ÉDITO. La BCE n’est pas un lot de consolation

La BCE n’est pas un lot de consolation

Le choix du successeur de Mario Draghi, dont le mandat s’arrête le 31 octobre, est celui pour lequel une erreur de casting aurait le plus de conséquences dramatiques. Normalement, l’hypothèse d’un Allemand à Francfort ne poserait pas de problème. Mais Jens Weidmann ne peut être celui-là.

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Dominique Seux

Dessin Kim Roselier

Par Dominique SEUXPublié le 23/06 à 16h00

Le sommet européen qui s’est conclu vendredi sans accord l’a encore montré : le processus de nomination aux principaux postes de l’Union européenne est à la fois extraordinairement politique et il obéit à des dosages subtils, géographiques, de nationalité et de nature partisane . Dans le premier cas, c’est normal, dans le second ce serait très inquiétant si cette méthode s’appliquait à la Banque centrale européenne. Par un hasard de calendrier (les élections européennes ont lieu tous les cinq ans, le mandat du patron de la BCE est de huit ans), le choix du successeur de Mario Draghi se retrouve au coeur des négociations actuelles.

L’attention a beau être focalisée sur les trois fauteuils les plus visibles par l’opinion publique, la Commission, le Conseil et le Parlement, c’est bien le quatrième qui est celui pour lequel une erreur de choix serait la plus dramatique. La BCE est la garante de l’avenir de l’euro, de la stabilité de cette zone monétaire inédite dans l’Histoire (déjà 20 ans…) et, de plus en plus, de la situation économique elle-même. Le « whatever it takes » de Draghi et les instruments créatifs qu’il a déployés depuis 2012 ont changé la donne plusieurs fois. Les désaccords entre pays sur la politique budgétaire ont confié à Francfort et aux taux un rôle qui n’était pas prévu.

Réagir vite en cas de crise

Cela ne veut pas dire que la situation d’aujourd’hui ne suscite pas d’inquiétude, avec des taux d’intérêt négatifs sur plusieurs compartiments du marché obligataire. C’est inédit et cela revient à marcher sur la tête. Mais cela signifie que la personnalité qui sera choisie doit avoir des compétences techniques pointues, des savoirs économiques solides et une capacité de réaction très rapide en cas de difficulté – une crise financière prochaine n’est pas impossible dans un monde surendetté. Elle ne pourra pas consulter dix-neuf capitales avant de trancher.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Le pire, et hélas c’est de l’ordre du possible voire du probable, serait que la nomination de celui -ou celle- qui dirigera la BCE à partir du 1er novembre 2019 jusqu’en 2027 soit le résultat d’un grand marchandage. Un Allemand à Bruxelles ? Un Français donc à Francfort. Un Français à Bruxelles ? Un Allemand du coup à Francfort. Aucune de ces deux nationalités à Bruxelles ? Aucune des deux par conséquent à la BCE. Les grands pays trustent les postes de l’exécutif ? Alors, un petit pays a « droit » à la monnaie. Ou l’inverse. La BCE ne doit pas être un lot de consolation, le parent pauvre ou la résultante des choix précédents.

Le passé de Weidmann

Cela dit, quelle est la situation ? Il ne peut pas y avoir de veto de principe contre un Allemand à la Banque centrale de la zone euro s’il a le profil requis du meilleur candidat. Après un Néerlandais, un Français et un Italien, rien n’est impossible. Mais cela ne peut pas être Jens Weidmann qui, à la tête de la Bundesbank, s’est exprimé, a voté et a même attaqué juridiquement les décisions de Mario Draghi. Chacun peut être touché par la grâce et il est sûr que les Allemands sont atteints dans leur portefeuille par la politique des taux bas.  Mais le virage apparaîtrait à 180° et il est clair que les pays du Sud de l’Europe et les marchés seraient surpris.

Parmi les autres personnalités dont le nom est cité, François Villeroy de Galhau (Banque de France) a souvent écarté une éventuelle candidature. Benoît Coeuré a incontestablement les qualités requises, mais une incertitude juridique existe (un numéro 2 sortant peut-il postuler ?), qui devrait être levée avant d’aller plus loin. Deux Finlandais sont également évoqués, Erkki Liikanen et Olli Rehn, le premier apparaissant comme un candidat de compromis. Mais est-ce vraiment de cela dont l’euro a besoin ?

Dominique Seux

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