En Syrie, exode massif de civils fuyant deux fronts meurtrier

En Syrie, exode massif de civils fuyant deux fronts meurtriers

Des civils fuient la ville d’Afrine, cible d’une offensive turque dans le nord de la Syrie, vers des zones contrôlées par le régime dans la province d’Alep, le 16 mars 2018 / © AFP / George OURFALIAN

Des milliers de civils fuient samedi pour échapper à la mort en Syrie où la guerre fait rage sur deux fronts, à Afrine, enclave kurde dans le nord-ouest, et dans la Ghouta orientale, dernier fief rebelle aux portes de Damas.

Le régime syrien de Bachar al-Assad, soutenu par son allié russe, poursuit sans relâche ses bombardements sur les zones insurgées dans la Ghouta, qu’il assiège depuis 2013 et veut reprendre entièrement.

Au moins 37 civils, dont quatre enfants, ont été tués samedi par des raids aériens sur le fief rebelle, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Un correspondant de l’AFP a confirmé des bombardements intenses aux alentours d’Arbine, localité encore tenue par les rebelles.

Pour échapper aux pénuries, aux bombes et à la mort, plus de 20.000 personnes ont fui l’enclave samedi. Depuis jeudi, quelque 50.000 personnes ont été forcées à l’exode, d’après l’OSDH. Le ministère russe de la Défense a évoqué plus de 44.000 déplacés.

Les civils n’ont pas d’autre choix que de fuir vers les zones contrôlées par le régime, malgré la crainte de représailles pour certains.

Sur un autre front de la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011, un exode massif de civils est aussi en cours dans le nord-ouest du pays: plus de 200.000 personnes ont quitté depuis mercredi soir la ville d’Afrine, quasi encerclée par des forces turques et des rebelles syriens qui mènent depuis le 20 janvier une offensive contre une milice kurde syrienne.

Cette situation illustre la complexité actuelle du conflit syrien qui a commencé avec la répression par le régime de manifestations prodémocratie mais qui implique aujourd’hui des puissances étrangères.

Cette guerre qui est entrée dans sa huitième année a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Un représentant de la principale formation de l’opposition en exil, Nasr al-Hariri, a condamné samedi l’inaction et le silence des Nations unies face aux « crimes » commis en Syrie.

– ‘Pas de couvertures’ –

Fort du soutien militaire de la Russie, le régime cherche à reprendre l’intégralité de l’enclave rebelle dans la Ghouta orientale, où ses forces ont lancé le 18 février une campagne aérienne d’une rare intensité.

Ces bombardements ont tué au moins 1.400 civils, dont 274 enfants, selon l’OSDH.

Le régime a repris 70% de l’enclave rebelle, désormais morcelée en trois secteurs.

La télévision d’Etat syrienne a filmé samedi le flot de civils qui continuent d’arriver en zone gouvernementale en provenances des secteurs rebelles de la Ghouta.

Ils ont avec eux leurs maigres possessions: des hommes avancent avec des baluchons sur les épaules, un père guide un vélo sur lequel est juché un petit garçon et un sac de jute volumineux.

Des centres d’accueil improvisés ont été hâtivement préparés à la périphérie de Damas pour accueillir ces déplacés, notamment dans la localité d’Adra.

« On n’a pas d’endroit où dormir, pas de couvertures, les femmes et les enfants sont installés à même le sol », déplore Abou Khaled, 35 ans, qui a trouvé refuge dans une école transformée en abri temporaire.

Les principaux groupes rebelles islamistes de la Ghouta orientale –Jaïch al-Islam, Faylaq al-Rahmane et Ahrar al-Cham– se sont dits prêts à des « négociations directes » avec la Russie, sous l’égide de l’ONU, pour obtenir une trêve.

Les rebelles dans la Ghouta tirent régulièrement des obus et des roquettes sur Damas. Samedi, un civil a ainsi été tué dans un tir d’obus sur la capitale, selon l’OSDH.

Importantes destructions

A Afrine, où les forces proturques encerclent quasiment la ville, un seul couloir permet aux habitants de fuir par le sud, vers des territoires contrôlés par les Kurdes ou par le régime.

« La situation est terrifiante », affirme à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. « Les civils continuent de fuir ».

Des milliers ont rallié la localité de Zahra, en territoire gouvernemental. « Les gens dorment dans la rue, les mosquées, les écoles, certains même dans des voitures ou au bord de la route », a raconté un déplacé.

L’objectif affiché de l’offensive turque est de chasser de la région d’Afrine la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG)– considéré comme un groupe « terroriste » par Ankara. Les YPG sont un allié clé de Washington contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie.

Samedi matin, 11 civils ont été tués dans un raid aérien turc alors qu’ils tentaient de fuir la ville, a rapporté l’OSDH.

La veille, 16 civils, dont deux femmes enceintes, avaient perdu la vie lorsqu’une frappe turque avait touché le principal hôpital de la ville d’Afrine, selon l’OSDH. L’armée turque a démenti.

Le raid turc a causé « d’importantes destructions » dans l’hôpital, le plus grand de la région, désormais « hors-service », a déclaré son directeur Jiwan Mohammad, cité par l’agence officielle syrienne Sana.

(©AFP / 17 mars 2018 16h31)

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