Les Etats-Unis vont mieux, malgré Trump

Le 6 novembre prochain, se tiennent en effet aux Etats-Unis les élections de midterm, qui marquent la moitié du mandat de Trump
PHOTO : D.R
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Élections

Les Etats-Unis vont mieux, malgré Trump

Guillaume Duval

« Ce seront les élections les plus importantes de toute notre vie », estime Robert Reich, ancien ministre du Travail du Président Bill Clinton et grand contempteur de Donald Trump. Le 6 novembre prochain, se tiennent en effet aux Etats-Unis les élections de midterm, qui marquent la moitié du mandat de Trump. Jusqu’à présent, le Parti républicain, dont l’actuel Président était le candidat, contrôle également le Congrès, composé de la Chambre des représentants (qui regroupe 435 députés) et du Sénat (composé de deux sénateurs pour chacun des 50 Etats américains).

Dans la Constitution des Etats-Unis, le Président doit obtenir l’accord de ces deux chambres pour la plupart des projets importants. Un processus qui n’a rien d’évident : bien que le Parti républicain domine actuellement le Congrès, Donald Trump a eu le plus grand mal à faire adopter ses projets au cours des deux dernières années. Si les républicains perdaient le contrôle d’une, voire des deux chambres, la capacité d’action de Donald Trump serait fortement réduite, comme l’avait été celle de son prédécesseur Barack Obama pendant les trois quarts de son mandat, de 2011 à 2017.

Si les républicains conservent la majorité au Congrès, ils accentueront la politique de démantèlement de l’Etat social

L’enjeu de ces élections est donc central, et d’abord pour les Américains eux-mêmes : si les républicains conservent la majorité au Congrès, ils accentueront la politique de démantèlement de l’Etat social déjà engagée depuis deux ans, avec notamment la remise en cause de l’Affordable Care Act, adopté en mars 2010 sous Obama, qui vise à faciliter la généralisation de l’assurance santé. Au-delà, ils ne manqueront pas d’aggraver les divisions au sein d’une société polarisée comme jamais depuis 1865 et la fin de la guerre de Sécession.

Mais cette élection sera aussi déterminante pour le reste du monde. En particulier pour la lutte contre le changement climatique, qui se compliquerait encore significativement si les électeurs américains confortaient l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Elle sera aussi importante pour l’avenir de la mondialisation, le Président américain ne cachant pas son intention de remettre en cause les tentatives de régulation multilatérale, tant en matière commerciale que fiscale et sociale ou encore financière. Enfin, cette échéance électorale est essentielle pour l’Europe, que Donald Trump a été le premier président américain depuis 1945 à considérer comme une « ennemie » des Etats-Unis.

Jusqu’ici, tout va bien

Comme toujours, une part décisive de l’élection se joue sur le terrain économique et social. Et sur ce plan, il faut reconnaître qu’au premier abord, tout va pour le mieux aux Etats-Unis. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant y dépasse aujourd’hui de 8,6 % son niveau d’avant la crise, en 2007, alors que dans la zone euro cette progression n’est que de 5,2 %. Bien que la crise de 2008 ait été d’abord une crise américaine, les Etats-Unis ont assaini rapidement leur système bancaire et n’ont pas subi ensuite les politiques d’austérité imposées à l’Europe. Et, malgré ses foucades, Trump n’a pas jusqu’ici cassé cette dynamique.On le mesure en particulier au niveau du chômage, descendu à 3,7 % de la population active en septembre dernier, moins qu’avant la crise. Un taux à peine supérieur à celui que connaît ­l’Allemagne actuellement, à 3,4 % (contre 8,1 % dans l’ensemble de la zone euro). On avait pris l’habitude, ces dernières années, de rela­tiviser ces bons résultats en observant que les taux d’activité (la part des personnes d’une tranche d’âge qui ont ou cherchent un emploi) avaient fortement ­chuté : pour les 25-54 ans, le cœur de la population active, ce taux était ainsi passé de 80,1 % en 2007 à 75 % en 2009-2010.

Le taux d’activité des 25-54 ans dépasse de nouveau les 80 %

Mais cet argument ne vaut plus vraiment : ce taux dépasse de nouveau les 80 %. Il n’en reste pas moins particulièrement faible au sein des pays développés, très inférieur notamment à ce qu’il est en France (87,5 %). Un effet des difficultés croissantes liées notamment aux modes de vie et d’alimentation (obésité, diabète, etc.) : en 2016, 4,2 % des 40-49 ans étaient considérés comme handicapés aux Etats-Unis, 10 % des 50-59 ans et 17,7 % des 60-66 ans. Avec une espérance de vie qui stagne et une épidémie de morts liées à l’usage excessif des médicaments à base d’opioïdes, les Etats-Unis font face à une crise sanitaire qui commence à avoir un impact sensible sur leur capacité à produire des richesses…

Politique budgétaire expansive

Malgré ces limites, l’amélioration indéniable du marché du travail s’est traduite par une hausse du revenu médian des Américains. A 61 372 dollars par ménage en 2017 (54 300 euros), celui-ci a crû de 1,8 % par rapport à 2016, la troisième année consécutive de hausse. Il dépasse – enfin – de nouveau de 3,3 % celui de 2007. Entre 2000 et 2012, les salaires réels n’avaient quasiment pas cessé de baisser pour les hommes et de stagner pour les femmes. Ils ont regagné depuis 9,5 % de pouvoir d’achat. Parallèlement, le taux de pauvreté est redescendu de 15,1 % de la population en 2010 à 12,3 % en 2017, le niveau d’avant-crise. Cette pauvreté n’en concerne pas moins toujours 39,7 millions de personnes… De plus, le niveau très élevé des inégalités de revenus ne s’est pas réduit en 2017 et devrait s’être sensiblement accru en 2018, avec l’entrée en vigueur des mesures fiscales en faveur des plus aisés prises par Donald Trump.

Le premier véritable budget de la présidence Trump s’est clos en septembre dernier avec un déficit de 779 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à l’exercice 2016-2017

Cette description relativement positive de la dynamique économique américaine ne doit cependant pas faire illusion. Ce redressement repose tout d’abord sur une politique budgétaire très expansive, intenable à terme. Le déficit public devrait représenter cette année 5,3 % du PIB américain, contre 0,7 % dans la zone euro. Le premier véritable budget de la présidence Trump s’est clos en septembre dernier avec un déficit de 779 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à l’exercice 2016-2017.

C’est le solde négatif le plus important enregistré depuis 2012. Ce creusement du trou budgétaire américain est le résultat en particulier de la réforme fiscale impulsée par l’actuel Président. Accroître le déficit quand la croissance est solide et le chômage au plus bas est contraire à tous les préceptes communément admis : quand l’économie se porte bien, il convient au contraire de réduire le déficit public pour pouvoir l’augmenter de nouveau en cas de récession.

L’exécutif américain risque de ne pas pouvoir réagir face à la prochaine crise

En agissant ainsi, l’exécutif américain risque de ne pas pouvoir réagir face à la prochaine crise. Ce déficit important a en effet comme résultat de gonfler significativement la dette publique, qui devrait atteindre cette année 108 % du PIB américain, contre 87 % dans la zone euro. Les Etats-Unis, qui émettent la seule véritable monnaie de réserve mondiale, n’éprouvent certes aucune difficulté pour l’instant à financer leur dette à des taux très bas. Mais si les choses devaient se tendre sur les marchés financiers, la situation pourrait devenir inconfortable compte tenu du niveau élevé d’endettement de l’Etat américain. Et sur ce plan, il n’est pas exclu que les foucades trumpiennes finissent par éroder la confiance dans la signature américaine.

« Folle » Fed

L’autre facteur qui explique la bonne tenue de l’économie américaine c’est, ou plutôt c’était, la politique monétaire expansive de la Réserve fédérale américaine (la Fed), qui n’a pas hésité à ramener, plus tôt que la Banque centrale européenne (BCE), ses taux d’intérêt à proximité de 0 et à injecter massivement de l’argent dans la machine économique. Cette politique a cependant conduit à une forte inflation du prix de l’immobilier et des actions. Les prix des logements, qui avaient beaucoup chuté après 2008, dépassent de nouveau le niveau d’avant-crise.Du coup, parmi les 20 % des Américains les plus pauvres, 59 % d’entre eux dépensent plus de 40 % de leur revenu en loyer lorsqu’ils sont locataires (contre 21 % en France) et 55 % en remboursement d’emprunts quand ils sont propriétaires (51 % en France). Quant aux actions, le ratio entre leur prix et les bénéfices dégagés par les entreprises dépasse désormais largement le niveau d’avant la crise, indiquant une nette surévaluation.

Les prix des logements, qui avaient beaucoup chuté après 2008, dépassent de nouveau le niveau d’avant-crise

Ces indices, combinés à la baisse du chômage et à la politique budgétaire expansive de Donald Trump, ont amené la Fed à augmenter ses taux d’intérêt huit fois en l’espace de deux ans, la dernière remontant au 26 septembre dernier. La Fed a alors porté son taux directeur, celui auquel elle prête de l’argent à court terme aux banques, à 2,25 % (contre 0 % pour la BCE). Cette hausse a conduit à une correction sur les marchés financiers mondiaux, qui ont nettement baissé ces dernières semaines, mais aussi à une confrontation avec Donald Trump.

Le président américain n’a pas hésité à taxer la Fed de « folle » le 10 octobre dernier. Une rhétorique totalement inédite de la part d’un chef de l’exécutif américain, qui vient pourtant tout juste de nommer Jerome Powell, un de ses fidèles, à la tête de la Réserve fédérale en février dernier. Cette dissonance massive au sein du pouvoir central américain risque, à elle seule, de dégrader significativement la confiance dans l’économie du pays. Bref, si jusqu’ici tout ne va pas trop mal outre-Atlantique, il y a de fortes chances que cela ne dure pas…

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