Iran-États-Unis, la guerre à tout prix  ?

Iran-États-Unis, la guerre à tout prix  ?

Publié le 08/01/2020 – 11:34

La guerre à tout prix ? La une du numéro 1523 de Courrier international. 
La guerre à tout prix ? La une du numéro 1523 de Courrier international. 

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Chaque semaine, Courrier international explique ses choix éditoriaux, les hésitations et les débats qu’ils suscitent parfois dans la rédaction. Cette semaine, l’escalade aux conséquences imprévisibles entre les États-Unis et l’Iran, après l’assassinat par les Américains du général Qassem Soleimani, le 3 janvier à Bagdad.

Il était, selon The Guardian, l’homme qui tirait toutes les ficelles au Moyen-Orient”, à la tête de la force Al-Qods, chargée de propager l’influence de l’Iran à l’étranger. Général adulé dans son pays, Qassem Soleimani a été tué le 3 janvier à Bagdad, abattu par un drone américain, sur ordre de Donald Trump. Un acte de guerre aux conséquences imprévisibles. De Washington à Beyrouth, la presse étrangère ne cache pas son inquiétude. La question n’est pas de savoir si l’Iran va riposter mais de quelle manière il va le faire. Premier élément de réponse : dans la nuit du 7 au 8 janvier, l’Iran a tiré une douzaine de missiles sur deux bases américaines en Irak et le bilan est pour le moment incertain. 

Dans cette crise, l’arrogance le dispute pour le moins à l’improvisation et à la maladresse. Après que Donald Trump a ordonné l’assassinat d’un des plus hauts dignitaires iraniens et menacé de s’en prendre à 52 sites en Iran en cas de riposte, voilà que les Américains ont annoncé par erreur, le 6 janvier, leur retrait d’Irak (information aussitôt démentie). La veille, le Parlement irakien avait voté une requête demandant au gouvernement l’expulsion des forces étrangères du pays.
C’est à se demander quelle mouche a bien pu piquer le président américain en ce début d’année. Donald Trump semble ne pas avoir mesuré les conséquences, “potentiellement catastrophiques”, du conflit dans lequel il s’embarque avec l’Iran, écritThe Atlantic. “La principale question au sujet de cette frappe n’est ni morale ni même juridique. Elle est stratégique. Soleimani était le membre extrêmement puissant d’un appareil d’État, l’objet d’un véritable culte de la personnalité, mais il n’était pas un pilier du terrorisme. Sa mort ne décapite rien du tout”, s’inquiète le magazine américain. Alors pourquoi cette attaque ?

Bien sûr, l’Iran a sa part de responsabilité. Soumis à une pression constante de la part des États-Unis, qui se sont retirés de l’accord nucléaire de 2015, et en butte à des sanctions qui étouffent d’abord sa population, le régime de Téhéran multiplie les provocations (attaques de pétroliers dans le détroit d’Ormuz, de sites pétroliers en Arabie Saoudite…) depuis des mois. Jusqu’à l’attaque de l’ambassade des États-Unis à Bagdad le 31 décembre, une “erreur stratégique”, écrit le quotidien israélien Ha’Aretz, qui a “réveillé le spectre de la prise d’otages américains en 1979 à Téhéran”.
Un cycle infernal qui risque d’être l’un des feuilletons de l’année, malheureusement. “Happy new war”, a-t-on vu sur un dessin de presse. “Bonne année 2020”, peut-on encore lire sur notre couverture (signée de l’Espagnol Elchicotriste). À croire que la nouvelle année a inspiré les dessinateurs. Donald Trump semble, quant à lui, avoir été motivé par un autre calendrier : celui de la procédure de destitution engagée contre lui. Pour le site de la chaîne américaine NBC, le président américain est prêt à tout pour faire oublier l’impeachment.

Au risque de provoquer de nouveaux bouleversements au Moyen-Orient. Parmi les premières conséquences de la mort de Soleimani, Téhéran a annoncé, le 4 janvier, lever toutes les restrictions sur l’enrichissement de l’uranium ; en mars, les Iraniens retournent aux urnes, et l’aile dure du régime, comme souvent par le passé dans des crises frontales avec les États-Unis, devrait en sortir renforcée. En Irak, où depuis des semaines les manifestants défiaient un pouvoir corrompu en dénonçant la mainmise iranienne sur le pays, la révolution pourrait tourner court. Au Liban en revanche, où le Hezbollah (allié de l’Iran) fait profil bas pour le moment, on craint par-dessus tout une guerre israélo-iranienne par procuration qui signerait la fin du pays du Cèdre, explique le quotidien Asharq Al-Awsat.

Enfin, parmi les victimes collatérales potentielles de cette escalade, les étrangers ou binationaux actuellement détenus en Iran, on compte l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah et son collègue français Roland Marchal. Depuis l’assassinat du général Soleimani, les témoignages inquiets de leurs proches se multiplient. Ne les oublions pas.Claire CarrardSÉLECTION DE LA RÉDACTION

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https://www.courrierinternational.com/article/la-une-de-lhebdo-iran-etats-unis-la-guerre-tout-prix?xtor=EREC-22-[nl_magazine]-20200108-[la_une_de_lhebdo_iran_etats_unis_la_guerre_tout_prix]

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