Embarquez avec les commandos d’élite des Forces spéciales

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Les forces spéciales mobilisées pour l’exercice Athena.DDM Pierre ChallierPublié le 23/06/2019 à 06:58      Défense – ArméeSécuritéSociétél’essentiel

Jusqu’au 28 juin, un entraînement majeur des Forces spéciales (FS) se déroule dans le Grand Sud, avant projection. Entre action clandestine et opérations conventionnelles, ces unités sont aujourd’hui incontournables dans tous les conflits modernes. Surtout lorsque se mènent des guerres de l’ombre entre états sur des territoires étrangers et lorsque la mobilité des terroristes jihadistes ignore toute ligne de front.

Ils détestent les projecteurs. Ne se présentent que visage couvert en public. Mais le 75e anniversaire du Débarquement et l’hommage aux 177 hommes du commando Kieffer comme la mort des maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello – les deux commandos Hubert tombés le 10 mai dernier lors de la libération de quatre otages au Bukina Faso – ont récemment replacé en pleine lumière les militaires des Forces spéciales (FS).PUBLICITÉinRead invented by TeadsPUBLICITÉinRead invented by Teads

Marine, armée de Terre, armée de l’Air, ils sont environ 4 300 sous les ordres du COS, le Commandement des opérations spéciales à Vélizy-Villacoublay. Descendants lointains de l’inventif Gédéon de l’Ancien Testament et, bien sûr, d’Ulysse «aux mille ruses», ils ont pour devise «Faire Autrement» : atout sans égal d’une frappe imprévisible contre l’ennemi.

Et pour conduire en autonomie de plus ou moins longues missions en terrain hostile, ils sont désormais un «outil indispensable à l’action d’un état moderne» (1), écrivait dès 2002 éric Denécé. Pourquoi ? Parce que ces commandos d’élite sont à la fois le «couteau suisse» et le «coup de poing américain» des gouvernants, dans un contexte de conflits asymétriques, d’univers flous et… de réduction des budgets militaires pour le «conventionnel», (le leur restant secret). Reconnaissance et renseignements, interventions en zones grises, sous uniforme, mais entre deux eaux et trois frontières… lutte antiterroriste, évacuations de ressortissants, libération d’otages, et, bien sûr, comme on l’a vu en Afghanistan fin 2001 ou au Mali, début 2013, ouverture d’un théâtre d’opérations : «Nous sommes là pour proposer aux décideurs une panoplie d’options permettant de graduer la réponse en fonction des résultats politiques qu’ils souhaitent, lorsque la situation ne permet pas d’intervention massive», rappelle un officier.

Toujours garder un coup d’avance

Dans le Grand Sud ? La Nouvelle-Aquitaine concentre les FS de l’armée de Terre, avec le 1er RPIMa à Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques, le 13e RDP à Martignas-sur-Jalle en Gironde et le 4e Régiment d’hélicoptère des forces spéciales à Pau, ville de leur état-major (COM-FST) dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais cette semaine, c’est aussi depuis Mont-de-Marsan et Captieux dans les Landes que les Forces spéciales air (FSA) poursuivent avec leur Commando parachutiste de l’Air n° 10 (CPA10) et leurs escadrons «Poitou» et «Pyrénées» leur entraînement annuel majeur, appuyés par le régiment de chasse «Normandie Niemen» de Mont-de-Marsan et les drones de Cognac, mais aussi et pour la première fois, avec la participation de FS américaines et espagnoles.

Commandos parachutistes des trois armes, équipages de transport, d’hélicoptères et de Rafale réunis pour «Athéna» : par son nom, l’exercice rappelle que la déesse casquée a soufflé à Ulysse l’idée du cheval de Troie. Mais surtout que ces hommes, à la maîtrise technique hors normes, se doivent toujours d’être à la pointe de l’innovation pour maintenir ce «coup d’avance» qui fait tout l’intérêt de cet instrument géopolitique primordial. Outil exceptionnel dont la sécurité même semble pourtant bien avoir été négligée au Sahel par le recours à des sociétés privées douteuses aux avions parfois «poubelle» pour le transport des FS, a révélé «Le Monde» la semaine passée et interpellé le député LR François Cornut-Gentille. «Faire autrement» ? Côté investissements de l’état en moyens aériens pour les forces, il y a toujours urgence.

(1) Forces spéciales, l’avenir de la guerre? Aux éditions du Rocher.


Le général Rondel, chef du commandement des Forces Aériennes, ici avec l'un des pilotes de V22, espère développer cette coopération avec Américains et Espagnols. DDM/ P.C.
Le général Rondel, chef du commandement des Forces Aériennes, ici avec l’un des pilotes de V22, espère développer cette coopération avec Américains et Espagnols. DDM/ P.C. – DDM, Pierre Challier

Russes, Britanniques, Français, Américains, Israéliens, Chinois… et doctrines d’emploi

Gédéon, Ulysse, Hannibal… Depuis la plus haute antiquité, des guerriers et des généraux ont usé de stratagèmes «non conventionnels» pour vaincre ou dissuader l’ennemi. Mais les Forces spéciales proprement dites sont nées au XXe siècle, avec les Soviétiques qui ont développé leur propre savoir-faire durant l’entre-deux-guerres. Pour autant, c’est véritablement avec le Special Air Service (SAS) et le Special Operation Executive (SOE) britanniques durant la Seconde Guerre mondiale qu’elles se sont développées en Europe de l’Ouest, l’Angleterre formant notamment les Français libres, à l’instar du commando Kieffer mais également les résistants des pays occupés, grâce au SOE. Côté américain ? Le conflit avait aussi vu se développer les actions de l’OSS et de la «Brigade du Diable» du First Special Service Force mais les Special forces au béret vert sont nées en 1952 et sont montées en puissance au Vietnam, avant d’être réimposées par l’Afghanistan, en 2001.

Ailleurs ? Israël a bâti à partir de 1957 son modèle sur le SAS et sa réputation n’est plus à faire. Mais la Chine comme tout pays voulant afficher sa puissance militaire se doit désormais d’avoir ses propres forces spéciales et les niveaux de formation tendent à s’uniformiser. Ce qui fait, néanmoins que le «top 3» soit, selon éric Denécé, constitué par les Britanniques, les Américains et les Français (lire page3)? Pas uniquement la progression des armements et des équipements innovants, évidemment. «Les Russes, les Israéliens et les Chinois ont de très bonnes unités spéciales, mais aujourd’hui, ils n’ont pas le type de déploiement qu’ont ces trois puissances occidentales. Les Français, par exemple, se battent très loin de chez eux, sur des terrains très différents et depuis bientôt 20 ans sans discontinuer. Techniquement, Russes et Israéliens, par exemple, sont tout aussi bons. Mais les Russes, eux, interviennent surtout à la marge de l’ex-empire soviétique et les Chinois et les Israéliens interviennent également surtout aux frontières de leur pays. C’est la grande différence avec les états-Unis, le Royaume-Uni et la France, pays qui, eux, sont capables d’intervenir partout dans le monde», analyse le spécialiste, soulignant que cette doctrine d’emploi implique innovations et adaptabilité constantes. Mais aussi pragmatisme dans les collaborations.

Le prisme avec lequel on peut aussi regarder l’exercice Athéna qui se déroule avec trois V22 et un C130J du Special Operations Squadron américain, basé à Mildenhall en Angleterre, Américains et Français travaillant ensemble sur différents théâtres où, par exemple, les ravitailleurs américains fournissent et «sans aucun problème» les Caracal des FS françaises, seuls hélicoptères ravitaillables en vol de jour comme de nuit. La présence également d’un Casa et des commandos parachutistes espagnols de l’Ezapac ne doit rien au hasard : les Forces aériennes espagnoles sont déjà présentes sur Barkhane et Paris n’aurait rien contre une montée en puissance de Madrid à ses côtés.


L'exercice Athena des forces spéciales. Ici l'évacuation d'un blessé.
L’exercice Athena des forces spéciales. Ici l’évacuation d’un blessé. – DDM, Pierre Challier

Athéna une «générale» avant la guerre

Sous le plafond bas, deux Rafale déchirent l’air au-dessus des pins. Plus de 800 km/h à 100 mètres du sol : le bruit cloue sur place… «Démonstration de force, ça crée un premier effet de dissuasion sur l’ennemi», commente un capitaine. Sans temps mort, un hélicoptère Caracal dépose les commandos avec, en appui, du jamais vu dans le ciel des Landes : un V22 Osprey de l’Air Force special operation command, hybride qui décolle en hélico et vole en avion pour transporter vite et loin les Forces spéciales. Américaines habituellement, françaises aujourd’hui.

Fusils d’assaut qui crépitent, fumées montant de la route où a lieu l’interception… Ce matin, l’exercice Athéna entre vraiment «dans le dur», sur le champ de tir de Captieux. Renseignements envoyés par le Transall «Gabriel» de guerre électronique, coordonnées de cible transmises par les commandos aux Rafale, embuscades… «Une répétition grandeur nature avant de repartir en opérations spéciales qui permet de revoir tous les automatismes et de mécaniser les procédures entre nous puisqu’il y a aussi des commandos Marine et Terre, mais également les Américains et les Espagnols», résume un fusilier commando de l’Air.

Une «générale» indispensable pour ceux qui sont au contact, sur le terrain, mais aussi pour ceux qui sont juste derrière, à savoir les Modules d’appui aux opérations spéciales (MAOS). Toute la mécanique invisible qu’Athéna doit vérifier et huiler. Celle de ces militaires qui ne sont pas FS mais qui travaillent pour elles, vu leur spécialité, aptes à faire le coup de feu si nécessaire et qui doivent rester une solution et pas un problème, en cas de coup dur dans les opérations.

MAOS : en quatre jours le régiment du génie de l’air a ainsi nivelé et fortifié un carré de 1 ha pour la base de commandement opérationnel. Dans les tentes et autour ? Les commandos de protection, les spécialistes NRBC pour le risque nucléaire, biologique et chimique, le commandement et… l’essentiel, les systèmes d’information et de communication pour que ciel et terre échangent messages et données en permanence. «Avec les moyens satellites, on met en place l’équivalent d’une 3 G sécurisée sur près de la moitié de la France», simplifie l’adjudant-chef.

Captieux, Mont-de-Marsan : ce n’est en effet qu’une partie d’un tableau beaucoup plus vaste. Sur la carte du briefing, Athéna s’étend sur 600 km de long, 400 km de large, de la Nouvelle-Aquitaine à l’Occitanie et jusqu’au nord de la Loire. Le Sud-Ouest ? «C’est Orangeland avec pour scénario une zone instable, un coup d’état et un pays voisin qui veut maintenir l’instabilité et infiltre des groupes terroristes, bref, un mélange de Libye, de Levant et de Sahel le plus réaliste possible puisque cet entraînement annuel sert à certifier les Forces spéciales air et leurs appuis avant déploiement», récapitule le lieutenant-colonel Thierry.

Au total ? Environ 500 personnels pour trouver et neutraliser les «hostiles». Grâce à «l’allonge, la force de frappe et la fulgurance de l’arme, d’ici, on peut aller «taper» aussi bien à Orléans qu’à Caylus», précise-t-il. Gris camouflage sur nuages assortis, un Hercule C130 et un Casa larguent maintenant palettes et colis. D’un Transall chutent en dernier les commandos du CPA 10. Plus loin, d’autres sont déposés en aérocordage par un Osprey. Invisible depuis la route, un troisième groupe surgit de nulle part pour intercepter un 4×4. Tirs, moteur en fumée, jaillissement éclair avec 20 à 25 kilos sur le dos. Les messages radio rythment l’action. «Homme à terre !» Entre l’attaque et l’évacuation du blessé, quelques minutes seulement… Selon le «tableau», ils sont une dizaine ou juste une paire de discrets, à l’instar de ceux qui guident depuis le sol les Rafale du Normandie-Niemen sur leur cible. Sans droit à l’erreur. «Alors vu le niveau d’exigence, pour ceux qui les appuient ça va plus loin que vérifier les compétences, c’est valider la confiance qu’on peut avoir en eux en opération spéciale. Ici, soit vous faites le poids, soit vous sortez», tranche le lieutenant-colonel «Donato». Test jusqu’au 28 juin.


Mémento

Créé en 1992, le Commandement des opérations spéciales (COS) est sous les ordres du chef d’état-major des armées et l’autorité directe du président de la République. Ses 4 300 militaires (et réservistes) interviennent dans des missions périlleuses, discrètes mais qui ne sont pas clandestines et ils sont issus des trois armes.

Pour l’armée de Terre, il s’agit du 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine, du 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (RHFS) et du 13e régiment de dragons parachutistes (RDP).

Pour l’armée de l’Air : commando parachutiste de l’air n° 10 (CPA 10), escadron d’hélicoptères 1/67 Pyrénées et escadron de transport 3/61 Poitou.

Pour la Marine, ce sont les commandos d’assaut, d’appui et de nageurs de combat Trépel, Jaubert, de Montfort, de Penfentenyo, Hubert, Kieffer et Ponchardier.


Eric Denécé
Eric Denécé – DR

«La France est dans le Top 3»

Interview d’Eric Denécé, Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement CF2R

Américains, Britanniques, Russes, Israéliens… Où se situe la France aujourd’hui dans le classement des Forces spéciales ?

La France est dans le Top 3 avec les Américains et les Britanniques car ce qui fait aussi la qualité des Forces spéciales, c’est leur rythme d’engagement. Ce n’est pas seulement leur nombre et leur équipement, c’est aussi le nombre de situations opérationnelles dans lesquelles elles sont engagées et qui fondent leurs compétences : plus ils sont sur le terrain, meilleurs ils sont, ce qui est particulièrement vrai dans le cadre des Forces spéciales françaises qui sont largement employées.

Voire suremployées depuis quelques années ? Afghanistan, Levant, mais aussi Bande Sahelo-Saharienne (BSS), Libye : elles sont sur le pont depuis 18 ans, maintenant…

Aujourd’hui, on a vraiment besoin d’elles et, oui, on peut effectivement dire qu’elles sont suremployées car le nombre de crises dans lesquelles on leur demande d’intervenir est assez gigantesque et l’outil n’est pas totalement dimensionné à la hauteur des besoins. Les Américains sont aussi très engagés, mais ils ont infiniment plus de Forces spéciales que nous, avec environ 67 000 personnes, chiffre auquel on mettra un bémol car ils rangent aussi sous cette étiquette de l’infanterie légère. Nous, si l’on compare, on est donc dans la difficulté, en quantité, mais on reste plutôt dans la bonne moyenne avec les Anglais et les Israéliens qui ont toujours fait prévaloir la qualité sur la quantité.

Ce constat fait, quels sont les enjeux alors que la situation se dégrade au Mali, au Burkina-Faso et qu’elle reste instable au Moyen-Orient ?

Le premier impératif, c’est de garder le très haut niveau de qualité des Forces spéciales françaises et qu’on n’augmente pas leurs effectifs pour le plaisir. Par contre parallèlement, il faut créer ou renforcer d’autres unités d’infanterie légère, de parachutistes ou d’infanterie de marine très spécialisées qui puissent les relayer dès que leur haute technicité ne justifie plus de les engager. Il y a donc un deuxième défi : créer un type d’unité particulière entre Forces spéciales et infanterie conventionnelle, dans la dynamique de ce que font déjà techniquement le 2e REP ou les Groupements de commandos parachutistes, ou à l’instar des Rangers américains.

La priorité ne serait-elle pas aussi les moyens aériens ? «La sécurité des commandos français au Sahel lors de leurs déplacements aériens (…) reste préoccupante» écrit «Le Monde», évoquant des appareils civils parfois «catastrophiques», pilotés «par du personnel étranger», «gérés par des sociétés douteuses» et, pire, qui ont les vraies identités de leurs passagers «en dépit du secret-défense» !

Cette situation est aberrante ! Par définition ils sont sur des théâtres éloignés avec des missions à long rayon d’action et c’est vrai que malgré l’existence du 4e RHFS, des escadrons Poitou et Pyrénées, les moyens aéromobiles ne sont pas à la hauteur des enjeux. Mais le recours à ces sociétés «civiles» est intolérable car il expose des hommes d’un très haut niveau de compétence, non seulement en dévoilant leur identité, mais aussi en jouant avec leur sécurité lorsqu’ils sont à bord d’appareils «poubelle». Ce type d’«économies» réalisées avec des «prestataires» au rabais pour des personnels hautement qualifiés et équipés n’a pas de sens alors que l’aérien est le secteur où on ne peut se permettre de lésiner, surtout pour les FS.

Pierre Challier

https://www.cf2r.org/le-cf2r/presse/annee-2019/

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