Alexandroupolis, nouvelle base US contre la Russie

L’ART DE LA GUERRE

Alexandroupolis, nouvelle base US contre la Russie

par Manlio Dinucci

Geoffrey R. Pyatt fut ambassadeur des États-Unis en Ukraine de 2013 à 2016. Il organisa avec Victoria Nuland le coup d’État d’EuroMaidan. Nommé par Barack Obama ambassadeur en Grèce, en 2016, il organisa un schisme au sein de l’Église orthodoxe et est désormais en charge faire échouer la livraison de gaz naturel russe à l’Union européenne.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 24 SEPTEMBRE 2019 ITALIANOESPAÑOL

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« Je reviens juste d’Alexandroupolis, visite stratégique importante qui a mis au point à la fois les exceptionnelles relations militaires entre les États-Unis et la Grèce, et l’investissement stratégique que le gouvernement des États-Unis est en train de faire à Alexandroupolis »
Geoffrey Pyatt, ambassadeur des États-Unis en Grèce, 16 septembre 2019.

Le port d’Alexandroupolis, dans la Grèce nord-orientale frontalière avec la Turquie et la Bulgarie, est situé sur la mer Egée au bord du détroit des Dardanelles qui, reliant en territoire turc la Méditerranée et la mer Noire, constitue une fondamentale voie de transit maritime surtout pour la Russie.

L’importance géostratégique de ce port, que Pyatt a visité avec le ministre grec de la Défense, Nikolaos Panagiotopoulos, est expliquée par l’Ambassade même des USA à Athènes : « Le port d’Alexandroupolis, grâce à son emplacement stratégique et à ses infrastructures, est bien positionné pour appuyer des exercices militaires dans la région, comme l’a démontré le récent Saber Guardian 2019 ».

L’« investissement stratégique », que Washington est déjà en train d’effectuer dans ports, vise à faire d’Alexandroupolis une des plus importantes bases militaires US dans la région, en mesure de bloquer l’accès des navires russes en Méditerranée. Cela est rendu possible par les « exceptionnelles relations militaires » avec la Grèce, qui depuis longtemps a mis ses bases à disposition des USA : en particulier Larissa pour les drones armés Reapers et Stefanovikio pour les chasseurs F-16 et les hélicoptères Apache. Cette dernière, qui va être privatisée, sera achetée par les USA.

L’ambassadeur Pyatt ne cache pas l’intérêt que portent les USA à renforcer leur présence militaire en Grèce et dans d’autres pays de la région méditerranéenne : « Nous travaillons avec d’autres partenaires démocratiques dans la région pour repousser des acteurs maléfiques comme la Russie et la Chine qui ont des intérêts différents des nôtres », notamment « la Russie qui utilise l’énergie comme instrument de son influence maléfique ». Puis il souligne l’importance prise par la « géopolitique de l’énergie », en affirmant qu’« Alexandroupolis a un rôle crucial de liaison pour la sécurité énergétique et la stabilité de l’Europe ». La Thrace Occidentale, la région grecque où est situé le port, est en effet « un carrefour énergétique pour l’Europe centrale et orientale ».

Pour comprendre ce que veut dire l’ambassadeur il suffit de regarder la carte. La Thrace Orientale limitrophe —c’est-à-dire le petite partie européenne de la Turquie— est le point où arrive, après avoir traversé la mer Noire, le gazoduc Turk Stream provenant de Russie, en phase finale de réalisation. De là, à travers un autre gazoduc, le gaz russe devrait arriver en Bulgarie, en Serbie et dans d’autres pays européens. C’est la riposte russe à la manœuvre réussie des États-Unis qui, avec la contribution déterminante de la Commission européenne, bloquèrent en 2014 le gazoduc South Stream qui aurait dû amener le gaz russe en Italie et de là dans d’autres pays de l’UE.

Les États-Unis essaient maintenant de bloquer aussi le Turk Stream, objectif plus difficile parce qu’entrent en jeu les rapports, déjà détériorés, avec la Turquie. À cet effet ils s’appuient sur la Grèce, à qui ils fournissent de croissantes quantités de gaz naturel liquéfié en alternative avec le gaz naturel russe.

On ne sait pas ce que sont de train de préparer en Grèce les États-Unis, y compris contre la Chine qui entend faire du Pirée une importante escale de la nouvelle Route de la Soie. Mais il n’y aurait pas à s’étonner si, sur le modèle de l’« Incident du Golfe du Tonkin », se déroulait en mer Égée un « Incident d’Alexandroupolis ».Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article207725.html

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

Sam. 28 sept. 2019 15h26 [Mis à jour le: sam. 28 sept. 2019 16h17]

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Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d'une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.
Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d’une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.

Le porte-parole des forces armées yéménites a déclaré que trois brigades militaires saoudiennes avaient été complètement détruites après que les troupes de l’armée yéménite, soutenues par des combattants alliés des comités populaires, avaient lancé une offensive militaire à grande échelle dans la région frontalière méridionale du royaume de Najran.

Lors d’une conférence de presse tenue samedi soir à Sanaa, la capitale, le général de brigade Yahya Saree a décrit l’opération majeure et efficace, surnommée la victoire de Dieu, comme la plus grande depuis que l’Arabie saoudite et certains de ses alliés ont lancé une campagne militaire atroce contre le Yémen. Il y a plus de quatre ans, constatant que l’offensive avait duré plusieurs mois et avait infligé à l’ennemi des pertes dramatiques – tant en termes de matériel militaire que de personnel militaire -, a déclaré dans un communiqué le bureau des médias du mouvement Yémen Houthi Ansarullah .

«L’opération a abouti à la destruction complète de trois brigades militaires des forces ennemies (saoudiennes), à la saisie de grandes quantités de matériel militaire, notamment des centaines de véhicules et de véhicules blindés, à la capture de milliers de forces ennemies, principalement des traîtres et des séduits (saoudiens). militants yéménites soutenus par l’ancien président yéménite Abd Rabbuh Mansur Hadi). Des centaines d’autres personnes ont également été tuées et blessées », a souligné Saree.

PressTV-Etats-Unis, l'Europe n'a pas "saisi la capacité" des Yéménites

PressTV-Etats-Unis, l’Europe n’a pas « saisi la capacité » des YéménitesL’attaque récente des Yéménites contre les installations de raffinage du pétrole en Arabie saoudite a choqué les responsables américains et européens, qui n’avaient «aucune idée de la capacité des Yéménites» et avaient toujours dénigré ce pays arabe appauvri, a déclaré un analyste politique de Washington.

Le haut responsable militaire yéménite a souligné que des commandants, des officiers et des soldats saoudiens figuraient parmi les personnes capturées par les forces yéménites et les combattants du Comité populaire.

«Seulement 72 heures après le début de l’opération, nos forces ont complètement assiégé les troupes ennemies. Trois brigades de traîtres avec des unités de l’armée saoudienne ont été complètement détruites et de nombreuses personnes prises en otage », a déclaré Saree.

Il a ajouté: «Sous les directives de la direction [du mouvement Ansarullah, Abdul-Malik al-Houthi], tous les prisonniers étaient traités conformément aux principes de l’islam, aux coutumes et traditions du Yémen ainsi qu’à l’éthique humaine. Nos forces ont œuvré pour protéger des milliers de forces ennemies qui se sont rendues contre les raids de représailles de la coalition d’agression. « 

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unis

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unisLe mouvement Houthi Ansarullah demande aux EAU de quitter le conflit au Yémen ou de faire face à des « attaques paralysantes ».

Saree a ensuite assuré à toutes les familles des prisonniers que les forces yéménites et leurs alliés prendraient d’autres mesures pour les protéger des dommages causés par les frappes aériennes menées par les Saoudiens.

Le porte-parole des forces armées yéménites a poursuivi en expliquant que plusieurs unités spécialisées des forces armées yéménites avaient participé à l’opération dans différentes zones géographiques et que les forces armées yéménites et leurs alliés pourraient s’emparer du contrôle de centaines de kilomètres carrés de terres à Najran.

Des responsables américains de PressTV savaient que l'Arabie saoudite échouerait au Yémen

Des responsables américains de PressTV savaient que l’Arabie saoudite échouerait au YémenDe hauts responsables américains savent depuis que l’Arabie saoudite a lancé une guerre d’agression contre le Yémen que Riyad échouerait dans la campagne militaire, indique un rapport.

L’Arabie saoudite et un certain nombre de ses alliés régionaux ont lancé une campagne dévastatrice contre le Yémen en mars 2015, dans le but de ramener le gouvernement de Hadi au pouvoir et d’écraser Ansarullah.

Selon le projet américain ACLED (Organisation de conflits armés), une organisation de recherche sur les conflits à but non lucratif, la guerre a  coûté la vie à plus de 91 000   personnes au cours des quatre dernières années et demie.

La guerre a également eu de lourdes conséquences sur l’infrastructure du pays, détruisant des hôpitaux, des écoles et des usines. L’ONU a déclaré que plus de 24 millions de Yéménites avaient cruellement besoin d’aide humanitaire, dont 10 millions souffrant de faim extrême.

https://www.presstv.com/Detail/2019/09/28/607363/Three-Saudi-brigades-destroyed-1000s-of-mercs-taken-hostage-in-Najran-offensive-Yemeni-Army-spox

Comment les rebelles houthis ont renversé l’échiquier

Comment les rebelles houthis ont renversé l’échiquier


Par Pepe Escobar – Le 18 septembre 2019 – Source Asiatimes.com

Un Yéménite chiite tient son arme et un drapeau avec l’inscription arabe « La disgrâce est loin de nous », alors qu’il participe à une procession religieuse organisée par les rebelles houthis pour fêter le premier jour d’Achoura.

On est les Houthis et on arrive en ville ! Avec l’attaque spectaculaire sur Abqaiq, les Houthis du Yémen ont renversé l’échiquier géopolitique en Asie du Sud-Ouest. Ils vont jusqu’à introduire une toute nouvelle dimension : la possibilité explicite d’une offensive pour chasser la Maison des Saouds du pouvoir.

Garce de riposte. Les Houthis (des chiites Zaidi du nord du Yémen) et les Wahhabites sont en lutte violente depuis des siècles. Ce livre est absolument essentiel pour comprendre la complexité ahurissante des tribus Houthi. Il situe aussi la tourmente du sud des terres arabes bien au-delà d’une simple guerre par procuration Iran – Arabie saoudite.

Par ailleurs, il est toujours important de considérer que les chiites arabes de la province orientale, qui travaillent dans les installations pétrolières saoudiennes, doivent être des alliés naturels des Houthis en lutte contre Riyad.

La capacité de frappe houthie (des essaims de drones aux attaques de missiles balistiques) s’est considérablement améliorée au cours de cette dernière année. Ce n’est pas par hasard que les EAU ont vu de quel côté soufflaient les vents géopolitiques et géoéconomiques : Abu Dhabi s’est retiré de la guerre vicieuse menée par le Prince héritier Mohammad bin Salman contre le Yémen et s’est maintenant engagé dans ce qu’il décrit comme une stratégie de « paix d’abord ».

Même avant Abqaiq, les Houthis avaient déjà organisé quelques attaques contre des installations pétrolières saoudiennes ainsi que les aéroports de Dubaï et d’Abu Dhabi. Au début du mois de juillet, le Centre de commandement des opérations du Yémen a organisé une exposition de prestige à Sanaa mettant en vedette toute sa gamme de missiles balistiques et volants ainsi que de drones.

Le ministère saoudien de la Défense expose des drones et des pièces de missiles utilisés dans l’attaque de la raffinerie.

La situation a maintenant atteint un point où on entend beaucoup de rumeurs à travers le Golfe persique sur la possibilité d’un scénario spectaculaire : l’organisation par les Houthis d’une ruée à travers le désert arabe pour capturer La Mecque et Médine, coordonnée avec un soulèvement de masse chiite dans la ceinture pétrolière orientale. Ce n’est pas vraiment tiré par les cheveux : des choses plus étranges se sont parfois produites au Moyen-Orient. Après tout, les Saoudiens ne sont même pas en mesure de gagner une simple rixe de bar. C’est d’ailleurs pourquoi ils comptent sur des mercenaires.

Le retour de l’Orientalisme

Le refrain des renseignements américains selon lequel les Houthis sont incapables d’une attaque aussi sophistiquée trahit les pires courants de l’orientalisme et le complexe de supériorité de l’homme blanc qui devient un fardeau.

Les seuls débris de missiles montrés jusqu’à présent par les Saoudiens proviennent d’un missile de croisière Quds 1 yéménite. Selon le brigadier-général Yahya Saree, porte-parole des Forces armées yéménites basées à Sanaa,

« le système Quds a prouvé sa grande capacité à atteindre ses cibles et à contourner les systèmes d’interception ennemis. »

Cette image satellite du gouvernement américain montre les dommages causés à l’infrastructure pétrolière et gazière par les attaques de drones sur Abqaiq en fin de semaine.

Les forces armées houthies ont dûment revendiqué la responsabilité de l’attaque sur Abqaiq :

« Cette opération est l’une des plus importantes opérations menées par nos forces dans la profondeur de l’Arabie Saoudite, et a été lancée après une opération de renseignement précise, un système de suivi avancé et la coopération d’hommes honorables et libres au sein du Royaume. »

Veuillez noter ce concept clé : « coopération » depuis l’intérieur de l’Arabie saoudite, qui pourrait impliquer tout le spectre allant des Yéménites aux Chiites de la province orientale.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est le fait que le matériel américain massivement déployé en Arabie saoudite à l’intérieur et à l’extérieur (satellites, AWACS, missiles Patriot, drones, navires, chasseurs) n’a rien vu, ou certainement pas à temps. Le repérage par un chasseur d’oiseaux koweïtien de trois drones « rôdeurs » se dirigeant probablement vers l’Arabie saoudite est invoquée comme une « preuve ». Voyez l’image embarrassante d’un essaim de drones (d’où qu’il vienne) survolant le territoire saoudien sans être dérangé pendant des heures.

Les responsables des Nations Unies admettent ouvertement que maintenant, tout ce qui est important se trouve à portée des 1 500 km d’autonomie du nouveau drone UAV-X des Houthis : les champs de pétrole d’Arabie saoudite, une centrale nucléaire encore en construction dans les Émirats et le méga-aéroport de Dubaï.

Mes conversations avec des sources à Téhéran au cours des deux dernières années ont confirmé que les nouveaux drones et missiles houthis sont pour l’essentiel des copies de plans iraniens assemblés directement au Yémen avec l’aide cruciale d’ingénieurs du Hezbollah.

Les renseignements américains insistent sur le fait que 17 drones et missiles de croisière ont été lancés en combinaison à partir du sud de l’Iran. En théorie, le radar des Patriots aurait dû les détecter et les abattre. Jusqu’à présent, absolument aucun détail de leur trajectoire n’a été révélé. Les experts militaires s’entendent généralement pour dire que le radar du missile Patriot est bon, mais son taux de succès est « contesté » (c’est le moins qu’on puisse dire). L’essentiel, encore une fois, c’est que les Houthis ont des missiles offensifs avancés. Et que leur précision à Abqaiq s’est révélée étonnante.

Une autre image satellite du gouvernement américain montre les dommages causés à l’infrastructure pétrolière et gazière par les attaques de drones sur Abqaiq en fin de semaine.

Pour l’instant, on dirait que le vainqueur de la guerre de la Maison des Saouds contre la population civile yéménite, soutenue par les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avait débuté en mars 2015 et a engendré une crise humanitaire que l’ONU considère comme ayant atteint des proportions bibliques, n’est certainement pas le Prince héritier, connu sous le nom de MBS.

Écoutez le général

Les tours de stabilisation du pétrole brut d’Abqaiq (du moins plusieurs d’entre elles) ont été particulièrement ciblées, ainsi que les réservoirs de stockage de gaz naturel. Des sources de première main sur les questions d’énergie dans le golfe Persique m’ont dit que les réparations ou la reconstruction pourrait durer des mois. Même Riyad l’a reconnu.

Blâmer aveuglément l’Iran sans preuve ne résout pas la question. Téhéran peut compter sur des essaims entiers de grands penseurs stratégiques. Ils n’ont pas besoin ou ne veulent pas faire exploser l’Asie du Sud-Ouest… alors qu’ils en auraient la possibilité, soit dit en passant : les généraux des Gardiens de la révolution ont déjà déclaré à maintes reprises qu’ils étaient prêts pour la guerre.

Le professeur Mohammad Marandi de l’université de Téhéran, qui entretient des relations très étroites avec le Ministère des affaires étrangères, est catégorique :

« Cela ne venait pas d’Iran. Si c’était le cas, ce serait très embarrassant pour les Américains, qui ne sont pas en mesure de détecter un grand nombre de drones et de missiles iraniens. C’est absurde. »

Marandi ajoute : « Les défenses aériennes saoudiennes ne sont pas équipées pour défendre le pays depuis le Yémen, mais l’Iran. Les Yéménites frappent les Saoudiens, ils s’améliorent et développent leur technologie de drones et de missiles depuis quatre ans et demi, et c’était une proie très facile. »

Une proie facile et laissée sans protection : les systèmes américains PAC-2 et PAC-3 en place sont tous orientés vers l’est, en direction de l’Iran. Or ni Washington ni Riyad ne savent avec certitude d’où venaient les essaims de drones et les missiles.

Les lecteurs devraient porter une attention particulière à cet entretien stupéfiant avec le général Amir Ali Hajizadeh, commandant de la Force aérospatiale du Corps de la Garde révolutionnaire islamique. L’interview, en farsi (avec des sous-titres anglais), a été mené par l’intellectuel iranien Nader Talebzadeh sanctionné par les États-Unis et comprend des questions transmises par mes amis analystes américains, Phil Giraldi et Michael Maloof, ainsi que moi-même.

Expliquant l’autosuffisance iranienne dans les capacités de défense, Hajizadeh semble être un acteur très rationnel. En conclusion :

« Nous sommes d’avis que ni les politiciens américains ni nos dirigeants ne veulent la guerre. Si un incident comme celui du drone [le RQ-4N abattu par l’Iran en juin] se produit ou qu’un malentendu a lieu, et que cela se transforme en une guerre plus vaste, c’est une autre histoire. C’est pourquoi nous sommes toujours prêts pour une grande guerre. »

En réponse à l’une de mes questions, à propos du message que les Gardiens de la révolution veulent transmettre, en particulier aux États-Unis, Hajizadeh ne mâche pas ses mots :

« En plus des bases américaines dans diverses régions comme l’Afghanistan, l’Irak, le Koweït, les Émirats et le Qatar, nous avons ciblé tous les navires navals jusqu’à une distance de 2 000 kilomètres et nous les surveillons sans interruption. [Or] ils pensent que s’ils s’éloignent de 400 km, ils sont hors de notre champ de tir. Où qu’ils soient, il suffit d’une étincelle pour frapper leurs navires, leurs bases aériennes, leurs troupes. »

Prenez vos S-400 ou bien…

Sur le front de l’énergie, Téhéran a joué sous pression un jeu très précis : vendre des chargements de pétrole en éteignant les transpondeurs de ses pétroliers lorsqu’ils quittent l’Iran et en transférant le pétrole en mer de pétrolier à pétrolier, la nuit, et en renommant leur cargaison comme étant originaire d’autres pays producteurs pour la vendre. J’ai vérifié ce fait pendant des semaines auprès des négociants du Golfe Persique en qui j’ai confiance : ils le confirment tous. Et l’Iran pourrait continuer ce jeu indéfiniment.

Bien sûr l’administration Trump est au courant. Mais en réalité ils regardent ailleurs. Pour le dire de manière aussi concise que possible : ils sont piégés par cette absolue folie d’avoir abandonné le JCPOA et ils cherchent une porte de sortie honorable. La Chancelière allemande Angela Merkel a prévenu l’administration en quelques mots très simples : les États-Unis doivent revenir aux termes de l’accord qu’ils ont renié avant qu’il ne soit trop tard.

Et maintenant, voici la partie effrayante.

L’attaque sur Abqaiq montre que l’ensemble de la production de plus de 18 millions de barils de pétrole quotidiens au Moyen-Orient (incluant le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite) peut être facilement mis hors service. Car il n’y a aucune défense adéquate contre ces drones et ces missiles.

En fait, il y a toujours la Russie…

Voici ce qui s’est passé à la conférence de presse qui a suivi le sommet d’Ankara de cette semaine sur la Syrie, et réunissait les présidents Poutine, Rouhani et Erdogan.

Question : « La Russie aidera-t-elle l’Arabie saoudite à restaurer ses infrastructures ? »

Le Président Poutine :

« Pour ce qui est d’aider l’Arabie saoudite, il est également écrit dans le Coran que toute forme de violence est illégitime, sauf lorsqu’il s’agit de protéger son peuple. Afin de les protéger et de protéger le pays, nous sommes prêts à fournir l’aide nécessaire à l’Arabie saoudite. Tout ce que les dirigeants politiques de l’Arabie saoudite ont à faire, c’est de prendre une sage décision, comme l’a fait l’Iran en achetant le système de missiles S-300, et comme l’a fait le président Recep Tayyip Erdogan en achetant le dernier système anti-aérien S-400 Triumph de la Russie. Ils offriraient une protection fiable pour toutes les infrastructures saoudiennes. »

Le président Rouhani : « Doivent-ils acheter les S-300 ou S-400 ? »

Poutine : « C’est à eux de décider. » [rires]

Dans La Transformation de la guerre, Martin van Creveld prédit en fait que tout le complexe industrialo-militaro-sécuritaire s’effondrerait si l’on démontrait que la plupart de ses armes sont inutiles contre des adversaires asymétriques de quatrième génération. Il ne fait aucun doute que tout le Sud de la planète observe… et aura compris le message.

Guerre hybride, une fois de plus

Nous entrons maintenant dans une toute nouvelle dimension de la guerre hybride asymétrique.

Dans l’épouvantable hypothèse où Washington déciderait d’attaquer l’Iran, poussé par les habituels suspects néo-cons, le Pentagone ne serait jamais en mesure de frapper et de désactiver tous les drones iraniens et/ou yéménites. Les États-Unis pouvaient évidemment s’attendre à une guerre totale. Alors aucun navire ne naviguerait plus à travers le détroit d’Omuz. Et nous en mesurons tous les conséquences.

Ce qui nous amène à la Grande Surprise : la vraie raison pour laquelle il n’y aurait pas de navires traversant le détroit d’Ormuz est qu’il n’y aurait plus de pétrole à pomper dans le Golfe. Les champs de pétrole, après avoir été bombardés, seraient en train de brûler.

Nous revenons donc à une conclusion réaliste, qui a été soulignée non seulement par Moscou et Pékin, mais aussi par Paris et Berlin : le Président américain a joué gros, et il a perdu. Maintenant il doit trouver un moyen de sauver la face. Si le Parti de la guerre le lui permet.

Pepe Escobar

Traduit par Stünzi pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/comment-les-rebelles-houthis-ont-renverse-lechiquier

LA « GRANDE SYRIE » D’ANTOUN SAADE : LE LIVRE-EVENEMENTDE REGINA SNEIFER

LA « GRANDE SYRIE » D’ANTOUN SAADE : LE LIVRE-EVENEMENTDE REGINA SNEIFER

Nous reviendrons la semaine prochaine sur la dernière attaque des sites pétroliers saoudiens – qui n’ont pas été ciblés par des « drones » comme l’a répété en boucle la presse. Le moins que l’on puisse dire – et prochetmoyen-orient.ch l’a écrit à maintes reprises – est que cette opération de « légitime défense » était amplement prévisible, sinon souhaitable contre la dictature wahhabite qui s’obstine à détruire méthodiquement le Yémen depuis 2015. Comme annoncé, nous chroniquons aujourd’hui l’un des livres les plus importants des dix dernières années concernant la compréhension des Proche et Moyen-Orient.

La rédaction

Depuis mars 2011, la Syrie est victime d’une « guerre civilo-globale » très meurtrière. Les Etats-Unis, leurs supplétifs européens, les pays du Golfe et leur allié israélien veulent réaliser en Syrie ce qu’ils ont fait en Afghanistan, Irak, Libye et Palestine : destruction de l’Etat-nation, fragmentations territoriales et cristallisations confessionnalo-religieuses au profit d’un ordre mondialisé sous la conduite de Washington et des grandes sociétés transnationales.

Dans ce contexte d’hystérie géopolitique, où les accords internationaux n’ont plus aucune valeur, qui se souvient de l’idéal d’une « Grande Syrie » laïque, démocratique et sociale ? La tragédie d’Antoun Saadé – son inventeur et promoteur – ne se réduit pas à son exécution sommaire mais s’identifie à celle de l’histoire du Croissant fertile, à celle d’une œuvre magistrale de philosophie politique qui fondait – pour la première fois dans le monde arabe – une doctrine sociale et nationale émancipée de toutes considérations ethnico-confessionnelles.

Son épouse – Juliette el-Mir (1900 – 1976) – l’accompagnera et le soutiendra avec la dernière énergie au prix de neuf années d’emprisonnement sévère. Aimante et romantique, elle rédigera ses mémoires, gardienne de l’âme et de l’œuvre de son époux face aux injures du temps et de l’histoire officielle. C’est la vie et le destin de ce couple révolutionnaire que retrace Régina Sneifer1 à partir de ces écrits qui dormaient dans le coffre d’une banque de Genève, publiés en arabe en 2003 et jamais traduits depuis. Pour la première fois, le livre-événement de Régina Sneifer donne accès aux lecteurs francophones à cette séquence culminante de l’histoire des Proche et Moyen-Orient. Tout en restant scrupuleusement fidèle au témoignage de Juliette Antoun Saadé, ce livre exceptionnel intègre nombre de recherches et d’archives historiques mises au service d’une biographie critique. Impressionnante, cette biographie historique s’impose aussi comme un grand roman. Ce qui ne gâche rien !

L’auteure – Régina Sneifer – n’est pas n’importe qui. Journaliste et écrivaine libanaise, on lui doit déjà l’un des meilleurs livres sur la guerre du Liban (1975 – 1990) : Guerres maronites (éditions de l’Harmattan, 1994). En 2006, elle publie le témoignage bouleversant de son engagement et de son évolution personnelle dans la tourmente du Pays du Cèdre : J’ai déposé les armes – Une femme dans la guerre du Liban (éditions de l’Atelier). En 2013, elle nous convie à un voyage plus poétique au cœur des mémoires phéniciennes : Benta’el, fille de l’alphabet (éditions Geuthner).

Avec son dernier ouvrage, elle poursuit cette quête d’intelligence et de compréhension des Proche et Moyen-Orient, saluée par son préfacier, le grand historien et politologue Georges Corm : « aujourd’hui, en nous faisant pénétrer dans l’intimité d’Antoun et de Juliette Saadé et de leur lutte permanente pour réaliser l’unité de la ‘Grande Syrie’, Régina Sneifer apporte enfin un éclairage nouveau et passionnant d’une question, plus que jamais vitale et d’actualité pour l’apaisement des conflits du Proche-Orient et la paix en Méditerranée ».

OBSTACLES EPISTEMOLOGIQUES

Pourquoi Antoun Saadé, sa vie et son œuvre sont-ils à ce point ignorés, sinon caricaturés par les écoles françaises, anglo-saxonnes et arabes de sciences humaines et de géopolitique ? C’est comme si cet homme et sa pensée politique ne présentaient aucun intérêt, comme si – surtout – il ne fallait pas en parler… Ce blanc, cette impasse, cet impensé sont d’autant plus suspects que les rares allusions à Antoun Saadé – dans la bibliographie francophone- s’accompagnent, la plupart du temps, de noms d’oiseaux ou de différents qualificatifs des plus péjoratifs visant à en faire un admirateur d’Adolf Hitler. Rien n’est plus faux !

Cette torsion idéologique a longtemps été bien commode pour justifier le désintérêt, sinon le silence entretenu sur l’œuvre de Saadé… En l’occurrence et en matière de filiation nazie et fascisante, Pierre Gemayel – le fondateur du parti bien nommé des « Phalanges » – est l’homme politique libanais qui, au retour des jeux olympiques de Berlin en 1936, a le plus ouvertement proclamé son admiration et son allégeance au fondateur du Troisième Reich et au franquisme dont il a copié les mots d’ordre : « Dieu, Patrie, Famille ». Mais de cette filiation-là, les commentateurs politiquement corrects sont beaucoup plus avares.

Hormis ce parti-pris idéologique, ce sont plutôt l’œuvre de philosophie politique et l’action d’Antoun Saadé qui fonctionnent comme autant d’obstacles épistémologiques – au sens donné à ce concept par Gaston Bachelard – : ceci explique partiellement les dédains académiques et politiques dont reste victime ce penseur qui sort aujourd’hui progressivement de l’oubli. Cette justice tardive qui l’exhume d’un purgatoire entretenu n’est pas seulement le fait du livre de Régina Sneifer qui arrive à point nommé, mais aussi la résultante d’une série d’échecs idéologiques qui minent les Proche et Moyen-Orient – des impérialismes occidentaux aux différentes expériences avortées du nationalisme arabe, de l’islamisme politique aux terrorismes islamiques. Antoun Saadé s’est opposé aux uns comme aux autres : aux empires centraux français et britannique, aux inventeurs d’un nationalisme arabe calqué sur celui des puissances européennes, aux activistes religieux (musulmans, juifs et chrétiens) de toutes obédiences.

Cyrano de Bergerac oriental, Antoun Saadé a accumulé les ennemis. Ses rejets multiples ont fini par converger pour aboutir à son exécution en 1949. Cette mise à mort arrangeait tout le monde, du moins les principaux acteurs politiques régionaux et internationaux engagés dans une phase décisive de reconfiguration et de partage de l’Orient au sortir de la Seconde guerre mondiale. Au fil des pages de Régina Sneifer, on comprend mieux pourquoi et comment les concepts majeurs de la philosophie politique d’Antoun Saadé et son action politique ont fonctionné comme autant d’obstacles épistémologiques devenus des menaces pour sa propre vie, celles de sa famille et pour son œuvre. Avec la même passion qui accompagne la lecture des plus grandes tragédies, on découvre les enchaînements terribles de cette vie shakespearienne.

LE PSNS

Antoun Saadé est né le 1er mars 1904 dans le village de Dhour Choueir au Mont Liban. Il entame ses études au Caire et les poursuit à Broumana au Liban. Après la Première guerre mondiale, il émigre au Brésil où il rejoint ses parents et commence à s’intéresser au nationalisme latino-américain, notamment à la « révolution bolivarienne » qui va beaucoup influencer la construction de sa pensée. Celle-ci se structure en proximité de la philosophie d’Auguste Comte et, plus tard, des conceptions nationales naissantes du péronisme argentin. Il participe à la rédaction du magazine littéraire Al-Majalla, un journal fondé par son père Khalil Saadé. Durant cet exil hyper-actif, il apprend aussi à parler le portugais, l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le français et le russe.

En 1924, il fonde son premier mouvement politique affichant l’objectif principal de la libération de la Syrie sous mandat français. En 1930 à Damas, il collabore au journal al-Ayam. En 1932, il rentre au Liban et enseigne à l’Université américaine de Beyrouth. Avec cinq de ses étudiants, il crée le 16 novembre 1932 le Parti social national syrien (PSNS), hostile aux occupations européennes du Levant et prônant une unification de l’Orient, similaire à la libération que le général vénézuélien Simon Bolivar revendiquait pour le continent latino-américain autour d’une « Grande Colombie ».

Organisation clandestine dissimulée derrière le paravent d’une société commerciale, le PSNS engrange les succès au point d’inquiéter fortement les autorités mandataires. Le 16 novembre 1935, Antoun Saadé est arrêté et condamné à six mois de prison pour activité subversive. En prison, il écrit un livre fondateur : La Genèse des nations (Nouchoû el Ouman). Le manuscrit d’une deuxième version sera confisqué et sans doute détruit. Retrouvant la liberté, il est de nouveau interpellé en 1937, alors que le PSNS est légalisé. Ses militants combattent violemment les « Phalangistes » de Pierre Gémayel à Bikfaya et dans d’autres localités du Liban.

A cette époque, rapporte Régina Sneifer, Antoun Saadé déclare : « si l’on veut absolument que le Liban constitue une entité, il faut au moins que cette entité soit commune à tous les Libanais et qu’elle ne soit pas accaparée par une secte dominante qui réduit le Liban à elle-même. Nous exigeons la fin des privilèges d’une seule secte confessionnelle et nous dénonçons l’arrogance du parti fasciste qui s’est proclamé son représentant ».

Suite à de nouveaux affrontements avec les « Phalangistes » de la famille Gemayel, Antoun Saadé est devenu l’homme à abattre. En 1938, il doit s’exiler de nouveau en Argentine où il rencontre sa future épouse. En 1939, les autorités françaises interdisent son parti. Durant la Seconde guerre mondiale et les soulèvements contre les autorités mandataires, Saadé est condamné par contumace à vingt ans de prison. En 1946, il rentre au Liban mais doit prendre le maquis pour fuir la justice libanaise qui veut aussi le neutraliser. Le PSNS est à nouveau autorisé en 1947, bien que dénonçant radicalement la partition de la Palestine et la tension fabriquée entre le Liban et la Syrie. Le PSNS condamne radicalement le démembrement du Croissant fertile, imposé par les accords franco-britanniques Sykes-Picot (16 mai 1916) et la déclaration Balfour (2 novembre 1917).

Lors d’élections législatives, Antoun Saadé lance un appel pour mettre fin au confessionnalisme libanais et pour l’instauration d’un Etat « laïc » et « démocratique ». Sa popularité est alors à son comble. Le gouvernement de Riyad el-Solh et les Phalangistes décident de s’unir pour détruire son mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Les Phalangistes ont mis un contrat sur sa tête. Inlassablement traqué, il réagit en fomentant une insurrection qui va se retourner contre lui : plus de 3000 militants du PSNS sont arrêtés. Antoun Saadé se réfugie à Damas. Dans un premier temps, il est bien accueilli par l’ancien colonel putschiste Zaïm. Mais, soumis à de fortes pressions internationales, le gouvernement syrien le livre aux autorités libanaises.

QU’EST-CE QUE « LA GRANDE SYRIE » ?

Après une parodie de jugement – moins de quarante-huit heures après son transfert – il est exécuté précipitamment le 8 juillet 1949. L’anéantissement de l’amour de sa vie n’apporte pas le point final aux tourments de Juliette. Les ennemis de la « Grande Syrie » vont attenter plusieurs fois à sa vie, multiplier les emprisonnements, la forcer à un nouvel exil européen. Elle doit aussi faire face à de nombreux retournements, sinon aux trahisons de plusieurs cadres du parti. En 1965, elle quitte l’Europe pour l’Afrique. Etablie au Ghana, elle entreprend la rédaction de ses mémoires. Juliette a soixante ans lorsqu’elle met le point final à ce témoignage pour l’Histoire avant de rentrer au Liban en 1970.

Régina Sneifer : « au sortir de sa vie, une nouvelle ruse de l’histoire lui joue encore un tour. Elle s’éteint à Beyrouth le 24 juin 1976 au début d’une guerre qui déchirera le Liban pendant quinze ans. En présence d’une poignée de fidèles, sa dépouille est inhumée au cimetière de Mar-Elias de Beyrouth, à côté de la tombe vide de son mari. Peu importe ! désormais, rien, plus rien, ni la mort, ni aucune autre ruse, ne la séparera de son Zaïm ».

Dans un entretien avec l’auteur de ces lignes Régina Sneifer insiste sur l’une des motivations essentielles de cette écriture passionnée qui a pris plusieurs années : « des mémoires de Juliette subsistent la puissance d’un grand amour mais aussi cette idée de la »Grande Syrie”  qui a donné lieu à tellement de contresens et de caricatures ». En effet, Antoun Saadé était hostile à l’idéologie réductrice du nationalisme arabe parce que – pour lui – une nation ne se fonde pas sur une langue, une religion ou une quelconque ethnie. Au contraire, la nation a vocation d’accueillir plusieurs communautés. Pour lui, l’identité du citoyen c’est le territoire et sa géographie.

Dans la première version de La Genèse des nations, il explique : « une nation résulte du mariage d’un groupe d’hommes et d’une terre ». Encore : « la nation résulte non de l’origine ethnique commune, mais du processus unificateur du milieu social et physique ambiant. L’identité des Arabes ne provient pas du fait qu’ils descendraient d’un ancêtre commun, mais qu’ils ont été façonnés par le milieu géographique : le désert de l’Arabie, l’Assyrie pour la Syrie, le Maghreb… ».

Même s’il admet et intègre l’arabité de la Syrie, il n’en fait pas le facteur dominant qui, selon lui, doit être politique. Renvoyant dos à dos les internationalismes « capitaliste » et « marxiste », de même que les prétentions politiques de toutes les religions, Antoun Saadé anticipe une forme très moderne de multilatéralisme.

En effet, sa « Grande Syrie », n’a rien à voir avec la construction théocratique d’un improbable « Grand Israël », ni avec le « Christianistan » de la bande à Walid Pharès, obsédée de murs et de purification ethnique… Non, la « Grande Syrie » d’Antoun Saadé, c’est l’unification progressive du Croissant fertile. A défaut de toujours servir à faire la guerre, la géographie finit par imposer aux relations internationales d’intangibles réalités. C’est ce que nous sommes actuellement en train de redécouvrir avec la fin prochaine des opérations militaires lourdes en Syrie. Les reconstructions politique et économique du pays concerneront non seulement la Russie et la Chine, mais aussi l’Iran, l’Irak, le Liban, la Turquie et d’autres pays de la région. Et cette dynamique ne sera pas sans conséquence sur les frontières des uns et des autres. Toujours est-il – comme le souligne Georges Corm – que la Grande Syrie de Saadé et sa volonté d’unification pourront inspirer les futurs faiseurs de paix…

HORS DE TOUTES CONSIDERATIONS D’APPAREIL

L’un des autres grands mérites du livre-événement est d’être resté en dehors de toutes espèces de considération d’appareil. S’en tenant aux mémoires de Juliette, pris comme fil rouge, l’auteure a d’emblée écarté toute consultation des militants et cadres du PSNS, afin de ne prêter aucune prise aux inévitables querelles d’appareil qui ne manquent pas d’alimenter l’histoire des formations politiques.

Par contre, son travail de journaliste et d’historienne s’est évertué à vérifier et compléter le récit de Juliette en l’enrichissant de multiples archives et éclairages dont atteste une imposante bibliographie placée en fin de volume.

Régina Sneifer : « disons-le d’entrée de jeu ! La première difficulté est liée au Parti social national syrien, le PSNS, fondé par Antoun Saadé en 1932. Ce parti que Saadé a voulu comme vecteur de changement, s’est heurté à la géopolitique complexe et enchevêtrée des Proche et Moyen-Orient du XXème siècle. Enlisé dans le bourbier de la guerre du Liban où la logique milicienne et la violence avaient envahi l’espace politique, le PSNS avait l’excuse facile. Dans ces conditions extrêmes, le ciment interne s’est lentement fissuré dans une myriade de luttes concurrentielles aux conséquences désastreuses sur le devenir de cette formation auparavant très prometteuse ».

Plus loin : « il est extrêmement rare pour un parti dans cette région du monde de disposer d’une documentation aussi riche et abondante. Pourtant, je n’ai pas tenté d’éplucher la masse de ces traces. L’archive ne dit pas spontanément l’histoire vraie. Je n’aurai pas su faire le tri. Je n’aurai pas su non plus démontrer si le PSNS a mis à exécution efficacement les idées et le projet de Saadé bien que les chefs successifs du parti s’y soient référés ». Pour un livre d’une telle importance, tout va pour le mieux en le disant !

RENDEZ-VOUS LE 26 SEPTEMBRE PROCHAIN

On l’a compris, prochetmoyen-orient.ch recommande chaudement la lecture et la diffusion de ce livre-événement. Elle n’hésite pas à le classer parmi les ouvrages les plus importants des dix dernières années, pour mieux comprendre l’Orient compliqué.

Safia, la fille d’Antoun et de Juliette Saadé sera présente pour la présentation-signature du livre de Régina Sneifer, le 26 septembre dès 18 heures dans les locaux des éditions Riveneuve – 85, rue de Gergovie, 75014 Paris (téléphone : 01 45 42 23 85 – M/Ligne 4/Alésia, M/Ligne 13/Plaisance).

Dans l’esprit d’Antoun Saadé, de nombreuses personnalités libanaises, syriennes, palestiniennes et irakiennes ont déjà confirmé leur venue, de même que les rédactions de prochetmoyen-orient.ch et d’Afrique-Asie.
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Bonne lecture et, donc, à la semaine prochaine chez Gilles Kraemer, le chef de l’orchestre des éditions Riveneuve.

Richard Labévière
23 septembre 2019

https://prochetmoyen-orient.ch/la-grande-syrie-dantoun-saade-le-livre-evenement-de-regina-sneifer/

1 Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.

Pourquoi la Fed a injecté en catastrophe 270 milliards $ sur les marchés monétaires Richard Détente

POURQUOI LA FED A INJECTÉ EN CATASTROPHE 270 MILLIARDS $ SUR LES MARCHÉS MONÉTAIRES

PUBLIÉ PAR RICHARD DÉTENTE | 26 SEPT. 2019 | ARTICLES188 

La Fed a dû voler au secours de l’économie américaine en injectant d’urgence des dizaines de milliers de dollars de liquidités dans le système financier en une semaine. C’est la première fois depuis la crise financière de 2008 que la Fed intervient ainsi sur les marchés monétaires. Pour quelle raison injecter plus de 270 milliards $ dans une économie qui va bien ? Pourquoi nos banques ont-elles si peur ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle crise financière ?

https://youtu.be/iMN1HMR1pzQ

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RICHARD DÉTENTE  VIDÉOS DE VULGARISATION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

Diplômé d’études supérieures en commerce et enseignant à l’université de Lyon, il me paraît essentiel que l’économie et la finance soient expliqués de manière compréhensible pour tous. C’est l’intérêt des vidéos de vulgarisation diffusées sur ma chaîne « Grand Angle ». Derrière chaque sujet, complexe en apparence, se cache une réalité simple.

https://or.fr/actualites/pourquoi-fed-injecte-en-catastrophe-270-milliards-sur-marches-monetaires-1634

La Russie met au point des chasseurs de sixième génération volant sans pilote

ECOUTEZ RADIO SPUTNIK

Le chasseur russe de cinquième génération Su-57

La Russie met au point des chasseurs de sixième génération volant sans pilote

© Sputnik . Alexey FilippovDÉFENSE14:52 23.09.2019(mis à jour 15:00 23.09.2019)URL courte2820710S’abonner

Le constructeur de la sixième génération de chasseurs russes, qui est déjà en cours de conception, a évoqué la principale différence entre le nouveau modèle et le précédent, tout en laissant échapper quelques-unes de ses caractéristiques.

La Russie travaille à la mise au point d’une nouvelle, la sixième, génération d’avions de chasse, a annoncé à Sputnik Sergueï Khokhlov, directeur général de l’Institut national de recherche des systèmes aérospatiaux.

Des Su-30SM, image d'illustration

© SPUTNIK . ALEXANDER VILFPourquoi l’Algérie se procure-t-elle des chasseurs russes?La principale différence entre ceux-ci et les appareils de la génération précédente est liée au mode de pilotage: le chasseur, dans sa version de base, est prévu pour voler sans pilote, la présence d’un homme à bord étant optionnelle.

«Toutes les autres caractéristiques constituent une évolution de celles déjà existantes: encore plus rapide, encore plus manœuvrable, plus furtif, etc.», a indiqué le constructeur.

Actuellement, la Russie produit les chasseurs de cinquième génération Su-57. Le premier appareil de cette série doit être mis à la disposition des forces aérospatiales d’ici la fin d’année. Un contrat prévoyant la livraison de 76 avions de ce type a été signé lors du Forum militaire Armée 2019 en juin dernier

https://fr.sputniknews.com/defense/201909231042142251-la-russie-met-au-point-des-chasseurs-de-sixieme-generation-volant-sans-pilote/.

«Le lobby sioniste est très actif en Algérie»

«Le lobby sioniste est très actif en Algérie»

Publié par: Ahmed Bensaadale: 10 mai, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_AfriqueActualité_MaghrebGéopolitiqueImprimerEmail

Interview – Ahmed Bensaada

Algeriepatriotique : Vous avez publié une étude intitulée «Huit ans après la printanisation de l’Algérie». Pouvez-vous nous en faire un résumé ?

Ahmed Bensaada : Mon article traite de l’idéologie de «résistance individuelle non violente» qui s’est avérée très efficace dans la chute de nombreux gouvernements depuis une vingtaine d’années. Cette idéologie, théorisée par le professeur américain Gene Sharp, a été appliquée avec succès dans différents pays.

Cela a commencé avec les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques et qui ont été qualifiées de «révolutions colorées». La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizstan (2005) en sont quelques exemples. Depuis la fin de l’année 2010, cette théorie a été mise en pratique dans les pays arabes et c’est ce qui a donné le mal nommé «printemps» arabe.

Je vous rappelle que j’ai consacré des dizaines d’articles à l’étude de ces révoltes ainsi que deux ouvrages.

En analysant le hirak algérien et en comparant son modus operandi avec celui de cet éventail de cas, on remarque des similitudes frappantes. C’est ce qui nous amène à penser que la lutte non violente qui se déroule actuellement dans les rues de notre pays ne représente qu’un continuum qui a débuté par les «révolutions colorées» et qui s’est poursuivi par le «printemps» arabe. Il s’agit de ce que j’ai nommé la «printanisation» de l’Algérie.

Dénoncer les complots ourdis par des officines secrètes est systématiquement interprété comme une paranoïa. Comment convaincre les sceptiques, selon vous ?

Il n’y a rien de secret dans le rôle des organismes d’«exportation» de la démocratie. Leurs missions sont clairement affichées sur leurs sites et explicitement énoncées dans les discours de leurs responsables.

En plus, leurs relations avec le département d’Etat et leur alignement à la politique officielle de leur pays ne font aucun doute. Certaines d’entre elles, comme la NED, publient des rapports annuels détaillés qui mentionnent les ONG locales bénéficiaires, leurs mandats et les montants alloués à chacune d’entre elles.

D’autre part, le rôle de ces organismes dans les «révolutions colorées» et le «printemps» arabe a été scrupuleusement étudié et est maintenant bien documenté.

Mais à chaque fois qu’une révolte non violente voit le jour quelque part dans le monde, les mêmes réactions apparaissent : «la révolte est spontanée», «la jeunesse nous guide vers un avenir radieux», «la main de l’étranger ? C’est du complotisme ! Pourquoi infantiliser le peuple ? Vous protégez les dictateurs !»

Il existe deux explications à ces réactions. La première peut provenir de personnes ou de groupes financés par l’étranger et qui font le nécessaire pour le dissimuler afin de préserver la «pureté» de la cause. Cela est relayé par la puissante machine des médias mainstream qui utilisent le mensonge par omission, invitent toujours les mêmes pseudo-analystes et maintiennent la porte grand ouverte aux activistes.

La seconde, plus naturelle, émane de sentiments profondément humains liés au «romantisme révolutionnaire», à la capacité intrinsèque du peuple à se libérer de tout joug oppressif. L’incrédulité de certains est ainsi humainement compréhensible. En effet, rien ne vaut une belle révolte spontanée et populaire pour l’imaginaire collectif qui n’a aucune idée de ce qui se trame dans les coulisses. La révolte de David contre Goliath, du faible contre le puissant, du petit peuple armé de sa foi contre le tyran omnipotent. Dans ce cas, toute analyse critique cartésienne se heurte à une inévitable levée de boucliers.

C’est d’ailleurs ce qui fait la force de cette idéologie de «résistance individuelle non violente».

Algeriepatriotique a été catalogué comme «site complotiste» pour avoir mis à nu plusieurs fois les manœuvres du lobby sioniste, notamment. Quel rôle ce dernier joue-t-il dans ce qui se passe en Algérie actuellement ?

Depuis l’avènement des TIC (technologies de l’information et de la communication), les médias mainstream, qui sont la propriété d’une poignée de grands groupes industriels, ont vu leur influence dans l’opinion publique sérieusement malmenée par les nouveaux médias numériques. Pour contrecarrer cet effet, les médias mainstream ont créé ce concept de site «conspirationniste» ou «complotiste» dans lequel ils ont, certes, catalogué de vrais sites farfelus mais, aussi, des sites d’information sérieux mais dont la ligne éditoriale s’éloigne du mainstream. «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage», dit l’adage.

Pour revenir au lobby sioniste, il est certain qu’il est fortement actif car l’Algérie est un des derniers bastions du «Front de la fermeté». Il n’y a qu’à voir le nombre de drapeaux palestiniens qui sont déployés dans les marches du hirak pour comprendre l’intensité du lien affectif qui lie l’Algérie à la Palestine.

Néanmoins, il faut préciser que cette nébuleuse agit généralement de manière indirecte. En effet, ce lobby est très présent dans les organismes d’«exportation» de la démocratie. Ainsi, Carl Gershman, avant d’accéder à la présidence de la NED, avait travaillé dans le département de recherche de l’Anti-Defamation League du B’nai B’rith et a été membre du Conseil d’administration du Congrès juif américain.

Gershman est un grand défenseur de la politique raciste et belliqueuse d’Israël. Dans un récent discours au Forum juif de Kiev (6-8 mai 2019), Karl Gershman a défendu l’état hébreu, tout en comparant ses crimes à la situation de l’Algérie d’avant le hirak.

Il reprit d’abord les déclarations du rabbin Lord Jonathan Sacks lors d’un débat sur l’antisémitisme à la Chambre des Lords britannique «C’est pourquoi Israël – la seule démocratie au Moyen-Orient pleinement opérationnelle avec une presse libre et un pouvoir judiciaire indépendant – est régulièrement accusé des cinq péchés capitaux contre les droits de l’Homme : racisme, apartheid, crimes contre l’humanité, purification ethnique et tentative de génocide».

Il ajouta ensuite : «Un exemple de cette évolution effroyable est que le 18 mars [2019], au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, Israël a été agressé dans sept rapports biaisés et cinq résolutions hostiles. Rien n’a été présenté au Conseil sur aucun autre pays du monde – pas sur l’Algérie, où les manifestations qui ont abouti au renversement du régime corrompu et répressif de Bouteflika avaient commencé un mois plus tôt […].»

En 2004, Gershman avait participé à une conférence qui s’était tenue à Rome et qui avait pour thème «L’antisémitisme, une menace pour la démocratie». Il y révéla des motivations pro-israéliennes quant à la promotion de la démocratie au Moyen-Orient : «Quelles que soient leurs différences, les baâthistes et les islamistes partagent une haine viscérale des valeurs libérales qui trouve sa plus grande expression dans la diffamation d’Israël et du peuple juif.»

Ce lobby procède aussi par un travail de fond en adoubant, par exemple, des mouvements comme le MAK qui a repris du poil de la bête à l’occasion du hirak. Dans un travail de plus longue haleine, des voyages sont organisés à des «intellectuels bien de chez nous» comme Sansal, Dilem ou Akkouche pour fouler le sol des Territoires occupés en vue de paver la route à une politique de normalisation bien entamée par d’autres pays arabes.

De manière plus insidieuse, le lobby sioniste a réussi à infiltrer le réseau des activistes et cyberactivistes arabes à travers le forum «Fikra». Ce forum, qui prétend «soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes», est une création du lobby américain pro-israélien, géré et financé par ses soins. Parmi les nombreux participants provenant d’une dizaine de pays arabes, notons la présence d’activistes algériens.

Les Algériens ont convergé vers les grandes places le 22 février pour exiger le départ du système. Certains disent que c’est l’entêtement de Bouteflika qui a poussé les Algériens à se révolter, d’autres estiment que c’est Facebook qui a rassemblé les Algériens autour d’une seule et même revendication. Qu’en est-il, selon vous ?

Loin d’être spontanées, les révoltes non violentes se préparent longtemps à l’avance. Dans mon livre Arabesque$, j’explique que les activistes arabes ont été préparés des années avant le début du «printemps» arabe.

Certes, les révoltes qui ont balayé la rue arabe sont une conséquence de l’absence de démocratie, de justice sociale et de confiance entre les dirigeants et leur peuple. Richesses mal distribuées, manque de libertés, régimes autocratiques, hogra, corruption, etc. Tout ceci constitue donc un «terreau fertile» à la déstabilisation. Ce terreau est constitué de femmes et d’hommes qui ont perdu confiance en leurs dirigeants dont la pérennité maladive ne laisse entrevoir aucune lueur d’espoir.

Mais cela n’est pas suffisant : une «étincelle» qui fédère le peuple est nécessaire. Dans le cas de la Tunisie, c’était la mort de Mohamed Bouazizi, alors que celui de l’Algérie, c’était le cinquième mandat.

Et c’est à ce moment que la formation des cyberactivistes est importante. Dans le cas de l’Algérie, Facebook et les autres médias sociaux ont eu un rôle très important. L’organisation, la mobilisation, les appels à manifester, la synchronisation et la diversité des actions à mener sur le terrain n’auraient jamais été possibles de manière aussi efficace sans les nouvelles technologies.

Mais cela n’est pas nouveau. Rappelons-nous qu’en Egypte la révolte de la Place Tahrir avait été surnommée «Révolution Facebook» ou «Révolution 2.0» et qu’Israa Abdel Fattah, la cofondatrice du Mouvement du 6 Avril (financé par des organismes américains), fer de lance de la contestation égyptienne, était connue sous le nom de «Facebook Girl».

Comment les officines auxquelles vous faites référence dans votre étude interviennent-elles dans le hirak algérien ?

Les organismes d’«exportation» de la démocratie fonctionnent de façon similaire, quel que soit le pays. Ils s’occupent du financement des ONG locales, de la formation des activistes et, pour plus de synergie, s’occupent de leur réseautage.

En ce qui concerne le financement, nous avons montré que de nombreuses ONG algériennes ont été financées bien avant le début du «printemps» arabe. Et cela n’a jamais cessé depuis, comme expliqué dans mes deux récents articles. Comme par hasard, ces ONG sont toujours au premier rang de la contestation. Elles l’étaient également avec le défunt CNCD, en 2011.

Le financement ne provient pas uniquement de la bourse de l’Oncle Sam. Des organismes européens, comme les Stiftungs allemands et d’autres moins évidents à identifier, sont mis à contribution. Les documents publiés par mon ami Mohamed Bouhamidi sont très éloquents à ce sujet.

Pour la petite histoire, notons que la structure de la NED (créée en 1983 par le président R. Reagan) s’est inspirée de celle des Stiftungs allemands et, comme la CIA collaborait avec ces organismes allemands pour financer des mouvements à travers le monde bien avant la création de la NED, les relations sont restées solides jusqu’à nos jours. Ainsi, à titre d’exemple, le mouvement pro-européen Euromaïdan, qui a secoué l’Ukraine fin 2013 début 2014, a aussi bien été aidé et soutenu par l’IRI et le NDI (deux des quatre satellites de la NED) que par le Konrad Adenauer Stiftung (lié au CDU allemand).

Dans le volet formation, nous savons que des jeunes Algériens ont été formés à la «résistance individuelle non violente» par les Serbes de Canvas. Cela a été confirmé par un des dirigeants du Mouvement du 6 Avril, l’Egyptien Mohamed Adel, qui a reconnu s’être rendu en Serbie avec quatorze autres militants algériens et égyptiens.

En matière de maîtrise du cyberespace et de réseautage, les noms de cyberactivistes algériens figurent dans les listes de participants aux formations dispensées à la «Ligue arabe du Net» par les organismes d’«exportation» de la démocratie.

Finalement, des indices montrent que certaines figures visibles du hirak algérien ont suivi des formations dans des pays européens après le «printemps» arabe. Des investigations sont en cours.

Quels sont les indices de leur implication ?

Comme expliqué dans mon article, les révoltes non violentes suivent un pattern bien établi portant, sur le terrain, le sceau de Canvas. L’utilisation de campagnes de communications dites positives et négatives, la fraternisation avec l’«ennemi», l’utilisation du poing d’Otpor, la présence d’individus ou de groupes financés par les officines étrangères en tête des manifestations, la proposition comme leader de personnalités auparavant inconnues du grand public ainsi que l’usage des «méthodes d’action non violente» parmi les 199 figurant dans le manuel élaboré par Canvas en sont quelques exemples.

D’autre part, la coordination des actions à mener sur le terrain, le partage d’informations en temps réel, la transmission d’instructions pour que les manifestations soient conformes aux principes de base de la lutte non violente, le timing des évènements et ce, à travers tout le territoire national, prouvent une utilisation efficiente du cyberespace qui ne peut être acquise que par une solide formation.

Que cherchent ces officines, Canvas, NDI, NED, etc. en Algérie ? Quel type de régime veulent-elles «imposer» ?

Tout d’abord, une petite mise au point. Il ne faut pas classer Canvas avec la NED et ses homologues. Canvas n’est qu’une école serbe de «révolutionnaires en herbe» utilisée par les organismes d’«exportation» de la démocratie comme la NED, Freedom House et autres, pour former des activistes.

Le rôle de la NED a été clarifié dans le discours inaugural de cette «fondation».

Le 16 octobre 1983, le président Reagan déclara : «Ce programme ne restera pas dans l’ombre. Il s’affirmera avec fierté sous le feu des projecteurs. (…) Et, bien sûr, il sera cohérent avec nos intérêts nationaux.»

Selon le journaliste américain William Blum : «Les programmes de la NED incarnent généralement la philosophie de base selon laquelle les travailleurs et les autres citoyens sont mieux servis dans un système de libre entreprise […], d’intervention minimale du gouvernement dans l’économie et d’opposition au socialisme sous toutes ses formes. Une économie de marché est synonyme de démocratie, de réforme et de croissance et l’accent est mis sur les avantages des investissements étrangers dans leur économie.» «[…] En bref, les programmes de la NED sont en harmonie avec les besoins et objectifs de base de la mondialisation économique du Nouvel Ordre mondial, tout comme les programmes sont sur la même longueur d’onde que la politique étrangère des Etats-Unis.»

Ainsi, les Etats-Unis, à travers des organismes spécialement conçus, utilisent la démocratie et le droit-de-l’hommisme pour exporter des politiques néolibérales à travers le monde.

Cette politique est encore plus claire avec le milliardaire et spéculateur américain George Soros dont la fondation Open Society (Société ouverte) travaille de concert avec la NED et les autres organismes d’«exportation» de la démocratie.

Selon Leandra Bernstein, «l’action et l’argent de George Soros sont devenus des instruments pour démanteler la souveraineté nationale des Etats, en remplissant les caisses d’organisations ‘’philanthropiques’’ ou ‘’droit-de-l’hommistes’’». Pour Soros, «si une nation voulait contrôler ses propres ressources naturelles» ou «développer son économie et sa force de travail à l’aide de tarifs douaniers et de régulations», elle était considérée comme société fermée. En fait, «toute nation qui rejette la mondialisation (c’est-à-dire l’impérialisme du libre-échange) est condamnée à ce titre et fera l’objet d’attaques de la part des organisations de Soros».

On voit bien que l’«exportation» de la démocratie qui se fait à travers des changements de régime menés à bien grâce aux principes de la lutte non violente a des visées économiques et hégémoniques.

Dans les conflits armés, des personnes autochtones sont choisies pour préserver les intérêts de la puissance victorieuse. Souvenons-nous des cas Ahmed Chalabi en Irak ou Hamid Karzai en Afghanistan. Il en est de même dans les révoltes non violentes qui s’accompagnent de l’apparition de certaines figures qu’on cherche à imposer en les drapant d’une «bénédiction» populaire.

Mikheil Saakachvili, après la révolution des Roses en Géorgie (2003) ; Viktor Iouchtchenko, après la révolution Orange en Ukraine (2004) ou la tentative avortée de placer Mohamed El-Baradei après la révolution du Lotus en Egypte (2011) sont des exemples de candidats pro-américains.

En Algérie, le hirak a aussi très rapidement produit les noms de personnes susceptibles de diriger le sort du pays après l’éviction du président Bouteflika. Et le battage médiatique n’a pas encore cessé pour certains.

Les visées économiques et hégémoniques ne s’appliquent pas uniquement aux Etats-Unis, bien au contraire. Les pays européens, en particulier la France, histoire coloniale et doctrine Monroe obligent, ont des intérêts en Algérie.

D’autre part, l’alignement de l’Algérie sur la Russie pour l’approvisionnement en matériel militaire et sur la Chine pour les grands projets nationaux laissent espérer des contrats juteux en cas de changement de paradigme politique.

Avec ses énormes richesses, son immensité territoriale et son importante position géostratégique, il est clair que l’Algérie attise la convoitise de nombreuses puissances.

Qui du peuple ou de ces officines auront eu raison du système, selon vous ? Autrement dit, qui a fait tomber Bouteflika ?

C’est la combinaison des deux qui a fait tomber le président Bouteflika. L’application judicieuse des principes de la lutte non violente permet de fédérer le «peuple» contre le «tyran» autour d’une exigence : le départ du «tyran». Elle fait passer la peur du camp du «peuple» vers celui du «tyran».

Cette synergie n’enlève rien au mérite et à la bravoure du peuple qui est sorti comme un seul homme pour demander le départ d’un système usé par le pouvoir, les affaires et la corruption.

Il faut être clair : la grande majorité des manifestants n’a rien à voir avec les officines et ignore certainement tout de leur existence mais sort dans la rue pour des causes nobles. Ce sont ceux qui sont en haut de la pyramide du hirak qui organisent, orientent et dirigent. Et cela est un autre point fort de l’idéologie de «résistance individuelle non violente».

L’efficacité de cette combinaison permet d’expliquer pourquoi les émeutes antérieures au «printemps» arabe ont toutes été violemment étouffées comme celles de Gafsa (Tunisie, 2008) ou celles d’Al-Mahalla (Egypte, 2008) alors que, quelques mois plus tard, (et surtout quelques formations plus tard), le «peuple» a vaincu le «tyran».

Comment voyez-vous les perspectives du mouvement populaire pacifique en Algérie à court terme ?

Le mouvement populaire est resté très pacifique, c’est le signe très positif d’une réelle maturité politique. Le seul problème vient de l’inflation des revendications émanant de certaines voix du hirak. A un certain moment, il faut savoir raison garder et passer à la table des négociations car la confrontation est mauvaise conseillère et peut avoir de fâcheuses conséquences. En Algérie, nous en savons quelque chose.

Pour celles et ceux qui craignent que le système perdure, il faut les convaincre que la situation politique algérienne ne sera jamais pareille dans l’avenir et que la vigilance du peuple est garante du changement.

Quant aux personnes ou aux groupes qui ont reçu des subsides d’organismes «démocratisants» étrangers, il faut impérativement qu’elles placent l’intérêt de leur pays, l’Algérie, avant celui des autres. L’histoire nous montre que dans les mouvements de ce type, les activistes pro-occidentaux disparaissent une fois la «révolution» achevée. Au sujet des «révolutions colorées», le journaliste Hernando Calvo Ospina écrivit : «[…] La distance entre gouvernants et gouvernés facilite la tâche de la NED et de son réseau d’organisations, qui fabriquent des milliers de ‘’dissidents’’ grâce aux dollars et à la publicité. Une fois le changement obtenu, la plupart d’entre eux, ainsi que leurs organisations en tout genre, disparaissent, sans gloire, de la circulation.» On aurait pu écrire exactement la même chose sur les «dissidents» du «printemps» arabe.

Nul doute que notre peuple sera à la hauteur de la gravité et des exigences de l’heure et fera de ce mouvement un vrai printemps arabe (sans guillemets), d’où bourgeonnera l’unité d’une nation, à jamais soudée contre le despotisme, la corruption et la hogra.

Interview réalisée par Karim B. et Mohamed El-Ghazi

http://www.afrique-asie.fr/le-lobby-sioniste-est-tres-actif-en-algerie/

Guerre en Irak : Jacques Chirac, l’homme qui osa dire non aux Etats-Unis (Marianne)

Guerre en Irak : Jacques Chirac, l’homme qui osa dire non aux Etats-Unis (Marianne)

511111 Rating 5.00 (3 Votes)Catégorie parente: Actualités françaises Catégorie : Actualités françaises  Publication : 27 septembre 2019  Création : 27 septembre 2019 Écrit par folamour  Affichages : 74fShare

Chirac 27 09 2019

Fidèle en cela à la geste gaulliste, Jacques Chirac sut percevoir les dangers inhérents à une invasion qui allait anéantirun pays et déstabiliser une région déjà transformée en baril de poudre. – AFP

Jacques Chirac est mort ce jeudi 26 septembre 2019. Il était celui qui avait refusé que la France prenne part à la guerre en Irak en 2003. Retour sur cette séquence de diplomatie française qui reste dans l’Histoire.

Lorsque les Etats-Unis décidèrent d’envahir l’Irak, en 2003, sur la foi d’un mensonge d’État (les armes de destruction massive inexistantes qu’était censé posséder Saddam Hussein), le camp atlantiste se rassembla comme un seul homme autour du président américain George W. Bush. Tony Blair et José Maria Aznar, alors Premiers ministres du Royaume-Uni et d’Espagne, y allèrent de leurs encouragements. D’autres montèrent dans l’armada en se faisant plus ou moins discrets. Un seul chef d’État occidental osa dire « Non » avec courage, fermeté et détermination : Jacques Chirac.Lire aussi : Jacques Chirac est mort

Gaullisme ?

Fidèle en cela à la geste gaulliste, le président de la République de l’époque sut percevoir les dangers inhérents à une invasion qui allait anéantir un pays et déstabiliser une région déjà transformée en baril de poudre. Nul n’oubliera le discours mémorable alors prononcé à l’ONU par Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, salué par des applaudissements, fait unique dans cette enceinte.

Vu avec le recul du temps et de l’expérience, on pourrait avoir le sentiment qu’une telle prise de position allait de soi. Il n’en est rien. Au contraire, c’est à cette époque qu’est né un nouveau sport que l’on pourrait appeler le « french bashing » de l’intérieur, par référence à ce dénigrement antifrançais qui avait alors fleuri des deux côtés de l’Atlantique.

En 2003, nombreux ont été ceux qui ont pris la réaction élyséenne avec des pincettes. La liberté de ton dont ils aiment se réclamer a les limites de l’atlantisme flamboyant. Critiquer la Russie, que l’on n’oublie jamais d’assimiler à son passé soviétique, oui. Décrire la Chine comme le futur impérialisme dominant, pas de problème. Mais dénoncer l’Amérique, fût-elle néoconservatrice et empêtrée dans les conséquences guerrières des théories fumeuses sur le « choc des civilisations », cela vaut illico presto l’accusation d’«anti-américanisme primaire », pour reprendre une formule chère à Bernard-Henri Lévy.

A l’occasion de la guerre d’Irak, pourtant, Jacques Chirac avait confirmé qu’il n’avait pas (totalement) oublié la tradition gaullienne et que la France avait encore quelque aptitude à faire entendre une voix singulière dans le concert des nations.

Dans la famille politique de Jacques Chirac, l’embarras fut de mise. A preuve, la gêne exprimée par Nicolas Sarkozy. Du jour où il devint à son tour président, relayé par ses séides intellectuels, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour se démarquer, persuadé que son prédécesseur avait commis le pire des crimes : s’affranchir de l’Amérique. A croire que le simple fait de critiquer les Etats-Unis revenait d’office à être un suppôt de Ben Laden et un coresponsable des attentats du 11-Septembre. Un peu comme si l’on avait accusé de francophobie les penseurs américains, ou britanniques, ayant pris fait et cause contre la guerre d’Algérie.Lire aussi : Jacques Chirac, mort d’un grand crocodile politique

Atlantisme

Ce raisonnement absurde visait à faire oublier que Nicolas Sarkozy était entouré d’une camarilla de petits soldats qui ont cru à la fable des prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, à l’image d’un Bernard Kouchner, ou d’un André Glusksmann (le père de Raphaël), à une époque où Barack Obama, lui, n’y croyait pas.

Pour ces gens-là, Jacques Chirac avait donc tout faux en 2003. André Glucksmann, Pascal Bruckner et le réalisateur Roman Goupil avaient publié une tribune commune dans Le Monde où ils écrivaient : « Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés ». De son côté, BHL était un peu plus hésitant, avant de dire lors d’une intervention aux Etats-Unis : « J’étais opposé à l’administration Bush quand elle a décidé d’entrer en guerre contre l’Irak. Mais aujourd’hui, nous y sommes, nous devons désormais finir le travail ». Des personnages susnommés, seul Pascal Bruckner fera son mea culpa.

Pour nos amis atlantistes, il était évident que la France s’était « mise hors jeu », qu’elle s’était« ridiculisée ». Tony Blair, en revanche, était salué comme un « véritable chef d’État ». A de rares exceptions, la plupart des partis politiques français critiqueront le choix de Jacques Chirac, certains n‘hésitant pas à dénoncer un « nationalisme des imbéciles ».

Grâce à Wikileaks, on apprendra ensuite que des dirigeants du Parti socialiste s’étaient rendus à l’ambassade américaine à Paris pour exprimer leurs désaccords avec la position officielle de la France. Le 29 mai 2006, Pierre Moscovici, chargé à l’époque des relations internationales du PS, promit qu’un gouvernement socialiste se montrerait plus proaméricain que celui de Dominique de Villepin. Quelques jours plus tard, le 8 juin, Hollande, premier secrétaire du PS, regrettait devant l’ambassadeur des Etats-Unis que Chirac ait fait de « l’obstruction gratuite » face au président américain. Quand il s’agit de sombrer dans l’atlantisme, certains sont imbattables.

Source : Marianne

https://www.crashdebug.fr/actualites-france/16588-guerre-en-irak-jacques-chirac-l-homme-qui-osa-dire-non-aux-etats-unis-marianne

Chirac: Macron annule son déplacement à Rodez, s’exprimera à 20h

26 SEPTEMBRE 2019 / 13:19 / IL Y A 3 HEURES

Chirac: Macron annule son déplacement à Rodez, s’exprimera à 20h

Reuters Staff

1 MINUTES DE LECTURE

Emmanuel Macron s’exprimera à 20h ce jeudi pour rendre hommage au président Jacques Chirac, décédé dans la matinée, et annule de ce fait son déplacement à Rodez (Aveyron) où le débat sur les retraites auquel il devait participer est toutefois maintenu. /Photo prise le 23 septembre 2019/REUTERS/Yana Paskova

PARIS (Reuters) – Emmanuel Macron s’exprimera à 20h ce jeudi pour rendre hommage au président Jacques Chirac, décédé dans la matinée, et annule de ce fait son déplacement à Rodez (Aveyron) où le débat sur les retraites auquel il devait participer est toutefois maintenu, a annoncé l’Elysée.

“Le président de la République prononcera ce soir à 20h une allocution télévisée en hommage au président Chirac”, a indiqué la présidence française à Reuters. “Il ne se rendra pas à Rodez mais le débat sur le retraites est maintenu et sera animé par le haut commissaire chargé des retraites Jean-Paul Delevoye”.

Marine Pennetier, édité par Jean-Michel Bélot

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN1WB1CN-OFRTP

L’ancien président Jacques Chirac est mort

L’ancien président Jacques Chirac est mort

26 sept. 2019, 11:59

L'ancien président Jacques Chirac est mort

L’ancien président de la République Jacques Chirac est mort ce 26 septembre au matin à l’âge de 86 ans, a annoncé son gendre Frédéric Salat-Baroux à l’AFP.

Président de la République de 1995 à 2007, Jacques Chirac est décédé ce 26 septembre à l’âge de 86 ans, a annoncé sa famille.

Détails à suivre…

France

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