Afghanistan : le pari perdant-perdant de TrumP

Afghanistan : le pari perdant-perdant de Trump

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07 aout, 2019
Note d’analysePatricia Lalonde

 9 Septembre 2001, 28 Juillet 2019 :

18 ans après l’assassinat d’Ahmed Shah Massoud par El Qaida, Amrullah Saleh, l’ancien puissant patron des services Afghans a été victime d’un attentat auquel il a échappé par miracle. Un attentat préparé minutieusement en plein cœur de Kaboul dans la permanence de son parti : « Green Trend« , un des lieux les plus sécurisés de Kaboul et qui fait une quarantaine de victimes.


                                    Amrullah Saleh

L’attentat n’a pas encore été revendiqué, les Talibans ne s’y risquent pas : en pleine négociation avec l’envoyé spécial des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad, cela ferait mauvais genre. Mais, les services Afghans ont informé Amrullah Saleh qu’ils en étaient bien les auteurs.

Amrullah Saleh était devenu encombrant et la négociation avec les Talibans indispensable pour les Américains afin de pouvoir plier bagage et retourner à la maison.

Amrullah Saleh, un Tadjik proche d’Ahmad Shah Massoud, avait été nommé ministre de l’intérieur du président Ashraf Ghani avant de démissionner pour le rejoindre dans son ticket présidentiel comme vice-président. Les élections qui devaient avoir lieu fin Juillet ont été repoussées au 28 Septembre, mais les Talibans n’en veulent pas et réclament la formation d’un gouvernement provisoire d’union nationale. Il fallait donc faire vite car le dernier round des négociations de paix avec les Talibans a eu lieu le 5 Août à Doha.

Les Américains sont à la manœuvre et ne compte pas y impliquer le gouvernement du président d’Ashraf Ghani. Le timing de l’attentat contre Saleh était donc parfait. Il était l’obstacle majeur pour les Pakistanais dans les négociations.

Mais le sort en a voulu autrement et on peut s’attendre à ce que Saleh, le miraculé, pèse de tout son poids afin que le gouvernement Afghan soit pleinement associé aux pourparlers de paix et que les élections aient bien lieu en septembre.

Alors que les talibans sont en embuscade pour prendre la vallée du Panjshir, l’attentat raté contre Saleh a sonné l’alerte et les anciens Moudjahidines sont dorénavant sur le pied de guerre pour défendre leur vallée.

L’histoire se répète : déjà en 2001, Ahmad Shah Massoud, surnommé le lion du Panjshir, était considéré par le Pakistan comme un empêcheur de tourner en rond et sa courageuse résistance face aux Talibans avait surpris le monde entier. C’est la raison pour laquelle il a été éliminé par les faux journalistes d’El Qaïda. Sans les attentats du World Trade Center, quelques jours après, les Américains ne seraient jamais intervenus dans cette « Terre d’Islam » et en Asie Centrale. Mais l’Amérique avait été attaquée et comble de l’ironie, par ceux-là mêmes qu’elle avait financé et armé contre les Soviétiques.

Pour la majorité des Afghans, la question, n’est plus de savoir s’il faut négocier avec les Talibans ou non, mais avec lesquels ? Ahmad Shah Massoud, lui-même, avait toujours souhaité négocier avec les Talibans afghans au nom de la réconciliation nationale entre toutes les ethnies. Mais négocier avec les Talibans armés, soutenus par les puissants services pakistanais, l’ISI, qui cherchent à imposer un diktat pachtoune à tous les Afghans, revient à pactiser avec les soutiens du terrorisme et avec les réseaux les plus extrémistes comme celui du groupe Haqqani. Il semblerait que l’envoyé spécial Américain, Zalmay Khalilzad, se satisfasse des promesses des Talibans : la rupture définitive avec El Qaïda et Daesh et l’assurance que l’Amérique ne sera plus attaquée, si les troupes US quittent l’Afghanistan.

C’est ce que Trump cherche à faire car, dit-il, « l’Amérique n’ a rien à faire en Afghanistan »

Pas sûr que les combattants d’El QaÏda et ceux de Daesh ne sacrifient leur djihad international aux négociations entre les Talibans et les Américains, et qu’un nouveau 11 Septembre ne vienne pas réveiller l’Amérique à nouveau. Les Afghans auront été ainsi vendus aux Talibans et les Etats-Unis après 18 années de présence en Afghanistan auront été obligés de fuir… 

Patricia Lalonde
ancienne députée européenne
Chercheur à l’ISPE

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/436-afghanistan__le_pari_perdantperdant_de_trump

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