Guide des principaux think tanks aux US. Qui paye ?

Guide des principaux think tanks aux US. Qui paye ?

Your guide to top anti-Russia think tanks in US & who funds them
© Alexander Novikov / Global Look Press

Par Bryan MacDonald – Le 8 février 2018 – Source Russia Today

Contrer la Russie est devenu une industrie lucrative à Washington. Ces dernières années, l’activité des think tanks a explosé. Mais qui finance ces organisations, qui travaille pour elles et quels sont les vrais agendas en jeu ?

Dès le départ, soyons clairs, le terme « groupe de réflexion » revient essentiellement à dire plus poliment « groupe de pression ». À quelques exceptions près, ils existent pour servir – et promouvoir – les agendas de leurs bailleurs de fonds.

Cependant, particulièrement aux États-Unis, le domaine est devenu de plus en plus louche et hypocrite, les lobbyistes recevant de faux titres académiques comme Senior Non-Resident Fellow et Junior Adjunct Fellow et autres. Et cet écran de fumée sert habituellement à obscurcir les vrais objectifs de ces opérations.

Les think tanks prennent leur origine dans l’Europe de l’âge des ténèbres. Dans la France du IXe siècle, pour être précis. Mais le mouvement américain moderne s’inspire des organisations britanniques apparues environ un millénaire plus tard, dont beaucoup, comme RUSI (1831), existent encore aujourd’hui. Le concept a probablement été introduit en Amérique par l’Écossais Andrew Carnegie. Et sa Dotation Carnegie pour la paix internationale (1910) est encore influente.

Pourtant, le véritable boom dans l’industrie du think tank est venu avec l’ère de la mondialisation. Avec une augmentation de 200 % en nombre depuis 1970. Et ces dernières années, ils sont devenus plus transnationaux, avec des États étrangers et des particuliers qui les parrainent afin de gagner la faveur de Washington.

Un pays qui n’a pas pris la peine de jouer à ce jeu est la Russie. Au lieu de cela, principalement dans les secteurs de la politique étrangère et de la défense, Moscou est souvent  l’ennemi numéro un. Voici quelques éléments significatifs du racket des think tanks qui se concentrent sur les menaces russes.

  • The Atlantic Council

Fondé en 1961

Qu’est-ce que c’est ? Essentiellement l’aile académique de l’OTAN. The Atlantic Council sert à relier les personnes utiles à l’ordre du jour de l’organisation en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, au cours des dernières années, son recrutement s’est de plus en plus concentré sur les individus ou entités qui attaquent directement la Russie, en particulier sur les médias sociaux. Vraisemblablement, c’est pour leur assurer un revenu garanti afin qu’ils puissent continuer leurs activités, sans avoir à s’inquiéter de payer les factures.

Qui sont-ils ? La liste des lobbyistes The Atlantic Council (désolé, « Camarades » !) se lit comme un annuaire téléphonique du dénigrement de la Russie. Par exemple, Dmitri Alperovitch (de Crowdstrike, qui, comme par hasard, allègue que la Russie a piraté le Comité national démocrate) est rejoint par Anders Aslund, qui a prédit l’effondrement imminent de la Russie à plusieurs reprises et qui s’est manifestement planté. Ensuite, il y a la grenade russe de Joe Biden, Michael Carpenter et son récent article dans « Foreign Affairs » qui suggère qu’il sait très peu de choses sur le pays. Pendant ce temps, Evelyn Farkas, une russophobe fanatique qui a servi dans l’administration de Barack Obama a également trouvé un gîte ici. Un autre lobbyiste intéressant de The Atlantic Council est Eliot Higgins, un expert en géolocalisation qui a fait carrière en racontant des salades sur les guerres en Ukraine et en Syrie mais qui n’est évidemment pas intéressé par l’Irak et le Yémen, où les États-Unis et leurs alliés sont impliqués, mais où la Russie n’est pas particulièrement concernée. Enfin, nous ne pouvons pas oublier Michael Weiss de CNN, analyste russe autoproclamé qui, selon tous les témoignages, n’est jamais allé en Russie et ne parle pas russe.

  • The Center for European Policy Analysis (CEPA)

Fondé en 2005

Qu’est-ce que c’est ? Malgré son nom, le CEPA est basé à Washington, pas sur le vieux continent, mais il a un avant-poste à Varsovie. Ce club se concentre spécifiquement sur l’Europe centrale et orientale et la promotion de l’ordre du jour de l’armée américaine et de la politique étrangère. Pour, selon ses propres termes, créer une « Europe centrale et orientale ayant des liens étroits et durables avec les États-Unis ».

Qu’est ce qu’il  fait ? Le CEPA constitue un foyer pour des personnages des médias qui consacrent leur carrière à s’opposer à la Russie. Il attise les tensions, même quand elles n’existent pas vraiment, sans doute dans le but d’en faire profiter les affaires de ses sponsors, qui sont fortement représentés dans l’industrie militaire. Par exemple, il a passé son temps l’année dernière à exagérer la menace des exercices militaires « Zapad » communs à la Russie et à la Biélorussie, publiant même un compte à rebours sinistre avant que l’entraînement, prévu depuis longtemps, ne commence.

La CEPA a grossièrement surestimé l’ampleur de l’événement, déclarant que « cela pourrait être l’exercice militaire le plus important depuis la fin de la guerre froide » et rejetant fondamentalement toutes les déclarations de Moscou comme étant de la « désinformation ».

Qui sont-ils ? Le chroniqueur de Times of London, Edward Lucas, fait partie du CEPA depuis des années.

 @edwardlucas
La Pologne a choisi Raytheon. Même si les missiles ne fonctionnent pas, l’Amérique défendra ses clients  http://www.the-american-interest.com/2015/04/21/poland-picks-u-s-missile-shield/ 
       La Pologne choisit le bouclier anti-missile US 

Le choix du système Patriot system pour sa défense anti-missile va renforcer la coopération avec les US dans le secteur de la défense. C'est aussi un signe que Varsovie prend au sérieux ses devoirs de défense collective.

Ce  dévoué Combattant de la Guerre froide ne semble pas avoir passé beaucoup de temps en Russie depuis longtemps et semble encore voir le pays à travers un prisme très ancré dans le passé. Ainsi, c’est plus ou moins un dinosaure déconnecté lorsqu’il s’agit d’expertise sur la Russie. Il sera bientôt rejoint par Brian Whitmore, qui arrive à bord en provenance de Radio Free Europe/Radio Liberty  et semble être encore plus mal informé que Lucas. Son travail pour le radiodiffuseur étatique américain lui a valu le titre de « Lord Haw Haw de Prague » où il est basé depuis quelques années. Le CEPA est une organisation assez fluide et, jusqu’à récemment, Anne Applebaum et Peter Pomerantsev figuraient également sur la liste des lobbyistes. Le premier est un chroniqueur polono-américain du Washington Post qui dénigre obsessionnellement la Russie et ce dernier a déjà travaillé avec Michael Weiss du Conseil Atlantique, ce qui montre à quel point le monde russophobe est petit et consanguin.

Qui paie ? Alors que d’autres groupes de réflexion essaient au moins de donner un aspect semi-organique à leur financement, le CEPA semble n’avoir aucun problème à propos de son rôle de porte-parole des entrepreneurs de la défense. Ce qui est, au moins, honnête. FireEye, Lockheed Martin, Raytheon, Bell Helicopters et BAE abondent des fonds et sont rejoints par le Département d’État américain et le Département de la Défense. Un autre payeur notable est le National Endowment for Democracy – des experts du changement de régime qui sont sûrement intéressés par le mandat du CEPA de couvrir également la Biélorussie. La Mission des États-Unis auprès de l’OTAN et la Division de la diplomatie publique de l’OTAN fournissent également des liquidités.

  • German Marshall Fund of the United States

Fondé en 1972

Qu’est-ce que c’est ? Ne vous laissez pas berner par le nom, le German Marshall Fund (GMF) est un organisme très américain ces jours-ci avec peu d’apport de Berlin. Il a été fondé par un don du gouvernement de Willy Brandt, à Bonn, pour célébrer le 25e anniversaire du plan Marshall. Ironie du sort, on se souvient aujourd’hui de Brandt comme le père de l’Ostpolitik, qui cherchait un rapprochement entre l’Allemagne et la Russie.

Qu’est ce qu’il fait ? Après la chute de l’Union soviétique, le GMF s’est transformé en un véhicule de promotion de l’influence américaine en Europe de l’Est, avec des antennes à Varsovie, Belgrade et Bucarest. Cependant, au cours des 12 derniers mois, cela a pris un tour très étrange. À la suite de l’élection du président américain Donald Trump (ironiquement un américano-allemand) le groupe de pression a lancé le projet Alliance for Securing Democracy (ASD). Sa pièce maîtresse est le Hamilton 68 Dashboard, qui semble classer les utilisateurs de médias sociaux rejetant le consensus de l’élite libérale américaine comme des trolls russes. La réaction a été très critique, même le site d’opposition russe Meduza, secrètement financé, a demandé : « comment identifiez vous les ‘amplificateurs pro-russes’ si (…) les thèmes s’accordent avec les alternatives politiques américaines ? ».

Qui sont-ils ? Le GMF, en particulier grâce à son nouveau jouet l’ASD, a une bande de lobbyistes très en vue. Parmi eux, Toomas Ilves, un fils d’émigrés estoniens d’origine américaine qui dirigeait autrefois le bureau estonien de l’ancienne radio de la CIA, Radio Free Europe, avant de devenir président de l’Estonie. Sont aussi à bord Bill Kristol, connu comme « l’architecte de la guerre en Irak » et l’ancien directeur de la CIA, Michael Morrell. L’ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, Michael McFaul, qui a récemment annoncé qu’il abandonnait partiellement sa bourse pour l’étude du russe et qu’il avait « perdu tout intérêt à maintenir sa  capacité (sic) à parler et écrire le russe » est un autre membre de l’équipe.

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Après avoir servi dans l’équipe d’Obama, McFaul s’est réinventé en tant que personnalité de la télévision en réseau depuis 2016 avec 280 000 abonnés Twitter, dont 106 000 sont des faux, selon un audit Twitter.

Qui paie ? L’USAID est un gros bailleurs de fonds, avec un montant annuel à sept chiffres (plus d’un million). Ceci, bien sûr, soulève quelques questions pour les contribuables américains qui financent essentiellement le Hamilton 68 dashboard, ce qui peut diffamer comme agents russes les Américains qui ne sont pas d’accord avec les politiques de leur gouvernement. Le Département d’État apporte également des capitaux, tout comme l’OTAN et le ministère de la Défense de Lettonie. D’autres contributeurs intéressants sont George Soros, Airbus et Google. Alors que Boeing et l’omniprésent Raytheon sont également impliqués.

  • Institute for the Study of War

Fondé en 2007

Qu’est-ce que c’est ? Ce groupe de pression pourrait tout aussi bien s’intituler « L’Institut pour la promotion de la guerre ». Contrairement aux autres, il ne considère pas la Russie comme sa cible principale, préférant plutôt pousser à plus de conflits au Moyen-Orient. Cependant, l’influence accrue de Moscou dans cette région a amené le Kremlin dans son collimateur.

Qu’est ce qu’il fait ? L’IFTSOW s’agite pour de plus en plus d’agression américaine. Il a soutenu la poussée en l’Irak et a encouragé une plus grande implication en Afghanistan. L’IFTSOW se concentre également sur la Syrie, la Libye et l’Iran. Pas plus tard que la semaine dernière, l’une de ses lobbyistes, Jennifer Cafarella, a appelé l’armée américaine à prendre Damas, ce qui mettrait Washington en conflit direct avec la Russie et l’Iran.

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Qui sont-ils ? Kimberly Kagan est le cerveau derrière cette opération. Elle est mariée à Frederick Kagan, qui a été impliqué dans le groupe néoconservateur « Projet pour le nouveau siècle américain » avec son frère, Robert Kagan. Ce qui fait de Kimberly la belle-soeur de Victoria « f ** k the EU » Nuland.

Une autre lobbyiste est l’Ukrainienne Natalia Bugayova, impliquée dans le coup d’État de l’EuroMaïdan à Kiev en 2014. Elle a précédemment travaillé pour le Kiev Post, un journal résolument anti-russe qui défend les intérêts américains en Ukraine. Cependant, le lobbyiste le plus célèbre de l’IFTSOW a été Elizabeth O’Bagy, qui a émergé en tant qu’expert de la Syrie en 2013 et a appelé les dirigeants politiques américains à envoyer des armes lourdes aux groupes d’insurgés syriens. Elle a prétendu détenir un doctorat de l’Université de Georgetown à Washington, DC, mais c’était une fiction et une fois que les médias s’en sont mêlés, elle a été renvoyée par l’IFTSOW. Deux semaines plus tard, elle a été récompensée pour sa tromperie en trouvant un boulot avec le sénateur russophobe John McCain. O’Bagy a également collaboré avec Michael Weiss de The Atlantic Council, ce qui prouve une fois de plus à quel point le monde du plaidoyer néoconservateur russophobe américain est très soudé.

Qui paie ? De manière prévisible, Raytheon a ouvert son portefeuille. Pendant ce temps, d’autres entrepreneurs militaires américains comme General Dynamics et DynCorp sont également impliqués. L3, qui fournit des services au département de la Défense des États-Unis, au Department of Homeland Security et aux agences de renseignement gouvernementales, est également un bailleur de fonds avec Vencore, CACI et Mantech.

Bryan MacDonald

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/guide-des-principaux-think-tanks-aux-us-qui-paye

 

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