Alors, krach ou pas krach ?

Par Vincent Branchet | investir.fr | |

Avec un nouveau repli, vendredi, le Cac 40 enregistre une violente correction sur la semaine. Si les craintes d’un krach boursier sont légitimes, elles doivent être confrontées à l’analyse des données historiques.

 Venons-nous de vivre les premiers jours du prochain krach ? La Bourse est-elle sur le point de s’effondrer comme en 2008 ou en 2001 ? Ou sa chute n’est-elle qu’un simple mouvement de correction, naturel dans un marché qui reste orienté en hausse ?

Les grandes secousses appellent les grandes questions. La chute de 5,33% du Cac 40, cette semaine, après une dégringolade de 3% la semaine dernière, a de quoi inquiéter les porteurs d’actions. De l’autre côté de l’Atlantique, le Dow Jones et le S&P 500 ont perdu 6,6% en cinq jours (au moment de la clôture européenne, vendredi).

Ce qui est sûr, c’est que cette tendance n’est pas éphémère. Tout cela n’est pas un non-évènement. Depuis jeudi, il n’y a plus de doute ; les marchés sont entrés en phase de correction. Le S&P 500, qui sert plus ou moins de référence mondiale, affiche en effet plus de 10% de baisse par rapport à son record du 26 janvier.

C’est le critère principal qui définit un mouvement de correction, et selon une étude de Goldman Sachs relayée par CNBC, il annonce quatre mois difficiles. « La correction moyenne en phase de marché haussier est de 13% en quatre mois et il ne faut que quatre mois pour rebondir », indique cette étude.

Si ce que nous sommes en train de vivre est une phase de correction, alors la théorie voudrait que les actions stagnent ou baissent encore un peu jusqu’en juin, avant de rebondir durablement.

Si ça n’est pas une correction, alors c’est un marché baissier

Toutefois, il existe un deuxième scénario, dans lequel la Bourse entre en phase de marché baissier (bear market). Pour cela, il faut que le S&P 500 perde plus de 20% par rapport à son dernier record, c’est-à-dire qu’il casse le seuil des 2.300 points. Dans ce cas, les difficultés durent en moyenne deux ans et les indices perdent environ 30% ; on peut alors parler de krach boursier. Au moment de la clôture des marchés en Europe, vendredi, le S&P 500 avait encore 11% de marge avant d’atteindre ce seuil.

Le Dow Jones et le S&P 500 ont déjà « retracé » (jargon d’analyse pour « perdu ») 38,2% de la hausse qu’ils ont enregistrée depuis l’élection de Donald Trump, ce qui correspond à un seuil technique bien connu en analyse graphique (retracements de Fibonacci). Les prochains seuils à surveiller seraient 23.200 points, puis 22.100 points pour le Dow Jones. L’indice américain avait encore 2,7% à perdre, vendredi vers 17h30, pour atteindre le premier seuil, et 7,4% pour revenir sur le deuxième.

Tant que les indices américains n’ont pas perdu 20%, tant qu’ils n’ont pas touché les seuils graphiques « sur lesquels tout le monde agit, […] donc en quelque sorte auto-réalisateurs », comme l’expliquait récemment un spécialiste d’analyse graphique, on ne peut donc parler que de phase de correction. Il est trop tôt pour parler de krach.

C’est d’ailleurs loin d’être la première fois que le Cac 40 perd autant de points en une semaine. Il avait par exemple cédé 6,6% en janvier 2016 et 6,5% fin août 2015, pour ne citer que les chutes les plus récentes, sans changement sur la tendance de moyen terme.

Un problème de salaire et d’inflation

L’étincelle qui a déclenché ce mouvement est une hausse sensible des salaires outre-Atlantique, qui a ravivé les craintes de tensions inflationnistes. La statistique, publiée vendredi 2 février, a immédiatement semé le trouble sur les marchés de taux. Le taux d’emprunt d’Etat français a franchi le seuil des 1% pour la première fois en 10 mois. Son homologue américain a grimpé sur un pic de quatre ans, proche de 2,9%.

Un autre chiffre est venu renforcer ce sentiment, ce jeudi. Le Département du travail américain a fait état d’une nouvelle contraction des inscriptions hebdomadaires chômage ; 9.000 inscriptions de moins, soit 221.000, chiffre inédit en 45 ans. Les craintes concernant l’inflation et le durcissement des politiques monétaires ont par ailleurs trouvé un écho dans le message de la Banque d’Angleterre le même jour. L’institution a laissé entendre qu’elle pourrait relever ses taux plus rapidement et plus fortement que prévu initialement.

De toute façon, les opérateurs auront à charge de faire avec une volatilité ambiante nettement plus élevée que ce à quoi ils étaient habitués. Le Vix, qui mesure celle du S&P 500, communément surnommé indice de la peur, a dépassé mardi le seuil de 50 pour la première fois en deux ans et demi. A Paris les volumes d’échanges ont été exceptionnellement élevés pendant toute la semaine (6,3 milliards d’euros vendredi, contre 4 milliards par jour en moyenne ces dernières années).

S’il est trop tôt pour parler de krach, pour profiter de la période faste de marchés en hausse tranquille et sans à-coups, c’est déjà trop tard.

En savoir plus sur https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/le-cac-40-perd-1-41-a-5-079-21-points-1740987.php#w3Lw5O3llrOjlzHU.99

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