L’UE peut-elle devenir un partenaire pour la Russie ?

L’UE peut-elle devenir un partenaire pour la Russie ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par The Saker – Le 15 juin 2018 – Source thesaker.is

[Cette analyse a été écrite pour la revue Unz]

La confirmation de la nomination (quoique quelque peu remanié) du « bloc économique » du gouvernement Medvedev a suscité de nombreux commentaires, certains meilleurs que d’autres. Aujourd’hui, je veux m’intéresser à une hypothèse spécifique qui peut être résumée comme ceci : Poutine a décidé de ne pas purger le « bloc économique » impopulaire du gouvernement russe parce qu’il voulait présenter à l’UE des « visages connus » et des partenaires auxquels elle fait confiance. Juste maintenant, avec le comportement insensé de Trump s’aliénant la plupart des leaders européens, c’est le moment parfait pour ajouter un « attrait » russe à la « poussée » américaine et aider au rapprochement de l’UE avec la Russie.

En renommant les « libéraux » russes (c’est un euphémisme pour les entités du genre de l’OMC/Banque mondiale/FMI/etc.), Poutine a rendu la Russie aussi attractive que possible pour l’UE. En fait, l’énorme succès du sommet de Saint-Pétersbourg et du Forum parlementaire est la preuve que cette stratégie fonctionne.

Cette analyse repose sur une hypothèse cruciale : l’UE, dans de bonnes conditions, pourrait devenir un partenaire pour la Russie.

Mais cette hypothèse est-elle justifiée ? Personnellement, je ne le crois pas, et je vais essayer d’exposer les raisons de mon scepticisme :

Premièrement, il n’y a pas d’« UE », du moins pas en termes politiques. Plus important encore, il n’y a pas de « politique étrangère de l’UE ». Oui, il y a des États membres de l’UE, des dirigeants politiques, il y a une grande communauté d’affaires dans l’UE et il y a beaucoup d’organisations européennes, mais l’UE n’existe pas, surtout pas en termes de politique étrangère. La meilleure preuve de cela est la façon dont la soi-disant « UE » a été ignorée en Ukraine, puis avec les sanctions anti-russes, la gestion de l’invasion d’immigrants illégaux, et maintenant avec Trump. Au mieux, l’UE peut être considérée comme un protectorat/colonie américaine, certains sujets étant « plus égaux que d’autres » (par exemple, le Royaume-Uni versus la Grèce). La plupart des États membres (tous ?) de l’UE obéissent abjectement aux États-Unis, ce qui n’est pas surprenant étant donné que même le soi-disant « leader européen » ou « poids lourd de l’UE » – l’Allemagne – n’a qu’une souveraineté très limitée. Les dirigeants de l’UE ne sont rien d’autre qu’une élite compradore qui se fout des opinions et des intérêts des citoyens européens. Le fait indéniable est que la soi-disant « politique étrangère de l’UE » est allée à l’encontre des intérêts vitaux des peuples d’Europe pendant des décennies et que ce phénomène ne fait que s’aggraver.

Deuxièmement, l’organisation la plus puissante et la plus unifiée en Europe n’est même pas une organisation de l’UE, mais l’OTAN. Et l’OTAN, en termes réels, n’est rien moins qu’à 80% les USA. Oubliez ces armées européennes féroces, elles sont toutes bidons. Non seulement elles ne représentent aucune force crédible (étant trop petites, trop mal entraînées, sous-équipées et mal commandées), mais elles dépendent complètement des États-Unis pour une longue liste de capacités critiques et de « multiplicateurs de force » : commandement, contrôle. En outre, en matière de formation, de planification des forces, d’acquisition, de déploiement et de maintenance des systèmes d’armement, les États membres de l’UE sont également totalement dépendants des États-Unis. La raison ? Le budget militaire américain éclipse totalement tout ce que les États de l’UE peuvent dépenser, alors ils dépendent tous de l’Oncle Sam. Bien sûr, la figure de proue de l’OTAN – le secrétaire général – est généralement une non-entité qui fait des déclarations bruyantes et européennes (je pense à Stoltenberg comme parfait exemple), mais l’OTAN n’est pas dirigée par le secrétaire général de l’OTAN. En réalité, elle est dirigée par le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), qui est à la tête du grand quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) et ces hommes sont aussi rouges, blancs et bleus que possible [c’est à dire américains, NdT]. Oubliez les « Eurocorps » ou toutes les autres « armées européennes » – c’est du pipeau, comme l’éclat récent de Trudeau face à Trump. En réalité, dans l’UE, comme au Canada, ils savent tous qui est le patron. Et voici le fait le plus important : l’OTAN a désespérément besoin de la Russie pour justifier sa propre existence ; si les relations avec la Russie s’améliorent, alors l’OTAN n’aura plus de raison d’être. Pensez-vous vraiment que quelqu’un va laisser cela se produire ? Je n’en suis pas sûr ! Et maintenant, les Européens sont occupés à demander plus de troupes américaines sur leur sol, pas moins, et ils prétendent tous être terrifiés par une invasion russe, d’où la nécessité d’exercices militaires de plus en plus nombreux à proximité de la frontière russe. Et, juste pour évoquer toutes ses bases, l’OTAN s’étend maintenant progressivement en Amérique latine.

Troisièmement, il y a une longue liste de gouvernements de l’UE qui ont absolument besoin de continuer d’entretenir de mauvaises relations avec la Russie.

Ils incluent :

1 – Les gouvernements impopulaires qui ont besoin d’expliquer leurs propres échecs par les actions néfastes d’un épouvantail extérieur. Un bon exemple est la façon dont les autorités espagnoles ont accusé la Russie pour la crise en Catalogne. Ou les Britanniques avec leur « Brexit ». Les Suédois font encore mieux, ils préparent déjà leur opinion publique à une « ingérence russe » dans le cas où les résultats des élections ne s’avèrent pas être ce dont ils ont besoin.

2 – Les gouvernements dont la rhétorique a été si hystériquement anti-russe qu’ils ne peuvent plus reculer. Les meilleurs exemples : le Royaume-Uni et Merkel. Mais puisque la plupart (mais pas tous) des États de l’UE ont réagi au coup monté Skripal sur la base d’affirmations Britanniques « hautement probables » et au nom de la « solidarité », ils sont maintenant tous coincés en tant que complices de cette politique. Il n’y a aucun moyen pour qu’ils admettent avoir été couillonnés par les rosbifs.

3 – Les putes de l’UE : ce sont des États dont la seule politique est d’assister les États-Unis contre la Russie. Ces États s’affrontent de la façon la plus abjecte pour voir qui sera le plus lèche-cul dans la catégorie du « serviteur loyal le plus fidèle et le plus volontaire des États-Unis ». Les meilleurs exemples sont, bien sûr, les trois mini-États baltes, mais la pôle position doit aller aux « Polacks  farouchement patriotiques » qui sont maintenant prêts à payer l’oncle Sam pour son occupation militaire (même si ce dernier essaie de les racketter pour des milliards de dollars). Il est vrai que maintenant que les subventions de l’UE s’épuisent, la situation de ces États devient de plus en plus désastreuse et ils savent que le seul endroit où ils peuvent encore obtenir de l’argent est les États-Unis. Donc, ne vous attendez pas à ce qu’ils changent d’avis de sitôt (même si la Bulgarie a déjà réalisé que tout le monde dans l’Ouest s’en fout).

4 – Les gouvernements qui veulent réprimer toute dissidence interne en accusant tout mouvement/parti politique patriotique ou indépendant d’être « payé par le Kremlin » et de représenter les intérêts russes. Le meilleur exemple est la France dans sa façon de traiter le Front national. Je dirais que la plupart des États membres de l’UE travaillent d’une manière ou d’une autre à la création d’un « État de sécurité nationale » parce qu’ils réalisent (à juste titre) que les Européens sont profondément frustrés et s’opposent aux politiques européennes (d’où tous les référendums anti-UE perdus par les élites dirigeantes).

Contrairement à un mythe très souvent répété, les intérêts économiques européens ne représentent pas une force puissante contre la russophobie. Pourquoi ? Regardez l’Allemagne : malgré toute l’implication de celle-ci (et de Merkel personnellement) en Ukraine, et malgré toute la rhétorique stupide sur « La Russie agresseur » qui « ne respecte pas les accords Minsk », le North Stream va de l’avant ! Oui, l’argent parle, et la vérité est que tandis que les sanctions anti-russes ont coûté des milliards à l’Europe, les grands intérêts financiers (disons la société française Total) ont trouvé des moyens d’ignorer/contourner ces sanctions. Oh, bien sûr, il y a un lobby pro-commerce en faveur des intérêts russes en Europe. C’est réel, mais il n’a tout simplement pas le pouvoir des forces anti-russes dans l’UE. C’est la raison pour laquelle, depuis des années, plusieurs politiciens et personnalités de l’UE ont fait des commentaires sur la levée des sanctions, mais quand ils ont voté, ils ont tous voté selon les directives des vrais patrons.

À propos, la russophobie de l’UE n’est pas générée que par les États-Unis. Nous avons clairement vu que le jour où Trump a suggéré que le G7 (ou, plus exactement, le G6 + 1) avait besoin de ré-inviter la Russie, ce sont les Européens qui ont dit « non ! ». Dans la mesure où il existe une « position de l’UE » (même très discrète et très faible), elle est surtout antirusse, en particulier dans le nord de l’Europe. Donc, quand l’Oncle Sam dit aux Européens d’obéir et de s’engager dans l’éreintement russe habituel, ils se mettent rapidement en ligne, mais dans les rares cas où les États-Unis ne poussent pas un programme anti-russe, les politiciens européens disent soudainement « non ». Soit dit en passant, malgré toutes les déclarations de Trump sur le retour de la Russie au G6 + 1, les États-Unis sont toujours occupés à imposer plus de sanctions à cette dernière.

Les mini-guerres en cours, entre les USA et l’UE – sur le commerce, l’Iran et Jérusalem – ne signifient nullement que la Russie puisse automatiquement en bénéficier. Encore une fois, le meilleur exemple est le dernier sommet désastreux du G6 + 1 au cours duquel Trump s’est généreusement aliéné tout le monde pour voir ensuite le G6 répéter sa position anti-russe, même si le G6 + 1 a besoin de la Russie beaucoup plus que la Russie n’a besoin du G7 (et même en vérité pas du tout !). Tout comme les dirigeants américains et israéliens peuvent être en désaccord et, à l’occasion, se battre les uns les autres, cela ne signifie nullement qu’ils ne sont pas fondamentalement comme cul et chemise. Il suffit de penser aux « familles » mafieuses qui peuvent être en « guerre » les unes contre les autres, mais cela ne signifie nullement que cela profite au reste de la population que tous les gangsters escroquent.

La crise ukrainienne ne profitera qu’aux forces anti-russes en Europe. Il y a une très forte probabilité pour que, dans un futur proche, le régime ukronazi essaye de reconquérir la Novorussie (DNR/LRN). Je soutiens que le résultat d’une telle attaque ne fait aucun doute – les Ukronazis vont perdre. La seule question est la suivante : dans l’intérêt de qui vont-ils perdre ?

Option 1 : ils perdent face aux forces combinées due la DNR et de la LNR. C’est probablement le résultat le plus probable. Si cela se produit, il y a une très forte probabilité de contre-attaque de la Novorussie pour libérer la plupart des régions de Donetsk et de Lougansk, en particulier les villes de Slaviansk et de Marioupol. Attendu que le comportement passé est le meilleur indicateur du comportement futur, nous pouvons être assurés de ce que sera la réaction à Kiev et en Occident : la Russie sera accusée pour tout cela. Les Anglosionistes n’admettront jamais que le régime ukronazi a perdu une guerre civile contre son propre peuple parce que les Novorusses n’accepteront jamais un régime nazi chez eux. Ainsi, une victoire des Novorusses se traduira par encore plus de russophobie hystérique.

Option 2 : les Ukronazis réussissent leur attaque et menacent d’envahir Donetsk, Lougansk et le reste de la Novorussie. Poutine ne peut tout simplement pas permettre que cela se produise. Il a fait cette promesse à plusieurs reprises et il l’a récemment répétée lors de sa « ligne ouverte » avec le peuple russe. Si les Russes sont forcés d’intervenir, ce ne sera pas une invasion terrestre massive – ce n’est pas nécessaire. La Russie a la puissance de feu nécessaire sous la forme de frappes de missiles et d’artillerie pour détruire les forces ukronazies qui attaquent et pour imposer une zone d’exclusion aérienne sur toute la région de la Novorussie. Si Kiev continue et lance une attaque à grande échelle contre la Russie proprement dite, les forces armées ukrainiennes seront totalement désintégrées et cesseront le combat dans les 48 heures. Ce scénario est ce que j’appelle le « rêve neocon » car une telle intervention russe ne sera pas imaginaire, mais bien réelle et le Kremlin confirmera même tout cela très publiquement et reconnaîtra probablement les deux Républiques novorusses comme ce qui s’est passé le 8 août 2008 lorsque Saakachvili a décidé d’envahir l’Ossétie du Sud. Ainsi, les Anglosionistes auront (enfin !) la « preuve » que la Russie est l’agresseur, les Polonais et les Baltes se prépareront à une invasion russe « imminente » sur leurs territoires et je pense qu’il y a de bonnes chances pour que les forces de l’OTAN entrent dans l’ouest de l’Ukraine pour « arrêter les Russes », même si les Russes n’ont absolument aucun désir (ni même aucune raison valable) de vouloir envahir le reste de l’Ukraine et encore moins, la Pologne, la Suède ou les États baltes.

J’admettrais qu’il y a encore une petite possibilité pour qu’une attaque ukronazie ne se produise pas. Peut-être que Porochenko & Co. vont se dégonfler (ils connaissent l’état réel des escadrons de la mort ukies et des bataillons de volontaires) et il est même possible que la récente menace de Poutine sur les « conséquences graves pour l’État ukrainien » aura l’effet nécessaire. Mais qu’arrivera-t-il,  même si cette attaque n’a pas lieu ? Les dirigeants de l’UE et le régime ukronazi à Kiev accuseront toujours la Russie en voyant l’Ukraine devenir un État failli. Quel que soit le scénario que vous trouvez plus probable pour l’Ukraine, les choses ne feront que s’aggraver et tout le monde accusera la Russie.

La crise en Syrie ne profitera qu’aux forces anti-russes en Europe. Il devient de plus en plus clair que les États-Unis tentent maintenant une reconquista de la Syrie ou, au moins, un éclatement de la Syrie en plusieurs zones, y compris celles contrôlées par les États-Unis. À l’heure actuelle, les États-Unis et les bons terroristes ont perdu la guerre, mais cela ne les empêche pas d’en rallumer une nouvelle, surtout en réorganisant, en recyclant, en redéployant et, surtout, en rebaptisant les mauvais terroristes survivants en  bons. Ce plan est soutenu par l’argent saoudien et la puissance de feu israélienne. En outre, la Russie rapporte maintenant que les forces spéciales américaines travaillent déjà avec les (nouveaux) bons terroristes pour – vous l’aurez deviné – préparer une nouvelle attaque chimique contre les Syriens. Et pourquoi pas ? Cela a fonctionné parfaitement déjà plusieurs fois, pourquoi ne pas recommencer ? À tout le moins, cela donnerait aux États-Unis un autre moyen d’envoyer leurs Tomahawks pour montrer leur efficacité – même s’ils échouent à nouveau, les faits n’ont pas d’importance ici. Et ne vous méprenez pas, une « victoire » américaine en Syrie (ou au Venezuela) serait un désastre non seulement pour la région, mais pour tous les pays qui veulent devenir souverains (voir l’excellent article d’André Vltchek sur ce sujet ici). Et, encore une fois, la Russie sera blâmée pour tout cela et, avec des cinglés certifiés comme Bolton, les forces russes pourraient même être attaquées. Comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois, c’est loin d’être terminé. Tout comme dans le cas ukrainien, un accord pourrait être conclu (au moins les responsables militaires américains et russes se parlent-ils encore) mais mon opinion personnelle est que conclure n’importe quel accord avec Trump est aussi futile que de conclure un accord avec Netanyahou : on ne peut faire confiance à aucun des deux, ils vont rompre toutes les promesses en un clin d’œil. Et si l’enfer se déchaîne en Syrie et/ou en Iran, l’OTAN veillera à ce que les Européens se rangent tous rapidement et docilement (« solidarité », vous vous rappelez ?).

En résumé, l’UE a peu de chances de devenir un partenaire viable pour la Russie et l’avenir semble plutôt sombre.

Une objection à mon pessimisme est le succès indéniable du récent sommet de Saint-Pétersbourg et du Forum parlementaire. Cependant, je crois qu’aucun de ces événements n’était vraiment centré sur l’Europe, mais sur le monde en général (voir l’excellent rapport de Gilbert Doctorow sur ce sujet ici). Oui, la Russie se porte très bien et alors que les médias anglo-sionistes aiment parler de « l’isolement » de celle-ci, le fait est que c’est l’Empire qui est isolé, tandis que la Russie et la Chine ont un énorme succès en construisant le monde multipolaire avec lequel elles veulent remplacer l’Empire. Alors qu’il est vrai que les dirigeants occidentaux préfèrent voir un « bloc économique » libéral dans le nouveau gouvernement russe, le reste du monde n’a aucun désir de ce genre (surtout si l’on considère combien de pays ont souffert de terribles épreuves entre les mains de l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI etc.).

Conclusion

L’Empire anglo-sioniste n’est pas basé aux USA, ni dans l’UE, ni en Israël, ni ailleurs sur la planète. C’est une entité transnationale avec des variations régionales et qui groupe différents centres d’intérêt sous son égide. Vous pouvez le considérer comme un gang criminel gigantesque rackettant toute la planète en échange de « protection ». Penser qu’en présentant un visage « libéral » à ces voyous, vous gagnerez leur soutien est extrêmement naïf car ces gars-là ne se soucient pas de votre visage : ce qu’ils veulent, c’est votre soumission. C’est Vladimir Poutine qui l’a dit le mieux : « Ils ne veulent pas nous humilier, ils veulent nous soumettre, résoudre leurs problèmes à nos dépens ».

Cependant, si l’UE est, à toutes fins pratiques, inexistante, la Russie peut, et s’engagera avec différents États membres de l’UE. Il y a une énorme différence entre, disons, la Pologne et l’Italie, ou le Royaume-Uni et l’Autriche. De plus, l’UE n’est pas seulement dysfonctionnelle, elle est également non viable. La Russie bénéficierait énormément de l’effondrement ou de la réforme profonde de l’UE actuelle, car l’UE actuelle est une pure création du genre Bilderberg soutenue par les États-Unis et non le genre d’Europe dont les Européens ont besoin. En fait, je dirais même que l’UE est le plus grand danger pour les peuples du continent européen. La Russie devrait donc utiliser ses ressources pour encourager la coopération bilatérale avec les États membres de l’UE et ne prendre aucune mesure susceptible de renforcer (voire de légitimer) les organisations dérivées de l’UE telles que le Parlement européen, la Cour européenne des droits de l’homme, etc., ce sont toutes des entités qui cherchent à saper la souveraineté de tous leurs membres, y compris la Russie. Poutine l’a mieux dit quand il a récemment déclaré que « soit la Russie est un pays souverain, soit il n’y a pas de Russie ».

Quels que soient l’idéologie et les slogans, tous les empires sont intrinsèquement mauvais et intrinsèquement dangereux pour tout pays désireux d’être véritablement souverain. Si la Russie (et la Chine) veulent créer un monde multipolaire, elles doivent se désengager progressivement de ces entités transnationales qui sont totalement contrôlées par l’Empire, c’est vraiment aussi simple. Au lieu de cela, la Russie doit engager les pays, les partis politiques et les forces qui défendent ce que de Gaulle appelait « l’Europe des patries ». L’Empire anglosioniste et l’UE connaissent tous les deux la crise la plus profonde de leur histoire et leur destin est scellé. Tôt ou tard, un à un, les pays européens retrouveront leur souveraineté, tout comme la Russie. Ce n’est que si les peuples européens parviennent à recouvrer leur souveraineté que la Russie pourra rechercher de véritables partenariats en Occident, ne serait-ce que parce que la masse continentale eurasienne, en développement et en intégration, offre d’énormes possibilités économiques qui pourraient être très bénéfiques pour les nations européennes. Une Europe prospère « de l’Atlantique à l’Oural » est encore une possibilité, mais cela n’arrivera que lorsque l’actuelle Union européenne et l’OTAN seront remplacées par de véritables institutions européennes et que les élites européennes actuelles seront remplacées par des souverainistes.

Le peuple russe, l’UE, et j’ajouterais les États-Unis, ont tous le même but et le même ennemi : ils veulent recouvrer leur souveraineté, se débarrasser de leurs élites corrompues et franchement traîtresses, et se libérer de l’hégémonie de l’Empire anglosioniste. C’est pourquoi la question de la « vraie souveraineté » – et des valeurs traditionnelles nationales – est, je crois, l’idée politique la plus unificatrice et la plus puissante pour vaincre l’Empire. Ce sera une longue lutte, mais le résultat ne fait aucun doute.

The Saker

PS : juste au moment où j’envoyais ce texte je suis tombé sur cet article de Paul Craig Roberts « L’Europe est-elle trop encombrée pour normaliser ses relations avec la Russie ? ». Lisez-le aussi !

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lue-peut-elle-devenir-un-partenaire-pour-la-russie

 

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