Mark Karpelès : le petit geek de Dijon devenu baron du bitcoin

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Mark Karpelès : le petit geek de Dijon devenu baron du bitcoin
Mark Karpelès à l’ouverture de son procès en juillet 2017. AFP

Au sommet de sa gloire, Mark Karpelès dirigeait la plateforme chargée de 80% des échanges de bitcoins dans le monde. Il est aujourd’hui bloqué au Japon dans l’attente de son jugement pour détournement de fonds.

Une image de lui a fait le tour du monde en 2014. Plusieurs clients de MtGox, à l’époque la principale plateforme d’échange de bitcoins, font le pied de grue devant le siège de l’entreprise à Tokyo. Ils demandent à son jeune patron français (29 ans au moment des faits) des comptes sur la disparition de leurs avoirs. L’un d’eux lui barre la route et l’interpelle : “Où sont mes bitcoins ?”, assène-t-il dans une vidéo que l’on peut toujours visionner sur YouTube. Mark Karpelès, en t-shirt malgré la neige, reste mutique. Au total 750.000 bitcoins, soit 330 millions d’euros à ce moment-là (9 milliards en 2018), se sont volatilisés. Le procès de Mark Karpelès a débuté en juillet dernier. Il risque cinq ans de prison pour détournement de fonds.

Qui aurait pu prêter ce destin de baron du bitcoin à celui que ses proches ont toujours décrit comme introverti ? Elevé par une mère férue de nouvelles technologies dans la banlieue de Dijon, Mark Karpelès est très tôt incité à travailler derrière un écran. Dans le documentaire Suck my Geek (en intégralité ci-dessous), produit en 2007 par Canal+, il est mis en scène comme un caricatural passionné d’informatique. Cheveu gras, silhouette rondouillarde et t-shirt “There is no place like 127.0.0.1” (version informatique de home sweet home), il explique avoir déjà vécu “cinq ou six mois sans poser le pied dehors”. Il passe à la postérité en déclarant avoir beaucoup de copines “en jpeg, en png, voire en avi”, des formats de fichier informatique.

Au-delà de l’instrumentalisation dont il fait l’objet, Mark Karpelès montre l’image d’un post-adolescent doué de compétences techniques supérieures à la moyenne, mais dont l’insertion dans la société est toute relative. Le jeune homme a déjà une face sombre : son ex-employeur l’attaque pour le détournement de données de l’entreprise. II est condamné en 2010 à un an de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende. Mais Karpelès n’entendra jamais la sanction : il a quitté la France. Il vit à Tokyo depuis 2009, ville par excellence de la culture geek, où il a créé son entreprise, Tibanne, du nom de son chat. Marié et père d’un petit garçon, il développe des sites Web et coule des jours paisibles. Rien ne devait lui faire croiser la route du bitcoin. Jusqu’à ce qu’un client lui demande, en 2010, s’il peut le payer en cryptomonnaie.

La révélation bitcoin

Pour Karpelès, c’est une révélation. Il se plonge dans la mécanique de la monnaie virtuelle et saisit aussitôt le potentiel de sa technologie. Quelques semaines plus tard, il rachète pour une bouchée de pain la plateforme d’échange de bitcoins MtGox au développeur américain Jed McCaleb, également créateur d’eDonkey, logiciel de partage de fichiers très populaire au début des années 2000.

Patron, Mark Karpelès est un bourreau de travail, mais il a du mal à déléguer : il s’occupe de la direction opérationnelle, du développement informatique et des relations publiques. Trois mois après son rachat, MtGox subit un premier vol d’environ 400.000 bitcoins. Le site ferme brutalement, et Karpelès disparaît pendant deux jours. Les utilisateurs s’inquiètent. Pour prouver sa solvabilité, Karpelès injecte plus de 400.000 bitcoins sur MtGox et parvient à retrouver la confiance des clients. Très vite, MtGox devient la première plateforme d’échange mondiale, en grande partie grâce à un effet d’emballement. A l’époque, la valeur du bitcoin est en hausse et attire de nouveaux investisseurs.

En 2011, le lancement de BitInstant, plateforme facilitant l’achat de bitcoins pour le public américain, va propulser MtGox vers les sommets. Alors qu’il faut parfois deux semaines de procédure bancaire pour obtenir des bitcoins sur MtGox, BitInstant promet des transactions simples et immédiates. Or, BitInstant se fournit chez MtGox avant de revendre à ses propres clients ! La société devient la plateforme sur laquelle transitent le plus de liquidités. En 2013, MtGox déclare assurer 80% des échanges de bitcoins dans le monde. En juin de cette même année, la cryptomonnaie dépasse le seuil des 1.000 dollars et l’entreprise brasse entre 5 et 8 millions de dollars par jour. Karpelès, alors surnommé le “Baron du bitcoin”, vit son heure de gloire.

AFP Mark Karpelès en 2014

Lit, chat, burgers

Il emménage à Meguro, l’un des quartiers les plus chics de Tokyo. Son logement lui coûte 10.300 dollars par mois et la presse locale fait ses choux gras de son luxueux lit à 48.000 dollars. Dans le documentaire The Rise and Rise of the Bitcoin (2014), il ouvre la porte de son appartement à la vue panoramique : fastueux. En revanche, il semble toujours aussi décalé qu’auparavant. Il poste des photos de son chat sur les réseaux sociaux, fait des blagues de geek et publie des clichés de plats étonnants comme des burgers de la taille d’une pizza…

Côté affaires, il accumule les erreurs. MtGox ouvre au printemps 2013 des comptes aux États-Unis pour faciliter les transactions dans le pays. Il ne se déclare pas comme organisme de transfert de fonds et l’administration américaine saisit 5 millions de dollars. Mark Karpelès poursuit néanmoins sa trajectoire jusqu’au 7 février 2014. Le jour où tout s’écroule.

Comme en 2011, MtGox coupe brutalement l’accès à sa plateforme. Sauf que, cette fois, c’est plus sérieux. Durant deux semaines, l’entreprise prétexte un bug dans le réseau bitcoin sans fournir de détails. Les clients ne peuvent plus ni revendre ni retirer leurs bitcoins. Il faut attendre le 28 février pour voir réapparaître Karpelès bardé d’une armée d’avocats et de conseillers en communication. Lors d’un cérémonial tout en repentance, dans la grande tradition japonaise, il annonce que MtGox a subi un piratage de 750.000 bitcoins, le plus grand vol de cryptomonnaie à ce jour. Le 10 mars, l’entreprise se déclare en faillite.

En août 2015, Karpelès est arrêté et incarcéré pour détournement de fonds et falsification d’informations. Il est relâché en 2016 dans l’attente de son jugement. Jusqu’où est-il responsable ? Ses détracteurs les plus acerbes le décrivent comme le membre actif d’un système de type Ponzi, dont le montage consiste à rémunérer les investisseurs avec l’argent des nouveaux entrants. Tant que l’argent rentre, ce n’est pas un problème. Ça le devient quand les clients veulent tous retirer leur argent en même temps. Ce soupçon est renforcé par le fait que MtGox a fermé quelques jours après une chute retentissante du bitcoin.

Que fait aujourd’hui Mark Karpelès ? Il cherche du travail. Sur Twitter, il se présente comme spécialiste des systèmes d’information. On le croit sans peine…

https://www.capital.fr/entreprises-marches/mark-karpeles-le-petit-geek-de-dijon-devenu-baron-du-bitcoin-1274728

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