Vers une collision entre Israël et l’Iran en Syrie, par Avi Issacharoff

25.mai.2018 // Les Crises

Vers une collision entre Israël et l’Iran en Syrie, par Avi Issacharoff

Source : The Atlantic, Avi Issacharoff, 12-04-2018

Une nouvelle réalité prend forme alors qu’une guerre laisse place à d’autres

Avi Issacharoff

12 avril 2018

Les informations faisant état d’une autre frappe des forces aériennes israéliennes cette semaine sur une base près de Homs montrent qu’il existe une nouvelle réalité en Syrie, qui prend forme alors que la guerre civile touche à sa fin – une [réalité] qui génère une chronique prédéterminée de collision entre l’Iran et Israël, sur le sol d’une tierce partie. La déroute de l’EI et le rétablissement du pouvoir de Bachar al-Assad dans une grande partie de l’État syrien, ainsi que le manque apparent d’intérêt des Américains pour le pays, sauf après des attaques chimiques majeures, facilitent l’expansion de l’influence de l’Iran – en fait sa prise de contrôle de facto – dans une grande partie du pays. Et jour après jour, le sentiment en Israël, de se tenir seul face au stratagème iranien pour faire de la Syrie une de ses bases avancées, devient de plus en plus intense. La seule chose qui pourrait le changer, c’est une modification de la politique américaine.

De prime abord, la réponse officielle syrienne à l’attaque de la base T-4 au centre de la Syrie semblait confuse. Le régime d’Assad a accusé rapidement Washington, croyant que la frappe était une réponse punitive au déploiement présumé d’armes chimiques à Douma, à coté de Damas, durant le week-end. Le démenti sans équivoque de Washington a orienté les soupçons au sud de la Syrie – vers Israël. Plus tard, Damas et Moscou ont annoncé qu’ils croyaient Israël responsable.

À ce stade, il est encore difficile de dire ce qui s’est précisément produit lors de l’attaque, mais les résultats, c’est clair, sont un coup dur pour l’Iran. Et à en juger par les réactions à Moscou, la frappe a également réussi à irriter la Russie. Israël n’est pas disposé à assumer officiellement sa propre responsabilité ou, le ciel nous en préserve, à clarifier la nature de la cible qui a été frappée. Les quelques détails connus sont venus du Liban, de Syrie et d’Iran. Selon des rapports libanais, des avions israéliens sont entrés dans l’espace aérien libanais à 3 heures du matin lundi ; en volant vers l’est, l’avion s’est approché de la frontière syrienne et a largué des missiles guidés vers la base. Des groupes de défense des droits de l’homme ont signalé la mort de 14 soldats syriens et iraniens. Selon les médias arabes et iraniens, au moins sept soldats du corps des Gardiens de la révolution islamique iraniens ont été tués, dont un colonel.

Ce n’est pas la première fois qu’Israël attaque la même base aérienne. Le 10 février, un drone iranien a décollé du même aérodrome et est entré dans l’espace aérien israélien dans la région de la vallée du Jourdain. Immédiatement après, aux premières heures du samedi matin, Israël a frappé des véhicules iraniens de contrôle des drones sur la base, attirant des tirs antiaériens syriens qui, pour la première fois depuis 1982, ont réussi à abattre un avion de combat israélien. Cet incident, au cours duquel l’avion est tombé au-dessus d’Israël, a fait naître le spectre d’une escalade et même d’un affrontement militaire entre l’Iran et la Syrie avec Israël.

La cible de la frappe de lundi semble avoir été le centre de commandement des drones des forces iraniennes en Syrie. En rupture des modalités habituelles, Israël n’a pas prévenu la Russie ; la ligne directe établie entre les deux armées n’a pas été utilisée malgré le fait qu’il y a des forces russes stationnées sur la base. En Israël, les membres des services de sécurité craignaient que la Russie – qui a toléré les raids transfrontaliers de l’armée de l’air israélienne tant qu’ils ne nuisent pas fondamentalement aux efforts de la Russie pour préserver le pouvoir d’Assad – n’agisse pour déjouer la frappe. D’où la surprise et la colère de Moscou cette fois-ci.

Il est difficile d’évaluer si la frappe israélienne déclenchera une riposte irano-syrienne. Dans le passé, le Hezbollah a riposté contre les raids israéliens, y compris la frappe aérienne de janvier 2015 du côté syrien du plateau du Golan, au cours de laquelle Jihad Mughniyeh, un commandant du Hezbollah, et plusieurs officiers des Gardiens de la révolution iraniens ont été tués. Mais nous pouvons dire avec certitude que la frappe israélienne sur T-4 est loin d’être la dernière sur le sol syrien. Israël a clairement indiqué qu’il n’autorisera pas un engagement militaire iranien en Syrie. C’est une ligne rouge pour Israël et, ce qui est plutôt inhabituel, les militaires et les dirigeants politiques sont d’accord sur la nécessité de l’appliquer avec fermeté (en opposition totale avec désaccords sur la question palestinienne).

Mais entre-temps, la réalité syrienne est venue frapper à la porte d’Israël. Les Iraniens ne montrent aucun signe de limitation de leurs actions ; au contraire, ils montrent des signes d’escalade. Les Gardiens de la révolution islamique iraniens établissent des bases permanentes en Syrie, destinées aux milices chiites que l’Iran finance (dont certaines sont implantées à proximité des positions russes afin de dissuader les frappes israéliennes), ainsi que des bases aériennes et des ports maritimes. Téhéran dépense d’énormes quantités de ressources pour acheter des pans entiers de l’économie syrienne (phosphates, opérateurs de réseaux mobiles, etc.). Selon les estimations israéliennes, les dépenses de l’Iran en Syrie et pour le Hezbollah s’élèvent à 30 milliards de dollars depuis le début de la guerre civile syrienne. Un récent sommet à Ankara sur l’avenir de la Syrie, auquel ont participé le président russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président iranien Hassan Rouhani, ne fait que prouver, du point de vue israélien, que Moscou alimente l’embrasement en Syrie. Cette réalité recoupe la récente décision syrienne, rapportée par le journaliste israélien Amos Harel, de déplacer ses propres chars et artillerie dans la zone démilitarisée du plateau du Golan, ce qui constitue une violation flagrante de l’accord de séparation signé entre Israël et la Syrie en 1974 après la guerre du Kippour.

Il semblerait donc que la position américaine qui consiste à fermer les yeux sur l’implication de l’Iran en Syrie et la domination russe dans ce pays ne font qu’encourager une nouvelle action militaire israélienne et, en fin de compte, une confrontation à grande échelle avec l’Iran et la Syrie.

Traduit en anglais par Mitch Ginsburg

À PROPOS DE L’AUTEUR

AVI ISSACHAROFF est l’analyste du Moyen-Orient pour The Times of Israel et Walla News et le cocréateur de l’émission Fauda sur Neflix.

Source : The Atlantic, Avi Issacharoff, 12-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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