Jean-Pierre Chevènement : « La France veut-elle rester une puissance mondiale au XXIème siècle ? »

Jean-Pierre Chevènement : « La France veut-elle rester une puissance mondiale au XXIème siècle ? »

Publié par: Jean-Pierre Chevènementle: 08 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéGéopolitiqueLivresImprimerEmail

Dans sa préface au nouvel ouvrage de Richard Labévière*, Jean-Pierre Chevènement, sénateur et ancien ministre de la Défense, estime que la reconquête de notre « indépendance par la mer, comme le suggère l’auteur, est une idée stratégique de premier ordre.

– Les possessions maritimes de la France – Crédit photo : Ifremer

Le livre de Richard Labévière est une somme. Il donne accès à tout ce qu’il faut savoir pour connaître et valoriser cet exceptionnel atout que constitue le domaine maritime français, le premier du monde par l’étendue.

Richelieu, ancêtre des géopoliticiens modernes, énonçait au début du XVIIème siècle, en 1629 précisément : « La première chose qu’il faut faire est de se rendre puissant sur la mer qui donne accès à tous les Etats du monde ». Que la France n’a-t-elle suivi ce judicieux conseil !
Sans doute, les historiens nous révèlent que, prisonnière de trois tropismes : le continental, le méditerranéen et l’océanique, elle a laissé, après la guerre de sept ans et surtout après Trafalgar, le grand large à l’Angleterre. Habitant un pays de Cocagne, le Français est peu porté à l’émigration. C’est peut-être là l’explication de son trop faible investissement en direction de la mer.

Mais aujourd’hui, et c’est tout l’intérêt du livre de Richard Labévière, la France doit repenser sa géopolitique à l’aune du monde qui vient.

Elle n’est pas que le Finistère de l’Eurasie. Avec ses départements, collectivités et territoires d’Outre-Mer, elle est présente sur tous les océans. Et la mondialisation a rebattu les cartes. En 1950, on transportait un peu plus de cinq cents millions de tonnes de marchandises par voie maritime. Aujourd’hui, plus de dix milliards de tonnes transitent par la mer. Plus de 80 % des transports de marchandises se font par voie maritime.

Certes, la zone économique exclusive française se situe principalement dans le Pacifique mais celui-ci sera de plus en plus un enjeu entre la Chine et les Etats-Unis.

La France est présente aussi à Djibouti et dans l’océan Indien sur la route qui double le Cap de Bonne Espérance. Dans ces parages, les îles australes lui offrent un vaste domaine et de nombreuses opportunités.

Idéalement placée par la géographie, la Guyane donne à notre pays un point d’accès privilégié à l’espace dont la maîtrise, aujourd’hui, va de pair avec celle des mers.

Pour que cette ubiquité se transforme en atout, j’observe cependant que la métropole doit dégager des moyens financiers importants. Or, nous vivons depuis la crise de 2008, au moins, une période de très faible croissance pour ne pas dire de stagnation économique.

Reconquérir notre indépendance par la mer, comme le suggère Richard Labévière, est une idée stratégique de premier ordre. Mais ayons le courage d’aller jusqu’au bout ; elle bouleverse l’ordre de nos priorités politiques tel qu’il résulte de nos choix politiques depuis quarante ans.
La politique de la France est restée centrée sur le continent après la fin de l’URSS, tout comme elle l’était déjà à l’époque de la guerre froide. A la fin de celle-ci, nous avons voulu arrimer l’Allemagne à l’Europe : c’était le sens du traité de Maastricht. Etait-ce bien judicieux ? La construction de l’Europe, dont la France avait pris l’initiative dans les années 1950, nous échappe désormais avec la réunification allemande et l’élargissement à l’Est consécutif à la chute de l’URSS.

Couverture du Livre

Les contraintes que cette Europe, désormais germano-centrée, exerce sur notre économie à travers la monnaie, le budget et les règles de gestion (le principe de la concurrence administré par Bruxelles) sont telles que notre marge de manœuvre en maints domaines s’en trouve réduite sinon annihilée.

Je ne prendrai que quelques exemples :

Richard Labévière cite l’exemple de la politique portuaire. Il est lamentable que nos ports – Le Havre, Marseille au premier chef mais aussi ceux de la façade atlantique ne s’ouvrent pas davantage sur leur arrière-pays. Un redressement est-il compatible avec le principe de la mise en concurrence ferroviaire ? Et ne faut-il pas préalablement enrayer la désindustrialisation qui frappe notre pays depuis quatre décennies, notamment du fait d’une monnaie surévaluée ?
Sinon, ne faut-il pas nous résigner à ce que nos principaux ports s’appellent Anvers et Rotterdam ? Le canal Seine-Nord, toujours en projet d’ailleurs, n’est-il pas fait pour desservir en priorité ceux-ci ? L’augmentation de la taille des navires oblige l’outil portuaire à s’adapter. Comme pour l’acheminement des marchandises à l’intérieur des terres, il y faut des investissements considérables.

La France peut se flatter de ce que le troisième transporteur mondial soit une compagnie française (CMA-CGM) basée à Marseille.

La conteneurisation du trafic maritime est un progrès irréversible mais il est étroitement corrélé à la mondialisation des échanges. Un certain retour au protectionnisme impulsé par la politique de Donald Trump est probable.

Observons cependant que le protectionnisme s’il reste modéré, comme à la fin du XIXème siècle, n’entrave pas la croissance et la progression des échanges. Reste que la vigilance s’impose… Quoi qu’il arrive, nos ports doivent rester capables de s’insérer dans ces grandes chaînes logistiques qui se déploient à l’échelle internationale.

Richard Labévière montre toutes les opportunités qu’offre à la France son domaine maritime. Il ne relève qu’incidemment la contradiction qui existe entre les enjeux économiques et les enjeux environnementaux.

Il traite certes abondamment de ces derniers en évoquant « la mer de plastique » du Pacifique et la terre devenue « bleu citron », avec la pollution des océans.

Mais il faudrait, me semble-t-il, éclairer la rentabilité de l’exploitation des fonds marins. En dehors du pétrole et du gaz, que sait-on exactement des gisements de terres rares au large de Wallis et Futuna ? A quel horizon seront-ils rentables !

Et que ne voit-on l’hostilité de principe des milieux dits « écologistes » prompts à se manifester dès qu’un projet économique se dessine à l’horizon ?

L’enjeu écologique est devenu pour beaucoup d’ONG la nouvelle frontière sur laquelle ils se battent : il s’agit, pour ceux-ci, de contraindre l’activité minière dans les fonds marins, au point de la rendre impossible.

Selon mes informations, puisées à bonne source, le Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer a pour doctrine de ne pas donner de permis d’exploration et encore moins d’exploitation. Il est nécessaire d’ouvrir un débat sur ce sujet complètement occulté.

Le général de Gaulle, en 1959, avait créé le CNEXO (Centre National d’Exploitation des Océans). Les socialistes, en 1982, l’ont fusionné avec l’Institut des Pêches pour créer l’IFREMER. Je ne suis pas sûr que l’idée de l’exploitation des océans ne se soit pas perdue en route avec la montée des idéologies qui, au prétexte de l’écologie, ont fait prévaloir en tous domaines « le principe de précaution ». L’idée maîtresse est, on le sait, qu’il vaut mieux ne rien faire que de vouloir continuer dans la ligne de Descartes qui voulait que l’homme se rendît « maître et possesseur de la Nature ». Ce principe d’immobilisme posé par les penseurs allemands d’après 1945 et notamment par Hans Jonas, se situe évidemment aux antipodes du dessein gaullien d’exploitation par la France de ses richesses océaniques.

Richard Labévière développe largement les aspects géostratégiques du contrôle de la mer. Les enjeux de sécurité – lutte contre le terrorisme et la piraterie, contrôle des flux migratoires –concernent des espaces sous juridiction française, étrangère ou relevant des eaux internationales. Le contrôle de ces espaces implique une coopération internationale. D’autres tâches, je pense à la connaissance des fonds marins utilisés par nos sous-marins lanceurs d’engins, supposent au contraire la maîtrise entière de moyens nationaux.

J’en viens naturellement au rôle primordial qui incombe à la Marine nationale pour assurer la protection, non seulement de nos côtes mais aussi celle de nos intérêts vitaux et la sécurité de nos principaux flux maritimes vers le Golfe et l’Asie d’une part, et vers l’Afrique et le Golfe de Guinée, d’autre part.

Notre Marine nationale, avec des moyens contraints, garde cependant un format complet. Son excellence tient à la qualité de ses équipements mais aussi à la valeur exceptionnelle des équipages et des hommes qui les constituent.

On ne peut continuer dans la voie des réductions de format.

Nous sommes confrontés à un phénomène d’arsenalisation de l’espace maritime du fait de la montée en puissance des marines chinoise, indienne et pakistanaise notamment. Ces trois Etats se dotent ou vont se doter de sous-marins lanceurs d’engins et de groupes aéronavals.
L’Océan Indien, dont nous sommes une puissance riveraine et par lequel passent les plus importants flux de transport maritime ainsi que les câbles sous-marins par où transitent 90% des messages d’internet, concentre les risques majeurs.

Richard Labévière attire à juste titre l’attention sur le nœud que constitue Djibouti ou coexistent trois bases militaires, française, américaine et chinoise.

Il est au fond assez normal que la Chine, premier exportateur mondial avec un montant de plus de 2 000 milliards de dollars d’exportations, veuille protéger ses flux de trafic. Autre chose est évidemment la pratique de la poldérisation d’îlots disputés en mer de Chine méridionale.
Si ces pratiques sont condamnables, elles ne doivent pas nous conduire à faire de la Chine « l’ennemi ». La montée en puissance de la Chine est le grand fait géopolitique de notre temps. Nous devons toujours nous rappeler le discours du général de Gaulle en 1959 à l’Ecole militaire, où il définissait les fonctions d’une dissuasion nucléaire « tous azimuts » : la sauvegarde des intérêts vitaux de la France mais aussi la capacité de la France à ne pas se laisser entraîner dans un conflit qui ne serait pas le sien.

Nous allons certes vers des tensions croissantes entre les Etats-Unis, qui dominent et continueront de dominer les océans et la Chine qui, sans devenir « la » puissance mondiale hégémonique, deviendra de toute façon une très grande puissance.

Dans ce contexte, l’intérêt national nous commande à la fois le réalisme sans lequel il n’y a pas de bonne politique et un renforcement de notre puissance dans l’Océan Indien.

C’est cette présence, garante de notre rang et de nos intérêts, qui doit nous conduire à assurer la permanence à la mer de notre groupe aéronaval.

Il faut donc prévoir deux successeurs au « Charles de Gaulle ». Richard Labévière développe très bien l’argumentaire.

Je le résume en un mot : « La France veut-elle rester une puissance mondiale au XXIème siècle ? »

La France a été, dans le passé, capable d’efforts plus considérables.

Le choix d’un deuxième porte-avion signifiera simplement que nous voulons continuer notre Histoire et ne pas la considérer, depuis que la France existe, comme une parenthèse « pleine de bruit, de fureur et qui ne signifie rien ».

Jean-Pierre Chevènement

*Reconquérir par la mer. La France face à la nouvellegéopolitique des océans.
Par Richard Labévière – Préface de Jean-Pierre Chevènement. Editions Temporis, 314 pages, janvier 2020, 18,50 EUROS.

– Richard Labévière est un journaliste d’investigation, écrivain, chroniqueur et rédacteur en chef du magasine en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. On lui doit une vingtaine de d’essais et de livres de géopolitque notamment : Éloge du dogmatisme : contre la société de communication (avec Christophe Devouassoux), Vevey, Éditions de l’Aire, 1989, 239 p. ; À demain Karl : pour sortir de la fin des idéologies (avec Jean Ziegler), Paris, Éditions Régine Deforges – Éditions Ramsay, 1991, 135 p. ; Duel aux sommets : la montagne à l’épreuve de la démocratie (avec Christophe Devouassoux, Paris, Éditions Syros-Alternatives, 1992, 189 p. ; Les dollars de la terreur : les États-Unis et les islamistes, Paris, Éditions Grasset, 1999, 433 p. ; Bethléem en Palestine (avec Pierre Péan), Paris, Éditions Fayard, 1999, 321 p. ; Oussama Ben Laden ou Le meurtre du père : États-Unis, Arabie saoudite, Pakistan, Lausanne, Éditions Favre, 2002, 141 p. ; Les coulisses de la terreur, Paris, Éditions Grasset, 2003, 368 p. ; Le grand retournement : Bagdad-Beyrouth, Paris, Éditions du Seuil, 2006, 357 p. ; Bernard-Henri Lévy ou La règle du je (avec Bruno Jeanmart), Pantin, Éditions Le Temps des cerises, 2007, 160 p. (vient d’être réédité en janvier 2020 aux éditions Delga) ; La bataille du Grand Nord a commencé… (avec François Thual), Paris, Éditions Perrin, 2008, 248 p. ; La Tuerie d’Ehden ou La malédiction des Arabes chrétiens. Paris, Éditions Fayard, 2009, 408 p. ; Quand la Syrie s’éveillera (avec Talal el Atrache), Paris, Éditions Perrin, 2011, 830 p. ; Vérités et mythologies du 11 septembre : modeste contribution aux cérémonies officielles du Xe anniversaire, Nouveau Monde éditions, Collection : Les enquêteurs associés, 25 août 2011. ; Terrorisme, face cachée de la mondialisation. Editions Pierre-Guillaume de Roux, novembre 2016.

http://www.afrique-asie.fr/jean-pierre-chevenement-la-france-veut-elle-rester-une-puissance-mondiale-au-xxieme-siecle/

« NATO Go Home ! »

« NATO Go Home ! »

par Thierry Meyssan

Depuis deux décennies, les troupes états-uniennes imposent leur loi au Moyen-Orient élargi. Des pays entiers sont désormais privés d’État pour les défendre. Des populations ont subi la dictature des islamistes. Des meurtres de masse ont été commis. Des famines aussi. Le président Donald Trump a imposé à ses généraux de rapatrier leurs soldats, mais le Pentagone entend poursuivre son œuvre avec les soldats de l’Otan.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 18 FÉVRIER 2020 РУССКИЙعربيITALIANOENGLISHTÜRKÇEESPAÑOLROMÂNĂDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊS

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JPEG - 36.2 koArrivée au Conseil atlantique du Commandant suprême des Forces états-uniennes pour l’Europe et Commandant suprême de l’Alliance de l’Atlantique-Nord, le général Tod D. Wolters (Bruxelles, 12 février 2020).

Le président Trump consacrera la dernière année de son premier mandat à ramener les Boys à la maison. Toutes les troupes états-uniennes stationnées au Proche-Orient élargi et en Afrique devraient se retirer. Cependant ce retrait des soldats ne signifiera aucunement la fin de la gouvernance US dans ces régions du monde. Bien au contraire.

La stratégie du Pentagone

Depuis 2001 —et c’est l’une des principales raisons des attentats du 11-Septembre—, les États-Unis ont adopté en secret la stratégie énoncée par Donald Rumsfeld et l’amiral Arthur Cebrowski. Celle-ci a été évoquée dans la revue de l’armée de Terre par le colonel Ralf Peters deux jours après les attentats [1] et confirmée cinq ans plus tard par la publication de la carte d’état-major du nouveau Moyen-Orient [2]. Elle a été détaillée par l’assistant de l’amiral Cebrowski, Thomas Barnett, dans un livre grand public The Pentagon’s New Map (La nouvelle carte du Pentagone) [3].

Il s’agit d’adapter les missions des armées US à une nouvelle forme de capitalisme donnant le primat à la Finance sur l’Économie. Le monde doit être divisé en deux. D’un côté, les États stables intégrés à la globalisation (ce qui inclut la Russie et la Chine) ; de l’autre une vaste zone d’exploitation des matières premières. C’est pourquoi il convient d’affaiblir considérablement, idéalement d’anéantir, les structures étatiques des pays de cette zone et d’empêcher leur résurgence par tous les moyens. Ce « chaos constructeur », selon l’expression de Condoleeza Rice, ne doit pas être confondu avec le concept rabbinique homonyme, même si les partisans de la théopolitique ont tout fait pour. Il ne s’agit pas de détruire un ordre mauvais pour en reconstruire un meilleur, mais de détruite toute forme d’organisation humaine afin d’empêcher toute forme de résistance et de permettre aux transnationales d’exploiter cette zone sans contrainte politique. Il s’agit donc bien d’un projet colonial au sens anglo-saxon du terme (à ne pas confondre avec une colonisation de peuplement).JPEG - 26.1 koSelon cette carte, extraite d’un Powerpoint de Thomas P. M. Barnett lors d’une conférence au Pentagone en 2003, toutes les structures étatiques de la zone rosée doivent être détruites.

En débutant la mise en œuvre de cette stratégie, le président George Bush fils a parlé de « guerre sans fin ». En effet, il ne s’agit plus de gagner des guerres et de vaincre des adversaires, mais de les faire durer le plus longtemps possible, « un siècle » avait-il dit. De fait, cette stratégie a été appliquée dans le « Moyen-Orient élargi », c’est-à-dire dans une zone allant du Pakistan au Maroc et couvrant tout le théâtre d’opération du CentCom et la partie Nord de celui de l’AfriCom. Par le passé, les GI’s garantissaient l’accès des États-Unis au pétrole du Golfe persique (doctrine Carter). Aujourd’hui, ils sont présents dans une zone quatre fois plus vaste et ambitionnent de renverser toute forme d’ordre quelle qu’elle soit. Les structures étatiques de l’Afghanistan depuis 2001, de l’Iraq depuis 2003, de la Libye depuis 2011, de la Syrie depuis 2012 et du Yémen depuis 2015 ne sont plus capables de défendre leurs citoyens. Contrairement au discours officiel, il n’a jamais été question de renverser des gouvernements, mais bien de détruire des États et d’empêcher leur reconstitution. À titre d’exemple, la situation des populations en Afghanistan ne s’est pas améliorée avec la chute des Talibans, il y a 19 ans, mais empire inexorablement de jour en jour. Le seul contre-exemple pourrait-être celui de la Syrie qui, conformément à sa tradition historique, a conservé son État malgré la guerre, absorbé les coups, et quoique ruinée aujourd’hui, a traversé la tempête.

Notons au passage que le Pentagone a toujours considéré Israël comme un État européen et non pas comme moyen-oriental. Il n’est donc pas concerné par ce vaste chamboulement.

En 2001, le colonel Ralf Peters enthousiaste assurait que le nettoyage ethnique « ça marche ! » (sic), mais que les lois de la guerre interdisaient aux USA de le pratiquer eux-mêmes. D’où la transformation d’Al-Qaeda et la création de Daesh qui firent pour le compte du Pentagone ce qu’il souhaitait, mais ne pouvait pas entreprendre publiquement.

Pour bien saisir la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, il convient de la distinguer de l’opération des « Printemps arabes », imaginée par les Britanniques sur le modèle de la « Grande Révolte arabe ». Il s’agissait alors de placer la Confrérie des Frères musulmans au pouvoir comme Lawrence d’Arabie avait placé celle des Wahhabites au pouvoir en 1915.JPEG - 27.4 koL’objectif officiel, quoique non assumé publiquement, de l’état-major US : faire exploser les frontières du Moyen-Orient, détruire les États aussi bien ennemis qu’amis, pratiquer le nettoyage ethnique.

Les Occidentaux en général n’ont aucune vision du Moyen-Orient élargi en tant que région géographique. Ils ne connaissent que certains pays et les perçoivent chacun comme isolé les uns des autres. De la sorte, ils se persuadent eux-mêmes que les tragiques événements qu’endurent ces peuples ont tous des raisons particulières, ici une guerre civile, là le renversement d’un dictateur sanguinaire. Pour chaque pays, ils ont une histoire bien écrite de la raison du drame, mais ils n’en ont jamais pour expliquer que la guerre dure au-delà et ne veulent surtout pas qu’on les interroge à ce sujet. Chaque fois, ils dénoncent « l’incurie des Américains » qui ne sauraient pas terminer de guerre, oubliant qu’ils reconstruisirent l’Allemagne et le Japon après la Seconde Guerre mondiale. Ils refusent de constater que depuis deux décennies les États-Unis appliquent un plan énoncé à l’avance au prix de millions de morts. Ils ne se perçoivent donc jamais comme responsables de ces massacres.

Les États-Unis eux-mêmes dénient mener cette stratégie face à leurs citoyens. Ainsi l’inspecteur général chargé d’enquêter sur la situation en Afghanistan a-t-il rédigé un rapport se lamentant sur les innombrables occasions manquées du Pentagone d’apporter la paix alors que précisément celui-ci n’en voulait pas.

L’intervention russe

Pour pulvériser tous les États du Moyen-Orient élargi, le Pentagone a organisé une absurde guerre civile régionale à la manière dont il avait inventé la guerre sans objet entre l’Iraq et l’Iran (1980-88). En définitive le président Saddam Hussein et l’ayatollah Khomeini réalisèrent qu’ils s’entretuaient pour rien et firent la paix contre les Occidentaux.

Cette fois, c’est l’opposition entre sunnites et chiites. D’un côté, l’Arabie saoudite et ses alliés, de l’autre l’Iran et les siens. Peu importe que l’Arabie saoudite wahhabite et l’Iran khomeiniste aient combattu ensemble sous commandement de l’Otan durant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-95), ou que de nombreuses troupes de l’« Axe de la Résistance » ne soient pas chiites (100 % des Palestiniens du Jihad islamique, 70 % des Libanais, 90 % des Syriens, 35 % des Iraquiens et 5 % des Iraniens).

Nul ne sait pourquoi ces deux camps s’affrontent, mais ils sont priés de se saigner mutuellement.JPEG - 60.2 koOn prétend que le Moyen-Orient élargi est le théâtre d’une guerre de religion. Mais un tiers des populations de l’Axe chiite de la Résistance n’est pas chiite.

Quoiqu’il soit, en 2014, le Pentagone s’apprêtait à faire reconnaître deux nouveaux États conformément à sa carte d’objectifs : le « Kurdistan libre » (fusion du Rojava syrien et du Gouvernorat kurde d’Iraq auquel une partie de l’Iran et tout l’Est de la Turquie devaient être ultérieurement ajoutés) et le « Sunnistan » (composé de la partie sunnite de l’Iraq et de l’Est de la Syrie). En détruisant quatre États, le Pentagone ouvrait la voie à une réaction en chaîne qui devait par ricochet détruire toute la région.

La Russie intervint alors militairement et fit respecter les frontières de la Seconde Guerre mondiale. Il va de soi que celles-ci sont arbitraires, issues des accords Sykes-Picot-Sazonov de 1915, et parfois difficiles à supporter, mais les modifier par le sang est encore moins acceptable.

La communication du Pentagone a toujours feint d’ignorer ce qui était en jeu. À la fois parce qu’il n’assume pas publiquement la stratégie Rumsfeld/Cebrowski et parce qu’il assimile l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie à un coup de force.

La mue des partisans de la stratégie Rumsfeld/Cebrowski

Après deux ans de lutte acharnée contre le président Trump, les officiers généraux du Pentagone, dont presque tous ont été formés personnellement par l’amiral Cebrowski, se sont soumis à lui sous conditions. Ils ont accepté de ne pas
- créer d’État terroriste (le Sunnistan ou Califat) ;
- modifier les frontières par la force ;
- maintenir de troupes US sur les champs de bataille du Moyen-Orient élargi et d’Afrique.
Et ils ont ordonné à leur fidèle procureur Robert Mueller, qu’ils avaient déjà utilisé contre le Panama (1987-89), la Libye (1988-92) et lors des attentats du 11-Septembre (2001), d’enterrer son enquête sur le Russiagate.

Tout s’est alors déroulé comme du papier à musique.

Le 27 octobre 2019, le président Trump a ordonné l’exécution du calife Abou Bakr al-Baghdadi, principale figure militaire du camp sunnite. Deux mois plus tard, le 3 janvier 2020, il a ordonné celle du général iranien Qassem Soleimani, principale figure militaire de l’Axe de la Résistance.

Ayant de la sorte montré qu’il restait le maître du jeu en éliminant les personnalités les plus symboliques des deux camps, en le revendiquant, et sans encourir de riposte significative, le secrétaire d’État Mike Pompeo révéla le dispositif final, le 19 janvier au Caire. Il prévoit de poursuivre la stratégie Rumsfeld/Cebrowski non plus avec les armées US, mais avec celles de l’Otan en incluant Israël et les pays arabes.

Le 1er février, la Turquie officialisait sa rupture avec la Russie en assassinant quatre officiers du FSB à Idleb. Puis le président Erdogan se rendait en Ukraine scander la devise des Bandéristes (les légionnaires ukrainiens du IIIème Reich contre les Soviétiques) avec la Garde nationale ukrainienne et recevoir le chef de la Brigade islamiste internationale (les Tatars anti-Russes), Moustafa Djemilev (dit « Mustafa Kırımoğlu »).JPEG - 38.9 koLe Conseil de l’Atlantique-Nord acte le déploiement des formateurs de l’Otan au Moyen-Orient élargi (Bruxelles, 13 février 2020).

Les 12 et 13 février, les ministres de la Défense de l’Alliance atlantique ont pris acte du retrait inéluctable des forces US et de la dissolution à venir de la Coalition internationale contre Daesh. Tout en soulignant qu’ils ne déployaient pas de troupes combattantes, ils ont accepté d’envoyer leurs soldats former ceux des armées arabes, c’est-à-dire superviser les combats sur le terrain.

Les formateurs de l’Otan seront déployés prioritairement en Tunisie, en Égypte, en Jordanie et en Iraq. Ainsi :
- la Libye sera encerclée à l’Ouest et à l’Est. Les deux gouvernements rivaux de Fayez el-Sarraj —soutenu par la Turquie, le Qatar et déjà 5 000 jihadistes venus de Syrie via la Tunisie— et du maréchal Khalifa —soutenu par l’Égypte et les Émirats— pourront s’entretuer éternellement. L’Allemagne, toute heureuse de retrouver le rôle international dont elle a été privée depuis la Seconde Guerre mondiale, fera la mouche du coche en dissertant sur la paix pour couvrir les gémissements des agonisants.
- La Syrie sera encerclée de toutes parts. Israël est déjà membre de facto de l’Alliance atlantique et bombarde qui il veut quand il veut. La Jordanie est déjà le « meilleur partenaire mondial » de l’Otan. Le roi Abdallah II est venu s’entretenir très longuement à Bruxelles avec le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, le 14 janvier, et participer à une séance du Conseil atlantique. Israël et la Jordanie ont déjà un bureau permanent au siège de l’Alliance. L’Iraq recevra aussi des formateurs de l’Otan, bien que son parlement vienne de voter le retrait des troupes étrangères. La Turquie est déjà membre de l’Alliance et contrôle le Nord du Liban grâce à la Jamaa islamiya . Ensemble, ils pourront faire appliquer la loi US « Caesar » interdisant à toute entreprise d’où qu’elle soit d’aider à la reconstruction de ce pays.

Ainsi, le pillage du Moyen-Orient élargi, débuté en 2001, se poursuivra. Les populations martyrs de cette région, dont le seul tort est de s’être divisées, continueront à souffrir et à mourir en masse. Les États-Unis garderont leurs soldats chez eux, bien au chaud, innocents, tandis que les Européens devront assumer les crimes des généraux US.

Selon le président Trump, l’Alliance pourrait changer de nom et peut-être devenir l’Otan-Moyen-Orient (Otan-MO/NATO-ME). Sa fonction anti-Russe passerait au second plan au profit de sa stratégie de destruction de la zone non-globalisée.

La question se pose de savoir comment la Russie et la Chine réagiront à cette redistribution des cartes. La Chine a besoin pour se développer d’avoir accès aux matières premières du Moyen-Orient. Elle devrait donc s’opposer à cette main-mise occidentale bien que sa préparation militaire soit encore incomplète. Au contraire, la Russie et son immense territoire sont autosuffisants. Moscou n’a aucune raison matérielle de se battre. Les Russes peuvent même être soulagés par la nouvelle orientation de l’Otan. Il est pourtant probable que, pour des motifs spirituels, ils ne laisseront pas tomber la Syrie et soutiendront peut-être d’autres peuples du Moyen-Orient élargi.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article209213.html

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[1] “Stability, America’s Ennemy”, Ralph Peters, Parameters, Winter 2001-02, pp. 5-20. Également in Beyond Terror : Strategy in a Changing World, Stackpole Books.

[2] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[3The Pentagon’s New Map, Thomas P.M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

Un nouveau concept macronien : le séparatisme islamiste

Un nouveau concept macronien : le séparatisme islamiste

Dernière invention en date, paraît qu’il ne faudrait plus dire « communautarisme » mais « séparatisme »

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Clemenceau aurait dit : « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission. » Emmanuel Macron, admirateur du Tigre, dit-on, a bien compris la leçon. La preuve : l’an passé, il a inventé une méga-commission baptisée pompeusement « grand débat national ». L’enterrement de première classe fut de toute beauté. Autre méthode : lancer sur les ondes un nouveau concept, un nouveau mot qu’on n’avait pas encore employé pour essayer de contourner un problème que vous ne savez pas par quel bout prendre. Dernière invention en date : le séparatisme islamiste. Paraît qu’il ne faudrait plus dire « communautarisme » mais « séparatisme ». Outre-Atlantique, on a appelé ça le sécessionnisme.

On avait, pour la Corse, le Pays basque, la Bretagne, les séparatismes corse, basque, breton. On aura donc le séparatisme islamiste. Fallait y penser. C’est dans quel coin de France, l’Islamie – ou l’Islamistan -, que l’on situe un peu, sur la carte ? Les séparatismes – corse, breton, basque, etc. – ont un gros avantage : certes, il leur est arrivé, par le passé, de déposer des bombes et même de faire des morts, mais ils réussissent en même temps à capter une certaine sympathie car l’aspiration à plus de liberté locale peut avoir sa légitimité. Plus compliqué pour le séparatisme islamiste par les temps qui courent, faut bien reconnaître. Ensuite, ces séparatismes ont leur corollaire, leur version soft, en quelque sorte, qu’on appelle l’autonomisme, voire le régionalisme. Là, du coup, le capital sympathie monte en flèche. Mettez-y quelques chants polyphoniques, une langue régionale respectable, des costumes traditionnels des plus charmants, et le touriste, citoyen à ses heures perdues, ne peut qu’être sensible à l’argument. On peut même envisager un statut spécial dans la Constitution de notre République, réputée « une et indivisible ».

Mais vouloir lutter contre le séparatisme, c’est en quelque sorte admettre qu’il existe une portion de la communauté nationale qui veut se couper de la nation, si ce n’est déjà fait, qui souhaite faire sécession. C’est reconnaître qu’il existe des communautés sur notre territoire. De là à les reconnaître… Les fameux « territoires perdus de la République » ? Perdus : pas pour tout le monde, semble-t-il… Jusqu’à ce jour, notre République s’est toujours refusée à reconnaître sur le territoire métropolitain une quelconque communauté. Alors, le communautarisme aurait-il déjà gagné avec cet abandon sémantique ? Emmanuel Macron, alors qu’il était en visite à Mulhouse, ce 18 février, a avoué « ne pas être à l’aise avec ce terme de communautarisme ». Entre nous, qu’il ne soit pas à l’aise sur le sujet, on l’avait un peu remarqué, depuis bientôt trois ans qu’il est au pouvoir. Il paraît qu’il y a des Français, eux aussi, qui ne sont pas à l’aise : non pas avec « ce terme » mais avec le communautarisme tout court. Et cela ne remonte pas à 2017.

On n’est donc pas à l’abri de la création d’une commission.

La guerre de Sécession (1861-1865) fit plus de 600.000 morts, aux États-Unis, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier dans lequel ce pays fut impliqué.  5kÉTIQUETTESCommunautarismeEmmanuel MacronSéparatisme

Georges Michel

Colonel à la retraite

https://www.bvoltaire.fr/un-nouveau-concept-macronien-le-separatisme-islamiste/?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=730fc5fcff-MAILCHIMP_NL&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-730fc5fcff-30450793&mc_cid=730fc5fcff&mc_eid=d973bb6006

La stratégie européenne en intelligence artificielle : un acte manqué ?

La stratégie européenne en intelligence artificielle : un acte manqué ?

Tribune19 février 2020Par Charles Thibout

Ce mercredi 19 février 2020, Thierry Breton, au nom de la Commission européenne, dévoile son Livre blanc sur l’intelligence artificielle, point d’orgue d’une longue série de documents censés cadrer l’approche européenne en IA.

Trois axes se détachent assez nettement de ce texte : 1) la volonté de « préserver » le leadership technologique de l’Union européenne ; 2) fondé sur les « valeurs communes » de l’Europe ; 3) suivant « une approche en termes de régulation et d’investissement ».

Très vite, sa lecture soulève de nombreuses questions, moins d’ailleurs par son contenu que par ses carences. D’abord, le document admet à mots couverts que le cadre européen en matière d’IA peine à se structurer ; la faute à la fragmentation de l’Europe sur ce sujet : les États membres jouent une partition solitaire, chacun déployant de son côté des plans de développement de l’IA selon ses propres normes et son agenda…

C’est prendre le problème à l’envers : ces divisions autour de l’IA sont avant tout le symptôme d’une incapacité à « faire Europe », c’est-à-dire à identifier des intérêts communs. En faisant prévaloir la « défense des valeurs européennes » (« liberté », « dignité humaine », « protection de la vie privée », etc.), la Commission semble occulter la dimension agonistique des relations interétatiques, y compris intra-européennes : la priorité des États est moins la défense des valeurs communes que la lutte pour la puissance.

À ce stade de notre histoire commune, les Européens demeurent moins des partenaires que des adversaires ou, à tout le moins, des concurrents. C’est là que réside tout le problème : comment réussir à identifier des points de convergence, des intérêts communs, en termes de puissance ?

Une stratégie d’investissement ou de dilapidation de l’argent public ?

Le Livre blanc se structure selon deux axes : accroître les investissements en faveur du développement de l’IA et compléter l’architectonique réglementaire.

L’importance accordée aux financements se comprend aisément : les dépenses de la Chine dans le domaine de l’IA sont estimées à 70 milliards de dollars ; celles des États-Unis entre quatre et cinq milliards de dollars ; pendant que l’UE, elle, n’a déboursé que 1,5 million d’euros ces deux dernières années.

Toutefois, la multiplication des investissements n’a pas aucun sens s’ils ne sont pas adossés à des objectifs clairs, des missions précises dont les résultats sont susceptibles d’être finement évalués. Les méthodes doivent être revues : les pesanteurs bureaucratiques bruxelloises doivent être surmontées et l’on doit cesser de financer des projets dans le simple but de satisfaire toutes les parties (États, entreprises, universités, etc.) dans chaque pays.

Par ailleurs, la Commission manque de clarté quand elle déclare que 20 millions d’euros par an seront investis dans le secteur de l’IA au cours de la prochaine décennie. Aucun détail n’est donné quant à la provenance de tels financements. Ils pourraient donc tout à fait être extra-européens, ce qui impliquerait de renforcer la dépendance technologique de l’Europe vis-à-vis des principales puissances, notamment en facilitant le transfert de propriété intellectuelle des technologies développées en Europe, et en plaçant les entreprises et les centres de recherche européens ainsi financés dans le giron du droit américain ou chinois — par des contrats ad hoc ou simplement par le recours à leurs devises qui constituent, notamment dans le cas des États-Unis, un vecteur d’extraterritorialité de leur droit national.

Les investissements publics que la Commission appelle de ses vœux posent aussi question, notamment parce qu’à aucun moment la nécessité de contrôler ces investissements n’est rappelée. D’abord, il n’est pas précisé quels secteurs bénéficieraient de ces financements, ce qui révèle le manque de convergence autour d’intérêts et d’objectifs communs aux États membres. Ensuite, rien n’est dit de la nationalité des entreprises concernées par ces investissements : aidera-t-on tout autant les entreprises européennes et étrangères ? Les entreprises européennes seront-elles privilégiées par rapport aux entreprises à participation étrangère ? Enfin, aucun mécanisme de contrôle n’est prévu pour maintenir ces investissements en Europe.

En théorie, rien n’empêcherait un groupe étranger de faire main basse sur une entreprise européenne financée sur fonds publics, ce qui est régulièrement le cas des startups de haute-technologie. Par ailleurs, rien n’est prévu pour retenir les chercheurs et les ingénieurs en Europe ; or l’on sait que les niveaux de rémunération et les conditions de travail offerts aux États-Unis, mais aussi en Chine, sont le principal facteur du brain drain depuis des décennies.

La régulation au nom des « valeurs européennes » : utopie d’une puissance déchue ?

Le second axe de ce Livre blanc concerne la régulation. La Commission entend ériger ses principes éthiques en standards normatifs pour la conception des technologies d’intelligence artificielle vouées à être utilisées sur le territoire européen.

Plus encore, la Commission ambitionne d’imposer ses normes et ses valeurs dans la conception des systèmes d’IA à tous les acteurs internationaux. Par là même, l’UE se comporte comme si elle était une puissance. Voire, vanitas vanitatum, qu’elle serait en mesure par la raison d’influer sur le comportement des acteurs du monde entier en exhibant sa supériorité éthique.

Cette stratégie est vaine : elle s’illusionne ou feint de croire que la morale aurait sa place dans les affaires internationales. Le système international est un espace éminemment conflictuel. C’est une arène dont les gladiateurs sont les États, les firmes transnationales et les entrepreneurs de violence (terroristes, pirates informatiques, mafias, etc.). Tous les coups sont permis, les principes éthiques n’étant là que pour rendre cette lutte plus acceptable.

Un coup d’épée dans l’eau

L’impression qui ressort à la lecture de ce Livre blanc est celle d’un immense gâchis. Les faibles réponses juridiques apportées à un tel enjeu contournent le cœur du problème. La véritable question est celle de la maîtrise de la chaîne de valeur des technologies d’IA. Dans un contexte de guerre économique où la frontière entre l’allié et l’adversaire tend à s’estomper, il est nécessaire de contrôler l’approvisionnement en matières premières (notamment les métaux rares, essentiels dans la production des technologies émergentes), la conception des algorithmes, la collecte et le stockage des données, la production des instruments de calcul, et ainsi de suite. Le risque est de rendre les technologies européennes et leur utilisation dépendantes de systèmes juridiques étrangers, et même de voir ces technologies utilisées contre les intérêts européens.

C’est la souveraineté technologique de l’Europe qui est en jeu. Or, bien qu’elle soit affichée comme une priorité par les pouvoirs publics, le document n’apporte aucune solution claire pour la garantir. L’Europe n’aura pas voix au chapitre technologique tant qu’elle ne maîtrisera pas totalement ses chaînes d’approvisionnement, ses technologies, et tant qu’elle ne sera pas en capacité de mettre en œuvre des mesures de rétorsion contre les États et les entreprises qui contreviennent à ses intérêts.

Encore faut-il que les États membres se reconnaissent des intérêts communs. Or, les pressions américaine (OTAN), chinoise (Nouvelles routes de la soie) et russe ont l’effet d’un écartèlement stratégique qui dissout la cohérence géopolitique du continent.

Mais, au-delà, la défiance des populations à l’égard de leurs représentants, les tentations insurrectionnelles et l’essor des mouvements autoritaires sont d’une gravité suffisamment manifeste pour briser les conservatismes. Faire le choix du statu quo reviendrait à condamner l’Europe au rôle de spectateur immobile de son pillage technologique et de son propre délitement. Le salut de l’Europe ne trouvera sa voix qu’en garantissant la souveraineté de cet espace politique. Cela commence par la technologie

https://www.iris-france.org/144431-la-strategie-europeenne-en-intelligence-artificielle-un-acte-manque%e2%80%89/

Danse autour de la patience russe

Danse autour de la patience russe

Bloc-Notes

   mercredi 19 février 2020

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Danse autour de la patience russe

D’une façon générale, on comprend la situation du monde, dans son aspect chaotique, simulacre, irresponsable. La plupart des principaux acteurs de ce cirque à la fois tragique et bouffe, qui sont essentiellement du côté de la civilisation occidentale proprement dite (ditto, bloc-BAO), suivent un comportement complètement accordé à un simulacre général, et selon les règles du  déterminisme-narrativiste que nous avions définies à l’occasion de la crise ukrainienne lors de sa phase paroxystique. Certains y croient (au simulacre), d’autres se forcent à y croire, d’autres encore (les acteurs américanistes essentiellement) se fichent complètement de savoir s’il s’agit ou pas d’un simulacre, du moment que cela correspond à la satisfaction de leurs intérêts, de leur rapacité et à leur hybris.

Dans ce cadre général, la Russie est l’acteur à la fois le plus actif, et à peu près le seul à montrer un sens des responsabilités parce qu’il n’ignore pas que toute tangente vers un conflit ouvert, essentiellement avec les USA, conduirait à un conflit nucléaire avec la très-grande possibilité des conséquences extrêmes qu’on sait. Pour cette raison, les Russes montrent une très grande retenue dans leurs actes, une très grande patience dans leurs interventions de communication, – que certains estiment épisodiquement être de la pusillanimité, de la crainte, sinon une faiblesse extrême confinant à la lâcheté ou à l’impuissance. On peut certes juger de cette façon, mais on ne peut pas laisser entendre que l’extrême prudence et la patience que seuls les Russes montrent devant le risque d’un conflit nucléaire, donc le risque d’une destruction mutuelle sinon d’une destruction de la civilisation, soient en soi en eux-mêmes et dans ces circonstances un et l’autre de ces traits qui leur sont reprochés (lâcheté, impuissance).

Il est vrai que les Russes sont dans une position inconfortable, pas vraiment pour une raison de puissance ou de capacités insuffisantes, mais simplement parce qu’ils sont les seuls à montrer en toutes occasions un sens de la responsabilité. Par ailleurs, cette attitude a ses limites, puisqu’à un certain point, à laisser faire les autres sans réagir avec l’extrême fermeté des armes on risque d’être défait. Plusieurs fois, on a cru ce point proche d’être atteint pour la Russie, chaque fois dans des conditions plus délicates, à cause de la dégradation des conditions intérieures de certains des acteurs, avec accroissement de leur irresponsabilité.

Nous nous trouvons à nouveau dans une de ces circonstances, et là encore avec cet aspect d’un dangereux affaiblissement des situations intérieures de différents acteurs, notamment sinon essentiellement les Etats-Unis. On a alors une mesure de l’évolution psychologique des Russes lors de trois interventions de communication, le choix des mots et l’intensité du propos mesurant une démonstration peut-être plus évidente et s’imposant d’elle-même que calculée d’une patience qui est en train de parvenir à son point de rupture. Cela concerne la situation en Syrie, où les Russes sont directement engagés.

• La première de ces trois interventions est celle  du porte-parole de Poutine, Dimitri Pechkov, pourtant bien connu pour ses déclarations apaisantes, sinon complaisantes et lénifiantes. Cette fois, le ton change dans cette intervention qui suit l’annonce par Erdogan, hier, de l’intention de la Turquie de lancer son armée dans une offensive de renforcement d’Iblid, où elle pourrait affronter directement et sur une échelle importante l’armée syrienne.

« “S’il s’agit d’une opération contre les forces terroristes à Idlib, ce serait certainement dans l’esprit” des accords de la Russie avec la Turquie, a déclaré[Pechkov]. “Mais s’il s’agit d’une opération contre les forces armées syriennes légitimes, ce serait certainement le pire des scénarios.”
» La Russie et la Turquie se sont mises d’accord sur le processus de désescalade à Idlib, le dernier bastion des forces anti-gouvernementales en Syrie. Selon l’accord dit de Sotchi, la Turquie est censée utiliser son influence parmi les groupes armés pour réduire et finalement arrêter les attaques depuis l’intérieur de la province. L’accord a été pris comme une alternative à une offensive militaire majeure de Damas, qui, selon Ankara, provoquerait un exode important de réfugiés de Syrie vers la Turquie.
» “En réalité, cela ne s’est pas produit”, a déclaré Pechkov.
» “Nous étions satisfaits des accords qui ont été conclus à Sotchi il y a plus d’un an et la satisfaction était mutuelle. Nous n’avons absolument plus été satisfaits après que des militants et des groupes terroristes aient commencé à lancer des attaques depuis le territoire d’Idlib contre les forces armées syriennes et les sites militaires russes”, a-t-il déclaré. “C’est à ce moment que notre satisfaction a pris fin”. »

• La deuxième intervention est celle du porte-parole du ministère russe de la défense, pour commenter l’attaque israélienne contre Damas de la semaine dernière, qui a été effectuée au moment où un Airbus A320 civil allait se poser sur l’aéroport de la capitale syrienne ; le A320 a été obligé de se détourner en catastrophe vers un autre aéroport dans des conditions extrêmement dangereuses pour l’avion et donc les passagers civils qu’il transportait. C’est Gordon Duff, de Veterans Today, qui cite le commentaire officiel et souligne sa dureté :

« “Tel Aviv est parfaitement au courant des routes aériennes et de l’activité aérienne des civils autour de Damas, de jour comme de nuit, et de telles attaques imprudentes prouvent que les stratèges israéliens ne se soucient pas des éventuelles victimes civiles, a déclaré le porte-parole du Ministère de la Défense, le Général Igor Konachenkov”.
» La Russie a fait preuve d’une grande patience avec Israël depuis très longtemps et le langage utilisé par le Général Konachenkov est un changement distinct à cet égard. »

• Troisième intervention, celle du ministre russe de la défense Sergei Shoigou, qui se trouvait mardi en visite d’Etat à Rome. Il a commenté dans des conditions non précisées, mais selon un langage  également très dur tel qu’il est rapporté spécifiquement et précisément par des sources officielles russes, le comportement des USA en Syrie, là où se trouve le pétrole…

« “Les champs de pétrole… sont contrôlés par les États-Unis. Il y a un pillage éhonté et impudent des richesses qui appartiennent à la Syrie et au peuple syrien”, a déclaré Shoigou.
» Il a souligné que ce vol de ressources, combiné à un régime de sanctions américaines extrêmes, crée des conditions horribles pour la population civile qui doit faire face à des températures hivernales glaciales. “La plupart des gens, qui souffrent maintenant en Syrie, ont besoin de chaleur, d’eau chaude et d’électricité, qui, – comme nous le comprenons, – proviennent d‘hydrocarbures dont l’approvisionnement est interdit dans ce pays”, a ajouté le ministre. »

On dira qu’il ne s’agit que de paroles et du ton de ces paroles, mais on ne peut écarter l’évidence que ces paroles et leur ton commentent des événements pressants et à potentialité explosive qui sont actuellement en cours. Ce qui nous impressionne le plus, finalement, c’est l’absence de ce qui est fait pour impressionner facticement ; c’est-à-dire l’absence de la recherche d’un effet de communication, – ce qui indique en général qu’on veut en rester à la seule communication, même si la situation est difficile.

Ici, il s’agit de démarches sans liens directs entre elles, sinon celui de refléter un climat général qui est en train de s’installer au sein de la direction russe, nous dirions presque spontanément. Même si Pouchkov ou Konachenko sont intervenus avec sans doute l’instruction plus ou moins directe, plus ou moins exprimée, d’avoir des paroles dures, ils ne sont pas nécessairement coordonnées, et pas plus avec le ministre Shoigou au même moment. Notre sentiment est bien qu’ils ne le sont pas expressément, mais que leurs interventions, qui prennent pour cibles les trois principaux acteurs agissant contre Assad et soutenant en sous-mains les terroristes djihadistes tout en affirmant qu’ils les combattent, cristallisent une exaspération qui touche tous les responsables de la sécurité nationale russe.

Nous dirions ainsi qu’il n’y a pas une consigne expresse de l’un ou l’autre, – c’est-à-dire essentiellement Poutine,  – mais l’expression d’une attitude consensuelle à laquelle Poutine lui-même est fort probablement partie prenante. Cette présence de Poutine dans un concert collectif est sensible dans la déclaration de Pechkov, qui fait part d’un mécontentement russe qui n’étonnera personne, mais sur un ton assez tranchant, avec la recherche d’une tournures des phrases autant que du choix des mots faits pour affirmer une présence fondamentale, qui est celle de la force russe, partie prenante en Syrie, et partie qui pèse d’un poids considérable et qui n’est pas satisfaite du tout, d’une façon qui fleure l’ultimatum : « Nous étions satisfaits… […] Nous n’avons absolument plus été satisfaits… […]  C’est à ce moment que notre satisfaction a pris fin… »

Ce faisant, les Russes signifient dans tous les cas, – alors que certains doutes avaient été émis à cet égard ces dernières semaines, – qu’ils sont à fond derrière Assad dans son offensive vers Idlib, qu’ils ne sont pas loin de considérer, au-delà des accords de Sotchi et puisque la Turquie ne les respecte plus, que cette région illégalement occupée par les Turcs ou les protégés des Turcs, doit revenir à la légalité syrienne. Plus encore, et en fonction de la démonstration faite ces derniers jours où les Russes ont frappé très fort après la destruction de deux hélicoptères syriens pour avertir qu’ils ne veulent pas que les terroristes islamistes reçoivent un armement avancés, les Russes signifient la possibilité d’un engagement maximal de leur part en soutien des Syriens ; on n’est plus très loin d’ajouter : “si, pour cela, ils doivent se heurter directement aux Turcs et aux forces US qui s’emploient à semer le désordre et à piller les Syriens, qu’il en soit ainsi…”

… En d’autres mots et pour faire place nette dans le raisonnement, nous dirions qu’il y a, pour les Russes, quelle que soit leur capacité de patience et de prudence, un point où le duo Erdogan-Trump et ses palinodies devient insupportable. Les Russes ont noté, grâce aux démonstrations iraniennes, que les forces US se font très facilement prendre au piège et que la guerre n’éclate pas pour cela. L’enseignement vient peut-être à point pour que la prudence et la patience soient à leur terme pour ne pas devenir un signe mortel de faiblesse.

Mis en ligne le 19 février 2020 à 16H25

https://www.dedefensa.org/article/danse-autour-de-la-patience-russe

Recep pour un désastre

Recep pour un désastre

17 Février 2020

Quelle débandade turco-barbue, mes aïeux… Si les djihadistes idlibiens comptaient sur Recep Tayyip Erdogan pour les sauver, ils ont dû déchanter. La recette du sultan pour contrer la reconquête syrienne a, pour l’instant, tourné au fiasco le plus complet.

L’hypothèse n°1 de notre dernier billet était la bonne :

Après avoir établi un périmètre autour de cette route stratégique, dans quelle direction les loyalistes iront-ils pousser la chansonnette ? Du côté de la plaine d’Anadan (1) afin de sécuriser Alep de manière définitive ? En direction de la M4, autre autoroute stratégique (2) qui relie Alep à Lattaquié, comme le suggère une source au sein de l’armée ? Certains parlent même de couper la voie d’approvisionnement entre Idlib et la Turquie (3).

La grande plaine d’Anadan a été totalement libérée de la présence d’Al Qaeda & Co :

Alep est maintenant sécurisée et ses habitants n’auront plus à subir les tirs d’artillerie des modérément modérés. Sans surprise, la ville célèbre la nouvelle tandis que notre bonne presse préfère regarder ailleurs…

Et ce n’est peut-être pas fini car l’hypothèse n°3 semble également prendre de l’ampleur si l’on en juge par les bombardements syro-russes de ces dernières heures :

Va-t-on, si la diplomatie ne s’en mêle pas, vers une poussée loyaliste vers la frontière turque, coupant définitivement Idlib et la région d’Afrin occupée par Ankara ? C’est loin d’être impossible, comme le pensent d’ailleurs certains observateurs.

Où en est le sultan dans ce maelstrom ? Ses éructations répétées n’ont eu aucun effet sauf de lui faire perdre la face, ses menaces répétées contre Assad sont chaque jour battues en brèche. Du côté turc, on a réalisé que, cette fois, l’ours ne rigolait pas et qu’il resterait intransigeant

Le clown de service, à savoir l’envoyé spécial américain en Syrie James Jeffrey, multiplie les pitreries, passant d’un amour immodéré des Kurdes à une soudaine passion pour leur bourreaux, appelant « martyres » les soldats ottomans tués à Idlib ou assurant que les Etats-Unis appuient les « justes revendications » d’Ankara et un retour aux « frontières » des accords de Sochi. En vain.

En réalité, l’OTAN n’a aucune intention de soutenir la Turquie dans ce dossier et les singeries de Jeffrey ne convainquent personne, et surtout pas les Turcs. Des déclarations du MAE minimisant le problème syrien qui « ne doit pas affecter notre coopération et nos relations avec la Russie » au ministère de la Défense qui se met à menacer les groupes radicaux d’Idlib, Ankara sait bien qui est le véritable patron dans cette affaire…

Tag(s) : #Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/02/recep-pour-un-desastre.html

INFORMATIONS cf2r

o
L’attentat suicide ayant
tué un militaire algérien
revendiqué par le groupe
État islamique…
(Page 2)
Multiplication des
attaques du groupe État
islamique en Afrique de
l’Ouest dans le nord-est
du Nigeria…
(Page 3)
Plus d’une centaine de
pays espionnés par les
États-Unis et l’Allemagne
à travers une société
suisse de cryptographie…
(Page 4)
Une nouvelle arme
stratégique sera
prochainement testée par
la Corée du Nord, selon
un diplomate russe…
(Page 5)
L’Iran annonce être en
mesure de prendre le
contrôle à distance des
drones RQ-4 et MQ-4
américains…
(Page 6)
Aux États-Unis,
inculpation de quatre
agents chinois accusés
d’avoir piraté l’agence de
crédit Equifax…
(Page 8)
FORMULATION D’ARTICLES
– Les textes sont des relevés
d’écoute de la radio ; la
formulation est donc celle du
média cité. Les titres, par
contre, sont de notre
rédaction.
Au Bénin, un poste de police attaqué par des djihadistes
présumés…
Au Bénin, des hommes armés ont attaqué un poste de police dans le
nord du pays, près de la frontière avec le Burkina Faso où opèrent de
nombreux groupes djihadistes. Selon des sources policières et des
habitants, une personne est portée disparue et on déplore un blessé
grave. Les assaillants, au nombre d’une dizaine, sont arrivés en moto
près de la ville de Banikoara dans la nuit de samedi à dimanche. Ils ont
garé les motos à quelques encâblures du poste et ont évolué à pied
jusqu’au poste où ils ont commencé à tirer sur les policiers du poste de
Keremou, et dans tous les sens, en poussant des cris « Allah Akbar ».
Un policier reste toujours introuvable à la suite de cette attaque et un
autre, gravement blessé après avoir reçu une balle à la main droite et à
l’œil gauche, a été hospitalisé. Les habitants ont eux assuré que le
policier disparu avait été tué, une information difficile à vérifier dans
l’immédiat. Le poste de Keremou est un village isolé en brousse et
difficile d’accès à plus de 700 kilomètres au nord de Cotonou. Ce poste
fait un pont avec le parc du W qui s’étend sur le Bénin, le Burkina Faso
et le Niger et où la présence de djihadistes, mais aussi de braconniers, a
été enregistrée. Une certaine coopération existe entre les uns et les
autres car les groupes djihadistes se financent notamment grâce au
trafic d’armes, de carburant, d’or ou de bêtes sauvages. Selon des
experts et des sources de sécurité, le nord des pays côtiers d’Afrique de
l’Ouest, comme le Togo et le Bénin, est devenu vulnérable ces derniers
mois face à la stratégie d’expansion et de multiplication des fronts
adoptés par les groupes armés.
(La voix de l’Amérique, le 10-02-2020)
Washington envisagerait de déployer des missiles à courte et
moyenne portées en Asie-Pacifique, selon Sergueï Lavrov…
Le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé que les États-Unis
projetaient de déployer des missiles à courte et à moyenne portée en
Asie-Pacifique et qu’ils faisaient mention, pour ce faire, de la Corée du
Sud et du Japon. Sergueï Lavrov a fait cette remarque dans une
interview avec la presse locale. Selon lui, si le projet américain a pour
but de dissuader la Chine, une considérable partie de son territoire sera
à portée des engins américains. Et Moscou y réagira. À ce propos, son
pays mène actuellement des consultations très concrètes avec les deux
principaux alliés asiatiques des États-Unis, ainsi que les pays de
l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN). Lavrov a une fois
de plus souligné la nécessité de prolonger le traité New Start de
réduction des armes stratégiques, unique accord en vigueur sur le
contrôle des armes nucléaires entre la Russie et les USA. Signé en 2010
et entré en vigueur l’année suivante, le pacte expirera l’année prochaine.
Le mois dernier déjà, le chef de la diplomatie russe s’était prononcé
contre un autre projet, celui du déploiement de systèmes antimissiles
américains Aegis Ashore au Japon.
(KBS World Radio, le 11-02-2020)
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 1
… TERRORISME …
Deux sergents américains abattus par un militaire afghan dans la province de Nangarhar…
Le Pentagone a révélé l’identité des deux soldats américains tués hier dans une fusillade en
Afghanistan dans la province de Nangarhar. Deux sergents de 28 ans ont été tués et six autres
militaires blessés lorsqu’un partenaire afghan a ouvert le feu avec un fusil mitrailleur sur une force
américano-afghane. Un soldat afghan a été également tué.
(La voix de l’Amérique, le 10-02-2020)
Au moins cinq morts après un attentat suicide à l’entrée d’une académie militaire dans l’ouest
de Kaboul…
Un attentat suicide a eu lieu dans l’ouest de Kaboul ce matin, faisant au moins cinq morts civils.
L’attaque a eu lieu à l’entrée d’une académie militaire. Elle intervient après deux mois de calme relatif
dans la capitale, calme lié à la reprise des négociations entre les taliban et les États-Unis.
(Médi-1, le 11-02-2020)
Une série d’attentats islamistes aurait été déjouée par les services de renseignement irakiens…
En Irak, une série d’arrestations a été rendue publique par les autorités qui affirment avoir déjoué une
série d’attentats islamistes. Le directeur des services de renseignement irakiens, Abou Ali Al-Basri, a
assuré au quotidien local Al-Sabah que ses unités antiterroristes venaient de déjouer la plus
dangereuse opération terroriste. Des cellules terroristes liées à Daesh projetaient de commettre des
attentats en prenant précisément pour cibles, a-t-il dit, les forces de sécurité, les manifestants à
Bagdad et dans plusieurs provinces avec des objectifs très précis : semer le chaos, la sédition,
provoquer des luttes internes, mais aussi détruire l’économie irakienne tout en fauchant les vies
d’innocents, apprend-on. L’homme responsable du groupe chargé de commettre les actes terroristes a
été arrêté et devrait être, après enquête, déféré devant la justice irakienne. Selon Al-Basri il s’agit de
l’un des plus importants leaders de l’organisation.
(Radio Vatican, le 14-02-2020)
Un militaire tué dans un attentat à la voiture piégée dans le sud de l’Algérie…
En Algérie, tout proche de la frontière malienne, un soldat a été tué dans un attentat à la voiture piégée.
L’attaque a eu lieu hier matin dans la wilaya d’Adrar, toute proche de la frontière malienne. On l’a appris
hier soir. Il s’agit du premier attentat du genre dans le sud du pays depuis de nombreuse années.
(Médi-1, le 10-02-2020)
L’attentat suicide ayant tué un militaire algérien revendiqué par le groupe État islamique…
Le groupe État islamique a revendiqué mardi l’attaque suicide perpétrée dimanche contre une base de
l’armée dans le sud de l’Algérie, qui a tué un militaire algérien, près de la frontière avec le Mali.
Dimanche, un kamikaze a bord d’un véhicule piégé a déclenché ses explosifs en tentant de pénétrer de
force dans cette base située à Bordj Badji Mokhtar, dans la zone frontalière de Timiaouine, à plus de
1 700 kilomètres au sud d’Alger, selon le ministère algérien de la Défense. Une sentinelle avait été tuée
en réussissant à empêcher le véhicule d’entrer dans l’enceinte, selon la même source. « Un frère
martyr a fait exploser son véhicule au milieu de la base algérienne provoquant des dizaines de morts et
de blessés, la destruction de nombreux engins et occasionnant des dommages matériels à la base »
affirme de son côté l’État islamique dans un communiqué partagé mardi sur ses chaînes Telegram. L’EI
avait déjà revendiqué les deux derniers attentats suicide en Algérie, qui avaient visé en 2017 deux
commissariats, faisant un mort. L’attaque de dimanche survient au moment où l’Algérie s’efforce de
s’impliquer dans le règlement des crises régionales, en Libye et au Sahel, région visée par les assauts
de plus en plus audacieux de groupes djihadistes.
(Africa Radio, le 12-02-2020)
Un responsable du mouvement arabe de l’Azawad abattu par des inconnus armés dans le nord
du Mali…
Au Mali, un haut responsable d’un groupe armé arabe pro-gouvernemental a été tué par balles
dimanche, dans le nord. Yoro Ould Daha, chef d’état-major d’une branche du mouvement arabe de
l’Azawad, a été abattu près de Tamkoutate par deux assaillants qui circulaient à moto.
(La voix de l’Amérique, le 10-02-2020)
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 2
Plusieurs dizaines de morts après de nouvelles attaques dans le centre du Mali…
De nouvelles attaques se sont déroulées dans le centre du Mali. Il y a d’abord le village d’Ogossagou,
une nouvelle fois frappé dans la nuit de jeudi à vendredi. Une trentaine d’habitants a été tuée et une
expression revient aujourd’hui : celle de village martyr, puisqu’il y a un an déjà, ce village a connu un
terrible massacre. Une tuerie qui avait fait au moins 160 morts. Toujours dans le centre du pays, vers
Gao, un guet-apens a été tendu aux militaires hier. Au moins neuf personnes ont trouvé la mort.
(Médi-1, le 15-02-2020)
Deux policiers nigériens tués dans l’attaque d’un poste de police près de la frontière malienne…
Au Niger, deux policiers ont été tués lundi et un autre grièvement blessé dans une attaque contre un
poste de police dans la région occidentale de Tillabéri, proche de la frontière malienne. « Les
assaillants ont été mis en déroute par les forces de défense et de sécurité » a dit une source
sécuritaire. En fin de semaine passée, cinq civils dont un enseignant ont été tués dans ce même
secteur par des hommes armés à moto d’après le gouvernorat de Tillabéri. Cette région située dans la
zone des trois frontières – Niger, Mali, Burkina Faso – est depuis trois ans le théâtre d’attaques
récurrentes et de plus en plus meurtrières des groupes djihadistes.
(La voix de l’Amérique, le 11-02-2020)
Au Nigeria, au moins trente morts après une nouvelle attaque de membres présumés du groupe
État islamique en Afrique de l’Ouest…
Au moins trente personnes ont été tuées dans une attaque djihadiste sur une route près d’un village
proche de la capitale de l’État du Borno, Maïduguri, zone où sévit le groupe de l’État Islamique en
Afrique de l’Ouest (ISWAP), a-t-on appris lundi de sources officielles. Dimanche soir, les insurgés ont
tué pas moins de trente civils, pour la plupart des personnes qui étaient sur la route, entre Maïduguri et
Damaturu, et ont brûlé dix-huit véhicules, a fait savoir dans un communiqué Ahmad Abdurrahman
Bundi, un porte-parole du gouvernement local, précisant que plusieurs femmes et enfants ont
également été enlevés. Un membre des milices qui combat les djihadistes aux côtés de l’armée a
dénombré une trentaine de camions brûlés. « Beaucoup de chauffeurs de camion et leur assistant sont
morts, brûlés vifs dans leur sommeil » a rapporté à l’AFP, Babakura Kolo. Les combattants ont
également saisi trois autocars qui se rendaient vers Maïduguri mais qui avaient dû s’arrêter, comme les
autres véhicules, en raison du couvre-feu imposé par l’armée. « On ne sait pas combien de femmes et
d’enfants ont été enlevés, mais leur nombre est important » a ajouté M. Kolo. Les djihadistes ont
ensuite pillé le village avoisinant de Auno, à 25 kilomètres de Maïduguri, avant d’y mettre le feu. La
sécurité est extrêmement aléatoire sur la route entre Maïduguri (État du Borno) et Damaturu (État de
Yobé), le seul cordon ombilical de survie pour Maïduguri, ville de plusieurs millions d’habitants
encerclée par les violences. La région est récemment passée sous le contrôle de l’ISWAP, branche du
groupe djihadiste Boko Haram affiliée à l’État Islamique, qui multiplie les enlèvements et les attaques
sur cette route depuis plusieurs semaines.
(Africa Radio, le 10-02-2020)
Multiplication des attaques du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest dans le nord-est du
Nigeria…
Le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest multiplie les attaques dans le nord-est du Nigeria, une
recrudescence inquiétante pour le président Muhammadu Buhari qui s’est rendu dans la région mardi.
Lundi des combattants de ce groupe ont attaqué un poste militaire dans le village de Tungushe, près de
Maïduguri, tuant un soldat et blessant un autre. Les insurgés se sont ensuite rendus dans la ville
voisine de Gajiganna. Ils ont tué un autre soldat et ont emporté un véhicule militaire. À Rann à la
frontière avec le Cameroun, des insurgés arrivés à moto et des véhicules équipés de mitrailleuses ont
attaqué les positions militaires. Quelque 35 000 déplacés ont trouvé refuge dans cette ville qui a déjà
subi des attaques répétées. Le personnel humanitaire n’y a plus accès pour des raisons de sécurité. Le
groupe État islamique en Afrique de l’Ouest a revendiqué la responsabilité de ces trois attaques.
Dimanche au moins trente civils ont été tués, la plupart brûlés vifs, près du village d’Auno. Ce massacre
n’a pas été revendiqué.
(La voix de l’Amérique, le 13-02-2020)
Un prêtre catholique kidnappé par des inconnus armés dans le sud-ouest du Nigeria…
Au Nigeria la Catholic News Agency annonce ce matin qu’un prêtre catholique a été kidnappé hier dans
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 3
l’État d’Edo. Le père Nicolas Oboh du diocèse d’Uromi serait toujours en vie.
(Radio Vatican, le 15-02-2020)
Deux civils tués après l’attaque d’un poste de gendarmerie dans l’est du Burkina Faso…
Deux civils burkinabés ont été tués et neuf assaillants abattus, lundi, lors d’une attaque djihadiste
contre un poste de gendarmerie à Tanwalbougou, à une cinquantaine de kilomètres de Fada
N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, a annoncé mercredi la gendarmerie nationale. « Dans la
journée du 10 février 2020, aux environs de 10h40, le poste de gendarmerie de Tanwalbougou, dans le
département de Fada N’Gourma, a été la cible d’une attaque terroriste » affirme le communiqué de la
gendarmerie. « La détermination et le professionnalisme des éléments dudit poste a permis de tuer
neuf terroristes et d’en capturer un » précise le texte. « Malheureusement, nous déplorons deux civils
décédés et quatorze civils blessés, tous des passagers de cars de transport en mouvement aux
environs du lieu de l’attaque, évacués immédiatement dans un centre santé ». « Un important lot
d’armement, des munitions, des téléphones et des motos ont été saisis » ajoute le communiqué.
(Africa Radio, le 12-02-2020)
Washington annonce le rapatriement d’une unité de combat déployée en Afrique…
Les États-Unis ont commencé à procéder à des ajustements de forces en Afrique en annonçant le
rapatriement d’une unité de combat et son remplacement par des instructeurs militaires. Les États-Unis
ne vont pas abandonner leurs alliés africains et il s’agit seulement de la première d’une série de
mesures qui affecteront la manière dont les militaires américains vont opérer sur le continent africain.
Selon le Pentagone l’accent va être mis beaucoup plus sur la concurrence avec la Chine et la Russie,
que sur la lutte antiterroriste. Quelque 6 000 militaires américains sont actuellement déployés en
Afrique et on s’attend à une réduction de leur nombre. À noter que selon un récent rapport américain, la
menace terroriste en Afrique s’accroît alors que beaucoup de forces africaines ne sont pas en mesure
d’y faire face toutes seules.
(La voix de l’Amérique, le 13-02-2020)
Un ancien imam de Prague accusé de soutien au terrorisme…
Le procureur de la République a proposé une peine de dix ans de prison contre l’ancien imam de
Prague, Samer Shehadeh, accusé de soutien au terrorisme. Dans son dernier réquisitoire prononcé ce
mardi au tribunal de la ville de Prague, il a affirmé que sa culpabilité avait pu être démontrée. D’origine
palestinienne, né à Prague et formé en Arabie saoudite, Samer Shehadeh a fait l’objet d’une enquête
de la police tchèque à la suite d’indices témoignant de sa radicalisation. En détention provisoire depuis
novembre 2018, il lui est reproché notamment de s’être occupé du transfert de son frère et de sa
compagne vers la Syrie, où ils ont rejoint les rangs du Front Al-Nosra, une organisation terroriste
anciennement affiliée à Al-Qaïda. Par ailleurs, avec leur aide, l’ancien imam a envoyé en Syrie l’argent
de collectes organisées à Prague. S’il a reconnu les faits, Samer Shehadeh prétend que ses actes ne
sont pas délictueux conformément à la loi islamique.
(Radio Prague international, le 11-02-2020)
… ACTIVITÉS DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT …
Plus d’une centaine de pays espionnés par les États-Unis et l’Allemagne à travers une société
suisse de cryptographie…
Les services de renseignement américains et allemands ont espionné une centaine de pays grâce à
une société de cryptage. Les services secrets allemands et américains ont espionné pendant des
années plus d’une centaine de pays à travers une société suisse spécialisée dans le cryptage des
conversations. La société Crypto AG devenue après la Seconde Guerre mondiale le leader sur le
marché des équipements de cryptage, vendant pour des millions de dollars son matériel à plus de
120 pays jusqu’à récemment, indique le Washington Post dans une enquête menée avec la télévision
allemande ZDF et la radio-télévision suisse SRF. Parmi ces clients on trouve notamment l’Iran, les
juntes militaires d’Amérique latine, l’Inde, le Pakistan et même le Vatican, explique le quotidien
américain.
(Deutsche Welle, le 11-02-2020)
Il est avéré que la Central Intelligence Agency (CIA), service fédéral s’occupant notamment du
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 4
renseignement étranger des États-Unis, et l’agence allemande de renseignement étranger (BND) ont
écouté les représentants des gouvernements de nombreux pays depuis des décennies grâce aux
appareils qu’ils ont vendus à plus de 120 pays par l’intermédiaire d’une société écran suisse. Selon les
informations récoltées et traitées par le journal Washington Post et l’agence de presse allemande ZDF,
basées sur des documents secrets de la CIA et du BND, les deux agences en question se sont
infiltrées dans plus de 120 pays grâce à des appareils vendus par la société suisse Crypto AG. La CIA
et le BND, les propriétaires secrets de Cyrpto AG des années 40 jusqu’au début des années 2000,
après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont brisé les codes et protections de ses pays grâce à ces
appareils vendus par l’intermédiaire de cette société écran. Dans les articles du Washington Post et de
la ZDF, il est noté que les membres de gouvernements de nombreux pays, dont la Turquie, le Pakistan,
l’Inde, l’Iran, ont été placés sur écoute via ces appareils. Dans les documents recueillis par le
Washington Post et la ZDF, il est indiqué que Cyrpto AG a gagné des millions de dollars tout en offrant
un accès secret aux services de renseignement américains et allemands, et cette situation est appelée
« le coup d’État du siècle du renseignement ». Il est également à noter que les États-Unis ont écouté
l’Iran lors de la crise des otages de 1979 en Iran, de 1986 en Libye, et lors du bombardement d’une
discothèque à Berlin-Ouest. Les articles précisent également que les services de renseignement
allemands avaient quitté l’entreprise au début des années 1990 lorsque des différends concernant
l’argent sont apparus et que les États-Unis ont voulu écouter certains des alliés de l’Allemagne. Puis la
CIA a racheté les actions du service de renseignement allemand. Dans un communiqué publié sur son
site officiel après la parution de la nouvelle Crypto-AG indique : « nous n’avons aucune relation avec la
CIA ou le BND, et nous n’avons jamais eu de relation avec la CIA ou le BND ». La société s’est scindée
en deux en 2018 après que la CIA ait vendu ses actions. La CIA n’a pas encore fait de déclaration à ce
sujet.
(La voix de la Turquie, le 15-02-2020)
Un ancien directeur des services de renseignement entendu par les services de sécurité de la
RDC…
L’ex-chef des services de renseignement et proche de l’ancien président Joseph Kabila, a été entendu
pendant plusieurs heures mercredi à Kinshasa par les services de sécurité de la République
démocratique du Congo, a appris l’AFP de sources gouvernementale et diplomatique. « M. Kalev
Mutondo a été entendu par les services de sécurité sur des questions d’intérêt majeur pour le pays.
C’est normal qu’on obtienne de lui certains éclaircissements sur des questions précises » a déclaré à
l’AFP une source gouvernementale, confirmant une information partagée sur les réseaux sociaux.
« L’ancien patron de l’ANR (Agence nationale de renseignement) a été interrogé par les services qu’il
dirigeait pour détention injustifiée d’un passeport diplomatique et sur les soutiens dont sont
bénéficiaires certains groupes armés dans l’est de la RDC » a pour sa part indiqué une source
diplomatique sous couvert d’anonymat. M. Kalev, interrogé par l’AFP, a pour sa part affirmé être chez lui
et a ironisé sur des rumeurs sur les réseaux sociaux qui sont « l’œuvre de ceux qui m’aiment ». Selon
une autre source diplomatique anonyme, M. Kalev Mutondo a été interpellé à sa descente d’avion pour
détention d’un passeport diplomatique alors qu’il n’est plus en fonction. « Kalev Mutondo revenait
d’Addis-Abeba, il a effectivement été interpellé, il a été entendu avant d’être relâché dans la soirée » a
confirmé à l’AFP un proche de l’ex-président Joseph Kabila. Originaire du Katanga, comme l’exprésident Kabila, M. Kalev était à la tête de la très redoutée et très critiquée ANR de 2011 à mars 2019.
Il a été remplacé deux mois après l’investiture en janvier 2019 du nouveau président et ex-opposant
Félix Tshisekedi. Kalev Mutondo est l’une des quatorze personnalités congolaises sanctionnées par
l’Union européenne (UE) pour la répression de manifestations de l’opposition au cours des dernières
années du régime Kabila (2015-2018).
(Africa Radio, le 13-02-2020)
… MILITAIRE …
Une nouvelle arme stratégique sera prochainement testée par la Corée du Nord, selon un
diplomate russe…
La Corée du Nord ne tardera pas à tester une nouvelle arme stratégique, actuellement en cours de
développement. C’est ce qu’a annoncé, vendredi dernier, l’ambassadeur de Russie à P’yongyang dans
une interview avec Tass, l’une des principales agences de presse de son pays. Selon Alexandre
Machegora, le leader nord-coréen, Kim Jong-un, tient toujours ses paroles et les diplomates du
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 5
royaume ermite ne manquent pas d’évoquer leur stratégie de renforcement de leur force dissuasive à
chaque fois qu’ils rencontrent leurs homologues russes. Le dévoilement d’une telle arme sera
déterminé en fonction des avancées des préparatifs de l’essai, mais aussi de la situation externe.
(KBS World Radio, le 10-02-2020)
Activité détectée dans le complexe de recherche nucléaire nord-coréen de Nyongbyon…
Un groupe de réflexion américain a confirmé des signes d’activité dans un complexe nucléaire en
Corée du Nord. Le Centre pour les études stratégiques et internationales a annoncé les résultats
d’analyses d’images satellite prises lundi et mardi au complexe de recherche nucléaire de Nyongbyon.
Les images montrent trois wagons spéciaux, chacun de 10 à 13 mètres de long, sur une voie ferrée,
près d’une installation de production de combustible nucléaire. Ils transportaient ce qui serait des fûts et
un conteneur. Le centre indique que les images prises dimanche ne montrent aucun wagon. La
présence de wagons a été associée à des mouvements de matières radioactives dans le passé. De
tels wagons ont été pour la dernière fois aperçus en novembre l’année dernière. Des analystes du
centre indiquent qu’il est possible que la Corée du Nord utilise des wagons pour l’expédition de déchets
radioactifs liquides ou solides. Ils précisent ne pas savoir si cela est lié à la nouvelle arme stratégique à
laquelle la Corée du Nord a fait allusion, mais cela prouve, selon eux, une activité continue sur le site.
(Radio Japon international, le 12-02-2020)
La Corée du Nord serait prête à procéder à un test de lancement de missile balistique, selon le
général Terrence O’Shaughnessy…
L’essai d’un moteur de missile balistique, récemment effectué par la Corée du Nord, montrerait que
cette dernière serait prête à procéder à un test de lancement de missile balistique intercontinental
(ICBM). C’est du moins ce qu’a estimé le commandant des commandements de la défense
aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) et du nord des États-Unis (USNORTHCOM), Terrence
O’Shaughnessy. Le haut gradé américain a déposé, hier, une réponse écrite en ce sens lors d’une
audition du comité chargé des affaires militaires du Sénat. Pour étayer son hypothèse, il a notamment
évoqué les propos du dirigeant nord-coréen, tenus en décembre dernier. Kim Jong-un avait alors
déclaré qu’il allait bientôt dévoiler une nouvelle arme stratégique. Le général a également rappelé que
P’yongyang avait testé avec succès deux ICBM capables d’atteindre l’Amérique du Nord et une bombe
à hydrogène. Un exploit, selon lui, réalisé par seulement cinq pays membres permanents des Nations
unies. Enfin, toujours selon O’Shaughnessy, les tirs d’essai de plusieurs missiles à courte portée, mené
l’année dernière, témoignent de l’avancement des technologies dont disposerait le pays communiste,
susceptibles d’être intégrées à son système d’armement stratégique.
(KBS World Radio, le 14-02-2020)
L’Iran annonce être en mesure de prendre le contrôle à distance des drones RQ-4 et MQ-4
américains…
Le commandant en chef de la force aérospatiale du CGRI l’a annoncé dimanche au risque de
provoquer un véritable séisme dans le clan US : L’Iran détient les fréquences radio et les codes
d’identification des drones stratégiques américains. Selon le général de brigade Hajizadeh, l’Iran
dispose de donnés sur toutes les fréquences radio et les codes d’identification des drones américains
RQ-4 et MQ-4 utilisés par les USA dans leurs bases dans la région, ce qui lui permet de bloquer leurs
systèmes et d’en prendre le contrôle à des distances allant jusqu’à 60 kilomètres des frontières de
l’Iran. Le général a mis en garde les États-Unis contre toute tentative d’utiliser des drones MQ-4 Triton
contre l’Iran, car l’Iran connaît maintenant tous les codes et fréquences des drones. Il s’agit d’une très
mauvaise nouvelle pour les Américains qui se servent des drones pour la quasi totalité de leurs
opérations dans l’air et au sol. Cette annonce prouve les capacités iraniennes à mener de très efficaces
attaques électroniques ou attaques radio contre toute tentative américaine, soulignent les experts.
(Press TV, le 10-02-2020)
Des avions de combat chinois ont brièvement franchi la ligne de démarcation inter-détroit, selon
Taïwan…
Hier et aujourd’hui, l’armée chinoise a conduit des exercices militaires aériens de longue distance en
passant par le canal de Bashi situé au sud de Taïwan, ils ont ensuite remonté la partie ouest de l’océan
Pacifique avant de rejoindre leur base par le nord en passant par le détroit de Miyako au nord-est de
Taïwan. Les avions repérés étaient du type avion de chasse Shenyang J-11, avion de détection
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 6
Shaanxi KJ-500 et bombardier Xian H-6. Le ministère de la Défense a annoncé aujourd’hui que lors
des opérations de ce matin, des avions de chasse accompagnateurs de bombardiers Xian H-6 ont
franchi brièvement la ligne de démarcation dans le détroit de Taïwan faisant décoller les F-16 de
Taïwan chargés de missiles depuis la base militaire de Hualien pour les accompagner. La présidente de
la république Tsai Ing-wen a déclaré que la priorité actuelle de la Chine devrait être la lutte contre le
nouveau coronavirus et non des manœuvres militaires : « Je trouve que l’épidémie en Chine relève
d’une préoccupation mondiale, et qu’il y a énormément de choses à faire. Je trouve que ces
manœuvres militaires n’ont pas de sens et ne sont pas nécessaires dans un moment pareil. En de tels
temps, je veux dire à la Chine que ce qui importe est de maîtriser rapidement l’épidémie pour permettre
à la région et au monde entier, de se soulager de cette situation inquiétante à laquelle ils font face ».
Selon les informations officielles du ministère de la Défense, le dernier franchissement de la ligne de
démarcation inter-détroit par les avions militaires chinois remonte au 31 mars 2019 où plusieurs
appareils taïwanais ont décollé pour accompagner deux intercepteurs Shenyang J-11.
(Radio Taïwan international, le 10-02-2020)
Des bombardiers B-52 au large de Taïwan…
Des avions de chasse chinois ont conduit des exercices militaires autour de Taïwan entre le 9 et
10 février. Le ministère de la Défense a indiqué qu’un Lockheed MC-130J, avion militaire de transport
et de soutien aux opérations spéciales américaines, a également longé la ligne de démarcation dans le
détroit de Taïwan, du nord au sud. Par ailleurs, deux bombardiers B-52 ont survolé le littoral est de
Taïwan du nord au sud. Le ministère de la Défense a précisé qu’il maîtrisait toute activité dans le
détroit. Alors que certains responsables du département d’État américain ont réaffirmé leur soutien à
Taïwan, le porte-parole chinois des affaires taïwanaises Ma Xiao-guang a, de son côté, précisé que
l’Armée populaire de libération agit dans le but de garantir la souveraineté nationale et l’intégrité du
territoire chinois, avant de demander aux autorités du Parti démocrate progressiste (DPP) de ne pas
jouer avec le feu.
(Radio Taïwan international, le 12-02-2020)
Des missiles hypersoniques Kinjal équiperont les bombardiers stratégiques russes Tu-160…
Les bombardiers Tu-160 russes seront équipés de Kinjal, un missile air-sol hypersonique de haute
précision dévoilé par le président russe Vladimir Poutine le 1er mars 2018, et présenté alors comme
l’une des six nouvelles armes stratégiques russes, ont annoncé des sources russes dignes de foi citées
par Sputnik. Le Kinjal a une portée et une vitesse annoncée de respectivement 2 000 kilomètres et
mach 10. Il peut porter une ogive conventionnelle ou nucléaire, selon les mêmes sources.
(Press TV, le 11-02-2020)
Manœuvres militaires vénézuéliennes à la frontière colombienne…
Des centaines de soldats et de miliciens, des blindés, des véhicules transportant des missiles se sont
massés hier près de la frontière colombienne pour des manœuvres ordonnées par le président du
Venezuela, Nicolas Maduro. Le président chaviste avait indiqué que des manœuvres auraient aussi lieu
dans au moins cinq villes vénézuéliennes.
(Radio Vatican, le 14-02-2020)
… L’ACTUALITÉ DES MARCHANDS D’ARMES …
Signature d’un contrat portant sur la vente de missiles Exocet et Mistral à l’administration
chypriote-grecque…
L’administration chypriote-grecque a signé un contrat de 240 millions d’euros avec la compagnie
française MBDA pour l’achat d’armes destinées à la garde nationale chypriote grecque. Selon une
information parue dans le journal Politis, la garde nationale chypriote grecque a conclu un accord avec
MBDA pour l’achat de batteries de missiles Exocet et de missiles antiaériens Mistral. L’accord prévoit
également la modernisation des anciennes versions de ces armes qui sont dans l’inventaire de la garde
nationale chypriote grecque depuis les années 80. Le ministère chypriote grec de la Défense a
confirmé l’information du journal français La Tribune évoquant la signature d’un accord de 240 millions
d’euros avec MBDA. Les Chypriotes grecs débourseront 90 millions d’euros pour les missiles Exocet
MM40 BLOCK3 et 150 millions d’euros pour les missiles Mistral 3.
(La voix de la Turquie, le 10-02-2020)
Renseignor N° 1115 le 16 février 2020 7
… CYBERESPACE …
Aux États-Unis, inculpation de quatre agents chinois accusés d’avoir piraté l’agence de crédit
Equifax…
Les États-Unis ont annoncé lundi l’inculpation de quatre agents chinois pour le piratage de données
personnelles de l’agence de crédit Equifax qui avait touché près d’un Américain sur deux en 2017 et
était resté mystérieux jusqu’ici. Il s’agit de l’un des plus gros piratages de données de l’histoire avec
environ 145 millions de victimes aux États-Unis, a rappelé le ministre de la Justice Bill Barr lors d’une
conférence de presse.
(La voix de l’Amérique, le 11-02-2020)
En Corée du Nord, forte augmentation des activités portant sur le vol de cryptomonnaies…
La Corée du Nord a vu son utilisation d’internet bondir de 300% depuis 2018, notamment pour des
opérations de cybercriminalité visant à voler de la monnaie électronique. C’est ce que nous apprend
Recorded Future. Dans un récent rapport, cette entreprise américaine de cybersécurité a précisé que,
si en 2017 internet avait été massivement utilisé le week-end et la nuit, dès l’année suivante, son
utilisation a progressé dans la journée. Autrement dit, les connexions à des fins spécifiques ont
augmenté. Selon ses analystes, cette hausse a un rapport avec les activités portant sur l’exploitation et
des vols de cryptomonnaies, ou d’autres opérations de criminalité financière sur la toile. Le rapport
indique également que le minage de la cryptomonnaie Monero à partir d’adresses IP nord-coréennes a
elle aussi été multipliée par plus de dix depuis le mois de mai 2019. À ce propos, le New York Times a
rapporté qu’il s’agissait de techniques destinées à échapper aux sanctions internationales prises par
les Nations unies contre P’yongyang et qui ont été renforcées suite à ses essais répétés d’armes
nucléaires et balistiques.
(KBS World Radio, le 11-02-2020)

https://cf2r.org/wp-content/uploads/2020/02/Renseignor1115.pdf

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’: les hostilités sont lancées entre la France et le Royaume-Uni

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’: les hostilités sont lancées entre la France et le Royaume-Uni

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17/02/2020 | Pieterjan Neirynck | 3 min de lecture

Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian (à droite) est considéré comme un confident du président Emmanuel Macron. (EPA)

La France avertit le Royaume-Uni que les prochaines négociations avec l’Union européenne sur un nouvel accord commercial ne seront pas une partie de plaisir, selon la BBC.

‘En ce qui concerne le nouvel accord commercial et les relations futures, l’Union européenne et le Royaume-Uni vont se déchirer mutuellement’, a déclaré Jean-Yves Le Drian, le ministre français des affaires étrangères, lors d’une conférence internationale le weekend dernier. Une punchline qui s’inscrit toutefois dans les négociations: chacun défend ses propres intérêts.

Il y a deux semaines, les Britanniques ont officiellement quitté l’Union européenne et ont entamé une période de transition pour négocier un nouvel accord commercial. Que Boris Johnson veuille à tout prix gérer ces pourparlers cette année suscite également le scepticisme du ministre français. ‘Il sera difficile pour le Royaume-Uni de trouver un accord commercial d’ici le 31 décembre’, déclare Le Drian.

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’ de l’UE

Les avertissements ne viennent pas de nulle part. David Frost, le négociateur britannique de Brexit, doit prononcer ce lundi un discours en guise d’ouverture. Il réitérera fermement les priorités britanniques et exigera que l’Union européenne retire ses demandes ‘ridicules et déraisonnables’ de la table. Il est bien connu que Johnson préfère cesser de suivre les normes européennes.

La pêche, en particulier, deviendra une pomme de discorde dans les négociations. L’Union européenne – et la France en particulier – insiste sur le fait que l’accès permanent aux eaux britanniques doit faire partie d’un accord. Johnson, en revanche, voit l’avenir du Royaume-Uni comme un ‘État côtier indépendant’, avec un contrôle sur ses propres pêches.

Lire aussi:

Source: BBC

https://fr.businessam.be/des-exigences-ridicules-et-deraisonnables-les-hostilites-sont-lancees-entre-la-france-le-royaume-uni/

Pour une approche européenne offensive face à l’extraterritorialité du droit américain

Pour une approche européenne offensive face à l’extraterritorialité du droit américain

Christian HARBULOTArticle

Par Nicolas Ravailhe

Livres De Droit, La Bibliothèque

Afin de se protéger d’attaques économiques ciblées et violentes en provenance d’autres continents, principalement de l’extraterritorialité du droit américain, l’Union européenne (UE) dispose d’un arsenal juridique limité et surtout inopérant sur un plan pénal.

En effet, l’UE possède un monopole pour agir sur le plan commercial avec comme moyen le règlement 654/2014 ayant trait à l’exercice de ses droits pour faire respecter les règles du commerce international. L’approche européenne est donc plus défensive qu’offensive.

L’UE a également tenté d’adapter sa législation en adoptant une loi de blocage en 1996, le règlement 2271/96, modernisé en 2018 lors des sanctions américaines infligées à l’Iran. Plusieurs travaux ont montré le caractère inefficace de ces dispositions, en particulier ceux réalisés par le Sénat en France.

En outre, une autre réglementation européenne fait grand bruit à Washington, le règlement EMIR, (European market and infrastructure regulation). La portée de ce texte adoptée en raison du Brexit pourrait avoir un impact outre-Atlantique, ce qui a fait réagir avec véhémence les Etats-Unis.

Dans un autre registre, les Etats-Unis d’Amérique considèrent que le règlement général sur la protection des données (2016/679) comporterait un caractère extraterritorial. En la matière, on peut être légitimement dubitatifs face à cette posture d’esprit.

La non-action de l’Union Européenne

Ainsi, nous devons admettre que l’UE ne met pas en œuvre des moyens d’action, principalement une justice pénale, comparables à ceux déployés par les autorités américaines. Les Etats-membres conservent d’ailleurs la compétence pour exercer les actions répressives.

Il est pourtant légitime de se poser cette question récurrente : « si les Etats-Unis peuvent le faire, pourquoi pas l’Union européenne dont l’objet est de « mutualiser » les moyens d’action pour que les Etats membres soient plus forts ensemble sur la scène internationale ? »

Effectivement, il est concevable de considérer que rien ne l’interdirait. Surtout, la création récente d‘un parquet européen ouvre des espaces très intéressants. Prise sur le fondement des dispositions de l’article 86 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), cette décision émanant d’un groupe d’Etats pionniers prend corps via une structure institutionnelle très liée avec les justices nationales.

L’article 83 du traité TFUE, relatif à la coopération judiciaire européenne en matière pénale, dispose que le Parlement européen et le Conseil peuvent définir des infractions pénales et des sanctions, notamment en matière de « … corruption, contrefaçon de moyens de paiement, criminalité informatique et criminalité organisée ».

Nos capacités à réagir

Cette liste au demeurant suffisante pour commencer à armer l’UE face aux pratiques agressives d’Etats, d’entreprises et de toute autre organisation de son continent ou d’ailleurs peut être étendue sur décision unanime du Conseil. En l’espèce, il est loisible de constater que les lois fondamentales de l’UE permettent d’agir.

Elles sont d’ailleurs complétées par la directive 2017/1371 relative à la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union au moyen du droit pénal. L’étendue des objectifs est clairement définie : « la protection des intérêts financiers de l’Union non seulement concerne la gestion des crédits budgétaires, mais s’étend aussi à l’ensemble des mesures portant atteinte ou menaçant de porter atteinte aux avoirs de l’Union, ainsi qu’à ceux des Etats-membres, lorsque ces mesures sont pertinentes pour les politiques de l’Union ».

L’Union européenne limite ses actions au périmètre des infractions inhérentes à ses budgets (les recettes, dont la TVA en cas de préjudice d’au moins 10 millions d’euros, et les dépenses) et à ses avoirs.

Il est toutefois à noter que la définition « d’agent public » auteur ou complice d’une éventuelle infraction englobe les agents de l’UE, des Etats membres, mais également « tout agent national d’un Etat tiers ». De surcroît, dans les dispositions des articles 9 et 10, les personnes morales ne sont pas oubliées avec des dispositions pouvant conduire à la « fermeture définitive » et au « gel ou à la confiscation ».

De plus, il est même prévu un embryon d’extraterritorialité : « un État membre informe la Commission lorsqu’il décide d’élargir, dans l’une des situations suivantes, sa compétence à l’égard des infractions pénales visées aux articles 3, 4 ou 5 qui ont été commises en dehors de son territoire ». Certes, l’énumération est ensuite assez limitative à l’instar du paragraphe « b) l’infraction a été commise au profit d’une personne morale établie sur son territoire ».

La création attendue d’un parquet européen

Ces premiers dispositifs permettront d’agir plus avant mais on peut déplorer que leur champ d’infractions soit trop réduit. Ils posent néanmoins des bases et font déjà « jurisprudence » afin de montrer qu’il est possible d’aller encore plus loin. La création du parquet européen, étroitement associé aux parquets nationaux, constitue un contexte très favorable.

La directive 2017/1371 sera révisée, au plus tard, à partir d’éléments d’analyses effectuées par la Commission européenne en 2022 et 2024. En conséquence, il est opportun de préparer dès maintenant cette révision pour « muscler » les moyens de l’UE.

Une autre démarche peut consister à s’appuyer sur les éléments un peu diffus mais intéressants de ce texte afin de modifier d’autres législations et/ou de demander qu’un processus législatif européen connexe soit enclenché.

Réviser ou initier une législation nécessaire à la protection de nos intérêts économiques doit être une priorité. Comme le font les Etats d’Amérique. … C’est un choix qui relève des Européens, une question de volonté et de rapports de force entre eux, ni plus, ni moins !

http://www.epge.fr/pour-une-approche-europeenne-offensive-face-a-lextraterritorialite-du-droit-americain/

Démocratie à la vertueuse sauce américaine

Démocratie à la vertueuse sauce américaine :


Un oligarque multi-milliardaire qui cherche à devenir président achète un parti politique


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Par Moon of Alabama − Le 15 février 2020

Mike Bloomberg est la neuvième personne la plus riche du monde. Un oligarque connu pour son fort racisme et son sexisme insultant qui était autrefois le maire républicain de New York. Depuis, il a décidé de devenir président.

Comme il ne voyait aucune chance de se présenter avec un parti républicain qui est satisfait de Trump, il a déposé sa candidature en tant que candidat Démocrate. Bloomberg a depuis acheté le Parti démocrate dans tous les États ainsi que le Democratic National Committee (DNC), l’instance dirigeante du parti :

Le DNC a déclaré à Mike Gravel qu'ils ne changerait pas les règles du débat pour aucun candidat. "C'est notre règle n° 1 - nous ne pouvons changer les règles pour personne."
 
Quelques mois plus tard, ils ont changé les règles pour laisser l'oligarque Bloomberg participer aux débats ... après qu'il a donné 300 000 $ à la DNC.

Sa tactique politique est très simple. Il ne parle pas des problèmes, car les gens n’aimeraient pas ce qu’il a à dire, mais dépense simplement des tonnes d’argent :

Il dépense d'énormes sommes d'argent : sur le personnel et les ressources, sur les publicités télévisées et sur les publicités Facebook, où Trump a longtemps dominé. Et il essaie de surmonter son image publique de mauvaise qualité avec l'aide d'une armée de mêmes et à travers des événements de campagne bien organisés apparemment conçus pour convaincre les électeurs que la vie sous un riche technocrate pourrait ne pas être si mauvaise. "Je pense que c'est chic", a déclaré un partisan au Times lors d'une manifestation à Philadelphie. «J'ai l'impression que c'est une boîte de nuit ici. C'est ce dont il a besoin pour faire avancer les gens.»

À ce jour, Bloomberg a dépensé plus de 350 millions de dollars pour sa campagne. Il veut, et peut se permettre, d’y investir plusieurs milliards. Au fil des ans, Bloomberg a donné plus de 10 milliards de dollars pour construire un empire politique et philanthropique. Il a utilisé cet argent pour éliminer les voix qui le critiquaient :

En 2015, des chercheurs du Center for American Progress ont rédigé un rapport sur l'islamophobie américaine, avec un chapitre de 4 300 mots sur le NYPD [la police urbaine] de l'ère Bloomberg.
 
Lorsque le rapport a été publié, le chapitre avait disparu.

À ce moment-là, Bloomberg avait allongé environ 1,5 million de dollars. Ce chiffre a augmenté.

La chose vraiment dégueulasse c’est que cela fonctionne :

Il y a 3 mois, les sondages ont révélé que Mike Bloomberg, «largement détesté» avait l'opinion publique négative la plus élevée des candidats. Il est maintenant l'un des trois meilleurs candidats à l'investiture démocrate. L'un des humains les plus riches de la planète essaie d'inverser chaque étape du processus. Et c'est seulement ce qui est connu.

Le Parti Démocrate et beaucoup de ses fonctionnaires stipendiés semblent en être satisfaits. Cela ne les dérange pas que cela rende les États-Unis pires que l’Ukraine. Oui, la politique américaine est toujours corrompue. Mais acheter son voyage jusqu’au Bureau ovale dépasse la puanteur habituelle.

Mais Bloomberg, avec Hillary Clinton comme colistière, serait-il vraiment en mesure d’obtenir les votes nécessaires pour battre Trump ? Pour ma part, j’en doute.

Sur son site, Atrios est consterné par l’ensemble du système, mais semble toujours en pincer pour lui :

Bloomberg est mauvais pour de nombreuses raisons, et l'une d'entre elles est QUE LES GENS NE DEVRAIENT PAS ÊTRE AUSSI disposés à embrasser un milliardaire qui achète (pas seulement des publicités, mais des gens) L'ÉLECTION AVEC SA FORTUNE ABSURDE. Je veux dire, ok, bien sûr, si c'est BLOOMBERG OU TRUMP, je choisirai Bloomberg, mais pourquoi les gens choisissent-ils cela ? C'est absurde. La seule personne qui peut battre un trou du cul (faux, je sais) de milliardaire est un autre trou du cul de milliardaire ? Cerveaux en miettes, partout.

« [Si c’est BLOOMBERG OU TRUMP, je choisirai Bloomberg » est, à mon avis, exactement la mauvaise réponse à ce détournement d’un parti et d’une élection. C’est ce comportement qui rend possible la décision de Bloomberg.

Toute bonne réponse à des élections détournées par des milliardaires est de démontrer que les campagnes des riches ont un risque élevé d’échouer. Voter pour un tiers ou s’abstenir est la seule réaction responsable.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/democratie-a-la-vertueuse-sauce-americaine