Faut-il croire les Russes ?

 

Faut-il croire les Russes ?

Le gouvernement américain affirme que 100% des plus de 100 missiles de croisière lancés par la coalition qu’il dirige ont atteint leurs objectifs sur les sites liés à la guerre chimique du gouvernement syrien.

Les gouvernements syrien et russe déclarent que 75% de ces missiles n’ont pas atteint leurs objectifs.

Qui devons-nous croire?

La nature extrême de l’allégation des États-Unis devrait inspirer la prudence. Aucun système ne fonctionne à 100% d’efficacité et de rendement. Aucun. Une collègue civile très expérimentée de la DIA me demandait un jour pourquoi les armes sophistiquées fonctionnaient si souvent mal ou étaient parfois détruites. Je lui répondis que c’était simplement une réalité de la vie, que dans la guerre réelle “tout ce qui peut mal se passer, se passera mal.” Elle mit résolument en doute cette affirmation : “Les fabricants garantissent qu’ils fonctionneront comme annoncé”, dit-elle. “Ils mentent”, lui dis-je, “ainsi fonctionne le business”. La réponse ne lui faisait pas plaisir mais c’était et cela reste la vérité. Il n’y a pas de système d’arme qui fonctionne parfaitement.

Les dysfonctionnements de système ne sont qu’une des nombreuses choses qui peuvent aller mal et iront mal en temps de guerre.

Les systèmes de défense aérienne complexes comme celui de la Syrie ne doivent pas être considérés comme une simple addition de missiles sol-air, de canons de défense anti-aérienne, de radars et de brouilleurs électroniques contre les missiles de croisière tirés de navires ou d’avions, ou autres missiles air-sol. Ces outils ne sont pas utilisés séparément avec succès. Dans un système bien conçu, ils sont employés de manière holistique en tant que parties intégrées d’un ensemble reliés électroniquement par des ordinateurs de la défense aérienne centralisée qui coordonnent leurs effets. Les radars détectent les cibles entrantes, les brouilleurs perturbent les systèmes de navigation des missiles et, dans de nombreux systèmes russes, peuvent modifier la course du missile vers une cible sans valeur. Les systèmes SAM (Sol-Air Missile) et autres armes antiaériennes sont confiés aux ordinateurs de la défense antiaérienne et l’enjeu du côté de la défense est que l’on ne manque pas de SAM et d’obus de canon avant que les attaquants ne manquent de missiles. Dans le passé, les Syriens étaient incapables d’intégrer tous ces différents systèmes pour vaincre leur grand ennemi, Israël. Cette époque est finie et la défense aérienne russo-syrienne est devenue un ensemble intégré fonctionnant selon les normes claires et la discipline stricte imposées par les Russes, même si le meilleur de l’équipement russe présent en Syrie n’a pas encore été engagé dans la lutte.

Il a été noté que de nombreux systèmes SAM actuellement entre les mains des Syriens sont d’ancien modèle du temps de l’URSS. C’est en grande partie un argument non pertinent. De tels systèmes d’armes font l’objet de procédures de modernisation, de mises à niveau constantes, qui améliorent constamment leurs capacités aux normes des conditions et évolutions de la guerre.

Ces modifications constantes ont lieu sur les chaînes d’approvisionnement de tous les pays fabricants d’équipements militaires dans le monde. S’ils ne le faisaient pas, leurs équipements auraient une durée de vie très courte et ne trouveraient guère d’acheteurs dans le cadre d’une concurrence en constante expansion. Un excellent exemple de ces procédures d’amélioration des produits est le cycle de service des navires de guerre. Ceux-ci sont programmés à plusieurs reprises pour des refontes d’au moins une années dans les chantiers navals adéquats. Un exemple pour l’aviation est celui du vénérable bombardier lourd américain B-52, qui porte par le hasard de la numérotation bureaucratique le nombre de l’année où il a effectué son premier vol (1952). Un certain nombre de B-52 continuent à être d’excellents vieux “soldats” après avoir été transformés à plusieurs reprises en avions modernes grâce à des réaménagements. Selon ce point de vue, la force de défense aérienne russo-syrienne ne devrait pas être considérée comme arriérée.

La Russie a consacré beaucoup de ses ressources industrielles limitées à l’amélioration et à la modernisation des vieux systèmes soviétiques, en même temps qu’elles en développaient de nouveaux en grand nombre. Les nouveaux modèles ont un très grand potentiel à l’exportation comme nous l’avons vu en Iran, en Turquie et en Inde, ce qui justifie largement les dépenses engagées pour ces nouveaux modèles.

Les États-Unis sont impliqués dans une guerre mondiale depuis dix-sept ans. Cela a été un genre spécial de guerre menée contre les guérillas islamistes et les terroristes dans le monde entier. Une telle guerre exige souvent un équipement très différent de celui utilisé contre les États, en particulier un État fortement structuré. Dans ce contexte, les fonds consacrés à l’amélioration d’équipements tels que le TLAM (Tomahawk) ont été fortement réduits. Les fonds ainsi dégagés ont été orientés vers les UAV (drones) et ont nourri les coûts incroyables des grandes forces terrestres en l’absence de conscription. L’administration Obama aimait utiliser les forces armées mais ne pensait pas à elles avec le même empressement que pour ses programmes sociaux. La loi de séquestration qui en résulta et affecta le financement de la défense a joué un rôle dans le déclin de l’efficacité des équipements américains par rapport à celui des Russes. Il y aura un changement dans ces orientations de financement.

Alors, que s’est-il passé?

J’ai eu des contacts avec plusieurs sources étrangères ayant accès à l’information nécessaire pour avoir un jugement valide, qui me disent que les Russes ont raison. Ces personnes sont d’une orientation politique plutôt favorables aux États-Unis, tout comme leurs gouvernements. Plus des deux tiers des missiles de la coalition formée par les USA n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs. Pourquoi ? Toutes les raisons citées ci-dessus ont dû jouer un rôle dans cette défaite aérienne. Des armes d’attaque obsolètes, une défense aérienne entièrement intégrée et le professionnalisme des opérateurs des systèmes anti-aériens.

Une enquête est en cours pour déterminer ce qu’il faut faire pour remédier à la situation.

En même temps, il est clair qu’il y avait une entente entre les gouvernements pour s’assurer que les lignes rouges russes n’étaient pas franchies. Les preuves de l’attaque au gaz de Douma sont inexistantes. La film diffusé comme “preuve” a maintenant été soigneusement identifié comme une opérations de l’OI (Operationnal Information, ou “propagande”) du programme des Casques blancs financé par les Saoudiens, et en grande partie menée par les service de guerre de l’information du 77èmerégiment des services britanniques. Il semble clair que le Département de la Défense des États-Unis n’était pas au courant de ce projet d’OI et pour cette raison, le secrétaire à la défense Mattis a traversé en aveugle la phase préparatoire de l’attaque du 13 avril. Les cibles visées (détruites ou non) étaient connues depuis longtemps par la communauté du renseignement US comme des installations des anciens programmes de guerre chimique du gouvernement syrien. On a demandé aux Russes de rester à l’écart de ces régions. Un compromis raisonnable a été réalisé avec un président facilement berné par les médias sociaux et ressentant une forte pression d’une population aussi facile à tromper.

Quoi qu’il en soit, la plupart des missiles ont échoué et cette défaillance doit être corrigée.

W. Patrick Lang

http://www.dedefensa.org/article/regard-sur-lattaque-du-vendredi-13

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