Urgence climatique : peut-on se passer de l’énergie nucléaire ?

29.10.2018

Urgence climatique : peut-on se passer de l’énergie nucléaire ?

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Par la rédaction

La France s’est fixée à la fois une ambition nationale et internationale dans la lutte contre le changement climatique. Trois ans après la COP21, et l’accord mondial sur l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C en 2100, le dernier rapport du GIEC alerte que la limite pourrait être atteinte entre 2030 et 2050. En France aussi, si le Plan climat a fixé un objectif de décarbonation à 2050, les émissions ont encore augmenté de 4 % en 2017. Dans ce contexte, la SFEN a publié mi-octobre une note faisant l’état des lieux entre énergie nucléaire et lutte contre le changement climatique. Voici ses principales conclusions.

Le nucléaire est une source d’énergie bas carbone reconnue

La même méthodologie (ACV) est utilisée aujourd’hui dans tous les secteurs pour calculer le bilan environnemental d’un service ou d’un produit. Le GIEC établit la médiane des émissions du nucléaire au niveau mondial à 12 g/kWh. En France, les émissions se situent dans la fourchette basse (jusqu’à 4-5  g/KWh selon certaines études), en raison du faible contenu carbone de l’électricité utilisée pour l’étape d’enrichissement.

L’efficacité de l’énergie nucléaire à réduire les émissions de gaz à effet de serre est démontrée

L’énergie nucléaire est industriellement disponible et déployable à grande échelle, avec 455 réacteurs en opération aujourd’hui dans 30 pays différents. Sa production était en légère augmentation en 2017 et représentait 10,3 % de la production mondiale d’électricité. Depuis 1970, elle a permis d’éviter le rejet de plus de 60 Gt de CO2 dans le monde, soit l’équivalent de cinq années d’émission de CO2 du secteur électrique. Ceci en fait la deuxième énergie bas carbone contributrice derrière l’hydroélectricité. À l’exception de la Norvège, les pays européens qui ont réduit rapidement leurs émissions dans le secteur électrique (Suède, Suisse, France), combinent énergie nucléaire et hydroélectricité. Grâce à l’énergie nucléaire, la France est le plus décarboné (en émissions par habitant) des sept plus grands pays industrialisés (G7). Enfin, l’analyse du programme nucléaire suédois à partir de 1972 démontre la capacité du nucléaire à décarboner rapidement le système électrique : les émissions par habitant ont baissé de 75 % en moins de vingt ans.

A contrario, les mises à l’arrêt de centrales nucléaires ont abouti à une stagnation, voire une augmentation, des émissions de gaz à effet de serre

États-Unis, Europe, Japon : plusieurs pays ont vu des fermetures de centrales ces dernières années. Malgré d’importantes ressources financières et l’accès à la meilleure technologie, les politiques menées se révèlent inefficaces, voire contre-productives au plan climatique. En Californie, dans le Vermont, dans le New Jersey, on voit, avec des fermetures prématurées de centrales, que c’est le gaz de schiste, fortement émetteur de gaz à effet de serre, mais pilotable, qui se substitue à l’énergie nucléaire bas carbone. En Allemagne, malgré des investissements massifs (25  milliards d’euros par an), la part du charbon, l’énergie la plus polluante, est restée stable : le pays n’atteindra pas ses objectifs climatiques. Le Japon, avec le trop lent redémarrage des réacteurs nucléaires, reste le premier acheteur mondial de gaz liquéfié : ses électriciens montrent même un nouvel intérêt pour le charbon. En France, le scénario prévisionnel RTE pour 50 % de nucléaire en 2025 aurait nécessité de garder quatre centrales à charbon et de construire vingt nouvelles centrales à gaz. Alors que plus de 80 % de la dépense publique pour les énergies renouvelables reste focalisée sur le secteur électrique, très faiblement émetteur, plutôt que sur des secteurs fortement émetteurs, comme le chauffage, le pays est encore sorti, pour la troisième année consécutive, de sa trajectoire fixée par la stratégie bas carbone.

Le nucléaire sera indispensable, au côté des énergies renouvelables, pour atteindre les objectifs de décarbonation

La décarbonation du secteur électrique est au cœur des enjeux climatiques : l’électricité représente 40 % des émissions totales, et est encore dominée par le charbon et le gaz (63 % du total). Des solutions bas carbone sont disponibles. Décarboner l’électricité représente pourtant un défi considérable. Les derniers scénarios fixent maintenant la barre très haut, visant une décarbonation totale du système électrique à l’horizon 2050, alors qu’on s’attend en même temps, en raison de la croissance démographique et du rattrapage des pays émergents, à un doublement de la consommation électrique. En dépit d’investissements massifs, les énergies renouvelables ne suffisent pas à elles seules à soutenir le rythme de décarbonation nécessaire. Les institutions internationales (OCDEAIE, UE) estiment toutes qu’il faudra mobiliser l’ensemble des technologies bas carbone (renouvelables, nucléaire et CCS) pour réduire les émissions,et les scénarios 100 % renouvelables font l’objet de nombreuses critiques.

L’énergie nucléaire a le potentiel aujourd’hui pour décarboner plus et plus rapidement

Le nucléaire est industriellement disponible aujourd’hui dans tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre de la planète ; Chine, États-Unis, Inde, Europe, Japon… Il représente une véritable alternative bas carbone au charbon, puisqu’il permet lui aussi de produire de l’électricité de manière massive, avec une disponibilité moyenne de l’ordre de 90  %. Comme le montre l’exemple de la France, la flexibilité du nucléaire rend possible le développement des renouvelables variables. Il s’insère dans le système électrique européen et évite en bonne part le recours à des unités à gaz ou à charbon dans les pays qui développent des parcs renouvelables. De manière générale, l’électricité bas carbone est un outil privilégié par les scénarios de décarbonation profonde L’électrification des usages est facilitée par une électricité bon marché : une étude récente du MIT démontre, à travers l’analyse de plus de 1 000 scénarios, que le coût de production de l’électricité décarbonée est d’autant moins cher que le mix est diversifié et inclut toutes les sources disponibles, dont le nucléaire. Enfin, à long terme, avec le développement de nouveaux types de réacteurs, le nucléaire sera en mesure de décarboner d’autres secteurs que l’électricité, comme par exemple la production de chaleur industrielle.

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