Le Format Normandie : une impasse ou une escroquerie ? par Karine Bechet-Golovko

Le Format Normandie : une impasse ou une escroquerie ? par Karine Bechet-Golovko

samedi 16 novembre 2019, par Comité Valmy

L’on vient d’apprendre que suite à une conversation téléphonique entre Macron et Zelensky, le Format Normandie devrait se réunir à Paris le 9 décembre. L’Allemagne a confirmé, la Russie n’a pas encore officiellement réagi à ce moment. Il est vrai que la question centrale n’est pas résolue : le Donbass doit-il être ukrainien ou russe, car il ne peut être viable de manière autonome ? Se rendre à Paris avant d’avoir clairement pris position sur cette question, dans le meilleur des cas ne sert à rien, dans le pire des cas peut avoir des conséquences fâcheuses, et pour le Donbass, et pour la Russie. Car derrière le Donbass, l’enjeu est le retour de la Crimée et donc une blessure politique profonde de la Russie.

Après un coup de téléphone de Macron à Zelensky, rappelant l’aide inconditionnelle de la France à l’Ukraine (dans son combat démocratique contre l’assaillant russe – traduction de l’auteur), la date du 9 décembre a été avancée pour la réunion du Format Normandie, puisque, selon l’Elysée, des avancées ont eu lieu concernant le Donbass.

Certes, après plusieurs tentatives infructueuses, dans deux zones de combat, les forces armées ont été, de part et d’autre, retirées à distance respectueuse. Mais l’armée ukrainienne a intensifié son attaque sur le reste du front, par exemple le 13 novembre, le village de Troudovsky aux alentours de Donetsk, a été attaqué notamment au lance-grenade, faisant un blessé civil. L’armée continue ailleurs à utiliser aussi le lance-mortier contre les habitations, voir le texte ici de Donbass Insider. Il serait donc abusif de dire que les armes se taisent et que militairement le conflit est épuisé.

De toute manière, tant qu’un conflit militaire n’est pas épuisé, il est inutile de chercher une solution politique. La solution politique résulte du rapport des forces en jeu et celui-ci n’est pas encore stabilisé. En ce sens, la réunion du Format Normandie est une impasse.

Mais par ailleurs, ce Format Normandie peut aussi être une escroquerie. Car si des forces politiques en Russie ne sont pas prêtes à appliquer le scénario criméen à cette région, laisser le Donbass dans le cadre ukrainien ne peut comporter aucune garantie pour les populations pro-russes locales, largement majoritaires. Toutes les pseudo-garanties juridiques promises pour reprendre par le jeu politique une région qui commence à peser lourd dans le jeu international ne sont que temporaires et peuvent toujours être remises en cause. Ce que le droit fait, le droit peut le défaire.

Stratégiquement, la Russie ici ne peut pas recourir au compromis. Laisser le Donbass en Ukraine, sans que la situation politique ait changée à Kiev, c’est condamner le Donbass à subir la propagande anti-russe comme à Odessa ou à Kharkov. Les conseillers de Zelensky insistent sur le « retour mental du Donbass« , c’est-à-dire l’intégration des populations du Donbass dans l’idéologie post-Maïdan.

Sachant que, pour les stratèges atlantistes qui guident l’action de Kiev, le Donbass n’est que le premier pas. Le but est la Crimée. Pas tant pour la Crimée, que contre la Russie. La politique de recherche constante du compromis développée par la Russie ces derniers temps est perçue comme un signe de faiblesse en Occident, comme signe de rejet du conflit direct. Or, mieux vaut ne pas entrer dans un rapport de forces que d’abandonner en cours de route. En récupérant la Crimée, en facilitant la distribution des passeports russes dans le Donbass, en systématisant l’aide humanitaire, la Russie a joué un jeu donnant aux populations locales des espoirs. Sur la scène internationale, son action est perçue comme une entrave au jeu atlantiste dans la région. Se retirer maintenant aurait des conséquences politiques d’une importance non négligeables, notamment dans le jeu politique intérieur russe, déjà perturbé avant les prochaines élections présidentielles.

Il est évident que les autres parties du Format Normandie, la France et l’Allemagne, exercent une pression sans précédent sur la Russie pour lui forcer la main. C’est un tournant qui va être très significatif. Pas tant pour le Donbass, que pour a Russie elle-même. Ce qui intéresse finalement le clan atlantiste, dont Macron est aujourd’hui le héraut.

Karine Bechet-Golovko
17 novembre 2019
Russie Politics

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11550

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