L’Iran opte pour une « contre-pression maximale »

L’Iran opte pour une « contre-pression maximale »


Par Pepe Escobar – Le 20 juin 2019 – Source Strategic-culture.org

Tôt ou tard, la « pression maximale » des États-Unis sur l’Iran provoquera inévitablement  une « contre-pression maximale ». On devine qu’il va y avoir des étincelles.

Ces derniers jours, les cercles du renseignement en Eurasie ont poussé Téhéran à envisager un scénario assez simple : il ne serait pas nécessaire de boucler le détroit d’Hormuz si le Commandant de la Force Qods, le général Qasem Soleimani, ultime Bête noire du Pentagone, expliquait en détail, sur les médias mondiaux, que Washington n’a tout simplement pas la capacité militaire de maintenir le détroit ouvert.

Comme je l’ai indiqué précédemment, la fermeture du détroit d’Hormuz détruirait l’économie américaine en faisant exploser les produits dérivés d’une valeur de 1,2 quadrillion de dollars, et cela entraînerait l’effondrement du système bancaire mondial, écrasant un PIB mondial de 80 billions de dollars et provoquant une dépression sans précédent.

Soleimani devrait également déclarer sans détour que l’Iran peut en fait fermer le détroit d’Hormuz si son pays est empêché d’exporter deux millions de barils de pétrole essentiels pour sa survie par jour, principalement vers l’Asie. Ces exportations, qui avant les sanctions illégales des États-Unis et le blocus de facto atteignaient normalement 2,5 millions de barils par jour, pourraient maintenant être ramenées à seulement 400.000.

Ainsi l’intervention de Soleimani s’alignerait de manière cohérente sur les signes qui proviennent déjà du CGRI : le Golfe persique est décrit comme une « galerie de tir »imminente, le Brigadier-général Hossein Salami a souligné que les missiles balistiques de l’Iran sont capables de frapper les « vecteurs maritimes » avec une précision chirurgicale, toute la frontière nord du Golfe persique, en territoire iranien, est hérissée de missiles terre-mer, comme je l’ai confirmé par des sources liées au CGRI.

On vous préviendra quand ce sera fini

Alors, c’est ce qui est arrivé.

Le président des Chefs d’état-major des Forces armées iraniennes, le Major-général Mohammad Bageri, est allé droit au but : « Si la République islamique d’Iran était déterminée à empêcher l’exportation de pétrole du Golfe persique, cette détermination serait pleinement réalisée et annoncée publiquement, compte tenu de la puissance du pays et de ses forces armées. »

Les faits sont têtus : Téhéran n’acceptera tout simplement pas une guerre économique absolue qui l’empêcherait d’exporter le pétrole assurant sa survie économique. La question du détroit d’Hormuz a été abordée officiellement passons à celle des dérivés.

La présentation d’une analyse détaillée des produits dérivés assortie d’une analyse militaire aux médias mondiaux forcerait les médias, surtout occidentaux, à aller voir Warren Buffett pour vérifier si ce point est vrai. Or, il est vrai. Suivant ce scénario, Soleimani pourrait en dire autant et recommander aux médias d’aller consulter Warren Buffett.

L’ampleur d’une possible crise des dérivés est un thème absolument tabou pour les institutions de consensus de Washington. Mais selon l’une de mes sources bancaires américaines, le chiffre le plus précis, 1,2 quadrillion de dollars, provient d’un banquier suisse de manière officieuse. Il devrait être au courant : la Banque des règlements internationaux (BRI) – la banque centrale des banques centrales – se trouve à Bâle.

L’important, c’est que peu importe la manière dont le détroit d’Hormuz serait bloqué.

Il pourrait s’agir d’une attaque sous faux drapeau, ou encore parce que le gouvernement iranien pense qu’il va être attaqué et coule alors un ou deux navires. Ce qui compte, c’est le résultat final : tout blocage des sources d’énergie aura pour conséquence que le prix du pétrole atteindra 200 dollars le baril, 500 ou même, selon certaines projections de Goldman Sachs, 1.000 dollars.

Une autre source bancaire américaine explique : « La clé de l’analyse est ce qu’on appelle le notionnel. Ils sont tellement à court d’argent qu’on dit qu’ils ne veulent rien dire. Mais en cas de crise le notionnel peut devenir réel. Par exemple, si j’achète un appel pour un million de barils de pétrole à 300 dollars le baril, mon coût ne sera pas très élevé car on pense qu’il est inconcevable que le prix monte aussi haut. C’est ça le notionnel. Mais si le détroit est fermé, cela peut devenir un chiffre formidable. »

Officiellement, la BRI s’engage seulement sur le montant notionnel total en suspens pour les contrats portant sur des instruments dérivés qu’elle évalue à 542,4 billions de dollars, mais ce n’est qu’une estimation.

La source bancaire ajoute : « Même ici, c’est le notionnel qui a un sens. Les montants énormes sont des dérivés de taux d’intérêt. La plupart sont théoriques, mais si le pétrole atteint 1.000 dollars le baril, cela aura une incidence sur les taux d’intérêt dans la mesure où 45% du PIB mondial est lié au pétrole. C’est ce qu’on appelle en affaires le passif éventuel. »

Goldman Sachs a conçu l’hypothèse très possible d’un baril à 1.000 dollars, quelques semaines après la fermeture du détroit d’Hormuz. Ce chiffre, multiplié par 100 millions de barils de pétrole produits par jour, nous mène à 45% d’un PIB mondial de 80 billions de dollars. Il est donc évident que l’économie mondiale s’effondrerait sur cette base.

Des chiens de guerre aboyant à mort

Jusqu’à 30% de l’approvisionnement mondial en pétrole transite par le Golfe persique et le détroit d’Hormuz. Les sagaces négociants du Golfe (les mieux informés) sont presque unanimes : si Téhéran avait vraiment été responsable de l’incident du pétrolier dans le golfe d’Oman, les prix du pétrole seraient déjà montés en flèche. Ce n’est pas le cas.

Les eaux territoriales de l’Iran dans le détroit d’Hormuz vont jusqu’à 12 milles marins (22 km). Depuis 1959, l’Iran ne reconnaît que le transit naval non militaire.

Depuis 1972, les eaux territoriales d’Oman dans le détroit d’Hormuz s’élèvent également à 12 milles marins. À son point le plus étroit, la largeur du détroit est de 21 milles marins (39 km). Cela signifie, de façon cruciale, que la moitié du détroit d’Hormuz se trouve dans les eaux territoriales iraniennes, et l’autre moitié dans celles d’Oman. Il n’y a donc pas d’« eaux internationales ».

Et cela s’ajoute au fait que Téhéran affirme maintenant ouvertement que l’Iran pourrait décider de fermer officiellement le détroit d’Hormuz, et non à la dérobée.

La réponse indirecte et asymétrique de l’Iran à toute aventure américaine sera très douloureuse. Le professeur Mohammad Marandi, de l’Université de Téhéran, a une fois de plus confirmé que « même une frappe limitée fera l’objet d’une réponse majeure et disproportionnée ». Sans gants et sans poésie excessive, cela inclut tout ce qui va de la destruction de pétroliers à, pour reprendre les mots de Marandi, « des installations pétrolières saoudiennes et émiraties en flammes ».

A son tour, le Hezbollah lancera des dizaines de milliers de missiles contre Israël. Car, comme le secrétaire général du Hezbollah, Hasan Nasrallah, l’a souligné dans ses discours, « la guerre contre l’Iran ne restera pas cantonnée aux frontières du pays, elle mettra plutôt le feu à toute la région [du Moyen-Orient]. Toutes les forces et tous les intérêts américains dans la région seront anéantis, et avec eux les conspirateurs, d’abord Israël et la famille saoudienne au pouvoir. »

Il est très instructif de prêter une attention particulière à ce que cet Israélien nous dit :

Pourtant les chiens de guerre aboient à mort.

Plus tôt cette semaine, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, s’est rendu au CENTCOM à Tampa pour discuter des « questions de sécurité régionale et des opérations en cours » avec des généraux (pas très convaincus), un euphémisme pour parler de « pression maximale » qui finira par mener à la guerre contre l’Iran.

La diplomatie iranienne, discrètement, a déjà informé l’UE et les Suisses de leur capacité à écraser l’économie mondiale entière. Mais cela n’a pas suffi à lever les sanctions américaines.

Pepe Escobar

Traduit par Stünzi pour le Saker francophone 1 584

https://lesakerfrancophone.fr/xmliran-opte-pour-une-contre-pression-maximale

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Iran : Donald Trump promet de nouvelles sanctions « majeures » (Le Parisien)

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Au moins pour l’instant l’option militaire est écartée…

Trump Iran 23 06 2019
Le président américain s’exprime face aux médias, le 22 juin 2019, à Washington, aux Etats-Unis. AFP/Saul Loeb

Le président américain Donald Trump a promis pour lundi de nouvelles sanctions « majeures » contre l’Iran, lequel a menacé les Etats-Unis de conséquences dévastatrices pour leurs intérêts dans la région en cas d’attaque contre son territoire.

« L’Iran ne peut pas avoir d’armes nucléaires ! », a tweeté le président américain. « Nous mettons en place des sanctions supplémentaires majeures contre l’Iran lundi », a-t-il ajouté. Selon l’accord international sur le nucléaire conclu en 2015, mais dont Washington s’est retiré en 2018, l’Iran s’est engagé à ne pas se doter de l’arme atomique.

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

Iran cannot have Nuclear Weapons! Under the terrible Obama plan, they would have been on their way to Nuclear in a short number of years, and existing verification is not acceptable. We are putting major additional Sanctions on Iran on Monday. I look forward to the day that…..

28,8 k personnes parlent à ce sujet

Peu avant, le locataire de la Maison Blanche, qui alterne déclarations martiales et appels au dialogue depuis plusieurs semaines, avait assuré que si les Iraniens renonçaient à leur programme nucléaire, il deviendrait leur « meilleur ami ».

« Quand le régime iranien décidera de renoncer à la violence et de répondre à notre diplomatie par la diplomatie, il sait comment nous joindre. D’ici-là, notre campagne d’isolement diplomatique et de pression économique contre le régime va s’intensifier », a affirmé pour sa part le secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

Pas de frappe mais des cyberattaques

Etats-Unis et Iran ont beau répéter ne pas chercher la guerre, la tension n’a cessé de monter entre les deux pays et la multiplication des incidents dans le Golfe fait craindre un embrasement. Washington a récemment imputé des attaques contre des pétroliers dans le Golfe à Téhéran, qui dément toute implication.

Cette semaine, Donald Trump a affirmé avoir renoncé à la dernière minute à donner son feu vert à des frappes contre l’Iran pour éviter un lourd bilan humain, tout en maintenant ses menaces de représailles contre Téhéran, qui avait abattu la veille un drone américain. La république islamique s’en défend également.

Selon le Washington Post et Yahoo ! News, le président américain a en revanche ordonné secrètement des cyberattaques contre des systèmes de défense iraniens et contre un réseau d’espionnage surveillant le passage des navires dans le détroit d’Ormuz. Le Pentagone s’est refusé à commenter ces informations.

« Anéantissement »

De son côté, Téhéran a mis en garde les Américains. « Tirer une balle en direction de l’Iran mettra le feu aux intérêts de l’Amérique et de ses alliés » dans la région, a déclaré samedi à l’agence Tasnim le général de brigade Abolfazl Shekarchi, porte-parole de l’état-major conjoint des forces armées iraniennes.

Source : Le Parisien.fr

https://www.crashdebug.fr/international/16169-iran-donald-trump-promet-de-nouvelles-sanctions-majeures-le-parisien

L’Iran lance un avertissement ferme aux USA suite aux tensions des derniers jours © AP Photo /

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Les Gardiens de la révolution islamique

L’Iran lance un avertissement ferme aux USA suite aux tensions des derniers jours

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Suite à la destruction d’un drone américain près du détroit d’Ormuz, l’Iran a mis en garde Washington contre toute nouvelle agression en promettant d’y répondre sans hésiter.

L’Iran a mis en garde les États-Unis en promettant de réagir à toute nouvelle agression. «Nous n’autoriserons aucune violation des frontières iraniennes. L’Iran fera face avec fermeté à toute agression ou menace de l’Amérique», a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Mousavi, à l’agence de presse Tasnim.

Le chef de la force aérospatiale des Gardiens de la révolution a prévenu le samedi 22 juin que l’Iran réagirait de manière identique en cas de nouvelle violation de son espace aérien.

«C’est notre réponse à une violation de l’espace iranien et si cette violation se reproduit, notre réponse sera la même», a averti le général Amir Ali Hajizadeh, cité par l’agence iranienne Irna.

«Nous avons une collection de drones américains qui sert de preuve pour confirmer que les États-Unis ont violé l’espace aérien iranien et qui montre qu’ils ne veulent pas respecter le droit international», a-t-il indiqué avant d’ajouter: «Si cette agression se reproduit, nous y ajouterons d’autres produits [militaires, ndlr] américains».Ces derniers jours, les tensions entre Téhéran et Washington sont montées d’un cran. Le 20 juin, soit quelques jours après l’incident impliquant des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les Gardiens de la révolution islamique ont annoncé avoir abattu un drone espion américain qui «était entré dans l’espace aérien iranien» dans la province d’Hormozgan, laquelle borde le détroit en question. Un responsable états-unien a confirmé l’attaque, affirmant toutefois que l’appareil se trouvait dans l’espace international.

Le lendemain, l’Iran a déclaré qu’il aurait également pu abattre un avion de reconnaissance US. Quant à Donald Trump, il a affirmé qu’il était revenu sur sa décision de frapper des cibles iraniennes à 10 minutes seulement de l’attaque.

https://fr.sputniknews.com/international/201906221041496975-liran-lance-un-avertissement-ferme-aux-usa-suite-aux-tensions-des-derniers-jours-/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

Géorgie : les Etats-Unis veulent lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie  par Karine Bechet-Golovko

Géorgie : les Etats-Unis veulent
lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie
par Karine Bechet-Golovko

samedi 22 juin 2019, par Comité Valmy

 

Géorgie : les Etats-Unis veulent
lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie

A l’occasion de l’organisation de la 26e Assemblée générale de l’assemblée interparlementaire de l’orthodoxie se déroulant à Tbilissi et présidée par la délégation russe, des émeutes ont été « spontanément organisées » devant le Parlement, contre « l’occupation russe ». Si vous allez à Tbilissi, qui est une ville d’un charme fou, vous verrez immédiatement que le pays est – physiquement même – sous occupation américaine. Mais la population reste très aimable avec les touristes, dont la grande majorité vient de Russie. Faut-il aller encore plus loin et briser le lien restant entre ces deux pays ? Il semblerait que le mouvement soit effectivement lancé, ici aussi avec l’appui des extrémistes, par les Etats-Unis qui entrevoient un danger dans la coopération institutionnelle avec la Russie.

Les faits sont assez simples. La délégation russe a ouvert l’Assemblée générale de l’assemblée interparlementaire de l’orthodoxie à Tbilissi et, pour cela, comme le protocole le prévoyait, le député russe s’est assis dans le siège du président du Parlement et a prononcé un discours. A ce moment-là, des députés géorgiens radicaux se sont levés et ont quitté la salle, à grands renforts de bruits et de scandales.

« Spontanément », hier soir 20 juin, quelque 7 000 personnes se sont réunis devant le Parlement, menés par l’opposition pro-Saakachvili et ont voulu y pénétrer par la force :

La police les en a empêchés et a dispersé la foule en utilisant le gaz et les canons à eau :

Il y a eu 240 blessés, dont 80 policiers et 8 journalistes. Mais l’opposition ne s’arrête pas là. Elle a attaqué le siège du parti au pouvoir et demande la démission du président du Parlement, du ministre de l’Intérieur et la modification du mode de scrutin des élections parlementaires.

C’est ici, en regardant les exigences, que quelque chose commence à ne pas aller … Le président du Parlement a condamné la présence de la délégation russe, se disant avoir été choqué de voir un député russe assis à sa place, le président du Conseil des ministres affirme pleinement partager le point de vue des manifestants, etc. Pourquoi demander leur démission et surtout la modification du mode de scrutin ? Quel est le rapport ? Surtout avec un évènement, cette assemblée interparlementaire, qui a été préparé de longue date, qui n’est pas une surprise, dont le protocole a été établi, que l’opposition connaissait. Où est la soi-disant surprise ? Il n’y en a pas. Mais il semblerait que la Géorgie ait sous-estimé le poids de l’occupation. Américaine.

Alors que la présidente géorgienne accuse la Russie d’être derrière ces mouvements contestataires, Saakachvili diffuse une vidéo appelant le pouvoir à laisser faire les manifestants, et les manifestants à faire tomber la présidente. Qu’il y ait deux millions de touristes russes en Géorgie l’année dernière (pour une population légèrement inférieure à 4 millions), les Etats-Unis font avec, ils n’ont rien d’autre à proposer au pays, qui n’a plus aucune économie. Reste le tourisme. Russe. Mais qu’une délégation russe arrive et que la langue russe soit utilisée sans problème au Parlement, non, ça ne peut pas passer. C’est une barrière – politique – qui ne doit pas être franchie. La domination et l’occupation sont américaines, elles doivent le rester. C’est stratégique. Vous vous promenez dans la rue et voyez comment les policiers géorgiens ont été rhabillés à la mode des séries américaines (jusqu’aux lunettes). Vous entrez dans les pubs du quartier de Vera et ne pouvez manquer les soldats américains en uniforme en train de se « détendre », avec des drapeaux US aux murs et autres décos rappelant le pays. Vous en voyez d’autres tout droit sortis de Men in black. Les bâtiments utilisés par les US et les structures internationales sont réhabilités, uniquement pour les parties leur servant, le reste du bâtiment est laissé en l’état.

Alors que vient faire la délégation russe dans ce décor bien planté ?

L’interview donnée par le chef de la délégation, le député russe Serguei Gavrilov, permet d’y voir plus clair. Quelques morceaux choisis :

Cela fait deux ans que la Géorgie demande à être le pays organisateur de cet évènement. Cette Assemblée regroupe 25 pays. Nous sommes venus en Géorgie et avons reçu des garanties quant à notre sécurité et à l’absence de sanction. Notre but avait été ouvertement posé : le renforcement de la coopération entre tous nos pays en matière humanitaire, éducative, culturelle et médicale sur la base de l’orthodoxie et des valeurs traditionnelles que nous partageons. Et lors de la cérémonie d’ouverture nous avons remercié la Géorgie pour son accueil et la qualité de l’organisation. Aujourd’hui, ils nous ont invité au Parlement géorgien et m’ont proposé de prendre place au presidium. La place qui m’a été offerte est celle qui revient au président de l’Assemblée, c’est-à-dire à moi. Et je m’y suis assis. Comme ce fut le cas au Parlement en Grèce, au Liban, etc. sans aucun problème. Nous avons partagé le presidium avec le Secrétaire, député grec, et avons à nouveau remercié la Géorgie, offert les présents apportés et commencé la discussion normalement. Je dois préciser que contrairement à ce que certains médias ont affirmé, je n’ai participé à aucune opération militaire, ni en Abkhazie, ni ailleurs je n’ai jamais porté d’arme. Je me suis trouvé au milieu de conflits comme en Syrie ou au Kosovo, mais uniquement pour porter aide aux victimes. Quand la situation a dégénéré, nous avons dû quitter le Parlement, aller à l’Hôtel où nous avons terminé la session, toutes les questions prévues ayant été traitées. En raison de l’absence de garanties concernant notre sécurité, et avec les excuses de nombreux députés géorgiens, nous avons mis fin à nos travaux. Lorsque, à l’hôtel, nous sommes allés vers la presse, nous avons été physiquement agressés et les services de sécurité n’ont pu l’empêcher. Les députés ont clairement entendu comment les journalistes géorgiens étaient menés par des hommes parlant anglais/américain. Alors que la délégation russe est partie et l’évènement terminé brusquement, l’opposition continue à appeler à manifester. Soit, la visite ayant été organisée de longue date, cet évènement a été choisi pour servir de détonateur, soit les « curateurs » US n’ont pas apprécié les bonnes relations entre les députés et ont décidé d’intervenir pour y mettre un terme et éviter qu’elles ne se développent dangereusement.

C’est une leçon à tirer pour les deux pays : la Géorgie, qui doit comprendre qu’une autonomie, même relative, en situation d’occupation est impossible ; la Russie, qui doit sortir du mythe de la normalisation, même économique, de ses relations avec son étranger proche. Le combat existe et sera mené jusqu’à son terme. C’est-à-dire jusqu’au moment de la défaite d’une des deux parties. Nier le combat n’empêche pas son existence et celui-ci ne se réglera pas tout seul, suite à l’apparition d’un Deus ex machina. Entre les pays comme entre les individus, chacun fait ce que l’autre lui permet de faire. Donc cela est permis.

par Karine Bechet-Golovko
vendredi 21 juin 2019

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11357

De La Non-Fiabilité De L’option Militaire

De La Non-Fiabilité De L’option Militaire

    
4.8
(12)

Washington n’a aucune option viable en Iran. L’annonce d’éventuelles frappes disproportionnées et annulées visant trois sites militaires à l’intérieur de l’Iran vise plus à transmettre un message codé aux dirigeants iraniens qu’à les dissuader d’abattre d’autres aéronefs.

Si le Pentagone avait des options fiables, il les aurait utilisé depuis longtemps. Or, les missiles de croisière, fierté de la seconde guerre du Golfe, sont devenus obsolètes face aux nouveaux systèmes de défense aérienne. Les drones d’attaque également. Ce qui ne laisse que le choix très risqué d’y envoyer des avions de combat pilotés par des humains. Vu la densité du réseau de la défense aérienne iranienne, cette option ne serait fiable que si les États-Unis sont déterminés à engager une guerre totale et longue sur un front étendu des contreforts de l’Himalaya jusqu’à la Méditerranée orientale.

De la non-fiabilité de l’option militaire

Un bateau mère de passeurs pris sur le fait au large de Lampedusa

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

LA SERBIE ET LES PHILIPPINES REJOIGNENT LA CHASSE À L’OR MONDIALE

LA SERBIE ET LES PHILIPPINES REJOIGNENT LA CHASSE À L’OR MONDIALE

PUBLIÉ PAR OR.FR ™ | 30 MAI 2019 | ARTICLES976 

Deux nouveaux pays, la Serbie et les Philippines, ont annoncé leur intention d’augmenter leurs réserves nationales d’or. Ils suivent ainsi l’exemple d’autres banques centrales qui accumulent des lingots dans le but de réduire leur dépendance au dollar américain.

D’après le média serbe Vecernje Novosti, Belgrade augmentera ses réserves d’or de 20 à 30 tonnes d’ici la fin de l’année. Par mesure de sécurité, le pays prévoit de porter ses réserves à 50 tonnes d’ici la fin 2020. Les statistiques de la Banque nationale de Serbie montrent que les réserves de change s’élèvent actuellement à 11 milliards €.

La décision de renforcer les réserves d’or aurait été prise à la suite d’une réunion entre le FMI et le président serbe Aleksandar Vučić au début du mois. Les représentants du FMI ont indiqué qu’ils approuveraient l’achat d’or de Belgrade s’il s’inscrit dans la stratégie d’accroissement des réserves de change du pays.

Mercredi dernier, la Banque centrale des Philippines (BSP) a annoncé l’adoption d’une loi exonérant les petits exploitants miniers de droits et taxes d’accise en cas de vente à l’institution financière. Cette mesure a été justifiée comme un moyen d’accroître les réserves de change et de lutter contre la contrebande.

Selon Reuters, les petits mineurs ont trouvé un moyen de contourner les taxes introduites en 2011 en vendant l’or au marché noir. La loi leur permet désormais de vendre tout l’or produit à la BSP, au cours du marché international. Les réserves d’or des Philippines sont demeurées inchangées, aux alentours de 198 tonnes, au premier trimestre 2019 et au quatrième trimestre 2018. L’or représente environ 10% des réserves de change brutes du pays, qui s’élevaient à 83,96 milliards $ à la fin avril.

De nombreux pays accumulent des lingots d’or afin de diversifier leurs réserves de change et s’éloigner du dollar américain.

Selon les données du World Gold Council (WGC), les achats nets totaux des banques centrales au premier trimestre 2019 ont atteint leur plus haut niveau depuis 2013. Les achats ont bondi de 68% par rapport à l’année dernière, à 145,5 tonnes.

Cette tendance mondiale a été menée par la Russie et la Chine. Les achats nets d’or de la Banque centrale russe ont été les plus élevés au premier trimestre 2019. Le pays a ajouté 55,3 tonnes, portant ses réserves d’or à 2 168,3 tonnes et devenant ainsi le plus gros acheteur mondial de ce métal précieux.

Dans le même temps, Moscou a réduit considérablement ses avoirs en bons du Trésor américain, dans le cadre de son plan de dédollarisation. Le sixième détenteur d’or au monde, la Chine, a acquis 33 tonnes au cours du premier trimestre 2019.

L’Inde a suivi l’exemple en achetant 8,2 tonnes d’or depuis le début de l’année. En 2018, la Banque de réserve de l’Inde a acheté 42,3 tonnes. L’institution détient actuellement 608,7 tonnes d’or, ce qui représente environ 7% de ses réserves de change.

Source originale: Rt

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LIBRA LA FUTURE MONNAIE DE FACEBOOK

 

LIBRA LA FUTURE MONNAIE DE FACEBOOK

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Facebook a annoncé la création en 2020 de sa propre monnaie. Libra sera une crypto-monnaie utilisant la technologie Blockchain comme le bitcoin. La création monétaire était jusqu’à présent le privilège des souverains ou des états. Au Moyen-Âge, le faux-monnayage était d’ailleurs considéré comme un crime de lèse-majesté. Souveraineté et monnaie sont intimement liés comme on l’a vu dans les débats enflammés autour de l’Euro. Une entreprise privée qui se met “à battre monnaie” selon l’expression consacrée, voilà donc un événement considérable. Nous nous y intéressons cette semaine.

“Et le prince seul a droit de battre monnaie attendu que lui seul a droit d’exiger que son témoignage fasse autorité parmi tout un peuple”  Jean-Jacques Rousseau l’Emile 

Libra une nouvelle crypto-monnaie

Définitions

– La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle

– La crypto-monnaie, ou monnaie cryptographique, est une monnaie 100% électronique, virtuelle. Le principe d’échelle de valeur qui la définit est le même que celui des monnaies courantes. Mais sa différence, c’est qu’elle est uniquement virtuelle. L’autre différence, c’est que cette monnaie est cryptée, c’est-à-dire qu’elle n’est utilisable que par une personne possédant le code permettant de décrypter la monnaie. 

Crypto-Monnaie, D'Affaires, Finances, L'Argent Libra

L’histoire de la monnaie est aussi une histoire technologique. La pièce de monnaie se développe avec la métallurgie. Le billet de banque est indissociable des techniques d’imprimerie, la carte de paiement de l’électronique… L’informatique a amené une dématérialisation sans précédent de la monnaie. Il n’est donc guère surprenant qu’Internet apporte sa pierre à l’édifice de la création technologique monétaire pour encore faciliter les échanges. Marc Zuckerberg décrit d’ailleurs ainsi son ambition : “envoyer de l’argent à quelqu’un devrait être aussi simple que de lui envoyer une photo”.

Comme le bitcoin, Libra sera une crypto-monnaie c’est-à- dire une monnaie électronique virtuelle. Ne vous attendez (ou au moins pas tout de suite) à voir circuler des pièces et des billets à l’effigie de Marc Zuckerberg. Elle utilisera la technologie de la blockchain. Je ne suis pas expert en la matière. Comme pour l’immense majorité, son fonctionnement demeure obscur pour moi. Mais il faut retenir que cette technologie permet des transactions sécurisées, cryptées de manière décentralisée. Comme l’écrit le mathématicien Jean-Paul Delahaye, il faut s’imaginer « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible. »

Libra un nouveau mode de paiement en ligne encore plus simple

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Libra permettra donc aux 2.4 milliards d’utilisateurs de l’environnement Facebook (Facebook mais aussi Instagram, Whatsapp ou Messenger) d’acheter des produits ou des services. Les particuliers pourront également se transférer des fonds en Libra. Pour rendre son éco-système incontournable, Facebook a choisi de s’associer dans le projet Libra à de puissants partenaires. On parle dans le tour de table de Libra de Visa-Mastercard, Paypal, Spotify, Uber, Booking.com ou encore Illiad la maison-mère de Free. On pourrait donc demain payer ses vacances sur Booking en Libra ou encore plus “fashion” louer une trottinette électrique Uber avec la monnaie virtuelle.

Avec ce projet, Facebook va un cran plus loin dans la dématérialisation de la monnaie. Les BATX chinois avec leurs systèmes Alipay ou WeChat Pay avaient déjà ringardisé la carte bancaire. Dans la quête au toujours plus facile, toujours plus simple, il semblait donc logique que Facebook mais aussi sans doute demain Amazon et les autres GAFA se lancent dans ces nouvelles technologies de paiement. Mais le projet de Facebook va plus loin. Il ne se limite pas à la création d’un nouveau mode de paiement plus pratique comme Alipay. La création d’une nouvelle monnaie possède indiscutablement une dimension politique et idéologique que je vous propose maintenant d’explorer.

Libra un projet imprégné de l’idéologie libertarienne

La symbolique autour du projet Libra est riche. Il faut toujours s’intéresser aux mots.  Au 1er sens, Libra c’est une unité de mesure la livre : Libra la livre sterling numérique. Mais derrière le mot Libra, il y a bien sûr le mot libre. Facebook a choisi d’appeler sa crypto-monnaie Libra et non pas “Quick” ou “Easy”. Libra permettrait de nous libérer. De nous libérer de quoi au fait? Du dollar, de l’Euro, du Yen? Et derrière des états souverains, des gouvernements.

Je ne peux m’empêcher de voir derrière le projet Libra une dimension idéologique. “Minimum government, maximum freedom” telle est la devise des libertariens. Comme nous l’avions évoqué dans l’article pourquoi les GAFA font tout pour ne pas payer d’impôt, la Silicon Valley est profondément imprégnée par cette idéologie libertarienne. Monnaie et souveraineté étatique sont intimement liés. Cette initiative serait un nouveau coup de boutoir des disrupteurs du numérique contre l’Etat. Je vous invite à ce propos à lire le très intéressant éditorial de Gaspard Koenig paru dans les Echos intitulé Pourquoi il faut dire non à l’Etat Facebook. 

Une gouvernance sur le modèle des banques centrales

Monnaie et confiance vont de pair. Facebook n’étant pas un état, il est fondamental pour l’entreprise d’apporter des garanties aux utilisateurs futurs de Libra. L’histoire de la monnaie est pleine d’innovations qui se sont mal terminées pour “les early adopters”. Les deux premières tentatives de création de billets de banque en France et le système de John Law se terminèrent par des banqueroutes retentissantes. Le Bitcoin a défrayé la chronique ces dernières années par sa volatilité spéculative.

Pour éviter ces déboires, Facebook a choisi de ne pas faire de Libra non pas une monnaie spéculative mais plutôt une “stable coin” avec un taux de change dont l’évolution sera limitée et encadrée, assise sur un panier de devises. La gouvernance serait assurée par une fondation sise à Genève. Le choix de la ville est là aussi symbolique. Genève est connue comme le siège de nombreuses institutions internationales et financières.

Les partenaires de Libra sélectionnés par Facebook se verront proposer d’opérer un des 100 nœuds du réseau pour la somme de 10 millions de dollars l’unité. La fondation disposera donc d’un trésor de guerre de 1 milliard de dollars garant de la stabilité du système.Chaque partenaire disposera d’un siège de représentation au sein de la fondation qui sera une espèce de banque centrale du Libra.

Il y a un côté féodal dans cette organisation. Le prince des marchands Zuckerberg rassemble autour de lui ses barons dans une sorte guilde des E-commerçants. Une guilde en quête d’argent certainement, mais aussi en quête de pouvoir face aux états. Libra annonce d’aillleurs clairement que ses premières cibles seront les états aux monnaies vacillantes. Les états laisseront-ils faire? Quelle régulation autour de ces nouvelles monnaies? Tournant majeur ou tempête dans un verre d’eau. A suivre…

https://www.etonnante-epoque.fr/libra-la-future-monnaie-de-facebook/

Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Pierre Conesa est un ancien énarque agrégé d’histoire. La majorité de sa carrière se déroula au ministère de la Défense où il fut notamment directeur adjoint de la délégation des Affaires stratégiques. Il a ainsi toujours eu un intérêt propre et un contact direct avec le Moyen-Orient, le salafisme et le terrorisme. Essayiste, romancier et chroniqueur, il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que La Fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi, dans lequel il étudie comment certains acteurs et faiseurs d’opinions créent artificiellement un ennemi pour répondre à des nécessités étatiques. La présente fiche de lecture concerne son ouvrage Dr. Saoud et Mr. Djihad, une analyse sur la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite

Couverture du livre Dr.Saoud et Mr.Djihad avec une photo de son auteur, Pierre Conesa
“Y’a-t-il une corrélation entre la diplomatie religieuse saoudienne et la propagation du salafisme ? C’est ce que nous essaierons d’analyser ici”

Lorsque Pierre Conesa introduit son essai, il pose ce simple constat : « Les Saoudiens constituaient le contingent le plus nombreux de l’Armée rouge, Afghanistan, des terroristes du 11 Septembre, des prisonniers de Guantánamo et aujourd’hui des membres étrangers de l’Etat Islamique ». Par cet incipit très factuel, Pierre Conesa fait une connexion directe entre la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite et le salafisme djihadiste. Ainsi, il entreprend une analyse qui vient combler un manque et une lacune vis-à-vis des connaissances actuelles dont nous disposons en relations internationales. Hubert Védrine l’affirme lui-même : « à notre connaissance, il n’existe aucun livre en anglais ou en français sur ce sujet ».

Par cette connexion, l’auteur nous indique très clairement l’analyse qu’il tente de poursuivre. Grâce à des outils conceptuels de science politique et de relations internationales, toute l’analyse contenue dans cet essai tend à vouloir démontrer que le gouvernement « théocratico-tribal » de l’Arabie saoudite, avec sa diplomatie d’Etat et sa diplomatie religieuse, a pour vocation première de propager le wahhabisme (religion d’Etat de l’Arabie saoudite) mais aussi, malgré lui ou non, de propager le salafisme. La question qui est donc posée par Pierre Conesa est de savoir quels sont les liens qui existent, par la création d’une diplomatie religieuse particulière, entre le wahhabisme et le salafisme.

Thématiques abordées

Le postulat est que le prosélytisme dont fait usage immodérément l’Arabie saoudite est inscrit dans « l’ADN même de son régime ». L’auteur le prouve en revenant sur la création du royaume saoudien au XVIIIe siècle quand le chef tribal Ibn Saoud et le chef religieux Muhammad Ib Abd al-Wahhab s’allient à l’issue du pacte oral du Najd en 1744. Cette alliance se fonde sur un engagement : « les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime qui en échange s’engage à propager l’islam version wahhabite ». C’est donc au XVIIIe siècle que naît la diplomatie religieuse saoudienne. Comprendre le régime de Riyad c’est avant tout comprendre l’importance du pacte du Najd, qui reste d’une vivacité et d’une force incroyable encore au XXIe siècle puisqu’il est à la structuration même du pays et de son Etat.

Pierre Conesa, dans un long chapitre intitulé « l’industrie idéologique wahhabite » : soft power américain dans la structure, soviétique dans la méthode, vient préciser l’essence même de cette diplomatie religieuse qui n’est autre qu’un soft power idéologique et planétaire. Ce prosélytisme ancestral devient soft power dans les années 60 quand les Frères musulmans fuient l’Égypte nassériste et gagnent l’Arabie saoudite. C’est la naissance du panislamisme. Ce panislamisme est un soft power complet qui réunit tout à la fois des ONG, des fondations privées, des universités et des médias. C’est surtout la création de trois grandes entités toujours actives aujourd’hui. Tout d’abord, la Ligue Islamique Mondiale (1962) qui possède un statut d’observateur à l’ONU et qui affirme son but ainsi dans sa charte : « Nous, Etats membres, affirmons également notre conviction qu’il ne saurait y avoir de paix dans le monde sans l’application des principes de l’islam ». Cette Ligue est présente dans 120 pays et administre de nombreux lieux de cultes à travers le monde. Elle se substitue même à la diplomatie officielle là où Riyad n’a pas d’ambassade. Ensuite, l’Organisation de la Conférence Islamique (1969) qui est une organisation intergouvernementale voulue par Riyad et forte de 57 Etats-membres. Enfin, l’université islamique de Médine qui donne l’obligation à ses étudiants étrangers boursiers en science religieuse d’aller faire la da’awa (propager le message de l’Islam) dans leurs pays d’origine une fois leurs études terminées. C’est ainsi un soft power extrêmement bien construit qui s’étend depuis Riyad à travers le monde.

De cette diplomatie religieuse, Pierre Conesa affirme, ce qu’il reconnaît lui-même comme très critiquable, une similarité qui rend presque « impossible une distinction » entre le wahhabisme et le salafisme. Une ressemblance qui s’exprime à travers la détestation des chiites, l’anti-occidentalisme, l’exclusion sectaire des autres courants de l’islam qui s’accompagne de destructions de lieux de culte comme en atteste les destructions wahhabites autour de La Mecque, ou encore le contrôle social totalitaire qui est exercé et qui régit le moindre aspect de la vie quotidienne. Kalbany, un ancien imam de la Grande Mosquée de La Mecque, a même déclaré en 2005 dans le New York Times :« Daech a adopté l’idéologie salafiste. Daech a tiré son idéologie de nos livres, de nos principes… Nous suivons la même route mais dans une voie différente ». Pierre Conesa reconnaît cependant quelques distinctions entre le salafisme et le wahhabisme. Premièrement, la volonté d’une restauration du Califat est impossible pour les saoudiens car ils seraient alors de facto délégitimés dans leur position de « protecteurs des Lieux Saints ». Deuxièmement, l’importance qui est donnée par Riyad à l’identité nationale, au passeport. Enfin, troisièmement, le mode de vie très particulier, versé dans l’excès, l’alcool et la drogue, qu’adoptent les princes saoudiens et qui est très éloigné de la façon de vivre du prophète.

Une fois l’étude de l’essence du wahhabisme faite, l’auteur s’est attaché à en faire l’historique. Cette étude se découpe en trois grandes parties. Tout d’abord, il retrace la naissance et la construction du soft power saoudien à l’époque du panarabisme de Nasser jusqu’à la crise de 1979 avec l’invasion soviétique d’Afghanistan et la prise de la grande mosquée de La Mecque par des radicaux saoudiens. Ensuite, il étudie la mutation de la diplomatie religieuse en analysant l’action saoudienne à travers le globe. Il étudie ainsi les pays du premier cercle, à minorité musulmane, du Maghreb, d’ex-URSS, européens, nord-américains et australiens. Enfin, il dresse un panorama de l’Arabie saoudite des 20 dernières années dans lequel on aperçoit un Etat en proie à ses propres démons, ébranlé par une radicalisation religieuse qu’elle ne maîtrise plus et qui se développe à travers le Moyen-Orient, sapant ainsi le fondement même de son pouvoir : sa légitimité religieuse à diffuser l’islam.

Critique

Peu de choses sont à redire sur cet essai, certes dur et sévère, mais toujours argumenté et solide. Cependant, au vu de la thèse de l’auteur, on peut se poser plusieurs questions et essayer de poursuivre sa réflexion. Tout d’abord à propos du terrorisme mondial, il incrimine en grande partie le prosélytisme saoudien. Cependant, peut-on ne faire endosser cette responsabilité qu’à la mouvance wahhabite ? N’y-a-t’il pas au sein d’autres mouvements islamistes, comme les Frères musulmans, une responsabilité tout aussi grande ? En revanche, il ne faut point restreindre cette responsabilité qu’aux mouvements politico-religieux islamistes. Cette étude peut aussi être étendue à des Etats ou d’autres institutions religieuses qui, directement ou non, nourrissent les mouvements radicaux. En l’occurrence, ne peut-on pas penser à la Turquie ou encore au Qatar ? La diplomatie religieuse saoudienne n’est ainsi pas la seule. Bien que la plus prolifique, la plus financée et la plus solide idéologiquement, elle n’est que la figure de prou d’un mouvement plus global faisant participer de nombreux acteurs au Moyen-Orient.

Enfin, c’est surtout la question du futur de cette diplomatie religieuse qu’il faut soulever. Face à Daesh, la légitimité religieuse de l’Arabie saoudite a été très ébranlée. De plus, la guerre interminable au Yémenplonge cet Etat dans une fragilité nouvelle. Ainsi, ce soft power, construit sur plus de 40 ans de politique religieuse wahhabite, s’il s’affaiblit, va-t-il survivre au-delà de lui-même ou va t’on apercevoir poindre une force religieuse nouvelle, relevant le flambeau d’un islam différent, mais toujours sectaire et brutal, idéologique et propagandiste ? Enfin, quel impact, l’affaiblissement de cet islam wahhabite prosélyte produirait-il, d’abord, sur les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ensuite, sur le reste du monde ?

Pierre Conesa lève donc le rideau sur le monde mystérieux de la diplomatie religieuse saoudienne. Il nous en livre les dessous et les enjeux, et c’est avec un certain sentiment d’inquiétude que nous regardons l’Histoire jouer son théâtre sur la scène du monde moyen-oriental.

About Julien QUINET

Diplômé du master 2 Défense, sécurité et gestion de crise à l’IRIS, je m’intéresse particulièrement aux enjeux de défense et du renseignement, ainsi qu’au Moyen-Orient.

Sous nos yeux

Sous nos yeux

Nous commençons la publication par épisode du livre de Thierry Meyssan, Sous nos yeux. Il s’agit d’une écriture ambitieuse de l’Histoire des dix-huit dernières années à partir de l’expérience de l’auteur au service de plusieurs peuples. Ce livre n’a pas d’équivalent et ne peut pas en avoir dans la mesure où aucun autre homme n’a participé à ces événements successifs en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient aux côtés des gouvernements mis en cause par les Occidentaux.

 | DAMAS (SYRIE)  

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«  Tous les États doivent s’abstenir d’organiser, d’aider, de fomenter, de financer, d’encourager ou de tolérer des activités armées subversives ou terroristes destinées à changer par la violence le régime d’un autre État ainsi que d’intervenir dans les luttes intestines d’un autre État.  »
Résolution 2625, adoptée le 24 octobre 1970 par l’Assemblée générale des Nations Unies

Avant-propos de l’auteur

Aucune connaissance n’est définitive. L’Histoire, comme toute autre science, est une remise en question de ce que l’on croyait certain et qui, au regard de nouveaux éléments, se trouve modifié, voire infirmé.

Je rejette le choix qui nous est proposé entre le «  cercle de la raison  » et la «  pensée unique  » d’une part, et les émotions et la «  post-vérité  » de l’autre. Je me situe sur un autre plan  : je cherche à séparer les faits des apparences, et la vérité de la communication. Surtout, tant que des hommes tenteront d’en exploiter d’autres, je ne crois pas que les relations internationales puissent être totalement démocratiques et donc transparentes. Par conséquent, au-delà des ruses, il est par nature impossible d’interpréter avec certitude les événements internationaux lorsqu’ils surviennent. La vérité ne peut se faire jour qu’avec le temps. J’accepte l’idée de me tromper sur l’instant, mais je ne renonce jamais à remettre en cause mes impressions et à comprendre. Cet exercice est d’autant plus difficile que le monde souffre de guerres qui nous obligent à nous positionner sans attendre.

Pour ma part, j’ai pris le parti des innocents qui voient des inconnus pénétrer dans leurs villes et y imposer leur loi, des innocents qui entendent les télévisions internationales répéter le mantra selon lequel leurs dirigeants sont des tyrans et qu’ils doivent céder la place aux Occidentaux, des innocents qui refusent de se soumettre et sont alors écrasés par les bombes de l’Otan. Je revendique d’être à la fois un analyste tentant d’observer avec objectivité et un homme portant secours à ceux qui souffrent avec les moyens dont il dispose.

En écrivant ce livre, je prétends aller au plus loin des documents et des témoignages directs actuels. Cependant, à la différence des auteurs qui m’ont précédé, je ne cherche pas à démontrer le bien-fondé de la politique de mon pays, mais à comprendre l’enchaînement des événements, dont il se trouve j’ai été à la fois un objet et un sujet.

Certains prétendront que, contrairement à ma profession de foi, je cherche en réalité à justifier mon action et que, consciemment ou inconsciemment, je fais preuve de partialité. J’espère qu’ils participeront à l’établissement de la vérité et qu’ils m’indiqueront ou publieront les documents que j’ignore.

Il se trouve précisément que mon rôle dans ces événements m’a permis d’apprendre et de vérifier de très nombreux éléments inconnus du grand public, et souvent de bien d’autres acteurs. Ce savoir, je l’ai acquis de manière empirique. Ce n’est que progressivement que j’ai compris la logique des événements.

Pour permettre au lecteur de suivre mon cheminement intellectuel, je n’ai pas écrit une Histoire générale du Printemps arabe, mais trois histoires partielles des dix-huit dernières années, à partir de trois points de vue différents  : celui des Frères musulmans, celui des gouvernements français successifs, et celui des autorités états-uniennes. Pour cette édition, j’ai inversé l’ordre de ces parties par rapport aux éditions précédentes où j’avais placé l’action de la France en premier. En effet, il s’agit ici de toucher un public international.

À la recherche du pouvoir, les Frères musulmans se sont placés au service du Royaume-Uni et des États-Unis, tout en s’interrogeant sur la manière de rallier la France à leur combat pour dominer les Peuples. Poursuivant leurs propres objectifs, les dirigeants français n’ont pas cherché à comprendre la logique des Frères musulmans, ni celle de leur suzerain états-unien, mais uniquement à retrouver les avantages de la colonisation et à s’enrichir. Seuls Washington et Londres avaient toutes les informations sur ce qu’ils préparaient et ce qui se passait.

Le résultat ressemble donc à des poupées russes  : on ne comprend que progressivement l’organisation d’événements qui paraissaient spontanés comme les tenants et les aboutissants de certaines décisions.

Mon témoignage est tellement différent de ce que les lecteurs ont pu lire ou entendre sur le même sujet que certains prendront peur des conséquences de ce que j’écris. D’autres au contraire s’interrogeront sur cette gigantesque manipulation et la manière d’y mettre fin.

Plusieurs erreurs ont été mises en évidence lors de la première édition, mais pas dans les suivantes. Il est probable qu’elle en contient encore que je serai amené à corriger par la suite. Il est possible que l’une ou l’autre des corrélations que je mets en lumière ne soient dues qu’au hasard, mais certainement pas leur écrasante accumulation.

De nombreux petits ajouts ont été inclus en fonction de révélations successives sur cette période.

À n’en pas douter, les partisans de l’impérialisme ne manqueront pas de m’accuser de «  complotisme  », selon leur expression fétiche. C’est une injure facile qu’ils manient depuis 15 ans. Ils en ont fait un usage extensif depuis que je conteste la version officielle des attentats du 11 septembre 2001. Ils persistent dans leur déni et se trahissent lorsqu’ils soutiennent publiquement Al-Qaïda en Libye et en Syrie alors qu’ils l’accusent de massacre aux États-Unis, en France, en Belgique, etc.

Le consensus des journalistes et des politiques n’a pas plus de valeur que celui des théologiens et des astronomes face aux découvertes de Galilée. Jamais aucun consensus n’a permis d’établir la vérité. Seule la Raison appliquée aux preuves permet de s’en rapprocher.

En définitive, une fois les erreurs mineures corrigées, c’est à cette accumulation de faits que chacun, s’il est sincère, devra répondre en proposant une explication logique et cohérente.

(À suivre…)

Ce livre est disponible en français en version papier.

Sous nos yeux

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Revue de presse nationale et internationale.

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