Le Golfe est confronté à un scénario de guerre  à petite échelle : pas de solution évidente  par Elijah J Magnier

Le Golfe est confronté à un scénario de guerre
à petite échelle : pas de solution évidente
par Elijah J Magnier

lundi 17 juin 2019, par Comité Valmy

 

Le Golfe est confronté à un scénario de guerre
à petite échelle : pas de solution évidente

Les attaques qui se déroulent dans le Golfe et ses eaux contre les ports, les pipelines d’approvisionnement en énergie et les pétroliers ont pris la proportion d’une guerre à petite échelle ; Mais la guerre ne prendra de l’importance que si l’Iran ou les États-Unis commettent de nouvelles erreurs ou causent de nouvelles frictions. Une décision ou un évènement suspect ou mal interprété pourrait entraîner une guerre plus large au Moyen-Orient, surtout que les armées et leurs alliés sont en état d’alerte. L’efficacité militaire des deux parties et de leurs alliés – disséminés dans tous les coins du Moyen-Orient – est réelle et ne devrait pas être sous-estimée.

Les Etats-Unis n’ont pas besoin de donner une raison juste, sérieuse et solide pour faire une guerre, il leur suffit de la décider. Les événements récents – les actes de sabotage à al-Fujairah (Emirats arabes unis), l’attaque du gazoduc Aramco, les attaques contre deux pétroliers dans le golfe d’Oman, et la vidéo du Commandement central des États-Unis qui prétend montrer le personnel d’un bateau iranien en train d’enlever une mine ventouse non explosée du Kokuka Courageous – auraient déjà fourni aux Etats-Unis de nombreux prétextes de guerre, s’ils voulaient la guerre. Le président Donald Trump aurait alors déjà ordonné à ses militaires de tirer des missiles de précision comme il l’a fait en Syrie ou au moins de faire une frappe aérienne punitive en collaboration avec ses partenaires européens. Ou il aurait peut-être même préparé son armée à partir en guerre comme George W. Bush l’a fait avec l’Irak en 2003.

C’est parce qu’il est conscient qu’une opération militaire contre l’Iran ne serait pas une partie de plaisir que Trump s’est abstenu d’ordonner l’attaque. Les conséquences d’une telle attaque sont imprévisibles et il n’en sortirait sans doute pas grandi.

Cela suffit à montrer que Trump ne veut pas aller à la guerre mais qu’il n’a pas non plus anticipé la réaction de l’Iran à ses sanctions et à ses violentes menaces. Le président américain n’a probablement pas compris, ni pris au sérieux, son homologue iranien Hassan Rouhani quand ce dernier a affirmé l’année dernière que “si l’Iran ne pouvait pas exporter le pétrole du Golfe, aucun autre pays ne pourrait le faire”. L’habitude qu’ont les politiciens occidentaux, et notamment Trump, d’abuser des phrases creuses et des fanfaronnades les rend peut-être incapables de comprendre des personnalités publiques qui pensent ce qu’elles disent.

Les deux camps, l’Iran et les États-Unis, sont dans une impasse. L’Iran pense que le fait d’accepter de s’assoir à une table de négociation avec les Etats-Unis serait un signe de faiblesse. De plus, Téhéran n’a aucune confiance dans les engagements et les promesses des États-Unis. Le chef de la Révolution Sayyed Ali Khamenei a dit aux autorités iraniennes : “Si vous donnez un doigt aux USA, ils vous prendront la main, puis le bras entier, puis tout le corps. Ne faites jamais confiance aux Etats-Unis”.

Trump s’est mis lui-même dans une impasse lorsqu’il a abandonné l’accord nucléaire et imposé de sévères sanctions à l’Iran. Il a fait sortir le génie de sa bouteille et unifié la population iranienne contre l’administration américaine au moment même où beaucoup en Iran soutenaient les négociations et la reprise des relations avec les États-Unis.

Trump a sous-estimé les capacités militaires de l’Iran et, en particulier, la puissance stratégique des missiles de croisière actuellement détenus par les alliés de Téhéran au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen. Ces moyens militaires ainsi que d’autres similaires peuvent causer de graves dommages aux alliés étatsuniens du Moyen-Orient et aux forces étatsuniennes déployées dans la région. Une telle confrontation aurait aussi pour effet de déstabiliser l’économie mondiale et Trump en serait accusé, même par les siens, parce que c’est lui qui a révoqué l’accord nucléaire et déclenché l’escalade actuelle de tensions – et tout ce qui arrivera.

Trump dit qu’il ne veut pas d’une escalade militaire. Cette intention est aujourd’hui clairement confirmée par le commandement central américain : “Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à s’engager dans un nouveau conflit au Moyen-Orient”.

Une guerre plus large ferait beaucoup de tort à l’Iran, mais elle serait tout aussi dévastatrice pour de nombreux pays du Moyen-Orient. Les alliés de l’Iran se disent prêts à la guerre. Au Liban, le chef du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah a déclaré à ses responsables politiques et à ses commandants militaires le mois dernier (malgré de multiples démentis) qu’une guerre cet été était très probable.

C’était aussi l’analyse du commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, Qassem Soleimani, qui a dit à ses partenaires que l’Iran n’accepterait pas de vivre sous des sanctions sévères. Sayyed Nasrallah a dit ce mois-ci : “Toute la région brûlera si les Etats-Unis partent en guerre contre l’Iran”, et “Toutes les forces et tous les intérêts des Etats-Unis dans la région seront annihilés”. En Irak, plusieurs groupes irakiens veulent chasser les milliers de soldats américains du pays. Ce sont des combattants expérimentés et ils sont équipés de missiles de croisière de précision qui seront probablement utilisés pour frapper les différentes bases étatsuniennes disséminées dans la région, en cas de guerre contre l’Iran. Au Yémen, les Houthis ont déjà frappé l’aéroport saoudien d’Abha avec un de ces missiles et, le mois dernier, ils ont frappé une station pétrolière de la province saoudienne de Yanbu avec un drone armé.

Tout cela montre que l’Iran est prêt à mettre le Moyen-Orient à feu et à sang si on l’empêche d’exporter son pétrole. Trump doit maintenant prendre conscience que les sanctions qu’il a mises en place conduiront soit à la guerre, soit, au mieux, à l’insécurité du transport maritime de l’énergie qui part du Golfe vers le reste du monde.

Trump ne peut pas s’aventurer dans une guerre au moment où il va entamer une campagne électorale pour être réélu. Les corps des soldats américains rentrant chez eux dans des sacs en plastique deviendraient le symbole historique de l’ère Trump.

Mais le président américain n’offre rien à l’Iran qui puisse apaiser les tensions. Les envoyés européens et japonais qui affluent en Iran pour “servir de médiateurs” n’ont manifestement pas offert d’acheter leur part des deux millions de barils de pétrole par jour dont dépend l’économie iranienne, ni de lever les sanctions américaines ni de faire revenir les entreprises qui ont déserté l’Iran sous la menace de sanctions américaines. Le soutien purement verbal de ces émissaires n’améliore en rien la vie de la population iranienne qui vit sous ces sanctions économiques draconiennes imposées par les États-Unis.

Le journal iranien à Javan a décrit le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas avec des lunettes bleues de l’étoile de David, portant un brassard à croix gammée et effectuant un salut nazi

Si l’Iran était à l’origine de ces attaques dans le Golfe, ce serait parce que l’absence de toute possibilité d’échapper aux agressions de Trump a conduit le pays sur la voie d’une escalade progressive. Qui que ce soit qui a attaqué le deux pétroliers dans le golfe d’Oman, n’avait pas l’intention de les couler ni de les détruire ; s’il avait voulu le faire, au moins 6 à 8 mines auraient été utilisées pour détruire tous les compartiments du pétrolier. Le fait même qu’une des deux mines ait explosé au-dessus de la ligne de flottaison suggère que celui qui a fait ça voulait minimiser la pollution dans le Golfe.

Si c’est la voie que l’Iran a choisie, le prochain coup sera plus dur. Y aura-t-il d’autres attaques contre les aéroports, les stations pétrolières ou les pétroliers ? La prochaine attaque peut couler un navire. Mais la “guerre contre les pétroliers” n’a certainement pas pris fin avec cette dernière attaque dans le Golfe d’Oman.

L’Iran est bien sûr le principal suspect derrière ces attentats, mais aucune preuve tangible n’en a été apportée à ce jour. Enlever si rapidement et si facilement une mine ventouse inconnue, comme le montre la vidéo étatsunienne – est tout à fait extraordinaire, même pour des experts en explosifs. Aucun expert – même s’il connaît très bien ces mines – ne toucherait à des munitions non explosées sans prendre la précaution de déjouer lentement et attentivement tous les éventuels pièges et de se prémunir contre un éventuel déclenchement à distance. On a besoin de preuves solides, et non pas d’une analyse simpliste, car les implications de cette attaque sont très graves.

Alors, y a-t-il un moyen de sortir de ce cycle d’escalade ? L’Iran ne fait pas confiance aux Nations Unies parce que l’administration américaine a réduit le rôle et l’efficacité de cette organisation. Il ne fait pas confiance à l’Europe, qui a choisi de rester les bras croisés, divisée et soumise aux sanctions et aux brimades américaines. L’Iran ne fait pas confiance à Trump qui a révoqué l’accord nucléaire et est accusé dans son pays de ne pas “respecter le droit ou les institutions démocratiques “.

Trump ne peut pas se coordonner avec la Russie parce que cela serait utilisé contre lui pendant sa campagne électorale. Il ne peut pas non plus laisser la main à la Chine, c’est le plus important concurrent économique, l’un des plus grands pays du monde et le cauchemar des Etatsuniens. La seule porte de sortie pourrait se trouver dans le Golfe. Tous les pays Arabes ne sont pas des ennemis et certains entretiennent de bonnes relations avec l’Iran et les États-Unis : L’Irak, le Qatar, le Koweït et Oman, par exemple. Si les États-Unis refusent de s’appuyer l’un de ces pays pour entamer des négociations sérieuses en vue d’alléger les sanctions contre l’Iran, la petite guerre actuelle pourrait bien prendre des dimensions plus importantes dans les semaines à venir.

Elijah J. Magnier : @ejmalrai
Traduction : Dominique Muselet

16 juin 2019

Elijah J. Magnier
Middle East Politics

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11338

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