Duel ou affrontement

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Duel ou affrontement

Certes, il s’agit, dans le chef du texte que nous présentions ci-dessous, de SputnikNews en français (Spoutnik, le 12 septembre 2018)… Aussitôt, il est recommandé de s’écrier “FakeNews !” après avoir fait le signe religieux des droitsdel’homme-LGTBQ (sorte de signe de croix “postmodernisé”) et vomi conformément aux consignes. Ces ablutions et devoirs de convenance accomplis, il nous est loisible de passer aux choses sérieuses.

Le texte que publie le réseau russe est une analyse technique de ce que pourrait être un affrontement limité, une sorte de “duel” en Syrie, dans le cas qui paraît aujourd’hui assez envisageable où le parti de l’américanisme interviendrait dans le cadre de l’offensive d’Iblid et attaquerait notamment et spécifiquement des cibles russes. L’intérêt du texte est de détailler le système de défense antiaérienne russe, avec sa structure, sa coordination, ses capacités, etc., en s’en tenant strictement aux aspects techniques et à l’hypothèse très encadrée d’une attaque classique (quoique supposée “lourde” sinon “massive”) de missiles de croisière mer-sol/air-sol de type Tomahawk et assimilés. Cette hypothèse nous paraît tout à fait plausible malgré le jugement de certains que la précédente attaque a été, suivant les sources officielles russes très précises et documentées, un grave revers avec la destruction de 71 missiles sur 105 tirés.

Il faut en effet avoir à l’esprit que, pour la partie US, tous les missiles ont atteint leurs objectifs, et il nous paraît assuré que cette version, – complètement improbable et pure fantasy même si l’on n’accepte pas le chiffre de 71 destructions, – est celle qui est acceptée à Washington à partir d’un certain échelon et de certains services. Notre hypothèse est que cette version “officielle” des militaires est une narrative consciemment construite par des gens qui connaissent à peu près la réalité des pertes jusqu’au moment où elle passe un sas de crédit au-delà des spécialistes et de certains chefs, et devient la “vérité officielle” et acceptée comme telle disons “en toute bonne foi”. Cela vaut évidemment pour les dirigeants politiques totalement incultes dans la matière des réalités militaires, et notamment pour ceux-là même (neocons et ultra-faucons) qui “conseillent”, c’est-à-dire le manipulent, un président (Trump) complètement désinformé, – et d’ailleurs assez peu intéressé par la vérité stricte des choses d’une part, complètement ignorant des choses de la stratégie et de la technologie militaire d’autre part.

Nous pensons en effet que les Bolton, Haley & Cie eux-mêmes croient vraiment à cette supériorité écrasante de la machine de guerre US, à partir de laquelle ils construisent leurs schémas d’agression en fonction de leurs illusions dominatrices et déstructurantes. Cette désinformation est sciemment entretenue par la bureaucratie du Pentagone selon une tendance irrésistible, et peut-être même par une partie du Pentagone pour tout le Pentagone, pour maintenir le statut, le prestige, l’indispensabilité et les budgets de l’American War Machine. Le risque est minime puisque l’attaque, et son échec éventuel entraînant les mensonges, n’affecte en rien la sécurité nationale des États-Unis et dépend de la seule machinerie de la communication.

Ce texte est ainsi d’un intérêt évident mais il est limité du fait de la problématique choisie. Il n’aborde aucunement les questions politiques fondamentales, au travers des interrogations techniques et tactiques qui détermineraient (notamment) un engagement russe. En effet, pour que toute la machinerie de la défense aérienne décrite ici fonctionne comme elle est décrite, il faut que la décision politique de l’activer ait été prise. Cela laisse nombre de questions d’une importance vitale ouvertes, selon la question générale qui est de savoir si les Russes ont acquis ou non la certitude de l’inéluctabilité d’un engagement direct avec les USA.

La première de ces questions est celle de l’engagement du côté russe. A partir de quel moment les Russes seront-ils assurés que les tirs visent des objectifs russes (ou ne les visent pas) ? (Avec la sous-question de savoir si les Russes ont décidé ou non d’intervenir même si l’attaque “massive” n’attaque que les Syriens, dans la mesure où il s’agit pour les USA de contrecarrer une offensive qui est aux yeux des Russes vitale pour liquider l’essentiel de ce qui reste des forces terroristes et imposer un terme à la guerre en Syrie.) Cette question joue-t-elle un rôle important dans l’efficacité de la défense aérienne russe ? Pour être pleinement efficace, la défense aérienne russe doit-elle intervenir dès le début de l’attaque, alors que, peut-être, les cibles (russes ou non) ne sont pas encore déterminées ? D’autre part, on voit combien l’analyse technique fait une part importante à la flotte et situe “l’engagement” aussi bien sur le théâtre méditerranéen qu’en Syrie même, ce qui élargit considérablement le champ stratégique, sollicite une décision rapide côté russe et grandit d’autant la dimension politique de la décision d’intervention. Dans ces diverses considérations, la décision politique dépend effectivement en partie non négligeable de considérations techniques et tactiques.

La seconde de ces questions concerne la suite de l’engagement, quelles que soient les conditions de cet engagement : y aura-t-il une escalade ou en restera-t-on là ? C’est-à-dire : en restera-t-on à cette notion d’un duel entre les deux où le terme est à peu près délimité ou bien passera-t-on à la notion d’un “affrontement” qui, par nature, ne nous dit pas le terme ? Quelles que soient les conditions de l’engagement, y compris avec des narrative complètement contradictoires, il reste que le sujet principal de l’engagement est la “bataille d’Iblid”.

Quelle que soit l’issue de l’engagement (du “duel”), il apparaît hautement probable, – à moins d’un état de guerre complet qui rendrait toutes ces supputations obsolètes, – que cette bataille sera toujours en cours. Se posera alors la question pour les deux acteurs russe et US, s’il y a eu confrontation, de la suite à donner en fonction de l’évolution de la bataille. C’est là que se pose la grande question de l’escalade qui repose sur ce fait théorique largement identifié durant la Guerre froide qu’aucune de ces deux puissances ne peut accepter une humiliation alors qu’elle possède des armements de plus grande capacité qui lui permettent de riposter, – logique d’escalade évidente dont le terme est évidemment le nucléaire.

Selon les divers problèmes abordés dans ces deux questions se trouve une troisième question qui est celle du “front intérieur”. Quelles peuvent être les réactions devant la perspective d’une extension du conflit et d’une “escalade” dans les divers centres de pouvoir et dans l’opinion publique ? De ce point de vue, et même si l’opinion publique russe n’a jamais été  enthousiaste pour l’expédition de Syrie, la situation aux USA paraîtrait beaucoup plus tendue, incertaine, fragile… Les tensions internes sont considérables en général à “D.C.-la-folle”, et elles pourraient prendre une autre orientation particulièrement entre la clique neoconqui veut à tout prix un conflit avec la Russie, et une opinion publique jusqu’ici indifférente mais qui, vu son état de défiance et d’hostilité à l’encontre de Washington, et son état général très dépressif, serait probablement conduit à manifester une opposition à un engagement prolongé. On retrouve ici le cas d’école soigneusement occulté mais bien réel de l’épisode d’août-septembre 2013 où la perspective d’une attaque massive contre la Syrie déclencha une réaction populaire que le Congrès exprima en un brutal refus de soutien d’une telle aventure, avec un Obama à la dérive et sauvé in extremis (par Poutine !)… PhG écrivait ainsi, rappelant l’épisode à l’occasion d’une situation assez proche quoique moins intense, au début de l’année :

« Il y a un précédent, celui de l’attaque contre la Syrie d’août-septembre 2013. Tant de monde en ont oublié les véritables circonstances, se contentant d’affirmer qu’Obama avait lancé la menace d’une attaque, avait hésité puis avait reculé. La réalité de cette séquence est que l’attaque décidée après et malgré un vote défavorable de la Chambre des Communes de Londres sur la participation britannique, Obama confia la décision au Congrès : soudain, l’on constata l’effritement accéléré du soutien populaire jusqu’alors acquis à l’attaque, ce que les parlementaires, sollicités par les flots épistolaires de leurs électeurs, traduisirent en intentions de vote de plus en plus défavorables jusqu’à une déroute institutionnelle catastrophique d’où Obama fut sauvé in extremis par l’intervention de… Poutine. (Voir les textes sur ce site, à propos de cette séquence : le 27 août 2013, le 29 août 2013, le 02 septembre 2013, le 06 septembre 2013, le 10 septembre 2013, le 12 septembre 2013.)

» Ce phénomène n’a jamais été vraiment analysé, il a même été prestement déformé puis enterré comme “la mémoire” fait aujourd’hui avec les faits historiques, puis oublié par la direction politique et la communication-Système comme beaucoup trop déstabilisant pour la politiqueSystème pour qu’on puisse seulement en avoir un écho lointain… »

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article/duel-ouaffrontement

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