Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)

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Décryptages » Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)FRANCE06 février 2020© DR / Capture d’écran / Instagram#MILA

Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)

Entre lâcheté et aveuglement, les réactions de nombre d’élus, tout comme celle des Français, sur le droit de blasphème indiquent une profonde dégradation du climat politique du pays.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN261033Avec Edouard Husson, Yves Michaud

Atlantico.fr : Un sondage IFOP-Charlie Hebdo publié le 4 février montre que 50% des 2.005 personnes interrogées sont contre le droit au blasphème et que 53% d’entre eux soutiennent Mila. De plus, des personnalités publiques comme Abdallah Zekri (délégué général du CFCM) se sont montrées virulentes à l’encontre de l’adolescente, utilisant l’expression « qui sème le vent récolte la tempête » pour dédouaner les détracteurs de Mila ou encore Damien Abad – élu Les Républicains –  qui a dit sur LCI : « Je souhaite la liberté d’expression la plus totale, mais quand elle est détournée pour créer de la haine anti-religieuse, alors oui, il y a une barrière à mettre. »

Que pensez-vous de ce sondage ? Est-il inquiétant que 50% des français se prononcent contre le droit au blasphème ? Qu’est-ce que cela dit de l’état de la liberté d’expression en France ?

Edouard Husson : Nous devons faire un peu d’histoire. La Révolution Française a été, essentiellement, anti-chrétienne. Comme l’a montré Jean Dumont, dans son ouvrage Les Prodiges du sacrilège , que je considère comme le meilleur livre jamais écrit sur la Révolution, tous les autres sujets de la Révolution auraient pu être résolus pacifiquement; mais la lutte des révolutionnaires avec l’Eglise a envenimé les relations entre les Français. La République a mis le rejet du christianisme au coeur de son programme, à partir des années 1880 comme en 1792. C’est pourquoi la notion de laïcité est profondément ambiguë. Théoriquement, la laïcité française, qui stipule que « la République ne reconnaît aucun culte », devrait signifier la stricte distinction entre l’Etat et les confessions. La laïcité est aussi liée à la notion de paix civile, depuis les Edits pris par Henri IV, Louis XIII et Louis XVI. C’est d’ailleurs dans l’état d’esprit qui fut celui de paix civile inventée par la monarchie que les catholiques ont pu accepter la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais la gauche n’a au fond jamais renoncé à « bouter le catholicisme hors de France ». En 1981, François Mitterrand a été élu sur un programme de remise en cause de l’enseignement privé catholique. Il a reculé en 1984, devant l’ampleur de la révolte populaire. 

Depuis les Lumières, la gauche vit, parallèlement à sa détestation du catholicisme et de son antijudaïsme spontané (pensez aux pages infâmes écrites par Voltaire), une fascination infantile pour l’Islam. Pensez aussi à la manière dont Napoléon se rêvait en empereur oriental respectant l’Islam ou à l’éloge de la révolution iranienne par Michel Foucault. Tout ceci est bien puéril mais éminemment dangereux aussi. Car l’Islam, à la différence du judaïsme et du christianisme, ne fait pas de distinction entre le religieux et le temporel. Au fond, la République, qui se rêve sans religion chrétienne sur son territoire, est fascinée par une religion qui se pense sans vie politique sur son territoire. L’intolérance républicaine est fascinée par l’intolérance musulmane. Elle est prête au contraire à écraser les croyants pacifiques et essentiellement tolérants que sont les Juifs et les Chrétiens. Tout comme l’Islam les a soumis, partiellement tolérés ou exterminés. 

Il faut lire les résultats du sondage IFOP/Charlie Hebdo à la lumière de notre histoire complexe. Au fond, les Français n’aiment pas l’insulte vis-à-vis de la religion – de celle que la Révolution et les Républiques ont volontiers pratiquée vis-à-vis du christianisme. Ils sont donc partagés sur le « droit au blasphème », dans un contexte où, la France étant déchristianisée, on ne fait plus bien la différence entre la religion dont le fondateur, Jésus, a déclaré « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »; et une religion dont le fondateur a aboli la distinction entre religieux et temporel, dans un e terrible régression par rapport au christianisme et au judaïsme. Mais les Français tiennent aussi à la liberté d’expression, fondement de notre ordre démocratique. C’est pourquoi ils soutiennent Mila à une courte majorité. Je npense que cette majorité serait plus large si notre classe politique avait fait son devoir et défendu la jeune fille contre les immondes menaces dont elle est l’objet. 

Yves Michaud : Première remarque : je trouve ce sondage typique de la confusion des idées actuelles. On demande aux gens de se prononcer en confondant droit à critiquer une religion et haine contre ceux qui croient les sornettes religieuses. Ce qui est encore plus accablant, c’est l’interprétation qu’en donnent les médias : on qualifie de « droit au blasphème » le droit de critiquer une religion, en ne faisant aucun cas de la différence entre ceux qui sont « plutôt pas favorables » et ceux qui sont « pas du tout favorables » à ce « droit ».

Cela dit, même si on laisse de côté ces biais, la tonalité de l’ensemble du sondage est accablante. 

C’est un fait que les Français sont très peu attachés à la liberté d’expression, ne comprennent rien à la liberté de conscience et serrent les fesses quand ils croisent un mahométan convaincu. La tolérance ambiante aux atteintes répétées à la liberté d’expression, les bondieuseries anti-Dieudonné, les pleurnicheries du style « tout le monde peut croire ce qu’il veut dans un monde gentil gentil » (ce qu’a dit Macron devant les évêques le 14 janvier dernier au collège des Bernardins), la singulière tolérance envers les manipulateurs mahométans qui cherchent à imposer un délit d’islamophobie, autant de faits qui rendent le sondage peu surprenant. Nous sommes partagés entre intolérance dogmatique et tolérance de lâcheté, entre la gauche dénonciatrice style Badiou-Pol Pot et le « en même temps » spiritualiste à la Macron-Ricoeur. C’est très inquiétant pour l’avenir. Surtout quand on voit que « les jeunes » sont dans ce sondage aux avant-postes de la résignation et de l’ignorance des valeurs républicaines.

Si les violences employées par les uns leur permettent d’avoir un statut protégé, n’y a-t-il pas un vrai danger d’escalade de la violence de la part des autres ? En refusant d’accepter le droit au blasphème, ces 50% de français ne sont-il pas en train de rentrer dans une logique de peur et, de fait, de renforcer ses détracteurs ? Pourquoi un tel consentement ?

Edouard Husson : Je ne m’en prendrai pas d’abord aux Français. Nous vivons dans la confusion des esprits depuis des décennies. Le Général de Gaulle avait eu une formule claire pour motiver le renoncement à l’Algérie: « Je ne veux pas que mon village Colombey-les-deux-Eglises, devienne Colombey-les-deux-Mosquées ! ». Georges Pompidou a maintenu les contingentements mis en places par son prédécesseur sur le recours à une main d’oeuvre immigrée venue des pays musulmans. Valéry Giscard d’Estaing a d’abord commis l’erreur du regroupement familial puis il a inversé le tendance, en fin de septennat, en signant des accords avec l’Algérie et le Maroc pour rapatrier des travailleurs immigrés. A partir des années 1980, la gauche a bloqué le débat sur la question de l’immigration venue des pays musulmans, intimidant la droite post-gaulliste et post-giscardienne et diabolisant le Front National. Nous ne sommes pas sortis de cette constellation. Mais elle s’aggrave parce que, plus les années passent, plus il y a d’immigrés d’origine musulmane, moins il devient facile de leur imposer le respect de la laïcité. La cohabitation avec des musulmans est possible, leur assimilation, même, à condition qu’ils soient un petit nombre. L’existence, désormais, de groupes musulmans importants en Europe conduit à l’établissement de zones où la tentation est forte pour des populations musulmanes homogènes d’abolir la distinction entre le religieux et le temporel. 

 Il y a quatre ans, des centaines de milliers de Français sont descendus manifester en affichant « Je suis Charlie ». Pourquoi refuseraient-ils au fond de dire « Je suis Mila »?  Mais ils sont jetés dans une confusion plus grande encore, par rapport aux dernières décennies, par la lâcheté de nos responsables politiques. Lorsque j’entends Damien Abad, élu LR, expliqué qu’il faut limiter l’expression éventuelle d’une critique de l’Islam, qu’il appelle, comme un poltron, « haine anti-religieuse », je ne peux que constater que la logique de soumission envisagée par Michel Houellebecq est en train de devenir réalité. 

Yves Michaud : Ma conviction, déjà plusieurs fois exprimée, est que face à la lâcheté générale, à commencer par celle des juges, le terrorisme mahométan a gagné.

Personne ne s’avisera plus jamais de caricaturer Mahomet et Mila se fera certainement assassiner. Quand ? Pas forcément tout de suite, mais souvenons-nous que les caricatures du prophète sont parues dans Charlie en 2006 et que les caricaturistes n’ont eu « ce qu’ils méritaient », pour reprendre les paroles de l’exquis Abdallah Zekri, délégué général du CFCM, que 9 ans après. Entre parenthèses, si la France avait une magistrature digne de ce nom, le dit mahométan aurait dû immédiatement faire l’objet de poursuites pour appel au meurtre. En guise de quoi, c’est Mila qui a fait l’objet d’une enquête préliminaire pour incitation à la haine raciale… 

Le fait est que les frères Kouachi et Coulibaly – et leurs commanditaires (qui ? question à creuser en cherchant du côté de l’Arabie saoudite, du Qatar, bref de tous ceux que nos politiciens adorent) ont gagné. Personne n’a envie de se faire dépecer au kalachnikov pour sa liberté de conscience ni d’expression. Le sondage est un beau témoignage de notre capitulation.

A la suite de ses propos, Mila a dû être déscolarisée et n’a toujours pas été accueillie dans un nouvel établissement. Peut-on parler de lâcheté de la part de l’éducation nationale ? Pourquoi un tel silence autour de ce problème ?

Edouard Husson : C’est consternant ! Comment ne pas penser à la célèbre formule de Churchill après les accords de Munich: « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ! ». Nos gouvernants ont le déshonneur. Et ils auront la guerre civile. 

Peut-on constater autre chose qu’une logique de soumission, d’appeasement, qui ne fera que renforcer les islamistes dans leur résolution à faire reculer toujours plus la République? A moins que nos élites souhaitent une partition territoriale sur le territoire national ou même la création d’une République islamique en France, il faudra tôt ou tard réagir: fermer les frontières à toute nouvelle immigration musulmane, couper les financements étrangers des mosquées, retirer leur droit de séjour aux imams radicaux, arrêter la construction de nouvelles mosquées, rétablir la laïcité stricte dans l’école publique, passer au crible les recrutements de musulmans dans la police et dans l’armée, supprimer la double nationalité et bien d’autres mesures encore. Plus on attendra pour prendre de telles mesures, plus elles seront difficiles à mettre en oeuvre et risquent de se déployer dans un climat de guerre civile. 

Yves Michaud : Le ministère de l’éducation nationale ne peut pas tout faire et n’est absolument pas la première institution concernée. 

Je pense, moi, qu’une protection policière lourde est plus urgente, plus importante et plus difficile à mettre en place qu’un simple « soutien scolaire ».  Les Anglais ont réussi à protéger Salman Rushdie mais ils y ont mis les moyens, ces moyens que nous n’avons pas mis pour Charlie. Faudra-t-il que Mila soit assassinée pour qu’on se rende compte que la situation n’est même pas sérieuse : elle est dramatique. Nous avons affaire à des assassins, pas à des enfants de chœur. Notre chic, c’est d’être très bons dans les condoléances et les funérailles. Moi, je préfère les terroristes mahométans morts et le courage commence par la résolution de ne jamais rien laisser passer. De ce point de vue, notre classe politique, de Royal à Beloubet ou Abad, a montré son vrai visage : celui de la sottise intellectuelle et de la lâcheté morale.

Propos recueillis par Edouard Roux pour Atlantico

Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :blasphèmereligionsondageIFOPCharlie Hebdoidentitémilaaffaire Mila

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