Géorgie : les Etats-Unis veulent lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie  par Karine Bechet-Golovko

Géorgie : les Etats-Unis veulent
lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie
par Karine Bechet-Golovko

samedi 22 juin 2019, par Comité Valmy

 

Géorgie : les Etats-Unis veulent
lancer l’opposition à Tbilissi contre la Russie

A l’occasion de l’organisation de la 26e Assemblée générale de l’assemblée interparlementaire de l’orthodoxie se déroulant à Tbilissi et présidée par la délégation russe, des émeutes ont été « spontanément organisées » devant le Parlement, contre « l’occupation russe ». Si vous allez à Tbilissi, qui est une ville d’un charme fou, vous verrez immédiatement que le pays est – physiquement même – sous occupation américaine. Mais la population reste très aimable avec les touristes, dont la grande majorité vient de Russie. Faut-il aller encore plus loin et briser le lien restant entre ces deux pays ? Il semblerait que le mouvement soit effectivement lancé, ici aussi avec l’appui des extrémistes, par les Etats-Unis qui entrevoient un danger dans la coopération institutionnelle avec la Russie.

Les faits sont assez simples. La délégation russe a ouvert l’Assemblée générale de l’assemblée interparlementaire de l’orthodoxie à Tbilissi et, pour cela, comme le protocole le prévoyait, le député russe s’est assis dans le siège du président du Parlement et a prononcé un discours. A ce moment-là, des députés géorgiens radicaux se sont levés et ont quitté la salle, à grands renforts de bruits et de scandales.

« Spontanément », hier soir 20 juin, quelque 7 000 personnes se sont réunis devant le Parlement, menés par l’opposition pro-Saakachvili et ont voulu y pénétrer par la force :

La police les en a empêchés et a dispersé la foule en utilisant le gaz et les canons à eau :

Il y a eu 240 blessés, dont 80 policiers et 8 journalistes. Mais l’opposition ne s’arrête pas là. Elle a attaqué le siège du parti au pouvoir et demande la démission du président du Parlement, du ministre de l’Intérieur et la modification du mode de scrutin des élections parlementaires.

C’est ici, en regardant les exigences, que quelque chose commence à ne pas aller … Le président du Parlement a condamné la présence de la délégation russe, se disant avoir été choqué de voir un député russe assis à sa place, le président du Conseil des ministres affirme pleinement partager le point de vue des manifestants, etc. Pourquoi demander leur démission et surtout la modification du mode de scrutin ? Quel est le rapport ? Surtout avec un évènement, cette assemblée interparlementaire, qui a été préparé de longue date, qui n’est pas une surprise, dont le protocole a été établi, que l’opposition connaissait. Où est la soi-disant surprise ? Il n’y en a pas. Mais il semblerait que la Géorgie ait sous-estimé le poids de l’occupation. Américaine.

Alors que la présidente géorgienne accuse la Russie d’être derrière ces mouvements contestataires, Saakachvili diffuse une vidéo appelant le pouvoir à laisser faire les manifestants, et les manifestants à faire tomber la présidente. Qu’il y ait deux millions de touristes russes en Géorgie l’année dernière (pour une population légèrement inférieure à 4 millions), les Etats-Unis font avec, ils n’ont rien d’autre à proposer au pays, qui n’a plus aucune économie. Reste le tourisme. Russe. Mais qu’une délégation russe arrive et que la langue russe soit utilisée sans problème au Parlement, non, ça ne peut pas passer. C’est une barrière – politique – qui ne doit pas être franchie. La domination et l’occupation sont américaines, elles doivent le rester. C’est stratégique. Vous vous promenez dans la rue et voyez comment les policiers géorgiens ont été rhabillés à la mode des séries américaines (jusqu’aux lunettes). Vous entrez dans les pubs du quartier de Vera et ne pouvez manquer les soldats américains en uniforme en train de se « détendre », avec des drapeaux US aux murs et autres décos rappelant le pays. Vous en voyez d’autres tout droit sortis de Men in black. Les bâtiments utilisés par les US et les structures internationales sont réhabilités, uniquement pour les parties leur servant, le reste du bâtiment est laissé en l’état.

Alors que vient faire la délégation russe dans ce décor bien planté ?

L’interview donnée par le chef de la délégation, le député russe Serguei Gavrilov, permet d’y voir plus clair. Quelques morceaux choisis :

Cela fait deux ans que la Géorgie demande à être le pays organisateur de cet évènement. Cette Assemblée regroupe 25 pays. Nous sommes venus en Géorgie et avons reçu des garanties quant à notre sécurité et à l’absence de sanction. Notre but avait été ouvertement posé : le renforcement de la coopération entre tous nos pays en matière humanitaire, éducative, culturelle et médicale sur la base de l’orthodoxie et des valeurs traditionnelles que nous partageons. Et lors de la cérémonie d’ouverture nous avons remercié la Géorgie pour son accueil et la qualité de l’organisation. Aujourd’hui, ils nous ont invité au Parlement géorgien et m’ont proposé de prendre place au presidium. La place qui m’a été offerte est celle qui revient au président de l’Assemblée, c’est-à-dire à moi. Et je m’y suis assis. Comme ce fut le cas au Parlement en Grèce, au Liban, etc. sans aucun problème. Nous avons partagé le presidium avec le Secrétaire, député grec, et avons à nouveau remercié la Géorgie, offert les présents apportés et commencé la discussion normalement. Je dois préciser que contrairement à ce que certains médias ont affirmé, je n’ai participé à aucune opération militaire, ni en Abkhazie, ni ailleurs je n’ai jamais porté d’arme. Je me suis trouvé au milieu de conflits comme en Syrie ou au Kosovo, mais uniquement pour porter aide aux victimes. Quand la situation a dégénéré, nous avons dû quitter le Parlement, aller à l’Hôtel où nous avons terminé la session, toutes les questions prévues ayant été traitées. En raison de l’absence de garanties concernant notre sécurité, et avec les excuses de nombreux députés géorgiens, nous avons mis fin à nos travaux. Lorsque, à l’hôtel, nous sommes allés vers la presse, nous avons été physiquement agressés et les services de sécurité n’ont pu l’empêcher. Les députés ont clairement entendu comment les journalistes géorgiens étaient menés par des hommes parlant anglais/américain. Alors que la délégation russe est partie et l’évènement terminé brusquement, l’opposition continue à appeler à manifester. Soit, la visite ayant été organisée de longue date, cet évènement a été choisi pour servir de détonateur, soit les « curateurs » US n’ont pas apprécié les bonnes relations entre les députés et ont décidé d’intervenir pour y mettre un terme et éviter qu’elles ne se développent dangereusement.

C’est une leçon à tirer pour les deux pays : la Géorgie, qui doit comprendre qu’une autonomie, même relative, en situation d’occupation est impossible ; la Russie, qui doit sortir du mythe de la normalisation, même économique, de ses relations avec son étranger proche. Le combat existe et sera mené jusqu’à son terme. C’est-à-dire jusqu’au moment de la défaite d’une des deux parties. Nier le combat n’empêche pas son existence et celui-ci ne se réglera pas tout seul, suite à l’apparition d’un Deus ex machina. Entre les pays comme entre les individus, chacun fait ce que l’autre lui permet de faire. Donc cela est permis.

par Karine Bechet-Golovko
vendredi 21 juin 2019

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11357

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