Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède.
Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède. REUTERS

Alors que pour la première fois depuis 2016, des pourparlers de paix inter-yéménites se sont ouverts jeudi en Suède, entre le gouvernement et les rebelles houthis, les observateurs estiment que les chances de percée sont minces.

Les pourparlers de paix au Yémen se sont ouverts, jeudi 6 décembre en Suède, entre le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi et les rebelles Houthis, sous l’égide du médiateur de l’ONU Martin Griffiths. Il s’agit des premières discussions entre les acteurs de la guerre du Yémen depuis la précédente tentative 2016, qui s’était soldée par un échec.

La seule présence de représentants du gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, et d’une délégation de Houthis, les rebelles chiites qui contrôlent la capitale Sanaa et une partie du pays, autour d’une même table de négociations est perçue comme un exploit. Un tour de force à mettre au crédit du très expérimenté diplomate britannique Martin Griffiths, facilité par des concessions des deux bords en début de semaine, qui a laissé percer un mince espoir pour un pays dévasté par quatre années de guerre sur fond de crise humanitaire.

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« Il y a un certain espoir, et nous venons jusqu’ici en portant avec nous les attentes du peuple yéménite de mettre un terme au blocus et à l’agression contre notre pays concède Abdelmajid Hanache, membre de la délégation des Houthis en Suède, à France 24. Une fois que la confiance aura été instaurée, nous serons ouverts pour discuter tous les dossiers, qu’ils soient sécuritaires ou politiques, afin de ne laisser aucune justification possible à l’agression, et pour cela, nous sommes prêts à faire des concessions, à condition qu’elles ne remettent pas en cause la souveraineté de notre pays ».

De son côté, Martin Griffiths a évoqué dans la matinée une « opportunité unique » de ramener les belligérants sur le chemin de la paix, alors que la population yéménite n’a jamais été aussi proche de la famine, selon l’ONU. « Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être très ambitieux », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« D’accord pour discuter, mais pas pour céder »

Néanmoins, malgré un optimisme mesuré, il sera, du point de vue des experts de la région, très difficile de parvenir à court terme à un règlement politique. Les discussions en Suède ne sont d’abord destinées qu’à « instaurer la confiance » et « réduire la violence » sur le terrain.

« Il y a certainement des espoirs qui sont nourris du fait de ces pourparlers, qui étaient encore inimaginables il y a quelques semaines, même si les chances de sortir de la crise sont faibles, souligne Marc Goutalier, politologue et consultant à l’Observatoire des pays arabes, interrogé par France 24. Les belligérants sont d’accord là pour discuter, mais pas pour céder sur le plan politique ».

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Peu avant l’entame officielle des discussions jeudi matin, gouvernement et rebelles ont posé séparément des préalables à tout accord. Sur Twitter, le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi a exigé « le retrait intégral » des Houthis de la ville portuaire de Hodeïda (ouest), par où transite l’essentiel de l’aide humanitaire. De leur côté, les rebelles ont menacé d’empêcher les avions de l’ONU d’utiliser l’aéroport de Sanaa si les pourparlers en Suède n’aboutissent pas à la reprise du trafic aérien civil.

« Ces exigences sont une manière de mettre la pression d’entrée avant de négocier, il faut rester optimiste, même si nous ne sommes qu’au tout début du processus et qu’il n’est pas sûr que ces pourparlers en Suède sont les bons, décrypte Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de France au Yémen (2066-2009). Cela risque de durer un certain temps, car entre le moment où la volonté de régler ce dossier commence à se manifester et le moment où les canons se tairont, il y a aura certainement encore plusieurs semaines ou plusieurs mois qui s’écouleront ».

Un avis que partage Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’Université d’Oxford (Pembroke College). « Il faut voir si les pourparlers vont dépasser le stade des mesures de confiance pour avancer vers une solution de paix, confie-t-elle à France 24. Je pense que cela sera difficile car, pour l’instant, il n’y aucune confiance entre les deux principaux belligérants. Pour rappel, le médiateur de l’ONU a dû monter dans le même avion que les Houthis en partance pour la Suède, car ces derniers craignaient de traverser l’espace aérien saoudien sans une sorte d’assurance-vie, c’est dire le niveau de confiance ».

La forte pression américaine exercée sur Riyad « est la clé de la solution »

Si les discussions s’annoncent difficiles, et risquent de ne pas déboucher sur des avancées concrètes, elles bénéficient cependant d’un contexte diplomatique favorable. Et notamment de la forte pression internationale exercée sur l’Arabie saoudite, à la tête de la coalition arabe qui soutient militairement le gouvernement yéménite contre les Houthis, depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans son consulat d’Istanbul, début octobre. Alors que le prince héritier Mohammed Ben Salmane est implicitement pointé du doigt par les autorités turques dans l’affaire Khashoggi, l’image et la crédibilité de la pétromonarchie wahhabite est écornée à l’international.

« Ceux qui vont négocier en Suède vont être sous la pression de leurs parrains respectifs, surtout de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pour le camp du gouvernement yéménite, analyse Marc Goutalier. Ce sont eux qui contrôleront la marge de manœuvre du pouvoir lors de ces négociations. Or il existe un lien direct entre ce qui se passe aujourd’hui en Suède et l’affaire Khashoggi, dans laquelle tout accuse Riyad ». Selon lui, l’Arabie saoudite, enlisée dans le conflit depuis mars 2015, est obligée de faire des concessions en raison des pressions occidentales, en particulier celle des États-Unis.

« La forte pression américaine exercée sur l’Arabie saoudite est la clé de la solution », estime également l’ancien ambassadeur Gilles Gauthier, auteur de « Entre deux rives, 50 ans de passion pour le monde arabe », (Éd. Lattès). « L’affaire Khashoggi permet à Washington de peser plus fortement sur Riyad, et d’un autre côté, les Saoudiens eux-mêmes se rendent comptent que cette guerre ne les mènera nulle part, et c’est pour cela que je pense que l’on va vers une solution ».

Même cas de figure du côté de Téhéran, qui soutient les rebelles Houthis et qui pourraient les inciter à faire eux-mêmes quelques concessions. « Les Iraniens peuvent aussi être enclins à lâcher du lest, pour montrer qu’ils sont de bonne volonté, affirme Marc Goutalier. Parce que l’Iran est de nouveau frappé par une sévère vague de sanctions américaines, et qu’elle a à cœur de jouer les bons les élèves sur la scène régionale afin de convaincre ses partenaires européens qu’elle peut stabiliser la région ».

 

https://www.france24.com/fr/20181206-yemen-pourparlers-paix-suede-chances-guerre-analyse-houthis-arabie-saoudite

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