Merkel juge les taxes américaines « illégales »

Merkel juge les taxes américaines « illégales »

Berlin – La chancelière allemande Angela Merkel, à la tête de la première économie européenne, a jugé jeudi « illégales » les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium décidées par les Etats-Unis et s’est inquiétée d’un risque d' »escalade ».

« Le gouvernement allemand rejette » ces taxes, a-t-elle dit dans un communiqué.

« Nous estimons qu’elles sont illégales » et que la décision de les instaurer « porte en elle le risque d’une spirale nous entraînant dans une escalade qui à la fin nuira à tout le monde », a ajouté la chancelière.

Elle réagissait à la décision des Etats-Unis de ne pas prolonger l’exemption temporaire accordée à l’Union européenne jusqu’à jeudi minuit et de mettre en place des taxes de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium importés depuis l’Europe, mais aussi depuis le Canada et le Mexique.

« La décision du président américain (Donald Trump) de ne pas accorder d’exception permanente sera désormais analysée en détail au sein de l’UE », qui s’est préparée « pour répondre par des contre-mesures appropriées », a prévenu la chancelière.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a d’ores et déjà fait savoir jeudi après-midi que l’Union européenne allait « annoncer dans les prochaines heures des contre-mesures ».

Berlin « va continuer à faire campagne pour le libre-échange, l’ouverture des marchés » et « l’approche multilatérale », a insisté Mme Merkel.

« Notre réponse à +l’Amérique d’abord+ sera +l’Europe unie+ », a aussi indiqué son ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas.

« Les guerres commerciales ne connaissent aucun vainqueur », a-t-il ajouté, jugeant « non pertinent de justifier (ces taxes) au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis ».

Première économie de l’UE, l’Allemagne est particulièrement vulnérable aux droits de douane en raison de sa forte dépendance à l’égard de l’industrie automobile, elle aussi dans le collimateur de Donald Trump.

Selon les chambres de commerce et d’industrie allemandes (DIHK), les automobiles et les pièces automobiles ont représenté plus d’un quart des 111,5 milliards d’euros (130,3 milliards de dollars) d’exportations vers les Etats-Unis l’année dernière.

(©AFP / 31 mai 2018 16h31)

https://www.romandie.com/news/Merkel-juge-les-taxes-am-ricaines-ill-gales/923249.rom

 

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Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?


Par Dmitry Orlov – Le 24 mai 2018 – Source Club Orlov

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Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?

Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

  • La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
  • La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
  • Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
  • Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
  • Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
  • L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

  • Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit [C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
  • L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont « inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
  • En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
  • Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à « attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien

Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Traduit par Hervé, relu par Catherine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-russie-ne-repond-pas

 

Les malheurs de l’empire (II)

Chroniques du Grand jeu

Les malheurs de l’empire (II)

25 Mai 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Europe, #Russie, #Gaz, #Moyen-Orient

Effritement du système impérial, suite

En Italie, une coalition «  »populiste » » (à mettre entre huit guillemets) arrive au pouvoir. L’euronouillerie est atterrée : le nouveau gouvernement italien, ouvertement eurosceptique, ouvre une nouvelle crise au sein de l’UE et caresse même l’idée, si les choses ne changent pas, de quitter l’euro et revenir à sa monnaie nationale.

Autres joyeusetés au programme : restriction drastique de l’immigration (Soros et les banksters vont faire grise mine) et surtout levée des sanctions contre la Russie. A ce titre, relevons que même les précédents gouvernements italiens pro-UE – Berlusconi, Prodi, Renzi – ont toujours été très réticents devant la croisade hystérique anti-russe de l’empire et de ses affidés du Vieux continent. C’est une spécificité italienne que de vouloir maintenir de bonnes relations avec Moscou.

Après une accalmie en 2017 (victoires de Merkel et de Micron), l’establishment entre à nouveau en mode panique : les horribles et infâmes partis « populistes » sont partout en crue :

Le côté obscur de la force, en quelque sorte… Le mois dernier, déjà, le Hongrois Orban, bête noire de Bruxelles, avait été largement réélu. Dans le collimateur, l’Open Society sorosienne qui devrait bientôt quitter la Hongrie.

Balkans un jour, Balkans toujours. Le président bulgare était cette semaine à Sochi pour rendre une petite visite à Vladimirovitch. Au menu des discussions, le gaz. Tiens, tiens… Sofia est depuis des années au centre du feuilleton énergétique le plus célèbre de la Mer noire, suivi avidement par toutes les chancelleries de la région et d’ailleurs. Petit rappel :

Craignant l’intégration de l’Eurasie comme la peste, les Américains travaillent depuis la fin officielle de la Guerre froide (1991) à séparer l’Europe de la Russie, tout spécialement dans le domaine énergétique. Alors que la Russie regorge d’hydrocarbures et que l’Europe ne demande qu’à les consommer, les Etats-Unis et les institutions européennes qu’ils ont phagocytées ont tout fait depuis une vingtaine d’années pour contrarier (en rouge sur la carte) le flot énergétique Est-Ouest : prêches sur le « danger russe » et diabolisation intense de son gouvernement, crises gazières ukrainiennes encouragées par Washington, expansion de l’OTAN vers l’est, flatteries aux pays de la « Nouvelle Europe » (Pologne, pays baltes etc.), coup d’Etat à Kiev l’année dernière… Par ailleurs, pressions et « encouragements » sont donnés à profusion aux pays européens pour qu’ils se fournissent ailleurs, même si cela doit aller contre leurs propres intérêts économiques ou si les nouvelles routes énergétiques proposées (en vert sur la carte) sont illusoires, comme l’amusant Nabucco qui a fait long feu, ou sa resucée, le Corridor sud. Ici, la désinformation économique tourne à plein par le biais de think tanks et autres officines pas tout à fait neutres, nous en avions déjà parlé.

Parfaitement conscients des manigances américaines dans ce Grand jeu énergétique ô combien passionnant, les Russes ont contourné le nouveau « rideau de fer » US par deux gazoducs devant passer au nord par la Baltique et au sud par la Mer noire : Nord Stream et South Stream. Le premier a pu être construit (2010-2011), s’appuyant sur les derniers dirigeants européens un tant soit peu indépendants (Schroeder), mais le second, un peu plus tardif, est resté dans les cartons après son annulation l’année dernière. Les Américains et leurs affidés de la Commission de Bruxelles ont réussi à torpiller le projet grâce à des arguties juridico-institutionnelles (le Troisième paquet énergétique européen, pourtant apparu après le projet du gazoduc) ainsi qu’une intense pression sur la Bulgarie (visite de McCain…)

Jamais à court de bottes secrètes, Poutine a, à la surprise générale, proposé en décembre dernier un nouveau pipeline aboutissant à la frontière gréco-turque, donc en dehors de la juridiction de l’UE, quitte pour ses pays membres à venir se servir eux-mêmes. C’est le fameux Turk Stream ou Turkish Stream, qui risque fort de couper définitivement l’herbe sous le pied aux projets américains tout en contournant lui aussi le rideau de fer de la « Nouvelle Europe », notamment l’Ukraine putschiste post-Maidan. Avec ce tube (en violet sur la carte), enterrées les chimères du gaz azéri à peu près inexistant, du gaz turkmène qui ne pourra jamais passer sous la Caspienne, du gaz qatari bloqué par la Syrie d’Assad ou du gaz iranien (le seul vrai danger pour Moscou même si Téhéran est, par ailleurs, un allié). Ensuite, le gazoduc devait passer par la Grèce de Tsipras (alors aux prises avec la Troïka) avant de gentiment remonter vers la Hongrie et l’Autriche.

Les Américains ont immédiatement tenté de réagir en faisant ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire en semant le chaos en Macédoine (événements du printemps), en exerçant une intense pression sur la Serbie, tous deux pays de passage du tube, et en tentant de déstabiliser Orban en Hongrie. Deux « révolutions » de couleur pour le prix d’une ! Mais les petits stratèges de Washington en ont été pour leurs frais : mise à part la Serbie qui a vacillé, les autres sont restés droit dans leurs bottes.

En succombant à la pression conjointe de Bruxelles et de Washington, le gouvernement bulgare avait fait une croix sur les lucratifs frais de transit du South Stream (400 millions par an). On se souvient de l’énorme malaise que cela avait provoqué à Sofia et plus généralement dans les Balkans, dont les pays supportent de plus en plus mal la tutelle euro-atlantique. Et ce n’est pas la « vague populiste » en Europe de l’est qui arrangera les affaires du système impérial…

Après l’annulation du South Stream par le gouvernement atlantiste et corrompu de l’époque, les Bulgares en étaient désormais réduits à glousser de soulagement à la possibilité de recevoir une branche terminale du Turk Stream, pour le même gaz qu’ils vont payer plus cher et sans royalties. Il y avait également une autre possibilité que nous évoquions il y a tout juste deux ans à propos d’un mystérieux pipeline de la Mer noire, du temps où Moscou et Ankara étaient encore brouillés après l’affaire du Sukhoi :

La piste bulgare est entre autres considérée, ce qui rejoindrait certains bruits à Sofia sur le remplacement du South Stream par un Bulgaria Stream, le tube russe arrivant sur une plateforme gazière offshore, extraterritoriale à l’UE pour ne pas froisser les europloucs de Bruxelles. Gazprom renoncerait à construire le pipeline traversant les Balkans, laissant les Européens se débrouiller (ce qui était déjà le plan du Turk Stream prévu pour arriver à la frontière grecque). Ce qui est sûr, c’est que les Bulgares ne sont pas du tout contents de l’annulation sous pression américaine du South Stream.

Depuis, un président eurosceptique et pro-russe a été élu à Sofia, celui-là même qui vient de rendre visite à Poutine. Et aux dernières nouvelles, il s’agirait de l’extension du Turk Stream, mais Gazprom ne s’engagera qu’après avoir reçu toutes les garanties de l’UE. Ours échaudé craint l’eau froide… Ca tombe bien, les relations se réchauffent entre Bruxelles et le géant russe, et un accord à l’amiable vient enfin d’être trouvé à propos de la longue dispute juridique sur l’abus de position dominante reproché à Gazprom. Signe du tectonique et inévitable rapprochement, quoique désavoué publiquement par les euronouilles, entre le Vieux continent et le Heartland ?

Gazprom n’aura pas à payer d’amende. Le géant gazier russe a été épargné par la Commission européenne, après de longues tractations (…) Il risque pourtant d’y avoir quelques grincements de dents. Car la Commission n’a pas fait preuve de la même mansuétude envers des géants américains comme Apple condamnés à des amendes colossales. Gazprom était notamment accusé de pratiquer des prix très élevés et de demander des contreparties dans ses contrats de livraison. Le groupe risquait des sanctions pesant jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires, soit quelque 8 milliards d’euros.

Enfonçant un coin entre le centre impérial US et ses vassaux européens quelque peu perdus depuis l’élection du Donald, le Kremlin flatte l’égo de ces derniers en proposant, au Forum économique de Saint-Pétersbourg qui vient d’ouvrir et où l’on retrouve du beau monde, de choisir l’euro pour son commerce extérieur avec l’UE « si nos partenaires européens prennent position sans équivoque » contre les sanctions américaines.

L’ours a lu tous les classiques de la stratégie chinoise… Moscou soutient la montée de l’anti-système en Europe mais offre en même temps une planche de salut pour le système eurolâtre désespéré de sauver sa monnaie unique. Moscou préférait Trump à l’hilarante mais profite de la scission créée par l’élection du Donald pour retourner les Européens contre leur suzerain américain. Du velours…

A Saint-Pétersbourg justement, en compagnie de Poutine, Abe, Lagarde, Schroeder ou encore le vice-président chinois, Macron a évoqué les Nouvelles routes de la Soie et la volonté européenne d’y être connectée. Il a également répété jusqu’à plus soif les mots « souveraineté », « coopération » et « multilatéralisme », vocabulaire quelque peu détonnant dans la bouche d’un Young Leader.

Déjà, la veille, il avait insisté sur les « principes communs » entre Paris et Moscou et assuré que « la politique française en Syrie n’est pas de procéder depuis l’extérieur à quelque changement de régime que ce soit ou à quelque transition ». Certes, c’est un peu facile maintenant qu’Assad a repris la majorité du territoire.

Ce qui restait des petits hommes en noir de l’EI ont été évacués de Yarmouk et la région de Damas est totalement libérée. Une première depuis 2012 :

Désormais, tous les regards se tournent vers le sud et Deraa, où les barbus modérément modérés ont reçu un avertissement final avant l’offensive. Les forces loyalistes affluent, y compris les milices palestiniennes pro-Bachar. La tension près du Golan occupé par Israël – qui y a, rappelons-le, soutenu Al Nosra et Daech afin de créer une zone tampon – risque de monter d’un cran. Il faudra tout le tact russe pour éviter une escalade générale.

Toujours est-il que l’empire a perdu son pari en Syrie, un fiasco parmi d’autres pour les petits génies de Washington. Suite au prochain épisode…

Les sanctions contre l’Iran menacent le pétrodollar

Les sanctions contre l’Iran menacent le pétrodollar


Par Irina Slav – Le 14 mai 2018 – Source oilprice.com

Iranian oil
Un pays doit être très satisfait de la perspective de nouvelles sanctions économiques américaines contre l’industrie pétrolière iranienne, et ce pays est le plus gros importateur de pétrole du monde et le plus grand client pour le pétrole iranien.

Lorsque la Chine a lancé le mois dernier ses contrats à terme sur le pétrole, tant attendus, elle l’a fait dans le cadre de sa stratégie visant à accroître le poids international de sa monnaie. Maintenant, avec les sanctions américaines à l’horizon contre l’Iran, le yuan pourrait encore progresser sur cette voie, Pékin ayant promis de continuer à acheter du brut iranien, qui sera probablement payé en yuan.

L’Iran devrait être d’accord avec cette idée. Le pays a clairement fait savoir, avant même que le président Trump ne se retire du JCPOA, qu’il préférerait régler ses échanges dans des devises autres que le billet vert, auquel il a un accès limité.

Le mois dernier, Téhéran et Moscou ont conclu un accord pour mener toutes leurs affaires avec des biens plutôt qu’en dollars car les deux cherchent à réduire l’influence de la monnaie américaine sur leurs économies. Un mois plus tôt, l’Iran a interdit le règlement des transactions d’importation en dollars et a abandonné cette monnaie en faveur de l’euro pour déclarer ses réserves de change. En d’autres termes, l’Iran sera plus qu’heureux de recevoir du yuan chinois contre son brut, ou bien d’appliquer un système d’échange pétrole contre biens de consommation, similaire à celui convenu avec la Russie.

Le fait est que ce million de barils quotidien que les nouvelles sanctions iraniennes est censé retirer du marché, pourrait en définitive ne pas l’être. Les analystes citent ce chiffre parce que c’est la quantité de brut iranien qui a été retiré des marchés mondiaux au cours de la période où les États-Unis et l’UE avaient imposé des sanctions contre Téhéran.

Mais ils ont ensuite accepté le JCPOA, communément appelé accord sur le nucléaire iranien, et les sanctions ont été levées. Cette fois, Washington joue seul le jeu des sanctions. Les signataires européens de l’accord ont clairement fait savoir qu’ils ne se retireraient pas simplement parce que Washington l’avait fait.

L’Allemagne, l’un des signataires, a également déclaré qu’elle protégerait ses entreprises faisant des affaires en Iran. Il y a des chances que la France suive, Total ayant un intérêt majeur dans le champ gazier de South Pars en Iran. En plus de cela, l’Europe est le plus grand acheteur de pétrole iranien. Les pays européens ont acheté 624 000 b / j en moyenne l’année dernière.

Contrairement à la dernière fois, tout le monde veut continuer à acheter du pétrole iranien, et bien que certains puissent être obligés d’en acheter moins, la Chine n’est pas liée par une quelconque dépendance économique ou de sécurité nationale vis-à-vis des États-Unis. L’Iran, pour sa part, a besoin de marchés pour son pétrole, même s’il le vend en yuan et convertit ensuite la monnaie chinoise par exemple en euros, ce qui aura un coût. Après tout, il vaut mieux vendre moins cher que de ne pas vendre du tout.

De plus, la Chine augmentera probablement ses investissements dans l’industrie pétrolière iranienne. L’Iran fait partie de l’initiative d’investissement dans l’infrastructure « One Belt, One Road » de Pékin, et la sécurisation d’une partie de l’industrie pétrolière iranienne est un élément naturel de l’initiative. L’achat de pétrole iranien en yuans ne fera que le compléter.

Régler les importations iraniennes en yuan n’est qu’un début. À long terme, il serait logique que de nombreux contrats autour du pétrole soient effectués dans la monnaie du principal importateur. Mais il faudra des années pour que le yuan sape le dollar en tant que pétro-monnaie ultime, et cela impliquerait aussi des risques, notent certains observateurs familiers avec le dilemme de Robert Triffin. À court terme, toutefois, les sanctions américaines pourraient bien présenter une situation gagnant-gagnant pour la Chine et l’Iran.

Irina Slav

Note du Saker Francophone

Cet article est extrait d'une analyse du blog Les Chroniques du Grand Jeu dont on ne peut que vous recommander la lecture assidue.

Traduit par Hervém relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-sanctions-contre-liran-menacent-le-petrodollar

 

Sylvie Kauffmann est très fatiguée… Par Etienne Pellot

31.mai.2018 // Les Crises

Sylvie Kauffmann est très fatiguée… Par Etienne Pellot

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

Dans Le Monde du 26 avril dernier, Sylvie Kauffmann – directrice éditoriale de ce quotidien (ou plutôt de ce qu’il en reste) – fait, comme à son habitude, la leçon à ses lectrices et lecteurs, dans une laborieuse dissertation intitulée « La vérité, victime de guerre ». Accroché par ce titre déclamatoire, on s’attend, bien évidemment, à quelques révélations sur les derniers bombardements occidentaux censés répondre à l’attaque chimique présumée syrienne du 7 avril dernier.

Malheureusement, après avoir à nouveau tapé sur Russia-Today-France (c’est plus fort qu’elle !) et craché sur l’anthropologue Emmanuel Todd – ô surprise, la directrice éditoriale nous assène un cours sur les mécanismes de lutte contre les armes chimiques. On s’attend alors à découvrir et apprendre des choses oubliées… Profonde erreur, puisqu’elle fait remonter cette lutte à la création du Joint Investigative Mechanism (JIM/Mécanisme conjoint d’investigation), datant du … 7 août 2015 ! Fake news caractérisée, elle saute – tout simplement – à pieds joints par-dessus l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), créée le 29 avril 1997. Cet oubli est-il à mettre au compte d’une grande fatigue ou sur celui de son dogmatisme idéologique ?

Toujours est-il que cette amnésie sélective lui évite de faire quelques rappels historiques qui ne sont pas très à l’honneur de ses amis américains. En effet, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani – a été, proprement flingué par John Bolton – actuel conseiller à la sécurité nationale américaine, à l’époque secrétaire général-adjoint au désarmement -, en … 2002 ! Quel crime avait-il commis ? Il s’apprêtait à envoyer ses inspecteurs en Irak à la recherche des fameuses armes de destruction massive invoquées pour déclencher l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003.

En septembre 2017, prochetmoyen-orient.ch l’avait rencontré chez lui à Rio1. Nous écrivions alors : « c’est par acclamation qu’il a été élu premier directeur général de l’OIAC. « Mon mandat exigeait que je séduise le plus de pays possible au monde pour qu’ils accèdent à la convention sur l’interdiction des armes chimiques », se souvient José Bustani ; « de 1997 à 2002, j’ai ainsi pu augmenter le nombre des pays membres d’une bonne moitié… » Les plus récalcitrants se trouvaient dans le monde arabe, considérant l’arme chimique comme « le nucléaire du pauvre ». En multipliant les visites et les consultations, José Bustani arrive notamment à convaincre la Libye et l’Irak en 2001, ces deux Etats donnant leur feu vert au principe des inspections : « ces deux pays clefs pour le monde arabe ont, finalement, compris l’opportunité d’une telle démarche sur les plans de la sécurité et de leur crédibilité diplomatique », commente José Bustani ; « à ce moment-là, j’ai donc communiqué la bonne nouvelle aux membres de l’OIAC, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, indiquant que nous pouvions désormais compter sur deux nouveaux membres importants en matière de désarmement chimique : la Libye et l’Irak ».

Mais plutôt que de féliciter le directeur général de l’OIAC, les Américains se fâchent et commencent à lui faire une guerre sans merci. En fait, si les inspecteurs de l’OIAC avaient pu se rendre en Irak, le monde se serait vite rendu compte qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive dans ce pays. Par conséquent le principal motif de guerre, invoqué par Washington et Londres contre Bagdad, tombait de lui-même rendant impossible l’expédition militaire projetée depuis plusieurs années. « En fait, l’acceptation de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques par la Libye et l’Irak enclenchait un processus très dangereux pour les Etats-Unis et Israël », explique José Bustani : « avec l’Irak, suivraient la Syrie et le Liban et tous les autres en isolant Tel-Aviv qui persistait à rejeter la convention de Vienne sur le nucléaire et, bien-sûr aussi, la convention sur l’interdiction des armes chimiques ». Furieux, les Israéliens s’opposent farouchement à l’acceptation de la convention de l’OIAC par l’Irak et saisissent le grand frère américain afin de bloquer l’initiative.

Selon la convention de l’OIAC, un changement du directeur général doit être décidé par le conseil exécutif de l’organisation. Dans un premier temps, les envoyés de Washington essaient cette voie mais se cassent les dents : José Bustani est maintenu ! Dans un deuxième temps, et en flagrante violation de la convention, ils oeuvrent alors à la convocation d’une assemblée générale extraordinaire pour obtenir enfin la tête du Directeur général récalcitrant. Différents émissaires américains font le tour des ambassades à La Haye, jouant alternativement de la carotte et du bâton, promettant différentes aides financières et livraisons d’armes et infrastructures à plusieurs pays membres.

Finalement l’assemblée extraordinaire se tient sous forte pression américaine. L’Amérique Latine et l’Afrique s’abstiennent, tandis que le Brésil ne soutient pas José Bustani, le président Cardoso ne voulant pas risquer d’indisposer Washington. S’alignant sur le diktat des Etats-Unis, les pays occidentaux votent massivement pour le départ du Directeur général. Seule, et à la surprise générale, la France s’abstient ! La Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Mexique, Cuba et le Soudan appuient José Bustani. Autre surprise : l’Inde qui avait soutenu de bout en bout le maintien du directeur de l’OIAC fait défection au dernier moment ! On apprend quelques jours plus tard que Washington a livré à New Delhi des systèmes radar de nouvelle génération dont les Etats-Unis bloquaient la vente depuis plusieurs années.

Pour appuyer leur ignoble campagne, les Américains dénoncent la mauvaise administration de l’OIAC, moyen d’autant plus cocasse que c’est un haut-fonctionnaire de Washington qui est en charge de toute la logistique de l’organisation, comme c’est presque toujours le cas dans les agences onusiennes ! « En fait », souligne José Bustani, « mon travail et mon indépendance ulcéraient singulièrement les Américains qui voulaient que je les consulte en permanence ».

La campagne anti-Bustani a été directement supervisée par Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis (2001-2009) et principal superviseur de la guerre de 2003 contre l’Irak. Pour mettre fin aux fonctions du Directeur général de l’OIAC, Dick Cheney détache personnellement un envoyé spécial à La Haye en la personne de John Bolton. Ce farouche opposant aux missions américaines de maintien de la paix – légitimées ou non par l’ONU – a commencé à défrayer la chronique en 1993 en s’opposant à l’intervention humanitaire en Somalie.

En 1998, au côté de Richard Perle et d’autres, il est l’un des signataires de la lettre du Project for the New American Century, appelant Bill Clinton au renversement de Saddam Hussein. En mai 2001, George W. Bush le nomme au Département d’État chargé des questions de désarmement. En mai 2002, c’est lui qui signe la lettre au secrétaire général de l’ONU – Kofi Annan – indiquant que les États-Unis renoncent à toute participation à la Cour pénale internationale (CPI). John Bolton est également un farouche partisan de la guerre en Irak et du concept de guerre préventive. Le 7 mars 2005, ce détracteur intarissable de l’ONU sera pourtant choisi comme ambassadeur américain aux Nations unies par le président Bush.

Aussitôt débarqué à La Haye, il entame la tournée des ambassades des pays les plus importants de l’OIAC, multipliant pressions, inconvenances et grossièretés les plus inacceptables. Il somme José Bustani de quitter la direction générale de l’OIAC dans les 24 heures. Ne se laissant pas impressionner, ce dernier refuse catégoriquement. Alors Bolton menace : « on connaît votre femme et vos enfants, dont certains vivent aux Etats-Unis. Ils pourraient connaître certaines difficultés… » Cette séquence qui semble tirée de l’un des Parrain de Francis Ford Coppola est pourtant bien réelle et illustre les pratiques en usage dans la diplomatie américaine.

Le sinistre Bolton ajoute que Washington s’est mis d’accord avec le gouvernement du Brésil pour « faire partir Bustani », ce que ce dernier récuse de toutes ses forces même s’il sait que Cardoso l’a effectivement lâché… Le jour même de ce vote manipulé, José Bustani quitte la direction générale de l’OIAC le lundi 28 avril 2002, remplacé quelques mois plus tard, par un Argentin aux ordres, nommé par le gouvernement de Carlos Menem. On doit à ce fonctionnaire argentin la paternité d’une citation historique sur la « liaison charnelle unissant les gouvernements de Washington et Buenos-Aires ». Enfin, tout rentrait dans l’ordre américain, l’OIAC aussi !

Initialement, l’OIAC disposait de 211 inspecteurs payés par l’Organisation sous la direction technique et politique du Directeur général. Désormais, les inspecteurs sont, majoritairement prêtés à l’Organisation et payés par leur gouvernement. En 2013, suite à l’accord noué par John Kerry et Sergueï Lavrov lors du G-20 de Saint-Pétersbourg sur le démantèlement des armes chimiques syriennes, l’OIAC aurait dû être l’acteur principal de sa mise en œuvre. Une fois encore Washington a tout fait pour que l’Organisation soit marginalisée alors que la Syrie avait – de fait – accepté la convention. Par conséquent, les inspections de l’OIAC auraient dû commencer dans ce pays, conformément à l’esprit et la lettre de la convention.

En violation avec la Convention qui stipule que les armes chimiques doivent être détruites sur le territoire même du pays concerné, les armes syriennes ont été – soit-disant – démantelées sur un bateau croisant en Méditerranée et rejetées à la mer en violation aussi de toutes les directives onusiennes de protection de l’environnement. Selon les procédures de l’OIAC, les armes chimiques doivent être détruites dans des installations ad hoc prévues à cet effet, en sachant que leur coût est supérieur à celui des armes elles-mêmes ! La question de la destruction des armes chimiques syriennes demeure des plus opaques, comme celle de leurs utilisations maintes fois dénoncées par Washington et ladite communauté internationale.

Aujourd’hui, Washington et plusieurs rapports des Nations unies affirment que Damas détient toujours des armes chimiques et qu’elle les a encore utilisées en avril 2018. La presse dit tout et n’importe quoi sur le sujet, ne réussissant même pas à lire la Convention et à enquêter ni prouver quoique ce soit, sans rien dire de pertinent sur la marginalisation de l’OIAC ! Si l’armée syrienne avait utilisé massivement des armes chimiques comme l’affirme dernièrement un rapport des Nations unies sur les droits de l’homme (au moins 27 fois…), le nombre des victimes serait infiniment plus important que les chiffres avancés, estiment aujourd’hui les meilleurs experts.

Ni la presse, ni les rapports successifs n’ont éclairci les questions liées à l’usage présumé des armes chimiques en Syrie qui ressemblent davantage à l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo le 20 mars 1995, qu’à l’usage militaire de telles armes. « Les usages de composants chimiques en Syrie ressemblent davantage à des attentats terroristes qu’à des utilisations militaires massives », relèvent aujourd’hui les experts en armes chimiques.

Voilà quelques éléments d’une vérité historique que Madame Kauffmann aurait pu rappeler à ses lectrices et lecteurs. Invoqué par la directrice éditoriale, e JIM (Mécanisme conjoint d’investigation) a effectivement été rejeté par…les Russes. Heureusement ! Ce mécanisme destiné à supplanter l’OIAC était essentiellement composé d’ « inspecteurs » majoritairement membres des services spéciaux américains et britannique !

Au beau milieu de ce papier d’anthologie des Fake News, Madame Kauffmann, conspirationniste en diable et en chef, ose écrire : « la vérité n’est pas toujours à portée de micro ». Pour ce qui la concerne, on doit rajouter « à portée de plume » ! Relisant son tire – La vérité, victime de guerre -, on pourrait dire comme les enfants : c’est celui qui dit qui l’est ». En l’occurrence, Sylvie Kauffmann – lauréate du programme Young Leaders/1998 de la French-American Foundation – poursuit opiniâtrement, dans les colonnes du Monde, son travail d’influence, de désinformation et de propagande au profit de ses vrais patrons !

Alors, que cette bécassine idéologique cesse – s’il vous plait – d’invoquer « la vérité », qu’elle cesse de nous inonder de ses Fake News, qui devraient être relevées, sinon punies par les tribunaux !

Etienne Pellot
30 avril 2018

1José Bustani : l’homme qui a dit non aux américains ! prochetmoyen-orient.ch, 11 septembre 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

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https://www.les-crises.fr/sylvie-kauffmann-est-tres-fatiguee-par-etienne-pellot/

Quand les médias Américains blanchissent le massacre de Gaza

31.mai.2018 // Les Crises

Quand les médias Américains blanchissent le massacre de Gaza

Alors qu’Israël a tué de sang froid plus de 50 Palestiniens qui manifestaient contre la décision de transfert de l’ambassade américaine lundi, Joe Lauria affirme que les médias américains n’ont pas relaté précisément les événements qui ont eu lieu à Gaza ; une fois de plus, les médias US se sont contentés de protéger la ligne gouvernementale.

Source : Joe Lauria, Consortium News,14-05-2018

Typique de l’état d’esprit des médias « mainstream », voici un tweet de CNN qui rend compte de ce qui s’est passé à Gaza lundi alors que des soldats israéliens ont tué plus de 50 manifestants Palestiniens : « Le nombre de morts s’élève à au moins 52 personnes au cours des affrontements le long de la barrière frontalière entre Israël et Gaza, disent les responsables palestiniens. Plus de 2 400 personnes ont été blessées ». Le nouveau slogan de CNN étant « #FactsFirst », « Les faits d’abord ».

Adam Johnson, qui écrit pour « Fairness and Accuracy in Reporting » [Équité et Exactitude dans le Journalisme, une organisation de « surveillance du journalisme » (https://fair.org/about-fair/), NdT] a tweeté en réponse à CNN.

« Cette formulation résume tout :

  • “Le nombre des morts augmente” – personne n’a été tué, personne en particulier n’a commis de meurtre, le nombre de morts “augmente” juste mystérieusement
  • le terme “affrontements” qui fait disparaître toute l’asymétrie du rapport de force
  • “2 400 personnes ont été blessées” – Ces 2 400 personnes sont toutes palestiniennes, mais allons-y pour les “les gens” ».

Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan a expliqué sur son blog qu’après avoir recherché le mot « massacre » sur Google News, il n’y a trouvé aucune référence à Gaza.

Lundi, le New York Times titrait : « Des dizaines de Palestiniens sont morts dans des manifestations alors que l’ambassade US se prépare à ouvrir à Jérusalem ». Le journaliste Glenn Greenwald a répondu : « Grâce à des années de pratique, la plupart des médias occidentaux sont devenus très doués pour écrire des gros titres et décrire les massacres israéliens à la forme passive afin d’en cacher le coupable. Mais le champion de tous les temps a longtemps été, et reste, le New York Times. #SontMorts. »

(peut être à cause des pressions exercées par Greenwald et d’autres, le Times a changé son titre lundi soir en « Israël tue des dizaines de personnes à la frontière de Gaza alors que l’ambassade US ouvre ses portes à Jérusalem)

Un autre titre de CNN se contente de : « Des douzaines de personnes meurent à Gaza ». Le journaliste Max Blumenthal a répondu : « Peut-être qu’ils étaient vieux. Ils étaient peut-être très malades. Ils se sont juste levés et sont ils morts ! Qui donc réussira à élucider ces morts mystérieuses ? »

Blumenthal proposera plus tard une explication à ce mystère : « Selon la Maison Blanche, le Hamas aurait lancé 41 manifestants sur d’innocentes balles israéliennes ».

La projection

C’est une chose que de récuser la responsabilité d’Israël, c’en est une autre que de la faire porter par la victime. L’ambassadeur d’Israël, Danny Danon, a appelé lundi le Conseil de sécurité de l’ONU à « condamner le Hamas pour ses crimes de guerre », parce que « chaque victime à la frontière est une victime directe du Hamas ».

Il a déclaré dans un communiqué publié par la mission de l’ONU en Israël :

« Condamnez le Hamas pour les crimes de guerre qu’ils commettent. Non seulement le Hamas incite des dizaines de milliers de Palestiniens à franchir la frontière pour attaquer des civils israéliens, mais il met aussi délibérément en danger les civils palestiniens. Le meurtre de civils israéliens, tout comme la mort du peuple de Gaza , est une issue que le Hamas appelle de ses vœux. Chaque victime à la frontière est une victime des crimes de guerre du Hamas, chaque mort est le résultat de l’activité terroriste du Hamas, et seul le Hamas porte la responsabilité de ces victimes. »

Présenter les choses ainsi, c’est permettre aux autorités israéliennes de s’en tirer les mains propres, malgré le bain de sang, surtout si vous craignez qu’Israël soit accusé de crimes de guerre pour ses actions de lundi. Danon a parlé d’une « brèche dans la frontière ». Cependant, il est pratiquement impossible d’entrer ou de sortir de Gaza sans l’autorisation d’Israël. Dans l’esprit de Danon, les cerfs-volants en flammes qui ont survolé la frontière constituent une soi-disant « brèche », pour près de deux millions de Gazaouis palestiniens soumis à un blocus économique non reconnu à l’échelle internationale.

Il ferait bien de méditer sur les paroles de Moshe Dayan, l’un des Pères Fondateurs d’Israël, qui a dit en 1956 :

« Quelle raison avons-nous de nous plaindre de leur haine féroce envers nous ? Depuis huit ans maintenant, ils sont assis dans leurs camps de réfugiés à Gaza, et sous leurs yeux, nous faisons notre pays des terres et des villages dans lesquels eux et leurs ancêtres ont vécu ». Il a continué : « Nous sommes une génération de colons, et sans le casque d’acier et le canon du fusil, nous ne pourrions ni planter un arbre, ni construire une maison… N’ayons pas peur de voir la haine qui accompagne et consume la vie de centaines de milliers d’Arabes qui s’assoient tout autour de nous et attendent le moment où ils pourront, de leurs mains, faire couler notre sang. »

Les États-Unis Perroquet d’Israël, les Media Perroquet des États-Unis.

La position de Danon a été cruellement encouragée par la Maison Blanche lundi. L’attaché de presse adjoint Raj Shah a été invité à plusieurs reprises à condamner la réponse militaire d’Israël. « Nous pensons que le Hamas est responsable de ces morts tragiques », a-t-il répondu. « Leur exploitation plutôt cynique de la situation est à l’origine de ces morts et nous voulons que cela cesse ». Plus tard, il a accusé le Hamas de « tentative de propagande sordide et déplorable ».

Sans surprise, le Congrès s’est aussi aligné derrière l’État juif, la plupart ignorant ce qui s’était passé à Gaza.

Lors de la cérémonie d’ouverture de l’ambassade US, la sénatrice de Caroline du Sud Lindsey Graham, a qualifié cette journée de « journée historique dans les relations entre les États-Unis et Israël ». Le sénateur du Texas Ted Cruz, qui faisait partie des quatre sénateurs et des dix membres de la Chambre des représentants présents, a fait une déclaration incroyable selon laquelle le déplacement de l’ambassade « favorise les chances de paix au Moyen-Orient en démontrant que l’appui des États-Unis à Israël est inconditionnel et ne se laissera pas intimider par l’opinion des médias internationaux ».

De retour à Washington, le sénateur Chuck Schumer, de New York, a proclamé : « Chaque nation devrait avoir le droit de choisir sa capitale. J’ai présenté un projet de loi en ce sens il y a 20 ans, et j’applaudis le président Trump pour l’avoir fait ».

Ajamu Baraka, le candidat à la vice-présidence du Parti Écologique en 2016, a tweeté : « Où sont les Démocrates qui condamnent le massacre de Gaza ? Si c’était Assad, ils se joindraient aux Républicains qui appellent à l’action militaire en prétendant qu’ils se soucient de la vie arabe ».

Une poignée de Démocrates prennent la parole

Bernie Sanders, sénateur du Vermont, a quelque peu critiqué la réaction meurtrière d’Israël. « La violence du Hamas ne justifie pas qu’Israël tire sur des manifestants non armés. Les États-Unis doivent jouer un rôle moteur en réunissant Israël, l’Autorité palestinienne, l’Égypte et la communauté internationale pour faire face à la crise humanitaire de Gaza et mettre fin à cette escalade de la violence. »

La sénatrice de Californie Dianne Feinstein, Démocrate, s’est, elle, montrée plus critique : « C’est absolument désolant. La situation humanitaire à Gaza est dramatique. Au lieu de réduire l’aide, l’administration Trump doit rétablir notre rôle de chef de file et faire ce qu’elle peut pour alléger les souffrances des Palestiniens. L’emplacement de l’ambassade est une question de statut définitif qui aurait dû être résolue dans le cadre de négociations de paix dont chacune des deux parties serait sortie gagnante, et non une seule. Israël ne connaîtra la véritable sécurité que lorsqu’il sera en paix avec ses voisins. »

La représentante [députée, NdT] Démocrate du Minnesota Betty McCollum, a tweeté : « Aujourd’hui, l’ouverture de l’ambassade d’Israël à Jérusalem et l’assassinat de dizaines de manifestants de Gaza font avancer la politique d’occupation et d’oppression des Palestiniens pratiquée par Netanyahou. Les politiques de Donald Trump alimentent les conflits, abandonnant les efforts diplomatiques pour parvenir à la paix. »

Au Capitole, la pression pour soutenir Israël est d’une puissance répugnante. Mais quelle est l’excuse des médias pour avoir peur de simplement rapporter des faits, tels que des soldats israéliens ont « tué » des Palestiniens lundi ? Ils ne sont pas simplement décédés.

Ce n’est pas parce que des personnalités de l’État américain sont des défenseurs d’Israël que les médias doivent leur emboîter le pas. Mais pour cela, il faudrait que les États-Unis disposent de médias grand public indépendants.

Quand une ligne éditoriale a permis à un média grand public de se hisser au plus haut rang de la hiérarchie du genre, avec ce que ça offre comme possibilités d’auto-promotion, il lui est pratiquement impossible de rétrograder et de poser un regard différent sur l’information qu’il diffuse.

Joe Lauria est rédacteur en chef de Consortium News et ancien correspondant du Wall Street Journal, du Boston Globe, du Sunday Times of London et de nombreux autres journaux. On peut le joindre à joelauria@consortiumnews.com et le suivre sur Twitter @unjoe .

Source : Joe Lauria, Consortium News,14-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Mathématiques : qui a inventé le zéro ?

Rare intervention de ma part ,cet article m’a permis de me souvenir d’un livre que j’ai lu dans les années 1970, et qui m’avait beaucoup intéréssé,le titre était  » l’architecture du zéro  » , le nom de l’auteur ne me revient pas en mémoire, je vous remercie de me rajeunir et c’est avec plaisir que je porte ainsi connaissance à mes fidéles blogueurs, un article très différent de de ceux que je publie habituellement.Bonne lecture et trés cordialement.

bernard felli administrateurdu blog : https://ombre43.wordpress.com

Mathématiques : qui a inventé le zéro ?

Question/RéponseClassé sous :Mathématiques , aimer les mathématiques , Zero
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Hervé Lehning

Normalien, agrégé de mathématiques

Indispensable pour écrire les nombres mais aussi pour compter, le zéro a pourtant une date et un lieu de naissance. Lesquels ? Et que compte-t-il ?

Le zéro a été inventé plusieurs fois. Tout d’abord par les Babyloniens pour montrer une absence dans l’écriture d’un nombre comme dans 102 où le zéro signifie l’absence de dizaines. On nomme ce zéro, le zéro de position. De façon indépendante, il a été réinventé par les Mayas, un peuple d’Amérique centrale.

Les Indiens ont réinventé le zéro de position vers le Ve siècle avant d’en faire un vrai nombre qu’on peut additionner et multiplier, comme les autres, au VIIe siècle. Cette invention indienne a été largement diffusée ensuite par les Arabes.

La tablette d’argile babylonienne nommée « Plimpton 322 » (car elle porte le numéro 322 dans la collection « G. A. Plimpton », a été découverte au XIXe siècle. © Domaine public

Le zéro, un nombre comme les autres

Nous devons l’apparition de zéro en tant que nombre au mathématicien indien Brahmagupta (598-668). Dans le Brahmasphutasiddhanta, ce qui signifie « l’ouverture de l’Univers », écrit entièrement en vers, il donne les règles régissant zéro, ainsi que les nombres positifs ou négatifs, en termes de dettes et de fortunes :

  • Une dette moins zéro est une dette.
  • Une fortune moins zéro est une fortune.
  • Zéro moins zéro est zéro.
  • Une dette soustraite de zéro est une fortune…

Il continue ainsi et chacun reconnaîtra dans ces lignes une version ancienne de la règle des signes, dont un extrait de La vie de Henry Brulard, le roman autobiographique de Stendhal (1783-1842) semble un écho humoristique : « Supposons que les quantités négatives sont des dettes d’un homme, comment en multipliant 10.000 francs de dette par 500 francs, cet homme aurait-il ou parviendra-t-il à avoir une fortune de 5.000.000, cinq millions ? ».

L’usage des termes mathématiques hors contexte peut donner des résultats amusants.

En savoir plus sur Hervé Lehning

Normalien et agrégé de mathématiques, Hervé Lehning a enseigné sa discipline une bonne quarantaine d’années. Fou de cryptographie, membre de l’Association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l’information, il a en particulier percé les secrets de la boîte à chiffrer d’Henri II.

À découvrir également : L’univers des codes secrets de l’Antiquité à Internet, paru en 2012 chez Ixelles.

La course à la suprématie aérienne est terminée…

La course à la suprématie aérienne est terminée…


… ou comment la Russie et la Chine ont acquis un avantage stratégique dans la technologie hypersonique 


Par Federico Pieraccini − Le 21 mai 2018 − Source Strategic-culture

How Russia and China Gained a Strategic Advantage in Hypersonic Technology

Un sujet brûlant dans les pronostics militaires concernant la Chine, la Russie et les États-Unis tourne autour du développement et de l’utilisation de la technologie hypersonique pour les missiles ou les UAV [drones] comme moyen d’attaque invulnérable. Comme nous le verrons, les trois pays ne réussissent pas tous dans cette tâche.

Ces dernières années, les États-Unis, la Chine et la Russie ont redoublé d’efforts pour équiper leurs forces armées de missiles et de véhicules hautement destructeurs, comme on évoqué dans l’article précédent. Le récent discours de Poutine à Moscou reflète ce cours des choses en présentant une série d’armes avec des caractéristiques hypersoniques, on l’a vu avec l’Avangard et le Dagger.

Comme l’a confirmé le sous-secrétaire américain à la Défense pour la recherche et l’ingénierie, le Dr Michael Griffin :

« Nous n’avons pas aujourd’hui de systèmes capables de les tenir [armes hypersoniques] en respect (…) et nous n’avons pas de défenses contre ces systèmes [hypersoniques]. S’ils choisissaient de les déployer, nous serions aujourd’hui désavantagés. »

Le général John Hyten, commandant du Commandement stratégique des États-Unis, a également confirmé que les États-Unis accusent du retard dans ce domaine :

« Nous n’avons aucune défense qui pourrait interdire l’emploi d’une telle arme contre nous, donc notre réponse serait notre force de dissuasion, qui serait la triade et les capacités nucléaires que nous avons pour répondre à une telle menace. »

Le développement des armes hypersoniques fait partie de la doctrine militaire que la Chine et la Russie développent depuis un certain temps, motivée par diverses raisons. D’une part, c’est un moyen de parvenir à la parité stratégique avec les États-Unis sans avoir à atteindre le niveau faramineux de dépenses de Washington. La quantité de matériel militaire possédée par les États-Unis ne peut être égalée par aucune autre force armée, résultat évident de décennies de dépenses militaires estimées entre cinq et quinze fois supérieures à celles de leurs concurrents les plus proches.

Pour ces raisons, l’US Navy est capable de déployer dix groupes de porte-avions, des centaines d’avions et de s’engager dans des milliers de programmes de développement d’armes. Pendant plusieurs décennies, la machine de guerre américaine a vu ses adversaires directs disparaître littéralement, d’abord après la Seconde Guerre mondiale, puis à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique. Cela a conduit les militaires US, dans les années 1990, à faire passer leur attention d’un seul opposant à parité vers d’autres adversaires plus petits et moins sophistiqués (Yougoslavie, Syrie, Irak, Afghanistan, terrorisme international). En conséquence, moins de fonds ont été consacrés à la recherche technologique de pointe pour de nouveaux systèmes d’armes, à la lumière de ces nouvelles circonstances.

Cette décision stratégique a obligé le complexe militaro-industriel américain à ralentir la recherche avancée et à se concentrer davantage sur les ventes à grande échelle de nouvelles versions d’avions, de chars, de sous-marins et de navires. Avec des coûts exorbitants et des projets pouvant durer jusqu’à deux décennies, cela a conduit à des systèmes déjà dépassés au moment de leur sortie des lignes de production. Tous ces problèmes ont eu peu de visibilité jusqu’en 2014, lorsque le concept de concurrence avec de grandes puissances a été remis à jour dans un contexte de vengeance, et avec lui la nécessité pour les États-Unis de comparer leur puissance de feu avec celle de leurs concurrents en parité.

Forcées par les circonstances à suivre une voie différente, la Chine et la Russie ont commencé à rationaliser leurs forces armées à partir de la fin des années 1990 en se concentrant sur les domaines qui leur permettraient le mieux de se défendre contre la puissance militaire écrasante des États-Unis. Ce n’est pas une coïncidence si la Russie a fortement accéléré son programme de défense antimissile en produisant des systèmes modernes tels que le Pantsir et les S-300/S-400, qui permettent de se protéger contre les attaques balistiques et les avions furtifs. Contrer la technologie furtive est devenu un impératif urgent, et avec la production du S-400, ce défi a été surmonté. Avec le futur S-500, même les ICBM [missiles balistiques intercontinentaux] ne poseront plus de problème à la Russie. Dans le même ordre d’idées, la Chine a fortement accéléré son programme ICBM, atteignant en une décennie la capacité de produire un moyen de dissuasion crédible comparable à son équivalent russe SS-18 Satan ou américain LGM-30G Minuteman III, disposant d’une longue portée et de multiples véhicules d’entrée indépendants (MIRV) armés d’ogives nucléaires.

Après avoir verrouillé le ciel et atteint une parité nucléaire stratégique solide avec les États-Unis, Moscou et Pékin ont commencé à concentrer leur attention sur les systèmes anti-missiles balistiques américains (ABM) placés le long de leurs frontières, qui comprennent également le système AEGIS équipant les navires de la marine américaine. Comme l’a déclaré Poutine, cela constituait une menace existentielle qui compromettait la capacité de frappe de la Russie et de la Chine en réponse à une première frappe nucléaire américaine, perturbant ainsi l’équilibre stratégique inhérent à la doctrine de la destruction mutuellement assurée (MAD).

Pour cette raison, Poutine a depuis 2007 averti les partenaires occidentaux de la Russie que son pays développerait un armement pour annuler les effets du système américain ABM. En quelques années, la Russie et la Chine ont réussi dans cette tâche, testant et mettant en production divers missiles hypersoniques équipés de technologies révolutionnaires qui bénéficieront fortement à l’ensemble du secteur scientifique de ces deux pays, contre lesquels les États-Unis n’ont actuellement aucun  moyen de défense.

Actuellement il n’y a aucune protection contre les attaques hypersoniques, et compte tenu de la tendance à utiliser des statoréacteur à combustion supersonique sur les nouvelles générations d’avions de combat, il semble que de plus en plus de pays voudront se doter de ces systèmes révolutionnaires. La Russie, pour contrer la supériorité navale américaine, a déjà mis en service le missile anti-navire Zircon, et prévoit déjà une version export avec une portée de 300 km.

L’Inde et la Russie travaillent depuis longtemps sur le Brahmos, qui est encore un autre type de missile hypersonique qui pourrait à l’avenir être lancé à partir du Su-57. Bien qu’il s’agisse d’une technologie relativement nouvelle, les armes hypersoniques donnent déjà beaucoup de maux de tête à de nombreux planificateurs militaires occidentaux, qui commencent seulement à se rendre compte à quel point ils sont en retard par rapport à leurs concurrents.

Cela va prendre un bon moment aux militaires US avant qu’il ne comblent le décalage technologique et scientifique hypersonique avec la Chine et la Russie. Lockheed Martin a obtenu un contrat à cette fin. Pendant ce temps, les deux puissances eurasiennes se concentrent sur l’intégration de leurs infrastructures terrestres [et maritimes, NdT] via l’Initiative “une ceinture, une route” [Nouvelles Routes de la soie] et l’Union eurasienne, un arrangement stratégique qui empêche les États-Unis et l’OTAN d’intervenir facilement dans une zone si éloignée du fait de leur incapacité à contrôler l’espace aérien, et en fin de compte en infériorité numérique sur le terrain.

L’objectif des Russes et des Chinois est la réalisation d’un environnement fortement défendu (A2/AD) sur leurs côtes et dans leurs espaces aériens, appuyé par des armes hypersoniques. De cette manière, la Russie et la Chine ont les moyens de perturber la chaîne logistique maritime de l’US Navy en cas de guerre. En outre, l’A2/AD pourrait stopper la projection de puissance américaine, grâce à des HGV [planeurs hypersoniques] capables de couler des porte-avions et de détruire des systèmes ABM terrestres spécifiques ou des plateformes de chaîne logistique.

C’est une stratégie défensive qui a le potentiel de stopper la marine américaine, et de lui dénier la suprématie aérienne, deux piliers de la façon dont les États-Unis planifient leurs guerres. Pas étonnant que des groupes de réflexion à Washington et des généraux à quatre étoiles commencent à sonner l’alarme sur les armes hypersoniques.

Federico Pieraccini

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-course-a-la-suprematie-aerienne-est-terminee

 

Putsch eurocratique en Italie

Putsch eurocratique en Italie

27 Mai 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe

Interrompons un instant notre tour d’horizon des malheurs de l’empire afin de nous pencher ce soir sur le cas italien. Il y a seulement deux jours, nous écrivions :

En Italie, une coalition «  »populiste » » (à mettre entre huit guillemets) arrive au pouvoir. L’euronouillerie est atterrée : le nouveau gouvernement italien, ouvertement eurosceptique, ouvre une nouvelle crise au sein de l’UE et caresse même l’idée, si les choses ne changent pas, de quitter l’euro et revenir à sa monnaie nationale.

Autres joyeusetés au programme : restriction drastique de l’immigration (Soros et les banksters vont faire grise mine) et surtout levée des sanctions contre la Russie. A ce titre, relevons que même les précédents gouvernements italiens pro-UE – Berlusconi, Prodi, Renzi – ont toujours été très réticents devant la croisade hystérique anti-russe de l’empire et de ses affidés du Vieux continent. C’est une spécificité italienne que de vouloir maintenir de bonnes relations avec Moscou.

Après une accalmie en 2017 (victoires de Merkel et de Micron), l’establishment entre à nouveau en mode panique : les horribles et infâmes partis « populistes » sont partout en crue.

Paniqué, le système eurocratique a frappé, en la personne de Mattarella, président italien non-élu et dont la fonction est généralement honorifique. Selon la constitution, il peut cependant avoir son mot à dire sur la formation du gouvernement et émettre des réserves sur la nomination de tel ou tel ministre, ce qu’il ne fait habituellement jamais.

Oui mais voilà, le peuple italien a porté au pouvoir une alliance populiiiiiiiste, avec plusieurs i pour bien faire comprendre qu’il faut avoir peur. D’ici à ce qu’on nous ressorte le bruit des bottes et les z’heures les plus sombres, il n’y a qu’un pas… Et le vieux croûton du palais du Quirinal est sorti de son formol (et de son devoir d’impartialité, pourtant lui aussi prévu par la constitution) pour opposer son veto à la nomination de Savona, eurosceptique déclaré, au ministère des Finances.

Le système usé jusqu’à la corde ne fait même plus le moindre effort d’inventivité dans l’argumentaire : « L’appartenance à la zone euro est fondamentale pour le pays ». Même si vous n’y croyez pas et nous non plus, circulez, y’a rien à voir…

En recevant ses ordres de marche de Bruxelles et Berlin, Mattarella s’est royalement assis sur le vote des Italiens, plongeant la botte dans une crise politique sans précédent. De nouvelles élections devraient maintenant avoir lieu, où l’alliance M5S-Lega devrait selon toute vraisemblance gagner de nouvelles voix devant ce déni de démocratie.

L’euronouillerie nous avait déjà habitués, au choix, à beaucoup de ridicule, de cynisme ou d’imbécilité, quand ce n’était pas les trois en même temps ; on en aura un petit aperçu, entre autres, dans les billets suivants (ici, , ici, , ici). L’on savait également que l’UE, enfant de la construction européenne décidée à Washington au lendemain de la guerre, n’avait aucun goût pour la décision des peuples qu’elle est sensée représenter. Elle vient encore d’en donner la preuve…

Il y aura beaucoup de choses à discuter au prochain sommet Poutine-Modi

Il y aura beaucoup de choses à discuter au prochain sommet Poutine-Modi


Par Andrew Korybko – Le 17 mai 2018 – Source Oriental Review

Putin Modi informal SummitLes dirigeants russes et indiens auront toute une série de sujets à discuter lors de leur sommet informel la semaine prochaine à Sotchi, qui se place à un moment charnière de leur relation historique.

Il a été annoncé plus tôt cette semaine que le président Poutine accueillera le Premier ministre indien Modi à Sotchi lundi prochain pour un sommet informel qui se tiendra quelques semaines avant le Sommet des 9-10 juin de l’OCS en Chine et environ deux mois avant les 25-27 juillet et le sommet des BRICS en Afrique du Sud. Les dirigeants de ces deux grandes puissances confirmeront probablement leur coordination de haut niveau dans ces deux événements amicaux auxquels ils ont tous deux l’intention de participer et il est probable que ce sera le résultat « officiel » de leurs pourparlers. Mais en réalité, ils vont discuter de trois autres ensembles de questions interconnectées qui détermineront de manière déterminante l’avenir de leurs relations bilatérales.

Voici ce sur quoi le sommet de Poutine-Modi portera probablement :

Militaire

Le commerce d’armes est l’aspect le plus impactant et mutuellement bénéfique des relations russo-indiennes, mais il est maintenant mis en danger par la menace des sanctions américaines CAATSA qui pourraient compromettre la signature prochaine d’un accord sur des missiles anti-aérien S-400 dans un proche avenir. En plus de cela, les deux leaders discuteront probablement des vraies raisons pour lesquelles l’Inde s’est retirée de son contrat à plusieurs milliards de dollars avec la Russie sur le développement d’un avion de chasse de 5ème génération et si le CAATSA a joué un rôle à cet égard ou pas. Afin de sauvegarder leur partenariat militaire en déclin constant, mais néanmoins déterminant, sous la pression des États-Unis, ces grandes puissances pourraient ouvrir la voie à des mécanismes de contournement afin d’éviter toute conséquence à venir du CAATSA. En fin de compte, l’Inde dépend encore de l’équipement militaire russe (même si ce n’est que pour maintenir l’énorme arsenal qu’elle a acheté au fil des ans) tandis que la Russie voit les achats indiens comme une forme d’allégement des sanctions.

Stratégie

Les stratégies russe et indienne se chevauchent quand il s’agit de l’Iran (plus de détails dans la section suivante) mais divergent fortement en ce qui concerne le Pakistan et les États-Unis. Les jours de l’ère soviétique « Rusi-Hindi Bhai Bhai » (« Russes et Indiens sont frères ») ont depuis longtemps disparu en raison de nombreux facteurs, mais ils ont été symbolisés le plus fortement par la politique déclarée de New Delhi de « multi-alignement » dans son approche des autres puissances à son avantage ultime, y compris les États-Unis à travers un partenariat militaro-stratégique de 100 ans. Parallèlement à cela, la Russie a adopté sa propre politique, que l’on peut qualifier de « Rusi-pakistanis Yaar Yaar » (« Russes et Pakistanais sont des copains »), pour un rapprochement rapide avec le Pakistan qui change la donne, basé sur des intérêts de sécurité partagés émanant de l’Afghanistan, mais qui a depuis grandi pour prendre des proportions eurasiennes spécialement dans le cadre du « Cercle d’or ». La Russie et l’Inde n’aiment pas ces « nouveaux amis respectifs » et auront probablement des conversations très franches sur ces relations « fraternelles » avec leurs principaux rivaux.

Économie

Les intérêts stratégiques partagés de la Russie et de l’Inde en Iran se manifestent par le corridor de transport Nord-Sud (NSTC) et la branche régionale que New Delhi espère construire à travers la République islamique appartenant à la « sphère d’influence » de Moscou en Asie centrale. Il n’y aura probablement pas de désaccord sur ces deux projets, même en ce qui concerne ce dernier, car la Russie pourrait essayer de « rééquilibrer » la Chine en Asie centrale avec l’Inde. Sur le sujet de la multi-gestion des Grandes Puissances Eurasiennes, la Russie pourrait commencer sérieusement à explorer la possibilité de participer au « corridor de croissance Asie-Afrique » indo-japonais (AAGC) en proposant à New Delhi un accord lui permettant de s’impliquer davantage en Extrême-Orient et dans l’Arctique, en échange de l’ouverture d’opportunités de marchés pour Moscou et des « sphères d’influence » envisagées par Tokyo en Afrique de l’Est et en Asie du Sud-Est.

Le résultat le plus probable du sommet Poutine-Modi de la semaine prochaine est que les deux grandes puissances redéfiniront avec succès leur relation historique dans le contexte actuel de la nouvelle guerre froide et du partenariat militaro-stratégique de l’Inde avec les États-Unis et de celui de la Russie avec les Pakistanais, les nouveaux amis, clarifiant leurs positions et intentions de travailler avec le rival de l’autre mais acceptant finalement de ne pas être d’accord, tout en rationalisant un mécanisme de contournement pour maintenir les liens militaires malgré le CAATSA et en explorant les possibilités d’élargir la coopération économique le long du NSTC et de l’AAGC.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/il-y-aura-beaucoup-de-choses-a-dire-au-sujet-du-prochain-sommet-poutine-modi

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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