Corées : la diplomatie du CIO à l’épreuve de la realpolitik

Corées : la diplomatie du CIO à l’épreuve de la realpolitik

La succession des actes de rapprochement entre les deux Corées à l’occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang soulève l’espoir d’un dialogue durable entre le Nord et le Sud, alors que les tensions dans la péninsule sont toujours bien présentes. Quels sont les objectifs de la diplomatie sportive entre les deux pays ? S’agit-il d’une stratégie ponctuelle ou s’inscrit-elle dans le long terme ? Ainsi, la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyeongchang peut-elle constituer un tournant dans les relations entre les deux Corées ? Retour sur une diplomatie olympique intercoréenne, qui bien que porteuse d’espoir, n’a rien d’une nouveauté.

Corées: La diplomatie du CIO à l'épreuve de la realpolitik
Moon Jae-in

Un outil diplomatique pas si nouveau

C’est à travers le Comité International Olympique (CIO) – que Séoul intègre en 1947 et Pyongyang dix ans plus tard – que les deux Corées communiquent pour la première fois, de manière indirecte, à la fin des années 50. S’en suivent divers rapprochements au grès de l’organisation des Jeux, qui constituent cependant plus un cumul d’interactions que des résultats concrets en matière de coopération. En témoignent le boycott des JO de Séoul par la Corée du Nord en 1988 ou les jeux asiatiques de Pékin de 1990, au cours desquels la volonté de créer une équipe commune et unifiée de Corée s’était soldée par un échec.

A partir de 1998, un relatif dégel a lieu à l’initiative de Séoul. Le dialogue intercoréen connait alors une avancée significative avec l’arrivé au pouvoir du camp progressiste au Sud. C’est la naissance de la « politique de rayon de soleil », qui représente un début de coopération économique et culturelle, et vise à réduire la perception de menace réciproque. A cette période, la diplomatie du sport était déjà d’actualité puisque les deux Corées défilaient sous le même drapeau en 2000 et 2004 lors de la cérémonie d’ouverture des JO d’été à Sydney et Athènes. Il en fut de même en 2006 à Turin lors des Jeux d’hiver. Pour autant, on ne peut dire que cela a débouché sur un véritable réchauffement. Les relations se sont même détériorées par la suite, comme l’illustrent les JO de Pékin de 2008 où les deux Etats défilent séparément.

La rupture de 2008

La participation de la Corée du Nord aux côtés de son voisin du sud lors des JO est tributaire de la situation politique et militaire dans la péninsule. 2008 marque en effet la fin de la politique de rayon de soleil avec l’accession à la présidence de Lee Myung-bak au Sud, qui fait de la dénucléarisation de la Corée du Nord la priorité de sa politique étrangère. A partir de cette période, les essais nucléaires se multiplient, ce qui dégrade encore les relations entre les deux dirigeants et empêche tout dialogue. Malgré l’arrivée au pouvoir de Moon Jae-in en mai dernier et sa volonté de rapprochement avec Kim Jong-un, Les JO de Pyeongchang s’inscrivent dans une décennie de tensions et de rupture diplomatique.

Le rapprochement à l’occasion des « JO de la Paix »

Lors de son discours du Nouvel an, le dirigeant nord-coréen évoque la participation d’une délégation de la République populaire et démocratique de Corée. Suite à plusieurs rencontres entre des représentants des deux Corées, le Nord et le Sud ont pu défiler une nouvelle fois sous le même drapeau lors de la cérémonie d’ouverture le 9 février dernier.  La constitution d’une équipe de hockey commune et la rencontre entre la sœur de Kim Jong-un et le Président sud-coréen Moon Jae-in, sont le signe d’un rapprochement significatif dans un contexte international pourtant particulièrement tendu suite à l’enchaînement des essais nucléaires au Nord.

Ce rapprochement inattendu entre la Corée du Nord et la Corée du Sud a le mérite de faire momentanément baisser les tensions dans la péninsule et de favoriser le dialogue avec Moon Jae-in. Cependant, ce genre de stratégie n’a jusqu’à présent jamais débouché sur un tournant concret et durable dans les relations intercoréennes.

Depuis 1953, les deux Corées sont officiellement toujours en guerre, celle-ci n’ayant pris fin que par la signature d’un armistice, et non d’un traité de paix. Bien que des périodes de dégels aient lieu de manière ponctuelle, les relations entre le Nord et le Sud restent particulièrement tendues.  Ainsi, le soft power sportif est un outil efficace permettant d’améliorer symboliquement les relations interétatiques. Mais ce ne sont pas les JO qui ont poussé les deux Corées à reprendre le dialogue. Les Jeux servent de prétexte à ce rapprochement, comme symbole de baisse des tensions, mais ils n’incarnent pas une réalité géopolitique en termes de résolution de conflits.

 

About Amélie METEL

Etudiante en master 2 coopération internationale à l’université Grenoble Alpes. Passionnée par la géopolitique, elle se spécialise dans l’analyse des conflits armés et la diplomatie.
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