Le français maltraité en Ontario. Les Québécois, les sauveurs de notre belle langue?

Le français maltraité en Ontario avec l’annonce de la suppression du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario et l’annulation du projet d’Université de l’Ontario en français. Plus de 600 000 Franco-Ontariens sont concernés. Mais il a suffi de quelques jours pour que le premier ministre de l’Ontario fasse marche arrière.

Le gouvernement fédéral a immédiatement réagi. Mélanie Joly, ministre fédérale des langues officielles et de la Francophonie, a dit s’inquiéter pour les quelque 600 000 Franco-Ontariens. Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré, « J’ai été profondément déçu par la décision du gouvernement de l’Ontario ».

Au Québec, cela a soulevé un tollé général. « La Belle Province» a toujours été prompte à se battre pour la protection du français et des droits des francophones.

En ce qui concerne les autres provinces, le Manitoba pourrait être pris en exemple avec la batterie de lois et mesures mise en place afin de protéger les francophones. Contrairement à ce qu’a affirmé Denise Bombardier, il y a une université francophone au Manitoba. Il est possible pour les Franco-Manitobains de faire toutes leurs études en français, du primaire à l’université en passant par le collégial.

Ces derniers temps, les médias québécois ont redoublé d’efforts afin de nous rappeler que nous, les Québécois, sommes les sauveurs de notre belle langue. Nous allons même imposer un test de français aux immigrants, qui auront trois ans pour le réussir. Passé ce délai, ils seront considérés comme illégaux et le Québec les renverra d’où ils viennent. Mais comme le dit François Legault : « Il faut être humain ». Les arrivants âgés de plus de 65 ans ne devront pas apprendre le français. Quand on sait que les immigrants sont généralement des jeunes ou de jeunes familles…

Je me pose la question, « Dans ce cas, pourquoi faire venir des immigrants qui ne parlent pas français? » Parce qu’on manque de main-d’œuvre? Parce que la population québécoise vieillit? Pourquoi ne pas imposer une connaissance minimale du français au moment de la sélection? Cela serait plus logique et moins onéreux.

En tant que professeure de français langue seconde, j’ai enseigné à de nombreux immigrants au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et à différentes universités. J’ai même enseigné le français aux Forces canadiennes (les militaires doivent apprendre la deuxième langue officielle).

J’ai pu constater le sérieux et la bonne volonté de mes étudiants. Malgré les difficultés inhérentes à l’immigration, ils mettaient toute leur énergie à apprendre notre langue. J’ai également été témoin de la détresse de nombreux nouveaux arrivants dont on ne reconnaissait pas les compétences ou les diplômes. Pourtant, ils avaient été sélectionnés d’après leurs compétences. Des médecins qui devaient passer de nombreux examens, au coût minimum de 1000 dollars l’examen, des ingénieurs qui ne pouvaient pas faire partie de l’Ordre des ingénieurs tant qu’ils ne réussissaient pas l’examen de français, etc. Certains m’ont confié se sentir floués et m’ont dit, « On nous a menti ».

Notre belle langue

Je suis une amoureuse inconditionnelle du français. Depuis toute petite. J’écris et je suis publiée en français. Mes poèmes, mes romans, mes articles sont rédigés en français. J’ai été traductrice et réviseure principale de l’Encyclopédie du Canada, je traduis encore pour le gouvernement fédéral. Le français est de la musique à mes oreilles. (Mais cela ne m’empêche pas de parler et d’écrire d’autres langues.)

Oui, protégeons le français. Il m’est arrivé à maintes reprises d’être sidérée par la pauvreté de la langue de mes collègues francophones, professeures de français langue seconde. Je me demandais comment elles parlaient en salle de classe.

J’ai oublié mes shoes. Mon petit-fils, c’est moi qui s’en occupe. Ce que je te parle… Ce quoi j’ai dit…

Des enseignantes au niveau universitaire, dont la tâche consiste à enseigner le français à des immigrants. Je me permets de me questionner.

Alors que j’enseignais dans le cadre d’un cours de préparation au TECFÉ – le Test de certification en français écrit pour l’enseignement, dont la réussite est obligatoire pour poursuivre des études dans tous les programmes de formation à l’enseignement des universités francophones au Québec – j’ai pu constater la pauvreté du français maîtrisé par les étudiants. Des étudiants québécois francophones, en deuxième année d’université. Une étudiante m’a demandé ce qu’était un participe passé. Quand je le lui ai expliqué, elle s’est exclamée avec joie, « Ce sont les mots qui se terminent avec un é ! » J’ai regardé mes 43 élèves et je me suis dit que je n’avais pas 43 imbéciles devant moi. J’avais des victimes d’un mauvais enseignement du français depuis le primaire.

Je ne pense pas que le combat à mener soit auprès des immigrants. Il est urgent d’enseigner un français de qualité aux francophones dès le primaire, voire la maternelle. Commençons par protéger la langue de Molière et cessons de la massacrer. Comment enseigner une langue qu’on ne maîtrise pas soi-même? Il faudrait revoir les compétences des enseignants de français langue seconde et faire en sorte qu’ils enseignent un français standard. L’apprentissage des particularités de la langue québécoise se fera après, une fois ces bases acquises. Que je sache, il n’existe pas de grammaire québécoise?

Il y a très longtemps, j’assistais au lancement d’un recueil de poésie dans lequel certains de mes poèmes figuraient. Gaston Miron s’est approché de moi et m’a dit « Vous écrivez cru. Les gens préfèrent qu’on leur parle des petits oiseaux et des fleurs. Mais continuez. Au Québec, le vocabulaire est d’une pauvreté à pleurer. Continuez à écrire. »

Avant de monter aux barricades parce que les Anglo-Canadiens menacent notre belle langue, commençons par faire en sorte que notre français soit de qualité avec un vocabulaire riche et varié et une grammaire bien maîtrisée. Cessons nos poussées d’urticaire au nom d’une identité qui ne repose pas uniquement sur la langue. L’identité d’un peuple c’est aussi son histoire, ses coutumes, sa capacité à vivre avec la différence d’autrui.

Parlons une langue dont nous pourrons être fiers.

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice, chercheure associée à Mondialisation.ca

Image à la Une : Carte du Canada avec les drapeaux des différentes communautés francophones du pays.


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