MACRON, L’ANTI DE GAULLE  (Jean Goychman)

MACRON, L’ANTI DE GAULLE
(Jean Goychman)

De Gaulle et lui ont occupé le même poste, mais notre Président, contrairement à son lointain mais illustre prédécesseur n’agit qu’en termes de communication. D’habitude, on retrouve cette façon de faire chez les acteurs et les gens du « show-biz » qui se mettent en scène en permanence, de façon à être présents dans tous les esprits. C’est le syndrome du « connu, donc reconnu » Cela devient un mode « subliminal » d’information dans lequel on associe une personne avec une chose. Le contenu est secondaire, mais l’association d’idées prime sur tout le reste.

La souveraineté européenne

Prenons ce simple exemple : Emmanuel Macron sait parfaitement que le mouvement de réveil des peuples se généralise à la surface de la planète. Il est l’expression d’un manque de confiance envers des élites qui prétendent agir pour défendre les intérêts nationaux, mais qui, dans la réalité, veulent faire disparaître les nations. Ces élites, pensant que le cadre restreint des nations à l’intérieur de leurs frontières entravait leurs ambitions mondialistes, ont imaginé un processus dans lequel elles allaient se dissoudre « comme on agglomère les marrons dans la purée », tel que l’avait dit de Gaulle de cette façon très imagée. La Nation, dans l’inconscient collectif, est synonyme de souveraineté populaire. Même si cela paraît désuet et archaïque, le peuple est le seul souverain et une souveraineté non-populaire ne peut – en principe – pas exister dans une démocratie. Macron martèle un concept qui est censé éliminer cette difficulté en parlant de « souveraineté européenne ». Ainsi, les souverainistes, souvent appelés populistes, ne seront plus les seuls à défendre ce concept et, hormis quelques râleurs patentés et identifiés, tout le monde sera satisfait !

Le problème est qu’il n’existe pas de « peuple européen ». Il y a despeuples, dont beaucoup ont une histoire commune, mais qui tiennent chacun à garder leur identité. Peut-il y avoir une nation sans peuple ? La réponse est non. Or, pas de peuple, pas de souveraineté.

L’Europe, c’est quoi, au juste ?

L’absence de peuple européen interdit l’émergence d’une « nation européenne ». De Gaulle disait pourtant « les seules réalités internationales, ce sont les nations » comme l’a écrit Alain Peyrrefitte dans le tome 2 de « C’était de Gaulle »

Si l’Europe – et tout les gens de bonne foi en conviendront – n’est pas une nation, ni un empire, ni un système tribal, comment peut-on la définir ?

Pour faire un peu de formalisme, nous devons parler de « l’Union européenne », mais cela ne modifie en rien ce problème d’identité. Sa définition la plus courante est celle d’une « association politicoéconomique sui generis de vingt-huit Étatseuropéens qui délèguent ou transmettent par traité l’exercice de certaines compétences à des organes communautaire». Vous remarquerez que le terme « nation » a disparu, au profit des Etats, et cela est loin d’être anodin. Il faut remonter au tout début de l’Europe pour trouver la genèse de cette « natiophobie ». Jean Monnet, considéré comme un des pères de l’Europe, avait très clairement affiché le programme dès 1943, lors d’une réunion préparatoire avec un groupe de travail sur l’Europe de l’après-guerre1

« Il n’y aura pas de paix en Europe si les États se reconstituent sur une base de souveraineté nationale »

Il est évident que combattre tout ce qui se rapporterait à la nation, au nationalisme, au souverainisme ou au patriotisme allait constituer la base de l’action future de la construction européenne.
On peut se demander pourquoi seules les nations européennes étaient visées et pas les autres ? Car, dans le même temps, la décolonisation en Asie et en Afrique, fortement poussée par le Département d’Etat et la CIA, redonnait aux peuples la souveraineté à laquelle ils aspiraient.
Pourquoi seule l’Europe était la cible de mouvement de dénationalisation ?

La renaissance de l’Europe

Emmanuel Macron nous parle de « faire renaître l’Europe ». Encore eut-il fallut qu’elle existât, ou du moins qu’elle eut une existence par elle-même en tant qu’entité. Faire disparaître les nations européennes et les peuples auxquelles elles appartenaient n’impliquait pas que cette entité non définie les remplace.

Il y a toujours eu deux conceptions différentes de l’Europe :

  • La première, pragmatique et réaliste, consistait à créer des attaches bilatérales, de nation à nation, en leur faisant mettre leurs capacités intellectuelles, techniques et financières en commun pour réaliser en coopération de grands projets industriels ou scientifiques.
  • La seconde, jamais mise en avant, mais omniprésente, s’inspirait des Etats Unis d’Amérique, et consistait à établir  une Europe fédérale.

Comme la finance se trouvait du coté des fédéralistes, l’Europe des Nations n’a jamais pu voir le jour alors qu’elle s’imposait à la raison. Mais l’Europe fédérale n’a jamais vu le jour non plus, en raison de la réticence des peuples, qui interdisait, pour des questions électoralistes, la mise en œuvre de ce fédéralisme européen.
Il y eut des manœuvres d’approche, destinées à imposer un fédéralisme de fait par abandon progressif des attributs de la souveraineté des peuples, mais le grand saut n’a jamais eu lieu.

L’abandon du fédéralisme

Le coup fatal à ce projet fédéral a été porté en deux temps, distincts mais complémentaires. Le référendum de Maastricht avait ouvert la voie de ce fédéralisme et devait logiquement, après la mise en place d’une monnaie unique, conduire à une harmonisation sociale et fiscale devant déboucher sur une Europe politique. Malheureusement, la charrue avait été « mise avant les bœufs » par les tenants du fédéralisme qui pensaient que la partie était gagnée et que le projet politique européen allait voir le jour rapidement. Le projet de constitution européenne apparaissait alors comme une simple formalité que les peuples, ignorants de la portée réelle du texte qui leur était soumis, allaient plébisciter.

Une fois encore, ce que Philippe Seguin appelait « la conspiration du silence » était à l’œuvre. Et là, le sursaut se produisit. Les Français rejetèrent ce projet de constitution le 29 mai 2005, imités par d’autres peuples européens. Le divorce avec l’élite euro-mondialiste était acté, et un sentiment profond que l’Europe allait enfin prendre en compte l’avis des peuples a vu le jour. Cela aurait du être la véritable naissance de l’Europe. Hélas, il n’en fut rien. Par un tour de passe-passe, en triturant notre constitution, le peuple français s’est vu imposer le Traité de Lisbonne, qui revenait à imposer ce qu’il avait rejeté.

Mais c’est la crise financière de 2008 qui enterra toute velléité fédéraliste. Le principe du « too big to fail » l’emporta sur le sacro-saint libéralisme économique et les peuples furent contraints de renflouer les banques au bord de la faillite. L’endettement des pays de la zone euro ayant largement dépassé les critères de convergence du traité de Maastricht, leur solvabilité financière devenait douteuse, d’où une divergence des taux d’intérêts qui pesait encore davantage sur les plus faibles.

Ceux-ci demandèrent alors aux plus riches de les aider en mutualisant les dettes de la zone euro, ce que l’Allemagne naturellement refusa, en exigeant de leur part plus de rigueur budgétaire. Cela allait encore enfoncer un peu plus ceux qu’il aurait fallu aider. Ce coup d’arrêt fut fatal au fédéralisme.
Il ne s’agit donc pas de faire renaître l’Europe, mais de la créer avec, cette fois l’assentiment des peuples.

L’antinomie des visions européennes entre de Gaulle et Macron

De Gaulle était un pragmatique qui prenait en compte les réalités.
Emmanuel Macron pense qu’une bonne communication peut permettre de convaincre les gens le temps d’une élection et qu’il sera trop tard pour réagir lorsqu’ils seront devant le fait accompli.
De Gaulle avait pour lui d’avoir réussi à mettre la France dans le camp des vainqueurs de la guerre. Emmanuel Macron, comme il le dit lui-même, a pris le pouvoir « par effraction ».  De Gaulle a tout mis en œuvre pour que la France soit une grande Nation écoutée dans le monde, alors qu’Emmanuel Macron veut la fondre dans un vaste ensemble aux contours indéfinis. Sachant le peuple français, comme tous les autres, attaché à la souveraineté nationale, il pense qu’ils ne feront pas la différence avec la souveraineté européenne, dont on se demande pourtant comment elle pourrait s’exercer.

De Gaulle exhortait le patriotisme du peuple français alors qu’Emmanuel Macron le combat en l’associant à la « lèpre des populistes et des nationalistes » et il est conduit à prononcer des phrases ambiguës en proposant des idées, anciennes pour la plupart, et qui n’ont, dans le contexte européen actuel, aucune chance d’aboutir.
De Gaulle s’adressait à la Nation, Emmanuel Macron veut généraliser les grands débats, afin de ne pas dévoiler la réalité de sa pensée. En ce sens , il est beaucoup plus proche de la IVème République d’Henri Queuille, qui disait « Il n’est pas de problème que l’absence de solution n’ait fini par résoudre » que de la Vème d’un de Gaulle affirmant : « Pour faire de grandes choses, il faut de grands hommes, et ceux-ci ne le sont que parce qu’ils ont choisi de l’être »

Jean Goychman
06/03/2019

1Ce groupe était composé, outre Jean Monnet, d’Hervé Alphand, d’Etienne Hirsh, René Mayer et Robert Marjolin. Voir  « Enquête sur la loi du 03 janvier 1973 » p 83 Pierre Yves Rougeyron Editions le jardin des livres

 

https://www.minurne.org/billets/20181

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