Syrak et alentours

Syrak et alentours

21 Septembre 2019

Si l’on devait faire un classement des régions du monde qui déçoivent rarement en terme d’événementiel géopolitique, le Moyen-Orient serait assurément dans le peloton de tête. De la guerre syrienne allumée en 2011 pour casser l’arc chiite à la récente escalade, le grand bras de fer engagé entre Iran & alliés d’un côté, système impérial américano-israoudien de l’autre, ne cesse de produire son lot de rebondissements.

Dans ce monstrueux duel, les Iraniens ont très vite compris que leur seule planche de salut était la guerre asymétrique, comme nous l’expliquions dans un billet qui avait des airs prémonitoires il y a quatre mois :

Ne donnant pas leur part au chien, le Hezbollah et les milices chiites irakiennes entreront évidemment dans la danse si Téhéran est attaqué, tandis que les Houthis du Yémen commencent à cartonner les pipelines d’Aramco en Arabie saoudite même. Le rayon d’action de leurs drones couvre la presque totalité du territoire saoudien et ils peuvent maintenant toucher n’importe quelle installation pétrolière. Les grassouillets cheikhs wahhabites semblent quelque peu paniqués de voir leur or noir pris entre l’enclume du détroit d’Ormuz et le marteau houthi.

Devant la formidable guerre asymétrique qui peut être déclenchée à tout moment par l’Iran, il n’est pas sûr que l’empire franchisse le Rubicon. Comme le dit un proverbe persan, « n’ouvrez pas la porte que vous serez incapable de refermer »…

Nous reviendrons plus bas sur les drones houthis, dont on parle évidemment beaucoup depuis une semaine, mais attardons-nous un instant sur les milices chiites. A travers le Moyen-Orient, celles-ci sont au nombre d’une centaine. Ces groupes, fidèles proxies de Téhéran, compteraient environ 180 000 combattants et sont souvent cornaqués par les Gardiens de la Révolution et Qassem Soleimani. Ils permettent à l’Iran de peser puissamment sur les affaires de la région tout en ayant un budget militaire cinq fois moins élevé que celui de l’Arabie saoudite. Cerise sur le gâteau, ils s’intègrent intelligemment dans le processus politique local (Hezbollah au Liban, UMP en Irak, Houthis au Yémen), rendant fous les stratèges impériaux qui ne savent comment les contrer. La guerre asymétrique par excellence, comme le détaille un excellent article du New Yorker qui, s’il ne nous apprend rien de fondamental, a le mérite de poser clairement et objectivement les bases de l’analyse.

D’encerclé il y une quinzaine d’années…

l’Iran est presque devenu l’encercleur…

Entre la présence de ses associés chiites en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, en Afghanistan voire même au Pakistan, les alliances avec la Russie (R) et la Chine (C), et les bonnes relations avec l’Inde (I), la Turquie, l’Arménie (A), Oman (O) ou le Qatar (Q), Téhéran a magnifiquement retourné la situation. On comprend mieux pourquoi les petits génies de Washington et leurs chers alliés israoudiens s’arrachent les cheveux…

Ce qui nous amène aux attaques sur les installations pétrolières du royaume wahhabite, qui font encore couler beaucoup d’encre et semblent même constituer un de ces moments-clé à partir duquel les acteurs changent leur fusil d’épaule et redéfinissent leur politique à venir.

Le débat continue sur l’origine des attaques, y compris parmi les lecteurs du blog. Houthis du Yémen, milices chiites irakiennes, Iran, commando infiltré ? Les possibilités sont nombreuses et attisent les interrogations passionnées. C’est le propre de la guerre asymétrique que d’entretenir un tel flou et les rusés Perses sont passés maîtres dans ce domaine.

La thèse des UMP pro-iraniennes d’Irak a très vite été mise en avant et pourrait être confirmée par la double vague de frappes aériennes dont elles ont été victimes le 17 et 18 septembre à Al Bukamal, lieu stratégique d’entre tous comme le savent parfaitement les habitués de nos Chroniques. Si la participation israélienne est évidente (nous y reviendrons), la complicité saoudienne a été suspectée, bien que Riyad ait vigoureusement démenti.

Cependant, l’hypothèse houthie reste solide et nous avons vu, dans le billet de mai cité plus haut, que les chiites yéménites n’en sont pas à leur premier coup d’essai, ayant déjà touché le pipeline central d’Aramco. La portée de leurs drones couvre toute l’Arabie saoudite, dont les gisements touchés la semaine dernière. L’origine houthie des attaques pourrait d’ailleurs être validée par l’offre de paix saoudienne en échange de l’arrêt des tirs de missiles/drones. Est-ce le début de la fin de la désastreuse aventure wahhabite au Yémen ? A suivre…

Plus que les conséquences, somme toutes passagères, sur le prix du baril, ce sont les répercussions stratégiques de ces attaques qui sont saisissantes, notamment sur la sacro-sainte alliance américano-saoudienne. Le Seoud, habitué à acheter des « alliés » grâce à son pétrodollar, se sent soudain bien seul, ce qui peut expliquer l’étonnante ouverture faite aux Houthis. La mesure symbolique de Washington consistant à envoyer quelques soldats supplémentaires ne trompe personne et surtout pas Riyad. Pompeo a certes fait la tournée des popotes et parlé d' »acte de guerre »  mais, une fois dans l’avion, a vite refroidi les éventuelles ardeurs guerrières des uns et des autres. En l’état des choses, pas question pour les Etats-Unis de s’attaquer à l’Iran.

Les Américains sont empêtrés dans le labyrinthe qu’ils ont eux-mêmes créé. En affirmant que les drones et missiles venaient d’Iran ou d’Irak, ils ont indirectement remis en cause l’utilité de leurs bases moyen-orientales et fait passer le CentCom pour un ramassis d’amateurs. Déjà que le Pentagone n’était pas très chaud sur ce dossier, ce genre de désaveu public ne fera rien pour arranger les choses.

De toute façon, l’intervention militaire n’a jamais vraiment été une option et seuls 13% des Etats-uniens y sont favorables. L’image de plus en plus désastreuse de la Saoudie dans l’opinion publique y est sans doute pour quelque chose…

Aussi, le panier de crabes de Washington apparaît pour ce qu’il est de plus en plus : un chien qui aboie mais ne mord pas, attitude assez suicidaire pour un empire en déclin. Le Moyen-Orient a pris bonne note de la faiblesse américaine et, par contraste, de la solidité des alliances russes, particulièrement depuis l’entrée en guerre de Moscou en Syrie en 2015.

Au Kremlin, on l’a bien compris et Poutine apparaît une nouvelle fois comme le faiseur de rois, au grand dam de l’establishment impérial US. Lors du sommet tripartite Russie-Iran-Turquie sur la Syrie, l’œil pétillant de malice, il a nargué les Américains sous les yeux hilares de Rouhani et d’Erdogan, en conseillant aux Saoudiens d’imiter les Iraniens et les Turcs et d’acheter des S-300/S-400, moquant en creux l’inefficacité des systèmes US.

La belle Maria, porte-parole du MAE russe en a rajouté une couche, ironisant sur les superlatifs habituellement utilisés par Trump : « Nous nous souvenons encore des « fantastiques » missiles américains qui ont manqué leur cible il y a plus d’un an en Syrie. Et maintenant, leur « brillant » système anti-aérien, incapable de repousser une attaque ». Aux dernières nouvelles, Donaldinho est parti jouer au golf…https://youtu.be/EVG02gfD6lg

Géopolitiquement parlant, le reflux américain et le retour russe sont les faits marquants de la décennie au Moyen-Orient. Bases militaires, diplomatie active, renouveau des alliances, ventes d’équipement dernier cri : l’ours a posé sa patte et ne la retirera plus. Aux autres de s’adapter. Israël par exemple, qui, pour la première fois de son histoire, se trouve face à un environnement non permissif. Dans le dernier billet, nous expliquions :

En pleine campagne de réelection, Bibi la Terreur a une nouvelle fois pris le chemin de Sochi pour rencontrer Poutine et montrer sa stature internationale à son électorat. Il a dû déchanter… Vladimirovitch l’a fait attendre trois heures et lui aurait opposé un niet abrupt aux futures incursions aériennes israéliennes en Syrie. Le conditionnel reste de mise tant le Moyen-Orient est habitué aux retournements de situation, mais l’info, d’abord donnée par l’édition en arabe de The Independent avant d’être reprise par la presse israélienne puis par Zero Hedge, semble solide.

Les Russes auraient d’ailleurs, à trois reprises, empêché des frappes israéliennes sur des cibles chiites/iraniennes. Cela fait d’ailleurs écho à ce qu’a rapporté un site russe d’aviation il y a quelques jours : des Sukhois-35 déployés dans la province de Deraa pour empêcher un bombardement israélien.

Toujours est-il que Poutine aurait remis (conditionnel toujours de mise) les pendules à l’heure en traçant une ligne rouge devant Nétanyahou : désormais, tout avion bombardant la Syrie sera abattu par les chasseurs russes ou les S-400. Apparemment, le maître du Kremlin est même allé, fait nouveau, jusqu’à condamner « l’agression israélienne au Liban » (l’incident du drone la semaine dernière, ndlr) et a prévenu son interlocuteur de se garder de renouveler la chose.

La crédibilité de Moscou était effectivement en jeu et le conditionnel semble un peu moins de mise. Si les Israéliens ont pu frapper Al Bukamal en faisant le détour jordanien, ils en ont été empêchés ailleurs les 18 et 19 septembre, l’ours leur ayant fermé le ciel syrien. Selon des sources généralement bien renseignées, les Russes auraient également donné le feu vert aux Syriens pour utiliser les S-300 contre toute menace venant de Tel Aviv (cela n’avait donc pas été fait ?) et mis leurs propres S-400 en alerte. Pire, dans la nuit de jeudi, un drone israélien aurait carrément été abattu par des Sukhois !

Si certaines de ces informations sont encore à confirmer, le fait qu’elles aillent toutes dans la même direction indique un changement de ton au Kremlin, qui semble passer la vitesse supérieure.Tag(s) : #Moyen-Orient#Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/09/syrak-et-alentours.html

.https://youtu.be/EVG02gfD6lg

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STATISTIQUES ETHNIQUES : lettre ouverte du général Martinez à la CNCDH

16 SEPTEMBRE 2019PUBLIÉ PAR MARC LE STAHLER

STATISTIQUES ETHNIQUES :
lettre ouverte du général Martinez à la CNCDH

De l’impérieuse nécessité d’instaurer les statistiques ethniques

Lettre ouverte à Monsieur Jean-Marie DELARUE
Président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH)
Copie à Monsieur le Premier ministre
                                                                                                        

Monsieur le Président,

Mon attention ayant été retenue par l’éloge que le CCIF a fait de votre rapport 2018 sur la lutte contre le racisme sous toutes ses formes, j’en ai lu les « essentiels », publiés sur votre site.

Page 22 de ce document, il est indiqué que :

‘’Le faible nombre de répondants à l’enquête sur l’état de l’opinion commandée par la CNCDH ne permet pas de creuser l’hypothèse d’un antisémitisme spécifique aux musulmans.’’

Pourtant la désertion massive par les juifs des quartiers à forte et récente concentration musulmane serait à elle seule largement probante, si vous estimiez utile de vous y intéresser. De fait, il est de notoriété publique que 50 000 personnes ont été récemment contraintes de quitter ces quartiers où elles n’étaient plus en sécurité, non plus que leurs enfants dans les écoles de la République.

Par ailleurs, au cours de l’année 2018, un manifeste contre le nouvel antisémitisme a été signé par 300 personnalités dénonçant le silence médiatique et une épuration ethnique à bas bruit.

Enfin, dans l’histoire récente, 11 juifs ont été assassinés par des fanatiques musulmans : Ilan Halimi, le rabbin Jonathan Sandler, ses deux enfants Arieh et Gabriel ainsi que Myriam Monsonégo, Yoav Attab, Yohan Cohen, François-Michel Saada, Philippe Braham, Sarah Halimi et Mireille Knoll.

Tout récemment encore, l’historien Georges Bensoussan vient de déclarer : « Le vrai danger pour le judaïsme européen est la montée en puissance d’un islam radical qui ne fait aucune place à une foi autre que la sienne et qui pousse les juifs à partir ».

Page 26 de vos « essentiels », vous intitulez ainsi votre chapitre : « Evolution des préjugés envers l’islam et les musulmans 

En premier lieu, l’intitulé de ce chapitre confond délibérément les personnes de confession musulmane et la religion qu’est l’islam en les présentant comme victimes de préjugés analogues. Or, l’islamophobie se limite à la seule peur de l’islam, engendrée non par des préjugés, mais par la teneur des textes fondateurs de cette religion et par les carnages que leur application radicale produit à travers le monde.

Par ailleurs, dans ce chapitre, vous concluez :

‘‘L’enquête CNCDH révèle que l’aversion à l’islam n’est en réalité pas liée à un attachement plus marqué au principe de laïcité, aux droits des femmes ou encore à l’acceptation des minorités sexuelles, c’est même l’inverse.’’

Cette formule pernicieuse laisse supposer que l’islamophobie, le non-respect des droits des femmes, et la non-acceptation des minorités sexuelles seraient imputables à des personnes rejetant les principes de la laïcité.
Il n’est pas anodin que vous ayez choisi de formuler cette conclusion dans un chapitre consacré aux préjugés contre l’islam et les musulmans, puisque cela vous permet ipso facto d’exclure ces derniers de toute suspicion de rejet de la laïcité, des femmes et des minorités sexuelles. Cela suggère dès lors que les seuls coupables de ces haines seraient nécessairement des juifs, des chrétiens ou des athées intégristes. Ce biais atteste de votre complicité avec la stratégie de l’islam, par essence politique et radical, et isole les personnes de confession musulmane désireuses de s’en démarquer.

Pourtant, notamment en ce qui concerne les minorités sexuelles, auxquelles vous faites référence dans votre rapport, Mehdi, jeune homosexuel d’origine maghrébine, nous alerte sur ce qui se passe en banlieue et au sein de sa communauté homosexuelle. Dans sa vidéo (voir ci-dessous), vous apprendrez que les homosexuels comme les juifs quittent ces territoires où le repli communautaire et identitaire musulman s’intensifie, et que l’Etat a déserté ces quartiers de crainte de contribuer à la stigmatisation de leurs populations.

Les témoignages sont si nombreux et éloquents qu’on ne peut que s’interroger sur l’acharnement que met votre commission à les occulter et à travestir la réalité au moyen d’études pseudo-scientifiques. Le déni de réalité dont se rend coupable l’Etat, assisté par des comités tels que le vôtre est grave et criminel. Il existe sur notre sol des victimes et des bourreaux. Refuser aux victimes le droit d’entendre nommer leurs bourreaux est une faute inexcusable. Cette faute contribue à radicaliser les victimes ou les victimes potentielles et à donner un sentiment d’impunité aux bourreaux.

Devant la violence des haines montantes et le constat que nos institutions amplifient ces phénomènes, luttant à rebours contre leur propagation, il semble désormais que le choix le plus rationnel serait d’autoriser les statistiques ethniques qui, seules, seraient à même d’offrir une vision non dénaturée de l’état réel du pays.

L’analyse de ces statistiques ethniques aurait le mérite de donner enfin les réponses aux questions taboues et polémiques, ou du moins considérées comme telles par ceux qui refusent les faits et s’emploient avec ardeur à ce qu’ils ne soient pas connus.

En effet, elles mettraient en lumière les vérités cachées, révéleraient des évidences occultées et auraient le mérite de transformer en certitudes ce que les bien-pensants cherchent à camoufler sous l’appellation de « simples rumeurs non fondées », voire plus précisément de fausses nouvelles ou « fake news ».

Le second mérite serait d’éclairer les dirigeants politiques sur les mesures appropriées à mettre en œuvre pour protéger les Français. L’accès à des données objectives et irréfutables enfin disponibles les obligerait à prendre leurs responsabilités.

Enfin, ces statistiques éviteraient à votre commission de spécieuses spéculations.

Je vous prie de croire, Monsieur le président, en l’expression de ma considération distinguée.

Général (2s) Antoine MARTINEZ
Président des Volontaires Pour la France
16/9/2019

https://www.minurne.org/billets/21435

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

L’Europe trois décennies après l’ouverture du rideau de fer

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Par Céline BAYOU, le 15 septembre 2019      

Céline Bayou est rédactrice en chef du site Regard sur l’Est (www.regard-est.com), chargée de cours à l’INALCO et à l’IRIS.

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Eblouissante de maîtrise, C. Bayou trace avec une grande clarté les années 1989-2019 dans les trois pays baltes. Après avoir été incorporés de force à l’Union soviétique à la faveur de la Seconde Guerre mondiale, les Baltes se sont battus pour restaurer leur indépendance et reconstruire des Etats, dans un contexte marqué par une inquiétude sécuritaire à l’égard de la Russie.

LA commémoration, le 23 août 2019, du 30e anniversaire de la Voie (ou Chaîne) balte s’apparente à une mise en abyme. Il s’agissait en effet, en 1989, de commémorer le 50e anniversaire de la signature, le 23 août 1939, du Pacte Molotov-Ribbentrop qui avait scellé le sort de ces trois États, apparus (ou réapparus pour la Lituanie) sur la scène internationale en 1918. Cette commémoration avait pris la forme d’une chaîne humaine qui, de Tallinn à Vilnius sur 600 km, avait réuni près de 2 millions de manifestants pacifiques, désireux de rappeler au monde que l’incorporation de leurs pays au sein de l’Union soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale n’avait en aucun cas été volontaire et souhaitée. Aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole secret, A. Hitler et J. Staline avaient en effet défini les zones d’influence de l’Allemagne et de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à l’issue de la guerre. En 1989, il s’agissait donc de dénoncer 1939. En 2019, il s’agit de célébrer la formidable initiative populaire qui, symboliquement mais aussi politiquement et psychologiquement, a donné le coup d’envoi aux Révolutions chantantes baltes. Ces protestations non violentes ont conduit à la reconnaissance du protocole secret et de ses conséquences ; elles se sont inscrites dans les mouvements qui ont mené à la fin de l’URSS (8 décembre 1991) ainsi qu’à la reconnaissance internationale de ces trois États. Mais 1989 n’a de sens qu’au regard de 1939. Finalement, il s’agit en 2019 de rappeler les 80 ans du Pacte germano-soviétique de 1939, la commémoration de son 50ème anniversaire en 1989 et le lancement simultané d’une révolution pacifique. En 1999, lors de la commémoration des dix ans de la Voie balte, celle-ci était évoquée comme ayant précipité les pays baltes dans le XXIe siècle, par opposition au Pacte germano-soviétique qui incarnait le XXe, avec son cortège de guerres, génocides et domination de grandes puissances décidant du sort des petits États [1].

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Céline Bayou, Rédactrice en chef du site Regard sur l’EstCrédit photographique : Céline Bayou

La spécificité des années qui se sont écoulées depuis 1989 tient au fait que ces trois pays n’ont pas eu à se lancer dans la construction de nouveaux États. Issues de processus qui ne relèvent pas de sécessions ou de décolonisations, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont attelées à la tâche de rétablir des souverainetés étatiques préexistantes dont la légitimité ne cesse depuis d’être rappelée [2]. On comprend bien, dès lors, le poids accordé à la mémoire dans ces pays, manifesté notamment par ces fameuses commémorations. Simultanément, les trois pays n’ont jamais perdu de vue la fragilité de leur situation : la consolidation de leurs souverainetés à partir de 1991 devait de ce fait intervenir sans délai. Les choix de transitions tant politiques qu’économiques ou sociales ont tous été faits avec un sentiment aigu d’urgence.

La détermination des élites politiques et des populations a aidé à cette révolution copernicienne : il allait de soi qu’il s’agissait de reconstruire des États démocratiques politiquement et libéraux économiquement. Ces options se sont traduites par la double priorité accordée aux projets d’adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne. Toutes actions qui permettent aujourd’hui d’appréhender ces pays comme solidement réinscrits sur la carte de l’Europe et du monde.

Restaurer l’indépendance

Intégrés à l’URSS en août 1940 à l’issue d’un processus formellement contestable, puis occupés par les troupes allemandes de l’été 1941 à 1944, les trois pays sont ensuite annexés par l’URSS qui, après avoir fait refluer les nazis, crée ces trois « Républiques socialistes soviétiques » que la communauté internationale s’abstient de reconnaître, sans pour autant intervenir. La résistance sur ces territoires adopte diverses formes au cours des 45 ans que durera cette annexion/occupation [3] jusqu’à ce que, au début des années 1980, la contestation politique des Baltes s’exprime notamment sur les questions environnementales, mémorielles, voire religieuses (en Lituanie). À partir de 1985 et de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Secrétaire général du PC de l’URSS, le mouvement s’intensifie et s’accélère : en lançant les réformes contenues dans les mots d’ordre de perestroïka et de glasnost, Mikhail Gorbatchev ouvre une boîte de Pandore. Les Baltes y puisent, en se centrant d’abord sur les pages blanches de l’histoire. La multiplication des « Manifestations du calendrier » l’atteste : ces rassemblements d’abord timides puis de plus en plus suivis et nombreux ont pour objet de commémorer pacifiquement des pages tragiques de l’histoire de ces pays tout au long de la période stalinienne [4]. Dans les trois républiques, des projets jugés nocifs pour l’environnement (la construction d’un nouveau barrage sur la Daugava en Lettonie, le développement d’une mine de phosphate dans le nord-est de l’Estonie, l’installation d’un 3e réacteur sur la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie) rassemblent en masse des populations qui savent qu’elles ne pourraient pas descendre dans la rue avec des slogans ouvertement politiques. Mais, lorsque les autorités soviétiques décident d’abandonner leurs projets de barrage et de réacteur, c’est la stupeur : une manifestation pacifique peut donc faire reculer Moscou ! Parallèlement, des expérimentations économiques sont testées en Estonie, vue comme un laboratoire efficace et de taille contrôlable. Les premières sociétés à capital mixte avec des pays non socialistes y sont créées, et l’autonomie des entreprises y est inaugurée [5]. Politiquement et économiquement, la mécanique est enclenchée.

En avril 1988, le Front populaire estonien de soutien à la perestroïka est créé, avec la bénédiction de M. Gorbatchev qui y voit un moyen de pression sur la vieille garde du PC d’Estonie, peu encline à adhérer au mouvement de réformes. En septembre de la même année, 250 000 Estoniens se réunissent pour le Festival du chant, dans une euphorie indescriptible. La tectonique est similaire en Lettonie et en Lituanie qui se dotent également de Fronts populaires (baptisé Sajūdis en Lituanie). Lors des premières élections libres organisées en mars 1989 en URSS, ces trois mouvements l’emportent largement dans leurs républiques respectives et envoient des députés réformateurs, autonomistes, voire demain indépendantistes, au Congrès des députés du peuple de l’URSS.

Le vote par les parlements baltes de lois stipulant la prééminence de leurs langues nationales sur le russe, puis affirmant celle de leurs législations sur celle de l’Union, la demande d’un accroissement de l’autonomie économique et celle d’une conscription des jeunes hommes effectuée dans les limites territoriales des républiques baltes s’inscrivent rapidement dans les mouvements qui commencent aussi à ébranler le reste de l’Europe centrale. En 1990, les parlements de chacune des républiques (le 11 mars en Lituanie, le 30 mars en Estonie et le 4 mai en Lettonie) proclament l’indépendance, en précisant qu’il s’agit bien là du rétablissement des indépendances antérieures confisquées à partir de 1940. L’Estonie et la Lettonie assortissent ces déclarations de périodes de transition.

En admettant enfin, le 24 décembre 1989, l’existence du protocole secret du Pacte germano-soviétique, le Soviet suprême de l’URSS a ouvert la voie à la reconnaissance d’une violation du droit international. Mais les autorités soviétiques continuent à considérer les demandes baltes sous l’angle constitutionnel interne et s’y opposent, avec la violence que l’on sait (blocus économique à l’encontre de la Lituanie, intervention des unités spéciales du ministère soviétique de l’Intérieur en Lituanie puis en Lettonie en janvier 1991, provoquant la mort de 14 personnes à Vilnius, puis 5 à Riga).

La vacance de pouvoir engendrée à Moscou par le putsch d’août 1991 est immédiatement saisie par les Républiques fédérées. Les républiques baltes sont d’ailleurs encouragées par Boris Eltsine, qui veut saisir l’opportunité de faire exister une Russie elle aussi en voie de détachement de l’URSS moribonde. Le 20 août 1991, la Lituanie réaffirme son indépendance et le Parlement estonien vote en faveur de la restauration de la sienne, suivie par la Lettonie le lendemain. Au cours de la dernière semaine du mois d’août, la Russie et les pays nordiques reconnaissent ces indépendances les uns après les autres. La Communauté européenne fait de même le 27 août 1991, puis l’URSS s’y résout le 6 septembre 1991 et établit des relations diplomatiques avec chacun des trois pays en octobre 1991. Le 17 septembre 1991, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été admises à l’ONU.

Cette séquence laisse jusqu’à aujourd’hui ouverte l’interprétation des responsabilités au regard de la chute de l’URSS : l’indépendance juridique et effective des pays baltes a été obtenue grâce à la chute de l’URSS, mais les révolutions chantantes baltes, en accélérant le processus de démocratisation au sein de l’Union, ont sapé les fondations de l’Empire soviétique [6].

Reconstruire les États

L’impératif de continuité étatique s’est imposé dès avant la restauration des indépendances baltes : la préexistence de ces trois pays les rendait légitimes sous l’angle le moins contestable possible, à savoir juridique. Dès lors, la période courant de 1944 à 1991 ne pouvait apparaître que comme une parenthèse malheureuse et subie.

Les textes des Constitutions ont pris une valeur symbolique essentielle au cours de ce mouvement de restauration étatique : en Lettonie, quitte à l’amender régulièrement (avec force débats à chaque fois) afin de la mettre à l’ordre du jour, la Loi fondamentale de 1922 a été restaurée et est entrée en vigueur le 6 juillet 1993. En Estonie, la Constitution adoptée par référendum le 28 juin 1992 comporte des éléments des Constitutions de 1920 et 1938 (elle crée ainsi un Parlement monocaméral, sur le modèle du texte de 1920, et conserve la fonction présidentielle de la Constitution de 1938). La Lituanie, qui pouvait se prévaloir d’une indépendance beaucoup plus longue et ancienne que ses deux voisines, a vu un texte nouveau entrer en vigueur le 2 novembre 1992 mais ne manque pas de rappeler régulièrement ce principe de continuité de l’État. En 2018, les trois pays ont d’ailleurs marqué avec insistance le Centenaire qui de leur indépendance, qui du rétablissement de cette dernière.

Simultanément, il s’est agi de recréer des appareils d’État et des élites politiques, au terme d’un choix résolu en faveur de personnalités jugées non compromises par l’ancien système. Cette option s’est traduite par une tendance marquée au « jeunisme » au cours des années 1990, la virginité politique apparaissant préférable à l’expérience. Certaines personnalités issues de la diaspora ont également fait leur retour. En Lituanie, Valdas Adamkus a ainsi été élu chef de l’État en 1998, après avoir passé près de 50 ans aux États-Unis. Durant ses deux mandats (jusqu’en 2009), il s’est entouré d’autres personnalités issues de la diaspora. En Lettonie, Vaira Viķe-Freiberga a connu un destin comparable, en étant élue à la présidence de 1999 à 2007, après 53 ans passés en exil. À ceux qui ont tenté de mettre en cause sa légitimité à diriger un pays dans lequel elle n’avait passé que moins de dix ans au total (dont sa prime enfance), elle a opposé son « droit de primogéniture » [7]. Dans cette réorganisation politique, certains comme Dainis Īvāns, président du Front populaire letton de 1988 à 1990 et acteur incontournable de l’indépendance de son pays, ont rapidement renoncé à prendre des responsabilités, dénonçant au passage les compromissions et trahisons de certaines des nouvelles élites. Bref, le jeu politique classique s’est rapidement mis en place, caractérisé dans les trois pays par le foisonnement de petits partis politiques se créant, disparaissant, réapparaissant sous d’autres noms et dirigés par tel ou tel chef de file n’hésitant pas à sauter d’une formation à une autre, ainsi que par la succession de coalitions gouvernementales à la durée de vie particulièrement brève. Les années 1990 et le début des années 2000 sont celles de la stabilité dans l’instabilité. Cette effervescence politique n’a de fait créé aucune fragilité, la grande majorité des partis défendant les mêmes priorités, à savoir des transitions rapides et déterminées vers la démocratie et le pluralisme politique et vers le libéralisme et l’ouverture économiques.

En matière économique, ces pays sont d’ailleurs rapidement apparus comme les parangons du libéralisme. C’est ainsi qu’on a pu évoquer au milieu des années 2000 des « tigres baltes » en croissance exponentielle, jusqu’à ce que la surchauffe interne et la crise financière internationale de 2008 ne vienne déstabiliser ces édifices. Ils n’ont pour autant pas voulu dévier de leurs trajectoires libérales. Le remède à la crise a été l’austérité, avec l’assentiment d’électeurs renouvelant leur accord avec les mesures pourtant sévères qui leur étaient infligées. Le rejet de la planification socialiste s’est accompagné d’une adhésion totale au capitalisme mondialisé, quitte à sacrifier socialement certaines populations. Le credo libéral, légèrement modéré en Lituanie, s’est d’autant plus ancré dans les mentalités qu’il s’agissait d’aller vite pour consolider l’indépendance. L’Estonie a en outre fait le choix d’une transition numérique déclinée à tous les niveaux de la société et accompagnée notamment de la mise en place d’un e-gouvernement [8]. Associé à l’idée de transition démocratique et de modernité, ce basculement fait désormais de ce pays un modèle en la matière, qui suscite l’intérêt d’autres pays à la fois en termes d’exemplarité et d’opportunités de coopération.

Les pays baltes comptent nombre de monuments et musées en mémoire de la terreur communisteLettonie, à Cēsis, monument en mémoire de la terreur communiste (1940-1991). Crédit photographique : Céline Bayou

Lettonie, conflits de mémoiresLettonie, conflits de mémoires : chaque année, des milliers de russophones de Lettonie se rassemblent à Riga le 9 mai pour célébrer la fin de la Grande Guerre patriotique. Pour nombre de Lettons, cette date est avant tout perçue comme marquant le début de la seconde occupation soviétique. Crédit photographique : Céline Bayou

La présence d’importantes minorités russophones a d’emblée mobilisé ces pays : fallait-il intégrer ces populations qui, pour la plupart, ne maîtrisaient pas la langue vernaculaire ou, au contraire, établir des États basés sur une conditionnalité ethnique et linguistique ? À la veille des indépendances, les Lituaniens ethniques représentaient 79,5 % de la population présente sur le territoire de la République éponyme, les Estoniens 61,5 % et les Lettons 52 % seulement. Autant Vilnius n’a pas eu de difficulté, en 1991, à adopter l’« option zéro » consistant à déclarer Lituanienne toute personne résidant sur place, autant ce choix s’est avéré moins évident pour Tallinn et Riga. L’Estonie et la Lettonie, conscientes d’être passées près de la disparition, ont alors pris la décision de n’accorder la citoyenneté qu’à ceux pouvant prouver qu’ils avaient été citoyens estoniens ou lettons jusqu’au début des occupations, ainsi qu’à leurs descendants. Les autres, immigrés russophones arrivés durant la période soviétique, ont été invités à passer un examen de naturalisation, consistant en une série d’épreuves de langue, connaissance de l’histoire et des institutions. Ce choix de créer des ethno-États a souvent été critiqué, notamment en Russie mais aussi dans le reste de l’Europe, pour avoir ostracisé une partie de la population mise de fait en demeure de prouver sa loyauté à l’égard du nouvel État. C’est ainsi que quelques centaines de milliers de personnes vivant dans ces deux pays ont aujourd’hui encore le statut de « non-citoyens », qui leur vaut l’édition d’un passeport spécifique et la privation de quelques droits (accès à certains emplois de la fonction publique, droit de vote). Yves Plasseraud note toutefois que ce choix a aussi permis à cette ancienne catégorie dominante (à défaut d’avoir jamais été numériquement majoritaire) de se penser en tant que nouvelle minorité et de se constituer en tant que telle, évitant ainsi des malentendus qui auraient pu mener à des conflits [9].

Cette problématique, en phase d’extinction par évolution démographique naturelle [10], laisse progressivement place à celle, qui lui est corrélée, liée à l’émigration massive depuis le début des années 2000. Ces départs d’une population plutôt jeune et généralement bien formée qui souhaite voir le monde et ne résiste pas à l’attraction des salaires plus élevés sont devenus un motif d’inquiétude pour les trois pays. La Lituanie a par exemple perdu 20 % de sa population depuis 1989 en raison de l’émigration. Les conséquences économiques sont désormais visibles, la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs s’accompagnant d’une pression sur les salaires suffisante pour mettre en péril certaines entreprises mais pas pour inviter les expatriés à rentrer. Angoissés au début des années 1990 par la menace d’une disparition liée à l’immigration régulière de populations russophones dans le cadre soviétique, les trois pays sont aujourd’hui confrontés à un autre risque d’effacement, par effusion cette fois.

La barrière psychologique qui inviterait les autorités à favoriser l’immigration pour pallier ce déficit n’a pas encore été franchie, sans doute parce qu’elle ne résoudrait rien à cette angoisse existentielle : les économies baltes ont certes besoin de force de travail [11], mais les identités baltes ont besoin d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens. Les deux ethno-nations que sont l’Estonie et la Lettonie pourraient trouver ici une limite à leur modèle.

La priorité euro-atlantique et l’obsession sécuritaire

Élèves modèles de la transition post-socialiste, les trois pays se sont d’emblée positionnés du côté des anciennes démocraties populaires, cet « Occident kidnappé » [12] qui les démarquait définitivement de l’ensemble post-soviétique. Leur retour à l’Europe n’a pu que susciter l’admiration et l’étonnement, après quelque 45 ans d’incorporation à l’Union soviétique qu’ils se sont méthodiquement employés à faire oublier. Leur succès ne doit rien au hasard, résultant bien d’une volonté constante d’être définitivement reconnus comme des Européens à part entière [13].

Dès le début des années 1990, le rapprochement des structures euro-atlantiques a été une priorité de la politique étrangère des trois pays, parce que perçue comme condition sine qua non à la consolidation de leurs indépendances [14]. Si les coalitions gouvernementales se sont succédées à un rythme effréné, aucune n’a jamais remis en cause les deux mots d’ordre immuables, à savoir l’adhésion à la Communauté – puis à l’Union – européenne, ainsi que celle à l’OTAN – le retour à l’Europe étant perçu comme synonyme de retour à l’Occident. Cette quête pour une double adhésion aux structures euro-atlantiques a généré une sorte de feuille de route de la transition, le modèle des démocraties occidentales s’imposant vite comme principe normatif.

En 1997, la Commission européenne a désigné les pays aptes, selon elle, à entamer des négociations d’adhésion à l’UE : l’Estonie a été autorisée à lancer ces négociations dès 1998, tandis que la Lettonie et la Lituanie, d’abord jugées insuffisamment préparées, n’ont pu débuter le processus qu’un an plus tard. Ce retard, officiellement justifié par de moindres performances économiques attestant l’engagement des pays sur la voie de la transition, était surtout lié à deux conditions imposées par Bruxelles : la modification d’une législation très restrictive concernant la naturalisation en Lettonie, et l’engagement à fermer la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie. La communication confuse de Bruxelles sur ces choix a contribué à accroître la concurrence entre les trois pays : satisfaite d’être jugée la meilleure élève, l’Estonie n’a pas manqué de souligner avec une pointe de condescendance qu’elle n’avait pas à payer les erreurs des deux autres. Ces dernières, qualifiant la décision bruxelloise de douche froide, l’ont surtout interprétée comme un reproche implicite concernant leur mode de transition économique, mâtiné de quelques mesures sociales que n’avait pas choisies Tallinn. Comme si Bruxelles voulait ainsi récompenser l’ultra-libéralisme estonien. Si cet épisode n’a pas eu d’implication majeure sur le processus (au final, les trois pays ont adhéré simultanément à l’Union, le 1er mai 2004), il n’a pas contribué à resserrer les liens mutuels entre trois pays plus souvent concurrents que solidaires [15]. Depuis leur adhésion, les États baltes se distinguent par leur europhilie et leur volonté de s’inscrire dans le premier cercle de convergences européennes : ils ont adhéré à l’euro, respectivement en 2011 (Estonie), 2014 (Lettonie) et 2015 (Lituanie), ainsi qu’à l’espace Schengen (décembre 2007). Ils respectent scrupuleusement les critères de Maastricht [16] et les sondages confirment leur satisfaction concernant leur appartenance à l’UE.

Les pays baltes ne se sont en outre jamais départis de leur appétence pour l’OTAN, et aucun discours n’a pu les convaincre que l’appartenance à l’Union européenne pourrait être une garantie de sécurité suffisante à leur pérennité. Perpétuellement angoissés par leur proximité géographique et historique avec ce grand voisin russe qu’ils n’ont jamais cessé de considérer comme une menace, ils ont constamment fait valoir que l’unique garantie pouvant les prémunir d’un potentiel nouvel effacement de la scène internationale était l’Alliance atlantique. Là encore, l’urgence a prévalu, justifiée par la nécessité de combler un vide sécuritaire dont aurait pu profiter la Russie. L’idée de neutralité, expérimentée durant les années 1930, a été d’emblée rejetée pour cette raison même. Dès le retrait, en 1993-1994, des troupes ex-soviétiques de leurs territoires, les trois pays n’ont eu de cesse de courtiser Washington afin d’être admis au sein de l’Alliance. Ce fut chose faite en mars 2004, soit quelques semaines avant leur adhésion à l’Union européenne, le 1er mai 2004.

Mais cela n’a pas suffi à calmer leurs angoisses, surtout depuis la guerre russo-géorgienne de l’été 2008, puis l’annexion de la Crimée en mars 2014 et le déclenchement de la guerre du Donbass. Même si les conditions sont incomparables, ils n’ont pas manqué de poser la question fatale : serons-nous les prochains ? Leur insistance a été payée de retour puisque, depuis 2017, les pays de l’Alliance déploient sur une base rotationnelle des contingents de 300 hommes armés dans chacun des trois pays, dans le cadre de l’enhanced Forward Presence (eFP). Cette politique de dissuasion consentie par l’OTAN est mal perçue par la Russie qui, elle, se sent agressée par l’élargissement de l’Alliance. Elle ne répond en outre qu’à une partie de la menace perçue, qui se décline également sous les angles de la cybersécurité, de la manipulation de l’information et des populations russophones, ainsi que des interdépendances économiques et énergétiques. La Présidente estonienne, Kersti Kaljulaid, aime d’ailleurs à préciser que ce que menace avant tout la Russie, ce sont les valeurs européennes. Ce fort atlantisme balte limite en outre l’adhésion des pays aux projets de renforcement de la défense européenne, plutôt perçus de Tallinn à Vilnius comme pouvant concurrencer l’OTAN et inciter les États-Unis à se retirer du continent européen.

*

L’aboutissement historique et mémoriel atteint en 2019 par la commémoration de la Voie balte de 1989, commémorant elle-même le Pacte germano-soviétique de 1939, est une véritable invitation au bilan pour les pays baltes : parcourus par cette interrogation existentielle, ils trouvent là l’occasion de se réjouir sans doute du succès de parcours qui leur ont permis de consolider leurs indépendances. Les politiques menées dans ces pays les ont bien réancrés sur les scènes européenne et internationale, grâce à trente années d’efforts acharnés et à une loyauté constante vis-à-vis de Bruxelles comme de Washington, c’est-à-dire vis-à-vis de normes et de valeurs qu’ils ont tous trois décidé de faire leurs. Rien n’était pourtant gagné pour des pays si petits en taille et population, et à l’existence étatique si brève pour deux d’entre eux.

Mais c’est également en 2019 que la scène politique estonienne a procédé à un virage inattendu, permettant à un parti d’extrême-droite, EKRE, d’entrer au gouvernement en avril 2019. Résultat des alliances politiques tout autant que du vote des électeurs [17], ce tournant a indéniablement contribué à modifier l’image de bon élève européen de l’Estonie. Avant de conclure à un choix véritablement eurosceptique et nationaliste, peut-être convient-il de rapprocher cette situation inédite de la montée en puissance, depuis 2016, de partis politiques moins libéraux économiquement dans les deux pays voisins. Si chaque cas est spécifique, tous semblent révéler une attente d’inflexion sociale. Les « success stories » baltes ont laissé du monde sur le bord du chemin et les laissés pour compte de ces transitions menées tambour battant, étrangement silencieux jusque-là, commencent peut-être à vouloir faire entendre leur voix. Les statistiques attestent notamment le creusement inexorable des inégalités régionales dans ces pays. Mais elles montrent aussi que les États baltes demeurent parmi les plus europhiles d’Europe. Reste donc à comprendre la nature exacte du tournant que les Baltes semblent avoir commencé à opérer. Le cas estonien, extrême, peut même être lu comme une forme de normalisation dans une Europe traversée par les populismes [18], ce qui, finalement, permet aussi de conclure à la consolidation de la trajectoire balte : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont des États européens comme les autres, en proie aux mêmes doutes et interrogations.

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Mots-clés : Estonie Lettonie Lituanie Russie GéopolitiqueHistoire1989Union soviétique (URSS)BaltesEurope géographique2019

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Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l’UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l’UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

20 sept. 2019, 16:30

Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l'UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

© Sergei Karpukhin Source: ReutersProduction de tuyaux de grand diamètre pour le géant gazier russe Gazprom à l’usine de tuyaux de Zagorsk , près de Moscou, le 29 mai 2017 (image d’illustration).

Kiev et Moscou ont eu à Bruxelles de nouvelles négociations qualifiées de «constructives», mais qui n’ont pas abouti à un accord sur le transit du gaz russe vers l’UE via l’Ukraine, ce qui suscite des inquiétudes sur l’approvisionnement cet hiver.

Une réunion trilatérale entre la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne pour de nouvelles négociations autour du transit de gaz russe s’est déroulée à Bruxelles le 19 septembre.

Notre envoyée spéciale Katia Pecnik était sur place pour rendre compte de l’événement.

Malgré des discussions qualifiées de «constructives» par les participants, ces derniers n’ont cependant pas pu aboutir à un accord sur l’acheminement du gaz russe dans les pays de l’Union européenne via l’Ukraine, suscitant des inquiétudes sur l’approvisionnement de l’Europe cet hiver.

L’enjeu : chauffer l’Europe cet hiver

«Le sentiment d’urgence était très présent dans la salle», a commenté le Commissaire européen en charge de l’Energie, Maros Sefcovic, lors d’une conférence de presse. Et pour cause. L’accord de transit entre la Russie et l’Ukraine arrive à son terme fin 2019 et ces deux pays, dont les relations étaient tendues ces dernières années – mais qui semblent se réchauffer récemment – ne parviennent pas à se mettre d’accord pour la suite. 

L’arrivée au pouvoir à Kiev de Volodymyr Zelensky en mai a enclenché une nouvelle dynamique entre les deux pays. Mais comme l’explique notre journaliste, ces tensions conjuguées à des «dettes importantes» de Kiev ont entraîné une diminution des livraisons de gaz russe passant par l’Ukraine.Lire aussiPoutine et Zelensky ont discuté de la résolution du conflit en Ukraine, selon le Kremlin

Fin 2019, deux gazoducs contournant le territoire ukrainien – le germano-russe Nord Stream 2 et le turco-russe Turkish Stream – sont censés entrer en service, ce qui priverait Kiev d’une manne financière conséquente.

«Je suis sûr que nous trouverons toutes les solutions pour que l’approvisionnement en gaz ne soit pas interrompu à compter du 1er janvier», a déclaré de son côté le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak.

Le ministre ukrainien de l’Energie, Oleksiy Orjel, a lui averti ce 19 septembre que «le risque de ne pas signer d’accord restait d’actualité». Il a souligné qu’en cas d’absence d’accord avec les Russes, l’Ukraine «serait prête à approvisionner ses consommateurs cet hiver grâce à ses réserves de gaz».

Se voulant rassurant, le Commissaire européen en charge de l’Energie a fait savoir que l’Union européenne et l’Ukraine étaient «bien préparées à toute éventualité» à propos des risques de perturbation dans l’approvisionnement de l’Europe. «Nous avons des stocks importants», a-t-il déclaré.

Lire aussi : Pour le patron de Gazprom, Nord Stream 2 a passé «un point de non-retour» et sera bientôt en service

International

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/international/65933-negociation-sur-transit-gaz-russe-bruxelles-comment-ue-se-chauffera-cet-hiver

Prends garde, Iran, les Patriot arrivent !

Prends garde, Iran, les Patriot arrivent !

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   samedi 21 septembre 2019

   Forum

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Prends garde, Iran, les Patriot arrivent !

21 septembre 2019 – Normalement cette nouvelle devrait aller dans une des rubriques générales du site, du fait que toute l’affaire de l’attaque contre Aramco a été prise en charge de cette façon. Mais le dérisoire commande, et l’humour involontaire règne. Je veux parler de la “riposte” américaniste à l’attaque, décidée dans le cours de la consultation de Leurs Majestés golfiques et saoudiennes diverses par le diplomate hors-pair qu’est Mike Pompeo.

« Le 19 septembre, le WSJ a rapporté que le Pentagone, et en particulier le Général Kenneth Mackenzie, Commandant en chef du CENTCOM, avait demandé le déploiement de trois autres batteries Patriot en Arabie Saoudite, en plus des avions de combat F-22 Raptor supplémentaires [déjà annoncés avant l’attaque].
» Parce que les batteries de missiles Patriot actuelles font un merveilleux ‘job’.
» Le déploiement comprend également d’éventuelles capacités de surveillance supplémentaires dans la région.
» Pour sa part, Fox News a largement rapporté les mêmes nouvelles, citant en outre une source anonyme qui affirmait que si plus de personnel était déployé, ce ne serait que “quelques centaines”, puisque le Moyen-Orient accueille déjà environ 70 000 soldats américains, de toutes les façons. »

La chose a été prise au sérieux dans la presseSystème US, dans une atmosphère de complète zombification de toute appréciation critique. Les monarchies golfiques, par contre, ont montré beaucoup moins d’enthousiasme et même, dans certains cas, une franche hostilité. En témoigne indirectement cette présentation de SouthFront.org, qui reprend sur un ton moqueur et acerbe la présentation générale des événements, où l’on voit Pompeo adopter soudainement un ton beaucoup plus, et même incroyablement plus conciliant, presque sur le ton d’une brebis nullement galeuse mais devenue pacifiste, après avoir bouclé ses visites de la région par celle qu’il a rendue au cheikh et Prince héritier MbZ (Mohammed bin Zayed) d’Abou Dhabi.

Tous ses interlocuteurs royaux, devant l’énormité gargantuesque de l’engagement US à les défendre après le succès pantagruélique des défenses contre l’attaque d’Aramco, demandent sèchement et fermement aux émissaires US de n’agacer en rien désormais les Iraniens contre lesquels ils (les USA) ne semblent vraiment pas pouvoir ni vouloir grand’chose. La coalition anti-Iran que Pompeo annonce depuis plusieurs mois ne ferait pas de mal à une mouche saoudienne, et il s’agit désormais quasi-officiellement d’une complète fiction trumpiste qui n’intéresse plus personne. Il ne semble pas que l’administration Trump se soit fait beaucoup d’amis dans les monarchies golfiques après l’attaque d’Aramco.

« Le ton a changé après avoir rencontré le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohammed bin Zayed Al Nahyan. Interrogé sur les commentaires que le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif a faits plus tôt dans la journée, Pompeo a cherché à minimiser la gravité de la situation.
» “Je suis venu ici pour une mission diplomatique. Alors que le ministre des Affaires étrangères de l’Iran menace de mener une guerre totale et de se battre jusqu’au dernier Américain, nous sommes ici pour mettre sur pied une coalition visant à parvenir à la paix et à un règlement pacifique de la question”, a dit la secrétaire d’État. “C’est ma mission, ce que le Président Trump veut certainement que je m’efforce d’accomplir, et j’espère que la République islamique d’Iran voit les choses de la même façon. Il n’y a aucune preuve de cela dans sa déclaration, mais j’espère que c’est le cas.”
» “Le président nous a ordonné de continuer à les empêcher d’avoir la capacité de soutenir le Hezbollah, les milices chiites en Irak, leur propre programme de missiles, tout ce qu’ils ont fait pour représenter une menace pour le monde, c’est la mission que nous nous sommes fixée avec nos sanctions économiques,” a-t-il dit. »

Il est vrai que, malgré notre cuir tanné par des années sinon des décennies de montages et de mensonges américanistes, je me trouve encore une fois pris de court par la stupéfaction avec cette affaire, sur ce point particulier, qui n’est rien de moins qu’un nouveau sommet plus haut que tous les précédents d’inconscience et d’inconséquence américanistes. La seule explication qui vaille, à mon sens, est celle de la plus complète indifférence de Trump à ces affaires du Moyen-Orient, et celles de politique étrangère en général, mis à part les $milliards qu’il peut extorquer des Saoudiens, des Sud-Coréens, des Polonais, etc., en leur refilant la camelote de Raytheon et la quincaillerie de Lockheed-Martin. Le fait de présenter un Pompeo avec trois batteries de Patriot dans sa besace comme principale “riposte” à l’attaque du 14 septembre serait perçu, dans un autre monde que le postmoderne trumpiste, comme une insulte jetée à la face de MbS et de toute sa bande. Peut-être même l’a-t-il été effectivement comme tel en même temps que la démonstration ultime et catastrophique de l’impuissance US, et peut-être même que les éminences des royaumes font marcher le téléphone arabe de la diplomatie secrète à destination de Téhéran, pour tenter de trouver quelque chose comme un terrain d’entente.

Il faut absolument revenir et insister, encore et encore, pour sembler y comprendre quelque chose, sur l’extraordinaire impuissance psychologique de l’américanisme. Je parle ici de l’absence totale d’empathie, qui concerne d’ailleurs (pour prolonger la citation ci-dessous) aussi bien l’impuissance à se mettre à la place de ses “alliés” qu’à celle de ses “ennemis” ; ce manque, ce vide, ce “trou” même comme une déchirure et une béance mortelle dans la psychologie est sans aucun doute le fondement de ce en quoi la psychologie de l’américanisme est une chose catastrophique, de sa cruauté extrême, de son inhumanité foncière, de sa capacité de triompher injustement lorsque les dieux en fer-blanc ont été suffisamment corrompues, et de s’engager vers un effondrement suicidaire lorsque les dieux ont décidé qu’ils en avaient marre, – comme les monarques du Golfe pour le coup :

« Le plus dramatique dans ce constat est évidemment ce qui se dit de plus en plus, et qui constitue l’élément fondamental de la psychologie de l’américanisme, cette impuissance totale de l’américanisme pour l’empathie, y compris et surtout cette absence complète d’empathie objective (se mettre à la place de l’autre pour mieux le comprendre) pour comprendre ce qui se passe dans “l’esprit” de l’adversaiere. Crooke/Porther le disent précisément : “ …la capacité de Washington de comprendre, ou de ‘bien lire’ dans ‘l’esprit’ de ses ennemis semble avoir été en quelque sorte perdue, – par impuissance de Washington à éprouver quelque empathie que ce soit pour “l’altérité” (iranienne, chinoise ou russe). ” Nous serions tentés de proposer une nuance, de taille au demeurant : cette capacité n’a pas été ‘perdue’, parce que, selon ce que nous croyons de la psychologie de l’américanisme faite d’inculpabilité et d’indéfectibilité et ainsi si parfaitement spécifique, cette capacité n’a jamais existé dans cette psychologie ; la raison étant simplement que, pour la psychologie américaniste et donc exceptionnaliste, l’‘autre’ ne peut exister sinon bien entendu à être aussitôt gobé et digéré subito presto par l’américanisme. »

Cette situation est extrêmement sérieuse et préoccupante, et cette chute des zombies américanistes l’est encore bien plus, bien réelle, bien considérable, emportée dans un tourbillon (“tourbillon crisique” dirais-je) qu’elle a elle-même créé. Ces gens sont désormais dans un autre monde, dans une simulation d’un autre monde, dans leur simulacre crevé de toutes parts, réparé par du sparadrap usagé, du chewing-gum pré-mâché, des rames collantes de billets de banques fraîchement imprimés et même pas massicotés tant plus personne n’y croit. La puissance américaniste ressemble à un champ de fauteuils-transat glissant n’importe comment sur le pont du Titanic à mesure de l’inclinaison de la chose, et où plus personne ne daigne poser son séant.

J’écrirais bien “Gone with the Wind” pour terminer sur un bon mot mais même le vent n’en veut plus. Alors, qu’ils aillent au Diable ? Le Diable n’en rit même plus et son accueil sera plutôt frais…

https://www.dedefensa.org/article/prends-garde-iran-lespatriotarrivent

Comptes à Rebours, Hubert Védrine

Comptes à Rebours, Hubert Védrine

Matteo Gruszewski 17 septembre 2019 Fiches de lecture Leave a comment

Hubert Védrine est un diplomate français, diplômé de Sciences Po et de l’ENA. Il fut Secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand (1991-1995) puis Ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac (1997-2002). Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. “Comptes à rebours” a été publié en 2008 aux Editions Fayard.

Couverture de l'ouvrage "Comptes à rebours"
“Comptes à Rebours” d’Hubert Védrine a été publié en 2018 aux éditions Fayard.

Dans cet essai publié en 2018, Hubert Védrine établit les trois “comptes à rebours” globaux dont la prise en compte, impérative, va s’imposer dans les considérations géopolitiques et géoéconomiques. Ces “comptes à rebours” se superposent au désordre mondial. Ils occupent une place transversale dans l’actualité géopolitique et surplombent les crises et les perturbations du monde. L’ensemble est évidemment interconnecté. Les dynamiques s’entrelacent et s’entrechoquent, comme des “réactions chimiques plus ou moins contrôlées et dont la solution demeure aléatoire”. Tout en analysant ce monde semi-chaotique voire “chaotique” (Antonio Gutierres), Hubert Védrine s’interroge sur le rôle qu’auront à jouer les Etats-Unis, l’Europe, la France et remet en question l’idée de “communauté internationale”. 

Comptes à rebours 

Hubert Védrine met en exergue trois phénomènes, d’ampleur globale, à la fois latents et en cours. Trois ”comptes à rebours” : l’urgence écologique, l’explosion démographique et le choc numérique. Trois axes qui vont modeler l’espace géopolitique mondial. 

D’abord, le problème écologique est posé au-dessus de tous les autres. Le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement des ressources et les autres conséquences sanitaires de l’activité humaine, polluante et néfaste, compromettent nettement la vie sur Terre – surtout si ce mode de vie est élargi à 10 milliards d’habitants en 2050. Face à cet impératif vital, Védrine anticipe sans l’affirmer une “écologisation” des sociétés. En résulterait un renouvellement de l’ordre international autour de la prise en compte de notre patrimoine commun, avec des “Etats voyous” dérogeant aux principes écologiques, et des États modèles. 

Ensuite, l’explosion démographique. Elle se chiffrerait à 10 milliards d’individus en 2050 dont 2,4 milliards d’Africains (soit 25% de la population mondiale) et une population européenne stagnante à 500 millions – d’où la perspective d’un “suicide démographique européen”. On assistera de facto à une saturation des foyers de peuplement de l’ancien “Sud”. Cela entraînera des mouvements migratoires massifs et étalés qu’il faudra correctement appréhender.

Enfin, le choc numérique. Ce dernier appartient au passé et au futur. On a conscience du phénomène mais sans savoir quelles seront les implications du développement des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, du transhumanisme, du big data, de l’ultra-connectivité. On en aperçoit des signes avant-coureurs mais les avis divergent entre les plus alarmistes et les plus confiants. Néanmoins, Védrine souligne que notre perpétuelle connectivité alimente les désirs d’une démocratie participative, voire en fait une réalité potentielle. Il alerte des risques d’une telle situation qui aboutirait à “une dictature de tous sur chacun” et appelle à une réhabilitation de la démocratie représentative – tâche compliquée, au vu de la déliquescence des élites.

Désordre

Parallèlement aux “comptes à rebours”, Védrine plante le décor géopolitique mondial qui les accompagne. Contestant les théories de monde multipolaire, unipolaire ou de terre plate, Hubert Védrine considère que c’est le désordre qui prédomine sur la géopolitique mondiale. La situation présente est plus proche du clash d’Huntington que de la Fin de l’histoire de Fukuyama.  L’hégémonie totale de l’“hyperpuissance” américaine (Hubert Védrine, 1997) est révolue. Celle de la Chine s’affirme économiquement et militairement, sans le prosélytisme de valeurs qui semble propre à l’Occident. La Russie revient sur la scène et fait preuve de son pouvoir de nuisance. Le terrorisme islamiste globalisé à implantation locale, perpétré par une petite minorité de musulmans fondamentalistes mais affectant la grande majorité des musulmans “normaux” (Rached Ghanouchi), ne sera vaincu qu’au bout d’une longue lutte interne à l’islam. Les mouvements migratoires s’intensifient, déstabilisant pays d’arrivée comme pays de départ et de transit. 

Quelle place pour l’Occident ? 

Les Etats-Unis sont “humiliés”. Le nouveau désordre mondial et leur déclin relatif ne leur permettent plus d’assurer leur rôle de “reluctant sheriff”. Les oscillations politiques de la puissance sont des symptômes probants de l’angoisse américaine. D’une part, on a le balancier électoral américain avec un vote quasi systématique pour le parti opposé au candidat sortant. D’autre part, la politique étrangère des Etats-Unis est tenaillée entre multilatéralisme et interventionnisme teinté d’idéalisme wilsonien versus repli sur soi et isolationnisme de l’“America first”. Reste malgré tout la puissance californienne des GAFAM, artisans et champions du choc numérique. Mais leur  réalité demeure cependant bien éloignée de l’Amérique déclassée de Trump. 

Quant à l’Europe, elle souffre d’une désillusion qu’elle peine à admettre. L’avant-gardiste projet européen d’un monde constitué d’Etat post-modernes à la souveraineté diluée dans une “gouvernance mondiale” a fait long feu.  Le projet n’a même pas convaincu le(s) peuple(s) européen(s). Les identités ont résisté. Les extrêmes ont su profiter du fossé entre élites européistes et populations se percevant méprisées de l’intérieur et menacées de l’extérieur.  Et il n’y a pas de gouvernance mondiale à proprement parler. 

Quels positionnements l’Europe et la France peuvent-elles adopter? Hubert Védrine préconise la formulation d’une pensée stratégique européenne. Selon lui, il faut se désaligner des Etats-Unis (“ami, alliés, mais pas alignés”), développer sur fond de realpolitik un partenariat avec la Russie tout en restant “ferme, dissuasif et vigilant”, approfondir la coopération avec l’Afrique (par politiques régionales adaptées à l’immensité du continent et non par une politique globale) sur les questions économiques, militaires et surtout migratoires. Védrine propose un plan de sauvetage de l’Union (“pause, conférence, refondation”) et appelle surtout à un renforcement de l’espace Schengen dont les défauts sont à l’origine de tant de maux. Il faut que l’Europe se réveille avant qu’il ne soit trop tard.

Conclusion

Ce dense essai d’Hubert Védrine , pétri de réalisme et à tendance alarmiste, propose une vision globale des rapports de force mondiaux ainsi que des perspectives sur leur évolution. La synthèse est claire et concise. Cependant, mis à part les trois “comptes à rebours” dont la trouvaille ne constitue pas non plus une rupture dans les considérations géopolitiques actuelles, le livre n’apporte pas une conceptualisation nouvelle. En effet, les thèmes abordés, pour la plupart, soit font écho à de précédents écrits d’Hubert Védrine, soit sont traités de manière factuelle, s’apparentant alors plus à un manuel scolaire qu’à un essai. 

Sources :

Olivier Delamarche : « Plus que les actifs, c’est la monnaie qui s’écroulera »

Publié le 5 septembre 2019par Olivier Demeulenaere

Une monnaie repose sur la confiance de ceux qui l’utilisent. Si cette confiance s’évapore, la monnaie revient à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro. L’énorme bulle de dettes et de fausse monnaie finira par tout emporter, révélant la crise monétaire qui se cache derrière la crise financière… Achetez de l’or ! OD

(Sicavonline, 4 septembre 2019)

– On sait que ça se terminera mal mais en même temps, si les banques centrales se mettent à tout acheter… bon on sait bien que les prix ne veulent plus rien dire… mais est-ce que ça peut s’écrouler ?

– « Alors le seul truc qui peut s’écrouler, c’est que en effet ça ne soit pas au final sur les actifs, mais sur ce qui “price” les actifs, c’est-à-dire la monnaie. Quand les gens vont comprendre qu’il n’y a plus de limite, et qu’il n’y a plus de limite DANS LE TEMPS, ça veut dire quoi ? ça veut dire que s’il faut 2000 milliards par an pour tenir le marché ils en imprimeront 2000, s’il en faut 5000 ils en imprimeront 5000… Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que votre monnaie ne vaut plus rien. Combien de temps les marchés vont-ils mettre à s’en rendre compte ? Je n’en sais fichtre rien ».

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/09/05/olivier-delamarche-plus-que-les-actifs-la-monnaie-s-ecroulera/

Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Posté le 18/09/2019 par Koulouba.com

« Mon maître Tierno Bokar avait l’habitude de dire : il y a trois vérités : ma vérité, ta vérité, et la Vérité. Cette dernière se situe à égale distance des deux premières. Pour trouver la vérité dans un échange, il faut donc que chacun des deux partenaires avance vers l’autre, ou s’ouvre à l’autre. Cette démarche exige, au moins momentanément, un oubli de soi et de son propre savoir…», s’exprimait ainsi le vieux Sage Amadou Hampâté Bâ dans son livre intitulé “Jésus vu par un musulman”.

Le Dialogue n’est pas chose aisée en ce sens qu’il suppose une violence sur soi. Une certaine renonciation à quelque chose souvent à laquelle l’on tient tant. Il pourrait être envisagé comme un face à face, un rendez-vous du donner et du recevoir, une confrontation pouvant déboucher sur une décision, un consensus ou un accord. Dans le guide du facilitateur du dialogue entre partis politiques de l’”International Institute for Democracy and Electoral Assistance”, on peut lire ceci : « Le Dialogue n’est pas une invention moderne. À travers l’histoire et dans la plupart des sociétés, le fait de rassembler des personnes pour les aider à surmonter leurs différences et à résoudre leurs problèmes a toujours été une mission prestigieuse, généralement confiée à des individus expérimentés, à des anciens ou à des personnes respectées pour la qualité de leur jugement et leur sagesse. Certains éléments de méthodologie du Dialogue ont été et sont encore employés dans les sociétés traditionnelles et s’appuient sur des procédures et coutumes ancestrales (par exemple, les “jirgas”, les “shuras” et les conseils de village). Leur validité est d’ailleurs reconnue dans les processus de justice de transition, de gestion des conflits et de réconciliation (IDEA international, 2008b) ».

Ainsi, selon les situations de crise, on observe souvent des initiatives internes où les acteurs en présence peuvent accepter de se retrouver pour discuter des problèmes au nom de l’intérêt général. Tout comme on a recours également aux médiations, qu’elles soient nationales ou internationales. Les intérêts du peuple et l’opinion des citoyens doivent être les seules références, les seuls guides au Dialogue politique puisque c’est de cela qu’il s’agit. C’est dire qu’il n’y a de sujet tabou dans ce Dialogue que ce que le peuple souverain considère comme tel.

À priori, on pourrait dire que présentement le contexte est difficile voire hostile au Dialogue politique au Mali, malgré l’existence d’un Triumvirat considéré comme “politiquement” neutre. La Majorité et l’Opposition se regardent en chiens de faïence.

Le Dialogue, qu’il soit l’initiative du président de la République ou celle de la classe politique dans son ensemble, si les acteurs ne sont pas de bonne foi, s’ils sont animés par des attitudes « jusqu’auboutistes », le fiasco sera toujours au rendez-vous. Toutefois, si la Majorité et l’Opposition sont disposées à Dialoguer véritablement, il va falloir d’un côté, l’Opposition et la société civile acquise à sa cause formulent des doléances raisonnables ou du moins légales à défaut d’être réalistes. C’est ce que le principal parti politique de l’Opposition, Union pour la République et la Démocratie(URD) a compris. D’où sa participation à l’atelier national de validation des termes de référence du Dialogue politique inclusif de  trois jours (samedi 15 au lundi 16 septembre au CICB).

En tout cas, toute attitude contraire à l’esprit du Dialogue de la part de la Majorité ou de l’Opposition serait nuisible à notre pays qui a trop souffert des batailles partisanes débouchant sur des remises en cause des acquis de notre Peuple. Qui a intérêt que le Mali s’enlise aujourd’hui encore dans une crise politique ? À qui profitent les guéguerres politiciennes ?

Sambou Sissoko

Le Démocrate

https://koulouba.com/politique/processus-de-sortie-de-crise-pourquoi-majorite-et-opposition-devraient-privilegier-le-dialogue

Note Sur Le Transfert Nucléaire Des Etats-Unis Vers L’Arabie Saoudite

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Note Sur Le Transfert Nucléaire Des Etats-Unis Vers L’Arabie Saoudite

Posted on 20/09/2019 AuthorStrategika51Comment(0)

  1. Introduction :

Les tentatives de l’Administration Trump pour faciliter le transfert de la technologie nucléaire américaine à l’Arabie Saoudite a suscité une levée de boucliers au Congrès américain qui a rédigé un rapport détaillé sur cette affaire et dont l’élément d’appréciation principal est la collusion entre cette administration et les industriels américains.

Ces derniers considèrent le marché saoudien comme une opportunité stratégique dans un contexte marqué par la concurrence acharnée entre les puissances (Etats-Unis, Russie, Chine) en matière de commercialisation de la technologie nucléaire et la forte demande de certains pays à l’instar des pays du Golfe.

Dans cet article, on va d’abord retracer l’évolution de cette question au sein du Congrès américain au sein duquel l’enjeu de la mise en œuvre du transfert nucléaire américain au profit de l’Arabie saoudite se jouera durant les prochaines années. En second lieu, nous allons évoquer les facteurs qui favorisent aujourd’hui la  « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite et les scénarios possibles de ce processus.

  • Les tentatives de l’administration Trump pour doter l’Arabie saoudite de la technologie nucléaire et les inquiétudes du Congrès américain :

Dès les premières semaines de l’accès de M. Trump à la Maison Blanche, ses collaborateurs ont activé pour la levée de tous les obstacles juridiques pour la construction par des entreprises américaines de centrales nucléaires en Arabie Saoudite. C’est ce que révèle un récent rapport du Congrès.

L’entreprise qui est la plus en vue dans cette affaire est IP3 International, connue pour avoir entretenu des relations étroites avec Michel Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale, lequel a quitté l’administration Trump en 2017 ainsi qu’avec un groupe de militaires américains à la retraite.

L’intérêt du Congrès pour cette affaire s’explique par les remous provoqués par les liens entre l’administration Trump est l’Arabie Saoudite dans un contexte international marqué par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans un consulat saoudien.

«L’empressement du président Trump à donner aux Saoudiens tout ce qu’ils veulent, malgré les objections bipartisanes du Congrès, porte atteinte aux intérêts américains de sécurité nationale » a affirmé Tim Kaine, un sénateur démocrate. Le Congrès milite également pour interdire les ventes d’armes américaines à l’Arabie Saoudite, un pays embourbé dans un conflit meurtrier au Yémen.

Ce qui inquiète le Congrès c’est le fait que l’administration Trump semble ne pas se préoccuper du risque que la fourniture à l’Arabie Saoudite d’une technologie soit susceptible d’être détournée à des fins militaires en y incluant l’enrichissement et le reprocessing. L’accord en cours de négociation avec ce pays semble ne pas contenir des dispositions similaires à celles qui figurant dans l’accord avec les Emirats Arabes Unis de 2009 intitulées « Règle d’Or » ou « 123 », lesquelles bloquent toute tentative d’enrichir l’uranium.

D’ailleurs, Asia Times a révélé que dans courrier électronique adressé à l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn par le Directeur d’IP3, Robert Farlane, ce dernier ait affirmé que le transfert de la technologie nucléaire américaine à Ryad « contribuerait à rétablir l’équilibre des forces au Moyen Orient » et ce, dans une allusion flagrante à une tentative de prolifération nucléaire provoquée par un membre important du Traité de Non Prolifération Nucléaire(TNP), les Etats-Unis.

  • Les facteurs qui favorisent la « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite par les Etats-Unis :

Le premier facteur qui incite l’Arabie Saoudite à chercher à se doter de l’arme nucléaire est la reprise par l’Iran de l’enrichissement de l’uranium après le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Ryad a pris conscience de l’échec de cet accord et de la reprise de la course au nucléaire par Téhéran qui est son adversaire stratégique principal. C’est une situation qui rappelle la course du Pakistan pour se doter de l’arme nucléaire pour faire face à l’Inde qui a réussi à relever le même défi.

Le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Selmane a déclaré en 2018, « L’Arabie saoudite ne souhaite pas acquérir de bombe atomique, mais il est évident que si l’Iran développait une bombe atomique, nous ferions de même, et dans les meilleurs délais“.

L’évolution géopolitique dans la région du Golfe a de quoi inquiéter l’Arabie Saoudite :  

  • Il y a d’abord, la reprise en juin 2018 par l’Iran de la production de centrifugeuses puis la suspension, le 8 mai 2019, d’une partie de ses engagements dans le cadre de l’Accord sur le nucléaire iranien, un an après le retrait des Etats-Unis de cet Accord et le début des sanctions américaines contre Téhéran.  
  • L’Iran est allé jusqu’à menacer de quitter le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) (le 28 avril dernier).
  • Il y a également la montée des tensions sécuritaires dans le détroit d’Hormuz qui s’accompagne d’un déploiement de la flotte américaine dans la mer du Golfe et la ferme conviction de Ryad que l’Iran soutient les Houthis au Yémen au détriment de son influence dans la région du Moyen Orient.

L’Arabie Saoudite perçoit ces évènements comme un enchainement de causes et d’effets qui permettrait à terme à l’Iran de développer des armes nucléaires et d’étendre son influence dans la région et ce, d’autant plus que les alliés de la République islamique dans le monde (Chine et Russie) ne sont nullement dissuadés de la soutenir dans cette voie dans un paysage international marqué par une multipolarité accélérée.

En effet, cette multipolarité du monde est de nature à fragiliser le système multilatéral de lutte contre la prolifération devant les tentatives de certains pays pour se doter de la technologie nucléaire et l’affaiblissement du Groupe des Fournisseurs Nucléaires (NSG) qui a été crée par les Etats-Unis et l’ex-Union Soviétique en 1975.

La concurrence et la rivalité entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine mais aussi la capacité d’autres pays en matière de développement de la technologie nucléaire ont affaibli la capacité du NSG pour réguler les transferts vers les pays qui souhaitent développer un programme nucléaire. Les pays qui souhaitent se doter de la technologie nucléaire exploitent cette concurrence internationale à leur profit.

C’est exactement le cas de l’Arabie Saoudite : après que ce pays ait échoué durant les années 1970 à développer un programme nucléaire, il est parvenu aujourd’hui à réaliser des appels d’offre pour construire deux réacteurs nucléaires. La Corée du Sud est un fournisseur potentiel pour l’Arabie Saoudite comme pour les Emirats Arabes Unis et il parvient à maîtriser cette technologie et à l’exporter sans respecter les dispositions anti-prolifération des Etats-Unis.    

L’effet pervers de cette situation et que les Etats-Unis risquent de voir leurs chances de remporter les contrats avec l’Arabie saoudite s’amenuiser, s’ils insistent pour y inclure les dispositions anti-prolifération. Cette situation est l’une des causes du bras de fer entre l’administration Trump et le Congrès.

Par conséquent, ces facteurs encouragent Ryad à développer un programme nucléaire et à se doter d’armes atomiques afin de préparer les conditions d’un équilibre de dissuasion avec son rival chiite.

  • Conclusion et perspectives

Au-delà des facteurs qui incitent l’Arabie Saoudite à se doter d’armes nucléaires, il semble étonnant que les assurances sécuritaires des Etats-Unis ne soient plus suffisantes pour satisfaire les exigences de sécurité de Ryad. Ceci s’explique peut être par les multiples déclarations de Washington sur la réduction et le conditionnement de sa présence militaire dans la région du Golfe.

Plusieurs éléments doivent pris en considération pour prévoir le futur de ce processus de « nucléarisation » de l’Arabie Saoudite :

L’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi a irrémédiablement terni l’image de l’Arabie Saoudite auprès du Congrès et de l’opinion publique américaine. L’Arabie Saoudite ne peut aujourd’hui compter que sur l’administration Trump pour satisfaire ses objectifs stratégiques.

Par conséquent, Ryad souhaite enclencher les contrats pour la réalisation de son programme nucléaire le plus vite possible avant les élections présidentielles aux Etats-Unis.

Par ailleurs, il n’est pas certain que les Etats-Unis maintiendront à long terme une présence militaire robuste et coûteuse dans la région du Golfe qui soit suffisante aux yeux de l’Arabie Saoudite malgré l’acharnement actuel de l’administration Trump à faire face aux ambitions iraniennes.

Le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) au lieu de le renforcer pour endiguer le programme nucléaire iranien est une «erreur stratégique » qui a libéré Téhéran de toute contrainte pour développer son programme, ce qui semble alarmer l’Arabie Saoudite.

Pallas

Pallas est le pseudonyme d’un Docteur en philosophie des Sciences et expert international dans les questions environnementales globales. Il est chercheur dans un domaine de pointe et l’auteur de plusieurs ouvrages de référence dans plusieurs disciplines scientifiques ainsi que de deux recueils de poésie. Pallas est un contributeur occasionnel de Strategika 51 Intelligence

https://strategika51.org/archives/69182

Les Talibans Ont Tenté De Décapiter Le Gouvernement Afghan


Analysis

Les Talibans Ont Tenté De Décapiter Le Gouvernement Afghan

Posted on 19/09/2019 AuthorStrategika51Comment(0)

Les deux attaques à l’explosif ayant ciblé un meeting électoral du président Afghan Ashraf Ghani à Parwan et l’ambassade américaine à Kaboul aurait causé la mort de plus de 128 personnes.

L’attaque de Parwan au nord de Kaboul visait précisément l’actuel président d’un pays en guerre totale et aurait été particulièrement meurtrière.

Une autre explosion a ciblé le même jour le centre de Kaboul, près des locaux hyperfortifiés de l’ambassade américaine et ceux de l’immense antenne de la CIA en Afghanistan. L’attaque aurait fait plus d’une cinquantaine de victimes.

A Zabul, un hôpital aurait été pris pour cible au milieu d’un raid aérien US revendiqué par le gouvernement afghan.

Les Talibans d’Afghanistan ont revendiqué les attaques ayant visé la décapitation de l’Etat afghan et l’ambassade US. Ils continuent à mener une vaste offensive militaire couvrant la plupart des provinces du pays tout en affirmant qu’ils restent disposés à reprendre les négociations de paix interrompus avec Washington

https://strategika51.org/archives/69136#respond.