Édouard Philippe à l’Assemblée : vous attendiez le 11 mai ? Vous adorerez le 2 juin…

AccueilSantéCoronavirus  Édouard Philippe À L’Assemblée : Vous Attendiez Le 11 Mai ? Vous Adorerez Le 2 Juin…Coronavirus – Editoriaux – Politique – Santé – 28 avril 2020

Édouard Philippe à l’Assemblée : vous attendiez le 11 mai ? Vous adorerez le 2 juin…

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Le « en même temps » au sommet de son art : voici le déconfinement confiné ou le confinement déconfiné. Et l’arroseur arrosé, c’est le Français qui a voté Emmanuel Macron, croyant voir dans sa devise la quintessence de l’équilibre et du juste milieu permettant d’éviter le chaos…

Atteinte à la liberté de culte, atteinte à la liberté de circulation, atteinte à la propriété (pour ceux qui ont une résidence secondaire), reprise de l’école oui-mais-non, bars et restaurants fermés, plages et parcs aussi… La vérité est que le 11 mai sera pour tous, sauf pour certains commerçants, une non-date. Comme le non-anniversaire d’Alice au pays des merveilles. Une échéance artificielle pour donner une ligne d’horizon aux Français dans cette purée de pois. À présent que l’on est arrivé au pied du mur, ou presque, allez hop ! on relance la baballe au chien-chien, pour qu’il reparte en frétillant de la queue : comme le tweete Léa Salamé (en anglais, s’il vous plaît) : « Le 2 juin is the new 11 mai. » Tout cela peut nous emmener à Noël.

Comme toujours depuis le début de cette épidémie, le discours commence par son couplet de justification : le manque de tests, de masques et d’anticipation, c’est la faute des experts, des Français, de pas de bol… Au passage, petits ricanements amers du Premier ministre à l’endroit des yakafokon. Rhétorique classique consistant à excuser son impuissance par la technique du « on aimerait les y voir ». Nous aussi, pour tout dire, on aimerait vachement les y voir. Qui, « les » ? Soyons clairs : n’importe qui d’autre. Pourvu que ceux-ci passent la main.

Édouard Philippe épingle aussi les réseaux sociaux « colériques » et les commentateurs de « café du commerce » sur les plateaux télé. C’est logique. Comme le fait remarquer Ivan Rioufol, « le parti de l’ordre sanitaire veut aussi des commentateurs désinfectés. Une pensée saine dans un corps sain. » Et si on pouvait, en sus, leur coller un masque FFP2 sur la bouche bien serré derrière les oreilles en guise de bâillon…

Les messes publiques (sauf enterrements limités à vingt personnes) restent interdites jusqu’au 2 juin. Car le gouvernement fait l’affront aux Français de penser qu’ils ne sont qu’un ventre inanimé. « Et si je célèbre la messe à Intermarché, ça passe ? » s’interroge ingénument l’abbé Guy-Emmanuel Cariot, curé-recteur de la basilique d’Argenteuil. L’Ascension est le 21 mai, la Pentecôte le 31 mai… Cela s’appelle le sens du calendrier. Doit-on leur signaler qu’il restera ensuite l’épineux problème de la Fête-Dieu, sans parler du 15 août… Allez, reprenons le culte le 26 décembre, c’est plus prudent. Une concession, néanmoins, est lâchée : les cimetières ne seront plus fermés. Monsieur est trop bon. La bonté de Monsieur le perdra.

Vient enfin la touche finale, la marque de fabrique, car un discours de notre gouvernement ne serait pas tout à fait authentique s’il ne comportait son ordre suivi de son contre-ordre débouchant sur le désordre : le 23 avril, le site de France Info titrait « Déconfinement : Emmanuel Macron fait marche arrière sur un plan par région » : « le président, [écartait] un déconfinement en fonction des régions ». Le 28 avril, la marche arrière se mue en marche avant avec accélération sur les chapeaux de roue (notre ami Marc Eynaud appelle cela sur Twitter « une décélération disruptive ») : il n’y aura pas de déconfinement pas région mais par… département. Bientôt par pâté de maison ou par cage d’escalier ? À quand l’autorisation d’Édouard Philippe pour passer de la cuisine au salon ? C’est le problème de la ligne de front quand on n’a pas tenu l’ennemi à longueur de gaffe.

Mais tout est prévu : une gommette verte sur les départements peu infectés, une rouge sur les autres, et pas de circulation des uns vers les autres. Un peu comme un contrôle aux frontières, en somme ? Et dire, c’est bête, qu’on n’y a pas du tout pensé au début… entre pays, quand certains étaient rouges et le nôtre encore vert !https://rcm-eu.amazon-adsystem.com/e/cm?o=8&p=26&l=ur1&category=books&banner=1W6VMRS8726RAM8FY702&f=ifr&linkID=732e10e6e666789af671ac2388b44e87&t=bvoltaire-21&tracking_id=bvoltaire-21  12.4kÉTIQUETTES11 maidéconfinementÉdouard Philippe

Gabrielle Cluzel

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Ecrivain, journaliste

Le Covid-19 et l’Aube rouge

Le Covid-19 et l’Aube rouge

par Thierry Meyssan

L’épidémie de Covid-19 a tué à ce jour plus de 200 000 personnes et plongé des milliards d’autres dans une peur panique. Une panique qui prive la plupart d’entre eux de tout sens critique et les pousse à prendre ou à approuver des décisions politiques stupides. Un groupe de personnalités, l’Aube rouge (Red Dawn), dont les correspondances ont été révélées par Kaiser Health News et le site du New York Times, est parvenu à imposer une idéologie apocalyptique : la Chine nous aurait déclaré la guerre et nous ne pourrions nous protéger qu’en confinant tous les civils.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 28 AVRIL 2020 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

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JPEG - 31.5 koLe docteur Richard Hatchett. Il fut conseiller du président George W. Bush pour qui il imagina le confinement obligatoire de la population civile et dirige aujourd’hui le CEPI, groupe de coordination mondiale de l’investissement vaccinal créé par le Forum de Davos autour de la Fondation Gates. Il est le premier à avoir assimilé l’épidémie de Covid-19 à une « guerre » (sic).

Dans un précédent article [1], j’ai démontré comment des prévisions statistiques effrayantes sur le nombre de décès que le Covid-19 occasionnerait ont été élaborées par un charlatan, le professeur Neil Ferguson de l’Imperial College London, maintes fois contredit par les faits durant les deux dernières décennies.

J’ai également montré dans un autre article [2] que les mesures de confinement en Chine n’avaient pas de mobile médical, mais politique (la théorie du « mandat du ciel »). Il reste à expliquer d’où vient le confinement obligatoire de tous tel qu’il est pratiqué en Occident.

J’ai eu beau passer des semaines entières à consulter des ouvrages d’épidémiologie, nulle part je n’ai trouvé trace d’une telle mesure. Jamais dans l’Histoire une épidémie n’a été combattue de cette façon. Lorsqu’un coin du voile a été indirectement soulevé par des correspondances révélées par Kaiser Health News : cette mesure avait été planifiée par l’administration Bush en 2005-07.

L’assignation des militaires et des civils

En 2005, le département US de la Défense étudiait la manière de se préparer à des attaques bioterroristes contre des troupes US stationnées à l’étranger. Partant du principe néoconservateur que les terroristes sont des étrangers et qu’ils ne pourraient pas pénétrer dans des installations militaires US, le service de Santé se préoccupait de prévenir les attaques auxquelles des soldats pouvaient être confrontés durant leurs sorties. L’isolation des soldats malades dans des hôpitaux et l’assignation en caserne des bien portants était une option logique. Au demeurant, les bases militaires US sont de petites villes, conçues pour tenir des sièges. On peut y vivre enfermé durant des mois sans problème.

Cependant le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait l’intention de transformer la société de sorte que la distinction entre civils et militaire disparaîtrait. Chacun pourrait alors être réquisitionné pour la guerre totale contre la terreur. C’est ce qu’il avait expliqué dans une tribune publiée par le Washington Post [3].

Le docteur Carter Mecher du service de santé des anciens combattants (Department of Veterans Affairs) et le docteur Richard Hatchett de la Maison-Blanche (National Security Council) ont ainsi été chargés d’étendre cette règle militaire aux civils. Ils ne sont parvenus à l’imposer au Center for Disease Control and Prevention qu’en 2006, juste avant le départ de Rumfeld.

Elle a immédiatement soulevé une tempête de protestation aux États-Unis sous la conduite du professeur Donald Henderson, qui avait dirigé aussi bien l’école de santé publique de l’Université Johns Hopkins que le système US de réponse aux épidémies. Pour lui —et la totalité des médecins qui s’exprimèrent à l’époque— l’assignation de toute la population à domicile n’a aucun sens médical et viole les libertés fondamentales. Il s’agit ni plus, ni moins, que de la dérive totalitaire de l’administration qui avait fait adopter l’USA Patriot Act à l’occasion des attentats du 11-Septembre.

Ce n’est qu’en 2017 que tous les documents officiels US mentionnant cette mesure furent détruits par l’administration Trump. Richard Hatchett est devenu le directeur de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) qui coordonne les investissements vaccinaux mondiaux.JPEG - 20.7 koUn des e-mails de l’Aube rouge. Le docteur Lawler fait explicitement référence au plan élaboré pour le président Bush par les docteurs Mecher et Hatchett d’assignation à résidence forcée de la population civile.

« L’Aube rouge »

Chacun a suivi les contradictions des points de presse de la Maison-Blanche sur la réaction au Covid-19. Le docteur Anthony Fauci, éphémère caution scientifique de la Maison-Blanche, y a préconisé des mesures autoritaires de manière à juguler l’épidémie, tandis que apparemment inconscient le président Donald Trump s’opposait aux mesures de confinement au nom de la Liberté de tous.

De manière à prouver l’incompétence du président, les amis du docteur Fauci ont laissé fuiter une partie de leur correspondance [4]. Il apparaît qu’ils ont formé un groupe de discussion et d’action, l’Aube rouge (Red Dawn) [5].JPEG - 58.4 ko

Cette dénomination fait référence à une opération méconnue du secrétaire à la Défense Caspar Weinberger qui, en 1984, envoya une délégation dans toute l’Europe et en Amérique latine sollicitant l’aide des Alliés face à une invasion imminente des États-Unis. Le secrétaire d’État français aux Relations extérieures, Jean-Michel Baylet, m’a raconté cette grotesque tentative de manipulation : une kyrielle de généraux US étaient venu à Paris exposer le plus sérieusement du monde avec force diapositives que la première puissance du monde était menacée par deux petits États pauvres, Cuba et le Nicaragua. Dans la salle, les diplomates français, qui n’en croyaient pas leurs yeux d’être ainsi pris pour des imbéciles, se pinçaient les lèvres pour ne pas leur rire à la figure. Pour appuyer cette campagne, le Pentagone fit réaliser un film de propagande par Hollywood avec Patrick Swayze et Charlie Sheen. Ultérieurement, il reprit l’appellation « Aube rouge » pour désigner l’opération de capture du président iraquien Saddam Hussein, en 2003.

En choisissant de s’appeler « Aube rouge », les 37 personnalités impliquées affichent clairement leur anticommunisme viscéral. Il n’y a plus d’URSS, mais le Parti communiste dirige toujours la Chine d’où est partie l’épidémie. Ils affirment qu’il leur revient de reprendre le Pouvoir et de livrer la guerre.

Parmi les membres de ce groupe, on retrouve aussi bien les inévitables docteurs Anthony Fauci (directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases) et Robert Redfield (directeur des Centers for Disease Control and Prevention) que les docteurs Carter Mecher (conseiller au Department of Veterans Affairs) et Richard Hatchett (directeur du CEPI) qui imposèrent les règles militaires du confinement aux civils durant l’administration Bush.

Les idées du docteur Richard Hatchett ont été reprises intégralement par le président français, Emmanuel Macron. Nous sommes en guerre et nous devons confiner à domicile tous les civils pour nous protéger. Elles l’ont également été par certains gouverneurs US, mais pas par le président Donald Trump.

La suite est connue. La panique a gagné les opinions publiques. Les dirigeants politiques craignant d’être accusés de n’avoir rien fait imitent ceux qui agissent. La règle militaire US adoptée par la France s’est propagée comme le virus qu’elle est censée combattre jusqu’à ce que l’économie mondiale s’interrompe. Un peu partout des problèmes alimentaires surgissent et, si rien n’est fait, des famines vont apparaître, y compris dans certains secteurs des pays riches.

Thierry Meyssan

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[1] « Covid-19 : Neil Ferguson, le Lyssenko libéral » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 18 avril 2020.

[2] « Covid-19 : propagande et manipulation » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 20 mars 2020.

[3] “A New Kind of War”, Donald Rumsfeld, The Washington Post, September 27, 2001.

[4] Document : ‘Red Dawn’ Emails (80 p., 24,8 Mo).

[5] “‘Red Dawn Breaking Bad’ : Officials Warned About Safety Gear Shortfall Early On, Emails Show”, Rachana Pradhan & Christina Jewett, Kaiser Health News, March 28, 2020 ; “The ‘Red Dawn’ Emails : 8 Key Exchanges on the Faltering Response to the Coronavirus”, Eric Lipton, The New York Times, April 11, 2020 ; “The Social Distancing Origin Story : It Starts in the Middle Ages”, Eric Lipton & Jennifer Steinhauser, The New York Times, April 23, 2020.

https://www.voltairenet.org/article209775.html

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Eugène Berg 

De Eugène Berg25 avril 2020 

Dans AfriqueAnalyse et théorieConflits armésFranceLivres 6 Minute de lectureUne guerre de perdue, la France au Sahel, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, JC Lattès, 2020 ,312 pagesImprimer l’article

Le Sahel est devenu un théâtre d’opération pour les armées européennes qui, malheureusement, s’y embourbent. La résolution du conflit et des complexités qui l’entourent semblent ne plus être d’actualité. Mais si la France a perdu une bataille, la guerre, elle, n’est pas terminée. 

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Juste au moment où, à la demande d’Emmanuel Macron, les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), se réunissaient à Pau, afin de fixer un cadre plus large dans lequel devrait s’inscrire l’opération Barkhane, paraissait  « Une guerre perdue » du chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos,  directeur de recherche à l’IRD, et chercheur associé au Peace Research Institute , à Oslo. Voilà des années qu’il étudie, en se rendant longuement dans les zones touchées, les guerres et les conflits en Afrique. On lui doit notamment « L’ Afrique, nouvelle frontière du djihad ? » aux éditions La Découverte. À ses yeux, au terme d’une étude complète de la situation sur le terrain, il estime que l’ « on a confié à l’armée française une mission impossible » et que « l’opération Barkhane” prolonge la vie de régimes corrompus ».

A lire aussi: Le Sahel la nouvelle assise territoriale du terrorisme mondial

Afin de comprendre le fil de sa pensée il convient de revenir à janvier 2013, aux origines de l’intervention militaire française au Mali, destinée à lutter contre l’expansion de groupes djihadistes. François Hollande avait annoncé que la France n’interviendrait pas au Mali. L’objectif était seulement d’appuyer une éventuelle opération de paix des Nations-Unis pour rétablir l’ordre à Bamako où des mutins avaient pris le pouvoir. Un mois plus tard l’armée française est tout de même intervenue. Cette opération qui aurait dû être courte, s’est éternisée avec des effets dévastateurs. Les fondements de l’intervention au Mali font donc débat. Le récit officiel veut que, le 7 janvier 2013, des pickups chargés de djihadistes se soient ébranlés en direction de Konna. Les combattants viennent du Nord du Mali où ils se sont emparés de Tombouctou, Gao et Kidal quelques mois plus tôt. Il faut agir, disait-on alors en haut lieu, sinon Bamako pourrait tomber et puis Niamey, Ouagadougou, Nouakchott… Tout le « Sahélistan  » serait aux mains des fous de Dieu. La France est la seule à pouvoir intervenir.  Alors, le déploiement des troupes françaises avait débuté avec deux grands objectifs : empêcher l’enracinement des groupes djihadistes dans le nord du Mali et restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire. Sept ans plus tard, une période presque aussi longue que la guerre d’Algérie, aucun de ces objectifs n’a été atteint. Le pays reste coupé en deux. Dans le nord, des groupes rebelles, souvent Touaregs taxent les populations, les services publics ne fonctionnent pas, ou peu, les rares autorités locales ont déserté le terrain. Le résultat est que les groupes dits djihadistes, qui étaient fragmentés, se sont regroupés autour d’un ennemi commun : la France, dont la présence militaire leur donne une légitimité et leur procure aide et appui de l’extérieur. Mais surtout, spécialistes de la guerre asymétrique, ils se sont dispersés dans ce vaste territoire que forme la Bande sahélo-saharienne, qui couvre près de 5 millions de km2. Profitant de l’impéritie des armées locales, les plus pauvrement dotées du monde, ils ont émergé dans des zones où ils ne se trouvaient pas avant, comme le nord du Burkina Faso, dont ils contrôlent désormais près du tiers du territoire ou le Macina, dans le centre du Mali. Est-ce à dire, comme le soutient Marc-Antoine Pérouse de Monclos que l’armée française se retrouve prise « dans une sorte de piège, qui pourrait devenir notre Afghanistan »,  et donc que la France devrait « annoncer un désengagement ». En fait pour lui on s’est trompé sur le diagnostic : l’usage du qualificatif de « terroriste » introduit beaucoup de confusion. Les rebelles tiennent des bouts de territoire, mais aucun n’a démontré sa capacité à gouverner d’où le fait que la menace d’un nouvel Etat islamique paraît chimérique. Certes,  les divers groupes se revêtissent d’un vernis religieux mais en fait comme  « seigneurs de la guerre, ils poursuivent une logique mafieuse. La motivation religieuse à rejoindre ces groupes n’est d’ailleurs pas déterminante. La plupart des enjeux sont locaux : conflits de bétail d’accès à la terre, à l’eau.

A lire aussi: Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

Mais le problème de fond, c’est l’inanité de cette intervention. Comment la France peut-elle réussir à sauver cette partie de l’Afrique en s’appuyant sur des armées défaillantes. Certes, comme l’a exprimé à plusieurs reprises le chef d’état major des armées, le général Lecointre, l’opération « Barkhane », se situe dans le temps long, un de ses objectifs étant de former les armées locales afin que celles-ci prennent la relève. C’est sur ce  « pari » que repose en grande partie l’engagement français. La France fait de la coopération militaire en Afrique, depuis les années 1960, mais force est de dire que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les armées nationales manquent de moyens et de  professionnalisme, et se livrent trop souvent à des actions punitives visant les populations civiles, sans le soutien desquelles aucun succès ne saurait être durable. Marc-Antoine de Montclos poursuit sa démonstration en affirmant que la présence militaire française ne sert pas seulement à lutter contre le terrorisme, elle garantit aussi aux gouvernements en place qu’il n’y aura pas de coups d’Etat contre eux. Les forces françaises n’ont-elles pas bombardé une colonne de rebelles tchadiens venant de Libye, en février 2019, pour sauver Idriss Déby, présenté comme l’élément de stabilité de la région? Or à ses yeux le Tchad, est un pays fragile, sur lequel il est difficile de s’appuyer.  Finalement, avec l’appui que leur offre l’armée française, les régimes du G5 Sahel -hors Mauritanie- n’ont aucune incitation à se réformer. Ce constat étant fait, à nuancer ou à relativiser, l’auteur hésite à donner des conseils et des orientations précises, ce qui ne relève après tout pas de son ressort. Il admet pourtant que dans ces guerres asymétriques, il faut une réponse militaire. À ses yeux la seule issue possible est celle d’une solution politique que seule une négociation entre toutes les parties concernées permettra de mettre en œuvre. Pour le moment, la France ne s’oriente pas en direction d’un dégagement progressif de ses forces au Sahel, elle vient de recevoir l’appui militaire de l’Estonie, du Danemark, de la Suède et la Grande-Bretagne. Son action s’inscrit également dans le cadre plus large de la coalition pour le Sahel, où actions militaires et actions de développement s’appuieront.  L’ouvrage franc et direct de Marc-Antoine Pérouse de Monclos est contribue intelligemment à ce débat, où il ne s’agit pas seulement de la France, mais de la sécurité de l’Europe et de la stabilité sur le long terme d’une bonne partie de l’Afrique, dont on ne peut séparer le destin du nôtre.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

Tags:DjihadismeG5Opération BarkhaneSahel

Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé Marseille

BEST OFBest of du 18 au 24 avril

Décryptages » L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé MarseillePOLITIQUE27 avril 2020© BORIS HORVAT / POOL / AFPEXCLUSIF

L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé Marseille

La ville de Marseille, 2e métropole de France, 12 000 fonctionnaires, 200 pour son seul service informatique, et sa métropole Aix-Marseille en charge des cruciales directions de la voirie, des ordures ménagères, de l’eau… ont toutes deux été frappées par une cyber attaque le mois dernier.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN31877Avec Xavier Raufer

Depuis la nuit des temps, les catastrophes, désastres et calamités frappant l’humanité ; naturels (séismes, tsunamis) ; humains (guerres) ; affectaient forcément le monde physique, pour la parfaite raison que c’était le seul. Or depuis vingt ans désormais – les criminologues, étudiant les deux univers, le savent trop bien – les pannes géantes, le crime, l’espionnage, le sabotage, etc., touchent toujours plus le cybermonde. Ils ont en commun les ravages de terribles virus : COVID-19 (registre biologique) et virus-pirates (numérique). 

Exemple : la grave et méconnue cyber-attaque ayant dévasté, la nuit du vendredi 13 (!) mars, les serveurs de Marseille (ville, communauté urbaine et alentours). Attaque dont les effets locaux sont toujours sévères, quarante jours plus tard.

On comprend que cette ravageuse attaque soit restée inaperçue: assommés, les Français et leurs dirigeants, bientôt confinés, voient leur monde ambiant – le philosophe Martin Heidegger dit « ce qui va de soi pour les masses » ; et du directoire du néo-monde, « le cercle bien arrêté des dispositifs qui organisent la situation de puissance de l’homme » – s’évanouir sous leurs yeux – sans savoir du tout jusqu’à quand. Mais la gravité de l’attaque vaut qu’on s’arrête à Marseille. 

La ville d’abord : 2e métropole de France, l’une des vingt premières de l’Union européenne, 12 000 fonctionnaires ; 200 pour son seul service informatique, qui est énorme : 1 300 serveurs, 6 000 ordinateurs, 450 applications-métiers, etc. Frappée tout autant, la métropole Aix-Marseille, 8 000 agents, en charge des cruciales directions de la voirie, des tunnels, des ordures ménagères, de l’eau, etc. 

Or dans la nuit du 13 mars, une attaque « massive et minutieusement préparée » de pirates encrypte 90% du dispositif – dès lors perdu pour ses utilisateurs. Seul, un ingénieur arrachant au réflexe une prise de courant du mur, empêche l’écran noir total et définitif. L’essentiel des serveurs paralysés : la vie sociale par voie informatique est soudain bloquée dans la métropole de 1,8 million d’habitants. 

Quand débute une crise sanitaire inouïe, 48 heures avant le confinement, sont ainsi inaccessibles : l’état-civil, plus d’enregistrement des naissances et les décès (la crise du COVID-19 débute !) ; les services d’appel du public ; le planning et service des payes de tous les fonctionnaires ; les listes électorales (la nuit du vote du 1e tour des municipales) ; la liste des enfants inscrits en crèche ou à l’école primaire à la prochaine rentrée ; les factures à payer par la mairie à ses prestataires ; les fichiers des permis de construire en cours et des immeubles en péril (à Marseille !), les concessions disponibles dans les cimetières. La police municipale n’enregistre plus les mains-courantes ou procès-verbaux (confinement !). Le 18 avril, la mairie avoue « on est loin d’en être sortis » : il faut « purger » et relancer à la main, un par un, les 1 300 serveurs. Un mois pour rétablir l’application du seul état-civil ; deux mois minimum pour reconstruite un système opérationnel.

À lire également : L’inquiétante impréparation gouvernementale face aux cyberattaques

Pour Marseille, l’attaque est un d’autant plus durable désastre que – erreur confondante – les sauvegardes des fichiers cryptés, elles aussi largement perdues, étaient conservées… sur le même réseau que les serveurs eux-mêmes.

Que s’est-il passé ? « Mespinoza-Pysa » virus-pirate servant à rançonner des villes et entreprises, est connu depuis octobre 2018. Dès juillet 2019, l’entreprise de transferts de fonds Moneygram reste longtemps paralysée, suite à une sauvage attaque de Mespinoza-Pysa. Dès le 16 décembre 2019, le site spécialisé Malware-Warrior avertit ainsi : « Pysa-Ransomware (logiciel-rançonneur) pénètre dans le PC, inaperçu de l’utilisateur, puis encrypte ses fichiers avec un algorithme complexe qui les rend totalement inutilisables. Pysa-Ransomware crypte précisément les fichiers les plus importants pour l’usager : photos, audio, archives et documents de bureau, etc. ». Conclusion claire :  » Supprimez immédiatement Pysa-Ransomware ». 

Avant l’attaque sur Marseille et malgré ses efforts, l’auteur n’a pas trouvé trace d’une alerte à de possibles victimes, dont les grandes villes. Le 18 mars – cinq jours après le piratage, l’Agence nationale en charge, l’ANSSI, réagit (CERT FR-2020-CTI 002) ; elle a « récemment été informée d’attaques informatiques visant notamment des collectivités territoriales françaises… Des analyses sont en cours ». Pour l’ANSSI toujours, qui « se veut rassurante », « ce phénomène n’est pas nouveau ». Suit un simple rappel des mesures de sécurité – sans nulle précision sur d’analogues attaques perpétrées en 2020. 

Côté officiel, 40 jours après le ciblage de Marseille, rien de pertinent n’est paru sur qui fut son initiateur, ni comment – et surtout, pourquoi, l’attaque. Même flou du côté des sites experts en cyber-malveillance : tous ont attendu le 19 mars pour publier le communiqué de l’ANSSI, sans autres précisions.

Sans cruauté exagérée, rappelons enfin que l’avertissement rétrospectif est un ressort majeur du cinéma comique : « Attention cher ami, le plafond est bas »… Pour la victime déjà au sol, à demi-assommée, l’annonce est-elle bien utile ?

*** Toutes précisions et sources disponibles sur demande.Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :cyber attaqueMarseilleFrance2020Thématiques :HIGH-TECHSCIENCEFAITS DIVERSS

https://www.atlantico.fr/decryptage/3589139/l-autre-virus-qui-laisse-le-gouvernement-a-nu–revelations-sur-la-cyberattaque-qui-a-desorganise-marseille-xavier-raufer

L’EFFONDREMENT DE L’ÉCONOMIE MONDIALE RÉVÈLE L’ÉCHEC COMPLET DU CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

Choix de l’éditeur économique 25.04.2020 – 2,240 vues    4.4 ( 7 votes)

L’EFFONDREMENT DE L’ÉCONOMIE MONDIALE RÉVÈLE L’ÉCHEC COMPLET DU CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

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Écrit par le Dr Leon Tressell exclusivement pour SouthFront

  • Fitch Ratings, «une récession mondiale sans précédent en cours»
  • Selon l’économiste Sven Heinrich, «les banques centrales sont des armes de destruction économique massive».

Au fur et à mesure que les jours passent, des données affluent pour révéler les immenses dégâts économiques causés par la pandémie de coronavirus. La plupart des politiciens et des experts économiques rejetteront la responsabilité de l’ouragan économique, provoquant des dizaines de millions de chômeurs, sur les blocages du coronavirus. Fitch Ratings  a donné un bref aperçu de la catastrophe économique en cours qui, selon elle, se prolongera jusque dans les années 2020:

«Le PIB mondial devrait désormais chuter de 3,9% en 2020, une récession d’une profondeur sans précédent dans l’après-guerre. Ceci est deux fois plus important que le déclin prévu dans notre mise à jour GEO du début avril et serait deux fois plus grave que la récession de 2009. »

«La baisse du PIB équivaut à une baisse de 2,8 milliards de dollars des niveaux de revenu mondiaux par rapport à 2019 et à une perte de 4 500 milliards de dollars par rapport à nos attentes avant virus pour le PIB mondial de 2020. Fitch s’attend à une baisse du PIB de la zone euro de 7%, du PIB américain de 5,6% et du PIB britannique de 6,3% en 2020. »

Pourtant, au début de cette année, les médias financiers et les classes politiques du monde entier faisaient des prévisions optimistes sur la façon dont nous allions connaître une croissance économique modérée cette année, bâtie sur des bases économiques solides. Il n’y avait aucune raison de s’inquiéter ou de s’alarmer de laisser le capital mondial opérer sa magie et ses retombées économiques assureraient à tous un niveau de vie élevé.

Avance rapide de 4 mois et une pandémie de santé mondiale a révélé à quel point les fondements économiques de l’ordre économique néolibéral qui ont été annoncés comme un tel succès depuis l’ère Reagan-Thatcher des années 1980 ont été peu profonds, fragiles et instables. Ces fondations ont été construites sur des taux d’intérêt infiniment bas, une augmentation exponentielle de la dette publique et privée (envoyant la dette mondiale au-dessus de 250 billions de dollars) et une augmentation massive des inégalités sociales et économiques. Parallèlement à cela, il y a eu l’exploitation intense des nations dans le monde en développement et l’utilisation de guerres de changement de régime comme des prises de ressources nues qui cimentent le modèle économique néolibéral en place.L’économie mondiale ralentissait en 2019 et se dirigeait vers une récession mondiale . L’économie japonaise était déjà entrée en récession au dernier trimestre 2019,Pendant ce temps, les données PMI de la Chine et de l’Allemagne ont indiqué qu’elles planaient juste à l’extérieur du territoire de la récession.L’économie mondiale à la fin de 2019 était au bord du gouffre et avait juste besoin d’un catalyseur ou d’une épingle pour éclater la bulle de tout ce qui a vu une inflation massive des prix. d’actifs papier à travers le monde, allant des actions et obligations aux dérivés tels que les obligations de prêts garantis.

La croissance économique anémique qu’a connue le capitalisme mondial depuis la dernière crise financière, il y a à peine 12 ans, a été basée sur une expansion gigantesque de la masse monétaire mondiale, les banques centrales et les gouvernements estimant à tort que la seule façon de soutenir notre dette était alimentée le système économique devait créer de plus en plus de dettes.

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Les 12 dernières années depuis la crise financière mondiale de 2008 ont vu un transfert de richesse sans précédent des classes ouvrières à la classe milliardaire qui exerce une immense influence politique sur les gouvernements du monde entier. Les programmes de relance des banques centrales, c’est-à-dire l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt historiquement bas, ont alimenté une aubaine spéculative qui a poussé les marchés financiers à des niveaux record à travers le monde.

Pendant ce temps, les gouvernements du monde entier ont cherché à donner un coup de main à la classe des milliardaires en difficulté en réduisant les gains en capital, le revenu et l’impôt sur les sociétés dans tous les domaines. La taxe de 1 billion de dollars du président Trump donnée aux élites économiques en 2017 est l’exemple le plus flagrant de ce phénomène.

Dans le même temps, les salaires de milliards de personnes ordinaires ont stagné ou baissé tandis que les prestations sociales et les soins de santé ont diminué. Nous avons maintenant une situation totalement surréaliste où 26 milliardaires contrôlent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus de 3,8 milliards de personnes.

Les classes ouvrières et moyennes ainsi que les pauvres sous-employés des pays en développement ont été obligés de payer les coûts de la crise économique mondiale de 2008. Une fois que la pandémie de coronavirus s’est finalement éteinte, les travailleurs de ce monde seront confrontés à une dépression économique qui rivalisera et pourrait même dépasser en gravité celle des années 1930. Les gouvernements à tous les niveaux chercheront à nouveau à faire payer aux citoyens ordinaires le coût des gigantesques dettes contractées par les renflouements du gouvernement et des banques centrales.

Dans un effort désespéré pour soutenir leur système et protéger les intérêts de leur propre classe, les banquiers centraux et les politiciens du monde entier président un autre transfert de richesse qui profite au 1% le plus riche de la société. Bloomberg a noté comment plus de 8 billions de dollars ont été imprimés de toutes pièces par les banques centrales mondiales et les gouvernements pour soutenir leur système alimenté par la dette. La majeure partie de cette horde d’argent fiduciaire est allée au service des besoins de Wall Street et de ses homologues à Londres, Paris, Francfort, Shanghai, etc. Le  Wall Street Journal  a ouvertement reconnu cette vérité dans un éditorial:

«La Fed peut penser que tout cela est essentiel pour protéger la plomberie du système financier et réduire le risque systémique jusqu’à ce que la crise du virus passe, mais ne vous y trompez pas, la Fed protège d’abord Wall Street. L’objectif semble être de relever les prix des actifs, comme l’a fait la Fed après la panique financière, et d’espérer que l’effet de richesse se répercute sur le reste de l’économie. »

À mesure que les années 2020 progressent, des inégalités massives de richesse et de santé, la faim et la pauvreté amèneront un grand nombre de personnes à remettre en question le système économique hyper financiarisé dont le seul motif est de protéger les intérêts du 1%.

Le système monétaire dominé par les États-Unis, qui accorde un traitement préférentiel à l’empire et à ses alliés, est en déclin. Son déclin sera exacerbé par les coups de marteau jumeaux de la pandémie de coronavirus et la dépression économique mondiale qui se déroule actuellement.

Au cours de la prochaine décennie, faire du monde deviendra un endroit encore plus instable alors que la puissance hégémonique de notre époque cherche à maintenir sa position dominante dans l’économie mondiale au détriment des autres nations. Les contradictions et les tensions entre les États-Unis et leur rival chinois seront considérablement exacerbées au cours de la prochaine période. Comme nous l’avons vu dans les années 1930, une fois que ces contradictions et tensions économiques atteignent un point de rupture, les superpuissances du jour ont peu de possibilités d’action à leur disposition au-delà de la guerre ou de l’apaisement de leur rival. aurait pu être évité. Si l’Espagne républicaine avait vaincu l’insurrection fasciste de Franco, l’élan vers la guerre aurait été ralenti.Cela aurait considérablement renforcé le gouvernement du Front populaire en France et stoppé les politiques d’apaisement qui ont permis à l’Allemagne nazie de se renforcer comme une tumeur cancéreuse.
Au cours de la prochaine décennie, il y aura sans aucun doute d’autres cas de ce genre où la marche en avant vers la guerre pourra être évitée.

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Le risque d’une nouvelle barbarie

Le risque d’une nouvelle barbarie

GeopragmaBillet d’actualitéFrancePostCovid-19Emmanuel Macron

Chronique du Figaro du mardi 21 avril 2020 par Renaud Girard*

Malgré sa faible létalité, le Covid-19 nous pose toujours un problème grave : cette pathologie respiratoire est très contagieuse ; elle crée, dans 5% des cas, des suffocations, qui peuvent entraîner une saturation des services hospitaliers de soins intensifs et de réanimation. En attendant le vaccin, nous devrons donc conserver nos « gestes barrières », voire porter des masques dans les lieux clos.

Mais à la menace de voir notre système hospitalier débordé, vient s’ajouter un autre risque : celui d’une nouvelle barbarie dans la manière dont nous regardons nos anciens. Nous n’utilisons plus le beau mot de vieillards, en raison de notre addiction linguistique aux euphémismes.

Dans un éditorial du Figaro du 25 août 2003, intitulé Barbarie française et écrit pendant la canicule estivale qui tua 15 000 personnes en deux semaines, j’avais déjà pointé du doigt la dérive d’une société individualiste et égoïste, où de nombreuses familles avaient abandonné leurs parents dans la solitude, tant la priorité était pour elles de profiter sans contrainte des plages et des boîtes de nuit. Or certaines scènes que nous voyons aujourd’hui relèvent de la même barbarie.

Le 12 avril, la télévision belge RTL Info diffusait un effrayant reportage sur l’EHPAD du Jardin des Plantes, dans le 5ème arrondissement de Paris. On y voyait des personnes âgées séquestrées dans leur chambre, abandonnées et privées des soins les plus élémentaires. Dans les maisons de retraite, où les visites des familles sont interdites, la dureté du confinement risque de provoquer davantage de morts (du fait du manque de soins et de contacts sociaux) que le Covid-19. La civilisation occidentale individualiste a tort de se croire moralement supérieure aux civilisations africaines et orientales, où il ne viendrait à l’idée de personne d’abandonner ses parents âgés à la solitude.

Chez nous, les règles de confinement ont pendant plusieurs semaines interdit à des milliers de Français de se rendre à des enterrements ou au chevet de leurs proches mourants, qui ont rendu leur dernier soupir dans la plus affreuse solitude. Dans son roman L’Etranger, Albert Camus montrait que l’homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère se rend suspect à toute la collectivité. Dans notre nouvelle société, égoïste et obsédée par son « principe » de précaution, l’inversion des valeurs est telle que le suspect est désormais celui qui accomplit les plus anciens rites humains : assister les mourants ; veiller, puis enterrer les morts. Le sort de l’Antigone de Sophocle, condamnée pour avoir enterré son frère, ne nous paraît plus si étranger.

Fort heureusement, Emmanuel Macron a pris conscience de ce problème. Il a décidé d’autoriser les visites aux patients en fin de vie et même les visites en EPHAD, sous certaines conditions. De même, en annonçant la fin du confinement le 11 mai, le Président de la République a pris une décision courageuse, allant à l’encontre de l’avis de l’INSERM et du Comité scientifique, qui souhaitaient un confinement prolongé sans prendre en compte ses risques économiques, sociaux et psychologiques. Comme l’écrit l’historien Marc Bloch dans son livre L’Etrange défaite, où il analyse les causes du désastre français de 1940, le chef est pleinement le chef lorsqu’il refuse « de capituler devant les techniciens. » Macron a eu raison de refuser d’interdire de sortie les personnes âgées. N’infantilisons pas les citoyens français. Ils sont tout à fait capables de s’imposer un auto-confinement, lorsque nécessaire. Il peut y avoir de la barbarie dans le systématisme d’une administration.

Emmanuel Macron devra aussi surmonter bien des égoïsmes, soutenus parfois par certains syndicats, s’il veut remettre au travail une population française désormais droguée au confinement. Pourquoi tant de bureaux de La Poste sont-ils fermés ? Qu’ils réduisent leurs horaires est compréhensible, mais leur fermeture pure et simple ne correspond nullement à ce qu’on est en droit d’attendre d’un service public. Là encore, on retrouve Marc Bloch qui raconte avoir vu des femmes ne pas pouvoir rentrer chez elles en mai 1940, car «de peur d’infliger quelques heures d’un travail supplémentaire à leurs employés, les gares avaient préféré fermer. » Chez Amazon, des employés ont obtenu de la justice que les entrepôts soient fermés jusqu’au 22 avril au motif d’une « mise en danger de la vie d’autrui », sans même se soucier des PME et des logisticiens qui risquaient de faire faillite. Certains enseignants se mobilisent pour exiger que la reprise des classes n’ait lieu qu’en septembre. Faut-il rappeler qu’en 1944, malgré les combats et les bombes, les examens du baccalauréat ont quand même eu lieu en Normandie ? Heureusement pour les malades, les soignants n’ont pas eux aussi invoqué leur « droit » au confinement !

*Renaud Girard, membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma

http://geopragma.fr/le-risque-dune-nouvelle-barbarie/

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Aide-toi et le ciel t’aidera

Aide-toi et le ciel t’aidera

26 Avril 2020

En ces temps pandémiques, le ciel ne viendra peut-être pas à la rescousse mais il demeure une scène privilégiée sur laquelle continuent de se dérouler les grandes joutes internationales.

Le lancement, mercredi dernier, d’une fusée iranienne mettant en orbite un satellite militaire a envoyé des ondes de choc du côté de Washington, entraînant l’habituelle litanie de commentaires de Pompeo & Co sur « l’escalade » provoquée par Téhéran. Peut-être pas tout à fait à tort pour le coup…

Cette opération, menée exclusivement par les Gardiens de la révolution, est un succès technologique certain. Le satellite, poétiquement nommé Nour (lumière en persan), et le lanceur ont été entièrement fabriqués en Iran, constituant un pied de nez monumental à la stratégie de « pression maximum » décidée par la Maison blanche.PUBLICITÉ

C’est surtout la fusée qui inquiète, à juste titre, les généraux américains. Guère besoin d’être spécialiste ès aéronautique pour savoir en effet que von Braun et ses V2 sont à la base du programme spatial des Etats-Unis ou que les Soyuz qui font actuellement le voyage vers l’ISS sont des missiles intercontinentaux soviétiques améliorés.

Tiré comme un missile à partir d’un TEL, le lanceur Qased permet maintenant d’effectuer des lancements dans un délai relativement court et depuis n’importe quelle base. Un tournant majeur dans le développement du programme balistique iranien qui, on s’en doute, affole les États clients de l’empire au Moyen-Orient.http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2Fun9EIzViuw4%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Dun9EIzViuw4&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fun9EIzViuw4%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

Si Washington fait les gros yeux, Moscou vole au secours de son allié. Aux accusations pompéiennes de non respect des résolutions de l’ONU par Téhéran, la belle Maria a répondu du tac au tac : « Ce n’est pas la première fois qu’une nation [suivez mon regard], qui a violé de manière flagrante les normes du droit international, particulièrement la résolution 2231 du Conseil de Sécurité [sur le nucléaire iranien], tente de détourner les condamnations internationales par des accusations sans fondement contre l’Iran. » Clair et sans ambages.

Toujours dans la région, une autre mauvaise nouvelle vient assombrir la mine déjà passablement navrée des stratèges US. Elle nous vient de Bagdad cette fois, où il est de plus en plus question d’un certain S-400…

La chose avait été abordée en janvier, après l’assassinat de Soleimani, quand le MoD russe avait profité du scandale pour suggérer de protéger le ciel irakien grâce au petit bijou anti-aérien d’Almaz-Antei. Depuis, les rumeurs allaient et venaient mais rien de concret n’en était sorti. Ce n’est plus le cas. Le Comité de Défense et de Sécurité du parlement aurait déposé sur le bureau du Premier ministre sortant Abdul Mahdi une demande officielle d’achat du S-400. La décision définitive sera prise quand le nouveau candidat au poste, al Khadimi, sera intronisé.

On imagine aisément les perles de sueur goutter sur le front soucieux des analystes du Pentagone mais aussi à Tel Aviv, car c’est une possible bulle de déni qui se profile. L’occasion de rappeler ce concept :

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (…) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome.

Avec un Irak doté de S-400 et un Iran de S-300, la chasse israélienne peut sûrement dire adieu à toute idée idée de bombardement sur des sites iraniens, en tout cas par la voie normale. Quant aux Etats-Unis, c’est toute leur activité dans la zone qui risque d’être bouleversée, notamment leur immunité dans les cieux mésopotamiens.

Nul doute, dans ces conditions, que le nouveau Premier ministre sera harcelé par les envoyés de Washington, avec menaces de sanctions à la clé voire plus. Mais si le pouvoir de nuisance impérial est encore réel à Bagdad, l’assassinat de Soleimani, universellement condamné dans le pays, a rebattu les cartes. Nous commettrons d’ailleurs prochainement un article sur le bras de fer américano-iranien, notamment en Irak. A suivre…

Never twice without thrice. DC la Folle doit, bien malgré elle, méditer cet adage en apprenant, troisième désillusion, que la dinde volante fait encore des siennes. Un article d’Opex360 nous l’explique, délicieusement titré « Le Pentagone a réglé cinq lacunes graves du F35 mais en a trouvé quatre nouvelles » ( ! ) :

L’an passé, le magazine Defense News avait révélé que le F-35, l’avion de 5e génération développé par Lockheed-Martin, présentait pas moins de 13 lacunes classées dans la catagorie CAT-1B, c’est à dire qu’elles étaient susceptibles d’avoir un « impact » sur les missions pour lesquelles il a été conçu.

« Tous ces problèmes, à l’exception de quelques-uns, ont échappé au contrôle intense du Congrès et des médias. D’autres ont été brièvement mentionnés dans des rapports de groupes de surveillance du gouvernement. Mais la majorité d’entre eux n’ont pas été révélés publiquement, ce qui dénote un manque de transparence s’agissant du système d’armes le plus coûteux et le plus prestigieux » du Pentagone fit valoir Defense News à l’époque.

Outre les défauts d’ALIS [Autonomic Logistics Information System], un programme informatique qui, comptant une dizaine de millions de lignes de code, permet de gérer la maintenance et l’approvisionnement en pièces détachées des F-35, il était question de pics de pression dans le cockpit susceptibles de provoquer des barotraumatismes aux pilotes, de températures pouvant influer sur les performances de l’avion, de « cloques » sur le revêtement « furtif » dès que la vitesse dépassait Mach 1,2 [surtout pour les F-35B et F-35C], d’une caméra de vision nocturne affichant des stries vertes, ou encore un moteur qui, par temps chaud, était susceptible de ne pas donner toute la puissance nécessaire pour maintenir un F-35B en suspension [d’où le risque d’atterrissage « brutal »].

Moins d’un an plus tard, le bureau du Pentagone chargé de gérer le programme F-35 a avancé. S’il a été décidé d’arrêter les frais avec le système ALIS, qui sera remplacé par le logiciel « ODIN », cinq de ces 13 lacunes de catégorie CAT-1B ont été réglées. Et cinq autres ont été classées dans une catégorie de déficience inférieure.

En revanche, quatre nouveaux défauts de CAT-1B ont été découverts, ce qui peut encore sembler surprenant au regard de l’avancée du programme. Ce qui veut dire qu’il reste encore sept déficiences à régler au plus vite (…) Quant à la nature de ces quatre déficiences identifiées, il n’est pas possible d’en savoir plus pour le moment : elles sont en effet « classifiées ».

Décidément, une semaine à oublier pour l’Icare impérial…

Tag(s) : #Moyen-Orient#Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

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La petite gazette des couacs impériaux

La petite gazette des couacs impériaux

20 Avril 2020

Si le coronavirus et la drôle de guerre pétrolière ont fait, ces derniers temps, la Une de l’actualité, d’autres nouvelles passées à peu près inaperçues sont venues quelque peu assombrir le ciel impérial. Rien de dramatique en soi, mais de menues épines dans le pied qui, additionnées, finissent par provoquer une petite douleur lancinante du côté de Washington…

Un dénominateur commun à presque toutes ces contrariétés : le Donald, parfois à son corps défendant. Qu’il persiste à résisterau marais ou qu’il se soit converti mais avec force bourdes, ou tout simplement qu’il tortille entre les deux voies, imposant quand il le peut ses volontés, Trumpinho continue, volontairement ou non, de faire couler de grosses gouttes de sueurs sur le front de son Deep State.

En Asie du Nord-Est, l’alliance militaire américano-sud-coréenne traverse des turbulences. L’on ne parle pas ici d’un changement tectonique qui verrait les troupes US quitter le Pays du matin calme, la case orientale de l’échiquier eurasiatique est beaucoup trop importante pour eux, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises :

C’est de haute géostratégie dont ils s’agit. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine (…) La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l’échiquier où l’empire maritime s’arc-boute afin de ne pas lâcher (…)

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Les troupes américaines ou les batteries THAAD en Corée du Sud sont officiellement tournées contre la Corée du Nord, officieusement la Chine. Et les turpitudes du trublion de Pyongyang sont un prétexte en or massif pour maintenir la présence militaire américaine dans la zone.

Que se passe-t-il donc du côté de Séoul pour que ce bel édifice soit, non pas menacé (ce serait exagéré), mais quelque peu ébréché ? Une histoire de gros sous, très prosaïquement. Déjà contraints, les Sud-Coréens ont proposé d’augmenter leur participation aux frais communs de défense à 13%.Businessman dans l’âme, le Donald les a envoyé bouler et réclame beaucoup plus. Or la Corée est dirigée par Moon Jae-in, beaucoup moins favorable aux vues américaines que ne pouvaient l’être ses prédécesseurs.

Le torchon finira-t-il par brûler entre les deux parties ? Sans doute pas. Des concessions seront vraisemblablement faites de part et d’autre et un accord sera finalement trouvé. Mais cette affaire est symptomatique : du temps de sa splendeur, l’empire US allongeait l’argent sans barguigner, ces dépenses étant anecdotiques par rapport aux gains stratégiques. Avec un endettement maintenant faramineux et un comptable à la Maison blanche, les choses ont bien changé…

De Corée, passons en Asie du Sud-Est où la décision du président philippin Duterte de mettre fin au Visiting Force Agreement, accord facilitant l’accès des troupes américaines à l’archipel, continue de faire des vagues. C’était le 11 février et, jusqu’ici, nous n’en avions pas parlé, trop conscient des incessants retournements de veste qui ont lieu dans ce domaine. Cette fois, ça paraît la bonne.

Jusqu’ici, Duterte ne lâche rien. Mais surtout, de l’autre côté du Pacifique, Trump n’en a que faire. En bon entrepreneur, il pense avant tout, comme dans le cas coréen, aux écus sonnants et trébuchants : « Ca ne me dérange pas vraiment car cela permettra d’économiser beaucoup d’argent. Je sais que mon opinion diffère en cela de celle des autres« .

Les autres, c’est l’Etat profond et les stratèges de Washington, qui s’arrachent littéralement les cheveux devant cet Harpagon des temps modernes susceptible de couler, volontairement ou non, les avancées stratégiques péniblement acquises durant des décennies. Le fidèle lecteur n’a en effet pas oublié l’importance des Philippines :

Dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elle est la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

La fin du Visiting Force Agreement ne signifie pas obligatoirement la fin de la coopération militaire entre Manille et Washington mais, selon tous les analystes, elle constituerait un coup de canif difficilement réparable. Qui plus est, elle pourrait avoir des conséquences dans toute la région comme l’analyse Radio Free Asia, média impérial qui craint que l’Asie du Sud-est ne se rapproche de Pékin en cas de retrait américain. Si la majorité des Etats de la zone craignent l’avancée du dragon en Mer de Chine méridionale, aucun n’est prêt à dégrader ses relations avec le grand voisin enaccueillant des bases de l’US Navy.

A 20 000 kilomètres de là, une autre mauvaise nouvelle a plissé un peu plus les fronts soucieux des stratèges états-uniens. Elle concerne l’ami Bolsonaro. Les déclarations emportées et irresponsables contre Pékin de la part de quelques membres de son gouvernement, dont le propre fils du président, ont créé un froid diplomatique.

Sous pression, et n’oubliant pas que la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil, Bolsonaro a appelé Xi pour faire amende honorable et rabibocher les deux capitales. Au passage, le rusé timonier lui a peut-être glissé un petit quelque chose à l’oreille… Trois petits jours après la conversation téléphonique, le vice-président brésilien annonçait en effet que Huawei serait autorisée à participer au réseau 5G du pays !

Quand on sait à quel point Trump et le Deep State US, pour une fois sur la même longueur d’onde, ont tout fait pour marginaliser le géant technologique chinois, on imagine le coup de poignard que constitue cette décision. Comment la « trahison » de Bolsonaro sera-t-elle prise à Washington ? Wait and see ou, pour faire local, espere e veja.

Terminons ce tour du monde des couacs impériaux par les Balkans où, à nouveau, l’occupant de la Maison blanche a fait des siennes. Direction, le petit Kosovo, sous les feux de l’actualité il y a une vingtaine d’années pour l’une des plus grosses opérations de propagande de l’histoire humaine : un génocide inventé de toute pièce par l’OTAN. Comme de bien entendu, l’habituelle basse-cour médiatique participa avec allégresse à l’énorme intox, sur laquelle revenait le Monde diplomatique quelques années plus tard :

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun – à de rares exceptions près – allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie… » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)…

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes – le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

(…)

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque – au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations – meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts – n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’ »indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo « Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

(…)

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (…) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (…) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font – pour les deux camps – la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)

On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?

A l’époque, la guerre du Kosovo n’était elle-même qu’un maillon d’un ensemble bien plus vaste :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

Vingt ans après, les mirages de Washington se sont écroulés les uns après les autres, mais l’armée américaine caserne toujours au Camp Bondsteel, sa deuxième plus grande base militaire en Europe, et le Kosovo est devenu une sorte de minuscule protectorat US. Qu’est-ce qu’a encore fait le Donald ?

Pour le coup, l’affaire est assez compliquée. Le Kosovo est aujourd’hui grosso modo divisé entre deux camps politiques et deux leaders : Thaci et Kurti. Le premier, président depuis 2016, est un ancien de l’UCK, la guérilla islamo-mafieuse qui luttait contre Belgrade en 1999 (les « rebelles modérés » de l’époque). Il traîne toutes les casseroles possibles et imaginables : crimes de guerre et vente d’organes de prisonniers serbes, corruption, pion de l’empire etc. Mais il est paradoxalement favorable aujourd’hui à un rapprochement avec la Serbie et veut enterrer la hache de guerre afin de normaliser les relations.

Le second était Premier ministre depuis deux mois quand il a été débarqué fin mars après une motion de censure du parlement. Champion du combat contre la corruption, il est très critique envers l’influence américaine sur son pays mais est également animé d’une serbophobie presque primaire. On le voit, les habituelles lignes de fracture sont ici brouillées…

Or l’administration Trump, qui souhaiterait un succès diplomatique (en l’occurrence un accord de paix entre Serbie et Kosovo) avant l’élection de novembre, a « stimulé » la destitution de Kurti, principal obstacle à l’accord. Rien de moins. L’establishment des affaires étrangères à Washington pousse les hauts cris tant il est vrai que les petits bidouillages de Donaldinho risquent encore de créer un maelstrom improbable.

Sur le plan humanitaire, cette crise est particulièrement malvenue en ces temps pandémiques. Sur le plan diplomatique, Paris et Berlin ont très mal pris la chose, creusant encore un peu plus l’écart entre les deux rives de l’Atlantique. Sur le plan intérieur, les professionnels du Département d’Etat sont excédés d’être court-circuités par des amateurs. Enfin, même si cela reste très hypothétique pour le moment, cela pourrait bien avoir des conséquences sur le plan stratégique ; à supposer que Kurti prenne un jour le pouvoir, ces manigances américaines pourraient éventuellement sonner le glas du Camp Bondsteel, refermant avec fracas la fenêtre ouverte en fanfare en 1999.

Un souci de plus pour le Deep State qui, décidément, doit attendre avec impatience une victoire de Biden pour ne plus avoir à se réveiller chaque matin en se demandant quelle catastrophe la Houppette blonde a encore provoquée…

Tag(s) : #Etats-Unis#Extrême-Orient#Amérique latine#Europe

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Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Tribune24 avril 2020Par le Capitaine de corvette Cécile Cornier, auditrice de la 27e promotion de l’École de Guerre.

La crise actuelle nous rappelle à quel point le monde est devenu interdépendant. Or aujourd’hui, la globalisation est intrinsèquement liée à la maritimisation. Conscient de ces enjeux, le Japon renforce avec pragmatisme ses capacités navales, pour notamment faire face à la Chine, particulièrement agressive en matière de politique régionale[1].

Ce développement s’inscrit dans un cadre juridique contraignant, issu de la Seconde Guerre mondiale[2], qui favorise le pacifisme. Aussi, si le Japon est maître de son autodéfense, un droit garanti par la Charte des Nations unies de 1945, il a renoncé à son droit de guerre et a confié sa défense aux États-Unis, par le traité de sécurité de San Francisco, en 1951. La volonté de contribuer davantage à la sécurité régionale, voire internationale, sous la pression américaine a cependant conduit à l’élargissement des domaines d’intervention des Forces japonaises d’autodéfense, et donc de ceux de la force maritime d’autodéfense japonaise (JMSDF). En 2013, le Japon a ainsi publié une première stratégie de sécurité nationale et levé, en 2014, l’interdiction sur les exportations d’armes qu’il s’était imposée en 1967, tout en adoptant le concept d’autodéfense collective. Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour y inclure la défense des lignes de communication.

Une marine à vocation défensive, en évolution

La marine japonaise est avant tout dimensionnée pour défendre son territoire contre les principales menaces en Asie. Considérée comme la quatrième marine au monde pour son tonnage, elle s’est ainsi prioritairement attachée à développer d’importantes capacités anti-sous-marines. Cependant, la multiplication de l’arsenal militaire chinois, et, en particulier, l’expansion de sa flotte et l’installation de systèmes de déni d’accès inquiètent le Japon, qui redoute d’être isolé en cas de conflit. Dès lors, Tokyo cherche à améliorer progressivement ses autres capacités navales tout en réduisant ses défis structurels, notamment en termes opérationnels et de recrutement.[3]

Une montée en gamme de ses équipements[4]

Excepté dans le domaine de l’intervention, la flotte de surface japonaise présente un modèle complet. Elle comprend ainsi une quarantaine de navires de combat, une douzaine de bâtiments de souveraineté, une composante de guerre, des mines et des capacités océanographique et polaire. En 2018, Tokyo a annoncé sa volonté de modifier ses deux récents porte-hélicoptères de classe Izumo de 19 500 t (16 500 t pour l’équivalent français), afin de leur permettre d’accueillir des F-35B à décollage vertical. Bien qu’elle s’en défende, l’accroissement des capacités offensives traduit un changement de paradigme de la défense japonaise.

Sa flotte sous-marine est, quant à elle, considérée comme l’une des meilleures au monde[5]. Elle est composée d’une vingtaine de sous-marins d’attaque récents d’environ 4000 t des classes Oyashio et Sōryū. En mars dernier, une rupture technologique est en outre marquée par l’admission au service actif du premier sous-marin de la classe Sōryū équipé de batteries lithium-ion, qui doublent son autonomie. Enfin, l’aéronavale, constituée d’environ 300 aéronefs – dont 92 patrouilleurs maritimes et une cent-cinquantaine d’hélicoptères de tous types – a pour mission principale la lutte anti-sous-marine et la guerre des mines.

Le développement de son expérience opérationnelle

Le Japon cherche de plus à enrichir son expérience opérationnelle. Depuis 1998, le pays participe ainsi à des exercices conjoints avec la septième flotte américaine dans le Pacifique et il n’hésite pas à saisir d’autres opportunités, en particulier avec la Russie. Par ailleurs, le Japon a effectué en océan Indien un soutien logistique hors du cadre de l’Organisation des Nations unies, entre 2001 et 2007, et a participé à l’Opération Enduring Freedom entre 2008 et 2010. Si ces dernières opérations ont été fortement contraintes par sa Constitution et sa législation, Tokyo a su trouver le chemin d’un régime plus dérogatoire pour lutter contre la piraterie en océan Indien et sécuriser ainsi ses approvisionnements. En 2011, le Japon s’est, en ce sens, doté d’une base à Djibouti.

Un isolement militaire au niveau régional

Si la marine japonaise est redevenue une flotte de première importance, la puissance navale chinoise et le contexte régional délicat, remettent en perspective son potentiel, d’autant que son alliance avec les États-Unis, toujours cruciale, ne lui apporte plus la sérénité attendue.[6]

Tokyo entretient, d’une part, avec Pékin – qui possède la seconde marine au monde – une relation concurrentielle, entachée de défiance et de rancœurs. Les méfaits commis par l’armée japonaise en Chine lors de la Seconde Guerre mondiale ont en effet laissé des traces indélébiles dans les consciences. En outre, la Chine et Taïwan revendiquent les îles Senkaku, administrées par Tokyo depuis la fin du XIXe siècle et dont les eaux poissonneuses et les possibles ressources en hydrocarbures font l’objet de convoitises. Récemment, la crise avec la Corée du Nord, soutenue par Pékin, a envenimé encore davantage la situation, car Tokyo est de plus en plus préoccupée par les programmes nucléaires et balistiques de Pyongyang pour des raisons légitimes de sécurité nationale.

Paradoxalement, le Japon est aussi en tension avec la Corée du Sud, pourtant alliée des Américains. Le révisionnisme de Tokyo sur les exactions commises par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa contestation de la souveraineté sud-coréenne sur les Rochers Liancourt attisent les frictions. Avec la Russie, les échanges se sont renforcés ces dernières années, tandis que le président Poutine souhaite parvenir à un accord au sujet du contentieux territorial relatif aux îles Kouriles russes. Néanmoins, il reste peu probable qu’un compromis puisse être trouvé dans les années à venir en raison des crispations qu’il génère au sein même des populations. En outre, Moscou, en froid avec Washington, joue sa propre partition dans la zone et ne pourrait constituer un partenaire fiable dans le domaine de la défense.

Le Japon évolue donc dans un contexte géopolitique délicat, dont la complexité est renforcée par les interdépendances économiques. Menacée par une Corée du Nord imprévisible et des velléités chinoises croissantes, Tokyo est en outre assez isolée, d’autant que la Russie ne peut constituer un partenaire militaire crédible. Le Japon se devra donc de continuer d’investir dans sa marine pour garantir ses intérêts stratégiques tout en cherchant à renforcer son partenariat avec les États-Unis et à poursuivre sa politique de coopérations avec l’Australie pour contrer son isolement.

———————————-

[1] La Chine mène par exemple une stratégie du fait accompli en mer de Chine orientale, profitant de sa suprématie régionale et de la désunion entre les pays de cette zone.

[2] En particulier l’adoption de principes non nucléaires et la limitation du budget de la défense à 1 % du PIB.

[3] La marine japonaise peine de plus en plus à recruter dans un pays vieillissant et encore très ancré dans le pacifisme.

[4] « Flotte de combat 2019 », Stéphane Gallois et Alexandre Sheldon-Duplaix, 2019, Éditions Maritimes et d’outre mer (version numérique)

[5] « La flotte sous-marine japonaise bien placée dans la bataille de mer de Chine et du Pacifique », tribune d’Édouard Pflimlin publiée sur le site de l’IRIS le 26 novembre 2019.

[6] Les priorités des deux pays divergent aujourd’hui, car le Japon est principalement intéressé par des questions régionales tandis que les États-Unis se préoccupent de problématiques plus globales

https://www.iris-france.org/146538-vers-une-montee-en-puissance-structurelle-de-la-marine-japonaise/

Il revient !


Il revient !

24 Avril 2020

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court, comme nous le rapportions il y a trois ans :

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMonde en perd son latin :PUBLICITÉ

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

Ayant réussi à revenir à Kiev, c’est finalement sur son toit (!) que le saltimbanque avait été arrêté par les forces de sécurité lancées par Porochenko :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2Fu1DnQ0AeUpE%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Du1DnQ0AeUpE&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fu1DnQ0AeUpE%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/04/il-revient.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail