Shinzô Abe à Paris : France et Japon élaborent un plan commun

Shinzô Abe à Paris : France et Japon élaborent un plan commun

Du 22 au 29 avril, le Premier Ministre japonais Shinzô Abe s’est rendu dans six pays (ainsi qu’à Bruxelles en parallèle) afin de préparer le G20, dont le Japon assurera la présidence en juin prochain à Osaka. Sa rencontre avec le Président Emmanuel Macron était particulièrement importante dans la mesure où la France présidera de son côté le G7 en août. Cette visite en France, mais aussi l’étape à Bruxelles le 25 avril démontrent cette volonté de renforcer une proximité dans un contexte de tensions entre les deux premières puissances mondiales.

France et Japon s'apprêtent à lancer un plan de coopération commun.
France et Japon s’apprêtent à lancer un plan de coopération commun.

Le 23 avril, Shinzô Abe et Emmanuel Macron se sont rencontrés au Palais de l’Elysée. Une entrevue qui intervient dans un contexte favorable pour les relations franco-japonaises. En effet, les deux pays ont fêté 160 ans de relations diplomatiques en 2018. Cet anniversaire fut fêté en France à travers une saison culturelle nippone nommée « Japonismes 2018 : des âmes en résonance ». L’intérêt mutuel entre le Japon et la France ayant une forte dimension culturelle, cette initiative a connu un grand succès auprès du public.

Shinzô Abe et Emmanuel Macron : deux présidences pour le multilatéralisme

La visite du Premier Ministre japonais intervient alors que Japon et France présideront respectivement le G20 fin juin à Osaka et le G7 fin août à Biarritz. Les deux leaders ont ainsi pu discuter et se coordonner sur les axes directeurs de ces sommets. Emmanuel Macron l’a formulé lors de sa déclaration à l’issue de la rencontre : « Nous avons la même ambition pour rebâtir la confiance dans le système multilatéral. Nous savons tout des obstacles et des tensions, des impasses qui existent aujourd’hui (…). Entre Osaka et Biarritz, il y aura une même volonté de rebâtir cet axe multilatéral ». La lutte contre les inégalités contemporaines d’une manière générale sera « un fil rouge »[1].

Le multilatéralisme, Shinzô Abe et Emmanuel Macron souhaitent notamment l’aborder sur le plan commercial. Le commerce international est en effet soumis à de fortes tensions actuellement. D’une part, on peut évoquer la politique menée par le président américain Donald Trump en la matière – remise en cause de l’OMC, mesures protectionnistes. Cette « rupture profonde avec les normes sur lesquelles s’appuie le système commercial multilatéral, dont les États-Unis ont [pourtant] été historiquement l’architecte et le leader », comme le souligne le directeur du CEPII Sébastien Jean n’est néanmoins pas la seule raison de ces tensions. L’émergence de nouveaux pays, de nouveaux modèles et un retournement d’avantages comparatifs observé dans certains secteurs ont joué dans le chamboulement du système commercial international ces dernières décennies[2].

Un plan d’action commun entre la France et le Japon, au sein de l’axe indo-pacifique

Concernant particulièrement le Japon et la France, les deux leaders ont annoncé un nouveau plan d’action commun sur cinq ans. Il sera acté lors de la visite bilatérale du président français sur l’archipel, en amont du G20 en juin prochain. Le projet concernera la coopération industrielle, d’innovation et de sécurité.

Ce plan commun s’inscrira à travers des liens bilatéraux, mais également au sein de « l’axe indo-pacifique ». Il s’agit d’un concept ravivé en grande partie par le Japon depuis 2017. Il s’appuie initialement sur le Quadrilateral Security Dialogue ou Quad, formé par le Japon, l’Inde, les États-Unis et l’Australie. À travers sa ZEE (Zone économique exclusive) de 9 millions de km² dans cette région, la France se montre pleinement concernée et engagée[3]. Le Japon, seconde puissance d’Asie orientale, représente ainsi un partenaire précieux. Cependant, l’archipel a également besoin du soutien américain. Un allié essentiel afin de donner un poids conséquent à cet espace indo-pacifique, face à la montée de l’influence chinoise.

Des intérêts communs, mais Shinzô Abe demeure prudent face à Washington

Ce ménagement nécessaire de Washington par Tôkyô s’observe justement dans la défense du commerce international multilatéral. Emmanuel Macron a cité le projet de réforme de l’OMC, où l’Union européenne souhaite entre autres un élargissement de l’organe d’appel de l’organisation, faisant passer de sept à neuf le nombre de juges[4]. Si Tôkyô a acté une nécessité de réforme de l’OMC, il n’a en revanche pas soutenu cette proposition de Bruxelles. Cet écart de position révèle une prudence vis-à-vis de son partenaire américain, qui souhaite exactement l’inverse, à savoir réduire le pouvoir de cet organe d’appel.

Au vu de leurs intérêts communs, de leurs atouts communs – en matière d’innovation par exemple – Japon et France ont tout intérêt à coopérer et poursuivront indéniablement en ce sens. Ce constat s’élargit de même aux liens nippo-européens. L’Europe est par exemple divisée sur la nature des liens à entretenir avec la Chine et son projet de BRI. L’adhésion récente de l’Italie, le Brexit sont autant de facteurs non exhaustifs qui fragilisent une position européenne commune face à ce qui est en train de devenir une nouvelle forme de mondialisation. Le Japon a ainsi une occasion de renforcer ses positions sur le continent. L’archipel possède des valeurs plus proches des puissances européennes occidentales que la Chine. De plus, il existe un accord de libre-échange Japon-UE, le JEFTA, entré en vigueur en février 2019.

Sources

[1] Élysée, « Déclaration avec Shinzô Abe, Premier ministre du Japon », 23 avril 2019.

[2] JEAN Sébastien, Désaccords commerciaux internationaux : au-delà de Trump », Politique étrangère, IFRI, Printemps 2019.

[3] Ministère des Armées, « La France et la sécurité en Indo-Pacifique », juin 2018.

[4] BUTAUD-STUBBS Emmanuelle (rapporteur), Conseil économique et social européen,Réformer l’OMC pour s’adapter aux évolutions du commerce mondial (avis d’initiative), 24 janvier 2019.

About Jessy PÉRIÉ
Diplômée d’un Master 2 en Géopolitique et prospective à l’IRIS, Jessy Périé est analyste géopolitique et journaliste, spécialisée sur la zone Asie orientale. Elle s’intéresse particulièrement aux questions de politique extérieure chinoise et japonaise.
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