Sanctions: l’Iran appelle les sociétés à ne « pas se laisser intimider »

Sanctions: l’Iran appelle les sociétés à ne « pas se laisser intimider »

Téhéran a appelé samedi les sociétés étrangères implantées en Iran à ne pas céder aux « menaces » de sanctions américaines, et indiqué discuter avec les constructeurs automobiles français PSA et Renault pour qu’ils maintiennent leurs activités dans le pays.

« Toutes ces sociétés [étrangères] qui travaillent en Iran ne devraient pas se laisser intimider par les menaces américaines, et devraient continuer leurs activités en Iran », a déclaré le ministre de l’Industrie iranien, Mohammad Shariatmadari lors d’une conférence de presse à Téhéran.

« Toutes celles qui ne feront pas cela, nous les remplacerons. Il y en a d’autres qui investiront en Iran », a assuré le ministre, chargé également des Mines et du Commerce.

Interrogé spécifiquement sur le cas des constructeurs automobiles français PSA (marques Peugeot, Citroën et DS) et Renault, M. Shariatmadari a déclaré : « Jusqu’à présent, ils ne nous ont pas dit qu’ils ne continuaient pas » leurs activités en Iran.

« Ils continuent leur coopération. Jusqu’ici, nous discutons [avec ces groupes], et il n’y a rien de nouveau », a encore affirmé le ministre.

Exposés aux États-Unis, PSA par le biais de sa filiale d’équipement automobile Faurecia, et Renault du fait de son alliance capitalistique avec le constructeur japonais Nissan, les deux groupes français risquent de s’exposer sous peu à des sanctions américaines du fait de leur activité en Iran.

En annonçant le 8 mai que les États-Unis se retiraient de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015, le président américain Donald Trump a enclenché le compte à rebours du rétablissement de sanctions visant la République islamique qui avaient été levées en vertu de ce texte.

Pour le secteur automobile, ces sanctions doivent être réinstaurées le 6 août.

Face à cette menace, les groupes français ont adopté deux stratégies de communication différentes.

PSA a annoncé début juin « avoir commencé le processus de suspension des activités de ses joint-ventures [en Iran] afin de se conformer à la loi américaine d’ici le 6 août 2018 », et la majeure partie des familles de Français envoyés par le groupe en Iran ont déjà quitté le pays.

Renault a fait quant à lui une annonce ambiguë proclamant son intention de ne pas abandonner ses activités en Iran, quitte à « réduire la voilure très fortement », mais sans pour autant mettre en danger les « intérêts » de l’entreprise.

A eux deux, Renault et PSA écoulent près de la moitié des voitures neuves immatriculées en Iran.

(©AFP / 30 juin 2018 15h36)

Sanctions: l’Iran appelle les sociétés à ne « pas se laisser intimider »

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Trump remet en question la fonction antirusse de l’Otan

Trump remet en question la fonction antirusse de l’Otan

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Le Conseiller de sécurité nationale US, John Bolton, aurait présenté au président Poutine un possible accord de cessation des manœuvres militaires sur le flanc Est de l’Otan.

L’Alliance atlantique n’organiserait plus de jeux de guerre en Pologne et dans les États baltes, tandis que la Russie s’abstiendrait également d’en faire de l’autre côté de la frontière.

Le président Trump, qui devrait rencontrer prochainement son homologue russe en Finlande, le 16 juillet, avait annoncé durant sa campagne électorale vouloir disloquer l’Otan.

http://www.voltairenet.org/article201719.html

[RussEurope-En-Exil] UE, le début de la fin ? par Jacques Sapir

30.juin.2018 // Les Crises

[RussEurope-En-Exil] UE, le début de la fin ? par Jacques Sapir

Le sommet de l’Union européenne qui s’est tenu jeudi 28 juin a confirmé ce que l’on pouvait en escompter. Si les pays de l’UE se sont efforcés de sauver les apparences, la vacuité du communiqué final et les difficultés extrêmes rencontrées pour aboutir à ce communiqué sont les preuves de la profonde crise que traverse l’Union européenne. Un pays sort à l’évidence victorieux de ce sommet, et c’est l’Italie au gouvernement issu de l’alliance entre le M5S et la Lega.

Cette victoire se mesure à plusieurs points. Le Premier ministre Italien, M. Giuseppe Conte avait annoncé ne pas vouloir signer un texte qui ne la soulagerait pas, vite et concrètement, l’Italie de sa mission de première ligne en Méditerranée, face à la Libye. Le texte qui est finalement issu de ce sommet laisse planer un flou sur l’organisation adoptée par les pays de l’UE, mais garantit en fait à l’Italie qu’elle pourra continuer sa politique actuelle[1]. Derrière le paravent des mesures « volontaires », cet accord signe aussi la fin de l’accord de Dublin et donne raison aux pays d’Europe centrale qui étaient arrivés à ce sommet vent debout contre l’idée de « quota » imposés par Bruxelles. Cet accord entérine aussi les décisions de groupes de pays au détriment de décisions prises par les 27. Il signe donc, en réalité, le début du démantèlement de la mécanique européenne. C’est en cela que ce sommet mérite d’être retenu.

La crise dite des « migrants » révèle la crise politique de l’UE

La crise que connaît l’UE vient de loin. Mais, elle a connu un incontestable coup d’accélérateur avec la question des migrants clandestins.

Le nouveau gouvernement italien, et son Ministre de l’intérieur, s’appuie sur une logique incontestable. Les pays de l’UE, par l’accord de Dublin, avaient décidé que les « pays d’accueil » enregistraient les clandestins, en faisaient le tri, et que les migrants éligibles seraient répartis sur l’ensemble du territoire de l’Union. Dans les faits, et compte tenu du refus des pays (y compris la France) de remplir leurs obligations, on avait abouti à une accumulation de ces clandestins sur le territoire de l’Italie, accumulation qui a créé une situation aujourd’hui intenable. En acceptant désormais que l’ensemble de ce processus se fasse sur la base du « volontariat » des pays concernés, en se refusant même à nommer les dits « pays concernés », l’accord de la nuit du 28 au 29 juin enregistre la décomposition d’une partie du cadre européen, qui est désormais réduit à un accord volontaire entres pays membres. Il ne semble pas que l’on ait encore mesuré toutes les conséquences de cela, mais ces conséquences pourraient aller for loin.

Le gouvernement italien a de plus était conforté dans son refus opposé aux ONG qui affrétaient les navires comme l’Aquarius ou le Lifeline de pouvoir débarquer les migrants, arguant, et ceci a été confirmé, que ces navires se faisaient les complices objectifs des passeurs mafieux qui exploitent ces gens, ce que le Président français, Emmanuel Macron, a bien été forcé de reconnaître[2].

Le gouvernement italien et son ministre de l’intérieur ont donc fait éclater l’hypocrisie massive du discours des « bien-pensants », cette hypocrisie si présente dans de nombreux pays de l’UE. Ils ont aussi provoqué une crise, tant dans l’UE qu’en Allemagne, où la position de Mme Angela Merkel apparaît durablement fragilisée. L’ambiguïté de ses rapports avec son propre Ministre de l’intérieur, membre de la CSU, un parti qui est l’allié historique de la CDU mais qui n’a pas, et de loin, la même culture politique, le montre.

Aujourd’hui, avec le communiqué final du sommet des 28-29 juin[3], c’est l’ensemble de l’architecture de l’accord de Dublin qui est à l’évidence frappée de caducité. Les pays cherchent désormais des solutions soit dans des accords négociés avec d’autres pays, soit de manière individuelle. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron, ceci ne pourra-t-être que renforcé par le caractère « volontaire » des mesures annoncées par le communiqué. Emmanuel Macron s’est présenté comme le chantre d’une UE intégrée et fédérale. Il doit aujourd’hui accepter le principe d’accords bilatéraux entre pays. Même si ceci n’est pas (encore) relevé dans la presse, c’est une défaite massive, une défaite publique pour lui et pour tous ceux qui sont sur sa position. Cette situation montre parfaitement l’état de désagrégation de l’UE aujourd’hui. Mais, au-delà,

Giuseppe Conte

Le vainqueur du sommet?

Que reste-t-il de la déclaration franco-allemande de Merseberg ?

Car, et il faut le savoir, cette crise politique de l’UE dépasse de loin la question des « migrants ». C’est le cœur même du processus de constitution de l’UE qui est atteint. L’échec des tentatives françaises de parvenir à des avancées significatives sur la gestion de la zone Euro le démontre. La France et l’Allemagne avaient abouti à un accord avec la « déclaration de Merseberg »[4]. Mais, il s’agissait d’un accord à minima. Cette déclaration était très en retrait par rapport aux demandes de la France. Cette « déclaration » en effet prévoyait que le mécanisme européen de stabilité (MES) soit renforcés, changeant même de nom et devenant un véritable Fonds monétaire européen (FME). Tant que l’état du patient ne serait pas considéré comme « sérieux », il serait confié aux soins « attentionnés » de la Commission, mais si la situation se détériorait, il irait alors en soins intensifs, c’est-à-dire le FEM. En quoi cela consisterait-il? Le document dit explicitement: “Rappelez-vous que toute décision de fournir le soutien de la stabilité du Fonds à un État membre doit inclure l’analyse DSA (Debt Sustainability Analysis)“. Il y a là un message dépourvu de toute ambiguïté. Si la dette publique d’un pays en difficulté est déclarée “insoutenable” par le Fonds, il n’y aura pas d’accès à l’aide tant qu’une restructuration de la dette ne sera pas effectuée, conformément aux principes du FMI. Autrement dit, le traitement d’un pays en difficulté se ferait dans les règles internationales c’est-à-dire comme si l’Union Economique et Monétaire (la zone Euro) n’existait pas. On retrouve ici la logique qui substitue le « volontariat » à un accord réellement contraignant et engageant l’ensemble des pays partenaires.

Dès lors, on voit que cette déclaration de Merseberg, loin de constituer un pas dans la résolution progressive de la crise politique de l’UE, ne fait que l’amplifier.

Emmanuel Macron, le grand perdant?

Une explosion programmée ?

Cette déclaration est cependant restée un projet mort-né. Douze pays de l’UE se sont déclarés opposés tant à cette déclaration qu’aux ambitions du Président français qui entendait faire évoluer vers un statut plus « fédéral » tant l’UE que la zone Euro[5]. Après l’envoi d’une lettre très ferme du ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation, ce sont onze autres pays qui ont décidé de signer cette lettre[6].

D’ailleurs, la réunion de l’Eurogroupe du 21 juin devait décider de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner une partie des propositions contenues dans la déclaration de Merseberg. De fait, l’idée d’un « budget fédéral » est morte. Or, toute la construction française, à laquelle l’Allemagne avait été associée non sans réticences ni arrières pensées pour cette dernière, reposait sur cette idée. Par ailleurs, Mme Angela Merkel n’est clairement plus en état de défendre en Allemagne même un tel projet, si tant est qu’elle l’ait réellement voulu…

 

Vers un nouvel épisode de la crise de l’Euro ?

Les tensions vont rapidement réapparaître au sein de la Zone Euro. Car, il y a une réalité qui s’imposera, encore et toujours, par-delà les discours. La mise en place de l’Euro a entrainé une accentuation des divergences au sein des pays membres de l’UEM[7]. Ces divergences se sont aggravées considérablement depuis une dizaine d’années[8]. Les travaux du FMI[9], mais aussi une récente étude de l’OFCE[10], en témoignent. Cette divergence, sauf mécanismes budgétaires de redistribution du surplus commercial de l’Allemagne, conduira l’Euro à exploser. Tel est d’ailleurs la conclusion des auteurs de l’étude de l’OFCE, une conclusion récemment partagée par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie[11].

Face à de telles perspectives de crise, les dirigeants politiques sont sommés d’anticiper ou alors ils sont condamnés à périr. Emmanuel Macron pourrait prendre acte de la crise que ravage l’Union Européenne et de celle qui va emporter l’Euro et proposer une dissolution ordonnée de ce dernier. Sur ce point, il aurait certainement le soutien tant de l’Italie que de certains pays de l’Europe du Nord. Cette dissolution ordonnée est la solution de loin la meilleure. Une sortie de l’Italie de l’Euro, alors que la France se cramponnerait à l’Allemagne et à l’Euro, aurait des conséquences épouvantables sur l’économie française, et l’on peut estimer entre 500 000 et 800 000 chômeurs de plus dans les deux ans qui suivraient. Les déficits exploseraient, et le gouvernement serait contraint de baisser dramatiquement les dépenses publiques, entraînant un chômage supplémentaire (qualifié de « chômage de deuxième tour » dans les analyses économiques) qui pourrait s’élever à 200 000 – 400 000 chômeurs de plus. A la fin des fins, la France serait obligée de quitter l’Euro mais non sans avoir été au préalable dévastée par une crise économique d’une ampleur inédite.

On peut cependant craindre qu’Emmanuel Macron soit trop imprégné d’idéologie européiste comme de théologie économique, se gargarisant tous les jours d’un discours vide de sens, pour être capable de prendre les décisions qui s’imposent. Ces décisions seront quant à elles sans doute prises par le gouvernement italien qui, lui, a une véritable stratégie d’alliance à l’échelle européenne, et une compréhension de la nature irrémédiable de la crise de l’UE.

Par ses décisions, il a déjà porté la discorde au cœur de ses adversaires, provoquant une coagulation d’un « front conservateur » au sein des pays de l’UE, la reconnaissance de mesures non-contraignantes (sur la question des migrants), la reconnaissance du bilatéralisme au sein de l’UE et une crise politique en Allemagne même.

[1] http://www.lefigaro.fr/international/2018/06/29/01003-20180629ARTFIG00012-union-europeenne-un-accord-trouve-sur-les-migrations.php

[2] Voir la déclaration faite à Rome le 26 juin par Emmanuel Macron où il indique que le navire de l’ONG Lifeline : “a coupé le signal et elle est intervenue en contravention de toutes les règles et des garde-côtes libyens” rejoignant ainsi certaines des critiques du gouvernement italien sur le rôle des ONG en Méditerranée. Il a ajouté : “On ne peut pas accepter durablement cette situation car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y plus aucun contrôle. A la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C’est d’un cynisme terrible“. Voir AFP via https://actu.orange.fr/france/lifeline-la-france-accueillera-une-partie-des-migrants-mais-macron-critique-l-ong-CNT0000014pSvn.html

[3] http://www.consilium.europa.eu/media/35943/28-euco-final-conclusions-fr.pdf

[4] https://www.france-allemagne.fr/Europe-Declaration-commune-de-la-France-et-de-l-Allemagne-19-juin-2018.html

[5] https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro

[6] Soit la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

[7] Voir Sapir J., « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84 et Sapir J., « Krizis evrozony i perspektivy evro », [La crise de la zone Euro et les perspectives de l’Euro] in Problemy Prognozirovanija, n° 3 (126), 2011, pp. 3-18.

[8] iAGS, 2014, « The independent Annual Growth Survey 2015: A Diverging Europe on the Edge », téléchargeable à l’adresse http://www.iags-project.org/documents/iags_report2015.pdf

[9] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[10] Villemot S., Ducoudré B., Timbeau X., « TAUX DE CHANGE D’ÉQUILIBRE ET AMPLEUR DES DÉSAJUSTEMENTS INTERNES À LA ZONE EURO », Revue de l’OFCE, 156 (2018), pp. 1-32.

[11] https://www.project-syndicate.org/commentary/next-euro-crisis-italy-by-joseph-e–stiglitz-2018-06

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-ue-le-debut-de-la-fin-par-jacques-sapir/

Laurent Wauquiez aux Echos : « sauver l’Europe, c’est avoir le courage de la refonder »

29 juin 2018

Préférence communautaire, remise à plat de la doctrine de la concurrence et des compétences des Etats et de la Commission… Avant le sommet européen, qui commence ce jeudi, et le conseil national de LR sur l’Europe, samedi, Laurent Wauquiez détaille ses propositions dans « Les Echos ».

Une partie des Républicains ont conditionné leur maintien dans le parti à votre ligne sur l’Europe. Le projet des Républicains en 2019 sera-t-il pro-européen ?

Qu’est-ce qu’être pro-européen aujourd’hui ? C’est toute la question. Je comprends très bien qu’il soit difficile pour Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin de voir que la construction de l’Europe que leur génération a portée n’arrive plus à faire la démonstration de son efficacité et à parler aux peuples. Mais mon devoir, c’est de ne pas en rester à ce constat d’échec en tirant les leçons de ce désenchantement. Sauver l’Europe, c’est avoir le courage de la refonder, c’est avoir la lucidité de dénoncer ce qui ne marche pas pour enfin pouvoir tourner la page des aveuglements successifs qui ont conduit l’Europe dans une impasse.

Depuis des années, quand on était pro-européen, on nous intimait d’être totalement béats sur ce que faisait la Commission, nécessairement pro-fédéraliste et de préférence utopique. Il y a cinq ans, quand j’ai écrit un livre tirant la sonnette d’alarme, j’ai été très critiqué. Aujourd’hui, qui peut encore contester ce constat que l’élargissement a fragilisé l’Europe, que l’incapacité à répondre à la crise migratoire est un talon d’Achille majeur et que nous n’avons pas de stratégie industrielle. Les eurosceptiques sont ceux qui persistent à ne pas ouvrir les yeux sur ce qui ne marche plus en Europe. Ceux qui sauveront l’Europe sont ceux qui auront eu le courage et la lucidité de la changer.

Mais diriez-vous que l’Europe est une nécessité vitale pour la France ?

Oui. Ma conviction, c’est que l’on a trahi l’esprit initial des pères fondateurs de l’Europe. On a laissé l’esprit européen se perdre, dans l’élargissement, dans le droit de la concurrence aveugle, dans notre naïveté dans les rapports de force avec le monde. Je suis impressionné de voir la vitesse à laquelle les choses se sont détricotées. Plus personne ne peut exclure une catastrophe dans la construction européenne. Prenons garde, sur la durée, au danger qu’il y a à ne pas écouter les peuples.

Pour moi, il y a deux dangers équidistants. D’une part la position de Marine Le Pen, qui prône la sortie de l’euro , l’isolement de la France et donc l’affaiblissement du continent européen. Et de l’autre, l’utopie fédéraliste et technocratique portée par Emmanuel Macron , qui, de plus en plus coupé des réalités, veut continuer tout ce qui a amené l’Europe dans le mur : l’élargissement, l’extension de Schengen à la Bulgarie et à la Roumanie, l’augmentation sans contrôle des pouvoirs de la Commission, la poursuite d’une construction technocratique et peu opérationnelle de l’Europe. Le chemin des Républicains, entre ces deux dangers tout aussi extrêmes, c’est de porter le seul projet lucide qui peut permettre une renaissance de la construction européenne.

Macron et Le Pen, sur l’Europe, sont donc « bonnet blanc et blanc bonnet » ?

Ce sont deux postures diamétralement opposées mais qui conduisent l’une comme l’autre à l’échec de l’Europe. Le projet européen que nous voulons porter, c’est au contraire une Europe réaliste, capable d’assumer à la fois sa mission de protection et d’être à l’offensive. Je pense très profondément que l’on n’a jamais eu autant besoin de l’Europe. Et je pense, dans le même temps, que l’Europe que nous connaissons n’a jamais semblé à ce point incapable d’apporter des réponses aux défis que nous avons.

A vous entendre, on peut être à la fois proeuropéen et eurosceptique…

Tout cela est dépassé. Vouloir sauver l’Europe – donc être proeuropéen -, n’empêche pas d’être sévère sur ce que l’Europe est devenue. Oui je crois à l’Europe, mais pas à ce qu’elle est devenue. C’est pour cela que je veux la changer. Mais prenez garde à ne pas regarder la droite et le centre actuels avec les lunettes du passé ! Contrairement à ce que voudraient faire croire quelques voix de plus en plus marginales, les esprits ont beaucoup évolué. Plus personne à LR ne songerait à porter la parole d’un fédéralisme naïf, pas plus que celle d’un isolationnisme souverainiste. La nouvelle droite sera unie dans sa ligne européenne.

Concrètement, que proposez-vous ?

D’abord l’arrêt de tout élargissement, tant il a miné l’Europe de l’intérieur. Ensuite construire une Europe qui fait clairement le choix du travail et des entreprises. Je ne peux pas accepter qu’un commissaire européen continue à nous dire qu’il ne fait pas la différence entre une entreprise chinoise et une entreprise européenne, au moment où l’on a, face à nous, les barrières protectionnistes de Trump et l’habileté des chinois à protéger leur marché intérieur. Il faut remettre à plat notre doctrine de la concurrence, qui est totalement folle.

Nous ne devons pas être les ravis de la crèche de la compétition mondiale. Il faut donc faire de la réciprocité le principe fondateur de notre politique commerciale. Et mettre en oeuvre la préférence communautaire pour réserver la préférence à nos propres entreprises sur un certain nombre de marchés publics. Pensez-vous un seul instant que l’armée américaine va se mettre à acheter autre chose que des avions de combats américains ? La préférence communautaire doit devenir la pierre angulaire de la construction européenne. L’Europe doit rapprendre à chasser en meute.

L’Europe à laquelle je crois et j’aspire, ce n’est pas celle du consommateur qui pousse son chariot au milieu de supermarchés dans lesquels les produits ont été fabriqués hors d’Europe. C’est une Europe qui a la fierté de défendre un continent, avec une vraie stratégie industrielle. Une Europe du concret, avec de vrais projets.

Par exemple ?

Le déploiement de la 4G et de l’implantation d’un internet très haut débit partout permettrait à l’Europe de refaire la démonstration de son efficacité et de reprendre un lien concret avec des réalisations emblématiques.

Que devrait faire l’Europe face à la crise des migrants ?

Déjà il faut reconnaître qu’il y a une crise migratoire, et ne pas être dans le déni comme Emmanuel Macron qui explique que ce n’est qu’une crise politique. Il est dans l’aveuglement. Le premier devoir d’une construction politique, observait déjà Montesquieu, est d’assurer la protection de ses compatriotes. La crise migratoire est le révélateur de l’incapacité européenne à protéger. La première urgence, c’est de reconduire systématiquement dans leurs ports de départ les embarcations de migrants afin d’éviter les catastrophes en mer et de neutraliser les filières mafieuses d’immigration clandestine. Cela nécessite la mise en place d’une force navale européenne pour contrôler la Méditerranée.

Enfin, il est évident que les demandes d’asile doivent être traitées en amont en dehors de l’espace européen. Créer des centres d’accueil sur notre sol serait catastrophique : nous savons très bien qu’une fois les migrants sur notre sol, ils ne repartent pas. Ce serait donc créer un nouvel appel d’air.

Voulez-vous toujours changer les institutions européennes ?

Les priorités ne sont plus là. Quand il y a le feu dans la maison, ce n’est plus le moment de revoir les plans. Les deux priorités sont d’arrêter la vague migratoire de masse – en conditionnant notamment une aide plus vigoureuse au développement de l’Afrique à une politique de lutte, dans les différents pays, contre le départ d’une immigration clandestine et illégale à destination de l’Europe – et de retrouver une stratégie économique et industrielle permettant de jouer le rapport de force sur la scène mondiale.

Vous mettez au second plan votre Europe des cercles concentriques, jugée « irréaliste » et « dangereuse » par Valérie Pécresse ?

Je n’ai pas changé de conviction : on ne peut pas continuer à faire semblant qu’à 27, on partage tous la même vision de l’Union européenne. Certaines critiques des cercles concentriques me font d’ailleurs sourire. L’Europe des cercles existe déjà, les 27 pays ne sont pas tous dans la zone euro ni dans Schengen. Valérie Pécresse juge-t-elle que l’euro est un projet irréalisable et dangereux ? Arrêtons de créer artificiellement des différences entre nous.

Pour changer l’Europe, il faut des partenaires. Où sont les vôtres ?

Un vrai mouvement s’est opéré en quelques mois. Angela Merkel a compris les erreurs dans lesquelles l’avait amenée une politique migratoire non régulée. L’Autriche a bougé, les pays de la Baltique aussi. Les Pays-Bas sont extrêmement vigilants sur cette question. Mais pas seulement sur les questions migratoires. Il y a un an, Emmanuel Macron était porteur d’un grand espoir. Aujourd’hui, il a isolé la France. Souvent, notre pays croit qu’il peut donner des leçons à tout le monde sans se les appliquer à lui-même.

Si la désillusion s’est installée, c’est parce qu’Emmanuel Macron n’a pas fait le travail qui était attendu sur la France, le seul pays de la zone euro à ne pas réduire son endettement cette année, ne pas faire d’effort sur un déficit structurel avec un cycle de croissance aussi élevé, à augmenter encore sa dépense publique. Moi, dans ma région, j’ai baissé de 12 % les dépenses de fonctionnement en deux ans.

La première condition pour être crédible et pouvoir porter un projet européen, c’est que la France nettoie ses écuries d’Augias. Le facteur d’affaiblissement de la France est là mais Emmanuel Macron continue de faire croire qu’il peut effacer son inaction par la magie du verbe.

Emmanuel Macron a tout de même réussi à arracher à Angela Merkel un accord sur un budget de la zone euro…

D’abord je ne crois pas à la capacité du couple franco-allemand à imposer seul sa volonté sur la scène européenne. Ensuite, nous passons à côté des vrais enjeux. A l’heure où nous devons affronter une concurrence déloyale et le défi de la crise migratoire, notre priorité serait un budget de la zone euro ? Une nouvelle construction technocratique une solution à base de dépenses publiques, alimentée directement ou indirectement par de nouveaux impôts. C’est toute l’Europe dont les peuples ne veulent plus. Il faut revoir le fonctionnement de l’Europe et apporter la preuve qu’on peut avoir une Europe plus efficace, moins cher et moins technocratique. Le budget de la zone euro, c’est exactement l’inverse.

Faut-il revoir l’ampleur et la répartition du budget européen ?

Il a évidemment des curseurs à bouger. Plutôt que de saupoudrer les fonds européens, je préférerais qu’on les concentre sur quelques domaines, par exemple les réseaux de communications électroniques ou encore la recherche sur les maladies neurodégénératives. Mais en bon auvergnat, quand on me parle d’économie, j’aime bien qu’on fasse des économies sur le train de vie. L’Europe, c’est 10 milliards d’euros par an de fonctionnement administratif, sans compter ce qui est à la charge des Etats membres Il est urgent de simplifier, pour que cela soit moins cher et plus proche des réalités

Faut-il revoir l’attribution des compétences entre la Commission et les Etats ?

Il faut faire un grand soir des compétences et tout remettre à plat. Il y a des domaines où il faut rendre des compétences aux Etats-membres. La compétence normative donnée à Bruxelles est allée trop loin. Il faut aussi revenir sur le fait de donner toutes les clés des négociations commerciales à la Commission européenne. Notre rôle est de défendre les intérêts français.

Le contraste, d’ailleurs, est souvent énorme entre les deux côtés du Rhin. Quand Alstom a été vendu à Siemens il y a deux ans, les journaux français ont titré sur la naissance d’un géant ferroviaire européen alors qu’en Allemagne, la presse faisait sa une sur « Siemens s’offre le français Alstom ». Quand la France parle de l’Europe, c’est souvent pour oublier la France ; en Allemagne, c’est pour défendre les intérêts allemands.

L’euro est-il une réussite ?

L’abandon de la monnaie unique serait en tout cas une catastrophe. Les salariés et les épargnants seraient les premiers à payer les conséquences de la sortie de l’euro proposée par le Rassemblement national. Je refuse qu’on achemine la France vers ce chaos économique. Imagine-t-on un seul instant ce que serait la France, livrée à l’appréciation des agences financières, et dont l’état des comptes publics démontre notre incapacité à gérer correctement notre monnaie ? L’euro a des lacunes, la construction est imparfaite, mais c’est un bouclier.

Les problèmes de la France ne sont pas liés à l’Europe. L’Europe n’est pas exempte de toute critique mais le manque de compétitivité, le poids de la fiscalité, la dépense publique, ce sont nos problèmes et nous devons les régler.

Quel sera le profil de la future tête de liste de LR aux élections européennes ?

Une des erreurs majeures de la politique, c’est d’être obsédée par les castings et de penser que la communication a remplacé l’action. La tête de liste sera définie en fonction du programme ; pas l’inverse. Cela viendra plus tard.

https://www.republicains.fr/laurent_wauquiez_les_echos_sauver_europe_avoir_courage_refonder_20180629

Diplomatie mondiale du wrassling

Diplomatie mondiale du wrassling


Par James Howard Kunstler – Le 11 juin 2018 – Source kunstler.com

wrassling / child wrestling / catch pour les enfants

Pourquoi ne pas faire la guerre avec le Canada ? Cette insignifiante « nation » encombre la moitié septentrionale de NOTRE continent, pour lequel nous avons lutté puissamment afin de nous libérer de la méchante vieille Europe. Qu’est-ce que Justin Trudeau ne comprend pas à ce propos ? Et quand nous en aurons fini avec lui, que diriez-vous de faire quelques « reprises » avec Frau Merkel et cette petite grenouille de Monsieur Macron ? J’aimerais voir le Golem d’Or de la Grandeur dans un justaucorps et un de ces masques de lutte mexicains, jetant ces méchants nains internationaux hors du ring comme autant de sacs de patates.


Et maintenant c’est parti à Singapour pour un combat de catch avec cet autre adversaire connu sous le nom de « Little Rocket Man ». Il y a une attente étrange que ces deux avatars d’irréalité régleront le hachis qui a mijoté pendant soixante ans entre la Corée divisée et les USA. M. Trump conclura un accord pour transformer la Corée du Nord en paradis pour les golfeurs et M. Kim promettra de réduire son arsenal nucléaire en fers 9 et en putters. Et puis ils vont célébrer cet accord sur Air Force One avec des sacs de Big Macs et du poulet frit. (Laissez les aides et les conseillers se battre pour les nouilles de Singapour et les becs de calmars à la sauce à l’ail.)

Le New York Times a posé un gros caca lundi matin avec un éditorial remettant en scène le plus gros méchant de la collection d’épouvantails internationaux du Times : la Russie.

Si un président des États-Unis devait esquisser un plan secret et détaillé pour rompre l’alliance atlantique, ce plan aurait une ressemblance frappante avec le comportement de Trump. Cela impliquerait une hostilité visible envers les dirigeants du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Japon. Spécifiquement, il s’agirait de choisir des combats sur des questions artificielles – pas de gagner de grandes concessions pour les États-Unis, mais de créer des conflits juste pour faire chauffer l’ambiance. Un plan secret visant à diviser l’Occident aurait également pour effet que les États-Unis cherchent de nouveaux alliés pour remplacer ceux qui ont été mis au rebut. Le plus évident serait la Russie, le plus grand rival en Europe de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne. Et tout comme la Russie le recherche, l’intention des États-Unis de détruire l’alliance atlantique se mêlerait de la politique intérieure des autres pays pour installer de nouveaux gouvernements qui rejetaient également l’ancienne alliance.

Ainsi donc … pour « The Times », le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Japon ne sont guère plus qu’un club d’ex-épouses vous cassant le cul, la Corée du Nord serait une irrésistible star du porno très bien carrossée, et la Russie un vieux et diabolique proxénète, dans un jeu sans-fin pour fatiguer l’adversaire. Ils ont tous couru après M. Trump depuis avant même qu’il ne descende de sa tour dorée de la Cinquième avenue par son fatidique escalator. Assurément, le méchant Poutine a truffé l’hôtel de Singapour avec ses meilleurs espions et il a chargé les placards du président avec des prostituées et des promoteurs immobiliers pour tenter M. Trump dans toutes sortes d’actes artificiels imaginés dans les laboratoires Kompromat de Iassenevo.

Je suis pour la paix dans le monde, et j’aimerais essayer de prendre la réunion de Kim-Trump au sérieux, mais il est difficile d’imaginer deux personnages moins préparés par les rigueurs de la réalité que cette paire-là. Chacun a vécu dans le royaume magique de sa propre vie. Les deux présentent des comportements typiques d’enfants : bouderie, menaces, fanfaronnades et changements d’humeur mystérieux. Les adultes supposés sérieux autour de M. Trump doivent s’enfiler des Xanax comme des Tic-tacs. Les attachés militaires autour de l’impénétrable Kim se souviendront peut-être de l’exécution en 2016 de deux ministres du NK abattus avec des canons antiaériens pour avoir déplu au chef [C’est probablement une fake news d’État, organisée par les service secrets sud-coréens, NdT] – l’un d’entre eux pour s’être simplement endormi pendant un discours de Kim. Qui a nettoyé les restes, je me le demande.

Peut-être que quelque chose de bon peut sortir de cette configuration improbable. J’attends une sorte d’acte de vaudeville : quelques moments avec les deux prétendant qu’ils comprennent ce que l’autre dit… un communiqué plein d’espoir annonçant la floraison d’un million de fleurs, et un éclatement fatidique quelques heures après la lune de miel quand Kim, Trump et tous les porteurs de lances des deux côtés se rendront compte qu’ils n’avaient aucune idée de ce dont ils parlaient.

Puis, jeudi, le rapport tant attendu de l’inspecteur général du ministère de la Justice sortira, après un « filtrage » par les gens du FBI dont la conduite fait l’objet de cet examen. Je m’attends à une nouvelle couche dans l’énorme gâteau cuisiné par les chevaliers blancs de la « Résistance ». Celui-ci s’appellera le Redacto-Gate.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/diplomatie-mondiale-du-wrassling

 

Douguine : « Poutine est entouré de libéraux »

Douguine :
« Poutine est entouré de libéraux »


Un entretien avec Alexandre Douguine est toujours fascinant, ici il parle du Moyen-Orient, de l’Eurasie et de la Grèce


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 18 juin 2018 – Source Russia Insider

Cet entretien est accordé au portail géopolitique grec Geopolitics & Daily News

Question : – Dr. Douguine, ces dernières années, nous avons été témoins d’une tension croissante entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Certains disent que cela rappelle « l’époque de la guerre froide ». Partagez-vous la même opinion ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Alexandre Douguine : – La guerre froide était la confrontation entre deux camps idéologiques. Maintenant, il n’y a plus de distinction claire dans le domaine de l’idéologie, mais plutôt deux versions de la même démocratie libérale – avancée dans le cas des États-Unis et de l’UE et retardée dans le cas de la Russie.

Nous supposerions donc que cela devrait réduire considérablement la tension. Mais ce n’est pas le cas. Nous devons alors chercher la raison des tensions croissantes dans un autre domaine que l’idéologie. Le plus probable est que les raisons de la « nouvelle guerre froide » sont cette fois géopolitiques.

Mais il est légitime de poser la question.

Est-ce qu’en réalité ce n’était pas une guerre froide idéologique entre le capitalisme et le socialisme, mais plutôt dans le contexte historique beaucoup plus large du moment, une Grande Guerre des Continents (GWoC) ?

Cette GWoC est la base même de la compréhension géopolitique de l’histoire – pouvoir maritime contre pouvoir continental, Eurasiste contre Atlantique. Si nous pouvons nous accorder là-dessus, tout devient logique et clair. Il y a la bataille éternelle entre deux types de civilisations – la civilisation de la mer dynamique (progressiste et marchande) et la civilisation territoriale statique (conservatrice et héroïque) : Carthage contre Rome, Athènes contre Sparte [dans ces deux cas la victoire est revenue aux forces territoriales, NdT ].

Ainsi, la nouvelle escalade est le résultat de la renaissance de la Russie après le coup mortel qu’elle a reçu dans les années 1990. C’est le retour du pouvoir tellurique, la nouvelle montée en puissance de l’Eurasie qui est le principal fait expliquant cette nouvelle guerre froide. C’est, en fait, la vieille guerre froide, la guerre froide « éternelle ». Dans la décennie  1990, il y avait un semblant de victoire irrévocable du pouvoir maritime – d’où la mondialisation et l’unipolarité.

Mais maintenant nous pouvons voir que c’était juste un moment, une occasion qui s’est présentée. La reprise du pouvoir par la Russie, ainsi que la résistance de la Chine, du monde islamique et la vague de populisme en Occident prouvent que cette occasion est perdue. Les élites mondialistes sont sur la défensive. Le dragon est blessé mais il est toujours là. Il essaie de se défendre et c’est la principale cause des nouvelles hostilités.

Quel est votre point de vue sur les récents événements qui se déroulent au Moyen-Orient ? Voyez-vous des chances d’équilibrage ou devons-nous faire l’expérience d’un conflit « total » entre tous les participants ?

Je vois la région du Moyen-Orient comme la principale région où l’architecture du monde futur et le nouvel équilibre des pouvoirs sont en jeu. Ce n’est pas un jeu chaotique « tous contre tous », c’est un épisode décisif de la GWoC (Grande Guerre des Continents).

D’un côté il y a la Russie, l’Iran et en partie la Turquie (se distanciant de plus en plus des États-Unis) avec un soutien discret de la Chine. C’est le camp multipolaire – le bloc eurasien. De l’autre côté, il y a les États-Unis et leurs mandataires – les États de l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite. Ils représentent le pôle mondialiste, les forces unipolaires.

Ce n’était pas exactement ce que Trump avait promis à ses électeurs (il promettait d’arrêter les interventions et de retirer des troupes du Moyen-Orient), mais plutôt un ordre du jour néoconservateur classique. Trump est pris en otage par les néocons. Peut-être que c’était le prix d’un accord politique : Trump a donné la politique étrangère aux néocons et a gagné un certain soutien dans ses réformes intérieures.

Mais le Moyen-Orient est un espace de la plus grande importance. Si l’Eurasie gagne, il y aura un ordre mondial multipolaire et le moment unipolaire sera terminé une fois pour toutes – au moins pour très longtemps. Si les atlantistes l’emportent, ils gagneront du temps un certain délai avant leur inévitable chute. Le dragon blessé survivra un peu plus longtemps.

Mais de toute façon, le Moyen-Orient est crucial. C’est là que le sort de l’humanité est décidé.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un « changement de position » de la Russie vis-à-vis de la Turquie, passant d’une confrontation directe à un soutien total à tous les niveaux. Quels sont, selon vous, les caractéristiques de cette nouvelle situation entre les deux pays ?

C’est le problème majeur de la multipolarité. La Turquie est rejetée par le système unipolaire et condamnée à être scindée. Donc, elle ne peut survivre que dans le camp eurasien.

La Turquie est entrée dans l’OTAN dans des circonstances historiques spéciales, c’était alors un pas raisonnable face à une éventuelle agression de Staline. La décision était basée sur des calculs rationnels. Dans les années 1990 du XXe siècle et surtout en 2000, la situation a radicalement changé.

La Russie ne représente plus une menace existentielle pour la Turquie, mais les États-Unis et l’OTAN en général sont devenus le défi. Avec la politique américaine au Moyen-Orient et sa stratégie concernant les Kurdes, la Turquie en tant qu’État national est condamnée.

Donc, la Turquie et la Russie ont tous les arguments rationnels pour s’allier.

Il est évident que dans les deux pays le lobby atlantiste est très influent. Il essaie de saboter ce processus – c’est la destruction de l’avion russe, le meurtre de notre ambassadeur (russe) et d’autres provocations qui ont été préparées afin de détruire cette alliance. Quand les atlantistes ont compris qu’ils ne pouvaient pas arrêter cela, ils ont tenté de renverser Erdogan par un coup d’État en juillet 2016.

À ce moment crucial, la Russie a apporté à la Turquie un soutien discret mais décisif.

– Les relations entre la Grèce et la Russie ont connu beaucoup de « hauts et de bas » ces dernières années. Où en est cette relation maintenant, à votre avis ?

– La Grèce est un pays orthodoxe fraternel. Les Russes sont les héritiers de Byzance et de la culture grecque, nous sommes des descendants civilisationnels des Grecs. Le Mont Athos est toujours la capitale sainte de notre spiritualité. Donc, culturellement, nous sommes les meilleurs amis.

Sur le plan politique, la Grèce n’est pas un pays souverain car elle est maintenant totalement contrôlée par l’UE et les mondialistes. Les populistes de gauche de Syriza ont essayé de briser cet esclavage mais ont échoué malgré l’énorme soutien populaire. Les populistes de droite sont marginalisés et réprimés par l’élite mondialiste empêchant ainsi leur expansion naturelle.

Ainsi, la Grèce en tant que pays est prise en otage par l’UE, elle n’est pas libre. Ce n’est pas un sujet de la géopolitique, mais un objet. La Russie pourrait aider à libérer la Grèce de l’occupation atlantiste mais la tâche principale devrait être accomplie par les Grecs eux-mêmes.

Les relations entre deux États sont une chose et les relations entre leurs citoyens sont tout autre chose.

Les relations entre les États sont définies par l’OTAN et l’UE. Donc elles ne peuvent pas être bonnes, car elles ne reflètent pas la volonté des grecs, mais la position consolidée du pouvoir maritime. Par contre la relation entre les peuples est assez bonne, car les Russes aiment les Grecs, ils ont une dette envers la culture grecque qui a donné leur identité orthodoxe chrétienne, leur grammaire, leur langue et leur style spirituel.

Mais la vraie Grèce pour nous est la Grèce du peuple pas des élites. C’est le Mont Athos en Grèce – notre bien-aimée Montagne Sainte – de Saint Cosmas d’Étolie, Saint Paisios du Mont Athos et Geronda Ephraim de Vatopedi.

Ce n’est que depuis quelques semaines que V. Poutine a été réélu à la présidence de la Russie avec un pourcentage significatif de votes. Cependant, il y a des voix, même en Russie, qui soulignent son incapacité à sortir le pays de l’isolement et à offrir aux citoyens russes un meilleur mode de vie. Que pensez-vous de la situation de la Russie à l’intérieur des frontières et que pensez-vous que les citoyens russes attendent de leurs dirigeants dans les années à venir ?

J’ai écrit un livre spécial sur Poutine – Poutine contre Poutine. Là, j’explique la dualité essentielle de Poutine. Il a un double aspect. D’une part, il a sauvé la Russie de la décadence qui semblait inévitable et a rétabli la souveraineté et l’indépendance de l’État russe. Il est donc un héros et notre peuple comprend bien que pour notre grandeur nous sommes obligés de payer le prix fort. Donc, il n’y a pas de critiques de Poutine pour la Crimée ou les sanctions.

Tout cela est au contraire une raison pour le soutenir davantage. Il est donc principalement soutenu par les Russes pour les mêmes raisons que l’Occident (les mondialistes) le déteste.

D’autre part, il est entouré de libéraux (nous les appelons la sixième colonne) qui lui restent fidèles personnellement mais essaient d’imposer à la société des politiques suicidaires. C’est la deuxième face de Poutine, qui est bicéphale, comme l’aigle impérial byzantin et russe.

Le niveau de justice sociale dans la Russie actuelle est proche de zéro, la corruption sauvage est florissante, la vie spirituelle et la culture sont dans un état de profonde dépression. Et c’est la préoccupation de l’autre face de Poutine.

Alors nous sommes forts et unis avec Poutine devant ses ennemis à l’étranger – ils le détestent précisément pour les raisons qui nous le font aimer, mais nous ne sommes pas heureux de la confiance qu’il accorde aux libéraux, dans le gouvernement et ailleurs.

– Merci Dr. Douguine pour cette interview.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

(B2) Entre sommets, mini-sommets et rencontres extraordinaires, c’est bien la dixième fois en trois ans que les leaders de l’Union européenne se retrouvent ce jeudi (28 mai) avec, sur leur table, un des dossiers les plus chauds : les migrations

Une crise qui n’est pas que politique, elle est réelle

Certes les chiffres ne sont plus aussi alarmants qu’en 2015 ou 2016, où l’Europe devait faire face à un pic d’environ 1,2 million de demandeurs d’asile. Mais la situation n’est pas réglée pour autant. La Grèce fait toujours face à des arrivées continuelles de migrants (environ 2000 par mois). En Italie, on n’est plus au chiffre de 15 ou 20.000 arrivées par mois comme en 2015. Le flux a diminué environ de 75% selon les dernières estimations. Il continue cependant à raison de quelques milliers par mois et il devrait s’accélérer durant ces semaines d’été où la mer est plus calme.

Une arrivée concentrée de navires toujours possible

Si la tendance actuelle se poursuit, on pourrait donc se retrouver certains jours avec une petite dizaine de bateaux lancés à partir des côtes libyennes, et plusieurs milliers de personnes à secourir dans le même temps. C’est le même principe : entre juin et août, le nombre d’arrivées double ou triple par rapport aux mois d’hiver. Une série de naufrages, avec plusieurs dizaines de morts n’est pas à exclure. A cela il faut ajouter que l’Italie est à bout de souffle. Avec près de 700.000 personnes recueillies en mer (678.298 très exactement selon le dernier chiffre OIM) depuis 2012, dont près des 2/3 par les navires des garde-côtes, de la Guardia di Finanza et de la marine italienne, l’effort n’est pas négligeable. Accueillir des dizaines de milliers de migrants ou de réfugiés n’est pas une aubaine.

Une politique de tête dans le sable

Dire qu’il y a une crise politique est donc plutôt réducteur, et trop facile. C’est, une nouvelle fois, se mettre la tête sous le sable. Oui, il y a une crise politique qui est latente, celle d’un lent repli sur soi, de petits nationalismes, mais elle n’a pas commencé au printemps 2018 avec l’arrivée au pouvoir de la Ligue du nord en Italie (article à suivre). Mais il y a aussi un vrai problème non pas tant de flux, mais de déséquilibre migratoire en Europe, de désorganisation du secours en mer, de la gestion et de la répartition des personnes récupérées ensuite, et d’un manque de solidarité patent. Et ceci ne date pas d’une dizaine de jours et d’un ou deux bateaux (Aquarius et Lifeline) laissés à la dérive. La réalité, honteuse, c’est qu’on a laissé l’Italie (et la Grèce) se dépatouiller tous seuls avec le problème. On peut ne pas être d’accord avec l’idéologie de Matteo Salvini. Mais l’impétueux ministre italien de l’Intérieur a une qualité : il a réussi à mettre les pieds dans le plat et a obligé les Européens à se pencher sur le problème. Il serait temps !

L’alarme donnée depuis quatre ans

Depuis plusieurs années, les différents dirigeants qui se sont succédé à Rome (qu’ils s’appellent Enrico Letta, Matteo Renzi, Paolo Gentiloni) ont sonné l’alarme et appelé à l’aide les Européens (Lire : Ne laissez pas l’Italie seule en Méditerranée (Letta)). Les Européens ont bougé mais à leur manière, lentement, sans se presser.

Les Italiens ont fait le job

L’Italie a pris en charge les secours dans le no man’s land — normalement la zone libyenne. Jusqu’à aujourd’hui, le centre MRCC de Rome a géré les appels, réparti les navires et coordonné tous les secours bien au-delà de sa zone légale de secours. Personne ne s’est jamais plaint. L’Italie est même allé au-delà de ses responsabilités en autorisant tous les navires à débarquer les rescapés ainsi récupérés. Il existe d’autres ports sûrs à proximité des côtes libyennes (en Tunisie notamment). Mais tout le monde trouvait cela bien, sans chercher à combler ce vide ou pallier les carences.

Une impéritie de quelques États

C’est cette impéritie, non pas des institutions européennes, qui ont plutôt bien fait leur travail, présenté des idées, des plans, des propositions (1), mais de l’ensemble des États européens qui fait qu’il y a crise aujourd’hui. Outre la solidarité naturelle qui devrait jouer entre tous les pays, deux pays en particulier ont une responsabilité particulière dans cette crise. La France et le Royaume-Uni notamment — ainsi que l’OTAN — ont joué en 2011 un jeu dangereux non pas vraiment dans l’intervention militaire (à ses débuts) mais dans sa poursuite et sa transformation dans un objectif de faire tomber le régime Kadhafi (2).

Quelles solutions mettre en place à court terme ?

Ce ne sont pas les plate-formes de débarquement ou autres hotspots qui vont résoudre la question.

Réagir dans les 24h ou 48h

La crise d’aujourd’hui mérite une réponse rapide non pas d’ici quelques semaines ou quelques mois, mais dans les 24 ou 48 heures qui viennent. Les navires vont continuer de partir de Libye ou de Tunisie, de déjouer les (éventuels) blocages des garde-côtes, et arriver au large. Il faudra bien alors venir en aide aux naufragés. Si ce ne sont les navires des ONG, ce seront (comme avant que les ONG arrivent) les navires marchands ou les navires de guerre qui croisent nombreux au large qui devront s’y coller. Droit de la mer oblige. Une règle de fer obligeant à répondre à tout SOS.

Avoir une structure de gestion de crise des navires

Actuellement, la répartition des responsabilités en cas de prise en charge d’un navire par l’Italie ou Malte se fait un peu au petit bonheur, au niveau politique, ou par les diplomaties directement entre elles. Il n’existe pas de structure dédiée à cette coordination et répartition européenne. On pourrait penser à Frontex pour être dotée de ce rôle. Mais des solutions provisoires peuvent être trouvées.

Renforcer le MRCC italien

La solution la plus simple et la plus rapide, c’est de renforcer le MRCC italien avec des officiers venant de différents pays et des agents en charge de l’asile pour permettre la coordination de l’accueil des navires et la répartition de leur ‘cargaison’ humaine. L’idée des plate-formes de débarquement (hors UE) ou des centres contrôlés (semi-fermés) dans l’Union européenne est une solution à moyen terme, pas une solution d’urgence.

Quelles solutions mettre en place à moyen terme ?

Le moyen terme ce n’est pas trois quatre ans mais plutôt dans les six prochains mois.

Soutenir les garde-côtes libyens

On ne peut pas se cacher les yeux. Il est nécessaire de remettre sur pied une force de garde-côtes bien dotée, bien payée. Cela nécessite de fournir les vedettes et bateaux demandés (une bonne dizaine), et de mettre en place un plan de formation plus important. Seuls 213 marins ont été formés. Ce n’est pas suffisant. Cela nécessite de former plusieurs centaines de personnes.

Mettre en place un MRCC à Tripoli ou en Libye

Il importe, si on veut avoir une zone de secours libyenne conséquente, d’avoir un centre de coordination des secours en mer, reconnu comme tel et doté de moyens conséquents. Une expertise européenne pourrait être bienvenue. NB : Un tel soutien avait été procuré au centre de gestion de crise en Égypte et dans le Golfe.

Conclure un accord avec les Tunisiens

Une bonne partie des flux (qui s’est monté à un cinquième récemment) arrive désormais de Tunisie, avec des Tunisiens. En cause sûrement la situation économique. Car il est difficile de considérer qu’il y a une situation générale impliquant un droit d’asile quasi-automatique (comme pour les Syriens). Il importe de mettre en place un accord avec Tunis, avec financements et soutiens matériels à la clé.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Pour essayer de mieux gérer les flux, la Commission a présenté en 2016 une réforme globale du système d’asile européen, mettant sur la table des législateurs européens plusieurs textes, parfois ambitieux. Elle a débloqué des financements, par l’intermédiaire de l’agence Frontex, permettant en quelque sorte de financer l’action en mer des Italiens. La Haute représentante a mis sur pied (avec certains États membres) une opération (EUNAVFOR Med Sophia) dont les résultats ne sont peut-être pas faramineux mais qui a le mérite d’exister. Etc.
  2. Les Européens et les Italiens avaient passé avec la Libye, sous l’impulsion de Romano Prodi, un accord assez semblable dans l’esprit avec celui passé avec la Turquie.

Barbus derouillés, Corée déverrouillée

Barbus derouillés, Corée déverrouillée

Publié le 26 Juin 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient, Extrême-Orient, Gaz, Russie, Histoire

En Syrie, les barbus modérément modérés l’ont plutôt mauvaise ces derniers jours. Les loyalistes ont enfin lancé la grande et attendue offensive sur Deraa, dans le sud-ouest. Malgré les répétées mises en garde de l’empire, Washington semble finalement avoir lâché ses petits protégés si l’on en croit son ambassade en Jordanie : Ne comptez pas sur nous, débrouillez-vous tout seuls…

Attention tout de même, l’histoire est là pour nous prouver que l’on doit prendre ce genre de déclarations avec des pincettes. N’est-ce pas Saddam qui avait reçu le feu vert de l’ambassadrice américaine pour envahir le Koweït avant d’assister, médusé, au prodigieux retournement de veste de l’empire ? D’autre part, c’est généralement quand Washington affirme vouloir prendre du recul en Syrie que, ô douce coïncidence, un false flag chimique attribué à l’abominable Assad des neiges tombe soudain du ciel.

Toujours est-il que Damas a envoyé ses meilleures troupes, que les avions russes y participent allègrement et peut-être aussi les forces spéciales du Hezbollah. En quelques jours, les gains ont été considérables et près d’un cinquième du territoire contrôlé par les djihadistes a été repris (plaine de Lajat) :

A 10 000 km de là, l’apaisement dans la péninsule coréenne produit ses premiers effets et ressort des cartons un vieux projet dont nous avons parlé plusieurs fois et que nous évoquions encore le mois dernier :

Le pipeline inter-coréen, sensé fournir du gaz à la Corée du Sud en passant par sa sœur du nord. La zone en devenir stratégique majeur qu’est l’Asie du Nord-est – Japon, Chine, Corées – consomme près d’un tiers de l’énergie mondiale mais son approvisionnement énergétique reste problématique (sources lointaines, donc acheminement long et prix élevés) du fait des tensions géopolitiques liées à la Corée du Nord.

Que cette épineuse question se résolve et c’est l’intégration énergétique de l’Eurasie orientale qui pointe son nez, au grand dam de tonton Sam qui fera tout pour la diviser et/ou la contenir.

En plein dans le mille. Depuis notre billet, le sommet Donald-Kim est passé par là et la nouvelle détente entre Séoul et Pyongyang leur permet d’évoquer des projets économiques bilatéraux. Sans surprise, le gaz pointe son nez…

Le président sud-coréen Moon, qui n’est pas précisément un vassal de l’empire US comme nous l’avions expliqué l’année dernière, vient de faire une visite d’Etat de trois jours en Russie, la première en deux décennies. Parmi les nombreux sujets évoqués, l’établissement d’une liaison ferroviaire (extension du mythique trans-sibérien jusqu’à Busan) favorisant le commerce et resserrant les liens, ou l’établissement d’un réseau électrique, tout ceci via la Corée du nord. Sans compter, évidemment, notre fameux gazoduc sur lequel les discussions ont déjà repris.

La Corée du sud, qui était de facto et depuis des dizaines d’années une île, coupée de l’Eurasie par son frère ennemi du nord, peut enfin espérer se rattacher au continent-monde. Ces deux-là peuvent sourire pendant que le Deep State US fait grise mine…

Attention tout de même, l’on se rappelle qu’à la fin des années 70, ce même Etat profond avait réussi, malgré la vague de pacifisme ayant suivi la défaite américaine au Vietnam, à torpiller le projet du président Carter de retirer les troupes américaines de Corée du sud. Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, la tension dans la péninsule coréenne servait parfaitement les intérêts du système impérial qui ne voit pas d’un bon oeil le récent apaisement et la volonté du Donald de suivre l’exemple de Carter. Embûches et sabotages en perspective…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/06/barbus-derrouilles-coree-deverrouillee.html

Accord sur la migration: « C’est la coopération européenne qui l’a emporté » (Macron)

Accord sur la migration: « C’est la coopération européenne qui l’a emporté » (Macron)

Bruxelles – Le président français Emmanuel Macron a salué l’accord trouvé à 28 sur le dossier migratoire vendredi au bout de la nuit, surmontant ainsi le blocage italien, qui récompense selon lui « la coopération européenne ».

« C’est d’abord le fruit d’un travail commun et c’est la coopération européenne qui l’a emporté sur le choix d’un non accord ou de décisions nationales qui n’auraient été ni efficaces ni durables », a déclaré M. Macron à la sortie du sommet à Bruxelles, après neuf heures de tractations sur la gestion de l’accueil des migrants.

Parmi les solutions avancées, les 28 se sont accordés sur la proposition « d’avoir des centres contrôlés sur le territoire européen pour mieux organiser cet accueil », a indiqué le président.

« La solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée lors de ce sommet », s’est-il félicité.

L’Italie, déterminée à faire entendre ses exigences, avait bloqué les premières conclusions du sommet qui étaient attendues dès la fin de l’après-midi sur des dossiers bien moins sujets à controverse (sécurité, défense, emploi ou encore élargissement), en attendant la discussion sur la migration.

En première ligne pour accuellir les migrants qui traversent la Méditerranée, Giuseppe Conte, pour son premier sommet à la tête du nouveau gouvernement populiste, exigeait des « actes » de la part de ses partenaires européens.

« L’Europe aura encore à vivre longtemps avec des pressions migratoires qui viendront de pays en crise, de pays pauvres. Nous ne sommes pas une île et nous devons réussir à faire face à ce défi en étant fidèle à nos valeurs, en protégeant nos peuples et la cohésion nationale », a souligné Emmanuel Macron.

« L’étape de ce soir était importante, beaucoup prédisaient l’impossibilité d’un accord, beaucoup prédisaient le triomphe de solutions nationales, ce soir nous avons réussi à obtenir une solution européenne et un travail en coopération », a-t-il encore insisté.

(©AFP / 29 juin 2018 03h32)

https://www.romandie.com/news/Accord-sur-la-migration-C-est-la-coop-ration-europ-enne-qui-l-a-emport–Macron/931955.rom

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale


Par Andrew Korybko – le 18 juin 2018 – Source Oriental Review

Le président érythréen Isaias Afewrki, à gauche, serre la main du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi dans le palais présidentiel du Caire, en Égypte

Le nouveau Premier ministre éthiopien a créé la surprise en tendant la main à ses deux rivaux régionaux éthiopiens que sont l’Érythrée et l’Égypte.

La première des deux décisions prises ce week-end par le premier ministre Ahmed a été d’annoncer que l’Éthiopie allait unilatéralement se conformer à une décision de la Cour de Justice Internationale en date de 2002, précisant que la ville disputée de Badme était à présent rattachée à l’Érythrée ; les deux voisins avaient fait la guerre dans les années 1998-2000 en raison de ce différend. Ce conflit, larvé depuis longtemps, avait été allumé au moment de cette guerre plutôt en raison de la défiance mutuelle entre les deux États que pour des raisons stratégiques – la ville en question ne présente en effet qu’un très faible intérêt géographique. L’Éthiopie, État sans accès à la mer, voulait garder son ancienne province d’Érythrée en état de faiblesse, afin de la contrôler par procuration et de reprendre son accès historique à la mer Rouge ; alors que l’Érythrée trouve depuis longtemps un intérêt à soutenir divers groupes « rebelles » contre Addis-Abeba, le but étant d’engluer l’Éthiopie dans suffisamment de crises domestiques pour la distraire de jamais reconsidérer le statut indépendant d’Asmara.

Situation des États d’Égypte (bleu), d’Érythrée (vert) et d’Éthiopie (orange) sur la carte d’Afrique. Carte originale MarginalCost – Own work, CC BY-SA 4.0, modifiée par lesakerfrancophone

 

La prolongation interminable du statut de « paix froide » sur laquelle avait débouché le conflit depuis une quinzaine d’année – au cours duquel plus de cent mille personnes avaient péri, pour des enjeux territoriaux ridiculement faibles – est considérée comme la raison du sous-développement de l’État d’Érythrée. Le petit État se trouvait de fait astreint de maintenir une politique controversée de conscription forcée et indéfinie de ses citoyens aux fins d’assurer sa sécurité nationale, alors même que ces conscriptions forcées provoquaient dans une large mesure l’exode de milliers de personnes chaque année. En outre, le soutien prétendu d’Asmara au groupe terroriste Al Shabaab, utilisé comme mandataire pour attaquer l’armée Éthiopienne en Somalie – par suite de l’invasion de ce dernier pays par Addis-Abeba au milieu des années 2000 – avait provoqué l’application de sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies envers l’Érythrée, sanctions qui perdurent jusqu’à ce jour. L’Érythrée commençait tout juste à sortir de son isolement international, ayant rejoint la guerre contre le Yémen, et ayant selon les rumeurs fait alliance avec l’Égypte ; les gestes de paix récents de l’Éthiopie envers l’Égypte pouvant d’ailleurs venir saper cette relation essentielle.

Cela fait longtemps que l’Égypte accuse l’Éthiopie d’utiliser l’eau comme arme, en raison du projet éthiopien de construire un barrage le long du Nil Bleu, affluent du Nil qui apporte les plus grands volumes d’eau à l’Afrique du Nord. L’Égypte avait même déjà plusieurs fois menacé de bombarder l’ouvrage, et on peut penser que son alliance présumée avec l’Érythrée était motivée par l’existence de ce projet. La visite surprise du premier ministre Ahmed au Caire ce week-end l’a vu, en accord avec le président Sisi, s’accorder pour trouver un terme pacifique à ce différent hydrique. L’effet de bord en est, cependant, que l’alliance égyptienne avec l’Érythrée en sort affaiblie, sa justification pour l’Égypte ayant été de constituer un revers contre l’Éthiopie. À présent qu’il sait ne plus pouvoir compter sur le Caire qu’il ne l’avait pensé jusqu’ici, le gouvernement d’Asmara se trouve donc sous pression de travailler de manière constructive avec Addis-Abeba, et sa rétrocession de la ville de Badme, et de normaliser les relations entre les deux pays.

Il est sans aucun doute à l’avantage de l’Érythrée de formaliser une paix solide avec l’Éthiopie, et de commencer à sortir de son isolement international, mais cela pourrait porter à conséquences sur la situation politique intérieure du pays. Le « Front populaire pour la démocratie et la justice », parti jusqu’à présent au pouvoir, s’appuyait sur la menace éthiopienne comme excuse au sous-développement érythréen, et cette excuse cessera d’être valable dès lors que les deux pays se seront rapprochés. La pression populaire pourrait monter envers Isaias Afwerki, président vieillissant du pays, de libéraliser son État uni-partite « socialiste » pour faciliter une transformation politique dont cette « réouverture » pourrait constituer le catalyseur, avec la perspective de voir les aides économiques internationales et la levée des sanctions conditionnées par cette réouverture.

La situation a ceci d’ironique qu’après des années passées par l’Érythrée à fomenter un changement de régime en Éthiopie par des moyens militants, ce pourrait bien être au final l’Éthiopie qui réussirait à accomplir ce même tour envers l’Érythrée, au travers des conséquences de ce double geste de paix, le tout en l’espace d’un week-end.

Cet article est une retranscription partielle de l’émission radiophonique « the CONTEXT COUNTDOWN », diffusée sur Sputnik News le 15 juin 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-signaux-de-paix-ethiopiens-vers-lerythree-et-legypte-vont-changer-la-donne-geopolitique-regionale

 

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