1941 ou 1992 ?

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1941 ou 1992 ?

Une question récurrente depuis plusieurs années concerne les ripostes russes aux agressions US (essentiellement les sanctions), et en général la faiblesse de ces ripostes qui est souvent reprochée à Poutine. Ici, on introduit un texte qui traite de ce problème sous la plume d’une commentatrice française à Moscou qui tient un site fort intéressant à suivre, et on y ajoute un long commentaire d’un lecteur qui a à notre sens tout son intérêt par rapport au texte qu’il commente.

C’est principalement depuis les événements de la crise ukrainienne que s’est ajoutée, aux encouragements des dissidents/antiSystème à l’action des Russes, une certaine déception devant ce qui est perçu comme la pusillanimité de certaines de ces actions, suivant les provocations US. Cet ensemble vaut aussi, ou plutôt a valu pour les actions russes en Syrie, et certainement dans une moindre mesure tant il s’est avéré que la stratégie russe a remporté un incontestable succès. Parmi les partisans des Russes les plus critiques pour ce qui serait leur trop grande prudence, voire leur faiblesse, on trouve notamment Paul Craig Roberts et la consultation de ses textes permet d’avoir une idée générale de l’argumentation.

Le texte ci-dessous de Karine Bechet-Golovko du 16 août 2018 sur son site Russiepolitic aborde la question sous un angle bien spécifique qui est l’action et l’influence des milieux néo-libéraux russes (les “Atlanticistes”, ou pro-Occidentaux) dans le pouvoir russe. D’une façon générale, le ton est plutôt pessimiste, bien qu’il veille à faire la part des choses et à laisser la porte ouverte au choix que peut encore faire la Russie entre une riposte ferme et une riposte tout juste de forme qui se rapprocherait d’une “capitulation” pure et simple. Le ton est assez dramatique (est-ce 1941 et la résistance décisive de la Russie jusqu’à la victoire, ou 1991 et l’effondrement de la Russie ?), et cela est assez justifié par l’ampleur des sanctions qui sont prises, et surtout de celles qui s’annoncent pour novembre, – justement qualifiées de « guerre économique » par Medvedev. La particularité intéressante du texte est de ne pas se focaliser sur un homme (Poutine) mais bien de suggérer qu’il existe une véritable bataille engagée entre “Atlanticistes” et disons souverainistes-nationalistes, donc que l’issue est moins fonction d’une décision libre du président que de sa capacité à pouvoir prendre sa décision en toute liberté.

Nous avons bien entendu nous-mêmes suivi constamment ce problème et notre position a souvent oscillé entre le constat un peu exaspéré de la trop grande prudence de Poutine et, plus souvent, la compréhension pour cette prudence (que PhG a même qualifiée de “prudence héroïque”). Cela se comprend dans la mesure où Poutine a en face de lui une conduite complètement irrationnelle qui ne semble n’avoir aucune conscience du danger terrible, – l’anéantissement réciproque d’une guerre nucléaire, – qu’implique un affrontement qui est basé sur des motifs à la fois monstrueux (le désir d’hégémonie générale d’une puissance aux abois, les USA) et absolument futiles (construction-simulacre totale dans une narrative grotesque des motifs de l’affrontement) ; cela impliquant une double responsabilité contradictoire pour Poutine, celle de la défense stratégique de la Russie et celle de la retenue pour ne pas risquer la montée à l’extrême de la guerre d’anéantissement réciproque face à un adversaire qui semble n’avoir aucune conscience de ce risque.

Nous avons en général estimé que Poutine exerce un pouvoir réel, appuyé sur un appareil de sécurité nationale qui n’a cessé de gagner en puissance, et sur un sentiment patriotique de combat qui nous paraît précéder l’affaire ukrainienne et le rattachement de la Crimée, et remonter à la réélection de Poutine au printemps 2012. Les derniers événements, le durcissement et la démence américanistes ne cessant de se renforcer, ne nous paraissent pas renforcer la cause des néolibéraux “Atlanticistes” russes, comme en témoigne la réaction de Medvedev dans l’article déjà référencé. Le maximalisme dément de “D.C.-la-folle” n’aide guère leurs amis “Atlanticistes” à Moscou, qui sont également russes et disposent de moins en moins d’arguments pour un “arrangement” avec les USA, face aux souverainistes-nationalistes. Il est difficile de “s’arranger” en dissimulant une concession majeure sous l’apparence de l’entente avec un fou qui ne s’entend bien qu’avec sa démence.

La situation est, d’autre part mais pour une part non négligeable, compliquée encore par le désordre régnant à “D.C.-la-folle”, où l’on ne sait qui commande, où Trump approuve effectivement des sanctions antirusses mais se réserve le droit de s’opposer à certaines d’entre elles dans le cadre de la loi de programmation militaire du Pentagone, – ce qui a une signification incertaine comme tout le reste à Washington. On sait que, la folie aidant, l’antirussisme dément de “D.C.-la-folle” est au moins aussi bien une arme des progressistes-sociétaux devenus fous contre Trump, qu’une arme contre Poutine et la Russie.

Par conséquent, il est extrêmement difficile de résumer, ou de réduire cette questions fondamentale aux termes simples et fondamentaux d’une alternative cruciale. Tout peut changer dans un sens ou l’autre dans l’espace de 24 heures ou 48 heures, et conduire la partie russe à réviser tous ses jugements dans un sens ou l’autre, – et disant cela, parce que nous pensons à l’aspect chaotique et à très court terme de la politique US où Trump apparaît comme un “day-by-day president”, c’est-à-dire un homme décidant d’agir d’un jour à l’autre, non par sottise ou par ignorance, mais simplement parce qu’il est habitué à travailler comme cela et que cette sorte d’action a l’avantage de rendre beaucoup plus complexe à décider l’action de ses adversaires à “D.C.-la-folle”. (Selon Federico Pieraccini : « Ce qui pose un problème insurmontable à nombre d’analystes qui se sont mis à la rude tâche d’analyser la stratégie globale de Donald Trump, c’est qu’il n’existe pas de stratégie globale unissant ses actions dans une politique cohérente. Trump agit extemporanément [de manière extemporané, c’est-à-dire improvisée]le plus souvent avec une perspective stratégique très courte et des motivations politiques internes [très fortes]. »)

Il s’agit donc d’un dossier qui est loin d’être clos, d’une question qui est très loin d’être tranchée… Le texte de de Karine Bechet-Golovko ci-dessous permet de faire une évaluation de la situation russe, surtout par rapport aux intrigues des néolibéraux globalistes bien présents dans la capitale russe et dans les arcanes du pouvoir russe. Il est vrai qu’aujourd’hui où nous sommes soumis à ce que nous nommons la Grande Crise d’Effondrement du Système, aucune puissance, aucune entité n’échappe aux remous puissants de cette crise, selon les caractères internes qui lui sont propres, – la Russie pas moins que les autres, malgré ses puissantes qualités antiSystème et la très forte présence d’un principe spiritualiste qui structure à la fois sa position et son action.

Nous avons également pris l’initiative de faire suivre ce texte principal de Bechet-Golovko d’un commentaire d’un lecteur, commentaire très long, très structuré et très argumenté, qui entend contrebalancer ce qu’il perçoit comme le pessimisme du texte et surtout des commentaires qui précèdent le sien. Ce texte est anonyme, ce qui laisse éventuellement à penser que l’auteur occupe une position lui permettant de donner du crédit à sa position ; la forme de son argumentation tend à confirmer effectivement que l’on a affaire à une personne ayant des moyens et des accès lui permettant de bien connaître ce dont il parle… (Le texte de “Anonyme“ a été posté sur le site Russiepolitic le 18 août 2018.)

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article/1941-ou-1992

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