En appelant à des pourparlers sur les armes avec la Russie, les États-Unis hissent-ils pavillon blanc ? Par Gilbert Doctorow

En appelant à des pourparlers sur les armes avec la Russie, les États-Unis hissent-ils pavillon blanc ? Par Gilbert Doctorow

Source : Gilbert Doctorow, Consortium News, 22-03-2018

Hisser un drapeau blanc est un signe internationalement reconnu de trêve et de demande de négociation, ce que les États-Unis font peut-être dans leur réponse officielle aux annonces de Poutine sur la parité nucléaire avec les États-Unis, explique Gilbert Doctorow.

La présentation par Vladimir Poutine des nouveaux systèmes d’armes de la Russie lors de son discours à l’Assemblée fédérale le 1er mars semble avoir finalement suscité la réaction souhaitée de son public cible à Washington, D.C. Dans cette présentation, Poutine a parlé de systèmes d’armes stratégiques utilisant une technologie de pointe qui, selon lui, a plus d’une décennie d’avance sur la concurrence américaine et d’autres pays.

Il a réussi un coup direct au Pentagone, où les généraux de haut rang sont restés stupéfaits. Mais, comme c’est normalement le cas, lorsque ces messieurs ont besoin de temps pour reprendre leurs esprits, nous n’avons d’abord entendu que du déni : que les Russes bluffaient, qu’ils n’ont vraiment rien de prêt, que ce ne sont que des projets, et que les États-Unis ont déjà les mêmes choses, mais qu’ils les tiennent en réserve.

Bien sûr, tous les membres de l’élite politique américaine n’ont pas adhéré à cette réponse bouche-trou.

Le 8 mars, les sénateurs Dianne Feinstein (D-Calif.), Edward J. Markey (D-Mass.), Jeff Merkley (D-Ore.) et Bernie Sanders (I-Vermont) ont écrit une lettre ouverte au secrétaire d’État de l’époque, Rex Tillerson, l’exhortant à envoyer une délégation pour ouvrir des pourparlers sur la maîtrise des armements avec les Russes « dans les plus brefs délais ».

C’était une démarche invraisemblable que même leurs partisans du camp progressiste, sans parler des démocrates du courant dominant, ont eu du mal à croire. Feinstein et Sanders se sont largement exprimés en tant que critiques de la Russie et ont activement participé à la promotion de la saga sur la collusion Trump-Russie au cours de ces derniers mois. Ils faisaient partie de ceux qui ont sifflé les photos de Jeff Sessions, pas encore procureur général, serrant la main et souriant avec l’ambassadeur russe Kislyak. Maintenant, ils sont en train d’appeler à la reprise des pourparlers sur la maîtrise des armements avec… les Russes.

Cette histoire est morte avant d’avoir été diffusée partout, sauf en Russie, où elle a fait l’objet d’un reportage dans les heures qui ont suivi la publication de la lettre. Le public américain et mondial n’en a rien su, bien que la lettre ait été sur les pages d’accueil des sites Web du Sénat des coauteurs respectifs pour être lue. Les publics américain et mondial ne savent rien de cette lettre aujourd’hui, près de deux semaines après sa publication, à l’exception des lecteurs de Consortium qui ont été correctement informés à l’époque.

Entre temps, la machine de propagande américaine est passée à la vitesse supérieure, soulevant des questions de diversion pour détourner l’attention du public américain de ce qui avait fait l’objet du discours de Poutine du 1er mars.

C’est ainsi que nous avons été saturés d’une couverture médiatique de « l’attaque au gaz neurotoxique Skripal », de la prétendue cyber-attaque sur le réseau d’énergie et les systèmes d’eau des États-Unis. Les deux sont de pures histoires du type « les Russes l’ont fait ». Et nous avons lu des articles au sujet du repositionnement des forces navales américaines en Méditerranée à portée de Damas pour une éventuelle frappe punitive en réponse à une attaque chimique sur des civils par le régime d’Assad, qui n’a toujours pas eu lieu, le tout avec l’intention d’humilier les soutiens d’Assad, les Russes.

Maintenant, enfin, après le déni et la diversion, la vérité commence à émerger. Le président des États-Unis lui-même est porteur d’un message qui, compte tenu de l’orgueil américain, équivaut à hisser un drapeau blanc.

Nous trouvons ce qui suit à la une du New York Times décrivant les remarques de Trump au sujet de son appel téléphonique pour féliciter Vladimir Poutine pour sa victoire électorale : « Nous avons eu un excellent contact téléphonique », le Times cite Trump déclarant « Nous nous réunirons probablement dans un avenir pas trop lointain pour discuter de la course aux armements, qui devient incontrôlable ».

En première page du Financial Times, on peut lire ceci : « Donald Trump a dit qu’il voulait rencontrer le président russe Vladimir Poutine pour discuter d’une course aux armements qui “échappe à tout contrôle” et d’autres questions sur lesquelles les pays restent en désaccord. Être dans une course aux armements n’est pas une très bonne chose », a déclaré mardi le président américain, ajoutant qu’il rencontrerait probablement son homologue russe dans un « avenir pas trop lointain ».

En d’autres termes, le rétablissement de la parité stratégique entre la Russie et les États-Unis semble se faire sentir (voir l’article de Ray McGovern). Mais bien sûr, il faut être un expert en lecture entre les lignes pour analyser à partir de la déclaration de Trump l’intensité de l’inquiétude au sujet du nouveau potentiel militaire russe.

On peut supposer sans risque de se tromper que les pourparlers sur les armes avec les Russes vont bientôt commencer. Mais l’opinion publique américaine devrait être prévenue que la portée des discussions sera certainement beaucoup plus grande que celle de la soi-disant remise à zéro sous Barack Obama, qui a joué en faveur de la liste des souhaits américains, et non de celle des souhaits russes concernant la suppression des ogives. Ce programme plus large devra tenir compte des préoccupations de la Russie au sujet du système antimissile mondial américain. S’il y a accord, le changement d’approche en matière de maîtrise des armements ne proviendra pas de la charité américaine, mais de la peur des États-Unis.

Donald Trump a-t-il hissé pavillon blanc et appelé à des négociations sur un coup de tête ? A-t-il consulté ses conseillers militaires ?

Il n’est guère crédible que ce président soit parvenu à la conclusion de la nécessité d’arrêter la course aux armements de son propre chef ou qu’il ait osé soulever un sujet aussi brûlant sans avoir l’appui ferme des spécialistes du Pentagone qui ont évalué de façon rationnelle et compétente l’état actuel de la sécurité stratégique avec les Russes. Personne ne dira cela, mais c’est inévitable.

Pour replacer la situation actuelle dans un contexte historique : au cours des deux dernières années, les États-Unis et la Russie ont atteint un niveau d’affrontement qui se rapproche de celui de la crise des missiles de Cuba. Cette crise a été résolue par des reculs réciproques sur le positionnement des missiles nucléaires près des frontières de l’autre camp. La réciprocité de cette solution n’a été annoncée à l’opinion publique américaine que des décennies plus tard, lorsque le retrait des missiles américains de la Turquie a été rendu public.

Cette fois, la réciprocité des concessions majeures fera nécessairement partie de la présentation à la communauté mondiale de toute solution adoptée. Vladimir Poutine ne suivra pas le chemin de Nikita Khrouchtchev, qui a payé sa « concession » aux Américains par un coup d’État de palais chez lui.

Gilbert Doctorow est un analyste politique indépendant basé à Bruxelles.

Source : Gilbert Doctorow, Consortium News, 22-03-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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