Méditerranée : L’Italie ferme ses ports aux migrants… L’Espagne répond à l’appel humanitaire

Méditerranée : L’Italie ferme ses ports aux migrants… L’Espagne répond à l’appel humanitaire

(B2) Les conditions de sauvetage en Méditerranée se durcissent le bras de fer du nouveau ministre italien de l’Intérieur, leader du parti d’extrême droite. L’Italie ferme la porte aux migrants rescapés en mer. Les autres pays européens ne disent mots, laissant Rome gérer seul la situation. Et la Commission européenne suit.

Depuis la nuit de samedi (9 juin), l’Aquarius, le navire affrété par l’ONG SOS Méditerranée, erre en mer avec à son bord 629 migrants (dont 7 femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés) secourues au cours de 6 opérations distinctes.

Un refus de débarquer

Ni l’Italie ni Malte n’autorisent en effet le bateau à débarquer ces naufragés. Rome a demandé à Malte qui refuse que le navire accoste. Pour le gouvernement de La Valette, ce sauvetage a eu lieu dans la zone de sauvetage et de recherche libyenne (1)… gérée dans les faits par le centre italien de coordination des secours maritimes (MRCC). Aux Italiens de se débrouiller. En attendant, l’Aquarius (qui bat pavillon de Gibraltar) a été contraint de rester en stand-by, à 35 milles nautiques de  l’Italie et 27 miles nautiques de Malte.

Pas le temps d’attendre !

« C’est une situation inédite et préoccupante qui ne doit pas se prolonger car, avec 629 personnes à bord, nous dépassons déjà largement notre capacité d’accueil maximale » réagit ce matin le président de SOS Méditerranée, Francis Vallat. « La sécurité et les soins des rescapés à bord ne pourront pas être assurés au-delà de quelques heures » prévient-il. « Nous ne pouvons pas imaginer que des préoccupations politiques prévalent sur la situation humanitaire de ces centaines de personnes tout juste sauvées d’une noyade certaine, et qui viennent de quitter l’enfer libyen ».

Bis repetita ?

Pourtant, depuis quelques mois déjà, les règles du jeu changent en Méditerranée. Les tensions s’accentuent et se répètent entre les ONG de sauvetage des migrants et les autorités italiennes notamment. Plusieurs accusent le choix délibéré des autorités de n’ouvrir que des ports éloignés pour y débarquer des rescapés, ou de les forcer à débarquer des passagers secourus bien qu’ayant encore les capacités de sauver d’autres migrants en détresse. Selon les ONG, tout cela n’a d’autre but que de les asphyxier et les épuiser.

Escalade politique

En Italie, la question migratoire a été l’un des thèmes de la récente campagne des législatives. Les deux partis aujourd’hui à la tête du gouvernement (la Ligue du Nord et le Mouvement 5 Etoiles) affichant l’un comme l’autre de rompre avec la politique d’accueil menée ces dernières années. Pour eux, l’Italie ne doit plus assumer la solidarité que les autres Etats européens lui laissent volontiers. Matteo Salvini, patron de la Ligue du Nord (nationaliste), l’avait promis : il stopperait le flux d’arrivées de clandestins en Italie.

Et maintenant, l’OTAN sur le « front sud » ?

Devenu ministre de l’Intérieur (lire : Un nouveau gouvernement italien, enfin ! Les ministères de force), il vient de passer à l’action ce week-end. Matteo Salvini n’hésite d’ailleurs pas à parler de « front sud » en parlant de l’arrivée de migrants, assimilés à des terroristes, sans nuance : « Nous sommes attaqués et nous demandons à l’Otan une alliance défensive pour nous protéger. L’Italie est attaquée depuis le Sud et non depuis l’Est » et la Russie, a-t-il encore déclaré vendredi, en arrivant au conseil des ministres, s’inquiétant d « infiltrations terroristes » avec l’arrivée de milliers de migrants, selon Il Giornale.

La Commission rappelle le droit

La Commission européenne  a appelé à un « règlement rapide »  de la situation, « afin que les personnes à bord du navire Aquarius puissent être débarquées en toute sécurité dès que possible », a déclaré lors du point de presse quotidien le porte-parole en chef de l’exécutif européen Margaritis Schinas, parlant d’« impératif humanitaire ». Mais sur le fond, la Commission se refuse à trancher.

La responsabilité au pays qui coordonne les secours

« Il s’agit d’une question de droit international », rappelle la porte-parole de la Commission en charge des migrations, Natasha Bertaud, admettant qu’« en réalité la situation est tout sauf claire ».  Comme elle l’explique, « selon le droit international, la décision de l’endroit où un bateau  devrait débarquer relève de la compétence du pays qui est en train de coordonner l’opération de recherche et de sauvetage » (NDLR : en l’occurrence, le MRCC de Rome. C’est à lui d’indiquer le « port sûr » où accoster. Mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un port de son pays.

L’Espagne ouvre son port de Valence

L’Espagne a annoncé cette après-midi qu’elle allait accueillir le navire transportant les 629 rescapés en ouvrant son port de Valence : « Il est de notre obligation d’aider à éviter une catastrophe humanitaire et  d’offrir un ‘port sûr’ à ces personnes », indique le nouveau Premier ministre espagnol Pedro Sanchez sur son compte twitter. Un ‘sauf qui peut’ salué par l’ONG. Même si cela oblige le navire à parcourir plus de 1300 km… alors que les réserves de nourriture seraient à bord épuisées.

Malte fait un geste humanitaire

A défaut d’avoir voulu être un port de débarquement, Malte va donc « envoyer des ravitaillements frais » aux 629 migrants obligés de passer une nouvelle nuit à bord de l’Aquarius. Le Premier ministre Joseph Muscat l’a confirmé ce lundi (11 juin) dans l’après-midi sur son compte Twitter. « Il faudra s’assoir et discuter sur la manière de prévenir à l’avenir ce genre d’événement. C’est une question européenne », poursuit-il. C’est assurément la réponse européenne qui fait toujours défaut.

Commentaire : un arrêt

Ce nouveau cas confirme une tendance observée ces dernières semaines (lire : L’OpenArms libéré. Ordre du juge de Raguse). L’Italie qui a déjà (sous le gouvernement précédent de P. Gentiloni) retiré tout automatisme d’accueil et limité l’action des ONG, ne veut plus être la seule à supporter les migrants et réfugiés récupérés en mer au large de la Libye. Elle est en cela soutenue de façon implicite par l’Union européenne, aucun pays ne souhaitant prendre le relais (lire : Nouvel incident en Méditerranée. Le changement de cap italien et européen confirmé). Désormais, sauf si ce sont les navires italiens (garde-côtes, marine…) qui récupèrent en mer les migrants, ce sera à chaque navire, de se débrouiller pour trouver un port d’accueil

(Emmanuelle Stroesser, avec NGV)

https://www.bruxelles2.eu/2018/06/11/mediterranee-litalie-ferme-ses-ports-aux-migrants-lespagne-repond-a-lappel-humanitaire/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s