Syrie : L’Armée Syrienne Libère Apamea (Ἀπάμεια)

Analysis

Syrie : L’Armée Syrienne Libère Apamea (Ἀπάμεια)

Les unités de l’Armée Arabe Syrienne (A.A.S) ont libéré une seconde fois l’antique cité Seleucide d’Apamea (Ἀπάμεια) ou Afamia (en Arabe) entre les 04 et 06 mai 2019 en avançant le long de l’Oronte.

Le site abandonné depuis le 13ème siècle se trouve dans le gouvernorat de Hama, dans la plaine du Ghab, une zone où se déroulent des combats pour repousser des incursions de groupes terroristes retranchés dans la province rebelles d’Idleb.

La cité antique fondée vers 300 avant Jésus-Christ par Seleucus Nicator I a subi d’immenses dégâts causés par des fouilles sauvages menés par des chasseurs de trésors mais également par des actes de vandalisme. Deux des groupes rebelles dits “modérés”, très activement soutenus par la France et la Turquie, qui avaient pris possession des lieux en 2017, ne supportaient guère de voir ces “ruines païennes”.

Le musée adjacent au site, classé patrimoine mondial de l’humanité, a subi un pillage en règle et des mosaïques inestimables sont portées disparues.

Des centaines de vestiges et d’artifacts remontant aux périodes Hellénistique, Romaine, Byzantine et Arabe ont été pillés pour être revendus en Turquie, en Israël, en Europe et ailleurs.

Mosaïque représentant une scène de chasse (palais du gouverneur de Syria Secunda), 412-420 après J-C.

Le Cardo Maximus de l’antique cité aligne une surprenante colonnade sur près de 1200 mètres selon un axe Nord-Sud. Apamea fut entièrement détruite par un puissant séisme en 115 après Jésus-Christ pour être reconstruite sous les empereurs Trajan et Hadrien. Elle sera plus tard restaurée sous le règne de l’empereur byzantin Justinien. Saccagée par les Sassanides lors de la grande guerre entre les empires Byzantin et Perse, elle survivra jusqu’à la fin des Croisades durant lesquelles elle subira plusieurs pillages.

La libération de Apamea par l’Armée syrienne met en relief l’extrême difficulté à repousser ce qui s’apparente à une prise en étau visant le littoral syrien où se concentre le noyau dur des loyalistes. La protection de la province d’Idleb par l’OTAN vise par dessus tout à en faire une tête de pont pour un changement de régime en Syrie. Cependant cette tête de pont s’est heurtée à la présence militaire russe à quelques dizaines de kilomètres. Les turcs ont d’autres calculs plus liés à d’anciennes revendications territoriales réciproques avec la Syrie dont une concernant la province du Hatay, frontalière avec Idlib.

Le Grand Jeu continue.

Syrie : l’Armée syrienne libère Apamea (Ἀπάμεια)

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Castaner douche les prétentions des dirigeants du CFCM

Castaner douche les prétentions des dirigeants du CFCM


Jeudi 30 Mai 2019 modifié le Vendredi 31 Mai 2019 – 10:11


par Hasna Daoudi




Castaner douche les prétentions des dirigeants du CFCM
Autres articles
Alors que tout récemment le CFCM accusait les pouvoirs publics français d’ingérence dans les affaires du Conseil français du culte musulman, voilà que pour son Iftar annuel de mardi dernier, le même CFCM fustigeait l’absence du ministre de l’Intérieur et des cultes, Christophe Castaner, à son repas de rupture du jeûne.

Et pour cause, les quatre ou cinq responsables qui tirent les ficelles au sein de cette instance, pompeusement qualifiée de représentative du culte musulman, puisent toute leur légitimité d’une proximité supposée avec tel ministre ou tel haut responsable. L’absence du ministre de l’Intérieur a douché les dirigeants du CFCM et leur prétention à se croire incontournables dans l’organisation de l’islam en France.

Si Castaner n’a pas pointé son nez à cet iftar, c’est qu’il avait prévu de faire le déplacement à Strasbourg pour l’iftar du président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace, Abdelhaq Nabaoui. Ce dernier est un paria pour le CFCM qui l’a révoqué de ses fonctions d’aumônier national des hôpitaux dans des conditions contestables. Son crime est d’avoir assisté à une conférence du président de l’Association Musulmane pour l’islam de France, Hakim El Karoui, un autre ennemi juré du CFCM.

Convaincu que la départementalisation, plébiscitée par 5000 acteurs locaux consultés entre juillet et septembre 2018 lors des assises départementales, est nécessaire pour organiser le culte musulman, alors que le CFCM s’y refuse, le ministre de l’Intérieur a donc boudé l’iftar mondain de l’instance parisienne pour un autre plus ancré dans les territoires.

Ce camouflet a provoqué le courroux des décideurs du CFCM, n’hésitant pas à qualifier la décision du ministre de désinvolte et d’affront, et s’est même plaint que le ministre de l’intérieur se soit rendu dans des régions auprès de CRCMs (Ndlr : les représentants régionaux du CFCM) pour assister à des iftars, « sans concertation préalable ni information du CFCM » et ce dans une « démarche de division de l’instance nationale représentative du culte musulman et des musulmans de France pour affaiblir leur rayonnement
national » !

Ce à quoi le ministre a répondu depuis Strasbourg par un lapidaire : « Je ne suis l’obligé d’aucune institution ».

« L’islam en France est en mesure de se structurer. L’État ne s’immiscera pas dans l’organisation des cultes en France. J’ai souhaité aller à la rencontre du CRCM Alsace, car il est exemplaire et souhaite faire bouger les choses alors que je vois du côté du CFCM de la frilosité. Il y a là un enjeu pour la République comme pour l’islam. L’islam se construit partout et pas seulement à Paris. Les dynamiques peuvent se construire localement », a déclaré d’emblée M. Castaner devant un parterre de personnalités, dont l’évêque de Strasbourg, le président de l’Église protestante d’Alsace-Moselle, le président de l’Union des mosquées de France (UMF), le grand rabbin de Strasbourg, le président de la grande mosquée de Strasbourg, le maire de Strasbourg, le président de la communauté bouddhiste de France, le président de l’AMIF.

Et au ministre de poursuivre que les pouvoirs publics ne se contenteraient pas d’un seul interlocuteur, appelant à veiller à ce que les cultes se dotent « de représentants réellement représentatifs ».

En privé, le ministre confiait qu’un dialogue « respectueux » et « franc » est dans l’intérêt du culte musulman », allusion explicite à un échange de M. Castaner avec le bureau politique du CFCM qui malgré les remontées de terrain a fait la sourde oreille à la départementalisation. Car celle-ci a la particularité de mettre en évidence la réelle représentativité des uns et des autres.

Le CFCM obnubilé par la réparation des sièges 

La départementalisation est en effet au cœur de ce désaveu. Dans sa réforme annoncée, le CFCM a sciemment ignoré ce paramètre essentiel qui permet d’être aux plus près des préoccupations des acteurs de terrain, de mieux lutter contre le radicalisme, de mieux mutualiser les moyens des acteurs locaux pour améliorer les conditions d’exercice du culte et enfin de mieux faire entendre la voix des musulmans auprès des pouvoirs publics via les maires et les préfets.

L’Union des mosquées de France, qui a rejeté la reforme du CFCM, a appelé à faire évoluer la représentation du culte musulman pour qu’elle soit plus large, plus à l’écoute des attentes et des propositions des acteurs de terrain.

« Depuis quelques années des structures de coordination de mosquées au niveau départemental ont émergé. Le CFCM ne peut les ignorer. Redonner la parole et l’initiative aux acteurs du terrain pour que le CFCM puisse retrouver sa légitimité et sa capacité à répondre aux attentes des musulmans de France n’est plus une option, c’est une nécessité et urgence absolues », a souligné dans une tribune, signée par plusieurs responsables religieux dont les recteurs des grandes mosquées de Lyon, Strasbourg, Evry, Saint-Etienne, le président de l’UMF, Mohammed Moussaoui pour qui la réforme présentée en avril dernier par le CFCM « est complètement à l’opposé de tout ce que les musulmans de France attendent.»

Pour l’UMF, Si cette réforme est mise en œuvre, « non seulement il n’y aurait aucune évolution à signaler, mais il est à craindre que les efforts entrepris depuis des années pour améliorer les conditions d’exercice du culte musulman soient tous anéantis. ».

La réforme » du CFCM, tant attendue, « s’est réduit à quelques modifications des statuts du CFCM, a déploré l’UMF, précisant que ces modifications, qui concernent essentiellement la répartition des sièges entre fédérations et grandes mosquées est « sans aucune vision si ce n’est de faire réélire l’actuel bureau du CFCM. »

Obsédés par la répartition des sièges et le partage du pouvoir, les trois fédérations (GMP, RMF, CCMTF), à la tête de la direction actuelle, ont oublié l’essentiel. A savoir répondre aux attentes tant exprimées par les cinq millions de musulmans de France.

Jeudi 30 Mai 2019 – 21:18


Analyse des élections du Parlement européen

Analyse des élections du Parlement européen

Au lendemain des élections, chaque parti en propose une interprétation qui lui est favorable. Toute lecture objective ne peut que froisser les uns ou les autres. Toutefois, les chiffres ne sont pas discutables.

 | DAMAS (SYRIE)  

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Le résultat des élections du Parlement européen ne correspond pas du tout à ce qui avait été anticipé —y compris par nous—. Cette analyse se fonde sur les résultats provisoires, le lundi 27 mai à 10h GMT.

1— La participation a bondi, par rapport au scrutin précédent de 2014, de 43 à 51 %

Certes, plusieurs États avaient organisé d’autres scrutins le même jour, mais cela n’explique pas ce saut. Plusieurs interprétations sont possibles. La seule chose sûre est que les électeurs considèrent que l’Union —et non pas le Parlement— est un enjeu plus important pour leur avenir que par le passé.

2— Les partis de la Première Guerre froide arrivent en tête au Parlement, mais sont violemment rejetés en France et au Royaume-Uni au profit des libéraux

La situation de ces pays est différente. La France avait déjà amorcé sa mue avec l’élimination de la droite et de la gauche de la Première Guerre froide au 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017. Elle confirme la fin des Républicains (8 %) et des Socialistes (6 %).
Le Royaume-Uni répond à une autre logique pour arriver à le même conclusion. Ce pays, dont la culture juridique est totalement différente de celle de l’Union et a façonné celle des États-Unis, avait décidé, sous Barack Obama et en accord avec lui, de quitter l’UE pour rejoindre l’Alena [1]. Mais lorsqu’il vota le Brexit, les États-Unis amorcèrent, avec Donald Trump, leur virage d’une politique impérialiste à une politique jacksonienne. Désemparée, la classe dirigeante britannique ne parvint pas à trouver de nouveaux partenaires et bloqua le Brexit. Les Travaillistes n’obtiennent que 14 % et les Conservateurs 8 %, tandis que les Brexiters les submergent à 31 %.
Ce jeu de massacre profite à l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), représentée en France par La République en marche (22 %) et au Royaume-Uni par les Lib-Dems (18 %).
Si la droite (PPE, 178 sièges) et la gauche (S&D, 149 sièges) restent les principales couleurs au Parlement européen, elles sont talonnées par les Libéraux (ADLE, 111 sièges). Compte tenu des précédents historiques, on peut s’attendre à ce que la France et le Royaume-Uni fassent école dans le reste de l’Union et que, au prochain scrutin, le PPE et les S&D disparaissent au profit des Libéraux.

3— Faible poussée de l’objectif identitaire

L’Italien Matteo Salvini avait l’ambition de fonder une alliance des partis opposés au système. En définitive, il n’a pu regrouper que les partis identitaires autour du rejet commun du modèle anglo-saxon de « société multiculturelle » (c’est-à-dire d’une société morcelée dans laquelle chaque communauté culturelle dispose, non plus des mêmes références nationales, mais de ses propres codes et références).
L’affirmation du modèle de société européenne contre le modèle anglo-saxon deviendra parfaitement compatible avec les institutions de l’Union si le Royaume-Uni réalise son Brexit. C’est tout à fait à tort que l’on présente la coalition de Salvini comme « euro-sceptique » ou « d’extrême-droite ».
En définitive, l’Europe des nations et des libertés (ENL) ne progresse que de 16 %, passant de 50 à 58 sièges sur 751.

4— Échec de l’idée de souveraineté européenne

Tout exposé de la main-mise anglo-saxonne sur l’Union, telle que stipulée par les Traités, ou du caractère européen de la culture russe, ont été relégués hors du champ médiatique.
Laissons de côté la rhétorique sur l’« Union puissance », face à la Chine, à la Russie et aux USA, que tous savent n’être qu’un propos de tribune. Les électeurs ont compris qu’une Nouvelle Guerre froide se met en place, mais ils considèrent que l’Otan était le meilleur allié durant la Première Guerre froide et qu’ils doivent se positionner à ses côtés durant la Seconde. Cependant l’absence de débat public sur ce thème révèle une mauvaise conscience, comme s’ils pensaient leur choix à la fois prudent et lâche.

5— En Allemagne et en France, substitution de buts de la « société civile » aux questions politiques

L’expression anglo-saxonne « société civile » désigne des associations qui, de par leur statut, ne sont pas associées à la politique, mais défendent d’autres causes. C’est très exactement le cas des questions environnementales, qui sont souvent transnationales, mais toujours subordonnées aux questions politiques. Ainsi, même si l’on supprimait toutes les voitures et tous les camions dans l’Union, la baisse de Co2 serait infime par rapport à la quantité produite par les bateaux et les avions nécessaires à la globalisation économique. Ou encore, même si l’on protégeait, non pas dans l’Union, mais dans le monde, toutes les espèces en voie de disparition, cela ne préserverait pas la biodiversité détruite par les guerres. D’ailleurs, en situation de guerre, toutes les réglementations environnementales seraient oubliées.
La poussée des Verts, en Allemagne (20 %) et en France (13 %), traduit donc une impuissance des électeurs en matière politique. Puisqu’on ne peut agir contre l’impérialisme et la globalisation économique, rendons-nous utiles d’une autre manière.

Les forces se mettent en place pour la Nouvelle Guerre froide.

[1The Impact on the U.S. Economy of Including the United Kingdom in a Free Trade Arrangement With the United States, Canada, and Mexico, United States International Trade Commission, 2000.

https://www.voltairenet.org/article206596.html

EUROPÉEN OU PATRIOTE

EUROPÉEN OU PATRIOTE
Le poids d’un passeport : à quel point la nationalité d’un président de la commission change-t-elle le destin de l’Europe… et celui de son pays ?

 Atlantico :  Il a parfois été reproché au président Juncker de favoriser son pays d’origine, le Luxembourg. Jusqu’à quel point la nationalité d’un président de  la Commission a-t-elle une influence sur la politique menée par la Commission européenne ?

Christophe Bouillaud : En fait, au niveau du Président de la Commission proprement dit, très peu. Tous ses actes et déclarations sont tellement scrutés par la presse et les opposants à la Commission en place qu’il est en fait impossible à un Président de la Commission d’agir ostensiblement en faveur de son pays d’origine. Par contre, un Président de la Commission garde une orientation idéologique générale, qui correspond le plus souvent aux intérêts qu’il représentait déjà en tant que politicien dans son pays. Jean-Claude Juncker est bien sûr un ancien dirigeant luxembourgeois conservateur. Or on ne peut pas dire que sa mandature à la tête de la Commission aura été marquée par une révolution dans les affaires fiscales de l’Union européenne. Il se trouve que ce statu quo, ou, pour être charitable, ces évolutions millimétriques, arrangent bien le Luxembourg façon Juncker. Vous remarquerez d’ailleurs que le seul grand scandale qui ait marqué la Commission Juncker n’est autre que la nomination un peu trop rapide de l’allemand Martin Selmayr à la tête de l’administration de la Commission. Bref, au niveau de la Présidence de la Commission, ce n’est pas tant les intérêts nationaux qui jouent que les intérêts transnationaux, idéologiques, voire de coterie, qu’incarne tel ou tel Président par son histoire et les conditions de sa nomination.

De toute façon, sur les deux dernières décennies, les membres du Conseil européen ont toujours pris soin de choisir un Président de la Commission qui n’incarne pas trop un intérêt national et qui soit une personnalité politiquement faible au moment de sa nomination. De fait, les prétendants candidats venant d’un grand pays – un Allemand ou un Français en particulier – sont désavantagés, parce que de tels personnages peuvent avoir trop de capital politique, acquis dans une carrière nationale précédente dans un grand pays, à faire valoir à Bruxelles. La seule exception est Romano Prodi, quoiqu’il ait été un personnage important en Italie, il avait été nommé un peu à l’arrache pour faire oublier l’échec de la Commission Santer, mais on a plutôt reproché à ce dernier de s’intéresser trop à la politique italienne et pas assez à l’Union européenne que de favoriser les intérêts italiens.

Vous dites que cette appartenance à une nationalité peut être justement un obstacle à l’accession à la présidence et vous prenez entre autre l’exemple de l’Allemagne, souvent taxée de profiter de l’Europe pour faire valoir ses intérêts. Est-ce à dire que le président potentiel doit procéder à une forme de « dénationalisation » pour pouvoir incarner sa fonction ? Et qu’un candidat allemand a de faibles chances d’être choisi ?

Bien sûr, le Président de la Commission doit se « dénationaliser », et, sur un plan très pratique, il lui faut bien parler dans l’idéal l’anglais, l’allemand, et le français. Un des problèmes de Romano Prodi fut d’ailleurs son mauvais niveau en anglais. Le Président de la Commission, comme d’ailleurs les autres personnalités de la hiérarchie de l’Union européenne, doivent absolument faire comme s’ils n’avaient plus de nationalité, et en pratique, être des locuteurs avisés en anglais du jargon européen.

Un candidat allemand n’aurait donc sans doute pas plus de difficulté qu’un autre à devenir un parfait européen, par contre, vu le poids de l’Allemagne actuelle dans les affaires européennes, cela apparaîtrait facilement comme une prise de possession trop évidente de l’Union européenne par son membre le plus important, un peu comme la Prusse dans l’Empire allemand d’avant 1914. C’est cette crainte d’une hégémonie allemande qui peut limiter toute proposition d’un Président allemand de la Commission.

Si le président de la Commission doit incarner l’intérêt européen, les commissaires, en revanche, jouent-ils un rôle dans la promotion d’intérêts nationaux ? Leur influence se manifeste-t-elle dans l’inflexion de la politique de la Commission ? Dans quelle mesure et dans quel sens ?

Théoriquement, tous les Commissaires européens sont tenus légalement d’incarner le seul intérêt européen. D’ailleurs, leur cabinet doit être plurinational. Par contre, chacun sait que l’une des missions informelles de chaque Commissaire est d’informer aussi l’Etat qui l’a nommé de ce qui est en train de se tramer au niveau de la Commission. C’est bien pour cela que les Etats ont finalement refusé de se passer de la norme qui attribue un Commissaire pour chaque Etat (soit 27 Commissaires en cas de Brexit effectif). Cette fonction d’alerte avancée dépend par ailleurs des liens qui existent avec la majorité gouvernementale en place dans le pays de nomination. Comme le mandat de Commissaire dure cinq ans en principe, un Commissaire peut se retrouver dans l’opposition dans son propre pays, et il peut être plus réticent à aider ses nouveaux dirigeants. Inversement, le Commissaire de chaque pays peut être celui que les intérêts organisés de ce pays essayeront de contacter en premier pour plaider leur cause.

Toutefois, en dehors de cette fonction d’alerte et d’information au profit d’intérêts nationaux, il est très mal vu pour un Commissaire d’apparaître comme le tuteur d’intérêts nationaux dans son pays. C’est l’erreur à éviter si l’on veut avoir une bonne réputation comme Commissaire européen. En réalité, les Commissaires européens jouent surtout leur propre partition sans être nécessairement inféodé à leur pays d’origine.

Dans le cas présent, si Emmanuel Macron réussit à empêcher la candidature de Manfred Weber d’aboutir, pourra-t-il s’opposer à la nomination de Weidmann à la BCE, ce qui pourrait pourtant faire plus de mal à la France ? Et s’il venait à réussir à empêcher les deux candidatures, ne risquerait-il pas de nuire très fortement à la relation franco-allemande elle-même déjà fortement dégradée ?

Visiblement, le communiqué du récent Conseil européen prétend que les nominations à la Commission et à la Présidence du Conseil sont distinctes de celles à la Banque centrale européenne. Cela correspond à une logique institutionnelle : l’Union européenne en général et la gestion de la zone Euro en particulier, cela laisse donc la possibilité d’une victoire française sur les deux tableaux, mais il est bien évident que les dossiers sont liés et que dans les deux cas les intérêts français et allemands ne sont pas complètement alignés.

Pour ce qui est de la relation franco-allemande, il y aura sans doute un bras de fer, mais, de toute façon, comme aucun des deux pays ne peut se permettre de rompre vraiment le partenariat franco-allemand à court terme, vu que l’existence de l’Euro lie les deux Etats,  il y aura simplement un peu plus d’acrimonies en coulisses. Après, on peut très avoir une non-défaite croisée de la France et de l’Allemagne. La France refuse Weber à la Commission et Weidmann à la BCE, et l’Allemagne coule poliment Barnier à la Commission. Chacun des deux pays accepte de perdre « son » candidat au profit de tiers candidats, acceptables par défaut par les deux. L’avantage d’une telle solution est que cela apporterait à la Présidence de la Commission ou à la Présidence de la BCE une image d’arbitre entre les Etats.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 30 MAI 2019 | ARTICLES232 

Une nouvelle théorie rencontre un succès croissant aux États-Unis, et elle commence à faire parler d’elle en Europe. Retenez bien ce nom, vous l’entendrez de plus en plus : la Théorie Monétaire Moderne (TMM). Elle vient de la gauche du Parti Démocrate et elle recommande de faire encore plus de déficit budgétaire, mais financé par la planche à billets plutôt que par des obligations du Trésor. Pourquoi ? Parce qu’on peut faire plus de déficit de cette façon !

En effet, si le déficit public est financé par émission d’obligations, la limite est la capacité des agents économiques à détenir des obligations, et celle-ci peut saturer rapidement, une fois que les épargnants ont consacrée une large part de leurs avoirs à l’assurance-vie (surtout investie en obligations d’État). Les choses se compliquent d’autant plus que le niveau d’épargne est faible, comme c’est le cas aux États-Unis. Reste bien sûr la possibilité de vendre ces obligations à l’international, mais là encore la capacité d’absorption n’est pas illimitée et, surtout, cela fait peser un risque géopolitique, un pays créancier pouvant vendre en masse afin provoquer une chute de cours ou même une crise financière.

Par contre, la limite au déficit financé par la planche à billets est la capacité des agents économiques à détenir de la monnaie, or celle-ci est très importante puisqu’ils perdent difficilement confiance dans la monnaie. Le billet de banque semble incarner une valeur « officielle » indubitable. On ne note d’ailleurs pas de phénomène de « fuite devant la monnaie » au Japon où, pourtant, la dette publique atteint près de trois fois le niveau du PIB.

La Théorie Monétaire Moderne (TMM) est une prime à l’irresponsabilité, une fuite en avant, avec une fin qui sera douloureuse car ceux qui la professent n’ont manifestement pas étudié de près le Zimbabwe, le Venezuela, ou l’Allemagne de Weimar. Dans ces pays, la planche à billet a débouché sur l’hyperinflation et la ruine généralisée. À un moment donné, les acteurs économiques se mettent à douter de la valeur de la monnaie et ils s’en débarrassent en vitesse pour acquérir des biens réels (nourriture, immobilier, or), les prix explosent et la situation devient irrattrapable.

Cette théorie relève plutôt d’une contre-offensive des keynésiens, toujours obsédés par la dépense publique, et elle trouve une nouvelle justification avec « l’urgence écologique » et la « transition énergétique » qui nécessitent des milliers de milliards d’euros d’investissement. C’est en tout cas par ce biais que la TMM fait son chemin en Europe et déjà plusieurs responsables politiques demandent à sortir les investissements dans les énergies renouvelables de la règle des 3% de déficit budgétaire, ou que la BCE participe directement à ces dépenses.

Soyons clairs, les partisans de la Théorie Monétaire Moderne veulent notre ruine, et ils semblent malheureusement plus puissants de jour en jour. Pour s’en protéger, pas besoin de « théorie », seulement d’un bon réflexe : faire mouvement vers les actifs réels (or physique, immobilier…).

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

https://or.fr/actualites/theorie-monetaire-moderne-tmm-attention-danger-1545

Mueller parie, et botte en touche au Congrès, sur les accusations d’obstruction à la justice

Mueller parie, et botte en touche au Congrès, sur les accusations d’obstruction à la justice


Toute tentative de destitution nuirait aux démocrates


Par Moon of Alabama − Le 29 mai 2019

2015-05-21_11h17_05Le conseil spécial Robert Mueller a clos aujourd’hui son enquête sur la collusion présumée du bureau de campagne de Trump avec la Russie et l’ingérence présumée de cette dernière dans les élections de 2016.

Mueller n’a rien dit qui aille au-delà de son rapport déjà publié. Mais il a souligné que son rapport n’exonérait pas Trump des charges d’entrave au cours de l’enquête :

"Si nous étions sûr que le président n'a clairement pas commis de crime, nous l'aurions dit."

et

"Accuser le Président d'un crime... n'était pas une option envisageable."

C’est une tradition légale qui est dans tous les esprits au ministère de la Justice que celui-ci – en tant que membre de l’exécutif – ne peut pas inculper un président en exercice pour un crime. La seule entité qui puisse le faire est le Congrès par le biais d’un processus de destitution. Mueller devait suivre cette tradition. Il a maintenant laissé la question au Congrès.

Même avant la déclaration de Mueller, certains démocrates soutenaient fermement qu’un tel processus de destitution était justifié. La déclaration faite aujourd’hui par M. Mueller sera considérée comme un soutien à ce processus.

La chef du parti démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, a jusqu’à présent refusé de faire une telle démarche. Elle craint qu’un processus de destitution ne fasse qu’aider Trump au cours de la prochaine campagne électorale. Il essaiera certainement de bloquer le processus. Il jouera la victime et diabolisera les Démocrates. Le bruit médiatique entourant un processus de destitution, pendant la campagne, étoufferait également toute autre question politique que les Démocrates pourraient vouloir mettre en lumière. Ce fut déjà le cas avec le Russiagate au cours des deux dernières années et demie. Ça n’a pas aidé les choses.

Mais il y a aussi des arguments selon lesquels un processus de destitution pourrait nuire à Trump et augmenter les chances qu’il perde les élections de 2020. Le professeur Alan Lichtman, qui a correctement prédit toutes les élections présidentielles depuis 1984, utilise 13 déclarations vrai/faux pour juger si le candidat du parti sortant sera élu. Sa prédiction actuelle :

"Trump l'emportera à nouveau en 2020, à moins que six des 13 facteurs clés ne se retournent contre lui. Je n'ai pas encore de verdict définitif car beaucoup de choses pourraient changer au cours de l'année prochaine. Actuellement, le président n'a perdu que trois éléments clés : le recul des Républicains aux élections de mi-mandat, l'absence de succès en politique étrangère et une attirance limitée du président auprès des électeurs."

L’un des facteurs clés de Lichtman est le neuvième, un scandale, mais l’administration en place n’est pas entachée d’un scandale majeur.

Lichtman pense qu’un processus de destitution serait négatif pour Trump :

"Les Démocrates ont fondamentalement tort en ce qui concerne la politique de destitution et leurs perspectives de victoire en 2020. Une destitution et un procès subséquent coûteraient au président une quatrième clé cruciale - la clé du scandale - tout comme cette clé a coûté aux Démocrates en 2000. L'acte d'accusation et un procès l'exposeraient également à perdre une autre clé en encourageant une contestation sérieuse en cas de nouvelle réélection. D'autres facteurs négatifs potentiels sont l'émergence d'un challenger démocrate charismatique, un défi important lancé par un tiers, un désastre en politique étrangère ou une récession en période électorale. Sans destitution, cependant, les perspectives Démocrates sont sombres."

Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue. Même avec la destitution et une nomination pouvant défier Trump, il gagnerait encore probablement l’élection.

Il n’y a pas de Démocrate charismatique en vue pouvant l’affronter. Biden, Sanders et Warren sont actuellement en tête dans les sondages pour les primaires. Aucun d’eux ne peut rivaliser avec la popularité de Trump. Malgré le Russiagate, il a toujours un taux d’approbation de 41%, ce qui est assez élevé pour une présidence à mi-parcours.

Trump est également un maître dans l’art de jouer avec les médias. Il trouverait sûrement des moyens de transformer le cirque entourant toute destitution à son avantage. Ses arguments seraient très simples :

Si j'avais vraiment voulu, en tant que votre président tout puissant, faire obstruction à l'enquête, j'y serais arrivé.

ou

Pourquoi aurais-je fait obstruction à une enquête qui, j'en étais sûr, allait m’innocenter ; ce qui fut clairement le cas.

Trump transformerait le processus de destitution d’un scandale à son sujet en un scandale pour les Démocrates.

Avec ou sans destitution, les Démocrates ont peu de chances de remporter la présidence. Ils devraient se concentrer sur le maintien de leur majorité à la Chambre et sur l’obtention d’un plus grand nombre de sièges au Sénat. Une destitution serait de toute façon infructueuse parce que les Républicains dominent le Sénat et rejetteront toute accusation de destitution qui pourrait être adoptée par la Chambre.

Les Démocrates ne peuvent remporter les élections de 2020 que s’ils disposent d’un atout politique vraiment fort et soutenu par une large majorité de la population. « L’assurance-maladie pour tous » est un tel atoutLes soins de santé sont le principal enjeu pour les électeurs américains. Environ deux tiers d’entre eux sont favorables à une assurance maladie universelle gérée par le gouvernement qui couvrirait les problèmes de santé de base et les cas catastrophiques. En plus de cela, on pourrait acheter une assurance privée pour les cas plus bénins.

Mais une partie importante de la direction du parti Démocrate est contre un tel système. Ils craignent pour les dons importants et autres pots-de-vin que leur verse l’industrie pharmaceutique et de la santé.

Lors des élections de mi-mandat, Gallup a interrogé les électeurs sur leurs principales préoccupations politiques. Malgré deux années de bruit médiatique important, le Russiagate est le sujet qu’ils ont le moins cité. Un processus de destitution susciterait également beaucoup d’attention dans les médias, mais n’aurait que peu d’importance pour les vrais problèmes auxquels les électeurs s’intéressent. Cela étoufferait les messages politiques que les Démocrates doivent envoyer.

Faire de la publicité pour le Russiagate était déjà une erreur. Les électeurs s’en sont moqué. Poursuivre par des menaces de destitution pour une vague obstruction à la justice serait probablement pire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Algérie : le « Système » dans l’impasse

samedi 25 mai 2019

Algérie : le « Système » dans l’impasse

Cette analyse peut être reprise à condition d’en citer la source 

La lecture des évènements  algériens doit se faire à deux niveaux, le visible et l’invisible.

Les apparences

Après plusieurs semaines de manifestations, le Ramadan n’ayant pas démobilisé la rue, le mouvement de contestation ne s’essouffle pas,

Face à cette réalité, la stratégie du « Système »[1] actuellement incarné par le général Ahmed Gaïd Salah a échoué. Elle avait pour but de gagner du temps et de diviser les contestataires à travers la manipulation d’une justice spectacle illustrée par une vague d’arrestations de «corrompus ». Mais les Algériens ne furent pas dupes car  ils savent bien que c’est tout le « Système » qui est corrompu. A commencer par le général Gaïd Salah dont l’affairisme familial à Annaba fut dénoncé par l’opposante Louisa Hanoune… qui a donc été jetée en prison…

Entre la rue et le « Système », les positions sont inconciliables :

-Les manifestants exigent une période de «transition »  menée par des personnalités indépendantes,

-Le général Gaïd Salah veut, à travers l’élection présidentielle prévue le 4 juillet 2019, faire élire un candidat désigné par lui. Or, ce scrutin paraissant impossible à organiser, à l’issue des 90 jours de présidence intérimaire prévus par la Constitution,  le général va se trouver face à un vide institutionnel.

… et derrière les apparences

La lecture d’El Djeich, la revue de l’armée permet d’aller au-delà des apparences. Depuis plusieurs semaines, y est en effet dénoncé l’existence d’un « complot », ce qui confirme que la guerre est bien ouverte à l’intérieur de la caste militaire.

Or, depuis 1962, l’armée avait toujours réglé ses comptes  à huis-clos, s’abritant derrière un pouvoir civil de façade délégué au FLN. De plus, jusqu’à aujourd’hui, en dépit de leurs oppositions, les différents clans militaires n’avaient  à aucun moment transgressé l’ultime tabou qui était de  ne jamais aller jusqu’à mettre en danger la pérennité du « Système ». L’incarcération de plusieurs généraux dont Mediene « Toufik » et Tartag, montre que les haines claniques et personnelles ont pris le dessus sur le consensus indispensable à la survie commune.

La crise au sein de l’institution militaire est donc profonde et la multiplication des slogans dirigés contre sa personne montre que le  général Gaïd Salah se trouve désormais seul face à la population.

De plus en plus nombreux sont donc ceux qui se demandent si l’impopularité de leur chef ne va pas finir par provoquer un divorce entre l’armée et le peuple. Le risque serait alors de voir la lame de fond contestataire emporter l’institution militaire avec le « Système ».

Selon des rumeurs qui commencent à se faire insistantes, plusieurs de ses pairs tiendraient le général Gaïd Salah pour responsable de l’impasse politique actuelle. Le seul obstacle à son éviction serait que les généraux ne se seraient pas encore  accordés sur le nom d’un successeur. Compte tenu du climat actuel, la difficulté est en effet de trouver un général s’étant tenu au-dessus des intrigues du sérail et donc susceptible de rétablit le consensus interne à l’armée, ce qui passe par  la redéfinition de la place de chacun de ses clans.

Loin de l’agitation de la rue, mais en ayant le regard constamment tourné vers elle, les janissaires marchandent  donc afin de trouver parmi eux celui qui pourra  sauver le « Système ».  Le proche avenir dira s’ils ont réussi à trouver l’ « oiseau rare ». Mais en ont-ils encore la possibilité ?
Bernard Lugan

[1] Voir le dossier consacré au « Système » algérien dans le numéro du mois de mai 2019 de l’Afrique Réelle.

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L’Art Contemporain de la prospective

L’Art Contemporain de la prospective

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L’Art Contemporain de la prospective

28 mai 2019 – Miracle, ô Miracle ! Jusqu’à vendredi 24 mai 24H00, heure officielle de clôture de la campagne Marche-En-France, la perspective d’une “victoire”, si minime fût-elle, de Marine sur Notre-Président apparaissait comme une catastrophe sans retour, une sorte de “marche sur Rome” revue-GJ, un remake de l’incendie du Reichstag transporté sur les rives de la Seine (plus facile tout de même à éteindre).

Et puis les résultats… Et puis, plus du tout, ce résultat-là qui promettait l’apocalypse est devenu rien de moins qu’une “victoire” (une de plus) de Notre-Président. La chose est simple : en agissant comme il a fait, Macron a verrouillé l’élection de 2022 à un duel avec Le Pen au second tout, et comme Le Pen n’a aucune chance car “diabolisation” oblige… C’est plié, emballé, proclamé et confirmé, – à quoi bon voter ?

Bien, j’ai un ton sarcastique qui semblerait indiquer un jugement fort défavorable sur ceux qui sont adeptes de ce scénario, au motif qu’ils seraient de serviles et zélés employés de La-Force en place, et que leur couardise soumise les engage à répandre cette version. Ce n’est en rien le cas. L’idée m’en été suggérée par un duo que j’aime bien (le Débat de 17H00 d’Arlette Chabot, chaque lundi sur LCI) ; le pépé (70 ans) Gérard Miller, psychiatre, réalisateur de documentaires, essayiste et organisateur de médias alternatif, nettement de super-gauche et assez mélanchoniste devenant de plus en plus mélancolique ; et le fiston (31 ans), Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles et de multiples autres activités journalistiques, conservateur avec des tendances souverainistes.

Ils n’ont donc rien pour s’entendre et ils s’entendent comme larrons en foire, presque avec des rapports de père indulgent et de fils un peu rebelle. Il y a quelques années, lorsque je tombai sur lui, Miller m’excédait par son côté dogmatique et intolérant mais il s’est bonifié avec l’âge et est devenu avenant, aimable, indulgent et presque tolérant jusqu’aux premières bornes du RN. Bien que de VA, que j’ai connu quand je subissais le rationalisme-national bourgeois d’un D’Orcival ennuyeux à périr, Lejeune a un peu du feu de la jeunesse et une certaine distance avec le conformisme-bourgeois type-VA. Ainsi les deux, la paire Miller-Lejeune, montrent-ils une estime réciproque et ne cachent pas leur complicité amicale qui nous change des hargnes haineuses ou des haines hargneuses que montrent les uns les autres parmi les zélés et les serviles de tous les pouvoirs en place. J’ai la faiblesse de croire de Miller-Lejeune, entre eux, échappent autour d’un verre de bon vin à cette malédiction qui rend l’homme si bas dans cette époque d’extrême basses eaux.

Eh bien, eux deux tombent d’accord, – une fois de plus, ces deux adversaires politiques n’arrêtent pas d’être d’accord sur leurs analyses, – sur l’idée développée plus haut : Macron-Le Pen au deuxième tour de 2022, avec victoire assurée du premier, – “C’est plié, emballé, proclamé et confirmé, – à quoi bon voter ?” Comme je les aime bien, leur unanimité et leur entente sur un tel constat m’a un instant agacé, juste un instant ; cela, tout en précisant que leur commune conclusion ne leur faisait aucun plaisir, mais au contraire tombait dans le catastrophisme du type “mais comment sommes-nous tombés dans un tel piège ?” (avec Miller en rajoutant : “Mais comment la révolte des Gilets-Jaunes ne s’est-elle pas plus marquée dans les urnes ?”).

J’ai pris ma règle de fer semblable à celle qu’avaient nos profs dans mes années d’école primaire, celles qui vous tapaient sur le bout des doigts ; j’ai cogné un peu sec sur le bout la table pour retenir leur attention, et les chapitrer avec indulgence. Dans ce cas, le couple père-fils a paru se transformer en une fratrie qui avait besoin d’être remise au pas.

Je leur ai dit simplement ceci : “Mais comment pouvez-vous sérieusement discuter de ce qui se passera sûrement, exactement dans trois ans, à l’occasion de l’élection présidentielle prévue pour cette date ? Êtes-vous bien sérieux ?” Là-dessus, je leur ai proposés un exercice : reportez-vous trois ans en arrière, en mai 2016, et posez-vous les questions suivantes, parmi bien d’autres du même type, d’ailleurs :

• Quelqu’un de sérieux envisageait-il en mai 2016 comme une quasi-certitude, d’une manière rationnelle je veux dire, 1) que Donald Trump soit désigné candidat républicain aux présidentielles USA-2016, 2) qu’il soit élu président des Etats-Unis en novembre 2016, et 3) qu’ainsi un agent direct-marionnette de monsieur Poutine soit installé à la Maison-Blanche (Siberian Candidate devenu Siberian President), entraînant l’invention la plus exceptionnelle depuis celle de l’imprimerie par Sieur Gutenberg, – les FakeNews, nom médical donné à la  diarrhée du zombieSystème ?

• Quelqu’un de sérieux voyait-il un avenir pour Nigel Farage : le Brexit était sur le point d’être être voté, cet homme politique du parti extrémiste UKIP, grande gueule et idées courtes, aurait accompli sa besogne, désormais il ne lui resterait plus qu’à redevenir un politique de seconde zone, ou Dieu sait quoi, tandis que les gens sérieux s’arrangeraient de mettre en place le processus du Brexit qui conserverait quelques liens subtils entre UE et UK, comme si rien n’avait été voté ?… Quelqu’un aurait-il imaginé une seule seconde que le susdit-Farage serait, trois ans plus tard, l’homme politique le plus important de UK où gronderait une révolution sans précédent, avec un parti, dit Brexit Party, fabriqué à la va-vite six semaines plus tôt, et figurant, et de loin, comme le premier parti au Royaume-Uni avec 32%-36% des voix ?

• Quelqu’un savait-il quelque chose de précis de l’expression “gilets jaunes”, outre ces horribles machins jaune-fluo que portent les ouvriers du bâtiment, des routes, etc. ?

• Quelqu’un imaginait-il que des Français, ces sans-dents, trouillards, minables, abrutis par la TV, incapables de réactions, zombies sortis du Mordor pour y retourner bientôt, décideraient de partir en campagne chaque samedi pour conchier Notre-Président par la voix et se faire casser la gueule par la glorieuse police montée, chenillée, casquée, prétoriannisée, acclamée, adulée, etc., de l’État dit de la démocrature française ?

• Au fait, quelqu’un pouvait-il imaginer que, un an après ce mois de mai 2016, un type ex-ministre, nommé Macron, serait président de la République, et garanti désormais, selon nos capacités prévisionnistes postmodernes, pour deux, trois, quatre, etc., mandats présidentiels ?

Tout cela, des questions entre-nous (il y en a cent autres du même tonneau et au moins quatre-vingt-dix-huit du même acabit), hors des initiés qui savent tout, tout de suite et toujours plus vite, après que les choses se soient produites. Je veux dire simplement que nous sommes dans un temps étrange où la prospective pourrait bien s’avérer insensée, impossible, ridicule et ridiculisée

… Car l’art évidemment Contemporain de la prospective, dans ces conditions, est une pratique risquée, avec laquelle il faut prendre des gants, et ne pas hésiter à dire à sa “raison raisonnante” : “Va jouer avec cette poussière, au moins pendant 35 mois et des poussières, et à ce moment-là tu pourras faire la prospective de l’élection providentielle-et-présidentielle de mai 2022”, – dans tous les cas, si la France existe encore.

https://www.dedefensa.org/article/lart-contemporain-de-la-prospective

À quoi sert le Parlement européen ?

À quoi sert le Parlement européen ?

Du 23 au 26 mai 2019, les citoyens des 28 pays de l’Union européenne se rendent aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement. Il s’agit de la neuvième consultation électorale depuis l’adoption du suffrage universel pour la désignation des députés européens, il y a quarante ans, en 1979.

Quels sont les pouvoirs des députés européens et pourquoi ceux-ci semblent-ils si éloignés des préoccupations des citoyens ? Retour sur la difficile construction de la seule institution démocratique de l’Union…

Les bâtiments du Parlement européen à Strasbourg, AFP, DR.

La montée en puissance du Parlement

La création de la Communauté Economique du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1950 a vu l’émergence d’une Assemblée commune, ancêtre du Parlement européen, qui n’avait  pas de pouvoir concret. Elle était constituée de 78 députés nationaux délégués par les parlements des six pays de la CECA et n’avait qu’un rôle consultatif. En 1958, cette Assemblée commune fut rebaptisée « Assemblée parlementaire », avant de devenir quatre ans plus tard « Parlement européen » !

Une session de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe en janvier 1967 avec le chancelier Willi Brandt à Strasbourg, dans la Maison de l'Europe, salle partagée avec le Parlement européen jusqu'en 1999, photographie Engelbert Reineke, Archives fédérales allemandes.Ce « Parlement » qui n’en était pas un obtint de gérer le budget communautaire. Le traité de Luxembourg en 1970 lui donna dans un premier temps le droit de modifier les dépenses non-obligatoires de l’Union européenne, c’est-à-dire les dépenses qui n’étaient pas ratifiées par les traités, peu nombreuses au demeurant.

Le traité de Bruxelles, en 1975, lui permit de co-décider le budget européen avec le Conseil de l’Union européenne (ou Conseil des ministres).

En 1987, l’Acte unique accorda pour la première fois un réel pouvoir au Parlement. Il lui permit d’émettre des amendements aux projets de directives (lois européennes) ainsi que donner (ou non) un avis conforme (droit de veto) aux décisions de la Commission.

Le traité de Maastricht de 1992 introduisit un processus de « codécision » entre le Parlement et le Conseil des ministres, l’un et l’autre étant habilités à se prononcer sur les propositions de lois ou directives présentées par la Commission.

Un Parlement vraiment démocratique ?

Qui dit légitimité démocratique dit désignation par les urnes. Les parlementaires européens était au départ des élus nationaux désignés leurs pairs pour siéger au Parlement européen. Il a fallu attendre 1979 pour qu’ils soient élus au suffrage universel direct ! Une évolution suggérée par  le président Valéry Giscard d’Estaing et adoptée par les gouvernements eux-mêmes.

La première élection des eurodéputés au suffrage universel direct eut lieu en 1979.

Simone Veil préside une séance du Parlement à Strasbourg le 12 octobre 1979, photographie Claude Truong-Ngoc.En France, VGE choisit Simone Veil pour conduire la liste de son parti, l’UDF (Union pour la Démocratie française). Le 10 juin 1979, elle arriva largement en tête du scrutin et devint la première présidente du nouveau Parlement européen. Tout un symbole que cette femme rescapée d’Auschwitz portée sous les acclamations à la présidence d’une institution démocratique où cohabitaient tous les anciens ennemis.

Le suffrage universel allait asseoir la légitimité démocratique des députés, qui s’en prévalurnt dans les décennies suivantes pour revendiquer toujours plus de pouvoir. Il est vrai que le Parlement européen, en dépit de ses insuffisances, demeure la seule institution démocratique de l’UE.

Se rapprocher des citoyens européens pour les réconcilier avec l’Union européenne, voilà le grand défi des prochaines années pour les eurodéputés, sous peine de voir leur légitimité démocratique remise en question. Loin des yeux, loin du coeur. Loin du coeur, loin des urnes.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-24 14:18:38
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Revue de presse nationale et internationale.

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