La « guerre » pour l’avenir du Moyen-Orient – Par Alastair Crooke

GÉOPOLITIQUE30.novembre.2019 // Les Crises

La « guerre » pour l’avenir du Moyen-Orient – Par Alastair Crooke

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Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-11-2019

© Photo : Flickr / US Department of State

Oh, oh, nous y revoilà ! En 1967, c’était alors la « menace » des armées arabes existantes (et la guerre de six jours qui a suivi contre l’Égypte et la Syrie) ; en 1980, c’était l’Iran (et la guerre irakienne qui a suivi contre l’Iran) ; en 1996, c’est David Wurmser avec son document intitulé Coping with Crumbling States (qui découle du tristement célèbre document stratégique sur la politique Clean Break) qui, à l’époque, ciblait les États nationalistes laïques arabes, présentés à la fois comme « reliques déclinantes de l’URSS » et hostiles par nature à Israël ; dans les guerres de 2003 et 2006, ce fut Saddam Hussein, puis le Hezbollah, qui menaçait la sécurité de l’avant-poste de la civilisation occidentale au Moyen Orient.

Et nous revoilà une fois de plus, Israël ne peut « vivre » en toute sécurité dans une région où se trouve un Hezbollah militant.

Il n’est pas surprenant que l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, Alexander Zasypkin, ait rapidement reconnu ce schéma bien trop familier : s’adressant à al-Akhbar le 9 octobre à Beyrouth (plus d’une semaine avant l’éclatement des manifestations à Beyrouth), l’ambassadeur a écarté toute perspective d’apaisement des tensions régionales ; mais a plutôt identifié la crise économique qui se développe depuis des années au Liban comme le « point d’ancrage » sur lequel les États-Unis et leurs alliés pourraient semer le chaos au Liban (et dans l’économie calamiteuse parallèle de l’Irak), pour frapper le Hezbollah et le Hash’d A-Sha’abi – les ennemis des israéliens et américains dans cette région.

Pourquoi maintenant ? Parce que ce qui est arrivé à Aramco le 14 septembre a choqué à la fois Israël et l’Amérique : l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne a écrit récemment : « Les événements récents obligent Israël à recalculer sa trajectoire en fonction des événements. Les capacités technologiques de l’Iran et de ses différents mandataires ont atteint un niveau tel qu’ils peuvent désormais modifier l’équilibre du pouvoir dans le monde entier ». Non seulement aucun État ne pouvait identifier le modus operandi des frappes (même maintenant) ; mais pire encore, ni l’un ni l’autre n’avait de réponse à l’exploit technologique que les frappes représentaient clairement. En fait, l’absence de « réponse » possible a incité un éminent analyste occidental de la défense à suggérer que l’Arabie saoudite devrait acheter des missiles russes Pantsir plutôt que des défenses aériennes américaines.

Et pire encore. Pour Israël, le choc d’Aramco est arrivé précisément au moment où les États-Unis ont commencé à retirer de la région sa « confortable couverture de sécurité » – laissant Israël (et les pays du Golfe) seuls – et maintenant vulnérables face à des technologies qu’ils n’avaient jamais pensé que leurs adversaires posséderaient. Les Israéliens – et en particulier leur Premier ministre – bien que toujours conscients de cette possibilité hypothétique, n’ont jamais pensé que le retrait se produirait réellement, et jamais pendant le mandat de l’Administration Trump.

Cela a laissé Israël complètement assommé, et en pleine confusion. Israël a renversé sa stratégie, l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne (mentionné plus haut) spéculant sur les options inconfortables d’Israël – aller de l’avant – et même se demandant si Israël n’avait pas maintenant besoin d’ouvrir une voie vers l’Iran. Cette dernière option, bien sûr, serait culturellement répugnante pour la plupart des Israéliens. Ils préféreraient un « changement de paradigme » israélien audacieux, et hors du commun (comme cela s’est produit en 1967) à tout contact avec l’Iran. C’est là que réside le véritable danger.

Il est peu probable que les protestations au Liban et en Irak soient en quelque sorte une réponse directe à ce qui précède, mais il est plus probable qu’elles soient liées à d’anciens plans (y compris le document de stratégie récemment divulgué pour contrer l’Iran, présenté par MbS à la Maison Blanche) et aux réunions stratégiques régulières tenues entre le Mossad et le Conseil national de sécurité américain, sous la présidence de John Bolton.

Quel qu’en soit l’origine spécifique, le « programme » est bien connu : susciter une dissidence populaire « démocratique » (basée sur de véritables griefs), fabriquer des messages et une campagne de presse qui polarise la population, et qui détourne leur colère du mécontentement généralisé vers des ennemis spécifiques (dans ce cas, Hezbollah, Président Aoun et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil (dont les sympathies avec le Hezbollah et le Président Assad en font une cible principale, surtout en tant qu’héritier possible du leadershhip de la majorité des chrétiens). L’objectif – comme toujours – est de créer un fossé entre le Hezbollah et l’armée, et entre le Hezbollah et le peuple libanais.

Tout a commencé lorsque, lors de sa rencontre avec le président Aoun en mars 2019, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo aurait présenté un ultimatum : confiner le Hezbollah ou se préparer à des conséquences sans précédent, notamment des sanctions et la perte de l’aide américaine. Selon des informations non vérifiées, Pompeo aurait par la suite amené le Premier ministre Hariri, un allié, à participer aux troubles prévus lorsque Hariri et son épouse ont invité le Secrétaire Pompeo et son épouse à un banquet dans le ranch de Hariri près de Washington à l’issue de la visite du Premier ministre libanais aux États-Unis en août dernier.

Au début des manifestations libanaises, les rapports faisant état d’une « salle de direction des opérations » à Beyrouth qui gérait et analysait les manifestations et d’un financement à grande échelle par les États du Golfe ont proliféré ; mais pour des raisons qui ne sont pas claires, les manifestations se sont enlisées. L’armée qui, à l’origine, se tenait curieusement à l’écart, s’est finalement engagée à nettoyer les rues et à rendre un semblant de normalité – et les prévisions étrangement alarmistes du gouverneur de la Banque centrale concernant l’effondrement financier imminent ont été contrées par d’autres experts financiers présentant une image moins effrayante.

Il semble que ni au Liban ni en Irak les objectifs américains ne seront finalement atteints (c’est-à-dire que le Hezbollah et le Hash’d A-Sha’abi seront détruits). En Irak, ce résultat pourrait toutefois être moins certain, et les risques potentiels que les États-Unis courent en fomentant le chaos seraient bien plus grands si l’Irak sombrait dans l’anarchie. La perte des 5 millions de barils/jour de brut de l’Irak créerait un gouffre dans le marché du brut – et en ces temps de fébrilité économique, cela pourrait être suffisant pour plonger l’économie mondiale dans la récession.

Mais ce serait un « moindre risque » par rapport au risque que les États-Unis courent en tentant « le destin » avec une guerre régionale qui atteindrait Israël.

Mais existe-t-il un message plus large reliant ces manifestations au Moyen-Orient à celles qui éclatent en Amérique latine ? Un analyste a inventé le terme pour désigner cette époque, comme l’Âge de la colère, dégorgeant des « geysers en série » de mécontentement à travers le monde, de l’Équateur au Chili en passant par l’Égypte. Son thème est que le néolibéralisme est partout – littéralement – en flammes.

Nous avons déjà noté comment les États-Unis ont cherché à tirer parti des conséquences uniques des deux guerres mondiales et du fardeau de la dette qu’ils ont légué pour s’octroyer une hégémonie en dollars, ainsi que la capacité vraiment exceptionnelle d’émettre du crédit à travers le monde sans frais pour les États-Unis (les États-Unis ont simplement « imprimé » leur crédit). Les institutions financières américaines pourraient faire du crédit partout dans le monde, pratiquement sans frais, et vivre du loyer que ces investissements ont rapporté. Mais en fin de compte, cela a eu un prix : la limite – à être le rentier mondial – est devenue évidente à travers les disparités de richesse, et à travers l’appauvrissement progressif des classes moyennes américaines que la délocalisation a provoqué. Les emplois bien rémunérés se sont évaporés, alors même que le bilan bancaire financiarisé de l’Amérique explosait à travers le monde.

Mais il y avait peut-être un autre aspect à cet Âge de la colère. C’est TINA : « Il n’y a pas d’alternative » [There is no alternative, traduit en français par « Il n’y a pas d’autre choix », « Il n’y a pas d’alternative » ou « Il n’y a pas de plan B », est un slogan politique couramment attribué à Margaret Thatcher lorsqu’elle était Première ministre du Royaume-Uni, NdT]. Non pas à cause d’une absence de potentialité, mais parce que les alternatives ont été écrasées. À la fin des deux guerres mondiales, on a compris la nécessité d’une autre façon d’être, de mettre fin à l’ère plus ancienne de la servitude, d’une nouvelle société, d’un nouveau contrat social. Mais c’était éphémère.

Et – pour faire court – le désir d’équité de l’après-guerre (quelle qu’en soit la signification) a été réduit à néant ; « d’autres politiques ou économies » de quelque couleur que ce soit, ont été ridiculisées comme « fausses nouvelles » – et après la grande crise financière de 2008, toutes sortes de filets de sécurité ont été sacrifiés et la richesse privée « captée » pour la reconstruction du bilan des banques, pour protéger l’intégrité des dettes et maintenir les taux d’intérêt bas. Les gens sont devenus des « individus » – par eux-mêmes – pour régler leur propre austérité. Est-ce à ce moment-là que les gens se sentent appauvris matériellement par cette austérité, et humainement appauvris par leur servitude en cette nouvelle ère ?

Le Moyen-Orient peut traverser (ou non) les crises actuelles, mais sachez que, dans leur désespoir en Amérique latine, le mème « il n’y a pas d’alternative » devient une raison pour les manifestants « d’incendier le système ». C’est ce qui se produit lorsque des alternatives sont exclues (bien que dans l’intérêt de « nous » préserver de l’effondrement du système).

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-11-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/la-guerre-pour-l-avenir-du-moyen-orient-par-alastair-crooke/

La stratégie russe de développement de l’intelligence artificielle

SCIENCES ET TECHNOLOGIES 30 NOVEMBRE 2019

La stratégie russe de développement de l’intelligence artificielle

Vladimir Poutine 2 (Crédits World Economic Forum, licence Creative Commons)

Comme elle a su le faire pour la conquête spatiale au milieu du XXe siècle, la Russie s’est mise en ordre de marche pour la conquête de l’intelligence artificielle.

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Par Thierry Berthier et Yannick Harrel, expert en cybertstratégie russe1.
Un article de The Conversation

Le 1er septembre 2017, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine énonça lors du discours de rentrée universitaire ces propos sentencieux :

« L’intelligence artificielle est l’avenir, non seulement pour la Russie, mais pour toute l’humanité. Cela présente des opportunités colossales, mais aussi des menaces difficiles à prévoir aujourd’hui. Quiconque deviendra le leader dans ce domaine deviendra le dirigeant du monde. »

L’oukaze (loi) fixant le cadre, les objectifs et les moyens du développement de l’intelligence artificielle en Russie a été promulgué près de deux ans plus tard, le 10 octobre 2019. Ce décret présidentiel s’inscrit dans une volonté politique plus large : garantir la souveraineté technologique de la Fédération de Russie. Une ambition qu’est encore venue illustrer la participation remarquée de Vladimir Poutine à la conférence sur l’Intelligence Artificielle tenue le 9 novembre 2019 à Moscou.

CONTEXTUALISATION HISTORIQUE DE LA STRATÉGIE INFORMATIONNELLE ET CYBER RUSSE DEPUIS LES ANNÉES 2000

La doctrine de la Fédération de Russie en matière de cyberespace – ou plus exactement de « stratégie informationnelle » – date du 9 septembre 2000. Elle a été révisée à la marge le 5 décembre 2016, restant immuable sur ses aspects principaux :

  • la défense des intérêts nationaux (sur le plan technique mais aussi civilisationnel, moral et spirituel) ;
  • la nécessité d’un secteur informationnel propice à l’émergence de champions nationaux et internationaux ;
  • l’appui d’outils et de services informationnels au développement économique ;
  • l’émergence d’une société informationnelle sûre et fiable.

Ce corpus doctrinal, relativement neutre technologiquement, d’où sa pérennité, fut complété au fil des années par plusieurs textes officiels à l’orientation ostensiblement plus technique, qui fournissent des définitions, des rapports de situation, des objectifs, le cadre législatif et la liste des acteurs financiers impliqués.

Citons par exemple la Stratégie de développement de l’industrie des technologies de l’information de la Fédération de Russie pour 2014-2020 et perspectives à l’horizon 2025 ou, plus récemment, la Stratégie pour le développement de la société informationnelle 2017-2030.

Certains textes complémentaires peuvent être très ciblés, comme la loi fédérale sur l’information, les technologies de l’information et de la protection de l’information n°149-FZ du 27 juillet 2006, laquelle sera modifiée à plusieurs reprises, notamment via la loi fédérale n°242-FZ du 21 juillet 2014 (concernant la protection des données des citoyens russes hébergées sur des serveurs situés sur le territoire national), la loi fédérale n°276-FZ du 29 juillet 2017 (réglementant l’utilisation et le développement des outils d’anonymisation) et la loi fédérale n°90-FZ du 1er mai 2019 (qui porte sur la résilience du réseau Internet en cas de blocage ou de dysfonctionnement majeur du DNS).

Il ne faudrait cependant pas omettre les déclarations du président Poutine, qui donnent le la quant aux futures orientations stratégiques du pays. Ce fut l’objet de son fameux discours du 1er mars 2018, en pleine campagne de réélection, face aux représentants des deux Chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Dans un contexte de grande tension avec ses homologues occidentaux, il confirme la détermination de la Russie à assurer sa sécurité militaire par le développement de diverses armes… mais, aussi, de l’intelligence artificielle, évoquée à deux reprises, signe de son importance. D’où son aboutissement logique avec l’oukaze n°490 du 10 octobre 2019.

L’OUKAZE DU 10 OCTOBRE 2019

Ce décret présidentiel de plus de vingt-trois pages est exclusivement focalisé sur l’intelligence artificielle et sur son écosystème, d’où ce titre sans ambiguïté : « Stratégie nationale du développement de l’intelligence artificielle pour la période s’étendant jusqu’à 2030 ».

Si le texte fixe comme horizon l’année 2030, il prévoit un rapport de situation et la finalisation des premiers objectifs pour l’année 2024, notamment dans le registre de la recherche (au travers du dépôt de brevets ou de publications scientifiques mais aussi de solutions pratiques pleinement fonctionnelles). L’article premier relatif aux dispositions générales annonce que la liste des documents cités n’exclut en rien les programmes nationaux où l’intelligence artificielle viendrait à s’appliquer, à tous les échelons du pays.

La définition russe de l’intelligence artificielle donnée à l’article 5 est la suivante :

« Ensemble de solutions technologiques permettant de simuler des fonctions cognitives humaines (incluant l’auto-apprentissage et la recherche de solutions sans l’appoint d’algorithmes prédéterminés) et d’obtenir des résultats lors de tâches spécifiques comparables aux résultats de l’activité intellectuelle humaine. »

Si le document prend soin de rappeler le contexte global de course à l’intelligence artificielle (chiffres à l’appui) et de souligner les ressources techniques et humaines de la Fédération de Russie, il rappelle également qu’une absence de coordination et d’implication des différents acteurs nationaux serait préjudiciable pour la place mondiale de la Russie dans ce secteur stratégique.

Il est énoncé distinctement que la recherche scientifique spécifique à ce secteur doit être appuyée, que la qualité et l’accessibilité des données doivent être prioritaires, que les produits et services russes doivent bénéficier d’un accès facilité au marché mondial, que l’obtention de matériel informatique puissant est nécessaire et que l’émergence de cadres qualifiés dans ce domaine et d’un éveil de la population active aux possibilités offerte par l’intelligence artificielle doivent être stimulés.

Assez surprenant toutefois est l’objectif de création d’un système complexe de régulation des relations sociales issues du développement et de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas de contrôler les relations sociales déjà existantes par l’appoint de l’intelligence artificielle mais de réguler celles qui sont créées algorithmiquement : c’est là une projection peu commune. Autre point qu’il convient de souligner : le soutien au développement d’architectures matérielles basées sur l’intelligence neuromorphique.

Fait singulier, le télétravail est évoqué comme l’un des moyens d’attirer des spécialistes du secteur en améliorant leur environnement de recherche et de production. Par ailleurs, le recrutement de spécialistes étrangers est recommandé : pour les attirer, de hauts salaires sont préconisés, concomitamment à un cadre de travail agréable. Plus généralement, le texte octroie une place majeure à l’aspect humain, en insistant sur la qualité de la formation en recherche tant fondamentale qu’appliquée – et cela, sur le long terme.

Sont également encouragées la participation des spécialistes russes aux forums mondiaux et la mise à disposition, au profit de leurs collègues extérieurs, de bibliothèques ouvertes. Il est mentionné que des compétitions pourraient stimuler l’émulation et le progrès (on peut songer à cet égard aux Olympiades de l’informatique et à l’International Collegiate Programming Contest (ICPC) où les universités de l’ex-Union soviétique excellent depuis les années 2000).

Enfin, le texte recommande la mise en place de méthodes unifiées et régulièrement mises à jour permettant de développer des bases de données massives de qualité sur les serveurs publics afin d’alimenter les plates-formes d’apprentissage automatique.

Pour résumer, l’oukaze fixe deux dates butoir : 2024 et 2030. La première date est un point d’étape critique vers la seconde qui doit être l’aboutissement des objectifs fixés. La Russie, ayant appris des rigidités et de l’hypocrisie du Gosplan, a décidé de procéder par une approche cadrée mais non rigide, se ménageant une capacité d’évolution au gré des découvertes et aboutissements.

D’où l’avertissement inséré explicitement dans le document sur le potentiel ralentissement que provoqueraient des barrières administratives trop rigoureuses – message comminatoire destiné tant au législateur trop bavard qu’aux fonctionnaires trop zélés qui entraveraient la bonne marche d’une intelligence artificielle à la russe.

LES ENJEUX MILITAIRES LIÉS AU DÉVELOPPEMENT DE L’IA

Même si le volet militaire n’apparaît pas directement dans l’oukaze du 10 octobre 2019, il faut garder à l’esprit qu’il est bien présent en arrière-plan de chaque direction ou préconisation fixée par ce texte.

La doctrine militaire russe a pleinement intégré l’apport de l’intelligence artificielle dans le contexte global de robotisation du champ de bataille pour le combat terrestre, aérien, naval, sous-marin, cyber puis spatial. En 2018, le chef d’état-major des forces russes indiquait que la Russie s’engageait vers la robotisation de 33 % de ses matériels et de ses systèmes d’armes. Depuis, plusieurs hauts responsables ont déclaré qu’il fallait impérativement retirer le soldat russe de la zone d’immédiate conflictualité pour le remplacer par des plates-formes armées robotisées télé-opérées et semi-autonomes. La « dronification » des matériels militaires terrestres russes est en bonne marche.

De nombreuses plates-formes ont été développées, testées et améliorées, y compris sur le théâtre de guerre syrien. De grands programmes industriels ont été lancés comme celui du char de combat T14 Armata qui évolue rapidement vers une plate-forme télé-opérée sans équipage (sans doute la première au monde de ce genre). Ou encore le projet d’aéronef de cinquième génération Su-57 qui, en sa prochaine mouture, est censé embarquer un système intégré algorithmique de complète délégation de vol.

On ne compte plus le nombre de plates-formes robotisées de taille intermédiaire créées depuis 2015 et utilisées pour les campagnes de déminage, de détection d’explosifs, d’actions en zone ayant subi une pollution NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), d’acquisition de renseignements, de surveillance automatique de zones sensibles, de logistique, de ravitaillement ou d’appui feu.

Les forces terrestres russes seront dotées de plates-formes modulables, robustes, rapidement configurables et adaptables à des missions et à des contextes spécifiques comme le combat en milieu sous-terrain (grottes et tunnels), toujours très coûteux en vies humaines.

Fin 2009, les premiers robots de combat terrestre (UGV) russes dotés de capacités de duplication d’actions de combat ont fait leur apparition, à l’image du robot Marker, capable de suivre automatiquement un combattant humain superviseur et de reproduire fidèlement ses tirs lorsque celui-ci ouvre le feu sur une cible. Le développement d’UGV armés « dupliquants » transforme en profondeur les mécanismes du combat terrestre et constitue un important multiplicateur de puissance sur le théâtre des opérations.Présentation du robot Marker, publiée par la Fondation russe pour les projets de recherche avancés, février 2019.

Concrètement, le robot doit intervenir partout où il peut économiser le sang russe. La doctrine d’économie du sang est aussi liée à l’économie financière engendrée par le remplacement d’équipages humains par des systèmes automatisés produits en grande série. Ce choix stratégique de dronification des systèmes est d’ailleurs totalement partagé par les concurrents chinois et américain.

Quel que soit le milieu de confrontation (terre, air, mer, cyber), nous assistons ainsi à une course à l’autonomisation des systèmes d’armes impliquant les trois acteurs principaux – Russie, Chine, États-Unis. Cette course à l’armement semi-autonome s’appuie nécessairement sur les progrès technologiques et scientifiques réalisés en apprentissage automatique, en robotique, en optimisation ou en contrôle optimal. Les besoins en expertise dans ces champs de recherche motivent pleinement les mesures d’incitation au recrutement d’experts internationaux en IA et le développement de laboratoires et de structures de formation de haut niveau en IA.

Comme elle a su le faire pour la conquête spatiale au milieu du XXe siècle, la Russie s’est mise en ordre de marche pour la conquête de l’intelligence artificielle. Méthodiquement, sereinement, efficacement, elle installe ce puissant vecteur de puissance dans l’ensemble de ses structures militaro-industrielles.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Yannick Harrel est expert en cyberstratégie russe et a assuré la traduction des textes russes
  2. https://www.contrepoints.org/2019/11/30/358895-la-strategie-russe-de-developpement-de-lintelligence-artificielle

Attaque au couteau à Londres : que sait-on sur l’assaillant, déjà condamné pour terrorisme ?


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TERRORISME – Usman Khan, l’homme qui a tué deux personnes lors de l’attaque sur le London Bridge, ce vendredi 29 novembre à Londres, était un ancien prisonnier condamné pour terrorisme.

30 nov. 08:46 – La rédaction de LCI

L’attaque a été qualifiée de « terroriste » par la police. Usman Khan, l’homme qui a tué deux personnes lors de l’attaque survenue sur le London Bridge, ce vendredi 29 novembre, était connu des services de police, selon le chef de l’antiterrorisme britannique, Neil Basu. 

Âgé de 28 ans, Usman Khan, abattu par la police, avait « été condamné en 2012 pour des infractions terroristes. Il a été remis en liberté conditionnelle en décembre 2018 », a également indiqué le responsable policier dans un communiqué, précisant qu’une perquisition était en cours dans un lieu du comté de Staffordshire, dans le centre de l’Angleterre, où il résidait.

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D’après Press Association, il avait été condamné à 16 ans de prison pour son appartenance à un groupe qui planifiait de commettre un attentat à la bombe à la Bourse de Londres, le London Stock Exchange, et qui avait pour but d’établir un camp d’entraînement terroriste au Pakistan. Selon la police, l’homme avait participé, ce vendredi 29 novembre,  à une conférence organisée dans le Fishmonger’s Hall, un bâtiment à l’extrémité nord du London Bridge à l’intérieur duquel l’attaque a commencé. « Le tueur aurait assisté à la séance du matin et participé à divers ateliers au cours desquels il a décrit ses expériences en tant que prisonnier avant de lancer son attaque meurtrière sans prévenir juste avant 14 heures », rapporte The Telegraph.

The Telegraph@Telegraph

London Bridge attacker Usman Khan was a convicted terrorist and a judge warned that he should not be released while he was a threat to the public.

Here’s what we know about him: https://www.telegraph.co.uk/news/2019/11/30/london-bridge-terror-attack-usman-khan-know-suspect/?WT.mc_id=tmgoff_hootsuite&utm_source=tmgoff_socialteam&utm_medium=facebook&utm_content=451e202b-60b8-4344-8d5d-1f2c03f67544&utm_campaign=the+telegraph&WT.mc_id=tmgoff_hootsuite&utm_source=tmgoff_socialteam&utm_medium=twitter&utm_content=2153025f-53ea-4eeb-95a1-62843122dc33&utm_campaign=telegraph …London Bridge terror attack: Who was Usman Khan? What we know about suspectUsman Khan murdered two people and injured at least three more in the attack on London Bridge on Friday.telegraph.co.uk2695:01 AM – Nov 30, 2019Twitter Ads info and privacy370 people are talking about this

Il a ensuite poursuivi son périple meurtrier sur London Bridge, avant d’être arrêté par des passants puis abattu par la police, cinq minutes après qu’elle fut appelée à 13H58. Le journal The Times a précisé que l’homme était porteur d’un bracelet électronique lorsqu’il a pris part à cette conférence sur la réhabilitation de prisonniers organisée par l’université de Cambridge.

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Avec la prudence qui s’impose, la police britannique a tenu a préciser que l’enquête en était « toujours à un stade précoce mais en ce moment nous ne recherchons activement personne d’autre en lien avec cette attaque », a souligné Neil Basu, chef de l’antiterrorisme. 

Cette attaque s’est produite à l’endroit même où un attentat s’était déjà déroulé en 2017, dans un contexte très particulier pour la Grande-Bretagne, qui doit repasser par les urnes pour des élections législatives anticipées. 

Un homme et une femme sont morts dans cette attaque. Trois autres personnes, un homme et deux femmes, ont été blessées. L’une se trouvait vendredi soir dans un état « critique mais stable », une autre dans « un état stable » et une troisième a subi des « blessures moins graves », a précisé le patron du service public de santé britannique (NHS), Simon Steven.

 https://www.lci.fr/international/attaque-au-couteau-au-london-bridge-londres-que-sait-on-sur-usman-khan-l-assaillant-deja-condamne-pour-terrorisme-2139064.html?xtor=ES-106-[${DATE_YYYYMMDD_HHMMSS}_OWP_NLPERSO]-20191130-[]-07d35d6dfbc7bc24543248fcd9bee521@1-20191130093943&_ope=eyJndWlkIjoiMDdkMzVkNmRmYmM3YmMyNDU0MzI0OGZjZDliZWU1MjEifQ%3D%3D

A la communauté internationale d’agir» : le dirigeant d’HWR expulsé d’Israël témoigne pour RT 30/11/2019

«A la communauté internationale d’agir» : le dirigeant d’HWR expulsé d’Israël témoigne pour RT  30/11/2019

«A la communauté internationale d’agir» : le dirigeant d’HWR expulsé d’Israël témoigne pour RT

Dans une interview accordée à RT, Omar Shakir est revenu sur son expulsion d’Israël le 25 novembre. Selon lui, la stratégie de l’Etat hébreu vise à interdire, sous des prétextes fallacieux, aux ONG de travailler sur le terrain.

Expulsé d’Israël le 25 novembre, parce qu’accusé par le gouvernement de soutenir la campagne internationale «Boycott, désinvestissement et sanctions» (BDS) visant l’Etat hébreu, le directeur de l’ONG Human Rights Watch (HWR) pour Israël et la Palestine, Omar Shakir, a tiré la sonnette d’alarme pour RT.

«Depuis trois ans déjà, le gouvernement israélien essaie d’expulser Human Rights Watch sous différents prétextes. Récemment, le gouvernement israélien nous a accusé de préconiser le boycott d’Israël, se focalisant sur notre travail dans le domaine des colonies illégales», a-t-il souligné, précisant que l’organisation ne prenait pas «position sur le boycott d’Israël» mais que son «travail dans le monde entier consiste à établir les faits attestant de violations [des droits de l’homme] commises par tous les acteurs».

Pour le responsable de 41 ans, la stratégie israélienne est «claire». «Cela vise à montrer aux autres [ONG] que s’ils couvrent des abus dans le domaine de droits de l’homme, ils risquent de faire face à des sanctions. Cet acte montre à quel point Israël ne veut même plus faire semblant de respecter les normes internationales les plus élémentaires», s’est-il insurgé, se désolant qu’«en dépit des critiques venues de nombreux pays du monde entier, Israël m’expulse […] et m’empêche de réaliser mon travail de défense des droits de l’homme».

Pour Omar Shakir, «le gouvernement prévoit non seulement de continuer les répressions continues contre les organisations des droits de l’homme, mais ils comptent poursuivre leur politique d’abus de la force que nous exposons et mettons en lumière.» Le 9 mai 2018, le ministère israélien de l’Intérieur avait annoncé mettre fin au permis de séjour du directeur de l’ONG sur la foi d’informations selon lesquelles il était «depuis des années un militant du BDS soutenant le boycott d’Israël de manière active».

Bête noire des autorités israéliennes, le BDS est une campagne mondiale de boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël destinée à obtenir la fin de l’occupation et de la colonisation des Territoires palestiniens. Le gouvernement israélien considère qu’il s’agit d’une menace stratégique et dénonce l’entreprise de boycott comme une remise en cause de la légitimité d’Israël. Il accuse le BDS d’antisémitisme, ce que le mouvement dément. La Cour suprême israélienne avait finalement donné son aval à l’expulsion du dirigeant le 5 novembre. Après avoir épuisé tous les recours, il a finalement été contraint de quitter le pays le 25 novembre.

https://francais.rt.com/international/68430-a-communaute-internationale-dagir-dirigeant-hwr-expulse-israel-temoigne-rt

https://www.alterinfo.net/notes/A-la-communaute-internationale-d-agir-le-dirigeant-d-HWR-expulse-d-Israel-temoigne-pour-RT_b40243402.html

Fiscalité du gazole: des dépôts pétroliers bloqués en Bretagne par des professionnels du BTP

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Fiscalité du gazole: des dépôts pétroliers bloqués en Bretagne par des professionnels du BTP

Par Challenges.fr le 29.11.2019 à 09h38

Des professionnels du BTP bloquaient vendredi matin les accès aux dépôts pétroliers de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, Brest et Lorient, pour protester contre la suppression de l’avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR), a-t-on appris de sources concordantes.

Fiscalité du gazole: des dépôts pétroliers bloqués en Bretagne par des professionnels du BTP

Un « gilet jaune » participe au blocage d’une route menant au dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche, le 19 novembre 2018AFP/ARCHIVES – DAMIEN MEYER

Des professionnels du BTP bloquaient vendredi matin les accès aux dépôts pétroliers de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, Brest et Lorient, pour protester contre la suppression de l’avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR), a-t-on appris de sources concordantes.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Le dépôt de Vern-sur-Seiche, en banlieue sud de Rennes, est bloqué depuis 01H00 du matin, celui de Lorient depuis 21H00 jeudi et celui de Brest depuis « le milieu de la nuit », selon les préfectures des départements concernés.

Des engins de BTP, tractopelles, bennes, porte-chars, ont été stationnés devant les accès des dépôts pour empêcher les camions-citernes d’y accéder, d’après la même source.PUBLICITÉinRead invented by Teads

« La transition écologique, on n’est pas contre évidemment. Mais c’est pour tout le monde ou pour personne! », a déclaré à l’AFP Frédéric Corbet, patron d’une entreprise de terrassement et d’assainissement, manifestant devant le dépôt de Brest.

« Pas d’alternative »

Selon lui, les entreprises de BTP n’ont « pas d’alternative » pour se passer d’énergie fossile car « il n’y a pas de machine qui soit fiable sur le marché ». « On espère rester le moins longtemps possible, on verra bien si quelqu’un nous écoute », a-t-il ajouté.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Les professionnels des travaux publics dénoncent la suppression progressive de la niche fiscale sur le gazole non routier prévu dans le projet de loi de finances pour 2020.

Une cinquantaine de professionnels du BTP bloquent également l’accès au dépôt pétrolier du Mans depuis jeudi pour protester contre la suppression de la fiscalité réduite sur le gazole non routier (GNR).

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Fièvre énergétique en Asie

Fièvre énergétique en Asie

27 Novembre 2019

Ca bouge sur le grand continent, et pas tout à fait dans le sens souhaité par l’empire américain…

Alors que le monstrueux Sila Sibirii devrait entrer en fonction le 2 décembre, avec en prime une vidéo conférence en direct entre Poutine et Xi, son petit frère de l’Altaï commence à pousser derrière. Rappelons que cette route occidentale est censée doubler le Sila Sibirii afin d’abreuver le dragon en gaz. Les 2 600 kilomètres de tubes en Russie feraient la jonction avec le réseau chinois dans le Xinjiang.

Ce qui n’est encore qu’un projet a reçu un sérieux coup de « boost » de la part du Kazakhstan, très désireux d’entrer dans la danse. De quoi accélérer la signature d’un autre contrat pharaonique entre les deux poids-lourds eurasiens ? A suivre…

Plus au Sud, Pékin, décidément inarrêtable, a provoqué l’ire impériale en planifiant de développer le corridor économique Nord-Sud qui traverse le Pakistan. partant de la fameuse base stratégique de Gwadar pour arriver à la frontière chinoise.

Si tonton Sam est tellement nerveux, c’est qu’un vieil ami revient sur le devant de la scène : le gazoduc iranien. Autrefois connu sous le nom d’IPI, ce tube initialement prévu pour relier l’Iran, le Pakistan et l’Inde a été partiellement torpillé par les Etats-Unis au début de la décennie. L’Inde circonvenue, mais qui émet de temps en temps des bouffées de regret, reste le Pakistan, régulièrement « conseillé » par Washington de se tenir à l’écart du projet.

Si Islamabad seule n’aurait sans doute pas la force de résister aux pressions, l’équation est bouleversée par l’entrée en scène du dragon, qui regarde avec les yeux de Chimène l’or bleu iranien. Ce n’est pas nouveau mais c’est de plus en plus pressant, et les stratèges américains soupçonnent avec rage que le redéveloppement du corridor pakistanais n’est que le faux-nez d’une future liaison gazière entre Téhéran et Pékin.Tag(s) : #Gaz#Russie#Asie centrale#Sous-continent indien

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Nouvelle étude : « Les trolls russes » n’ont pas « semé la discorde », ils n’ont influencé personne

Nouvelle étude : « Les trolls russes » n’ont pas « semé la discorde », ils n’ont influencé personne


Par Moon of Alabama – Le 27 novembre 2019

Les États-Unis ont affirmé que le gouvernement russe avait tenté d’influencer l’élection de 2016 par le biais de Facebook et de Twitter.

La Russie l’aurait fait par l’intermédiaire de personnes qui travaillaient pour Internet Research Agency (IRA) à Saint-Pétersbourg (Leningrad), en Russie. L’IRA a exploité des personnalités virtuelles sur des réseaux sociaux américains prétendant avoir certaines opinions politiques. Il a également payé pour des publicités censées influencer l’élection. Les services de renseignements américains ont affirmé que la prétendue campagne d’influence russe visait à « semer la discorde » aux États-Unis.

Mais l’IRA n’a rien à voir avec le gouvernement russe. Il n’avait aucun intérêt en politique. Et une nouvelle étude confirme que l’idée que cela « sème la discorde » est un non-sens flagrant.

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Influenceur de l’IRA pris en flagrant délit

L’enquête de Mueller a inculpé treize Russes et trois personnes morales russes pour leur prétendue campagne d’influence. Mais, comme nous l’avons écrit à ce moment-là, il y avait plus que ce que les médias ont rapporté :

L’acte d’accusation publié confirme notre conviction de longue date qu’il n’y a pas eu de campagne "d’influence russe" lors des élections américaines. Ce qui est décrit et dénoncé en tant que tel est plutôt un système de marketing commercial qui exploite des sites Web hameçonneurs pour générer des revenus publicitaires au click et ameuter des foules en ligne, autour de personnalités virtuelles, afin de promouvoir tout ce que leurs clients marchands souhaitent vendre. La taille de l'opération était minime comparée aux centaines de millions de dollars de dépenses de campagne. Cela n’a eu aucune influence sur le résultat des élections.

L’IRA a embauché des personnes à Leningrad pour un peu d’argent et leur a demandé d’ouvrir des comptes sur les médias sociaux américains. Le personnage virtuel qu’ils ont créé et exploité devait attirer autant de personnes que possible sur ces comptes. Ils l’ont fait en postant des drôles de photos de chiens ou en adoptant des positions politiques fortes. Ils étaient des «influenceurs» qui vendaient les produits de leurs clients aux personnes qu’ils attiraient.

Le seul but était le même que dans n’importe quel média commercial. Créer du contenu pour attirer l’attention des gogos, puis vendre ceux-ci aux annonceurs.

Comme le dit le point 95 de l’acte d’accusation Mueller :

Les accusés et leurs complices ont également utilisé les comptes [financiers] pour recevoir de l'argent de vrais citoyens américains en échange de la publication de promotions et d'annonces sur les pages de médias sociaux contrôlées par leur ORGANISATION. Les accusés et leurs co-conspirateurs ont généralement fait payer, à certains marchands et sites de médias sociaux américains, entre 25 et 50 dollars par publication pour publier des contenus promotionnels sur leurs faux comptes personnels américains, tels que Being Patriotic, Defend the 2nd et Blacktivist.

Il n’y avait pas de campagne du gouvernement russe pour influencer l’élection de 2016. Seulement une entreprise de médias commerciaux en Russie utilisait des chaussettes-marionnettes avec un contenu original pour attirer les internautes et vendait de la publicité à des sociétés américaines.

L’IRA a également acheté de la publicité pour attirer davantage de personnes vers ses comptes. Mais le montant dépensé était minime. Le coût final de l’élection de 2016 était de 6,5 milliards de dollars pour les élections présidentielle, et celles du Congrès, réunies. L’IRA a dépensé un total de 100 000 dollars pour promouvoir ses propres comptes. Mais seuls 45 000 dollars de cette somme ont été dépensés avant les élections. C’était 0,000007% de chaque dollar dépensé pendant cette période pour l’élection . Il est statistiquement impossible que les dépenses d’IRA, essentiellement apolitiques, aient eu un effet sur les élections.

Le fait que l’IRA faisait fonctionner une machine marketing, et non une campagne politique, était également évident lorsque l’on analysait le contenu affiché par ces comptes de marionnettes. La plupart étaient apolitiques. Là où c’était politique, cela couvrait les deux côtés. Certains comptes de l’IRA ont publié du contenu pro-Trump, d’autres anti-Trump. Certains étaient pro-Clinton, d’autres contre elle.

Les services de renseignements américains ont tenté d’expliquer cela en affirmant que les Russes voulaient « semer la discorde ». Il n’y a aucune preuve que ce fut vraiment le cas. C’est simplement une explication qui a été inventée parce qu’ils n’ont pas réussi à en trouver une meilleure.

La vraie réponse à la question de savoir pourquoi différents comptes de l’IRA s’affichaient sur différents côtés du spectre politique est que l’IRA voulait maximiser ses revenus. Il faut couvrir les deux côtés si on veut augmenter le nombre de globes oculaires attirés.

FOX News n’est pas pro-Trump car il veut semer la discorde. CNN n’est pas non plus anti-Trump pour servir cet objectif. Tous deux ont pour objectif d’attirer les téléspectateurs vers leurs annonces publicitaires. Les gens affluent vers la chaîne de télévision qui correspond à l’opinion qu’ils ont déjà formée. Les deux côtés font la promotion de produits similaires.

Les personnages virtuels de l’IRA ont fonctionné de la même manière. Ils ont pris des positions politiques pour attirer des personnes qui avaient déjà une opinion correspondant à la leur. Une personne l’a fait pour la gauche, une autre pour la droite. Aucun n’ a changé les opinions politiques de ses « suiveurs ».

Une étude récemment publiée sur les utilisateurs de Twitter qui ont suivi les comptes marionnettes de l’IRA, et leur contenu le confirme. Elle a constaté que ces comptes n’avaient eu aucune influence sur les opinions de leurs « suiveurs ».

Une étude, réalisée par des chercheurs américains et danois, intitulée « Évaluation de l’impact de l’Agence russe de recherche sur Internet au sujet des attitudes et comportements politiques des utilisateurs américains de Twitter à la fin de 2017″, a révélé :

En utilisant des modèles d’arbre de régression bayésiens, nous n’avons trouvé aucune preuve que l’interaction avec les comptes de l’IRA ait eu un impact significatif sur la mesure des attitudes et comportements politiques sur une période d’un mois. Nous avons également constaté que la connexion avec les comptes IRA était plus fréquente chez les internautes ayant une forte homophilie idéologique au sein de leur réseau Twitter, un intérêt marqué pour la politique et une fréquence élevée d’utilisation de Twitter. Ensemble, ces résultats suggèrent que les trolls russes pourraient avoir échoué à semer la discorde, car ils interagissaient principalement avec ceux qui étaient déjà fortement polarisés.

La plupart des républicains purs et dures regardent FOX New, les démocrates du même acabit regardent CNN. Aucune des chaînes de télévision ne change les opinions fondamentales de ses téléspectateurs. Elle les renforce.

Les « trolls russes » étaient des personnages virtuels créés pour couvrir, au total, un large spectre. Certains personnages jouaient le rôle d’un républicain inflexible, d’autres celui d’un démocrate inconditionnel. Ils ont créé et publié du contenu qui correspond au rôle qu’ils ont joué. Chacun attirait des adeptes avec des opinions similaires à celles que la personne virtuelle prétendait avoir. Aucune opinion n’a changé suite à ces contacts. Aucune discorde n’a été semée.

L’IRA a ensuite vendu des espaces publicitaires aux marchands pour monétiser tous les internautes que ses personnages virtuels attiraient.

Les services de renseignement américains ont prétendu que l’entreprise commercial IRA était un organisme politique. Cela les a aidés à répandre l’animosité contre la Russie et à prétendre que Trump était de connivence avec Poutine.

Mais tout cela n’a jamais eu aucun sens.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/nouvelle-theorie-les-trolls-russes-nont-pas-seme-la-discorde-ils-nont-influence-personne

Les Ouïghours face à l’État chinois : un futur incertain

Les Ouïghours face à l’État chinois : un futur incertain

Interview28 novembre 2019Le point de vue de Emmanuel Lincot

Minorité musulmane de Chine surtout localisée dans le Xinjiang, une région à l’Ouest du pays, les Ouïghours sont revenus au centre de l’actualité internationale suite aux violentes répressions que l’État chinois leur inflige. Ces discriminations sont-elles récentes ? Où en est la situation ? Le point de vue d’Emmanuel Lincot, chercheur associé à l’IRIS, professeur à la Faculté des lettres de l’Institut Catholique de Paris .

Plus d’un million de Ouïghours seraient emprisonnés dans des camps de concentration dans le Xinjiang. Pourquoi le gouvernement chinois agit-il de manière si répressive face à cette population ? Ces discriminations sont-elles récentes ?

Ces discriminations remontent au moins à la Révolution culturelle, dans les années soixante, lorsque les communautés musulmanes (ouïghoures et hui) ont été victimes de pratiques discriminatoires. Mais l’ampleur des répressions et le nombre de personnes incarcérées sont sans précédent au Xinjiang. On peut y voir le symptôme d’une confrontation plus globale entre la Chine et l’islam, dont l’un des théâtres de tensions se trouve notamment au Pakistan voisin. Des ressortissants chinois y ont été assassinés dans les zones tribales du Baloutchistan, là même où les Chinois ont aménagé le port stratégique de Gwadar. L’ETIM, organisation terroriste islamiste ouïghoure y aurait trouvé des bases de repli, y compris en Afghanistan. Rappelons que l’ETIM a déclaré la « guerre sainte » contre la Chine en 2016. Proche de Daech, l’ETIM a en cela une stratégie opposée à celle d’Al-Qaïda ; Ben Laden ayant quant à lui toujours fait preuve d’une très grande modération dans sa critique envers la Chine.

Depuis ces cinq dernières années, le territoire chinois a fait l’objet d’attentats nombreux avant même ceux survenus en France. Même si on la juge disproportionnée, la réaction chinoise à la menace terroriste islamiste s’explique par le climat de peur, de défiance et d’incompréhension grandissante qui oppose Pékin à cette minorité ethnique turcophone et musulmane située sur les marges occidentales du pays. Des moyens coercitifs importants ont été mis en place après que les autorités chinoises aient longtemps fait le pari, comme dans la province voisine du Tibet, que le développement économique de la région suffirait à acheter la paix sociale.

Le dispositif sécuritaire consistant à quadriller le territoire, à contrôler le déplacement des populations locales, trahit par ailleurs un sentiment de crainte qui, plus d’une fois, et sur le temps long, s’est manifesté à la suite de troubles survenus à la périphérie de l’Empire. Rétrospectivement, ces troubles annonçaient parfois l’écroulement de la dynastie régnante… Pour actualiser mon propos, je dirais que ces troubles peuvent, sinon compromettre le projet « Yi dai, Yi lu » (One belt, One road) cher au Président Xi Jinping, tout au moins le ralentir en ternissant l’image déjà très négative que l’Occident et ses démocraties ont du régime chinois.

Plus globalement, quelle stratégie le gouvernement chinois suit-il pour faire face aux diverses velléités séparatistes ? Comment gère-t-il les enjeux ethniques et religieux sur son territoire ?

La peur, la délation, l’intimidation — laquelle s’exerce en dehors même du territoire chinois à l’encontre de la diaspora chinoise vivant à l’étranger — sont les méthodes en usage. Le nationalisme Han est également un puissant mobile pour justifier la répression. La cohésion nationale, croit-on, est à ce prix. Historiquement parlant, elle entre en contradiction avec l’esprit de fédération des peuples que défendait, entre autres exemples, le jeune Mao Zedong, lequel s’inspirait d’ailleurs des points de doctrine adoptés par Lénine à Bakou pour l’ensemble des peuples devant constituer la future Union soviétique.

Au reste, la faillite de l’URSS continue d’agir comme un puissant aiguillon et conforte l’élite dirigeante chinoise dans ses choix de raffermir les positions politiques du Centre sur sa périphérie. La création de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et celle du bureau du renseignement interrégional de Tachkent en Ouzbékistan y a répondu à sa manière dès 2001 en faisant de la lutte contre le « terrorisme », le « séparatisme » et l’« indépendantisme » une priorité pour l’ensemble de ses membres.

Les réactions de la communauté internationale, y compris des pays musulmans, se font attendre. Comme expliquer cette atonie ?

Paradoxalement, ce sont les États-Unis par la voix de Mike Pompeo qui ont le plus vigoureusement condamné les répressions chinoises à l’encontre des musulmans ouïghours. Les révélations récentes du New York Times sur l’existence d’un système concentrationnaire au Xinjiang — lequel est d’ailleurs un lointain héritage de l’ère maoïste — ne va faire qu’attiser la paranoïa du régime chinois et le développement au sein même de l’opinion Han des thèses complotistes avec, en toile de fond, des rivalités sino-américaines structurelles qui tendent vers une nouvelle bipolarisation du monde.

Les pays musulmans ont, il est vrai, très peu réagi. Quelques voix isolées émanant du clergé chiite en Iran, protestant également contre le sort réservé aux musulmans du Cachemire, mais sans grand impact étant donné que les Ouïghours sont de confession sunnite. Seul Erdogan pour la Turquie, étant données les affinités de langue et de culture avec les Ouïghours dont l’islam se rattache davantage aux pratiques des confréries soufies, avait, il y a quelques années, publiquement dénoncé les exactions commises par les autorités chinoises. Il s’est depuis ravisé. En cela, le rapprochement d’Ankara vis-à-vis tant de Moscou que de Pékin marginalise le dossier ouïghour aux yeux des autorités turques. Les positions de l’Arabie saoudite en la matière sont tout aussi révélatrices d’un fait très largement partagé par les États musulmans : dans leur rapport à la Chine, le dossier ouïghour est plus un problème qu’une solution.

https://www.iris-france.org/142597-les-ouighours-face-a-letat-chinois-un-futur-incertain/

Syrie : l’armée bombarde des camions citernes kurdes transportant du pétrole pillé

Syrie : l’armée bombarde des camions citernes kurdes transportant du pétrole pillé

Publié par Candide le 27 novembre 2019 dans Chroniques      1 Votes

Zohra Credy

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La Syrie ne laissera pas les milices kurdes voler son pétrole, ni Merdogan en profiter
Ce pétrole est écoulé via la Turquie alors que Merdogan ne cesse de traiter les milices kurdes de terroristes et leur fait la guerre !!!

Syrie : l’armée bombarde des camions citernes kurdes transportant du pétrole pillé

L’armée syrienne a détruit un convoi de camions citernes qui transportaient du pétrole pillé par des kurdes syriens dans le nord-est syrien, a révélé l’agence de presse syrienne officielle Sana.

Citant une source syrienne depuis la ville de Hassaké, l’agence rapporte : « après s’être au préalable assuré que certaines organisations kurdes dans la Jazira syrienne font de la contrebande de pétrole au moyen de camions citernes depuis Jarablous en direction de la région d’Erbil dans le nord de l’Irak, et à destination du régime turc qu’elles prétendent que c’est leur principal ennemi, un convoi de camions citernes et des sites de raffinage de pétrole ont été détruits ce matin ».
« Nous allons prendre les mesures dures contre quiconque mène des opérations de contrebande du pétrole pillé du sol syrien en dehors du pays », a affirmé cette source.

Après avoir décidé de se retirer du nord-est de la Syrie, le président américain Donald a finalement redéployé les soldats américains dans les zones pétrolifères syriennes, situées à l’est de l’Euphrate. Il a plus tard affirmé que la rente pétrolière de ces régions va revenir aux milices kurdes.
C’est la milice des Forces démocratiques syriennes, une émanation du YPG kurde qui contrôle cette zone depuis qu’elle a rallié la Coalition internationale dans sa lutte contre Daech en Syrie.

Lors d’un entretien avec des médias russes, le président syrien Bachar al-Assad a accusé les Etats-Unis de voler le pétrole de son pays.
Il s’est engagé à porter plainte auprès du Conseil de sécurité pour cette affaire, tout en faisant part de son pessimisme que l’Onu puisse faire quelque chose.

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