Une attaque contre l’Iran serait une attaque contre la Russie Par Pepe Escobar

Une attaque contre l’Iran 
serait une attaque contre la Russie 
Par Pepe Escobar

samedi 10 août 2019, par Comité Valmy

Une attaque contre l’Iran
serait une attaque contre la Russie

Moscou propose une vision diamétralement opposée aux sanctions, menaces et guerres économiques occidentales, qui la rapproche de Téhéran.

La Russie enchaîne méticuleusement des coups sur l’échiquier eurasien qui doivent être observés conjointement, car Moscou propose au Sud global une approche diamétralement opposée aux sanctions, aux menaces et à la guerre économique occidentales. En voici trois exemples récents.

Il y a dix jours, par le biais d’un document officiellement approuvé par les Nations unies, le ministère russe des Affaires étrangères a proposé un nouveau concept de sécurité collective pour le golfe Persique.

Moscou souligne que « le travail pratique sur le lancement du processus de création d’un système de sécurité dans le Golfe persique » devrait commencer par « des consultations bilatérales et multilatérales entre les parties intéressées, y compris les pays de la région et d’ailleurs », avec en outre des organisations comme le Conseil de sécurité des Nations Unies, la Ligue arabe, l’Organisation pour la coopération islamique et le Conseil de coopération du Golfe.

La prochaine étape devrait être une conférence internationale sur la sécurité et la coopération dans le golfe Persique, suivie de la création d’une organisation spécialisée – ce qui ne ressemblera certainement pas à l’incompétente Ligue arabe.

L’initiative russe doit être interprétée comme une sorte de pendant et surtout de complément de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui s’épanouit enfin en tant qu’organe sécuritaire, économique et politique. La conclusion inévitable est que les principaux membres de l’ Organisation de coopération de Shanghai – la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan et, dans un avenir proche, l’Iran et la Turquie – auront une influence majeure sur la stabilité régionale.

Cela ne va pas amuser le Pentagone.

Exercices conjoints à gogo

Lorsque le commandant de la marine iranienne, Hossein Khanzadi, s’est récemment rendu à Saint-Pétersbourg pour y célébrer la Journée de la marine russe, l’état-major général des forces armées iraniennes et le ministère russe de la Défense ont signé un protocole d’accord sans précédent.

Khanzadi a tenu à souligner que le mémorandum « peut être considéré comme un tournant dans les relations entre Téhéran et Moscou au long de la trajectoire de la défense ».

Il en résulte directement que Moscou et Téhéran, avant mars 2020, organiseront un exercice naval conjoint dans – rien de moins – le détroit d’Ormuz. Comme Khanzadi l’a dit à l’agence de presse IRNA : « L’exercice peut avoir lieu dans la partie nord de l’océan Indien (vers le golfe d’Oman), le détroit d’Ormuz et aussi le golfe Persique. »

La marine américaine, qui prévoit une « coalition internationale » pour assurer la « liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz – ce que l’Iran a toujours garanti historiquement – ne va pas être amusée. La Grande-Bretagne non plus, qui fait pression en faveur d’une coalition dirigée par l’Europe alors même que le Brexit se profile à l’horizon.

Khanzadi a également noté que Téhéran et Moscou sont profondément impliqués dans le renforcement de leur coopération en matière de défense dans la mer Caspienne. Des exercices conjoints ont déjà eu lieu dans la mer Caspienne dans le passé, mais jamais dans le golfe Persique.

Tous ensemble à l’exercice

Le District militaire oriental* de la Russie prendra part à l’exercice antiterroriste de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en Thaïlande et en Chine, au début du mois prochain. Selon le District militaire oriental, l’entraînement s’inscrit dans le cadre des « préparatifs d’une phase pratique d’exercice antiterroriste de l’ASEAN en Chine ». Cela signifie, entre autres, que les troupes russes utiliseront du matériel militaire chinois.

Les exercices comprennent des groupes tactiques interarmées qui tenteront de libérer des otages de l’intérieur de bâtiments officiels, de la recherche et de l’élimination d’explosifs, ainsi que des activités intérieures et extérieures de reconnaissance d’armes chimiques, biologiques et de radiations.

Cela doit être interprété comme une interaction directe entre les pratiques de l’Organisation de coopération de Shanghai et celles de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), en complément de l’intensification des échanges commerciaux entre l’Union économique eurasiatique et l’ASEAN.

Ces trois développements illustrent la façon dont la Russie est impliquée dans un large spectre allant de la mer Caspienne et du golfe Persique jusqu’à l’Asie du Sud-Est.

Mais l’élément clé reste l’alliance russo-iranienne, qui doit être interprétée comme un noyau du projet d’intégration massive de l’Eurasie au XXIe siècle.

Ce que le secrétaire du Conseil national de sécurité russe, Nikolai Patrushev, a déclaré lors de la récente réunion trilatérale historique avec John Bolton, conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, et Meir Ben-Shabbat, conseiller du Conseil national de sécurité israélien à Jérusalem, devrait être clair :

« L’Iran a toujours été et demeure notre allié et partenaire, avec lequel nous développons constamment des relations tant sur une base bilatérale qu’au sein de structures multilatérales. »

Il s’agit de mettre un terme aux spéculations sans fondement selon lesquelles Moscou « trahit » Téhéran sur de multiples fronts, depuis la guerre économique générale déclenchée par l’administration Donald Trump jusqu’à la résolution de la tragédie syrienne.

Rendez-vous à Noursoultan

Et cela nous amène à la poursuite du processus d’Astana sur la Syrie. Moscou, Téhéran et Ankara tiendront une nouvelle réunion trilatérale à Noursoultan, la capitale kazakhe, peut-être à la date extrêmement significative du 11 septembre, selon des sources diplomatiques.

Ce qui est vraiment important dans cette nouvelle phase du processus d’Astana, cependant, c’est la création du Comité constitutionnel syrien. Cela avait déjà été convenu en janvier 2018 à Sotchi : une commission – comprenant des représentants du gouvernement, de l’opposition et de la société civile – capable d’élaborer la nouvelle constitution syrienne, chaque groupe détenant un tiers des sièges.

La seule solution viable possible à la tragédie qu’est la sale guerre par procuration contre la Syrie sera trouvée par la Russie, l’Iran et la Turquie. Cela inclut l’alliance russo-iranienne. Et elle inclut et élargit la vision russe de la sécurité dans le golfe Persique, tout en faisant allusion à une OCS élargie en Asie du Sud-Ouest, agissant en tant que mécanisme pan-asiatique de rétablissement de la paix et sérieux contre-pouvoir à l’OTAN.

Pepe Escobar 
8 août 2019

Traduction Entelekheia Photo : Vedettes rapides du Corps des gardiens de la révolution islamique/PressTV

*Note de la traduction : La Russie est subdivisée en 5 districts ou régions militaires. Le siège du District oriental, qui couvre 12 sujets de la fédération de Russie (les « sujets » sont des entités : républiques, territoires, régions, villes d’importance fédérale, régions autonomes et districts autonomes) est situé à Khabarovsk, à 30 kilomètres de la frontière chinoise.

Source : 
Attack on Iran would be an attack on Russia

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11478

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