LE MYTHE DE L’INDÉPENDANCE DES BANQUES CENTRALES, ANALYSE

LE MYTHE DE L’INDÉPENDANCE DES BANQUES CENTRALES, ANALYSE

La question de l’indépendance des banques centrales se pose et se posera selon nous de plus en plus souvent. Bien entendu ce sera avec des contenus différents selon les problèmes qui dominent à un moment donné.
En ce moment elle est d’actualité parce que Trump exerce des pressions publiques sur la Fed, des pressions privées par contacts divers  et des pressions indirectes par ses nominations.
Lisez cette intervention  de Draghi (voir la déclaration originale en pied de texte)
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a pris la décision inhabituelle d’exprimer publiquement ses inquiétudes quant à l’indépendance de la Réserve fédérale américaine.
Lors d’une conférence de presse tenue lors des réunions de printemps du Fonds monétaire international, M. Draghi s’était « inquiété de l’indépendance de la banque centrale dans d’autres pays ». C’était « particulièrement » le cas de la banque centrale « dans la plus importante juridiction du monde », a-t-il déclaré à la presse le 13 avril.
Trump veut obtenir de la Fed qu’elle finance sa réélection en maintenant des cours de Bourse élevés, des financements faciles pour ses déficits et une activité soutenue par une monnaie faible. Trump besoin d’un dollar faible et le monde global également puisque le monde est endetté, short, en dollars.
Il y a également une autre raison pour laquelle Trump exerce une pression sur l’Institut d’émission: les USA sont en guerre et on sait que les périodes de guerre sont toujours des périodes ou la priorité aux intérêts nationaux priment sur tout le reste.
Les guerres sont multiples et elles ont diverses facettes:
-Guerre traditionnelle qui prend la forme d’une concurrence stratégique dans les dépenses d’armement. Les USA sont en retard dans certains domaines.
-Guerre contre la crise qui, si elle se déclare va balayer l’ordre libéral a actuel et l’ordre que les USA ont imposé au monde depuis la seconde guerre mondiale
-Guerre économique qui est le corollaire de MAGA et implique des reconquêtes donc un change de combat
-Guerre commerciale avec la Chine dans laquelle chaque protagoniste est persuadé que l’autre cédera si son économie vient à fléchir
Il y a d’autres guerre en cours mais celles ci sont les plus évidentes.
Et comme je le dis la guerre impose toujours des changements dans les règles du jeu politique institutionnel et social.
Kennedy avait exercé des pressions en son temps pour financer ses dépenses sociales,  en même temps la guerre du Viet Nam et la compétition avec la Russie dans le cadre de la guerre froide. Il avait exercé des pressions pour que la Fed crée plus de crédit en élargissant ses opérations au delà de l’orthodoxie.
Johnson avait bien sur continué et Nixon, lui, avait été brutal avec le patron de la Fed, le menaçant, cela est resté dans l’histoire.
Protester contre les pouvoirs politiques qui essaient de peser publiquement ou en privé sur les banques centrales est une hypocrisie à destination des opinions publiques; la fonction de ces protestations est en dernière analyse de faire croire au mythe de l’indépendance des banques centrales.
En luttant publiquement contre les pressions on crédibilise le mythe de l’indépendance!
Le mythe de l’indépendance est utile car la fonction des banques centrales repose sur la confiance: il ne faut pas la détruire. Il faut maintenir l’idée qu’elles gèrent en fonction de l’intérêt général, qu’elles n’ont en vue que le bien commun,  et autres balivernes!
Les banques centrales gèrent en fonction de la défense cynique d’intérêts particuliers, mais il ne faut pas que cela soit dit.
Leur conception de l’intérêt général est celle qui découle… des intérêts particuliers.
La soi disant technicité/complexité de la chose monétaire est totalement idéologique, je vais même jusqu’à affirmer qu’elle est conçue comme mystifiante.
Les théories économiques, monétaires, les modèles utilisés sont des outils idéologiques de classe. Ce sont des outils au service de la reproduction de l’ordre dominant. Ils sont profondément conservateurs grâce au jeu de la dissymétrie.
Les banques centrales ont une conception rigoureuse sur les changements qu’il faut imposer aux salariés, mais elles considèrent que le facteur capital lui est intangible: il est comme il est et ne doit pas changer, immuable.
On a détruit la société grecque sans sourciller pour rembourser des banques qui avaient accumulé erreurs sur erreurs. Un capital qui a failli devrait pourtant  être euthanasié, ceci les banques centrales le refusent au nom de la sacro-sainte stabilité financière! En ce moment, Powell sauve les créanciers détenteurs de dettes pourries.
L’Italie sombre sous le poids du capital fictif, du capital de poids mort, dépassé, irremboursable mais peu importe on maintient le dogme, on refuse la restructuration du capital. Cela ferait un mauvais exemple.
Pour les banquiers centraux le capital, le travail mort accumulé est un invariant du système, seul le travail vivant est variable, souple, flexible. Du coup on crée de la monnaie et du crédit pour faire tenir les zombies et pour soutenir les cours de bourse quand les indices s’avisent de chuter pour traduire le poids de la réalité. Dissymétrie!
Ainsi on détruit les droits accumulés par les salariés mais on refuse de détruire  les droits accumulés par les capitalistes même quand leur capital est dépassé, périmé, inadapté. Les banques centrales s’opposent à la discipline orthodoxe du marché qui veut que ce qui a failli soit sanctionné.
Les banques centrales ne sont pas au service de l’intérêt général en tant que tel, elles sont au service du maintien du droit à prélever des ultra-riches, des riches et des gouvernements parce qu’elles pensent, idéologiquement, que c’est l’intérêt général.
Il y a confusion entre l’intérêt  général idéologisé et les intérêts particuliers.
Les PHD, les experts  qui sont nommés à la tête des banques centrales sont des gens dont on sait qu’ils vont appliquer certaines théories et ces théories sont précisément le point déterminant des choix.
Bernanke a été nommé en son temps parce qu’il avait interprété la crise de 29 d’une  certaine façon et que les élites savaient comment il allait traiter la crise produite par Greenspan. Bernanke est venu pour sauver, comme l’avait dit Mellon en son temps, sauver ce qui était pourri.
Les banquiers centraux font de la politique, mais pas au sens noble, désintéressé de défense des intérêts  publics, non ils font de la politique au service d’un agenda.
Ainsi personne ne peut contester que Draghi fait de la politique quand il agit pour mutualiser les dettes européennes, contre sa Charte,  par le biais de son coûte que coûte. Il viole même les traités en mutualisant les dettes pour éviter l’éclatement de l’euro, en finançant les gouvernements. Il les viole quand il exige des réformes sociales , quand il prend la Grèce à la gorge en coupant les liquidités de ses banques.
Draghi fait de la politique au service d’un ordre mondial, d’un agenda européen, de Goldman Sachs et ses semblables et accessoirement de l’Italie.
—————————————————-

European Central Bank president Mario Draghi has taken the unusual step of publicly expressing concern over the independence of the US Federal Reserve. Draghi told a news conference at the International Monetary Fund’s spring meetings that he was “certainly worried about central bank independence in other countries”. This was “especially” true of the central bank “in the most important jurisdiction in the world”, he told reporters on April 13 Draghi’s warnings follow US president Donald Trump….

RÉPONDRE

NAVIGATION DES ARTICLES

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s