Les renouvelables font de l’ombre au charbon

Les renouvelables font de l’ombre au charbon

La production d’énergie solaire, éolienne et de biomasse a supplanté le charbon l’année dernière, surtout en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, selon un rapport 2018 sur les statistiques de l’électricité européenne.

Les énergies renouvelables ont continué à grimper l’année dernière pour atteindre 32,3 % de la production totale d’électricité dans l’UE, soit deux points de pourcentage de plus par rapport à l’année précédente, selon le rapport publié le 30 janvier par deux think tanks spécialistes de l’énergie.

La production totale d’électricité à partir de charbon a chuté de 6 % dans l’UE en 2018 et se situe 30 % plus bas qu’en 2012, indique l’analyse, qui confirme le déclin rapide du charbon dans la production d’électricité dans la plupart des pays européens.

« Cela est dû à la croissance des renouvelables en Allemagne et au Royaume-Uni et au retour de l’hydro en Italie et en Espagne », indique le rapport réalisé par Agora Energiewende et Sandbag.

Dans l’ensemble, les émissions de CO2 du secteur de l’énergie ont chuté de 5 % en 2018, grâce à l’élimination progressive du charbon, particulièrement marquée au Royaume-Uni et en Allemagne. Au Royaume-Uni, la part du charbon dans la production d’électricité a chuté de 40 % en 2012 à 5 % en 2018, et en Allemagne, de 19 % à 13 % sur la même période.

WWF plaide pour une transition énergétique directe du charbon aux renouvelables

Le Royaume-Uni n’a pas besoin de nouvelles centrales au gaz pour remplacer celles au charbon, qui seront éliminées d’ici 2025, selon une étude qui prône un passage direct aux renouvelables. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Renouvelables, charbon et gaz sur le même pied d’égalité

En outre, « les chiffres sont du côté de la croissance des renouvelables », soutiennent les deux think tanks. « Le solaire et l’éolien sont – pour la première fois – sur le même pied d’égalité au niveau des coûts que les centrales à gaz et à charbon existantes. »

Les dernières enchères de solaire et d’éolien en Allemagne ont atteint des fourchettes de prix de 45 à 60 euros par Mégawatt-heure, ce qui signifie que le coût de l’énergie renouvelable « est désormais similaire, voire même inférieur, aux prix de gros de l’électricité dans de nombreux pays », explique Matthias Buck, responsable de la politique énergétique européenne à Agora Energiewende.

À l’inverse, les prix du charbon ont augmenté de 15 % et les prix du gaz de 30 % tout au long de l’année dernière.

Les pays connaissant le plus grand essor de renouvelables sont aussi ceux qui observent les plus grandes chutes de charbon, affirme le rapport, ce qui remet en cause le concept selon lequel les pays se tourneront d’abord vers le gaz comme alternative au charbon.

« En six ans seulement, entre 2012 et 2018, les émissions annuelles de CO2 issues du charbon en Europe ont chuté de 250 millions de tonnes et aucune augmentation d’émissions n’a été constatée de la production d’électricité à partir de gaz naturel », a déclaré Dave Jones, auteur de l’étude et analyste chez Sandbag.

Par ailleurs, les pays qui prévoient de sortir du charbon ont en général des projets pour rapidement déployer la production d’énergie issue des renouvelables, note le rapport, en référence au Danemark et au Royaume-Uni.

« C’est rassurant de voir l’Europe sortir progressivement du charbon, sans avoir besoin de passer par une transition au gaz », ajoute le rapport.

Le lignite, pas prêt de disparaître

Les deux think tanks estiment que le déclin du charbon « se poursuivra car les trois quarts de la production du charbon dans l’UE se trouvent dans des pays qui prévoient de sortir du charbon ».

Le quart restant se trouve en Pologne, qui doit mettre en place une stratégie de sortie du charbon. La production de charbon en Pologne n’a pas baissé depuis 2012.

Si l’on se penche sur les détails, on se rend compte que le tableau est tout autre pour le lignite , un type de charbon plus polluant que la houille. En 2018, la moitié de la production de lignite en Europe se trouvait dans des pays qui n’ont pas de stratégie d’arrêt des combustibles fossiles : la Pologne, la République tchèque, la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce et la Slovénie. La production d’électricité à partir du lignite dans ces six pays n’a pas changé depuis le début de la décennie et aucun projet ne prévoit de fermer les centrales, explique le rapport.

« Le tableau n’est pas le même pour les deux types de charbon : le déclin concerne la houille et non pas le lignite, qui est plus sale », observe Dave Jones. « La sortie progressive du charbon en Europe s’accélère, mais la sortie du lignite commence à peine. »

Avenir prometteur du solaire

Les deux think tanks se réjouissent par contre de l’avenir prometteur de l’énergie solaire.

Cette dernière ne représentait que 4 % du bouquet énergétique de l’UE l’année dernière, mais les nouvelles capacités solaires ont augmenté de plus de 60 % pour atteindre près de 10 gigawatts en 2018. Et cette proportion pourrait tripler pour atteindre 30 gigawatts d’ici à 2022, alors que les coûts associés au solaire continuent de chuter (le prix des modules photovoltaïques a chuté de 29 % en 2018).

« Jusqu’à présent, l’UE a manqué l’occasion de tirer parti des prix très avantageux du solaire », regrette Matthias Buck, qui s’attend à ce que cela change bientôt en Espagne, France et en Italie, qui misent sur une production du solaire de plus de 45 gigawatts.

« Cela montre bien le potentiel du solaire et servira de modèle », affirme-t-il tout en expliquant que l’énergie solaire de nouvelles centrales est désormais moins chère que l’électricité issue de centrales conventionnelles.

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/renewable-energies-chip-away-at-coal-power-stats-show/

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La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique

La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique

Par Florent PARMENTIER, le 16 janvier 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Florent Parmentier, docteur en Science politique, est enseignant et responsable de programmes au Master Affaires Publiques à l’Institut d’études politiques de Paris.

Voici un ouvrage qui présente la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et des pratiques.
Présentation de l’ouvrage dirigé par Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet, « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin. En écho au nouveau programme de 1ère spécialité Histoire-Géographie et Géopolitique, cette présentation permet de nourrir le thème 4 et son axe 1 pour l’extension du réseau Internet.

LE PIRE adversaire de la connaissance n’est pas l‘ignorance, mais le fait de croire savoir, disait le physicien Stephen Hawkins. Nous ne saurions mieux dire concernant le cyberespace, qui apparaît bien comme un espace d’expression du pouvoir et de la force, de tension entre différentes identités, mais que l’on pense parfois neutre sur le plan technique. Nous savons qu’il existe, mais on descend rarement à un niveau de détail adéquat pour en comprendre les ramifications.

C’est bien l’objet de cet ouvrage collectif, qui aborde la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et de pratiques, en dehors du déterminisme technologique. Il est intéressant de noter à cet égard qu’il existe plusieurs définitions du cyberespace, dont un certain nombre font l’impasse sur la dimension humaine et politique de celui-ci. Environnement, domaine, milieu ou moyen, chaque acteur produit sa propre définition de ce champ. Le cyberespace ne peut pas être considéré « comme un bloc homogène et uniforme, mais il faut plutôt le voir comme une multitude de cyberespaces : chaque acteur, chaque usager construit son « espace » en fonction de son utilisation, de ses représentations, de ses intérêts » (p.8). Nous ne serons ainsi pas surpris de retrouver des notions de dissuasion et de coercition déjà présentes pendant la Guerre froide.

On a assisté progressivement à une sécuritisation du cyberespace, c’est-à-dire à la prise en compte d’une dimension de sécurité à laquelle on prêtait moins d’importance dans les discours et les pratiques par le passé. La cyberdéfense désigne une certaine conception de l’action sur, dans et à travers les réseaux numériques et les activités qu’ils soutiennent (p.11), ou « l’ensemble des activités conduites afin d’intervenir militairement ou non dans le cyberespace pour garantir l’effectivité de l’action des forces armées, la réalisation de mission confiées et le bon fonctionnement du Ministère » (p.45). Ce champ connaît une autonomisation croissante, même si ses discours et ses représentations technoscientifiques restent liés aux autres champs de la conflictualité. Pour aborder la cyberdéfense le plus largement possible, l’ouvrage se compose de trois grandes parties : l’étude du contexte global de la cyberdéfense, les enjeux du domaine numérique ainsi que l’espace numérique comme domaine opérationnel.

La cyberdéfense. Politique de l'espace numérique
Exercice de cyberdéfense aux Etats-Unis
Crédit U.S. Air Force photo

Le cyberespace est un espace géopolitique

A première vue, la dématérialisation engendrée par le numérique contrevient à notre idée classique de géopolitique, classiquement définie comme une rivalité de puissances sur un territoire donné (Yves Lacoste) : si internet est partout, et que les infrastructures sont des artefacts techniques, n’est-ce pas poser la mauvaise question ? On pourrait certes objecter, comme le fait Guillaume Pitron, que le monde numérique qui se dessine est fortement consommateur d’énergie, et participe donc pleinement à des jeux économiques au-delà de ce qui existe en ligne. [1]

Les géographes et géopoliticiens ont abordé le cyberespace sous plusieurs angles, avec un corpus riche de plusieurs approches : la géographie du numérique, les géographies produites par le numérique, et les géographies produites via le numérique. Entre géographie et numérique, les individus, les Etats et la gouvernance mondiale sont les échelles pertinentes. Le cyberespace peut également se diviser en différentes couches, à la manière des géologues : la couche matérielle (les périphériques d’accès et les infrastructures nécessaires), la couche logicielle (les logiciels et protocoles permettant la circulation de grandes quantités de données) et enfin la couche sémantique – ou cognitive (contenu informationnel). Ces différentes couches font l’objet de rapports de force spécifiques, à tel point qu’on peut affirmer que la cyberdéfense n’est pas exempte de facteurs spatiaux particuliers.

Ces rapports de force se manifestent à notamment à l’occasion de crises, opposant dans les représentations courantes les Etats-Unis et les Européens face aux Russes et aux Chinois. Elles jalonnent les dernières années à travers le globe : la cyberattaque de 2007 en Estonie, attaques contre la Géorgie en 2008, le virus Stuxnet contre l’Iran (2010), les révélations d’Edward Snowden de l’été 2013, les élections présidentielles américaines de 2016 et françaises en 2017… La question de la prise de décision sous contrainte reste essentielle en la matière, comme l’illustre le parallèle avec la crise de Cuba. L’absence de régime partagé de régulation de ces enjeux, la force relative des acteurs non-étatiques et l’incitation à l’action offensive. En dehors des crises, la non-neutralité du code ou des flux de données apparaissent également avec une force d’évidence, tout comme l’importance du facteur humain – les biais cognitifs faisant pleinement partie des éléments à considérer dans l’analyse. [2]

Prospective du cyberespace

Par la diversité des approches proposées, de l’étude de la technologie jusqu’aux aspects juridiques et stratégiques, l’ouvrage aborde également la dimension prospective du cyberespace, dans la limite de la difficulté de l’exercice dans un secteur où le rythme de développement est extrêmement rapide. Par ailleurs, trois questions semblent importantes : la souveraineté numérique (avec l’enjeu des clouds souverains), la technologie et la sécurité (le Big data et le renseignement, selon les différentes étapes : l’expression du besoin, la collecte, le traitement et l’exploitation, l’analyse, la diffusion et la sécurité), et la politique internationale.

La « course technologique » à l’intelligence artificielle apparaît ainsi parmi les enjeux les plus importants, la Chine ayant élaboré le plan « Ambition 2030 », dont l’objectif annoncé est de viser un leadership mondial à cette date. Les moyens économiques, la collecte des données peu respectueuse des libertés individuelles et la vision font de la Chine un candidat crédible à une place de premier choix. L’un des co-auteurs, Julien Nocetti, l’affirme d’ailleurs très directement : « L’Europe, qui n’a guère mené de réflexion prospective à ce sujet, devra pourtant s’interroger sur les conséquences économiques et stratégiques qu’aura pour elle une IA maîtrisée par le duopole sino-américain » (p.109). Les Etats-Unis suivent évidemment avec une attention toute particulière cette question, à même de redistribuer les cartes au niveau international, et ce d’autant que Washington a considéré depuis le début des années 2010 que le cyberespace constitue le « 5e champ de bataille ». A ces deux puissances s’ajoute la Russie, qui a su développer un discours du cyberespace centré autour de la souveraineté numérique, ce pays apparaissant comme une véritable « exception numérique » (à travers le « Runet ») ; comme le souligne Kevin Limonier : « Grâce à son écosystème spécifique, la Russie a en effet les moyens techniques, politiques et économiques d’apparaître comme une « puissance souveraine » du cyberespace, ce qui n’est d’ailleurs pas sans faire écho à la situation de l’Union européenne que certains qualifient d’ailleurs de véritable « colonie numérique » des Etats-Unis » (p. 124).

La conclusion de l’ouvrage tente d’ébaucher les perspectives de l’espace numérique à horizon 2040. De 500 000 personnes en 1995, le nombre de connectés atteint aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale. Le phénomène a donc depuis longtemps quitté les rives technologiques pour devenir un véritable enjeu de société. Dans un contexte propice aux innovations de rupture, trois innovations de ce type sont en cours, offrant potentiellement des convergences technologiques disruptives : le développement de l’imprimante 3D, de l’intelligence artificielle et de la blockchain. [3] Si la reprise de certains épisodes de la série Black Mirror permet de mettre les choses en perspective, on peut regretter, à cet égard, que la possibilité d’un rapprochement entre l’infotech et les biotechnologies ne soit pas évoquée. De même, l’ouvrage aurait pu être enrichi de quelques illustrations sur les enjeux techniques, qu’il est toujours compliqué de retranscrire. Le défi consistant à faire toucher du doigt la complexité des enjeux multiformes du cyberespace, au-delà de l’écume du traitement médiatique quotidien, semble toutefois totalement réussi.

Copyright Janvier 2019-Parmentier/Diploweb.com


Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet (dir.), « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin, 2018. Sur Amazon

4e de couverture

Rapports de forces, cyberattaques sur les infrastructures, hacking, espionnage, fake news, le cyberespace est devenu en quelques décennies un champ privilégié des relations internationales où coopèrent et s’affrontent anciens et nouveaux acteurs de la conflictualité, étatiques et non étatiques, publics et privés, civils et militaires.
Les enjeux sont considérables car la plupart des activités humaines dépendent aujourd’hui de l’interconnexion des systèmes de traitement de l’information permise par les réseaux numériques. Or, les menaces associées à la digitalisation de la société ont profondément transformé la manière de concevoir les conflits contemporains. Elles ont amené les États et les principaux acteurs de la sécurité à repenser leurs politiques, leurs architectures et leurs stratégies de défense sur la scène internationale.
Ce domaine doit être appréhendé de manière globale, au croisement des approches politiques et géopolitiques, stratégiques et juridiques, économiques, techniques et sociotechniques. Cet ouvrage présente de manière concise et accessible l’ensemble des connaissances disponibles aujourd’hui sur le sujet de la cyberdéfense et de la gestion de crise dans l’espace numérique. Rédigé par de nombreux spécialistes, universitaires et praticiens, il offre une vision large et pluridisciplinaire des enjeux de la cyberconflictualité.

Voir Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet (dir.), « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin, 2018. Sur Amazon

Les préalables pour un engagement inclusif du Tchad au sein de la Force Conjointe du G5 Sahel (4/4)

Les préalables pour un engagement inclusif du Tchad au sein de la Force Conjointe du G5 Sahel (4/4)

L’accentuation des difficultés économiques, le recul de l’État de droit ainsi que l’indifférence de la communauté internationale face au non-respect des principes démocratiques semblent être les principaux dangers qui guettent le Tchad, corrélativement à son engagement dans la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel[1].

Le Tchad au cœur de la poudrière du Sahel.
Le Tchad au cœur de la poudrière du Sahel.

Une communauté internationale dans une critique ambivalente du régime tchadien

S’agissant spécifiquement de la gouvernance démocratique, il ressort que la retenue affichée par la communauté internationale à l’égard du Tchad, malgré les nombreuses accusations sur le non-respect des droits de l’homme, interpelle. C’est le cas de la France, dont les différents chefs d’État de ces dix dernières années, de Nicolas Sarkozy en passant par François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron, n’ont pas montré une réelle fermeté à l’encontre du Tchad. Sous Nicolas Sarkozy par exemple, le pouvoir d’Idriss Deby est sauvé in extremis par la France après que les rebelles avaient encerclé le palais présidentiel en 2008[2]. Quant à François Hollande et Emmanuel Macron, après avoir voulu introduire plus d’éthique et de transparence dans les relations franco-africaines, la realpolitik semble avoir eu raison de leur volontarisme vis-à-vis du Tchad.

C’est ainsi qu’au début de son quinquennat, François Hollande repousse à plusieurs reprises sa rencontre avec Idriss Deby « jugé infréquentable à cause du déficit démocratique dont souffre son régime », mais se trouve par la suite dans l’obligation de le recevoir début décembre 2012 à Paris. Pour cause, le président français était dans l’attente de la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui allait autoriser l’intervention Serval au Mali. Face aux tergiversations des États de l’Afrique de l’Ouest, divisés sur la pertinence d’une intervention dans un État voisin, le Tchad s’impose indéniablement comme le partenaire régional indiqué pour accompagner l’expédition française du nord Mali[3].

Pour ce qui est d’Emmanuel Macron, les positions prises par son gouvernement à l’égard du Tchad, relativement à la bonne gouvernance et au respect des droits de l’homme, s’apparentent plus à des incantations qu’à une réelle volonté de faire pression sur le pouvoir en place à N’Djamena. Pourtant, entre les arrestations arbitraires de journalistes, les manifestations réprimées violemment ou la nouvelle modification de la constitution permettant à Idriss Deby d’être candidat à l’élection présidentielle jusqu’en 2033, les occasions ne manquent pas pour dénoncer les dérives autoritaires du régime de N’Djamena[4].

Toujours sur la question du respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, même les États-Unis, un autre partenaire de poids du Tchad, ne formulent pas ouvertement de critiques contre le Tchad, mais se contentent généralement de déclarations de circonstances énoncées dans des rapports officiels[5]. D’ailleurs, le décret du gouvernement américain, interdisant aux ressortissants tchadiens l’accès au territoire américain, ne fait nullement mention de motifs liés au non-respect des droits de l’homme, mais met plutôt en cause la fiabilité du Tchad quant à sa capacité à coopérer de manière sincère dans le partage de renseignements[6]. Tout du moins, ce sont les organisations non-gouvernementales[7], les associations de la société civile ou les partis d’opposition qui s’occupent désormais de faire la veille démocratique au Tchad[8].

Le pouvoir d’Idriss Deby et de son cercle proche renforcé par ces rapports ambigus

Cette prévenance, manifestée à l’égard du Tchad au nom des intérêts stratégiques, renforce le pouvoir du président Idriss Deby en interne. Il en découle ainsi une gestion patrimoniale de l’État, doublée d’une restriction des libertés. Dans le contexte actuel du Tchad, la gestion des affaires publiques spécialement celle du pétrole qui représente 73 % des revenus et 90 % des exportations, est accaparée par la famille présidentielle et semble s’opérer de manière concentrique.

Tout d’abord, il y a la famille du président dont l’influence est notoire notamment à travers Hinda Deby, l’une des épouses d’Idriss Deby. Ensuite, viennent les proches parents ; frères, beaux-frères, neveux auxquels s’ajoutent des personnalités cooptées au gré des affinités nouées avec la famille du président[9]. Ce mode de gestion privée de l’État génère de la prévarication puis de la frustration populaire qui sont à la base des mécontentements sociaux et des insurrections armées. Les effets de la gestion patrimoniale de l’État se font également sentir au sein de l’armée. Une situation qui appelle à une réforme structurelle de cette institution incontournable dans la vie sociopolitique du Tchad.

Idriss Deby, président du Tchad. G5 Sahel. Les Yeux du Monde.
Idriss Deby, président du Tchad.

L’armée tchadienne, une institution à réformer

Dans le domaine de la gouvernance sécuritaire, il apparaît clairement que le Tchad se trouve dans l’urgence de réactiver les réformes structurelles entamées en 2011 avec l’appui de la coopération française visant à « dégraisser » son armée en luttant contre les fraudes aux effectifs et en réduisant les accusations de violences commises par la soldatesque et ses cadres[10]. En effet, unanimement réputée comme étant sinon la meilleure du moins l’une des plus expérimentées d’Afrique, l’armée tchadienne à y regarder de près présente, néanmoins, beaucoup de défauts souvent minorés ou sciemment ignorés. Dans les faits, cette institution est scindée en deux, avec d’un côté l’élite en l’occurrence la Direction Générale de Services de Sécurité des Institutions de l’État (DGSSIE), l’ancienne garde présidentielle composée de 14 000 hommes issus majoritairement de la communauté Zaghawa, l’ethnie du président Idriss Deby. Elle est bien équipée et pourvue en moyens financiers conséquents[11].

De l’autre des unités hétéroclites, sous-équipées et composées du tout-venant avec entre autres des anciens rebelles, des commerçants, des étudiants, des éleveurs, des femmes… recrutés pour la plupart frauduleusement[12]. Pourtant, ces défaillances en perdurant sont enclines à mettre en péril non seulement le fragile équilibre acquis depuis 2008[13],mais aussi à remettre en cause le volontarisme militaire du pays qui représente son principal instrument diplomatique.

Le Tchad dans la FC G5 Sahel : une rationalisation nécessaire pour l’efficacité de son engagement

La contribution du Tchad dans la lutte contre l’insécurité en Afrique globalement et au Sahel en particulier est indéniable. Cependant, son incidence pèse lourd dans la mesure où son activisme peine à s’inscrire dans une trajectoire cohérente et avantageuse pour le pays[14]. Et ce d’autant que le régime du président Idriss Deby fait face à des contraintes à la fois structurelles et conjoncturelles susceptibles d’avoir des conséquences néfastes sur la gouvernance économique et la stabilité sociopolitique.

Dès lors, certains impératifs s’imposent pour le Tchad. En premier lieu, celui de systématiser une stratégie d’intervention, au sein d’une zone clairement définie. En second lieu, les difficultés économiques aidant, émerge la nécessité de la compatibilité entre les multiples opérations extérieures et les intérêts des populations. Enfin, le positionnement stratégique du Tchad sur l’échiquier africain est essentiel.

Ainsi, c’est finalement la rationalisation de la projection extérieure du Tchad qui apparaît comme l’enjeu principal de son futur engagement au sein de la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel. Ce nouveau challenge révèlera en effet sa capacité à articuler de manière satisfaisante son volontarisme militaire avec ses intérêts socio-économiques et géopolitiques. Une performance qui a, jusqu’ici, cruellement fait défaut, vu que le Tchad a administré la preuve de son incapacité à définir clairement une stratégie précise lors de ses précédentes interventions armées sur la scène africaine.

Les auteurs

Stéphane Bertrand Andenga est analyste au sein du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et doctorant à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC).

David Vigneron est Secrétaire général du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

Ezept Valmo Kimitene est expert associé au 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

Sources

[1]La rédaction Charilogone média,« Tchad : une alternance bâillonnée au nom de la lutte contre le terrorisme ! », le 28 août 2017,http://magazine-charilogone.over-blog.com/2016/06/tchad-une-alternance-baillonnee-au-nom-de-la-lutte-contre-le-terrorisme.html

[2] D’ERSU L. et PLOQUIN J.-C., « La France a permis à Idriss Deby de sauver son régime », La Croix, le 7 février 2008, https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-France-a-permis-a-Idriss-Deby-de-sauver-son-regime-_NG_-2008-02-07-668191

[3]TISSERON A.,Op.cit., p. 12.

[4] BENOIT J., « Macron, complice silencieux du Président tchadien ?», Le Nouvel Obs, le 13 juillet 2017, https://www.nouvelobs.com/monde/20170713.OBS2105/macron-complice-silencieux-du-president-tchadien.html

[5]Country Reports on Terrorism 2016— US, Departmentof state,https://www.state.gov/documents/organization/272488.pdf

[6]RFI, le 25 septembre 2017,op.cit.

[7]AFP, « Amnesty dénonce la répression au Tchad »,VOA Afrique, le 14 septembre 2017,https://www.voaafrique.com/a/amnesty-denonce-l…de-la…au-tchad/4028455.html

[8]AFP, « Tchad, les partis politiques d’opposition appellent à ne « pas baisser les bras » face au gouvernement », Jeune Afrique, le 7 février 2018, http://www.jeuneafrique.com/528476/politique/tchad-les-partis-politiques-dopposition-appellent-a-ne-pas-baisser-les-bras-face-au-gouvernement/

[9]Africa Intelligence, « Comment Hinda Deby Itno, contrôle les leviers pétroliers du pays », le 30 octobre 2015, https://www.africaintelligence.fr/aif/insiders/tchad/2015/10/30/comment-hinda-deby-itno-controle-les-leviers-petroliers-du-pays/108108419-be1

[10]Tshitenge LUBABU M.K, « Tchad : l’opération « nettoyage » de l’armée a commencé », Jeune Afrique, le 10 novembre 2010, cité par TISSERON A, op.cit., p. 7.

[11]À cet effet, la DGSSIE (Direction Générale des Services de Sécurité et des Institutions de l’État) bénéficie par exemple d’une enveloppe budgétaire de 42 milliards de F.CFA soit (64 millions d’euros) en 2014 en comparaison le budget de l’armée de terre se situe à 9 milliards de F.CFA c’est-à-dire moins de (14 millions d’euros).

[12]TISSERON A., op.cit.

[13]Kappès-Grangé A., « Tchad : la stabilité malgré tout »,Jeune Afrique, le 4 avril 2012,http://www.jeuneafrique.com/142242/politique/tchad-la-stabilit-malgr-tout/

[14] Sahel Elite, « Tchad/Mali-MINUSMA : déjà plus de 50 Casques bleus tchadiens morts au Mali », 09 septembre 2018, disponible sur l’URL : https://httpsahel-elite.com/2018/09/09/tchad-mali-minusma-deja-plus-de-50-casques-bleus-tchadiens-morts-au-mali/

 

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/38156-les-prealables-pour-un-engagement-inclusif-du-tchad-au-sein-de-la-force-conjointe-du-g5-sahel-4-4

Le retour d’Elliott Abrams

Le retour d’Elliott Abrams

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Le secrétaire d’État Mike Pompeo vient de nommer Elliott Abrams envoyé spécial pour le Venezuela.

Elliott Abrams est un néo-conservateur historique. Il a appartenu à la petite coterie juive entourant le sénateur démocrate Henry Scoop Jackson, avant de rejoindre l’administration Reagan. Il a épousé la belle-fille de Norman Podhoretz, le rédacteur-en-chef de Commentary. C’est un des initiateurs de la théopolitique.

Il supervisa la création de la National Endowment for Democracy, l’agence chargée de poursuivre à découvert les objectifs de la CIA. Il fut un des organisateurs de la guerre contre le Nicaragua et le Salvador, incluant l’affaire Iran-Contras, sous la présidence de Ronald Reagan. Il fut également conseiller pour la « démocratie globale » dans l’administration Bush fils. C’est à ce titre qu’il supervisa la tentative de coup d’État contre le président vénézuélien Hugo Chávez, en 2002.

Durant la campagne électorale présidentielle US, il avait pris position contre Donald Trump. Cependant, une fois celui-ci élu, l’État profond avait tenté de l’imposer comme secrétaire d’État, ce que le président Trump avait refusé.

Sa nomination comme envoyé spécial pour le Venezuela marque un tournant radical de la politique de l’administration Trump.

« Elliott Abrams, le « gladiateur » converti à la « théopolitique » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2005.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

L’effondrement organisé de PDVSA

L’effondrement organisé de PDVSA

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Les États-Unis ont édicté des sanctions à l’encontre de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne. Selon le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, le « régime de Maduro » s’en servait pour « pour contrôler, manipuler et voler le peuple vénézuélien ».

Par « manipuler le peuple », il faut comprendre que la République bolivarienne redistribuait les bénéfices de PDVSA aux pauvres du pays.

Il est désormais interdit aux sociétés US de payer le pétrole vénézuélien aux autorités constitutionnelles. Elles doivent s’en acquitter auprès du « président par intérim » autoproclamé, Juan Guaidó.

Effet collatéral de cette mesure : la société Citgo, filiale US de PDVSA ne pourra pas rembourser ses prêts à la société russe Rosneft. Par conséquent, celle-ci pourrait saisir ses trois raffineries et ses pipe-lines aux États-Unis. Cependant, le Pentagone pourrait s’y opposer pour « raison de sécurité nationale ».

Depuis sa création, en 1976, le personnel de PDVSA a vécu séparé du reste des Vénézuéliens, les yeux rivés sur Washington. Il a toujours été totalement opposé aux Bolivariens.

Durant la présidence d’Hugo Chávez, la production de PDVSA avait baissé, mais ses profits avaient augmentés. L’État, souhaitant disposer de raffineries adaptées au pétrole de schiste qui venait d’être découvert, n’était pas pressé d’investir dans leur construction : le président Chávez craignait qu’elles ne pousse les États-Unis à envahir le pays. Sous la présidence de Nicolas Maduro, divers scandales ont continué à affaiblir PDVSA. Son équipe dirigeante a détourné des sommes gigantesques et les a transférées en Andorre, avant que le pillage ne soit découvert et les criminels poursuivis. Actuellement, de nombreux ouvriers de la compagnie publique, soutiennent le putsch de Juan Guaidó et ne se rendent plus au travail, de sorte que la production est tombée au cinquième des capacités.

 

https://www.voltairenet.org/article204950.html

Venezuela : 10 vérités à faire valoir sur la légitimité du président Maduro (15yultimo)

GMT+2 13:26

La Chine déploie la version anti-navire du missile balistique Dong Feng DF-26

La Chine déploie la version anti-navire du missile balistique Dong Feng DF-26

La Chine est en train de renforcer ses capacités balistiques dans le cadre d’une stratégie d’interdiction d’accès (No Access) à ce qu’elle identifie comme sa zone économique exclusive.C’est dans le cadre de ces efforts que Beijing a commencé le déploiement de la version anti-navires du missile balistique Dong Feng DF-26 (Vent d’Est), dont elle vient récemment de tester une variante en Mongolie intérieure peu après le passage de navires de guerre US dans le détroit de Taïwan.

Le DF-26 est à l’origine un missile balistique de portée moyenne (MRBM) capable d’atteindre une portée comprise entre 3500 et 4000 kilomètres. Sa nouvelle version anti-navires est capable de cibler avec précision de gros bâtiments de surface en mouvement évoluant à plus de 2200 kilomètres et de ce fait cette arme du Corps de la Seconde Artillerie de l’Armée Populaire de Libération de Chine est considérée comme un « tueur de portes-avions ».

La famille de missiles balistiques chinois Dong Feng dont sont issues les fusées spatiales « Longue Marche » sont réputées pour leur fiabilité.

Le DF-26 est un missile à propergol solide doté de deux étages d’un poids total au lancement de 20 tonnes. Sa charge utile varie entre 1.2 et 1.8 tonnes (charge conventionnelle ou nucléaire) et dispose de capacités de guidage et de manoeuvrabilité hypersonique. Ce système peut être basé dans des silos souterrains ou plus généralement sur rampe de lancement mobile. Il peut être déployé et mis à feu dans un délai très court, ce qui le rend très difficile à contrer.

Une des stratégies suivies par Beijing était nommé les frappes de saturation et cela consistait à un usage massif de missiles balistiques DF-21D, d’une myriade de missiles anti-navires et de missiles Air-sol pour neutraliser tout soutien naval étranger technologiquement supérieur à Taïwan. Cependant, avec le déploiement de la variante antinavale du DF-26, et le développement de plusieurs autres modèles de la famille du Dong Feng, Beijing compte bien interdire totalement l’approche des groupes de l’aéronavale US près de ses eaux territoriales en cas de crise ou de conflit.

Des théoriciens militaires chinois croient qu’il suffirait d’envoyer par le fond un ou deux portes-avions nucléaires US dès le début des hostilités pour obtenir une victoire écrasante sur les États-Unis en cas de guerre ouverte.

La Chine déploie la version anti-navire du missile balistique Dong Feng DF-26

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

L’analyse tacite du dernier discours de Hassan Nasrallah, Secrétaire général du Hezbollah libanais, une formation politico-militaire de la résistance libanaise soutenant l’armée régulière syrienne depuis le début du conflit au Levant est que :

  1. La force de frappe balistique du mouvement, considérée comme l’une des plus importantes detenues par une entité non-étatique au monde, est intégrée à la seconde artillerie syrienne (missiles balistiques) et à celle, bien plus conséquente, de la République islamique d’Iran ;
  2. Qu’en cas de nouvelle escalade israélienne, le Hezbollah et la Syrie peuvent répliquer par des frappes balistiques ciblant un grand nombre d’objectifs israéliens listés sur une base de données commune.
  3. Que l’arsenal du Hezbollah en matière de roquettes et de missiles n’a cessé de s’accroître quantitativement et qualitativement au point où la stratégie de ce mouvement est en train de s’adapter à de nouvelles formes de guerre asymétrique impliquant non seulement le « déluge balistique » mais des opérations terrestres sur des fronts larges et étendus avec progression et occupation du terrain.

C’est l’une des très dures leçons acquises dans la longue guerre en Syrie.

Les dirigeants israéliens ne mesurent pas avec exactitude l’ampleur du problème qu’ils se sont créés dans ce qu’ils appellent leur front du Nord en ciblant la Syrie avec une guerre hybride en vue d’y induire un changement de régime dans ce qu’ils percevaient comme le maillon faible dans l’alliance stratégique entre le Hezbollah libanais, Damas et Téhéran.

Une nouvelle ligne rouge vient d’être tracée par le Hezbollah. On verra quelle sera la réaction d’Israël. Dans tous les cas de figures, un scénario similaire à la guerre de juillet 2006 n’est plus à écarter. Avec des conséquences bien plus grandes, vu la nature du conflit en cours au Levant.
En 2006, la Syrie avait soutenu le Hezbollah dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui Damas et le Hezbollah sont sur la même ligne de front.

Les voies du Seigneurs sont souvent impénétrables !

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

 

Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

28 janvier 2019 –En novembre 2014, un site US eut la riche et abondante idée de faire le décompte du nombre de fois où, dans le système de la communication du bloc-BAO, la Russie avait envahi l’Ukraine. Vous savez que l’invasion de l’Ukraine par la Russie est un fait historique évident, aveuglant, émouvant, poignant, bouleversant, que nul esprit sensé ne peut songer à contester ; mais plus encore, c’est le nombre de fois où cette invasion eut lieu qui est impressionnant… Voilà ce que cela donnait, dans nos colonnes, le 15 novembre 2014 :

« Le site Red Pill Times a eu, le 13 novembre 2014, la riche et laborieuse idée de recenser le nombre de fois où, à en croire les autorités additionnées Kiev-OTAN-département d’État-bloc BAO-Presse-Système, – et qui oserait ne pas croire à cette masse référentielle ? – la Russie lança une invasion de l’Ukraine. (L’expression de Stealth Invasion  [voir le 2 septembre 2014], doit être rappelée à cette occasion pour confirmer le sérieux du propos.) Le résultat est à la fois surréaliste et effrayant : 36 occurrences ont été déterminées. (36 en 9 mois, ce qui fait exactement 4 invasions par mois, ou une invasion par semaines, ou 0,1042 invasion par jour.) Cela laisse à penser sur l’incroyable héroïsme ukrainien, particulièrement de la direction-Kiev… » (Etc., etc., ou disons bla-bla-bla, – l’article, tentant de ridiculiser par la moquerie vicieuse l’incomparable courage civique et militaire de Kiev & Cie, – et de l’OTAN certes, et de l’UE ô combien…)

Voilà que ce chiffre de 36 pris arbitrairement comme symbole, selon un laps de temps arbitraire, – je ne considère que l’aspect symbolique et ne prétends à aucune rigueur scientifique, – est supplanté par un autre chiffre qui est celui des plus incroyables FakeNews développées dans le cadre du Russiagate : 42 contre 36…

Le recomptage est fait par un anodin et vicieux observateur du monde de la presseSystème et assimilés, à propos de certaines légèretés de langage, disons une certaine, et belle et bonne liberté prise vis-à-vis de la vérité. Il faut savoir ce que vertu veut dire, mille diables ! Je ne peux comprendre en quoi une chose comme la vérité serait une entrave à l’exercice des libertés fondamentales de l’esprit humain et de la vertu postmoderniste : comment ?! L’on n’aurait pas le droit de prendre des libertés, – plusieurs en plus, ce qui multiplie d’autant la vertu, – vis-à-vis de la vérité ?!

Quoi qu’il en soit, j’en viens à mon “observateur vicieux et anodin” selon un texte qui vient, devinez, – de RT.comévidemment(le 22 janvier) :

« Un énorme scoopdu site BuzzFeed nous annonçait la semaine dernière que Donald Trump avait donné ordre à son ancien avocat, Michael Cohen, de mentir devant le Congrès. Ce n’était que le dernier d’une longue série de bobards de la campagne antirusse nommée “Russiagate”.

» L’article de BuzzFeed, qui a fait l’objet d’un démenti officiel[du procureur Mueller lui-même], fait partie d’un phénomène que l’on pourrait qualifier de “fausses nouvelles acceptables” – des fausses nouvelles qui ont la côte des médias parce qu’elles servent une certaine narrative. Dans ce cas, cela renforce le récit de Russiagate, que les médias traditionnels ne cessent d’user jusqu’à la moelle depuis deux ans. Ne disposant d’aucune preuve irréfutable que Trump a “collaboré” avec la Russie pour remporter les élections de 2016, ils se raccrochent désespérément à toute trace de fausses preuves qu’ils pourraient trouver.

» La semaine dernière, un utilisateur astucieux de Twitter a compilé une liste d’énormes 42 nouvelles-FakeNews sorties du Russiagate, présentées comme des scoops et finalement démenties ou aménagées. Voici sept des cas les plus scandaleux… »

Comme on l’a lu dans le texte, il y a un renouveau d’agitation autour des “nouvelles” produites par le Russiagate, disons depuis le fin de l’année 2018Cela n’est ni indifférent, ni fortuit, pourrait-on supposer. Ainsi en est-il de Stephen F. Cohen, dans The Nation, s’interrogeant sur cette frénésie renouvelée du Russiagate

« Pourquoi cette frénésie maintenant? Peut-être parce que les promoteurs de haut niveau du Russiagate craignent que le Procureur Spécial Robert Mueller ne produise pas la “bombe” espérée pour mettre fin à la présidence de Trump. Certes, le chroniqueur David Leonhardtdu New York Times semble inquiet et exigeant. “Le président doit partir” observe-t-il, exhortant à l’action dans le sous-titre de son article, “Qu’est-ce que nous attendons ?”. (Dans certains pays, un article comme celui-ci, et il y en a beaucoup, serait lu comme un appel à un coup d’État.) Peut-être pour inciter les démocrates qui ont maintenant pris le contrôle des comités d’enquête de la Chambre à agir dans le sens qu’on devine. Peut-être plus simplement parce que le Russiagate est devenu une sorte de culte politico-médiatique qu’aucun fait ni aucune preuve ne peut réduire et encore moins démentir. »

J’attire votre attention sur la dernière phrase parce que c’est la plus fascinante, la plus constructive, la plus ouverte, – bref, la piste à suivre : « [L]e Russiagate est devenu une sorte de culte politico-médiatique qu’aucun fait ni aucune preuve ne peut réduire et encore moins démentir. » En conséquence, cette narrative est d’ores et déjà entré dans l’histoire officielle comme un fait historique nécessairement étranger à toutes contestation, et qui plus est un fait historique sacralisé puisque devenu “une sorte de culte politico-médiatique”. (De même, l’“invasion russe” de l’Ukraine, d’ailleurs sorte de prélude du Russiagate et effectivement point de rupture dans l’objectivisation de la narrative, est elle-même devenue, dès 2015-2016, un fait historique qu’il est impensable de contester sous peine d’être accusé de “révisionnisme”.) Le propos de Cohen est justement choisi : nous sommes entrés dans l’ère d’une nouvelle religion, à la fois si intense et si contrainte jusqu’à la terreur qu’on doit effectivement la qualifier de “nouveau culte”… Le culte est celui du Russiagate et la religion celle du FakeNewsisme : le phénomène est désormais assez long et vigoureux pour être identifié comme structurel.

Le culte exige de dévorer régulièrement de nouvelles victimes, de plus en plus vite, de plus en plus de victimes, – un appétit d’ogre, ma parole … Par conséquent, comme dans une Révolution qui dévore allègrement ses propres enfants, personne n’est à l’abri de ce phénomène touchant absolument tous les domaines de la politique, c’est-à-dire de l’hystérie de la psychologie exacerbée par les divers courants déstructurants de la société développés en mode de surpuissance par le Système, tout cela engendrant un désordre qui ne suit plus aucune consigne, plus aucune “ligne” politique, encore moins un complot ou quelque chose de la sorte… On le voit lorsque les progressistes eux-mêmes, qui ont été les principaux outils et propagateurs de ce phénomène, en deviennent les victimes. La dernière attaque en date dans le cadre du Russiagate, est contre Bernie Sanders, et il est accusé d’être un agent du Kremlin alors qu’il vient d’annoncer qu’il sera candidat pour l’élection de 2020. C’est Catlin Johnson qui nous annonce la chose, la première à annoncer que les progressistes qui ont lancé ou soutenu le Russiagate vont commencer à y passer :

« L’autre jour, j’ai publié un articledisant que nous pouvons nous attendre à voir de plus en plus de campagnes de diffamation décrivant les progressistes comme des agents du Kremlin et des idiots utiles de Poutine à l’approche des élections de 2020. Depuis la publication de cet article, deux événements se sont produits: un rapportselon lequel Bernie Sanders est sur le point d’annoncer sa candidature à la présidence de 2020, et une forte augmentation de la part des démocrates centristes le dénonçant en tant qu’agent du Kremlin. »

Russiagate, comme l’invasion russe de l’Ukraine, est entré dans l’histoire, – je veux dire dans la “petite” histoire, l’hagiographie-Système, dans les articles de magazines et les documentaires télévisés qui font “du bon boulot” comme dirait Fabius. L’entraînement est irrésistible et il concerne d’abord un problème psychologique bien plus qu’une situation classique de contrainte extérieure, ou de corruption. Ce problème psychologique se manifeste dans les convictions nées de l’hystérisation de la perceptionpour une partie non négligeable du personnel de la presseSystème, surtout aux USA, et pour une autre “partie non négligeable” du même personnel la soumission à la terreur de la nécessité de conformité au culte. Parlant de la question du féminisme qui est totalement contiguë à celle de l’antirussisme (Russiagate) jusqu’à s’y confondre, – cette vaste nébuleuse du simulacre de la postmodernité aux abois et radicalisée qui frappe le monde de la communication-Système, – Natacha Polony explique (Éléments, n°178, février-mars 2019), en réponse à la question de savoir ce qui est “le plus dommageable, la censure ou l’autocensure ”…

« A coup sûr, l’autocensure, ne serait-ce que parce qu’elle va au-delà de ce qu’exigerait la simple censure. Sur les questions de société, par exemple, un grand nombre de nos confrères sont d’une prudence de Sioux : au moment de la campagne “MeToo” [dénonciation de contraintes et violence sexuelles à la suite du scandale Weinstein] j’ai été frappée par le spectacle consternant donné par des journalistes qui se contorsionnaient pour expliquer qu’ils étaient depuis toujours de fervents féministes et qu’il n’y avait aucun excès dans ce mouvement, alors qu’ils n’en pensaient pas un mot. Je trouve terrible de voir des gens obligés de s’humilier et de mentir en public pour éviter que leurs confrères ne lsd regardent de travers… »

http://www.dedefensa.org/article/entre-fakenewsacceptables-et-terreur