite par ailleurs la task force East Statcom, mais je regrette que ses capacités ne soient pas assez financées et qu’elle ne dispose pas d’un personnel suffisant », a affirmé Sandra Kalniete du PPE.

Renforcer le journalisme, éduquer

En réponse à cette guerre hybride, les eurodéputés proposent de développer une véritable politique européenne des médias. Pour eux, un journalisme de qualité et l’éducation aux médias sont clés. Les citoyens doivent apprendre à lire les médias et savoir qui se cache derrière l’information. Cela doit passer par une plus grande transparence sur le financement des médias et sur les sources des informations.

« L’UE doit renforcer le journalisme qui est aujourd’hui mis à mal. Si les médias sociaux, comme Facebook et Twitter commencent à supplanter les journalistes, ils doivent respecter les mêmes règles », rappelle Rebecca Harms, eurodéputée allemande (Verts).

Julian King, commissaire à la sécurité, était présent lors du débat et a rappelé que la Commission avait ouvert une consultation publique sur les fake news, qui se termine le 23 février. « Le but de cette campagne est de montrer que la désinformation est réelle. Il faut déboulonner cette propagande ».

« N’oublions pas de protéger le pluralisme et la liberté des médias, qui sont des piliers de notre démocratie », a-t-il conclu.

Le Parlement veut désamorcer les « fake news » par l’éducation

Les fausses informations ont envahi les réseaux sociaux, principale source d’information des jeunes. Pour y remédier, les eurodéputés veulent chercher des solutions dans l’éducation, plutôt que dans le contrôle technologique.

https://www.euractiv.fr/section/education/news/les-eurodeputes-secharpent-sur-la-propagande-russe/

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