Armement : où va la France en Arabie Saoudite ?

Armement : où va la France en Arabie Saoudite ?

Par Michel Cabirol  |   |  1203  mots
Ryad souhaite saoudiser 50% de ses achats d'armement à l'horizon de 2030
Ryad souhaite « saoudiser » 50% de ses achats d’armement à l’horizon de 2030 (Crédits : Handout .)
L’année 2018 sera une année décisive pour les industriels de l’armement français en Arabie Saoudite. Ça passe ou ça casse.

Pour les industriels de la défense français, 2018 sera vraiment l’année clé en Arabie Saoudite. Ou Emmanuel Macron signe des contrats d’armement en fin d’année comme il l’a annoncé, ou alors les industriels de la défense tricolores seront exclus en grande partie des marchés de défense saoudiens au profit des Américains mais aussi des Britanniques, des Russes, des Espagnols, des Coréens voire des Turcs. Ce qui est déjà plus ou moins le cas. Pourtant, la France a entretenu une longue histoire avec l’Arabie Saoudite dans le domaine de la défense. Elle a signé plusieurs dizaines de milliards d’euros de contrats sur une période de 35/40 ans avec des conditions financières extrêmement favorables via ODAS (ex-Sofresa).

ODAS a perdu la main

Toutefois, cette société publique qui représente les intérêts de l’État et des grands groupes d’armement français dans le Royaume, a perdu la confiance du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz (MBS) depuis novembre 2015. Selon un observateur de ce dossier, elle a également perdu la confiance du missilier MBDA et d’Airbus, estimant qu’elle était un instrument de Thales. La guerre franco-française dans les sables saoudiens entre Thales et MBDA a laissé des traces, beaucoup de traces.

Défiance cette fois plus pragmatique de Naval Group, qui n’a semble-t-il qu’un seul objectif, celui de récupérer les contrats en cours d’exécution : programme AMWAJ qui porte sur le soutien à la marine saoudienne (fournitures de pièces de rechange et assistance technique, soit 200 à 400 millions par an), les programmes de modernisation des frégates Sawari 1 signés en 2013 (contrat LEX) et des frégates Sawari 2 (contrat ERAV).

Marginalisation de la France en Arabie Saoudite

En dépit de sa marginalisation qui a été progressive depuis plusieurs années, la France détient encore quelques enjeux commerciaux en Arabie Saoudite. A commencer par l’exécution des contrats en cours qui vont courir au-delà de 2020, dont la modernisation des frégates Sawari 1 (programme LEX). Mais cela ne va pas sans mal avec l’extinction programmée d’ODAS par Ryad et Paris. Car de nombreux cadres démissionnent et ceux qui restent sont pour la plupart de plus en plus démotivés par les perspectives très peu réjouissantes de l’entreprise.

Enfin, le nouveau patron d’ODAS  l’ingénieur général de l’armement Daniel Argenson serait isolé. Il ne serait pas associé aux décisions du ministère des Armées, selon une source proche du dossier. « Il n’y a pas de plan B avec la disparition d’ODAS », se désole un observateur. Non pas pour ODAS elle-même mais pour les intérêts français en Arabie Saoudite dans le domaine de la défense en berne ces dernières années. En 2015 puis en 2016, l’Arabie Saoudite n’a commandé à la France que 193,5 millions et 764 millions d’euros de matériels militaires. Bien loin des ventes de 2013 (1,9 milliard) et de 2014 (3,6 milliards).

Vers des transferts de technologie

Que peut-on attendre dans les prochains mois de l’Arabie Saoudite ? Le contrat portant sur la vente de 39 patrouilleurs HSI 32 du chantier naval de Cherbourg CMN évalué à 550 millions d’euros devrait être signé « dans les semaines qui viennent », assure une source proche du dossier. « Tout est bouclé, il ne manque que la signature », poursuit-elle. A suivre. En tout cas, la délégation saoudienne a cité en exemple ce contrat lors de la visite de MBS à Paris devant un parterre d’officiels et de patrons français, selon nos informations. Pourquoi ? Quinze des patrouilleurs doivent être fabriqués à Damman par le groupe saoudien Zamil, partenaire de CMN. Le chantier naval cherbourgeois a déjà vendu fin 2017 trois patrouilleurs FS56 à Ryad.

Ce type de contrat se glisse parfaitement dans la nouvelle stratégie de Ryad de « saoudiser » 50% de ses achats d’armement à l’horizon de 2030. La France sait faire. Ces dernières années, elle a signé de nombreux contrats en ayant proposé des transferts de technologies à l’Inde, au Brésil, en Australie notamment. D’ailleurs Naval Group, qui a déjà signé un partenariat avec Zamil, a récemment proposé au patron de Saudi Arabia Military Industries (SAMI) Ahmad ben Aqil al-Khatib, une coopération sur le système de combat dans le cadre d’une vente de cinq corvettes Gowind à la marine saoudienne.

Un accord intergouvernemental?

Et à,plus long terme ? Emmanuel Macron a promis des contrats en fin d’année. Il en va donc de sa crédibilité. Ou alors, estime un observateur, il existe une volonté cachée de ne plus rien faire en Arabie Saoudite. Ce n’est pas l’avis d’un patron du secteur, « Emmanuel Macron a une très bonne approche » de ne pas considérer l’Arabie Saoudite comme un simple client. L’Elysée a d’ailleurs précisé que le président ne considérait « pas l’Arabie saoudite comme un client mais comme un allié ». Il considère que la relation entre Emmanuel Macron et MBS est une relation « plus saine » basée sur des accords mais aussi des désaccords. « C’est impossible d’être d’accord sur tout au niveau des Etats », estime-t-il.

La France continuera vraisemblablement à vendre des armes à l’Arabie Saoudite. « Pour restaurer l’influence de la France dans certaines zones du monde, eh bien c’est un élément important de notre diplomatie. Notre industrie a aussi besoin de trouver des débouchés sur ces marchés », a souligné le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, proche d’Emmanuel Macron lors de l’« Epreuve de vérité », sur Public Sénat-Radio Classique-AFP, à propos de l’Arabie Saoudite. Cela devrait passer par un accord intergouvernemental (AIG) entre les deux pays. Problème, sa rédaction traîne en longueur depuis deux ans. Et surtout avec quelles conditions financières?

Ce que peut espérer la France

Outre les patrouilleurs de CMN, Nexter attend depuis plusieurs années la concrétisation d’un contrat de véhicules blindés Titus et de canons de 105 mm tractés pour un montant de 359 millions d’euros. Naval Group pousse son best-seller du moment à l’export, la corvette Gowind, qui, estime-t-on, ne serait pas pénalisée par la vente par l’Espagne de cinq corvettes Avante 2200 fabriquées par Navantia. Thales travaille discrètement sur le renouvellement progressif du parc de systèmes de défense sol-air de courte portée avec Ryad, en proposant notamment ses radars de défense aérienne GM200 et GM400 ainsi que les systèmes de commandement du système. En revanche, Ryad choisirait un missile de la classe du Crotale d’un autre industriel.

Enfin, Airbus est en discussion pour vendre deux avions-ravitailleurs A330 MRTT supplémentaires à l’armée de l’air saoudienne (6. exemplaires commandés). En outre, Ryad pourrait se décider à acheter des avions de transport militaire A400M pour lesquels un intérêt aurait été officiellement formulé. Le prince héritier d’Arabie Saoudite devrait en discuter avec Airbus au moment de son passage en Espagne. En revanche, les discussions sur l’acquisition de satellites (Airbus et Thales) semblent être au point mort. Des ventes qui ramènent la France à son rang de puissance moyenne. En comparaison, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite avaient signé en mai 2017 des accords d’une valeur de plus de 380 milliards de dollars….

 

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-d

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