Vous mangez peut-être halal et casher sans le savoir

Béatrice Mathieu
Pour des raisons économiques, certains morceaux de viande issus d’un abattage rituel se retrouvent dans le circuit conventionnel.

Un étiquetage précisant le mode d'abattage des animaux est demandé par certaines associations de défense du bien-être animal. © afp.com/REMY GABALDA Un étiquetage précisant le mode d’abattage des animaux est demandé par certaines associations de défense du bien-être animal. De la viande casher ou halal dans des steaks hachés ou des lasagnes vendus dans le circuit traditionnel ? En 2012, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen déclenchait une large polémique en affirmant qu’une très grande partie des poulets mis en vente en grande distribution étaient égorgés selon le rite halal. Si elle n’avait pas complètement tort de souligner cette pratique, les chiffres avancés alors par la candidate frontiste étaient totalement faux.

Reste que dans le milieu des abattoirs, la dérive est connue : une partie des animaux abattus selon la tradition casher ou halal, c’est-à-dire égorgés vivants sans étourdissement préalable, partent ensuite dans le circuit conventionnel. Aucun problème de santé publique, ni d’altération du goût de la viande. Impossible de savoir également les quantités en jeu. « Il s’agit d’informer le consommateur sur les conditions d’abattage des animaux, dans le sillage des discussions sur le bien-être animal », explique Pierre Pauchet de l’AFAAD (Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité).

Un inspecteur vétérinaire travaillant depuis 35 ans dans les abattoirs le confirme à L’Express : « C’est un secret de Polichinelle. C’est avant tout une question économique. Les professionnels de la viande souhaitent tout simplement valoriser ce qu’ils appellent les excédents. » Dans le rite casher, seul l’avant de l’animal est consommé. Et certains morceaux, notamment dans le boeuf, sont plus facilement vendables que d’autres sous une estampille halal. Des bêtes entières sont également mises de côté car elles ne répondent pas au cahier des charges de certains organismes de certification halal. « Dans ce cas, les étiquettes mentionnant l’abattage rituel sont ôtées pour faire partir la carcasse dans le champs conventionnel », explique notre inspecteur vétérinaire.

Une fraude fréquente. A tel point que ce sujet est au coeur des discussions du comité national d’éthique des abattoirs mis sur pied au début de 2017 après les vidéos diffusées par l’association L 214. « Pas une réunion sans que ce sujet ne soit remis sur la table. Evidemment, les industriels, les distributeurs et les instances religieuses juives et musulmanes sont férocement opposés à tout étiquetage », raconte un membre de ce comité. « Il s’agit juste de trouver une signalétique pour informer les consommateurs, explique Pierre Pauchet. Un simple code chiffré, à l’instar de celui inscrit sur les oeufs et qui renseigne sur le mode d’élevage des poules, pourrait faire l’affaire ». En 2013, un rapport de la sénatrice Sylvie Goy Chavent préconisait déjà une telle mesure….avant que cette dernière ne soit enterrée.

AUSSI SUR MSN : Taxation du halal : « Ça peut poser problème mais c’est possible »

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/vous-mangez-peut-%C3%AAtre-halal-et-casher-sans-le-savoir/ar-BBOclQi

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